IX. lîi
la nuit du 29 au 30, avec son régiment, deux ense^nes artésiennes et 800 à 900 chevaux (les bandes d'ordonnances de la reine, d'Aerschot, de Renty et vicomte de Gand *). De RcbuIx quitta Autbie le lendemain et alla camper à Ligny. Le seigneur de Rasse, gouverneur de Hesdin, s'attendait à être attaqué et venait d'ordonner aux habitants du bailliage de transporter dans la place toutes leurs denrées ; mais, trompé par les faux mouvements des Impériaux, il avait fixé le 1" novembre pour l'exécution de cet ordre, et avant cette date la ville fut investie '. De Rœulx avait même espéré la surprendre, et daps l'ardeur de son zèle, il se montra injuste envers d'Aerschot, faccusant de lenteur et de mollesse ^ alors que la rupture des ponts de la Ganche avait obligé le duc à de longs détours. Néanmoins ce capitaine parut le 30 en vue de Hesdin et de Rœulx le rejoignit le lendemain. A peine arrivé et sans attendre son artillerie de siège , le comte ouvrit la tranchée devant la ville, et, le l'^'^ novembre, pendant que quatre à cinq pièces de campagne battaient aux défenses, il lança cinq enseignes d'infanterie à lescalade. Elles franchirent les murailles « avec ou sans échelles, et sans aucune résistance; »
' Lettre du 30 octobre, précitée. — Détail des opératious du comte de RœuU, touchant la prise de Hesdin. Lettres des seigneurs, f® VII, 573 *.
' Rapport yerbal du seigneur de Thoulouze, l. c.
^ Ces reproches contre les lieutenants et les soldats du vaillant capitaine se reproduisent dans une infinité de lettres. « Je vois beaucoup de gens fort froids à faire ce qui conviendroit pour le service de l'empereur, écrivait-il à la reine; mais au pillage, et abandonner leurs enseignes, ils y sont toujours pretz; quand ils ont des vivres, principalement bières, ils en boivent tant qu'ils ne retreuvent plus pour le lendemain, et puis ils crient le meurdre; quand ils aviontdes vins, c'estoit leur ordre d'estre toujours si très-ivres, que l'on n'en sçavoit tirer service. » Lettre du 2 novembre, précitée.
* Celte relation a élë publiée en I85tt, par N. Gacva»», dans Us bullitins delà Comniasiaa royale d'bistoire, 2mr série, tome VII.
seulement, sur la place du marché, il y eut « une escarmouche à peu de perte d'un côté et d'autre : un porte-enseigne anglois, entré le premier dans la place, fut blessé au bras ; et un ou deux soldats furent tués ; quelques François semblablement périrent. ^ Le seigneur de Rasse, atteint à la cuisse d'un coup d'épieu, se retira dans le château *.
Le château de Ilesdin avait une garnison de 1,100 à 1,200 hommes, y compris deux vieilles bandes^. 11 semblait capable d'une longue résistance et son capitaine, le seigneur de Geqlis, avait fait au roi des promesses promptement démenties. La ville prise, de Rœulx ouvrit sur-le-champ la tranchée, et le soir même elle fut assez avancée pour établir la batterie. Dans l'entre-temps, l'artillerie de siège avait franchi la Ganche, sur deux ponts rapidement établis, et, dès le lendemain matin, dix-huit canons du plus fort calibre battirent les remparts avec une extrême vigueur. En peu de temps « une grosse tour haulte, estant entre la porte du parc et la tour Robin, située du côté de la ville, fut abattue et n'y demeura que le demi-rond devers le chasteau. » La nuit suivante, les travaux d'attaque s'achevèrent, malgré une vive canonnade des assiégés, qui tua dix à douze hommes, et, le 3 novembre, vingt-six pièces ^ tonnant contre la place, ouvrirent, près de la porte du parc, une brèche de 50 à 60 pieds. La muraille pourtant était encore trop haute pour tenter l'assaut, et les assiégés profitèrent de la nuit pour élever de nouvelles défenses derrière la brèche; mais le lendemain
' Lettre du 2 novembre précitée. — Rapport verbal. — Détail des opérations.
' Ce chiffre, Indiqué par tous les rapports, se trouve également mentionné dans une lettre de Marie de Hongrie à Philippe, du 27 novembre 4 532. -4 rchives de Simancas, 1. c.
* Lettre de Marie de Hongrie, précitée.
les voyant percées par les boulets de Tennenii, ils désespérèrent de leur salut et battirent la chamade. On ne parviot pas d'abord à s'entendre sur les termes de la capitulation, et le feu reprit des deux côtés. Enfin , dans la soirée du 5, à la demande des assiégés, les négociations se rouvrirent entre les seigneurs de Bugnicourt, de Glajon, de Vendeville, commissaires du comte de Rœulx, et les seigneurs de Saint-Luc, de Montigny, de Ligiay, commissaires du seigneur de Basse. Il fut permis à la garnison de sortir de la place avec armes et bagages, enseignes déployées et portées sur fépaule, quatre coulevrines bâtardes et des munitions pour douze coups. Les Impériaux lui fournirent douze chevaux par pièce et un fourgon de munitions, jusqu'à Dompierre. Quant aux habitants de Hesdin et du bailliage, ils eurent la faculté de se retirer en France avec leurs meubles. Vers midi, les Français évacuèrent le château sous l'escorte de 300 chevaux de l'armée impériale, qui s'en sépara à une lieue du camp, et se dirigèrent vers Abbeville, oit Vendôme refusa de les recevoir en les appelant traîtres \ Immédiatement après leur départ, les seigneurs de Vendeville et de Toulouze prirent possession du château au nom de l'empereur '.
Celte conquête amena la soumission de tout le bailliage de Hesdin. Le seul château d'Auxy fit mine de vouloir résister;
• « Pour nouvelles, le serviteur de N... est venu ce matin de France, et s'est trouvé à Abbeville quand les gens de guerre qui ont perdu Hesdin y sont arrivés, ausquels monseigneur de Vendosme a fait serrer les portes, les baptisant traistrès. » Extraict d'une lettre escripte en Anvers, le ix« de novembre. Lettres des seigneurs, VUI, f» 65.
* Capitulation de Hesdin, 5 novembre 4552. M. Gachard, Anal, hisi., 1. c, vu, 488. — Lettre de Marie de Hongrie à Charles-Quint. Ibid.y note i. — Détail des opérations, etc. — Lettre de de Rœulx, précitée. — Lettre de Chafles-Quint, du 45 novembre, précitée. — Féry de Guyon. — Le Petit. —
ViEILLEVILLB. — RaBUTIN.
mais quoique de Rœulx désirât ménager cette place, qui appartenait à la comtesse d'Egmont, il notiGa à la garnison que si, dans les vingt-quatre heures, on ne lui en livrait les clefs, il irait avec huit ou dix pièces d'artillerie « s'y faire ouverture '. » La menace eut de prompts effets : « après avoir quelque peu fait le bravo, » les Français C/apitulèrent (9 novembre) ^. Cette rapidité de succès eut un tel retentissement en France, qu'à Paris on tint pendant deux jours les portes fermées et une ordonnance défendit aux habitants de s'enfuir avec leurs biens ^. La terreur grossissait les forces des Impériaux, et l'alarme était d'autant plus vive, qu'on voyait Vendôme, bien que renforcé déjà par 1 8,000 à 20,000 hommes tirés de la Champagne et de la Lorraine*, de se tenir timidement sur la défensive. Henri II s'en émut et convoqua ses principaux capitaines à Reims. Les avis furent très-partages : les uns voulaient abandonner la Picardie à elle-même, pour concentrer toutes ses forces contre la grande armée impériale ; les autres jugeaient urgent de voler au secours de cette province. Le duc de Guise fit prévaloir cette dernière opinion, en rassurant le roi sur les dangers de Metz ^, et toute l'armée royale fut aussitôt dirigée sur la Picardie ; on laissa seulement au duc de Nevers un gros corps de cavalerie avec quelque infanterie, pour harceler le duc d'Albe et intercepter ses convois ®.
' Lettre de de Rœulx, du 7 novembre. Lettres des seigneurs, Vlll, f» 53.
" Lettre du môme, du 40 novembre. Ibid., fo68.
^ « Dit beaucoup et de la peur que monsieur du Reulx leur a faict, jus-
ques à ce que les portes de Paris ont esté fermées deux jours et illecq deffendu que personne ne saulve son bien hors la ville. » Extraict d'une lettre escripte en Anvers, le ix« de novembre, précité.
* lettres de d'Egmont, du 21 octobre ; et lettre de Marie de Hongrie, du 23. Lettres des seigneurs, VIII, f*» 470 et 494.
^ Salignac Fénelon.
^ Rabltin. ~ l E Petit.
34d RÉGNE DE GHARLES-QUINT EN BELGIQUE.
Dans l'entre-temps les Impériaux réparaient en toute hâte les brèches du château de Hesdin. On établit « huit moulins, deux à chaque pan dudit château, lesquels, entre cy et la Chandeleur, dévoient tirer beaucoup de terre, élargir et approfondir les fossés, de sorte qu'en dedans ce terme, la place serait un tiers plus forte qu'elle n'avoit oncques été ; si l'ennemi vouloit donner le temps jusques en fin d'avril, il n'y auroit point de comparaison '. » De Rœulx en remit provisoirement la garde à son fils aîné, le seigneur de Beauraing, « en lui jurant grande punition s'il se rendoit avec déshonneur et reproche ^. » Il lui adjoignit, outre « quatre ou cinq officiers ayant vu la guerre^, » le seigneur de Vendeville, qui s'était fort distingué au siège de la place * et qui consentit à « y demeurer quelque temps pour servir de capitaine du capitaine *. » La garnison fut formée de la nouvelle bande d'ordonnances du comte, commandée par le seigneur de Halloy et comptant environ 200 chevaux , de 80 chevaux anglais, de l ,200 piétons artésiens, « bons soldats **, » et de 300 piétons anglais \ avec quatre grosses pièces d'artillerie®. C'était environ 1,780 combattants, « réputés gens de bien et comprenant 40 à 50 gentilshommes ^. » Le château d'Auxy fui occupé par 14 chevaux et 20 piétons, sous le capitaine Lambessart, et le comte mit également de petites garnisons
* Lettre de de Rœulx, du 7 novembre, précitée. » Rabutin, l IV, 377.
* Lettre du 7 novembre, précitée.
4 Lettre de de Rœulx, du 47 novembre. Lettres des seigneurs, VIII, f» 44L
* Lettre du 7 novembre, précitée.
^ PÉRV DE GUYON.
7 Lettre de de Rœulx, du 40 novembre, précitée.
* Lettre de de Glajon, du 4 3 novembre. Lettres des seigneurs, VIII, f« 409. 9 Lettre de de Rœulx, du 13 novembre. !bid., f° 99.
dans les forts de Fiers et de Boubers, pour commander le cours de la Ganche \
De Rœulx, souffrant de son ancienne blessure à la jambe, qui s'était rouverte avec des symptômes alarmants, obligé de se faire porter en litière -, n'en prétendait pas moins poursuivre ses avantages. Mais la volonté de l'infatigable capitaine dut fléchir devant les éléments. Le temps était devenu affreux^ larmée démoralisée, les soldats énervés par les ftftigues et par les maladies ^ ; il fallut enfin songer à la retraite. Lorsqu'on leva le camp, le 10 novembre, les pluies avaient tellement défoncé les chemins qu'on dut atteler jusqu'à soixante chevaux à chaque canon ^. L'armée longea « la lisière de France, dans la direction du Gambrésis, pour ne point endommager le pays de l'empereur ®, » et arriva le lendemain à Sart-lez- Ganche. Là, de Rœulx, toujours dominé par sa belliqueuse ardeur, résolut tout à coup d'attaquer le Gâtelet et de pousser ensuite une nouvelle pointe en pays ennemi. En vain tous les colonels combattirent-ils ce projet, en se fondant sur les intempéries de la saison, le grand nombre de malades, les mauvaises dispositions des lansquenets, dont la solde était fort arriérée \ l'urgent besoin de repos qu'avaient les soldats et les chevaux exténués ®; il fallut un ordre de Marie de Hongrie pour donner aux troupes leurs quartiers d'hiver ®.
' Lettre du 40 novembre, précitée.
» Ibid.
' Lettre de de 61a jon, du 43 novembre, précitée.
* Lettre du 40 novembre, précitée.
* Lettre de de Glajon, précitée.
® Lettre du 4 novembre, précitée.
