CHAPITRE XX
La grande révolution produite par les découvertes de Colomb et de Vasco de Gama avait radicalement changé la situation commerciale des Pays-Bas. La position géographique de ces contrées, le génie industrieux de leurs habitants, les garanties assurées aux marchands étrangers par les lois libérales de la Flandre et du Brabant, y avaient fait prospérer le commerce et le travail. Chaque année, une flotte de Venise, appelée la flotte de Flandre, venait échanger les marchandises et les denrées du Levant et de l'Afrique, contre les produits de l'industrie belge , qu'elle allait répandre dans toutes les parties du monde explorées par la puissante république. Les marchands des Pays-Bas expédiaient aussi de nombreux navires à Venise \ Cependant les périls dune longue navigation 2 fai-
• M. Daru, Histoire de Venise, IV, 89, 434. — M. Pinchaht, Messager des sciences historiques, 1 851 .
» « La navigation, dit Robertson, était si imparfaite qu'un voyage de la Baltique jusque dans la Méditerranée ne pouvait s'effectuer en un seul été. » Au xvi e siècle, ces difficultés avaient disparu en grande partie, et les traversées se faisaient presque aussi rapidement que celles de nos navires à voiles. Les voyages de Charles-Quint en Espagne en fournissent des preuves; comme autre exemple, on voit qu'il fallait quatorze jours pour aller de Flessingue à Lisbonne. « Premiers que en partant de Vlissinghes arriva en Portugal et Lysbonne en xiiij jours Hz prindreut la mer et se mirent de retour, en quoy ilz
ont aussy mis xiiij jours. » Interrogatoire du capitaine Poppius Sibrantz de Stavoren, 4 4 octobre 4552. Lettres des seigneurs, VII, f° 416.
saient généralement préférer la voie de terre, et il en était résulté la nécessité d'établir des entrepôts entre le nord et le midi de l'Europe. La Belgique en était le centre, et Bruges, le plus important de ces entrepôts, était devenue le magasin des fabriques des Pays-Bas, des laines d'Angleterre, des produits du Nord et de l'Italie , des denrées et des marchandises orientales. Malheureusement pour cette cité, au xvi e siècle, toutes ces grandeurs s'étaient évanouies; la découverte de l'Amérique avait transporté à Anvers le trafic de l'Europe.
Changeant de mode et de forme, le commerce maritime s'était substitué au commerce de terre; l'importance attribuée aux différentes contrées en raison de leur position géographique, s'était modifiée, et les villes de la Méditerranée voyaient le commerce du monde passer aux pays occidentaux. Les marchands des Pays-Bas, placés au centre de l'Europe, profitèrent habilement de leur situation. A peine le Portugal eut-il enlevé k Venise le monopole du commerce de l'Orient, qu'ils allèrent chercher à Lisbonne les riches cargaisons des Indes; ils s'en firent les distributeurs, et bientôt, dédaignant d'être tributaires, ils se lancèrent sur les traces des Portugais et des Espagnols.
L'extension que les Flamands, les Brabançons, les Hollandais, les Zélandais avaient donnée à leur marine, créa de puissants éléments de succès. Chaque province, chaque ville exerçait le droit de protéger sa navigation et de conclure des traités de commerce avec les nations étrangères. Toutes prétendaient à la prépondérance, et il en résultait Une utile émulation. La noblesse aussi s'était insensiblement prise de goût pour la marine, depuis qu'elle avait vu quelques gentilshommes acquérir profit et renommée dans les expéditions contre les Turcs. En même temps la passion des voyages et
des entreprises aventureuses s'emparait des esprits l . Déjà, vers 1460, les Flamands, conduits par Martin Béhaim et faisant les premiers usage de la boussole 2 , avaient découvert les Açores, poussé même, croit-on, jusqu'au Brésil et jusqu'au détroit reconnu plus tard par Magellan. Adolphe de Bourgogne, stimulé par les prodigieux succès des Espagnols, équipa à ses frais, en 1827, deux navires, et les envoya, sous le commandement d'un capitaine nommé Henri de Vère, à la découverte de nouvelles terres, dont Charles-Quint lui avait d'avance assuré la possession. Ils coururent la mer pendant un an, et s'ils échouèrent dans l'objet principal de l'expédition, ils dédommagèrent l'armateur, en lui rapportant une infinité de précieuses marchandises 3 . L'année suivante (1S28), après qu'Antoine Morlock, le premier de leurs marins qui mouilla au Cap Vert, fut revenu à Zierikzée, les Hollandais commencèrent ces voyages au long cours, source de leur gloire et de leur puissance 4 . « En quelles mers inconnues, s'écrie Strada, les Flamands ne sont-ils pas entrés par la navigation ? Leurs draps et leurs toiles ne remplissent pas seulement l'Europe, mais l'Asie et l'Afrique. »
La révolution qui marqua la décadence de Venise, fut l'ère de la prospérité d'Anvers. En 1503, des Portugais y amenèrent une cargaison de denrées orientales, qu'on recevait auparavant par l'Egypte, sous le monopole des Vénitiens.
1 Josse Van Ghistelle, seigneur d'Axele, de Maelslede etde.Moere, surnommé le grand voyageur, parcourut les côtes de l'Asie Mineure et de la Propontide, la Syrie, l'Egypte, la Perse, la Grèce et la côte septentrionale de l'Afrique, et décrivit ces contrées avec la plus grande exactitude. Messager des sciences historiques, 4836.
a P. Heylen, De incentis Belgarum. Ane. Mém. cour, par l'Académie.
3 Le Petit, VII, 68.
* Chron de Zeelande, 2 e partie, 417-448. — Wage>aar.
La commune anversoise, comprenant toute l'importance de cet événement, s'empressa de traiter avec les Portugais, et d'accueillir un facteur, représentant de leur souverain 1 . Cinq ans plus tard, deux vaisseaux zélandais, de retour des îles Canaries, firent également passer à Anvers leurs cargaisons, et le sucre, disent les chroniques, ne trouva pas d'acheteurs à deux patards la livre; après l'avoir gardé six mois» il fallut le laisser à moins de trois gros, « car cette denrée n'étoit pas d'usage habituel 2 . » Un marchand , nommé Nicolas Rechtergem , acheta ces articles et, les envoya en Allemagne, où on les crut d'abord sophistiqués, parce que tes marchands de ce pays les tiraient de Venise, pour en fournir eux-mêmes aux Pays-Bas. Il leur fallut bientôt pourtant se rendre à l'évidence, car à peine ce nouveau trafic fut-il ouvert, que les Portugais et les Espagnols envoyèrent à Anvers les produits de leurs nouvelles possessions. Les Italiens, "qui, au siècle précédent, y avaient déjà d'immenses magasins d'étoffes de soie, formèrent de nouveaux comptoirs; les Anglais les imitèrent, et, à l'exemple des Fugger, des Welser, des Osteter, fameux en Allemagne par leur opulence , des Gualterotti de Florence, des Bonuisi de Lucques, des Spinoli de Gênes, la plupart des marchands étrangers abandonnèrent Bruges, en 1516, pour s'établir dans la ville destinée à devenir la métropole commerciale des Pays-Bas 3 . Cette désertion acheva
' dk Heiffenberg, Relations avec le Portugal, 1. c, 63-64.
