LIVRE IL CHAPITRE III
sa vocation qui est celui de Jésus-Christ, et moins de l'esprit du monde, la piété aurait fleuri dans sa communauté, Dieu aurait été prodigue envers elle de ses faveurs, et comme on s y serait préoccupé de chercher premièrement le royaume de Dieu, tout le reste, suivant la promesse de Notre-Seigneur, aurait été donné par surcroît. »
Il pouvait y avoir danger à trop insister sur ces pensées. La crainte doit borner sa tâche à protéger rhumilité, à entretenir la vigilance et l'esprit de prière, mais ne doit pas abattre le courage, ce Appréhendez les périls de la prééminence, à la bonne heure ! parce que vous êtes faible ; mais toutefois ayez confiance, parce que Dieu est fort; et que votre confiance dépasse encore vos craintes, parce que Dieu est plus fort que vous n'êtes faible. »
De ces considérations générales, le P. de Clorivière descend à l'examen des vertus qui sont plus particulièrement nécessaires pour rendre le gouvernement à la fois a aimable et fructueux : » la charité, la douceur, l'humilité, le zèle et la prudence. Il en parle avec effusion; il était alors à une époque de sa vie, dont il disait lui-même ce qu'en aucun autre temps il ne s'était trouvé si complètement sous la dépendance du Saint-Esprit. »
La première vertu d'une supérieure, c'est la charité, la charité pour Dieu : elle est médiatrice entre Dieu et sa communauté ; la charité pour ses inférieures ; « son amour doit être celui d'une mère. » A l'égard des malades « cet amour pourra à peine aller trop loin, j)
La douceur est le premier fruit de la charité ; la
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douceur est surtout nécessaire dans la religion où Tobéissance doit procéder de l'amour; elle écarte l'uicilement la mollesse, qui ne sait pas reprendre et i^otriger, et la dureté qui rebute et ferme les cœurs. •I (}ue vos inférieures puissent venir à vous comme à une mère; tenez-vous toujours prête à les accueillir, l't trouvez du temps pour cela, car c'est une partie essentielle de vos devoirs; que votre tendresse pour clliïs éclate dans vos regards et dans vos manières, LMicore plus que dans vos paroles; et que chacune SI.' persuade qu'il n'en est point de plus aimée qu'elle. »
La douceur a pour compagne l'humilité. « Que irlui qui est le plus grand parmi vous soit comme le plus petit, a dit le Sauveur, et que celui qui précède ji'^ autres, soit comme celui qui sert. » Humilité de |iensées, de paroles, d'actions : rien n'est plus L'Ilicace pour gagner la confiance et dilater les coeurs.
Le zèle s'accorde très bien avec l'humilité; ils naisiient l'un et l'autre de l'estime et de l'amour de Diuu. Le zèle de ceux qui commandent doit être, <-omme celui de Notre-Seigneur, un zèle plein de sullicitude, fort et courageux, affable, universel, ardent, persévérant, patient, a Une supérieure animée il lin vrai zèle est sans cesse en éveil. S'il naît quelque contestation entre les sœurs; si quelquesunes lient ensemble une amitié particulière capable ili; porter préjudice à la charité commune; si l'irrégularité commence à s'introduire en quelque point ; si le silence est violé fréquemment, l'oflice divin ri'cité avec moins de respect; si les rapports avec les séculiers sont multipliés plus que de coutume,...