7 Lettre de de Rœulx, du 43 novembre, précitée.
* Lettre de de Rœulx, du 42 novembre. Lettres des seigneurs, VUI, f» 94.
* Lettre de Marie de Hongrie, du 27 novembre. Archives de Simancas, 1. c.
3i8 RÊ6NE DE CHA.RLES-QUINT EN BELGIQUE.
De Rœulx ne se rendit qu'à contre-cœur '. Il était couvaiocQ que du moment où il ne tiendrait plus la campagne, les Français reprendraient l'offensive ^ ; en effet, on sut bientôt « qu'ils feroient l'impossible pour rentrer dans Hesdin, sans se préoccuper des obstacles que présentoit la saison, parce que nécessité fait faire beaucoup de choses ^. ^ L'armée se sépara le 12 novembre ; de Rœulx se retirant vers Arrasavec les corps dmprince d'Orange et de de Bréderode ; d'Hoogstraeten et Van Rossem vers Douai; et d'Aerschot vers Cambrai \ Puis, se conformant aux ordres de la reine, qui jugeait la garnison de Hesdin insuffisante dans l'état où se trouvaient les fortifications ^, de Rœulx y envoya une enseigne de Flamands, 160 Artésiens et 40 à 50 Anglais®.
La mesure était sage, car les prévisions du comte se réalisèrent sur-le-champ. A peine l'armée eut-elle pris ses quartiers, que Vendôme se mit en marche, annonçant hautement l'intention de reconquérir Hesdin et d'exercer sur l'Artois de terribles représailles. Coligny venait de lui amener 20,000 piétons avec 4,500 chevaux et, en peu de jours, le duc se trouva à la tête d'une puissante armée'. A son approche, le récent souvenir des cruautés commises par ses troupes répandit un tel effroi que les habitants du bailliage de Hesdin
' Lettre de de Rœulx, du 12 novembre, précitée.
' Lettre du 40 novembre, précitée.
^ Lettre du 43 novembre, précitée.
* Lettre du prince d'Orange, du i3 novembre. M. Groen Van Prinsterer, ï, U. - Lettre de Marie de Hongrie, du 49. Lettres des seigneurs, VIU, f» 462. — Lettre de de Rœulx, du 25. Ibid., f» 205.
5 Lettre de Marie de Hongrie, du 44 novembre. Ibid., f« 443.
^ Lettre de de Rœulx, du 47 novembre. Ibid., f® t44 .
7 Rapport adressé à Marie de Hongrie. Ibid., f« 474. ~ Lettre de de Rœulx, du 20 novembre. Ibid., £<> 465.
et du comté de Saint-Pol coururent se réfugier dans les bois \ De Rœulx, oubliant ses souffrances ^, prit des mesures pour se rapprocher de Hesdin, et y envoya (22 novembre) une nouvelle enseigne d'infanterie, qui porta la garnison à 2,800 hommes ^. Le seigneur de Vendeville reçut Tordre « de brusler tout ce qu'il lui sembleroit estre nécessaire pour la seureté de ladite ville et le bien du pays, sans espargner personne, soit du bailliage, soit du comté de Saint-PoP, » et l'on redoubla d'activité dans les travaux de fortifications^. Mais, si la brèche avait été fermée par un nouveau mur, « il y avoit quelques endroits bien dangereux, » el, selon toute apparence, on n'aurait plus le temps de les fortifier. D'autre part il était impossible de réunir l'armée pour arrêter l'ennemi ; le temps était affreux et « il falloit que Hesdin cuyt beaucoup aux François pour qu'ilz y missent si gros effort et en tel temps ^. » En outre, les Bas Allemands, séduits, croyait-on, par l'or de la France, refusaient de se remettre en marche ', et de Rœulx , en défiance de ces troupes, pria la
• « Les eonemis mectent une telle peur en la conté de Saint-Pol et bailliage de Hesdin, de boutter feu, tuer femmes etenffans, que on ne scet comment les rasseurer, et couchent tous par les bois. » Lettre de de Rœulx, du 20 novembre. Lettres des seigneurs, VIII, f® 165.
' « J'ay fait faire une chaise pour moy faire porter avec eulx si n'estoye gary à temps, ce qu'espère bien, comme aussi faictz-je d'avoir avec moy gens délibérés. .. Pour tousjours mieulx refifaire ma jambe quy tourne à garison, suis délibéré de demeurer encoires icy jusques à mardy, n'est que nos ennemis bougent du lieu où ilz sont, auquel cas me partiray incontinent. » Lettre du même, du 25 novembre 4552. Ibid., f« 205.
' Lettre du môme, du 22 novembre. Ibid., f" 185.
4 Lettre du 25 novembre, précitée.
* Lettres de de Rœulx, des 19 et 20 novembre. Lettres des seigneurs, Vllî, f« 454 et 165.
^ Lettre du 25 novembre, précitée.
7 Lettre de Jacques de Marnix, du 26 novembre. Lettres des seigneurs, VIII, f« 246.
3IS0 RÉGNE DE OHARLëS-QUINT EN BELGIQUE.
reine d'y suppléer par Tenvoi de « deux ou trois enseigoes de Malinois ; d'Anversois , de Flamands qu'il baptiseroit vers l'ennemi, du nom de Frisons et d'Oosterlins, que celui-ci estimoit fort '. » Comme dernière ressource, le comte se proposait « de faire sonner le tambourin en Flandres pour lever encore ({uelques gens davantage. » Enfin, il engagea Marie de Hongrie à concentrer sur les frontières du Hainaut le plus de cavalerie possible, afin de harceler l'ennemi, « à qui le mauvais temps donneroit fort à faire ^, » et demanda à de Lalaiog de diriger vers l'Artois toutes les forces disponibles '.
De Vendeville était parvenu à remettre le château de Hesdin en bon état et jugeait la place prête à attendre l'ennemi*. Malheureusement, bien que de Rœulx y eût placé son fils, non-seulement « pour apprendre là où seroit bonne école ^ » mais pour inspirer plus de confiance aux soldats et plus d'obéissance aux chefs ®, l'indiscipline avait gagné tous
' « Je puis bien asseurer Votre Majesté quMl y a quelqu'un quy a mis de la rautynerie par dedens lesdits lansquenetz, car au commencement ilz estoient du meilleur vouloir du monde..... J'ay veu tout notre voyage beaucop de choses quy ne me plaisoient guaires, que j'espeire dire un jour à Votre Majesté avant qu'elle aie affaire de lever des nouveaulx piettons. Sy les ennemys se mectent devant Hesdin, sera nécessaire que Votre Majesté m'envoie deux ou trois enseignes de Malinois, d'Anvers et de Flandres, pour remplir la faulte que trouveray icy , et je les feray baptiser vers nos ennemis Frisons et Oestrelins, parce qu'ilz les estiment fort. » Lettre du 26 novembre. Lelt. desfeig.f VUI, î** il 7.
' Lettre du 25 novembre, précitée.
3 Lettre de de Rœulx, du 29 novembre. Lettres des seigneurs^ Vlll, f" 263.
* Rapport du 27 novembre. Ibid.y f» 248.
* «< Ce que j'y ay mis mon fils a esté comme l'ombre d'une parrois, car ledit sieur de Vendeville faict tout. Et quand Votre Majesté entendra les raisons pour quoy le y ay mis pour ung temps ne le trouvera point maulvais, car il n'est point d'aige pour demeurer là, mais bien pour apprendre partout où seront telles escolles. » Lettre de de Rœulx, du 20 novembre 4S52. Ibid., fo 165.
* « Vostre Majesté verra par la lettre dudit sieur de Vendeville , qu'U y a
les rangs', et elle créait une infinité d'embarras^. L'union pourtant était indispensable, car les Français réputaient Hesdin la clef de Thérouanne et voulaient la reprendre à tout prix •'.
Pendant que de fortes divisions contenaient les garnisons du Hainaut et de l'Artois, Vendôme , avec Coligny et de Villebon pour lieutenants, arriva le 2 décembre à Dompierre, « pays de France distant de deux lieues de Hesdin, ^ à la tête de 20,000 fantassins, de 4,000 chevaux et de 26 pièces d'artillerie. Le même jour, il envoya un gros détachement reconnaître la place, et les Impériaux s'empressèrent de « brûler toutes les maisons estantz à une lieue à l'environ^. » Ensuite de Beauraing réunit la garnison et lui adressa la proclamation suivante : « Capitaines et souldars, je vous ay ici assemblés, pour vous apprendre que avons de tous côtés nouvelles
quelque désobéissance à Hesdin. J*en soufOierai la chose plus avant, car je leur ay ordonné à tous, tant de bouche que par escript, qu*ilz obéissent audit sieur de Veodeville, comme à moy mesmes, et ce que j'y ay laissé mon filz, c'est aussi pour luy obéir et donner seuUement à cognoistre à ceulx que je laissai dedans, que je me rendoie plus obleisgié à les secourir, combien que j'y ferai aultant luy estant dehors que dedans, pour le debvoir que j'ay à l'empereur et au pays. » Lettre du même, du 28 novembre. Letl. des seigneur s, \Ul, f» 242.
' « Monsieur de Beauraing a mandé à de Halloy de y envoyer xx chevaulx ; lie scay s'il le aura fait. De vray, monseigneur, il seroit requis que luy et autres fussent plus obédiens pour le service du prince. » Lettre de Vendeville , du 27 novembre. Ibid.j f«>247.
' « Si ma jambe l'eust pu porter, combien que j'aye bien affaire icy, ne m'eusse su garder d'aller en dilligence vers Votre Majesté, pour descharger mon coeur de beaucoup de choses. » Lettre de de Rœulx, du 28 novembre, précitée.
* « Je scay que le sieur de Villebon pourchasse tout ce que peult pour reprendre Hesdin , et qu'il a déclairé nommément que si on ne la reprent, Thérouanne est en dangier de se perdre. » Lettre de de Rœulx, du 27 novembre. Lettres des seigneurs, VHI, f» 229.
4 Rapport adressé à Marie de Hongrie. Zôid., f» 302.
a5â RÉGNE DE GHARLES-QULNT EN BELGIQUE.
(le rintention de Tennemi de nous bieatôt venir assiéger. Combien que je ne fais doute de vostre bon devoir* et loyauté pour le service de l'empereur, je vous ai bien voulu mettre par écrit les articles qui suivent, vous priant de me les vouloir accorder et trouver bon. En quoi faisant m'obligerez à jamais à faire pour vous et pour les vôtres toutes les faveurs et plaisirs qu'il seroit en mon possible.
» Le premier, c'est que jurez et promettez, par le serment, devoir et loyauté que devez à Sa Majesté, de deffendre avec moi et les autres seigneurs ici présens, le château de Hesdin envers et contre tous les ennemis de Sadite Majesté, et de ne jamais parler de le rendre en autre main. Même, si l'on voit, ouit aucuns qui en parlent, soit manifestement ou occultement, le doit-on incontinent dénoncer à son capitaine, lequel le livrera en mes mains, pour et à l'heure le faire mourir par la justice, sans attendre aucune miséricorde. Pour ceste exécution se dressera en la place dudit chasteau une potence affectée à punir les défaillons.
» Que s'il y a aucuns aux compagnies ayant querelles vieilles ou nouvelles les uns aux autres, que tout soit mis dessous le pied. En outre, quand nous serons enserrés en ladite place, nul, de quelque état ou condition qu'il soit, sous la même peine, ne prendra querelle ou débat, et moins encore se benderont les bendes contre les bendes, sy avant que de mettre la main aux armes.
» Pareillement que nul ne desrobera les armes les uns aux autres, ni autre chose.