» Le Petit, VII, 7. — Chronique de Zeelande, 1. c.
3 Lusitani Scaldis Antverpiani fluminis amplitudine ac commoditate allecti, aromata , mercesque alias ex Indiâ Orientali, hoc anno (4503), Antverpiam advexerunt, et cum senatu urbis transegerunt. Secuti mox Fuggeri et Velseri Germani : demùm Galteroti Florentini, Spinolae Genuenses, Bonuisi Lucences, aliaeque mercatorum nationes, excepta Hispanorum parte, anno fere 4516, relictis Brugis , sedes suas Antverpiae collocarunt. Ferreoli Locrii Chronicon Belyicum, 572.
la ruine de la vieille cité flamande \ et, depuis ce moment, ce fut sur son heureuse rivale, désormais le centre des arrivages exotiques , que se portèrent presque exclusivement les consignations du commerce 2 .
L'avènement de Charles -Quint au trône d'Espagne avait beaucoup contribué à favoriser ce mouvement ; les relations et l'influence des Belges dans le nouveau monde faillirent même y arrêter les calamités qui pesaient si cruellement sur la race indigène. « L'attachement naturel de Charles pour ses compatriotes , rapporte Robertsen, l'engageait k les consulter sur toutes les affaires de son nouveau royaume, et ces étrangers montrèrent un empressement indiscret à se mêler de tout et à s'emparer de presque toutes les parties de l'administration. La direction des affaires d'Amérique était un objet trop séduisant pour leur échapper. Las Cases remarqua leur crédit naissant. II fit sa cour aux Flamands avec beaucoup d'assiduité. Il mit sous leurs yeux l'absurdité de toutes les maximes adoptées jusque-là dans le gouvernement de l'Amérique. La mémoire de Ferdinand était odieuse aux Flamands, et Ximenès avait été pour plusieurs un objet de jalousie. Ils désiraient vivement trouver des prétextes plausibles pour condamner les mesures du ministre et du défunt monarque. Les intérêts privés se joignirent aux démonstra-
• Pour venger ses affronts, Maximilien avait garanti tous les avantages possibles aux marchands italiens qui abandonneraient cette ville pour s'établir à Anvers, (Octrois des 30 juin et 44 juillet 4488.) M. Kreglinger, 1. c.
a En 4522, Charles-Quint, annonçant à sa tante que l'expédition partie, trois ans auparavant, pour les Indes, était arrivée dans des contrées inconnues, et lui envoyait un navire chargé de clous de girofle, de poivre, cannelle, gingembre, noix muscades et bois de sandal, la prévint en môme temps qu'il avait donné oçdre de diriger ce navire sur Anvers, à la consignation de Diego de Haro, marchand établi en cette ville. Lettre du 34 octobre 4522. Reg. Collection de documents historiques, II, f° 57, — Correspondenz, I, 70.
tions de Las Cases, et Ton y gagna du moins, qu'en renversant les principes qui voulaient la servitude absolue des Indiens, on chercha à soulager leurs maux et à prévenir leur entière destruction \ » Le plan de Las Cases, approuvé par les ministres belges, peut-être par contradiction aux vues des Espagnols, consistait à substituer aux aventuriers avides et dépravés des agriculteurs et des artisans propres à supporter des labeurs écrasants pour les Américains, et aptes à devenir d'utiles citoyens 2 . Mais ce projet ayant été traversé par l'évêque de Burgos, l'antagoniste de Las Cases, Fessai de colonisation , tenté sur la côte de Cumana, trompa toutes les espérances de son fondateur 3 . C'est alors que, dans la chaleur de son zèle pour les Américains, Las Cases, inconséquent comme le sont la plupart des esprits absorbés par une idée lixe, préconisa la traite des nègres. Les Portugais l'avaient mise en vogue après la conquête de la Guinée 4 , et ce fut, disons-le avec douleur, un Belge qui tira le premier bénéfice de cet exécrable trafic. Charles accorda le privilège exclusif d'importer en Amérique 4,000 noirs, à un de ses courtisans flamands, qui vendit son privilège pour 25,000 ducats, à des marchands génois, et ceux-ci établirent, entre l'Afrique et l'Amérique, ce commerce de chair humaine 5 . que trois siècles de lumières n'ont pu détruire.
1 Histoire de l'Amérique, I, 288.
* Voir Gracias y privilegios concedidos por Carlos V a los labradores que passuran a America. Collection de docvmentos ineditos para la historia de Espana, II. — Robertson, I. c, I, 292.
3 Robertson, 1. c, 292-304.
4 Alphonse l'Africain n'importait pas moins de 400,000 nègres par année, et telles étaient les horreurs de la traversée que quelquefois il en périssait par voyage près de 3,000. Relation d'une ambassade bohémienne au xv e sièch. Revue britannique, 4852, III, 442.
5 Robertson, 1. c, 291.
Les résultats de la nouvelle situation commerciale faite aux Pays-Bas furent rapides et immenses. Anvers devint « la ville commune de toutes les nations. » L'Escaut se couvrit de flottes innombrables, et Ton vit les navires attendre deux ou trois semaines à l'ancre avant d'aborder aux quais de déchargement \ Vers 1550, il y avait souvent sur ce beau fleuve jusqu'à 2,500 vaisseaux chargés de toutes sortes de marchandises 2 , et le mouvement d'entrée et de sortie s'élevait presque chaque jour à 500 bâtiments. Toutes les semaines, plus de 2,000 chariots arrivaient de l'Allemagne, de la France et de la Lorraine. La bourse était journellement fréquentée par plus de 5,000 négociants en correspondance avec toutes les parties du globe. On y traitait plus d'affaires en un mois, qu'il ne s'en négociait en deux années à Venise, alors pourtant encore l'une des premières places commerciales ; aussi l'ambassadeur de cette république, Marino Cavalli, s'écriait-il avec douleur : « Je devins triste lorsque je vis Anvers, car je voyais Venise dépassée 3 !» — « Anvers, dit un autre Vénitien, Anvers est la plus grande place commerciale du monde 4 ! » Suivant des estimations, le montant de la vente et de l'achat des marchandises y atteignait, année commune, la valeur de 1 ,662,500,000 florins, non compris la négociation des effets de change 5 . Tous les gouvernements y avaient leurs consuls ou facteurs et l'on y comptait plus de mille maisons étrangères. Les Danois et les Hanséates réunis , les Espagnols , les Italiens , les Anglais , les Portugais et les Allemands formaient les six nations qui s'y
1 L. Guicciardin— Shaw, Essai sur les Pays-Bas autrichiens. Londres, 1788.
* Trésor historique et politique du commerce des Hollandais, en. 1. 3 Relation de 1551, 1. c.
