CHAPITRE V
UEnMFHB ASSAUTS CONTIIE LA COMI'AG LE P. VE CLOIIIVIÈHE FAIT SA PROFESSrON
Le temps des suprêmes épreuves âta!t arrivé. La guerre, dont nous avons rappelé les premières violences, continuait à sévir et paraissait sur le point d'emporter la Compagnie dans une ruine générale. Les Jésuites avaient été bannis tour t\ tour des rovaumes de Portugal, de France, d'Espagne, et de toutes les possessions d'oulre-mcr appartenant à CCS trois couronnes; les Etats d'Italie avaient suivi ou subi l'exemple commun, et A l'exception du seul territoire pontifical, les décrets d'expulsion avaient été promulgués dans toute la péninsule.
U'immeus^'s désastres pour la religion et pour les gouvernementseux-mémes avaient suivi cette iniquité. Mais ni la perte de tant de belles missions fondées au prix des sueurs et du sang des apôtres, ni le spectacle de la barbarie et du paganisme reprenant peu h peu l'empire dans les contrées où l'on avait vu avec admiration lleurir la pureté des mœurs chrétiennes et la civilisalion; ni les coups portés en
Europe à la bonne éducation de la jeunesse, aux mœurs publiques, au respect du pouvoir, non moins qu'aux lettres et aux sciences; rien n'avait été capable d'éclairer ou d'apaiser la haine des ennemis de TEglise : il leur fallait la disparition totale et la destruction de TOrdre de saint Ignace.
L'histoire a raconté les assauts que la diplomatie d'alors, livrée au philosophisme et à l'incrédulité, multiplia contre le Vatican, employant tour à tour la flatterie, la menace ouverte ou la ruse, se parant du masque de la religion, et pour perdre les plus dévoués défenseurs de l'Eglise et du Pape, se donnant comme le soutien et la meilleure conseillère de l'Eglise et du Pape^ Ces importunités hypocrites et audacieuses empoisonnèrent les jours du grand pape Clément XIII, mais n'entamèrent jamais Tinébranlable fermeté de sa conscience et de ses résolutions.
Le cardinal Laurent Ganganelli lui succéda, le 19 mai 1769, et prit le nom de Clément XIV. Les ennemis de l'Eglise sentirent alors se rallumer plus vives que jamais leurs espérances, et ils redoublèrent d'efforts pour hâter leur victoire. En vain le malheureux et trop faible Pontife essaya de les fléchir par des mesures de rigueur contre les Jésuites de ses Etats : rien ne put les apaiser; ils voulaient une condamnation à mort.
i. On lit cette phrase incroyable dans la correspondance do Choiseul avec le marquis d'Âubeterre, ambassadeur français à Rome : « Il me parait démontré géométriquement que la dissolution de la Société est le bien de la religion, celui du Saint-Siège, celui des puissances catholiques et celui des particuliers qui ont été et sont Jésuites. » 12 mai ilQl, — {Cf Documents inédits,... publiés par le P. Carayon, Docum. xvi, p. 403.)