» En la reste, vous promettez tous que vous ferez comme bons et loyaux souldars sont tenus et doibvent faire. En ce faisant vous trouverez que l'empereur vous sera bon prince et tous les siens bons amis, et demeurerez souldars honorés à jamais. »
Des acclamations ayant accueilli ces paroles, il se tourna vers, les capitaiîies et leur dit : « Messieurs les capitaines, vous avez oy ce que ces bons souldars et gentilshommes m'ont accordé. Par quoi, je vous prie que chacun de vous en son endroit y veuille tenir la main, et ensuivre et mettre en ma main les défaillans pour en faire la justice. Et pour plus grande sûreté, je vous prie de vouloir signer ceste de votre main et je vous en laisserai le double \ »
Le 3 décembre, une nombreuse troupe de cavalerie reconnut derechef la place, dont les Impériaux continuaient à incendier les environs ^, et, durant plusieurs jours, les deux partis engagèrent des escarmouches ^. Enfin, les Français ayant reçu leur grosse artillerie, levèrent le camp de Dompierre, et, le 1 0, la ville fut investie. Dès le lendemain, ils la canonnèrent avec une telle violence que les remparts nouvellement réparés, s'éboulèrent en maint endroit, et de Vendeville fit tout de suite transporter dans le château les vivres et les munitions *. Le 12, il y eut une « brèche large de plus de cent pieds; ce voyant, le capitaine Béry et autres vinrent trouver ce seigneur pour savoir s'ils attendroient l'assaut. Il leur répondit que non ; qu'il valoit mieux brûler la ville et après se retirer au château ; ce qu'ils firent en ne perdant que un homme et les ennemis bon nombre \ »
Quoique atteint d'un violent mal de poitrine et souffrant cruellement de son ancienne blessure enflammée par les fatigues, de Rœulx, secondé par un digne lieutenant, le sei-
' Lettres des seigneurs, VUI, f® 644.
* Lettre de de Rœulx, du 4 décembre. Ibid,, î*> 340.
^ Lettres de de Vendeville, des 6 et 9 décembre. Ibid., f»» 352 et 379.
* Lettre de de Rœulx, du 12 décembre. Ibid., f» 397.
* Autre lettre du même, du 42 décembre. Ibid., f» 400.
354 RÉGNE OE GHARLES-QUJNT EN BELGIQUE.
gneur de Bugoicourt, n*éUiit pas resté inactif. Jugeant que de Vendeville n*avait pas suffisamment ravager les environs de Hesdin, il envoya de la cavalerie brûler tout ce qui était resté debout, afin d^enlever aux assaillants la facilité de se loger'. Trop faible pour tenir la campagne, il pressa Marie de Hongrie de lui envoyer des renforts^ et surtout de Taisent, ^ « car sans cela, lui écrivit-il, le pays sera par destruit. Oultre ce, n'aurai nulle obéissance, veu que les gens de guerre ne sont plus teiz que je les ay veus ; n'estoit que je suis avecq eulx, ne sçaurai ni penserai croire les meschancetez qui se y font. Dès que ou leur doit quelque peu, sans avoir regard au bon payement qu*ilz ont eu, ne faillent de manger le povre peuple à discrétion et sans discrétion ; si on en parle aux cappitaines, ik disent qu'ilz n'en sçauroient faire justice s'ilz ne sont payez*. » Tout ce qu'il obtint fut une faible somme de 10,000 florins qu'il partagea entre ses troupes, et, la reine lui ayant « donné la bride sur le col, » il se mit en mesure de « ne pas laisser le dormir aux ennemis, d'agir en telle sorte que l'empereur et sa majesté réginale en eussent contentement. » Manquant surtout de piétons, il appela aux armes les nailices des quartiers d'Ypres, de Bailleul, de Cassel, et prit position à Mouchy-le-Cayeux, à trois lieues de Hesdin, d'où il pouvait secourir la place, empêcher le ravitaillement de Thérouanne, et, s'il était attaqué par des forces trop supérieures, se replier vers Béthune, Aire ou Lillejjs*. Malheureusement la pénurie
* Lettre du <2 décembre, précitée. , ' Lettre du 6 décembre. Lettres des seigneurs ^ VIII, f« 349.
^ Ibid. — « Seullement veux-je bien dire ce mot, que si Votre Majesté n'en- Toie bonne somme de deniers et bientost, l'empereur polra recepvoir grosse honte et perte, les subjectz mengiez et pilliez. » Lettre du 4. Ibid , f" 340.
* Lettre du 3 décembre. Ibid., f» 348.
* Lettre du 7 décembre. Ibid., f« 354.
d'argent paralysait déjà ses efforts : sa vieille bande, celles du duc d'Aerschot et du seigneur de Praet, manquant de tout, se trouvèrent dans l'impossibilité de le rejoindre, et le régiment de Trélon se mutina réclamant sa solde arriérée*. Ni ces obstacles, ni la désertion ^, ni les maladies décimant ses troupes trop peu nombreuses ^ ni le temps « devenu si terrible qu'on ne sçavoit aller ni à pied , ni à cheval , » rien n'arrêta l'héroïque capitaine. A peine informé de l'évacuation de la ville de Hesdin, il se porta à Labouchère (13 décembre) et envoya, le jour même, trois petits détachements « donner l'alarme » aux assiégeants et reconnaître leurs positions. Le premier de ces détachements, formé de douze chevaux, incendia trois fermes et beaucoup de petites maisons entre la Canche et l'Authie; suivant leur rapport, plus de deux cents hommes du régiment de Reiffenberg furent brûlés ou tués. Le second, composé d'arquebusiers, commandés par le capitaine le Flameng, s'avança jusqu'au village d'Esclinières, à une demi-lieue de Hesdin, tomba sur des fourrageurs du même régiment, en tua iO à 12 et ramena deux prisonniers avec 18 chevaux. Le troisième, fort de 2S chevaux de la bande d'ordonnances d'Aix, défit un poste de 24 à 25 gendarmes
' Lettre du 8 décembre. Lettres des seigneurs, VIII, f® 371. — « Je feray le mieulx que je pourray pour deflfendre. L'udc des faultes que j'ay la plus grande c'est d'argent, sans lequel nos gens ne feront riens, et encoires en rayant il y a bien afifaire à les mener, et en ay tant mon soûl que je n'en puys plus. J'ay commenché à faire bailler à nos gens de cheval ung mois dont ne se contentent poinct, disans que on leur en doibt trois. Sur quoy leur ay respondu que ay autreffois servy l'empereur avec gens ausquelz on debvoit dix-huit mois, et sy n'en parloyent point tant comme eulx, mais quelque raison que leur sache donner, je ne y vois ordre. » Ibid.
» Lettre de de Rœulx, du H décembre. Ibid., f« 419.
' La maladie s'est reboutée entre mes lansquenetz, si peu qu'en avons. » Lettre du môme, du 45 décembre. Ibid., f* 427.
3o6 RÉGNE DE GHARLES-QUINT EN BELGIQUE.
français, les tua pour la plupart, en prit un et s'empara de 1 8 chevaux \ Le même jour, la bande d'ordonnances de Wysmes, arrivée d'Aire, tailla en pièces une compagnie de lansquenets. Loin de tirer de la présomption de ces légers succès, de Rœulx craignit qu'ils n'inspirassent à ses soldats trop de confiance, et « qu'y ayant trouvé si bonne amorsse en y allant par si petites troupes, ils ne s'y trouvassent trompés. » Il leur défendit donc sévèrement d'entreprendre aucune expédition sans ordre de leurs capitaines.
Les Français, en effet, étaient sur leurs gardes, et quatre ou cinq tentatives de ravitaillement échouèrent. Or, de Rœuk craignait surtout que les vivres ne vinssent à manquer aux assiégés, « parce qu'ils avoient esté assez négligens de prendre ce qui estoit autour, ayans par trop voulu complaire aux sieurs et gentilshommes de par deçà'. » Le mauvais état des chemins ne permettait pas de mettre de grosses troupes en campagne; on avait trop peu d'infanterie % pour former une entreprise sérieuse; il fallut donc se borner à brûler les villages voisins du camp ennemi *, à enlever ses convois, à surprendre ses postes détachés^. Le 16, le comte s'établit à Pernes ®, et se trouva en présence d'une forte division française qui avait passé la Canche. On crut d'abord à un engagement; mais l'attitude des Impériaux imposa à l'ennemi, qui se retira après avoir brûlé quelques fermes où on leur avait
• Lettre du 14 décembre, précitée.
^ Lettre du 45 décembre, précitée.
' Lettre de de Rœulx à Marie de Hongrie , du 4 7 décembre. Lettres des seigneurs, VIII, f® 464.
* « De sorte qu'il me a convenu faire bruller aucuns villages, comme je faictz encoires journellement. » Lettre du 4 5 décembre, précitée.
^ Lettre du 47 décembre. Lettres des seigneurs, VIlï, f** 463. « Ibid.
refusé des vivres ^ Le lendemain, dans la matinée, la bande d'ordonnances de Famars tomba sur les avant-postes français, tua 30 à 36 lansquenets et ramena 9 prisonniers ^.
Ces incessantes attaques et les fréquentes sorties des assiégés coûtaient beaucoup de monde aux Français ^ ; mais elles n'arrêtèrent point leurs travaux. Établis dans les mêmes positions que les Impériaux avaient prises au mois de novembre ^ ils avaient si bien resserré le château qu'il était impossible d'y pénétrer ^. Le 15, ils commencèrent sérieusement à le battre ®; le 17, ils eurent en batterie 14 ou 15 pièces de gros calibre. Huit canons renforcés et deux longues coulevrines qui leur arrivèrent bientôt', permirent de
' Lettre de de Rœulx, du i6 décembre. Lettres des seigneurs, VIII, f» 439.
* Lettre du même, du 47 décembre. Ibid., f« 479.
^ « Je tiens que depuis huit jours que les ennemis sont devant Hesdin, lesdits lansquenetz ont perdu plus de quatre cens hommes. » Ibid. — Lettre du 44 décembre, précitée.
* o Le ryngrave et autres sont logés au parcq de Hesdin, près du chasteau, au mesme lieu où estoit logé le marischal de Gheldres, jusques au logis du prince d'Orange. Le coronnel Reiffenberg est logié au Fresnoy au mesme lieu où estoit le comte de Hochstraten , et les vieilles bandes sont en ung lieu nommé Saint-Quentin, où estoit logié le duc d'Aerschot avec son régiment. Le duc de Vendosme loge en ung petit cloistre de cordeliers nommé le Valentin. Et de costel luy, oultre la rivière au coin du bois du Fortel, sont logiez les dix enseignes des Suysses. » Lettre 14 décembre. Lettres des seigneurs, VIII, f» 414.
* « Ils ont commenché à battre ce matin en fort grand diligence, de xiij ou xiiij grosses pièches. Le chasteau est si très-clos quïl est mal possible y entrer. «» Lettre du 1 7 décembre, précitée.
^ Lettre de de Rœulx, du 21 décembre. Lettres des seigneurs, VIII, f® 510.
7 « Ils bâtent fort et en grande dilligence, mais ce n'est que de xiiij ou xv pièches. Ils attendent pour vray encoires huict canons renforchiez et deux longues cullevrines, que lors ilz feront une terrible batterie, et mectront plus tost tout le chasteau en pouldre qu'ilz ne le aient. Si ce n'est qu'il vienne ung bien noaulvais temps, ou que soie plus fort pour les deslogier, ceulx de dedans ne polront tenir plus de quinze jours au mieulx aller. » Lettre du comte de Rœulx, du 17 décembre, précitée.
foudroyer la place , et tout le mur fermant rancieane brèche s'écroula dans le fossé ^ Vendôme ordonna immédiatement Tassaut (19 décembre) ^, mais, en ce moment, de Bugnicourl assaillit le camp à la tète de 1 ,400 chevaux, tua une centaine d'hommes et enleva plus encore de prisonniers^. Le doc, déconcerté par cette attaque, renonça à son projet, et le lendemain (20 décembre) il « envoya ung trompette vers ceulx du chasteau pour les sommer de se rendre ; auquel ils firent response qu'il se retirast ou ilz le tireroiènt ; ce que ledit sieur de Vendosme prit de mauvaise part *. »
Malgré les énormes pertes causées à l'ennemi *, les assiégés voyaient cependant approcher le moment où leur valeur serait incapable de prolonger la résistance. Il leur restait à peine des vivres pour une semaine ; et, obligés de « remparer nuit et jour, car il estoit impossible d'estre plus battus qu'ils n'estoient, ils succomboient à la fatigue ®. » De Rœulx « s'estoit tousjours doubté que ce chasteau n'estoit tenable
' Lettre de de Rœulx, du <9 décembre. Lettres des seigneurs, VIII, f» 486.
' « Lesdictz ennemis font leur batterie en deux lieux, et il y a dix pièces à Tune d'icelles et xiiij à Taultre, laquelle ilz continuent et hâtent fort. Il y a desjà bonne bresche que ilz ont délibéré de assaillir ce jourd'huy après le disner. » Autre lettre du <9 décembre. Ibid., (" 484. — « Quelques prisonniers luy ont certiffié qu Mlz avoient délibéré de donner Tassault ce jourd'huy., et qu'ilz le vouloient haster, craindant le maulvais temps. » Ibid.
' Ibid,
* Lettre de de Rœulx, du 22 décembre. Ibid., f« 514.