* Relation de F. Badoaro, 1. c.
5 de Reiffenberg, Mémoire sur le commerce des Pays- fias au wiet au xvi** siècle.
étaient fixées. En temps de paix, les marchands français y affluaient; mais les guerres incessantes entre leur pays et les Pays-Bas ne leur permirent point d'y établir un comptoir. La plupart des marchands y acquirent des fortunes colossales ', et Anvers fut la place où se négocièrent tous les emprunts du gouvernement, des provinces 2 et de la plupart des souverains étrangers 3 .
Les magistrats d'Anvers ne négligèrent rien pour développer ce mouvement. Ils renouvelèrent, en les étendant, les privilèges accordés aux marchands, et ces privilèges, ainsi
» On cite, entre autres, Antoine Fugger, qui fut tour à tour le banquier de Maximilien, de Philippe le Beau, de Charles-Quint et des rois d'Angleterre; il laissa à ses héritiers plus de 6,000,000 d'écusd'or, sans compter ses autres biens. Guicciardin. — Il habitait dans la rue Rempart des Tailleurs de pierre une maison qui a conservé le nom de Fokkershuis ou plutôt Fuggershuis (maison de Fugger). A Anvers, pour désigner un homme extrêmement riche on dit encore : c'est un ryke Fokker.
7 Voir la liste des emprunts qui y furent contractés pour compte du souverain et des états de Brabant, durant le règne de Charles-Quint, dressée par M. Kreglinger (Notice historique sur les impôts communaux de la ville d'Anvers, 1. c, 4 e partie, 233-237).
J Les négociants anversois prêtèrent un jour 452,000 liv. st. (3,800,000 fr.) à Henri VIII, et une autre fois 129,000 carolus à Edouard VI. Les emprunts contractés à Anvers par Marie Tudor et par Elisabeth furent plus considérables encore. On trouve que sir Thomas Gresham, agent de l'Angleterre en cette ville, avait à y rembourser, de mai 4560 à février 4564 , 279,565 liv. st. (environ 70 millions de francs). Cet agent dit dans ses notes y avoir emprunté, du 47 novembre 4558 au 30 avril 4562, une somme totale de 487,502 livres 7 sch., ce qui, d'après la valeur de la livre sterling à cette époque, faisait environ 424,750,000 fr., et avoir remboursé 378,289 liv. 46 sch. En juillet 4562, il fut envoyé en toute hâte à Anvers, pour y régler le payement de 240,523 liv. 4 sch. 2 deniers, que la reine d'Angleterre devait à plusieurs négociants anversois, à l'échéance du mois d'août, avec ordre de prolonger de six mois le délai de remboursement pour une partie de ce capital, au taux de l'ancien intérêt. Le facteur du roi de Portugal contracta un jour à la bourse, pour compte de son souverain, un emprunt de trois millions d'écus d'or, qui fut couvert en une seule Bourse. Les établissements de banque a Anvers au xvi e siècle.
que les franchises de la cité contribuèrent autant que son heureuse situation à y attirer les étrangers. De même que dans les autres villes du Brabant et dans celles de la Flandre, la liberté individuelle y était formellement garantie. Excepté dans les cas de flagrant délit, il était défendu d'arrêter ou d'emprisonner aucun bourgeois ou étranger domicilié à Anvers ; on ne pouvait saisir ses biens sans un titre exécutoire. Pour obtenir la qualité de bourgeois donnant le droit d'y exercer un métier, il suffisait à l'étranger de prêter serment au duc de Brabant; de payer les lettres de naturalité et le droit d'entrée dans le métier auquel il voulait s'affilier; s'il n'était pas originaire du Brabant, il était inhabile aux fonctions supérieures de la magistrature; mais cette exclusion cessait pour ses enfants. Enfin , et ce n'était pas le moins important pour les négociants, les femmes anversoises jouissaient du privilège de sauver leur dot du naufrage de la fortune de leurs maris et d'être préférées aux autres créanciers l . Les étrangers se voyant bien et facilement accueillis, trouvant la commodité, la sûreté, la liberté, y affluèrent, et la cité acquit une telle renommée que, comparée souvent à Carthage, au moment de son apogée 2 , elle était encore considérée comme la plus riche cité de l'Europe \ trente ans après, alors que, suivant l'expression de Guicciardin, le temps actuel ressem-
* M. Altmeyer, Histoire du comptoir d'Anvers.
* J. Christoval Calvete de Estrella, El felicissimo viaje del principe don Phelipe, desde Espana a sus tierras de la baxa A f émana, con la descripcion de todos los estados de Brabante y Flandes. Anvers, 4552.
â « Anvers, ia plus puissante, renommée et peuplée ville de tous les Pays- Bas, dont à peine seroit à trouver une semblable en confluence de toutes nations, traficques, négociations, richesses, abondance, puissance, fortifications et toutes affluences, dont es années passées a esté singulièrement douée. » Jacques de Wesembeke (4569), 1. c.
« Ut emporium non solum Belgicae sed etiam Europae, dit un document du
blait au temps antérieur cbmme la nuit au jour '. Quant aux Anversois, ils étaient plutôt fabricants et banquiers que négociants ou armateurs. Manquant de promptitude et de vigueur dans l'exécution, ils n'élevaient pas leurs conceptions commerciales à la hauteur de leur situation, et c'est des mar~ chands étrangers surtout que venait l'initiative des grandes entreprises 2 .
L'influence politique d'Anvers crut avec sa prospérité. Guicciardin évalue ses revenus à 250,000 écus par an ; l'impôt sur le vin rapportait 60,000 ducats ; celui sur la bière 80,000. L'état comparatif de ses recettes présente des progressions établissant tout à la fois l'accroissement de ses revenus et l'accroissement des impôts. En 1530-1531, elles sont de 24,609 livres de gros de Brabant; en 1542-1543, de 42,277; en 1549-1550, de 104,896 ou 419,584 florins carolus 3 . En 1555, le produit des accises donna 277,299 livres 4 .
commencement du xvn* siècle, sur l'état d'Anvers au siècle précédent, imo tolius Universi fuerit celeberrimum, quando externi mereatores fluido refluidoque Schaldis alveo ad eam commeare et peregrinas merces apportare, illicque fixas sedes habere solebant. » Document communiqué à la commission royale d'histoire, par M. de Ram. Bulletins, 2« série, VIII, 296. Les poètes lui faisaient dire :
LugçluDum omnigenum est, operosa Lutetia, Roma
Ingens, res Venetum vasta, Tolosa potens.
