LIVRE II. CHAPITRE III
avant que le mal ne se soit fortifié par l'habitude, elle se hâte de le déraciner par de salutaires avis et une sévérité opportune. Voit-elle quelques sœurs se laisser aller à la tristesse ou à rabattement, ou bien se ralentir de la première ferveur, son zèle aussitôt prend Talarme. Douceur, exhortations, elle met tout en œuvre pour conjurer le mal... »
Le zèle, comme toutes les autres vertus, doit être accompagné de la prudence; ce autrement il est à charge et dangereux. » La prudence examine les choses en elles-mêmes, les personnes et les temps ; elle adapte ses conseils, ses encouragements, ses reproches, ses ordres au caractère, à la disposition présente d'esprit, à la vertu de chacun. « C'est elle qui apprend à une supérieure à être douce et prévenante, sans détriment de son autorité, sévère sans préjudice de l'amour de ses inférieures, assidue à ses devoirs sans anxiété, vigilante sans froissement pour les autres et sans trouble pour elle-même, attentive aux choses temporelles sans dommage pour les choses spirituelles... ]s)
La prudence doit surtout régler la langue. Le P. de Clorivière entre sur ce point dans des détails qui pourraient paraître minutieux, mais que les délicatesses ombrageuses et les susceptibilités souvent puériles du cœur humain, même en des Ames qui ont fait d'ailleurs de grands sacrifices, ne justifient que trop ; « car il suffit d'un mot qui puisse indiquer du mépris, ou seulement moins de considération pour une inférieure, qui paraisse faire allusion à une parole dite en confidence, qui témoigne de la préférence pour quelqu'une aux dépens des autres, qui
échappe à la vanité, à l'impatience, à la sensualité, h l'immortiUcation; et c'est assez pour causer des riiaux iafinis, pour aiïaiblir la bonne réputation de la ■supérieure, lui faire perdre l'estime et l'affection de SIS filles, ouvrir dans leurs cœurs une blessure profonde, étouffer en elles la confiance, laisser dans li'ui's esprits une impression qui ne s'effacera jamais l'titièrement, et ruinera l'clTicacLté de tous les bons exemples et de toutes les exhortations. »
l-c P. de Clorivière indiquait ensuite quelques moyens de parvenir à la perfection de ces vertus : lii considération, la prière, la mortification, le recueilli'ment intérieur. Le plus indispensable deces moyens. r'i?st la prière. A la tète de sa communauté, la -iipérieure est comme le pasteur qui conduit son I L oupeau dans un pays inconnu, au milieu d'une nuit [.lofonde, ou comme une mère qui porte son enfant ilaiis ses bras, h Si cette mère n'avait point de pain 1 donnera son enfant, aurait-elle du repos avant de Itii en avoir trouvé? Ainsi la supérieure doit sans I esse prier le commun père de toutes ses filles de li'ur accorder lui-même tous les biens spirituels dont illes ont besoin, puisqu'elle est trop pauvre pour le \i-[iv procurer elle-même, n
Ces belles et solides leçons du P. de Clorivière ne l'ii rcnt pas sans fruit ; nous en trouvons le témoignage iliscret dans un de ses comptes de conscience, où il 1 iiivoie à Dieu la gloire de tout le bien qu'il a fait à ht communauté. Il ne faisait au reste que puiser dans \iy riche trésor de son cœur, et traduire de vive voix II' qu'il enseignait déjà par l'exemple. L'histoire liilimc de sa vie va nous le montrer. C'est cette