* « Quelques prisonniers disent que nos gens se deffendent fort bien et leur tuent beaucoup de leurs gens. » Lettre du 19 décembre, précitée.
^ « Madame, il y a dix-buict jours pour le moings que ceulx dudit Hesdin, qui ne sont point moins de deux mil cincq cens bouches, vivent de la munition, par quoy ne peuvent avoir vivres que pour encore six ou sept jours. » Lettre du 22 décembre, précitée. — « Il est impossible d'estre plus battuz qu'ilz sont, et si ont eu huit jours entiers grand travail, car ilz ont remparé nuict et jour. » Jbid.
contre un grand effort, ne fust que les ennemis luy eussent donné loysir jusqu'à la Chandeleur ^ ; » aussi pressentait-il cette situation et redoublait-il d'efforts pour ravitailler la place ^; mais « les moyens ne lui estoient en mains pour faire grand'chose. Ses forces n'esloient à comparer à celles de M. de Vendôme, et il devoit se borner à dresser avec la gendarmerie, qui étoit bonne et de grande volonté, des entreprises sur les ennemis, où beaucoup d'iceulx estoient tués ou pris ^. » Si solide que fût son infanterie, elle était trop peu nombreuse, et, mal payée, elle était trop peu sûre pour tenter une attaque générale *. Or, les Français, malgré la supériorité de leurs forces, récemment accrues encore de cinq enseignes d'infanterie et de 400 chevaux, se tenaient dans leurs lignes, déclinant toutes les offres de bataille. « Ah ! s'écriait de Rœulx , si j'avois seulement deux mille piétons de renfort , je leur ferois faire un aultre compte ^ ! » Malheureusement
* Lettre du comte à Marie de Hongrie, du 20 décembre. Lettres des seigneurs , Vin,f«498.
* Lettres des <9, 20, 24 décembre, etc. Ibid., f« 486 et suiv.
* Lettre de d'Hoogstraeten, du 26 décembre. Ibid.J<* 562.
* Lettres des 22, 24 et 25 décembre. Ibid., f«» 5U, 547, 562. — « Madame, j'ay tant afifaire d'argent, que ne scay comment je doibs faire pour payer mes gens, car les gens de guerre ne sont plus menables par paroUes comme du passé. I» Lettre du 24 décembre. Ibid., t* biO.
* « J'ay ce jourd'huy esté aux champs, les cuidant attirer hors de leur camp, jusques auquel avons envoie donner six cens chevaulx, et toutte la reste estoit demourée en embusche bien près de là Et si avions laissié en ung lieu fort tous Doz gens de pied en bon ordre, pour les recepvoir s'ilz fussent venus; mais leurs gens de cheval ny de pied n'ont voulu saillir, et ne tâchent à aultre chose que de prendre la place. Je suis après pour demain leur donner une aultre allarme, espérant qu'elle sera plus prouffitable. Il leur vint hier cinq enseignes de pietions et quattre cens chevaulx de renfort. Si j'avois encoires deux mil bons piétons de renfort, leur feroie faire ung aultre compte. » Lettre du 23 décembre, précitée. — « Sy esse que pour tout cecy, ne avons jamais sceu atirer leur gendarmerye arrier de leur camp ny de leurs piétons. Sy estions
ii ne put obtenir ce renfort et après avoir « fait tout ce qui lui étoit possible pour secourir la place , le comte fut obligé de laisser la chose à ce quil plairoit à Dieu en déterminer \ »
Marie de Hongrie avait bien ordonné de lui envoyer une partie des garnisons du Hainaut ^; mais de Lalaing, menacé luimême par des forces supérieures, n'osa dégarnir sa province. Déjà les Français avaient poussé une reconnaissance jusqu'à Saint-Piéton, près du Quesnoy ^. Le 12 décembre, 200 chevaux enlevèrent, sous les murs de Landrecy, une centaine de têtes de bétail, et, dans la nuit du 1 3 au 1 4, ils tentèrent ud coup de main sur cette ville. En même temps d'autres partis franchissaient la Sambre ; mais ceux-ci, attaqués par quelques gendarmes des châteaux de Forêt, de Bousies et de Candry, conduits par « ung nommé Jacques de Leu, » battirent promptement en retraite, tandis que les Impériaux qui « n'avoient point chef l'un plus grand que l'autre, » s'acharnèrent à la poursuite « sans ordre ni direction, » et tombèrent dans une embuscade. Ils eussent été tués ou pris jusqu'au dernier sans l'héroïsme d'une quarantaine de piétons sortis de Landrecy. Ces braves gens tinrent tête à l'ennemi, et l'arrivée d'une troupe d'arquebusiers à cheval mit les Français en déroute, avec une grosse perte en morts, blessés et prisonniers \ Peu de jours après (23 décembre), « un seigneur du Poitou,
nous bien întentionDez sy aultrement les eussions sceu attirer hors de leurs ditz piétons, tenter la fortune à quy il en eult pieu à Dieu donner la victoire. » Lettre de d'Hoogstraeten, précitée.
' Lettre du i 9 décembre, précitée.
" Lettre du H décembre. Lettres des seigneurs, VI II, f» 442.
^ « Les François sont beaulcop plus fors que nous sur notre frontière, etoDt depuis ung peu esté jusquesà Sainct-Pieton, près du Quesnoy. » Lettre de de Lalaing, du 46 décembre, ibid., (^ 448.
* Lettre de Jean d'Yves, du U décembre. Ibid., f» 425.
nommé M. de la Jaille, » attaqua Appre, à la tête de 600 chevaux et de 1,200 piétons, » avec intention de brusler ensuite et de faire le plus de desgast qu'il pourroit ; » mais « ceux du village, rangés devant leur fort, tinrent bonne raine tant qu'ilz fussent enfin contraints de se retirer dedans. » Cette résistance permit au seigneur de Noyelles d*accourir avec une cornette de chevau-légers , et l'ennemi qui avait déjà perdu assez de monde*, battit aussitôt en retraite. En se retirant il brûla quelques maisons à Werchin et une ferme appartenant à Tabbé de Viscogne; mais, serré de près par de Noyelles , qui le poursuivit jusqu'à deux petites lieues de Hesdin , il ne lira guère de profit de son expédition l Une autre troupe fut défaite près de Haussy par quelques gœdarmes impériaux, qui lui enlevèrent ses chevaux '^ , et la garnison de Marienbourg, « accompagnée d'aucuns Liégeois * , » fit essuyer un grave échec à une petite division chargée de reconnaître cette ville ^.
Le 20 décembre, jour où les défenseurs du château de Hesdin repoussaient la sommation de Vendôme, de Rœulx se porta vers Mouchy, pour « donner une grosse alarme aux assiégeans. » En route il rencontra deux députés de la garnison chaînés de lui déclarer, « qu'il estoit impossible de tenir davantage la place , parce que la brèche avoit plus de deux cents pieds de long et que le rempart tomboit dans
* « Madame, je ne veulx oublier advertir Votre Majesté que ung capitaine de gens de pied gascon a esté tué devant le fort dudit Haspre, avec aulcuus aultres dont ne scay encore le nombre, et estoient environ v • hommes de pied. »> Lettre de de Lalaing, du 24 décembre. Lettres des seigneurs, VIII, f*» 537.
' Ibid. — Lettre de Jean Boullenger, capitaine de Valenciennes, du 23 décembre. Ibid., ^ 525. — * Lettre de de Lalaing, du 24 décembre, précitée.
* C'est-à-dire habitants de la contrée voisine (Entre-Sambre-et-Meuse) dépendants de Liège.
* Lettre de d'Hoogstraeten , du 27 décembre. Lett des seigneurs , VIII, f«588.
le fossé avec la muraille, de sorte qu'ils estoient du tout à découvert. Qui pis estoit, y avoit une autre brèche, laquelle avoit bien cinquante [ûeds de large, de l'autre costé de la porte du Paroq, tirant vers Montreuil, par laquelle ils estoient battus de flanc dkns leurs tranchées, de sorte qu'ils ne sçavoient où se mectre. > En outre, lennemi venait de découvrir une nouvelle batterie de huit canons prête à battre en brèche l'autre flanc ^ Le cointe, tout en estimant que « ce seroit dommage de perdre les gens qu'il y avoit là dedans , car c'estoieut gens de service ^ , > ne sut se résoudre à autoriser une capitulation. S'il communiqua ce rapport à ses princ^ipaux capitaines, ainsi qu'à d'Hoogstraeten et à de Glajoa récemment envoyés par la reine, pour l'assister de leurs conseils ou pour le suppléer dans le cas où il céderait aux souffrances contre lesquelles il luttait avec énergie^, ce fut moins sur la réponse à donner aux assiégés que sur les moyens de les secourir. Or, pendant qu'il délibérait, ceux-ci prouvaient que le cœur ne leur faillait point.
A peine Vendôme connut-il la réponse faite à son messager que 30 à 35 gros canons tonnèrent contre la place. Le feu dura jusque vers dix heures du soir, et dès qu'il cessa les Français se lancèrent à l'assaut. « Les brèches étoient si grandes et aisées «^1 monter, que chacun tenoit pour impossible de tenùr ; » néanmoins, après deux heures d une lutte acharnée, les assaillants furent repoussés *. Malheureusement la trahison vint com-
' Lettre de de Rœu]z, du 20 décembre. Lettres des seigneurs, VIII, f* 498.
• Ibid.
^ Lettres du 47décembre. Ibid., f** 464 et 540.
4 « La nuict passée, après que les eanemis Tavoieûi furieusement battu, comme ilz avoieDt faict quattre jours paravant, vers les dix beures, donnèrent un assault bien furieux, dont ils furent rebouttez. Ce mattin ont recommenchié à battre, mais non si fort que les aultres jours. J'envoyai derechef aulcons
promettre les résultats de ce fait d'armes. « Quelque garchon, se desvallant de nuit du château, dit tout ce qui s'étoit passé là dedans aux ennemis, entre autres choses, que la garnison n'avoit vivres que pour huit jours , que le capitaine Caron , l'enseigne Binot et deux canonniers avoient esté tués. Enfin, il indiqua l'endroit du rempart où les assiégés se mectoient en bataille, ce qui leur nuisit beaucoup, d La nuit même, Teonemi rouvrit le feu et élargit « si grandement les brèches que c'esloit chose inextimable. » Un moment (21 décembre), les munition^ lui manquèrent, « car il n'est point créable du grand nombre de pouldre et de bouletz qu'ilz avoient uzé ; » mais il lui en arriva bientôt de nouvelles, et il recommença sur-le-champ à « battre si fort la place qu'il n'estoit possible de plus \ »
Les détonations de l'artillerie, mieux encore que les rapports des chevaucheurs courant sans cesse aux nouvelles , disaient à de Rœulx la situation des assiégés, et il résolut de tenter un suprême effort. Pendant qu'il se porterait à Trois Vaulx, dans le comté de Saint-Pol, avec sou infanterie et six cornettes de cavalerie légère, pour distraire l'attention de Vendôme, le prince d'Épinoy, d'Hoogstraeien et de Bugnicourt, avec toutes les bandes d'ordonnances et six enseignes
archers tant de ipa bande que d'aultres, lesquelz m'ont rapporté avoir veu et oy donner assault fort furieux audit chasteau, lequel avoitbien duré deux heures, au bout desquelles deux heures auroient oy sonner la retraicte. Les brèches sont si grandes et ayzées à monter, que chacun tenoit pour impossible que nos gens peussent tenir l\ n'est point créable le grand nombre de pouldre et boulletz qu'iiz ont usé, car ilz ont battu continuellement avec trente pièches de batterie, cincq jours entiers et de nuict le plus souvent. » Lettre de de Rœulx, du 24 décembre. Lettres des seigneurs, VIII, f» 510.
■ Lettre du comte de Rœulx, du 22 décembre, précitée. — F. Rabutin dit qu'en deux jours les assiégeants tirèrent 4,066 coups de canon, nombre énorme pour l'époque, l. iv, 377.