Omnimodœ merces, artes priscaeque novœque,
Quorum insunt, aliis singula, cuncta mihi.
On l'appelait : Gemma et delicium orbis Christiani. Document précité.
* Préface de la 2 e édition, publiée en 4580.
* « Il est à remarquer que les gens de l'endroit font peu d'affaires; mais ils tirent profit des impôts, de la location de leurs maisons et de choses semblables. C'est par des étrangers que s'y exerce le trafic. » Relation de Vincent Quirini, 1. c, 63.
3 M. Kregllnger, 1. c, 233-234.
4 Ibid., 238-239.
On lui attribue, de 1549 à 1561, une population de 200,000 habitants. D'après un recensement par quartiers, ordonné en 1568, celte population s élevait alors à 89,996 citoyens et 14,985 étrangers ayant pris domicile; or, à ces 104,981 habitants, il fallait ajouter les matelots, les étrangers de passage, les habitants des faubourgs au nombre de plus de 50,000 '. Cette importance valut à cette cité de grands ménagements de la part du souverain. Ainsi, en 1509, on vit les bourgeois arracher des mains des officiers de Maximilien des habitants de Groningue mis au ban de l'empire ; ils soutinrent que la qualité de marchands rendait les Groninguois inviolables, et le gouvernement dut accepter cette interprétation 2 . Charles-Quint lui-même se départit de son inflexible despotisme ; ses édits contre les réformés vinrent -se briser devant les grands intérêts qui protégeaient la liberté dans cette ville, où elle trouva son dernier refuge.
Cette grande artère commerciale portait l'activité industrielle dans les autres villes du Brabant, et elles participèrent au mouvement général, par un écoulement plus actif de leurs produits. Louvain seule ne se releva point de la décadence où
' Erant urbem incolentium, supra centum millia; desumam in hujus rei fidem, e veteri codice anni 4568 numerum censa illo anno civium capita, in prima regione seu tribu {wycken linguâ nostrà nominant), 6239, in secundâ 5929. in tertiâ 6124, in quartà 6542, in quintâ 5248, in sextâ 5810. in septimà 9627, in octavâ 6943, in nonà 7449, in decimâ 7529, in undecimâ 7234, in duodecimâ 7464, in decimâ tertiâ 8248, capita ergo universim 89,996. Hœc civium erant eodem anno variarum hic gentium familiae, quœ domicilio locum delegerant, capita in his 44,985; erant proinde capita 404.984 , atque hœc extra nautas, quorum ingens numerus in navibus. Erant super hœc in suburbiis , capitum 50,000, quibus jus civitatis, non secus ac in urbe natis. Jàm peregrè adventantes quis enumeret? Lego, annoCIOrJXLIX, LVI, LIX, LXI, numerata et aliunde capita, supra CC millia ; nemo mirabitur. Caroli Scribanh Oriijines Antverpiensiwn. Anvers, in-4°', 4640, 73-74.
2 Lettre du 47 juillet 4509. Correspondes, 1.46!. — Gedenkstukken, H r 167.
là.
l'avait fait tomber le règne néfaste de Wenceslas de Luxembourg. Suivant un acte de 1 523, cette ville était dans une telle détresse, qu'il lui était impossible de payer les charges publiques, de restaurer ses monuments, d'entretenir ses fortifications. « Si Ton n'y pourvoit pas, ajoute cet acte, ses habitans seront obligés de l'abandonner et de la laisser tomber en ruines 1 . » Pour remédier à cet état de choses* Charles-Quint, reprenant un projet formé sous le règne du duc de Brabant Jean IV, autorisa les Louvanistes à canaliser la Dyle ; mais cet octroi resta à l'état de projet. Ils obtinrent alors (1538) l'étape des vins étrangers, et, en 1542, pour favoriser les brasseries qui s'y étaient établies, l'empereur défendit de fabriquer de la bière dans un rayon de deux lieues de la ville *. Il fallut néanmoins beaucoup de temps à cette industrie pour relever la métropole brabançonne que son université avait jusqu'alors préservée d'une ruine complète.
Le Hainaut se ressentit également de la révolution qui avait ouvert aux Pays-Bas une nouvelle vie industrielle et commerciale. Mons voyait s'élever tant de manufactures de draps et de serge, que dans les premières années du règne de Philippe II, à l'heure de la sortie des ouvriers, le son du beffroi arrêtait la circulation des voitures. Au nombre des victimes du tribunal extraordinaire qu'y institua le duc d'Albe, on comptait vingt-neuf fabricants de serge ; il y en eut neuf autres amnistiés sous Louis de Requesens. Si l'on y ajoute les 128 fabricants et orfèvres, compris dans une liste de proscrits fugitifs, récemment découverte 3 , on se formera une idée
• Acte de 4523 aux Archives de Louvain, cité par M. Piot, Histoire de Louvain, I, 280, note 3.
a M. Piot, 1. c.
3 M. Altmeyer, Une succursale du Tribunal de sang, 427.
de l'état de prospérité de cette ville avant que le despotisme espagnol y eût noyé dans le sang les fruits du travail, et arrêté pour longtemps la croissance des nobles fruits du génie \
Si le Brabant et le Hainaut voyaient la plupart de leurs industries en progrès, il n'en était pas de même de la Flandre. Bruges était restée l'entrepôt des laines d'Espagne et de Portugal, et elle en recevait chaque année 40,000 ballots, dont le moindre valait 20 ducats d'or 2 . Cette ville était aussi l'entrepôt du Nord pour les vins de France * ; on y trouvait quelques puissantes maisons \ et beaucoup de marchands espagnols y avaient conservé leurs établissements 5 . Sa décadence était néanmoins un fait accompli : l'émigration des ouvriers avait suivi l'émigration des marchands; le paupérisme avait succédé au travail ; la démoralisation gagnait les esprits, et Ton en était venu à offrir une prime d'un ducat à quiconque y fabriquait une pièce de drap 6 . On aVait essayé d'y introduire l'industrie séricicole ; mais quoique les rues fussent remplies de mendiants, les manufactures de soie manquaient de bras 7 . Par un octroi du 8 août 1544, Charles-
' « De longtemps les nobles fruits du génie ne croissent plus sur une terre qu'a baignée le sang de ses habitants ! » s'écrie M. Pabidaens (Morts sous les rapports historiques, statistiques de mœurs, usages, littérature et beaux-arts) en parlant de ces horreurs qu'il a parfaitement retracées.
a Damien Goes, De magnitudine hispani imper H, 1544. — Dans sa relation, écrite en 1551, l'ambassadeur vénitien Marin Gavalli dit que Bruges tirait annuellement d'Espagne pour plus de 350,000 ducats de ces laines, 1. c, 403.
