LIVRE II. CHAPITRE III
n'avait pas tardé à fleurir et à se multiplier, et plusieurs essaims étaient allés successivement porter la règle de saint Benoit à Gand, à Dunkerque, à Ypres et à Pontoise'.
En 1770, elles se trouvèrent sans chapelain. Elles firent appel à la charité des Jésuites d'Angleterre, leurs compatriotes. Mais leur demande se heurtait à une grave difliculté; en effet, en vertu d'une disposition de rinstitut, il est interdit aux piembres de la Compagnie de se charger de la direction ordinaire des communautés de femmes. Les religieuses firent valoir la difliculté où elles étaient de trouver un homme qui sût leur langue; elles ne prétendaient point d'ailleurs aller contre l'Institut ; elles ne demandaient qu'un secours transitoire, en attendant la nomination d'un chapelain définitif. Dans ces conditions, le P. Provincial se laissa persuader, et leur accorda le P. de Clorivière. Le cardinal Franckenberg, archevêque de Malines, délivra le 20 mai 1770, un diplôme dans lequel il nommait ad tempuSj le P. de Clorivière comme confesseur ordinaire, et lui concédait pour trois ans les pouvoirs de confesseur extraordinaire. Cet état provisoire se prolongea jusqu'à la suppression de la Compagnie; les mêmes interdictions ne subsistant plus alors, le Cardinal lui expédia de nouvelles lettres par lesquelles il l'instituait confesseur ordinaire pour trois autres années.
Le principal ministère du P. de Clorivière auprès
1. Uistoria sact^a et profana Archiepiscopatus Mcchliniensis... studio,.. Cornelli Van Gestel, Hagœ Comitum, 1725, T. II, p. 44.
des religieuses Bénédictines était celui de la direction; cette direction comprenait les leçons du tribunal de la pénitence, et les conférences ou exhortations adressées à toute la communauté. Un secret impénétrable enveloppe les premières; c'est dans son enseignement public que nous allons connaître le nouveau directeur. Jaloux de ne pas compromettre le fruit de ses instructions par une parole trop embarrassée, il s'imposa, comme à Gand, la tâche de les écrire en entier. Les religieuses devaient ensuite les lire, soit en particulier dans leurs cellules, soit en public au réfectoire, ou dans les autres exercices communs.
La première obligation de la vie religieuse, c'est la tendance à la perfection; c'est aussi la première leçon du P. de Glorivière. On ne tarda pas à voir à ses actes qu'il prenait cette obligation au sérieux. Sans doute, il se montrait plein d'indulgence pour les défaillances involontaires et aussitôt réparées ; ce ne sont que de courts instants d'arrêt sur le chemin et qui n'empêchent pas la marche générale en avant; mais il ne voulait rien pardonner à la nonchalance librement entretenue et à la tiédeur, et sous prétexte de s'accommoder à la faiblesse, il ne consentait pas à voiler la doctrine de Jésus-Christ et à ne proposer qu'une perfection amoindrie.
Les Bénédictines anglaises n'étaient-cUes pas accoutumées à une direction si ferme? Quelquesunes parurent s'effaroucher et marquèrent de la surprise, comme si on voulait exiger d'elles une perfection exagérée. Le prudent directeur, pour dissiper des préventions qui, en éloignant la con-