36i RÉGNE DE CHARLES-QUINT EN BELGIQUE.
de piétons, (levaient incendier les cantonnements de la gendarmerie française. Puis, on a donneroit à l'ennemi une bonne main, » et on le harcèlerait tant qu'il serait contraint de lever le siège \ Ce mouvement décisif était déjà commencé, quand on apprit la reddition du château et Tarrivée de sa garnison à Saint-Pol. En effet, « voyant deux grandes brèches ouvertes et d'autres prêtes à s'ouvrir , les soudards , tous d'un commun accord, avoient dit aux capitaines qu'ils n'estoient plus délibérés de tenir et se rendroient comme on les voudroit avoir. Malgré les vives instances de leurs capitaines pour les engager à tenir encore quelque temps, ils n'en avoient voulu rien faire et avoient menacé de sortir par la brèche^. » Il avait fallu alors se résigner à capituler, et la garnison avait obtenu de sortir avec ses enseignes, ses armes, ses bagages et deux pièces d'artillerie ^.
Cette nouvelle exaspéra de Roeulx. Si convaincu qu'il fût de la valeur déployée par son (ils, il refusa de le voir et l'envoya à la reine avec de Vendeville, pour Justifier sa conduite *. A la demande de ces seigneurs et des autres capitaines, il fit secrètement examiner les brèches; mais, bien que le rapport établît « qu'elles estoient si grandes qu'il eust esté impossible de garder la place et que les François disoient entre eux que les soudards n'avoient point eu de tort de
' Lettre de d Hoogstraeten, du 25 décembre. Lettres des seigneurs, VI H, f 562,
' Lettre de de Rœulx, du 24 décembre. Ibid., f* S47.
' Ibid, — Lettre de Charles-Quint, du 42 janvier 4553. Correspandenz, lU,
* Lettre du 24 décembre, précitée. — « Et combien que le fils de M. de Roeux .se fust acquitté de son devoir à le garder, néanmoins, craignant la cholère de son père, il demeura longtemps sans s'oser présenter devant luy. » Rabutin^ L. IV, 577.
requérir de se rendre ' ; » bien qu'il apprit qu'à l'aspect de la place *, Coligny eut dit à Vendôme : « Si je eusse vu ce que voys, auparavant appointer avec ceulx de dedans, ilz n'en fussent point sortis comme ils font ou vous n'eussiez point cru mon conseil * ; » bien que lui-même enfin il reconnût que, « devant une telle batterie, il étoit impossible de tenir plus de cinq ou six jours ^, » il ordonna une enquête sévère contre les instigateurs de la capitulation* et, « pour donner exemple à autres, fit pendre jusques à une demy douzaine de ceulx qui avoient esté le plus mal gracieux ®. » De son côté, Marie de Hongrie tint longtemps rigueur aux capitaines, et les incontestables services du seigneur de Vendeville ne le sauvèrent point de sa disgrâce '.
Son but étant manqué, de Rœulx se replia sur Pernes pour
• Lettre de de Rœulx, du 24 décembre. Lettres des seigneurs, VIIl, f« 650.
• n y avait trois brèches : Tune large de 500 pieds et où sur une étendue de 400 pieds on pouvait monter à cheval, une de 60 pieds, et une de 50 à 60 pieds, par où les défenseurs de la première étaient pris à dos. « Rapport d'ung qui vint hier au soir bien tard du chasteau de Hesdin. » Jbîd., f* Wo,
' Ibid.
^ « 11 fault que Votre Majesté entende que devant une telle batterie que avoient les ennemis devant ledit Hesdin, ou celle que y avons eue, quy n'estoit point si grande, il fault que ce soit faut ou failly en cincq ou six jours, et touttes les fois qu'il plaira à Votre Majesté en dedans ung mois ou cincq sepmaines renvoyer à Hesdin avec rartillerie qui est à Réthune, on le remectra es mains d'icelle en dedans trois jours après que Tartillerie sera assise, moiennant que serons les plus forts aux champs. Lettre du 24 décembre 4552. Lettres des seigneurs, VIH, f" 554 .
^ « Quant à ceulx quy ont volu contraindre les capitaynes de rendre Hesdin, j'en fais tout ce que je puis pour enfoncer la chose, et en ay desjà quelque nombre sur ung rolle, lesquelz je feray pendre incontinent, et me semble qu'il y gist grand chastoy, car autrement une auttre fois un tas de coquins les contrainderont à eulx rendre. » Lettre du 45 janvier 4553. Ibid., IX, f» 98.
• Lettre du 24 décembre, précitée.
7 Lettre de ce seigneur à Marie de Hongrie, du 5 mars 4553. Ibid., f» 264. IX. 46
366 RÉGNE 0£ CHARL£S-QUifiT EN BELGIQUE
attendre la résolution de Tennemi. Vendôme avait encore environ 30,000 piétons, 3,500 chevaux \ et Ton savait qu'il avait rintention d'attaquer le château de Renty, moins tenable encore que Hesdin^; mais, comme il avait épuisé ses munitions, le comte ne crut pas à la possibilité d*un nouveau siège et s attendit plutôt à quelque excursion ^. En conséquence, « il débattit avec ses capitaines ce qu'il convenoit faire pour s y opposer, soit de camper, soit de renforcer les garnisons. On trouva pour le mieux de faire l'un et l'autre : à savoir de Ic^er, en forme de camp, les régiments de d'Aerschot et de Trélon avec six enseignes de Bas Allemands, à une lieue de Bétbune; de mettre 1 ,000 à 1 ,200 chevaux dans cette ville, 600 à Ârras, 200 à Saint-Omer, 400 à Aire et le surplus à Bapaume et dans les places voisines , de manière à pouvoir les réunir promptemenl pour secourir Renty ou pour empêcher le ravitaillement de Thérouanne *. » En ce moment arrivèrent le régiment de Geoi^e Van HoU et un régiment de Hauts Allemands envoyés par Charles-Quint *. Retardés par le mauvais état des chemins ®^ ils n'avaient pu gagner l'Artois assez à temps pour sauver Hesdin , mais la présence de ce renfort n'en était pas moins fort opportune, car si, suivant les prévisions, le siège de Metz était levé, les Français ne manqueraient pas de venger sur l'Artois les ravages de la Picardie '. On ne tarda pourtant pas à être rassuré sur une attaque
' LetlrededeRœulx, du 2A décembre, précilée.
' Lettre du même, du 49 décembre. Lettres des seigneurê, VUI, f» 486. » Lettre du 24 décembre, précitée (f« 547).
« LeUre du 24 décembre, précitée (f* 550).
^ Lettre de Marie de Hougrie , du 26 décembre. Lett. des seign.f VUI, f* .T??. ^ Lettre de de Rœulx, du 24 décembre, précitée.
7 Lettre du même, du 27 décembre. Ibid., (• 584. — Lettre de Churles-Quinl, du 42 janvier, précitée.
immédiate. li tomba une si énorme quantité de neige \ que l'ennemi , déjà exténué par les rudes fatigues d'un siège, ne songea plus qu'à assurer sa retraite. Vendôme, obligé de renoncer à ses projets sur Renty, eût désiré clore son expédition par quelque grande course ^ ; mais , lorsqu'il s'agit « d'induire ses lansquenets à marcher plus avant en pays d'Artois, ils n'y voulurent entendre, disans que le temps estoit par trop maulvaix et que, sy le roy de France vouloit tyrer service deulx, il convenoit premier les faire rafraischir par les villes pour quelque temps, car aultrement il n'estoit possible \ » A la vérité, il en mourait beaucoup tous les jours, et à peine le mouvement de retraite fut-il commencé que ce fut une véritable débandade. Vendôme en fut si alarmé qu'il fit rompre tous les ponts sur la Ganche et ses affluents ^ Mais les Impériaux n'étaient guère dans une meilleure situation, et dès que l'ennemi se fut retiré, de Rœulx disloqua son armée. Puis , quoique l'état de sa santé exigeât impérieusement du i-epos *, il écrivit à la reine que « s'il lui plaisoil le renforcer et lui permettre de disposer de l'arsenal de Béthune, il lui
' Lettre ded'Hoogstraeten, du 25 décembre, précitée.
' Rapport d'uDg qui vint hier au soir bien tard du chasteau de HesdiQ, précité.
^ Rapport du xxviij« de décembre 4553. Lettres des seigneurs, VUI, ^ 608.
4 Lettre de de Rœulx, du 30 décembre, ibid., f»6i6.
? « Il me desplaist qu'il faull que je advise Votre Majesté, que ma maladie tant de la courte alayne que j'ay, comme de ma jambe, se augmente de plus en plus, et auroit apparence que en viendrait pis si je ne y mets remède. D'aultre costé je n'aye bougé pour les grandes affaires que il y a icy, et ne vouidroie pour riens, fust pour ma sancté ou aultre chose que, par mou absence, survint quelque inconvénient. Je regarderai en dedans ung jour au deux après que aurai eu nouvelles de la conduicte de nos dictz ennemis de trouver quelque petitte maison pour y demeurer quinze jours, ou si longuement que lesdits ennemis me y vouldront laisser. » Lettre du 28 décembre. Ibid., (^ 605.
rendroit tôt Hesdiii, en faisant plus grande plaie que celie-là n'estoit ' .
Le siège de Metz n'avait guère fait de progrès. Le 16 novembre, dans rétat-raajor du duc d'Albe, on comptait « tirer à brèche avant cinq ou six jours, ce qui permettroit de juger de la fortiflcation intérieure, et emporter ensuite la place en dressant une batterie de soixante pièces réunies'; » mais, Granvelle qui , huit jours auparavant berçait Marie de Hongrie de chimériques espérances, était obligé de reconnaître le 20 que rien n'était prêt, que l'artillerie n'était pas encore en batterie', que tout jusqu'alors s'était borné à des escarmouches « où demeuroient gens de costé et d'autre *. » L'attaque se bornait aux plates -formes de Sainte-Glocine , de Sainte - Marie , à la tour d'Enfer, et les tranchées étaient encore si étroites qu'on n'y pouvait loger suffisamment de soldats pour les défendre. On « n'avoit cessé de les conduire vers la porte Saint -Thiébault, et l'on en avoit ouvert une nouvelle, plus près de la muraille, au pied de la potence établie devant Fencoignure de Sainte-Glocine. » Elle tendait au joignant du ravelin de la porte Saint-Thiébault, « mais sitôt qu'ils se virent menacés de ce côté, les assiégés mirent
' Lettre du Î5 décembre, letl. des seîgn., VIII, h 565. — Voir aussi p. 365.
' Lettre d'Eraso, du 46 novembre, précitée.
' Reg. Coll. de doc. hist., IX, ^ 449.
4 L'on a escarmouche ces quatre jours pour estre plusieurs fois et à plusieurs costez sortis ceuix de la ville, et y a demeuré gens d*un côté et d'autre; mais non chose de grande importance. Les chargèrent hier (49 novembre) les gens du marquis fort vivement et leur donnèrent la chasse bien longue jusques à les conduire sous le trait de leur artillerie, et ne sçait-on encore quel dommage ils auront receu, bien ai-je entendu d'un espion que devant hier ils enterrè<rent un seigneur avec grande pompe, qu'avoit esté blessé en une escarmouche et que Ton le pleuroit fortf, mais Tespie n'osa pour non se découvrir, s'enquérir quic'étoit. » Ibid. — Saugnac Fénelon. — Bref discours.
le feu aux élançons soutenant les églises de Sainl-Tbiébauit et des Augustins, qui joignaient la muraille au-dessous de cette porte, et elles s'écroulèrent « au grand déplaisir des assaillans ' . > Ainsi on en était toujours aux opérations préliminaires et personne ne se dissimulait plus les difficultés de Tentreprise, « dont les principales estoient la mauvaise saison et la grande quantité de bonnes troupes enfermées dans la place. » La première surtout s'aggravait sans cesse : Thivcr s'approchait et déjà < pour les assiégeans les jours étoient fort courts, tandis que pour les assiégés, les nuits étoient longues et leur permettoient de remparer ce qui avoit été abattu^. » Perclus de la main droite par la goutte' et souffrant cruellement des hémorrhoïdes ^, Charles-Quint était resté jusqu'alors àThionville; mais dès que la maladie lui laissa un instant de répit, il voulut reconnaître par lui-même les obstacles et relever le moral de son armée. A ses yeux, si l'entreprise ne réussissait pas , sa réputation courait les mêmes dangers que s'il avait été à la tête de ses soldats ; en outre, sa présence ferait cesser les dissensions entre les troupes, imposerait aux mutins dans le cas où l'argent de Flandre n'arriverait pas à temps, donnerait à tous plus d'ardeur ^t de constance^. Dans son entourage on partageait cette opinion^ et, partant le 18 novembre', il alla coucher dans un petit château à deux
• Salignac Fénelon. — * Lettre d'Eraso, précitée.
^ Lettre du 43 novembre. Correspondenz, III, 542.
^ Lettre d*Eraso, précitée.