* Rapport sur les octrois communaux de la Belgique.
* Dans un rapport concernant les dettes laissées par l'empereur Maximilien, il est dit que « aucuns officiers et marchands a voient, par leurs testamens, déchargé l'empereur de grosses sommes qui leur étoient dues. » On cite, entre autres, Pierre Lanchals, de Bruges. Staatspapiere, 40.
5 Relation de Vincent Quirini, i. c.
6 M. J. Gaillajid, Êphémérides brugeoises.
' L. Vives, De subventione pauperum, lib. II, n° 28.
Quint statua que les gens de métier, en Rétablissant dans cette ville, y acquerraient droit de bourgeoisie, et seraient admis à y exercer leur industrie, moyennant un simple droit de 5 sols, pour tous frais de réception ou d'admission '.
Les autres villes de la Flandre n'étaient point dans une meilleure situation. Le transit des laines pour l'Italie avait cessé 2 ; les laines anglaises, objet de tant de traités commerciaux, n'arrivaient qu'en petite quantité; et chaque jour s'affaiblissaient les relations maritimes, dont l'ensablement du Zwyn avait présagé la perte longtemps avant la découverte de l'Amérique 3 . Les Flamands luttèrent cependant contre la mauvaise fortune, et le gouvernement seconda leurs efforts 4 .
1 Rapport sur les octrois, 294.
2 « De l'octroy des laines que Ton mène hors du pays de Flandres par terre et par mer, oultre et par delà les monts, dont chacune charge de lx doux souloit payer xx^xvj sols par. ; la charge de xxx doux xviij s. p., et les autres doux à l'advenant. Ledit droit a pièça esté et encores est en non valoir, parceque Ton ne mène plus nulles laines du pays de Flandres oultre les monts comme Ton souloit, ainsi les marchans de Florence et autres de par delà les monts les vont mêmes querre à Calais. » Compte de Nicaise Hanneron, receveur général de Bruges, es parties de Bruges et du Franc, de 4506, f°xlj *° ( n° 274 4 ) , aux Archives du royaume.
3 Ainsi, pour en citer un exemple, le droit de deux gros ou sous parisis levé par le souverain sur chaque tonneau de bière étrangère importé en Flandre, qui, en 4505 encore, avait produit 2,675 livres pour les bières de Hollande et de Zélande, ne produisit plus, Tannée suivante, que 4,375 livres; le même droit descendit pour les bières d'Allemagne de 3,080 à 4 ,060 livres. » Ibid., f°» xlij ▼«, xliij, xliij »•.
* En 4 523, Marguerite demanda à Charles-Quint d'établir à Bruges « l'étape de l'épicerie. » — « Je serois bien enclin faire aux Brugeois tout le bien et ressource possible, lui répondit l'empereur, mais à cause que ceste marchandise a esté premièrement trouvée aux despens de ce royaume (d'Espagne), je lui ai par raison accordé de tenir l'estaple au port de la Corogne en Galice, et j'y ai déjà fait établir maisons et facteurs avec liberté à toutes les nations d'y avoir accès. Toutefois vous pouvez faire examiner si de quelque autre façon je puis avantager ceux de Bruges et, dans ce cas, je le ferai très-volontiers. » lettre du 46 mars 4523. Reg. Correspondance, f° 90.
Les Brugeois demandèrent à l'Angleterre, à l'Espagne, à Lubeck, de ramener dans leur ville, par des mesures coërcitives, les marchands qui l'avaient désertée pour Anvers ; ils pressèrent (1807) les diètes hanséatiques d'interdire aux Hollandais et aux Brabançons d'y vendre publiquement du cuivre, de la cire et du goudron, négoce réservé, disaient-ils, aux marchands de la Hanse, et de défendre aux villes de la confédération d'expédier directement leurs cargaisons à des marchands étrangers ! ; ils rétablirent (1810) les digues de Zwartegat et firent sonder les eaux du Zwyn pour dissiper les craintes des pilotes étrangers 2 . Vains efforts ; l'heure fatale avait sonné! Vers 1812, les Écossais, qui commerçaient avec Bruges, rompirent leurs relations avec elle pour les établir en Zélande 3 , et leur départ marqua le terme de la prospérité et de la grandeur de la Flandre.
Le découragement alors s'empara des esprits ; et les Flamands, surpassés bientôt par les Hollandais dans la construction des grands navires 4 , perdirent leur réputation de navigateurs en même temps que leur supériorité commerciale. Il ne leur resta plus que l'industrie linière, qui continua longtemps à enrichir leurs campagnes, alors que les villes expiaient leur égoïsme par la perte de l'industrie des étoffes de laine, dont elles s'étaient arbitrairement réservé la fabrication.
Bruges pourtant ne fut pas dépossédée de sitôt du comptoir haûséatrque; elle défendit avec acharnement ce dernier débris de sa splendeur. En 1817, à la suite d'une rixe, dans
1 M. Altmeyer, Des causes de la décadence du comptoir hanséatique de Bruges. Trésor national, IV.
a M. Kervtn de Lettenhove, 1. c, VI, 80-82.
1 Le Petit, yil, 7.
* Instruction donnée à Abel de Coe3tre. M. Altmkyeb, Histoire des relations commerciales, 215.
laquelle des hanséales avaient été maltraités, il fut question une première fois de le transférer à Anvers, où beaucoup de marchands de la Hanse s'étaient retirés. La diète hanséatique hésitait à prendre une résolution qui devait lui aliéner les Flamands, alors qu'il lui importait de s'appuyer sur eux pour conserver son monopole battu en brèche par les Hollandais. Ces hésitations rendirent l'espoir aux Brugeois : en 1830, ils députèrent à Lubeck deux de leurs magistrats chargés d'offrir à la diète toutes les satisfactions possibles, et de la prier d'enjoindre aux hanséates de revenir dans leur ville ; ils promirent, entre autres, l'abolition de tous les tonlieux pesant sur les bières et les vins importés en Flandre. Mais on leur objecta que les marchands voulaient être à Anvers, et que le comptoir s'y transporterait de lui-même si on ne l'y transportait pas. Cependant il fut encore maintenu à Bruges, à la condition d'y faire respecter tous les anciens privilèges de la Hanse. Cette décision était trop opposée à la force des choses pour être maintenue, et la question de la translation du comptoir se représenta dans les diètes de Lunebourg (1535) et de Lubeck (1840). Enfin l'évidence des faits l'emporta; la Hanse résolut de transférer son comptoir à Anvers, si on lui assurait dans le Brabant les privilèges dont elle jouissait en Flandre '. Une députation fut envoyée h l'empereur, pour obtenir des garanties à ce sujet , et les négociations se terminèrent par une convention du 9 février 1848 : les hanséates et la ville d'Anvers se promirent réciproquement liberté du commerce; protection légale, liberté d'association et de juridiction, sauf le droit de vie et de mort réservé aux souverains
1 M. Altmeyer, Des causes de la décadence du comptoir hanséatique de Bruges.
légitimes des parties contractantes ; affranchissement de presque toute espèce d'accises ; garantie effective de tous les privilèges de la Hanse dans le Brabant \ La ruine de Bruges se trouva ainsi consommée, et la Venise du Nord 2 subit le sort de la ville de saint Marc.
