‹ Histoire du règne de Charles-Quint en Belgique (volume 2)Chapitre 17 sur 154 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

rien de durable; c'est que toute aspiration populaire, née des besoins du temps, émanant de la conscience humaine, se transforme tôt ou tard en fait; c'est enfin qu'on ne p3ut même essayer d'arrêter le courant des idées, sans en accroître l'irrésistible violence.

Constamment obsédé d'un désir de domination et de conquête, Charles-Quint voulut non-seulement imposer des lois au monde, étendre son sceptre sur les deux hémisphères, mais encore violenter les consciences et river à la même chaîne l'esprit et le corps. Tentative impie et vaine, contraire aux lois supérieures qui régissent la société, à cette nécessité de renouvellement et de transformation qui domine la nature entière; contraire enfin à cette aspiration incessante qui, agitant le cœur de Thomme, lui dit à chaque heure, à chaque instant : « Sois libre pour être heureux ! »

On a parfois comparé Charles- Quint à Charlemagne, et l'étendue de la domination de ces deux princes, comme la grandeur de leurs entreprises guerrières , motive , en effet , ce rapprochement ; mais une différence essentielle les sépare et les élève à des hauteurs inégales aux yeux de la postérité : cette différence procède tout entière de l'emploi qu'ils firent de leur pouvoir au profit de la civilisation.

Né au milieu d'une société barbare, Charlemagne eut un soin constant d'y faire régner Tordre, de faciliter le progrès, d'améliorer la condition du peuple ; et son règne est resté, au milieu des ténèbres et des déchirements du moyen âge, comme une brillante période de lumière. Son émule apparaît, au contraire , à l'aurore d'un siècle qui réunissait toutes les grandeurs ; au moment où le vieux mande s'agrandissait par d'aventureuses explorations ; où l'imprimerie venait de naître ; où les arts atteignaient à une incomparable splendeur; au

moment, enfin, où les intelligences, excitées par tant de secousses, allaient faire succéder une société civile et industrielle à la société militaire issue de la féodalité. Mais, loin de faciliter cette expansion des forces sociales. Chartes -Quint tendit à la comprimer, et déchaîna , pour y parvenir, l'hydre des guerres et des persécutions religieuses. Si , en dépit des horreurs froidement préméditées qui ternissent cette partie de son règne, l'intrépidité du héros et la supériorité de l'homme d'état nous émerveillent encore, elles le séparent du moins, à tout jamais , de ces monarques bienfaiteurs de l'hu manité , dont Marc- Aurèle , Trajan et les Antonins offrent le type accompli , et dès lors il convient de retrancher de sa gloire tout ce qui a manqué à ses vertus.

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