^ Lettres du 45 novembre 4633 [Correspondenz, III, 54 7) « et du 25 décembre, précitée.
^ Lettre d'Eraso, précitée.
? Lettre de Charles-Quint, du 25 décembre, précitée. — Une lettre d'Eraso, du 26 novembre, dit le 47; et une lettre de Corneille de Baesdorp, le 49; mais entre ces deux dernières lettres régnent des contradictions qui les font paraître moins exactes que celle de l'empereur .
lieues de TbioDville. II y trouva un régiment allemand avec environ mille cavaliers du duc de Holstein chargés de l'escorter et le lendemain il arriva au campement de d'Ârenberg. Il passa en revue les troupes du comte, « parlant aux colonels et aux capitaines ; » puis, du haut de la colline de Ghâtilion, il examina longuement la place ^ Ayant fait mettre dans la tente de d'Arenberg « sa chambrette de bois avec cheminée, laquelle fut reschauffée de charbons ou braize de la cuisine, il en eut la nuit quelque fâcherie en la tête ^. » Néanmoins, « le lendemain qu estoit dimanche, » il partit pour le camp du duc d'Albe, qui vint à sa rencontre avec plus de 5,000 cavaliers*. Toute rinfanterie l'attendait rangée en bataille, et il Tinspecta, monté sur un cheval turc blanc \ salué d'enthousiastes acclamations se mêlant « au bruit des tambourins et d'une triple snlve de tous les arquebusiers tant de pied que de cheval, ainsi que de toute l'artillerie tirant à boulets sur la place*. » Il s'établit « au logis du duc en ung petit coing eschappé du feu dans l'abbaye Saint-Clément, en attendant que le château de la Orgue, appartenant au seigneur de Thulanges, près de Magny, fut accoustré®. » Ce château, qu'il choisit pour
' Lettre d'Erasoà Philippe, du 26 novembre. Archives de Simancas, I. c
' Lettre de Corneille de Baesdorp, du 25 novembre. Lettres des seigneurs, VIIM^S-IÎ.
^ Lettre d'Eraso, du 26 novembre, précitée.
^ Salignac Fé.nelon.
* « Madame, l'empereur arrive en ce même instant en cestui sien camp devant Metz, que Ton a jà bien fait scavoir à ceux de la ville, car à son arrivée Ton a pour salve deschargé toute la grosse artillerie au travers de la ville. > Lettre de Granvelle, du 20 novembre. Reg. Coll. de doc. hisL, IX. f» U9. ~ « A .son arrivée l'on a deschargé beaucoup de pièces de la grosse artillerie... » Lettre de Charles de Tisnacq, du 20 novembre 4552. lettres des seigneurs, Vni, f» 470. — Lettre d'Eraso, du 26 novembre, précitée. — Salignac Fenelon. — Rabi'tin — Brantôme.
** Salignac Fénelon.
son quartier général, était aitué à deux milles italiens de Metz ; il avait été brûlé en partie et Ton ne put y approprier que deux pièces, si petites quHl était impossible d'y mettre plus d'un lit; mais l'empereur, a ne voulant déranger per* sonne, s'en contenta et refusa d'occuper une des abbayes voisines qui avaient plus de logement ^ »
Un coup d'oeil suffit à Charles-Quint pour s'apercevoir des difficultés du siège et des fautes commises. Il reconnut que Metz« n'estoit pourestre assaillie, synon avec bon fundement, et avec combat de main à main ; car elle estoit si spacieuse, et pourvue de tel nombre de gens de guerre qu'il n'y avoit espoir de la pouvoir emporter par assault lieger, comme quelquefois il advient de moindres places. » Il fallait établir « le guet en plusieurs costez et en chacun d'iceulx bon nombre de gens pour correspondre à ceulx de la ville. Les nuits estoient longues; le froid, les neiges, la gelée insupportables pour les gens de guerre. A ceste occasion, plusieurs tomboient malades et se diminuoit le camp ^. » L'empereur, qui avait amené avec lui l'ingéniaire Sébastien Van Noen, alors attaché au service de l'évéque d'Arras *, remarqua , le jour même de son arrivée, « que par où l'on avoit pensé donner la batterie principale , il y avoit des deffences que l'on ne pouvoit ôter aux ennemis sans qu'ils ne fissent d'icelles fort grand dommaige à ses gens *. » — « Les tranchées qui s'étendaient de l'abbaye de Saint- Arnould, à main droite, jusqu'à la Seille, étaient arrivées à quatre-vingts pas de la place.
' Lettre d'Ëraso, du 26 novembre, précitée.
' Lettre de Charles-Quint, du 42 janvier, précitée.
^ Il leva Je plan de Metz. Voir sa lettre datée du camp, le 46 décembre. Lettrès des seigneurs, Jk'l 1 1 , f« 443 .
Lettre de Granvelle, du 24 novembre. Reg. Coil. de doc. hist., IX, f» 453.
37â . RÉGNE DE CHARLES-QUINT EN BELGIQUE.
Elles étaient bien longues et il n y avait pas à en attendre de bons résultats, parce qu*il y avait là deux flancs redoutables et qu'il était impossible d'y établir une solide batterie, à cause de la concavité et du rentrant que présentait en ce lieu la muraille \ »
Gharles-Quint ordonna sur-le-champ de diriger les travaux plus à gauche, du côté de la porte Sarpenoise, « où le fossé étoit fort petit et ne présentoit pour obstacle qu'une grosse tour et un large rempart, qu'il étoit possible d'entamer avec l'aide des pionniers ^. » La nouvelle tranchée , ouverte alors, se dirigea vers un saillant faisant face à la Moselle. La muraille et le terre-plein y étaient fort solides et constituaient la partie la plus forte de la défense , mais il ne s'y trouvait pas de flancs propres à recevoir des canons de gros calibre , et les petites pièces plongeant sur ce point d'attaque étaient établies sur des tourelles qu'il était aisé d'abattre. L'intention de l'empereur était d'arriver, par des tranchées, au fond du fossé, d'en faire enlever les eaux et d'attaquer ensuite la muraille et le terre -plein par la mine '.
La mauvaise direction donnée aux premiers travaux avait fait perdre sept à huit jours de beau temps et laissé aux assiégés « un grand loisir de se remparer et fortifier ^. » Dès le lendemain de l'arrivée de Charles-Quint, les Impériaux
' Lettre d'Eraso, du 26 novembre, précitée.
' Lettre de Granvelle, du 24 novembre, précitée,
^ Lettre d'Eraso, du 26 novembre, précitée.
4 « Depuis deux jours nous avons battu la ville avecq vin^t pièces de batterie, et commence avoir bresse. J'espère que ceste nuyt Ton en assira encoires ault restantes. Nous avons perdu sept ou huyt jours de beau temps, faisans nos trenschiez d'un aultre costé, et depuis Ton a changé d'oppinion quy a donné un «rand loisir à ceux de dedans soy remparer et fortiffier. » Lettre de d'Egmont, «lu 25 novembre. Lettres des seigneurs, VIII, f» 2U.
« menèrent des pièces à leur cavalier, à main droite du chemin de Saint-Arnould, dont ils ne s'estoient encore servis, et commencèrent à remuer terre de ce côté, au champ appelé de Papane, tirans à la Moselle. » Le nouveau but était bien choisi, car « il n'y avoit rien de remparé entre la porte Sarpenoise et la plate-forme de Sainte-Marie. » On s'était borné à « abattre les maisons au long de la muraille \ » Mais les assiégés aussitôt, travaillant jour et nuit, y multiplièrent les moyens de défense , « si diligemment qu'il fut bientôt connu que leur travail préviendroit celui des ennemis. » Ceux-ci toutefois , ranimés par la présence de l'empereur - , ne déployèrent pas moins d'activité, et, dans la nuit du 23 au 24 novembre, au moment où Marie de Hongrie ordonnait « processions générales, prières, oraisons et autres œuvres méritoires agréables à Dieu nostre Créateur, afin qu'il plût à la divine providence donner victoire à Sa Majesté impériale, et induire les princes chrestiens à une bonne paix ^, » ils démasquèrent une batterie de huit pièces devant la courtine de la porte Sarpenoise et la tour d'Enfer, à cinquante pas du fossé*. Cette batterie et les douze canons des deux cavaliers établis sur cet emplacement battirent tout de suite les tours de Wassieux, de Ligniers et de Saint-MicheP; mais la maçonnerie de ces ouvrages était excellente et les dégâts furent peu considérables ; aussi les Impériaux se bornèrent-ils bientôt à tirer sur les défenses et les flancs de tours, d'églises et de maisons situées près des murailles *.
• SAtIGNAC FÉNELON.
' Lettre d'Eraso, du 26 novembre, précitée.
' Ordre du 30 novembre 4552. Compte de H. de Witthem (n« 45228), f" xviij.
* Bref discours.
" Salignac Fémelon.
® Lettre d'Eraso, du 26 novembre, précitée.
374 RÊGNS DE GHARLES-QUINT £N MILGIQUR.
Le â4, Gbarles-Quint loonta à cheval, et accompagné du duc d*Albe seul, il alla reconnaitre la place, examinant tout en détail, pénétrant jusque dans les dernières tranchées qui étaient déjà fort rapprochées du rempart ^ Dans la nuit suivante, les assiégeants, repoussant les efforts tentés pour les déloger, élevèrent un nouveau cavalier et deux autres batteries, l'une de 36, Tautre de 1 5 pièces. Puis , dès l'aube^ ouvrant le feu « le plus merveilleux et espoventable, » ils lancèrent sur la ville 1 ,448 boulets. Tous les gabions de la plate- forme Sainte -Marie furent emportés ; les tours de Ligniers et de Sainte-Marie, renversées; celle de Wassieux, ébranlée -.
Cette attaque surprit les assiégés. « De ce côté, la courtine étoit la plus droicte et de meilleur flanquement; environnée de faulses braies, elle avoit une hauteur telle qu elle ne pouvoit quasi estre eschelée. Oultre ce, elle estoit soustenue d'une fort belle et grande plate - forme. Aussi, croyoiton que personne n'imagineroit jamais de mener l'artillerie au-devant d'un tel lieu, et Ton n'avoit point abattu les maisons voisines qui estoient tant contiguës à la muraille, qu'à grand peine y avoit-il espace pour donner chemin à une charrette, ce qui estoit fort dangereux. » Mais ce danger stimula le génie du duc de Guise. En moins de cinq jours, ces maisons disparurent et derrière les murailles incessamment battues par l'artillerie, s'en élevèrent d'autres « à la hauteur d'un homme et assez épaisses pour arrêter le coup de canon ^. »
Cependant les assiégeants, enflammés par l'espérance do succès, redoublèrent leurs feux, et, le 26, la batterie de brèche fut armée de 22 pièces de gros calibre. Appuyée par douze
' Lettre d'Eraso du 26 novembre, précitée. '
' Bref discours. — Salignac Fénelon. I
' (ire f discours.
SIÈGES DE METZ ET DE HESDiN. 37.H
OU quinze canons placés dans les cavaliers \ elle tira « de
telle furie et dil^ence qu'avant la nuit furent comptés
1,343 coups qui percèrent en trois lieux la muraille. » Le
lendemain, avant le jour, le feu recommença plus vif encore;
« en quoi le seigneur Jehan Manrique, maître de Tartillerie de
Tempereur, ensemble ceux qui exécutoient les pièces, firent
grand devoir et méritèrent la louange des assiégés d'être fort
bons et justes canonniers. » Le 28, « continuant leur batterie,
ils ouvrirent la tour d'Enfer de 18 ou 20 pieds de lai^e, et,
sur le midi, tout le pan de muraille entre les tours de
Wassieux et de Ligniers commença à pencher et se départir
de la terre qui l'appuyoit. Deux heures après, il tomba sur
une longueur de 90 pas, mais une partie sous soi, rendant la
montée mal aisée pour venir à l'assaut. A la vue de cet
ébouiement, les Impériaux poussèrent de grands cris et firent
démonstration d'une grande joie. Mais quand, la poussière
abattue, ils virent un nouveau rempart déjà haut de huit pieds
par-dessus la brèche, ils en eurent certes plus de fascherie
qu'ils n'avoient reçu plaisir à voir ruiner la muraille ^. » En
effet, après avoir lancé « plus de 8,000 projectiles de toutes
qualités et de tous calibres, renversé une grande partie du
revêtement, le terre-plein qu'ils découvroient alors, la largeur
et la profondeur du fossé présentoient tant de difficultés qu'il
étoit impossible de songer à l'assaut ^. »
De ce moment la batterie principale cessa son feu, et l'on se contenta de tirer à de longs intervalles, l'empereur voulant réserver les munitions pour un meilleur usage ^ Puis,
» Lettre d'Eraso, du 26 novembre, précitée.