D'après Guicciardin, les Pays-Bas, « au mesme estât, degré et forme qu'ils se trouvoient jusqu'en l'année MDLX, » recevaient : d'Ancône, camelots à ondes et sans ondes, épiceries, drogueries, soieries, coton, feutres, tapis, maroquins, couleurs et autres productions du Levant; — de Boulogne, draps de soie, d'or et d'argent, bonnets, crêpes; — de Venise, clous de girofle, cannelle, noix muscades, gingembre, rhubarbe, aloès, casse, agaric minéral, sang-de-dragon, momie, feuilles de séné, coloquinte, scammonée, tutie, mithridate, thériaque , draps de soie, riches soieries cuites et crues, camelots à gros grains et sans ondes, tapis, samis, écarlates, ébène, merceries de toute espèce, azur et autres couleurs; — de Naples, draps de soie, soies filées et à filer, pelleteries, safran d'Aquila, manne; — de Sicile, noix de galle, oranges, coton, soieries, vins; — du Milanais, beaucoup d'or et d'argent filé, fustaines, basins, écarlates, estamets, fines étoffes de laine, riz, armures fines et damasquinées, merceries fines, fromage de Parmesan; — de Florence, draps d'or et d'argent
' M. Altmeyer, Histoire du -comptoir hanséalique d'Anvers.
3 « Bruges, dit Gaspard Contarini, est d'y ne médiocre étendue, mais elle est belle, populeuse et sillonnée de nombreux canaux mêlés d'eau salée, communiquant avec un canal qui va à la mer, où est le port de l'Écluse, tellement qu'elle offre en certains endroits de la ressemblance avec Venise. Elle était autrefois le siège d'un commerce considérable ; mais maintenant, à cause du mauvais état où se trouve le port de l'Écluse, ce commerce a entièrement passé à Anvers, quoiqu'il y ait encore à Bruges beaucoup d'Espagnols qui y trafiquent. »
frisés et non frisés , brocarts et autres draps de soie magnifiques, or et argent Glé, draps dits Russia (renommés pour leur longue durée), capitons, filoselles, peaux fines, martres, lins ouvrages de fantaisie, — de Gênes, velours; satin et autres étoffes de soie, corail, mithridate de première qualité, thériaque; — de Mantoue, draps de soie, soieries, bonnets, diverses denrées ; — de Lucques, draps d'or et d'argent , draps de soie (de qualité inférieure à ceux des autres villes); — du reste de l'Italie, aluns de Civita-Veechia (dont la fabrication des draps exigeait une grande consommation), huiles, noix de galle, gommes, cotons, séné, soufre, orpiment et autres drogueries; — de l'Allemagne, argent en barre et en lingots, mercure, cuivre cru et affiné (en grande quantité), laines fines de Hesse, verreries, fustaines, pastel, garance, safran, matières propres à la teinture, nilre, merceries, meubles de ménage et de luxe, métaux de toute espèce, armes offensives et défensives, vins (en grande quantité); — du Danemark, de l'Oosterland, de la Livonie, de la Norwége, de la Suède, de la Pologne et des autres contrées du Nord, grains (en immense quantité), cuivre, airain, salpêtre, vitriol, garance, laines d'Autriche, lins, miel, poix, cire, soufre, cendrées, peaux fines , pelleteries , bois de construction , bières, cervoises, viandes salées, poissons salés et séchés, ambre jaune, etc., etc., — de la France, sel de Brouage, pastel de Toulouse , canevas et autres grosses toiles de Normandie et de Bretagne, vins blancs et clairets, huiles, safran, garance de Provence, poix, papier à écrire (en grande quantité), verroteries, pruneaux (dont elle faisait un trafic important) , brésil (que les Français allaient chercher en Amérique)', belles dorures, draps fins de Paris et de Rouen, cramoisis de Tours, bouras de Champagne, fils de Lyon, chanvre,
vert de gris de Montpellier, merceries, etc.; — d'Angleterre, grande quantité de draps fins et gros, de laines fines, franges, safran, étain, plomb, peaux de moutons et de lapins, pelleteries, cuirs, bières, fromages, denrées de diverses espèces, vins de Malvoisie et de Candie ; — d'Ecosse, peaux de moutons et de lapins, fines pelleteries (entre autres les plus belles martres), cuirs, laines, quelques draps grossièrement fabriqués, belles et grosses perles; — d'Irlande, grande quantité de cuirs crus et secs, pelleteries; — d'Espagne., de forts envois de pierreries, de perles des Indes et de l'Amérique, d'or et d'argent pur, massif et en lingots, de cochenille, de salsepareille, de gaïac, de safran, de drogueries, d'écarlate, de soies crues et non filées, draps de soie, velours de Tolède, taffetas, sel, alun de Mazzeron, orseille des Canaries, laines, fers de Cordoue, vins, huiles douces, huiles grasses (employées par les drapiers), vinaigres, miel, mélasse, gommes d'Arabie, savons, fruits frais et secs (oranges, limons, citrons, grenades, olives, melons, câpres, dattes, figues, raisms, amandes), vins, sucre des Canaries; — de Portugal, pierreries et perles orientales, or pur, massif et battu, épiceries, drogueries, musc, civette, ivoire, rhubarbe, aloès, racines de Chine et autres denrées précieuses dont l'Europe se fournissait à Anvers, sucre, bois de Brésil, productions diverses de la Guinée, vins de Madère, sel, vin, huile, pastel, graines, orseille, fruits frais, secs, confits et en conserve l ; — de la Barbarie, sucre, azur, gommes, coloquinte, cuirs, pelleteries, plumes d'autruche et autres.
1 Voir aussi de .Reiffenberg, Relations avec le Portugal, I. c. — En 4550, on importa du Portugal à Anvers pour 300,000 ducats de pierres précieuses, d'épiceries et de sucre. Le même, Addition au mémoire sur les anciennes relations de la Belgique et du Portugal. Bulletins de l'Académie, XIV.