J Salignag Fénelon — Bref discours.
' Lettre de Charles-Quint, du 23 décembre, précitée.
^ Ibid. — Salignag Fénelon.
« afin de n'avoir rien à se reprocher » on chercha d'autres moyens d'attaque et le travail des mines se poursuivit activement '. La mine, principale menaçait la tour d'Enfer fortement ébranlée, et elle était déjà assez avancée pour espérer un prochain assaut ^, lorsque, en passant sous un fossé profond, elle s'effondra sous la masse d'eau ^ Il y eut alors un moment de halte qui ne fut marqué que par des escarmouches. Le 1*' décembre, de Boussu, d'Egmont et d'Arenberg étant à diner chez Albert de Brandeboui^, les Français firent de ce côté une forte sortie et un combat très-vif s'engagea avec les troupes du marquis, qui y coururent à la débandade sans capitaines ni enseignes. « Voyant le désordre, d'Arenbei^ s'avança jusques sur le bord d'un grand fossé où il chercha à arrêter les lansquenets qui prenoient la fuite, » et d'Egmont, de Boussu, l'Alcibiade, accourus à son aide, le trouvèrent à pied luttant presque seul contre l'ennemi. De Boussu lui fit donner le cheval de son page, et il s'élança aussitôt au milieu des Français, tandis que ses compagnons ralliaient les Allemands en déroute. Bientôt les assaillants furent « reboutés jusques au pont de la ville ; « mais, soutenus par de nombreux renforts, ils revinrent alors à la charge, et refoulèrent les Allemands dans leurs lignes en leur tuant 1 5 à 20 piétons et un gendarme. Un autre homme d'armes fut blessé, ainsi que « le landgrave de Titembei^h, frère du gros duc, qui eut un coup d'hacquebute au travers des joues, et d'Arenbei^ qui eut la jambe percée*. >» Quant aux Français, leurs pertes
' Lettre du 26 décembre, précitée.
' Lettre de Charles de Tisnacq, du 30 novembre. Lettres des seigneurs, VHI, f» 275. »
' Bref discours, * Lettre de de Boussu, du 2 décembre. Lettres des seigneurs, VIII, f» 344 .
furent assez considérables et ils laissèrent plusieurs prison* niersV
Le temps, qui jusqu'au 21 novembre avait été « désespéramment mauvais ^ » s'était alors remis au beau et la température s'était même radoucie; seulement il régnait une grande humidité qui occasionnait beaucoup de maladies pernicieuses. D'un autre côté, la présence de l'empereur avait rétabli l'ordre, et l'armée, bien approvisionnée de vivres, ne souffrait plus que de la disette de bois et de fourrages. Itfais cet état de choses cessa bientôt : dans la nuit du 25 au 26 novembre les pluies recommencèrent avec une extrême violence ^ et une brusque transition amena des gelées d'autant plus funestes qu'on manquait de chauffage. Néanmoins, après quelques joure d'accablement, les troupes reprirent leurs travaux. Il arriva du Luxembourg de l'artillerie avec de nombreuses munitions*, et dans les premiers jours de décembre, s'ouvrit une nouvelle tranchée « par travers, depuis la grande qui tiroit à la Moselle, jusqu'à portée des tours des Boulangers et des Charpentiers se dressant derrière la grosse tour d'Enfer. » Dans l'entre - temps , bien que tirant à de longs intervalles, les batteries avaient ébréché la tour des Charpentiers, enlevé les bois de la couverture de la tour d'Enfer, et causé une perte considérable aux assiégés en tuant l'ingénieur Camille Marini.
Le 12 décembre, une canonnade fort vive fit une brèche d'environ vingt pas de longueur ; mais on la reconnut impraticable à l'assaut, car ce côté « avoit été très-bien ménagé de
' Autre lettre du même jour, Lettres des seigneurs, VIII, f" 343. — Lettre de Charles de Tisnacq à Marie de HoDgrie, du 4 décembre. Ibid , f" 342. — Salignac Fénelon.
' Lettre deGranvelle, du 24 novembre, précitée.
* Lettre d'Eraso, du 26 novembre, précitée.
* Compte de H. de Witthem, f» xviij ▼<>.
:mh Règne de charles-quiht en Belgique.
moyens de défense et doublé d'un grand rempart de bonne terre, où les canons eussent fort trouvé à manger. » A.ussi l'empereur jugea-t-il inutile de poursuivre fattaque sur ce pcnnt et, le lendemain, les assiégeants « reprirent leur batterie au long de la grande brèche et à la tour de Vassieux qu'ils flrent tomber, partie à deux heures après midi, le reste à trois heures après minuit V » Les mineurs s'étaient aussi remisa l'œuvre; malheureusement, quoiqu'ils eussent trouvé un bon terrain et qu'ils ne rencontrassent pas de contre-mines, leurs travaux avancèrent si lentement qu'il n'y eut qu'une mine d'achevée -, et il fallut bientôt renoncer à ce mode d'attaque. La position s'empirait chaque jour et le découragement perçait jusque dans les conseils de l'empereur '. Presque tous les domestiques de la cour étaient morts ^ L'armée se fondait
• Salignac Fénelon.
" « A l'endroit des mynes, desquelles Tune est entièrement jà achevée, et quant aux aultres, semble qu'il n'y a granl apparence d'en pouvoir venir au bout avant les \x ou x jours. Le progrès est néantmoins bon et se trouve le terrain fort selon le désir aux propos que Ton tient, et l'on ne s'apperçoit encoires de contremines. » Lettre de Charles de Tisuacq , du 47 décembre. Lelires des seigneurs, VIII, f® 473.
^ <f Madame, quant à ce que l'on faict issy, il y a deux jours que Ton ne bat plus la ville et n'y tyre Ton synon quelque coup d'eure à autre, et croy que nos seigneurs ont perdu Tespoir de prendre la vylle par baterye, et soDt maintenaot après pour faire emplyre de fasynes les fossés de la vyle, quy sont plus grans et plus profon que ceux de Brouselle, en quoy tous soudars et vacabons, putaiens, charyos et mules y besongnent. Enfin, l'on faict une myne pour faire sauter par terre ung gros louryon, qu'est au costé de la balery vers le pont à Mouson. Dieu donne que tout se puys achever selon le désir de Sa Majesté et qui convient pour son service, mais pour dire la véryté et ce quy m'en semble, c'est que nos gens y prennent la mort et à peu d'espoir que par force elle se puisse prendre. » Lettre secrète du seigneur de Boussu à Marie de Hongrie, du 2 décembre. Ibid., Vllï, f« 346. — « Ce jeu ne s'achevra peuUestresi tost... • Lettre de Granvelle, du 46 décembre. Reg. ColL de doc. hist., IX, (• 455.
♦ Lettredu comte de Stroppiana, du 4 février 4563, 1. c, 237. A cette époque il en mourait encore tous les jours des suites du froid et des fatigues.
à vue d œil , vaincue par le froid, par les maladies et par la désertion, plus encore que par le fer ennemi *. « La plupart des gens du marquis Albert s*en alloient à faulte de paiement, et un grand nombre a voient péri de l'injure de l'hiver -. » La moitié des piétons fournis par les Pays-Bas étaient morts ou alités •'; les quatre enseignes amenées par d'Egmont étaient réduites à environ 700 hommes S et les dix enseignes du régiment d'Arenberg ne présentaient plus qu'un effectif de « huit cents personnes saines \ » En même temps le duc de Guise,
' n Le ciel leur fit bien autrement ma] que les hommes. » Brantôme, H, 6.
— Lettre de Charles de Tisnacq, du 30 novembre, précitée. — « Les soldats ne peuvent supporter le grand froid qui les tue comme des mouches. Ils fuient aussi à toutes jambes, parce qu'on ne trouve plus ni vivres ni fourrages à cinq lieues à Tentour. » Lettre du comte de Stroppiana, du 34 décembre. 1. c, 333.
— Suivant Sepulveda, les maladies enlevèrent plus de 25,000 hommes; et les combats 400 à peine, l. xxvii, 437.
*' Salig.nac Fénelon.
^ « Comme Votre Majesté scait que tous les piétons de ce pays bas ont esté et sont au servyce de Sa Majesté, et que le ij^^ part d'iceulx sont devenus malades ou morts. •> Lettre de Martin Van Rossem, du 24 décembre. Lettres des seiyneur9, Vill, f» 553.
^ « De sorte que lesdits quatre enseignes du régiment du bailly de Brabant, demeurez pour le présent ensemble, seuUent être environ sept cens hommes. » Lettre du commissaire aux revues Jérôme Kegel, du 49 décembre 1552. ibid., f» 488.
^ « S'est le nombre desdits piétons si fort diminué, tant par la continuation de ladite mortalité que par la fuite et secrète retraicte d'aucuns, qui se sont desrobez de leurs enseignes avec uug grand nombre des haultz Allemands des tuois régimens estans icy de lez moy, quelque poursuite que Ton y ait pu faire, que mondit régiment ne s'est pu maintenir plus avant en estât, parceque soubz umbre de dix enseignes que l'on faisoit rôier, le reste des piétons estoit con-
iraioct de continuer leur guet et convoys des vivres et munitions Pour
laquelle raison et les remonstrances que j'en ay fait eucoires au duc d'Alve, il m'a permis réduire le restant de mes dits piétons, lesquels, après la reveue faicle, se sont trouvez seuUement en nombre de huit cens personnes saines et de service, dessoubz trois enseignes. » Lettre de de Boussu, du 47 décembre. Ibid , f 475.
informé de cette situation, redoublait ses sorties ^ et les capitaines français qui battaient la campagne, devenus plus entreprenants, rendirent les communications si difficiles que le camp fut menacé de la famine *.
Cette dernière difficulté était là moins fâcheuse, et ix)ur y parer Cbarles-Quint chargea d'Egmont d'occuper Pont-à- Mousson. Le comte partit à la tète de 2,000 noirs harnais d'Albert de Brandebourg, de quatre bandes d'ordonnances des Pays-Bas et de deux enseignes d'infanterie *, et remplit sa mission sans obstacle. Toul en assurant le service des convois et en contenant les coureurs ennemis, il songea même bientôt à de plus sérieuses entreprises, et tenta de surprendre Toul. Mais il trouva les Français sur leurs gardes, et leur chef, le seigneur de Clavolles, répondit à sa sommation : « Quand l'empereur aura pris Metz et sera venu faire autant d'efforts contre ma ville, j'adviserai lors à la response que je dois faire ^ »
La résistance de Metz donnait de l'audace à l'ennemi. Cependant ni les obstacles sans cesse renaissants , ni l'intempérie de la saison , ni les plaintes de l'armée, n'avaient en-
' « Les ennemis ne délaissent de continuer leurs saillies. » Lettre de C. de Tisoacq, du 47 décembre. Lett. des seign,, VIII, f<>473. — Salignac Fé?ielo.x.
* Lettre de Charles de Tisnacq, précitée.
' Ibid. — « Monsieur d'Egmont est par ordonnance de Sa Majesté au Pont a Mouson, ayant mené les gens de cheval du marquis Hans de Brandebourg et des compaignies quatre du Pays-Bas, aussi deux enseignes de gens de pied. • Lettre de Jean d'Immerseel, du 19 décembre. Lettres des seigneurs, \U\, f'496.
» En ce temps fut envoyé, par Sa Majesté Impérialle, à Pont à Mousson, avecq charge de deux mil chevaulx noirs harnois allemands et aultre gendarmerie, pour empescher et desfendre les advenues des ennemys franchois, et les emprinses qu'ils povoient faire sur nostre camp. » Chronique des seigt^eurs et comtes d^Egmont, 1. c.
* Salignac Fénelon. — Le P. Daniel, 1. c-, VI, 60.
core vaincu lopiniâtreté de Charles-Quint. « Ayant demeuré environ quinze jours dans sou lit malade de la goutte, rapporte Brantôme, et s'étant levé pour voir ses tranchées, lorsqu'il reconnut la batterie et les brèches, étonné et courroucé, il se mit à dire assez haut : Et comment n'entre-t-on point là dedans? Ah t je vois bien que je n*ai plus d*hommes à côté de moi ! — Il y eut quelques soldats là présens qui entendirent eela, et fort fâchés de telles paroles, répondirent : Sacrée Majesté, ne vous plaignez point de nous autres; vous voyez encore quelques hommes et des plus braves ; mais nous ne pouvons pas combattre le ciel comme les hommes. — L'empereur les regardant en pitié, haussant les épaules, dit seulement : C'est la vérité ; Dieu est plus puissant que nous ! »
Le 17 décembre, les assiégeants usèrent d'une ruse qui a été imitée de nos jours. Une troupe de fantassins , munis d'échelles, se porta vers la brèche, et les Français s'y étant massés pour repousser l'assaut, quatre décharges d'artillerie leur tuèrent beaucoup de monde ^ Ce n'étaient plus là que des boutades de désespoir, après plus de 11,000 coups de canon tirés contre la place et des milliers d'hommes perdus ! « L'endroit des brèches étoit aussi fort et mal aisé, par le moyen des bons et larges remparts que les assiégés y avoient dressés, que si les murailles n'eussent point esté battues. Les flancs, par même diligence, étoient sauvés et plusieurs faits de nouveau; la faulse braye étoit entière, et le maintien de l'ennemi aussi bon que le premier jour ^. » Aussi
• Lettre de Tisnacq, du 49 décembre. Lettres des seigneurs, VIII, f" 493. — ■ II est curieux de voir comment les écrivains français rapportent cet incident, et de les entendre raconter sérieusement que le duc de Guise et ses museaux de fer effrayèrent tellement les lansquenets de Charles-Quint, qu'ils renoncèrent à donner Tassant. M. Verronnais, 44-42.
' Salignac Fénelon.
Charles-Quint reconnut-il enfin « que Ton ne peut combattre contre la saison \ »
La résolution de lever le siège, pressentie depuis plusieurs jours ^, fut connue le 24 décembre^. Dans une lettre écrite à son fils, le lendemain, Tempereùr dit : ^. Après avoir fait tout ce qu'il étoit possible pour reconnaître, battre, miner la place, et entrepris tout ce qu'on avoit pu concevoir, pour arriver à une bonne (in, voyant le temps si dur, l'armée si contrariée par les pluies, les neiges, les gelées; le bois faisant tellement défaut que les troupes étoient exposées aux plus grandes souffrances dans les gardes, dans les tranchées et dans le camp, le nombre des morts et des déserteurs aller sans cesse en augmentant, j'avois déjà jugé que persister c'étoit exposer l'armée à une perte totale, quand j'appris que les François assiégeoient Hesdin. Gomme cette place avoit pour l'Artois et pour la Flandre plus d'importance que toute autre, j'ai aussitôt résolu de voler à son secours avec trente enseignes bien complètes d'Allemands, l'infanterie espagnole et italienne, 2,000 cavaliers allemands et de la cavalerie légère, et de licencier le reste de l'armée *. » Suivant une autre lettre, ce fut b nouvelle de la reprise de Hesdin qui le décida à lever le si^ de Metz^. De toutes parts, du reste, la position s'assombrissait. Au moment où les Franchis se disposaient à attaquer
• Lettre de ce prince, du 42 janvier 4553. CorrespondenZy III, 530.
' Le prince d'Orange, qui était arrivé à Tbiouville pour venir voir Fecipereur, écrivait déjà, le 20, à sa femme, ^ que l'on ne le feroit guère long devant Metz. » M. Groen Van Prinsteur, 1 c.
^ « J'aurois plus de plaisir à annoncer à Votre Altesse la prise de Metz, que la nouvelle publiée hier de la résolution de Sa Majesté, de se retirer avec son armée. » Lettre du prince d'AscoJi à Philippe, du 25 décembre. Archive$ de Simancoi, 1. c.
'^ Lettre du 25 décembre, précitée.
' Lettre du 12 janvier, précitée.
SIÈGES DE METZ ETT I>Ë flESDlK. 3g»
TArtois, Marie de Hongrie pressait son frère d'envoyer sur-lecharnp d'Arenberg en Frise pour faire tête à Ulrich de Mansfeid^ La princesse, alarmée par les nombreux armements de Ja ligue brémoise, avait résolu d'adjoindre au comte Martin Van Rossem qu'elle chargea de lever le plus tôt possible 14 ou 15 enseignes; mais cette mission rencontrait d'insurmontables difficultés « parce que tous les piétons des Pays-Bas étoient au service de l'empereur et que la moitié avoit été enlevée par les maladies ^. »
Si Gharles*Quint jugeait que sa persistance, en < amusant les principales forces du roi de France ^ , » avait assuré le succès de l'expédition du comte de Rœulx \ elle favorisa la retraite de l'armée impériale en attirant la plupart de ces forces en Picardie. Sans cette circonstance en effet, il eût été bien facile aux Français d'écraser cette armée affaiblie et démoralisée et de s'avancer sans obstacle jusqu'à Bruxelles ^. Dès que sa résolution fut prise, Gharles-Quint ordonna de disposer des vivres et des fourrages dans toutes les villes et dans tous les villages, depuis Tbionville jusqu'à Namur, « pour les troupes nombreuses envoyées au comte de Rœulx®. » Mais personne n'y fut trompé, et au premier bruit de la retraite le relâchement du service devint général^ quelque ordre que les capitaines cherchassent à y maintenir. Dans la journée du
' Lettre du 26 décembre. Lettres des seigneurs , VI 11, f<*574.
' Lettre de Martin Van Rossem à Marie de Hongrie, du 24 décembre. Ibid., f*563.
' Lettre du 45 novembre. Correspondenz, HI, o44.
^ Lettre du 42 janvier, prédtée.
^ On dit que tout y était disposé pour la fuite dé la cour ( heiaiions des wtèbassadeurê vénUiem, I, 379); mais la cour en ce moment n'était pas à Bruxelles.
. ^ Lettre de Jacques de la Torre, du 26 décembre. Lettres des seigneurs, VI II , (• 579.
27, les assiégés dérobèrent les piques et les arquebuses des Aliemauds de garde dans la tranchée \ Le lendemain, le quartier de l'empereur fut assailli et, cette fois encore, le guet se laissa surprendre. Cette négligence causa de grandes pertes aux Impériaux, qui pourtant reprirent le dessus, tuèrent quelques hommes à l'ennemi, lui ârent une vingtaine de prisonniers*.
Le 28 décembre, les assiégeants ralentirent leur feu, ne le soutenant plus qu'avec quinze canons ; puis, de fausses manœuvres simulèrent un changement de batteries, et permirent d'enlever sans encombre l'artillerie des tranchées ^. Le lendemain, d'Ëgmont évacua Ponl^à-Mousson et vint se joindre à Albert de Brandebourg^, Charles-Quint lui ayant réservé l'honneur de former l'arrière-garde *. L'empereur, dont la santé s'était améliorée •, quitta le camp le 1 *' janvier 1 555, « par un bien mauvais temps, » et arriva, le lendemain, à Thionville ^ Le jour même de son départ, à onze heures du
' Rapport du 28 décembre. Lettres des seigneurs, VÎII, f® 642.
' Ibid. — Lettre de Tisnacq, du 29 décembre. Ibid., f» 649.
' Bref discours.
* Lettre de Tisnacq, du 29 décembre. Lettres des seigneurs, VIII, f«» 592.
^ « En après, partant sa dicte Majesté avec le camp dudict Metz, luy fut donné la charge de mener Tarrière-garde, qui n'estoit pas petitte charge, car il falloit qu'il demeura des derniers. En tout quoy, il se acquitta grandement au contentement de Sa Majesté Impérialle, et à son grand honneur. » Chronique des seigneurs et comtes d'Egmont, 1. c.
^ « L'empereur s'est continuellement mieulx porté et revenu en meilleure vigueur sans nulz doleurs; son ventre et hémorrainies sont en bonne disposition; sa goirge et bouche s'amendent journellement. Il mange mieulx, mais de chair ou poisson ne peult encoires trouver goust. Se soubstient de ce que faisons d'œufs, des eschauldaulx, byrenbroots, et telles potageries. II dort bien, qu'est un grand plaisir. » Lettre de C. de Baesdorp, du 30 décembre. Lettres des seigneurs, VIII, f» 624. — Lettre de C. de Tisnacq, du 29 décembre, précitée.
7 Lettre de Jean de Longueval, capitaine de Thionville, du 2 janvier 4553. heures des seigneurs , IX, f» 4.
soir, commença le mouvement de retraite, qui se continua le lendemain, favorisé par deux nuits obscures. L'artillerie, les blessés et les malades furent embarqués sur la Moselle et transportés à Thionville. A défaut de moyens de transport on fit sauter plusieurs chariots de poudre, et il fallut abandonner une ^ande quantité de projectiles *. Quant à l'armée impériale, elle se retira formée en deux colonnes : Tune sous tfArenberg et comprenant les troupes des Pays-Bas, descendit la rive droite de la Moselle jusque Ancy, à une lieue et demie de Metz ; Tautre, sous le duc d'Albe, passa cette rivière au pont de Molin, où elle s'arrêta cinq à six jours, attendant que son matériel fût en sûreté^. Albert de Brandebourg et d'Ëgmont restèrent dans leurs positions jusqu'au 5 janvier', et l'Alcibiade alors regagna l'Allemagne , où sa présence allait fomenter de nouvelles guerres. Bien qu'aucun incident n'eût troublé ces opérations, devenues fort dangereuses dans l'état où se trouvaient les assiégeants, elles furent marquées par de grands désordres; dans quelques corps, il y eut une débandade générale *. Il parait aussi qu'on abandonna beaucoup de malades et de blessés « qui , vu leur grand malaise , n'avoient eu le pouvoir de se déplacer avec les aultres ', » et le duc de Guise trouva l'occasion de couronner par ses sentiments d'humanité la gloire qu'il s'était acquise par sa valeur et par son génie.
Dès sa rentrée dans les Pays-Bas, l'armée fut licenciée : on conserva seulement 26 enseignes de Hauts Allemands ,
' Bref discours.
* Pofitcriptum du 46 janvier è la lettre du 35 décembre, précitée. ^ Salignac Fénelon.
^ Rabltin.
* Bref discours.
386 RËGNË DE GHÂRLES-QUINT EN BELGIQUE.
i cornettes de reitres, les chevau-l^ers et les vieilles bandes espagnoles \ La majeure partie de ces troupes fut dirigée sur l'Artois, le reste cantonné dans le Luxemboui^ et Télectorat de Trêves, quil importait de garantir contre les invasions des Français -. Cet échec avait jeté la terreur dans le pays, où s'était répandu de plus le bruit de la mort de Charles- Quint^; ce bruit trouva d'autant moins d'incrédules que chacun connaissait son opiniâtreté, et que personne ne voulait croire que, vivant, il eût renoncé à son entreprise. Pour dissiper à cet égard tous les doutes, il résolut de se rendre le plus tôt possible à Bruxelles, et d'y convoquer les états généraux ; mais, retenu à Luxembourg par une forte indisposition \ il n'arriva que le 6 février et fut accueilli avec de grands transports d'allégresse. La fièvre et la goutte lui avaient accordé un instant de trêve; mais il était assise par les souffrances morales et ce fut « pâle, nerveux, très-faible, n'ayant plus envie de manger ni de boire, se plaignant constamment sans spécifier aucun maP, » couché dans une litière portée par deux mules, qu'il fit solennellement son entrée ^. L'esprit public, rassuré quant à sa mort, se préoccupa alors de l'affront infligé aux armes impériales; pendant que la France exaltait la gloire du duc de Guise et chansonnait le grand empereur "' qui l'avait si souvent fait trembler , dans
* Remontrance faite aux états généraux, «n fi^vrier 4553. Reg. n* 112, précité. ' Lettre de Charles-Quiot à Ferdinand, du 42 janvier. Correspotidefi^ HI,
' Lettre du comte de Stroppiana, du 9 février. Le, 238. — Histoire tU Bruxelles.
^ Lettre du comte de Stroppiana, du 4 février, précitée.
* Lettre du même, du 9 février, précitée.
* Histoire de Bruxelles.
f Voir les Archives philologiques de De Reiffenbers, IV, 44.
les Pays-Bas on le taxait de folle obstination ; on accusait le duc d'Albe d'impéritie, et même de lâcheté. « Nous eussions pris Metz, disait • on ^ si le duc n'avait craint d'exposer ses Espagnols dans un assaut, alors que la brèche était praticable ; certes il en eût coûté moins de monde que n'en ont enlevé la faim, le froid et les maladies \ »
• Le Petit, l. vin, 209.