Cet auteur estime les importations annuelles de l'Italie à 3,000,000 d'écus d'or. L'Allemagne envoyait dans les Pays- Bas pour plus de 600,000 écus de fustaines , et pour 1,500,000 écus d'or de vins 1 . Le Nord y importait annuellement 60,000 lasts de grains , principalement de seigle , représentant 1,680,000 écus d'or; — la France, environ 40,000 tonneaux de vin qui, à 25 écus le tonneau, représentaient 1,000,000 d'écus; 40,000 balles de pastel à 7 | écus la balle (300,000 écus); 6,000 cents de sel de Brouage, chaque cent contenant 100 tonneaux de 225 à 230 livres, et coûtant 30 écus (180,000 écus); — l'Espagne, 25,000 sacs de laine 2 , à 25 écus le sac (625,000 écus); — le Portugal pour plus d'un million d'écus d'épiceries; — l'Angleterre pour plus de 250,000 écus de laines et pour plus de 5,000,000 d'écus de draps. Les Anglais prenant en échange des marchandises des Pays-Bas/ on* évaluait à plus de 12,000,000 d'écus le commerce qu'ils faisaient avec ces provinces.
Quant aux exportations, la Belgique envoyait : à Rome, des draps, des tapisseries, des sayes, des ostades, des demiostades, des toiles ; — à Ancône, des draps du pays et des draps anglais, des sayes, des ostades, quelques tapisseries teintes avec de la cochenille d'Espagne; — à Boulogne, des sayes, des demi-ostades, des tapisseries, des toiles, des draps, des merceries ; — à Venise, des joyaux et des perles , des draps (principalement des draps du pays) , des laines , des sayes de Hondschoote, de Lille, Arras, Valenciennes et Mons; des ostades, des demi-ostades, des toiles, des tapisseries cramoisies, des merceries, du sucre, du poivre, des ustensiles
1 40,000 tonneaux à 6 aimes d'Anvers, le tonneau valant 36 écus, 9 Ce nombre s'élevait à 40,000 avant rétablissement des fabriques de drap en Espagne.
de ménage ; — à Naples, des draps du pays et des draps anglais, une grande quantité de toiles, des sayes, des ostades, des demi-ostades, des tapisseries, des merceries, des métaux; — à la Sicile, des draps, des toiles, des tapisseries, des merceries, des métaux; — au Milanais, du poivre, du sucre, des joyaux, du musc et des parfums, des draps du pays et des draps anglais, des sayes, des demiostades, des toiles, des tapisseries, des laines d'Espagne et d'Angleterre; — à Florence, des sayes, des demi-ostades, des toiles, des lins, des frises, des laines d'Angleterre, des éventoirs ; — à Gênes, à Mantoue, à Lucques, à Vérone, à Brescia, à Vicence, à Modène, des draps du pays et des draps anglais, des serges, des demi-ostades, des tapisseries, des merceries, des ustensiles de ménage, des meubles; — au reste de l'Italie, de letain, du plomb, de la garance, du brésil, de la cire , des cuirs, des lins, du suif, des poissons salés, des bois ouvrables ; quelquefois du froment, du seigle, des fèves et d'autres légumes ; — à l'Allemagne, des pierreries, des perles, des épiceries, des drogueries, du safran, du sucre , des draps du pays et des draps anglais , des sayes , des ostades, des demi-ostades, des tapisseries, des toiles, des merceries; — au Danemark et aux autres contrées du nord, des épiceries, des drogueries, du safran, du sucre, du sel \ des draps du pays et des draps anglais, des sayes, des ostades, des demiostades, des fustaines, des toiles, des pierreries, des draps
* Il paraît, d'après un compte de 45(M , qu'on avait trouvé près d'Echternach une fontaine à sel. « Audit Nattelet, pour avoir esté devers messieurs les chancelier et ledit trésorier porter lettres touchant la fontaine au sel qu'on a trouvée près dudit Echternach, ij florins xij gros. » Compte de Valérien de Busleyden, précité (n° 2634), f° x. — Le maître des sauneries de l'archiduc en Bourgogne reçut l'ordre de visiter cette fontaine, qu'il fit nettoyer, parce qu'elle était remplie de pierres, et dégager des buissons et des ronces qui l'entouraient. Ibid.
de soie et d'or, des camelots, quelques tapisseries, des vins (principalement des vins d'Espagne), de l'alun, du brésil, des merceries , beaucoup de meubles et de grosseries ! ; — à la France, des pierres précieuses, des perles, de l'argent massif et en lingots, du mercure, du cuivre, du bronze, du laiton ouvré et non ouvré , du plomb , de Tétain , du vermillon , des couleurs, du soufre, du salpêtre, du vitriol, des camelots, des graines, des draps d'Angleterre, des frises, des sayes, beaucoup de draps du pays frisés et à friser, des toiles fines, des ostades, des demi-ostades, des tapisseries, des laines d'Autriche, de^ cuirs, de la cire, des pelleteries, de la garance, du houblon, du suif, des viandes séchées, du poisson salé; — à l'Angleterre, des joyaux, des pierreries, de l'argent en barre, du mercure, des draps d'or, d'argent et de soie, de l'or et de l'argent filé, des graines, des épiceries, des drogueries, des sucres, du coton, du cumin, des noix de galle, des toiles , des sayes, des demi-ostades, des tapisseries , de la garance , du houblon (en immense quantité) , des verres , du poisson salé, des merceries, des métaux, des armes, des munitions de guerre, des meubles, des ustensiles de ménage; — à l'Ecosse et à l'Irlande, quelques épiceries, du sucre, de la garance, des draps de soie, des camelots, des sayes, des toiles, des merceries; — à l'Espagne, du mercure 2 , du cuivre, du bronze, du laiton, de l'étain, du plomb, des draps du pays (principalement de la Flandre) et quelques draps d'Angleterre,
1 Les Pays-Bas faisaient un commerce considérable avec la Livonie; les draps de Flandre y arrivaient en masse pour être expédiés en Russie. Un grand nombre de Belges et de Hollandais étaient établis à Revel, à Riga, à Dorpat, à Wolmar. Ils y faisaient des fortunes colossales et rapides M. Altmeyer, Histoire des relations commerciales , 374 .
a Ce pays en fournissait d'abord à la Belgique, mais il avait épuisé ses mines en les exploitant trop.
des sayes, des ostades, des demi-ostades, des tapisseries, des toiles, des camelots, des lins, des fils, de la cire, de la poix, de la garance, du suif, du soufre , des blés, des viandes et des poissons salés, du beurre, du fromage, des merceries de métal, de soie, de flloselle, etc. (pour des sommes immenses), de l'argent, de l'argenterie, des armes offensives et défensives, des munitions de guerre, des meubles, des ustensiles de ménage 1 ; — au Portugal, de l'argent massif, du mercure, du vermillon, du cuivre, du bronze, du laiton, du plomb, de rétain, des armes, de l'artillerie, des munitions de guerre, de l'or et de l'argent filé, en général tous les autres produits que recevait l'Espagne; — à la Barbarie, des draps, des toiles, des sayes, des merceries de toute espèce (en immense quantité) 2 .
Les édits de 1549 et 1851 relatife à la marine, mentionnent la France , l'Espagne, le Portugal, les Canaries, les îles de Madère, de Saint-Thomas, de Chypre, de Candie , l'Italie, Raguse, l'Irlande, l'Angleterre, la Norwège, le Danemark, la Suède, comme lieux d'importation ou d'exportation : pour les laines, l'acier, le cuivre, l'étain et autres métaux, le pastel, la garance, les soieries, les canevas, les draps, les toiles, les tapisseries, la cire, les merceries, les épiceries, les vins, les bières, les sucres, les sirops \ les huiles, les charbons, le goudron, la poix, le lin, le houblon, les perches, les bois de charronnage et de construction, les sapins, les meules de pierre , le sel 3 .
1 « L'Espagnol, ajoute Guicciardin, ennemi du travail et de l'industrie, au moins dans son pays, prend tout des Pays-Bas. »
3 Voir aussi J. de Damhoudere, In laudem hispanicœ nationis, quœ in Flandria nostra jam olim fixa sede celeberrimam negotiationem exercet, declamatio panegyrica. Gand, 4546.
3 Plac. de Flandre, I, 360-374, 375-385.
« Après avoir enrichi les villes, où on les fabriquait, dit l'ambassadeur vénitien Gavalli en parlant des draps, des tapisseries, des toiles, des camelote et des autres produits de l'industrie delà Belgique, toutes ces marchandises sont menées à Anvers, comme au centre du commerce. Il y a partout une circulation d'argent et un débit de toutes choses , tellement abondante, qu'il n'est pas d'individu, si bas placé et si indolent qu'il soit, qu'il ne faille considérer comme riche dans sa position relative. Anvers reçoit d'Espagne des raisins, des oranges, des olives, des vins, des teintures, des sucres et des joyaux pour 500,000 -ducats ; d'Angleterre, de l'étain, des laines et des draps pour 300,000 ducats et plus ; d'Allemagne et de France, des vins et des métaux, pour au delà de 800,000 ducats; de l'Oostlandt, des bois, du lin et des grains pour 230,000 ducats; d'Italie, des velours, des draps de soie, de l'or, des camelots et quelques espèces de futaines et de soie, pour une somme énorme, qui excède un million d'or. Il s'exporte de la même ville pour plus de 500,000 ducats de tapisseries de laine, où la main-d'œuvre entre pour les deuxtiers de la valeur. L'Allemagne et la France en tirent pour 150,000 ducats par an de fromage et de poisson salé; la France encore et d'autres pays pour 50,000 ducats de chevaux, pour 400,000 ducats de tissus de laine , pour 200,000 ducats de laines. A l'Allemagne elle fournit pour 100,000 ducats, et à l'Oostlandt pour 500,000 ducats d'épices, de fruits secs, viandes salées et autres marchandises; à l'Angleterre pour 500,000 ducats de'draps de soie, épices, etc. Tout ce trafic vaut au pays, outre le gain des artisans, plus d'un million de ducats de bénéfice *. » Un état du produit
' Relation de 1554, I. c, 103-404.
annuel des manufactures, dressé, quelques années plus tard , par ordre du duc d'Albe, porte h plus de 40,000,000 de florins d'or les objets fabriqués dans les provinces belges. On évaluait les exportations de la draperie, sans y comprendre les draps de qualité inférieure, à 8,000,000 de florins \
Enfin, les comptes de recette du droit d'un centième établi en 1543 sur toutes les marchandises exportées, fournissent de précieux renseignements sur le mouvement du commerce et de l'industrie. Les recettes produisirent, du 10 février 154S au 10 février 1544, 60,963 livres gros de Flandre 1 sou 3, deniers, soit 365,778 livres de 40 gros ou florins carolus 7 sous 6 deniers, représentant la centième partie des marchandises exportées ; elles s'étaient donc élevées à 36,577,837 florins carolus 10 sous, soit 771,792,360 francs de notre monnaie 2 .
Ces marchandises consistent en draps de diverses qualités 3 draps de Malines, de Lierre, de Duffel, de Louvain, de Bruxelles, de Flandre, d'Ypres, d'Armentières, draps de villages, petits draps, gros draps d'Angleterre (en immense quantité); ostades \ ostades frangées et non frangées, demi-ostades 5 ;
* M. Mokb, Histoire de la Belgique, 364 .
a 36, 577, 837 X 4. 22 X S. — Comptes précités, n°« 23357 et 23358.
* Les notes suivantes permettront de se former une idée du prix des marchandises. — « Payé sur le francq marchié de Gand, à ung marchant de Lylle, pour» trente cincq aulnes de drap grys, pour accoustrer les sergeans dudit Viesbourg, à xxx ij sols l'aulne. » Compte de la veuve de Daniel de Stoppelaere, qailîi du Vieux-Bourg, de 4539-4530, f° xvij v<> ( n o U465), aux Archives du royaume. — « Audit bailly, pour xxiiij aulnes de drap noir, dont sont estez accousfrez lesdits sergens, à chascun iiij aulnes, à xl sols l'aulne. » Compte de Georges Rockolflng, de 4544-4542 (n° 44467), f° xxij v<>.
* Les ostades de Valenciennes étaient, paraît-il, fort recherchées à l'étranger. « Cent ostades de Valenciennes, à xv sous de gros (de Flandre) la pièche. » Compte du 4 00 6 denier (n° 23358), f° vij *°. —Cet article est fréquemment répété.
5 L'aune de demi-ostade valait 4 sol de gros de Flandre ou 6 sous de
fustaioes l , camelots 2 , frises 3 , sayes 4 , sayeltes, serges; canevas de Brabant; soieries, draps de soie, satins, satins de Bruges 5 , de Valenciennes 6 , du Quesnoy 7 ; velours 8 ; rubans, rubans de ceinture; toiles de Flandre 9 , de Brabant 10 , de Hainaut n , de Hollande 12 (en très-grande quantité); nappes,
Brabant. « Six aulnes de demy ostade, valissans ensemble la somme de vj sols de gros. » Compte du 100 e denier (n° 23357), f° ifij c lxv *°.
» L'aune de fustaine valait environ \ florin de Brabant. « vij aulnes de fustaine, valissans ensemble xxiiij sols de gros. » Ibid. (n° 23358), f° ix c xxij.
a « Six aulnes de camelot, à viij gros l'aulne. » Ibid. (n° 23357), f° iiij e lxv »°.
3 « viij aulnes de frizes, xxiiij sols gros. » Ibid. (n° 23358), f° ix c xxv.
* « Cent et vij sayes d'Arras. à xxiiij sous gros la pièche. » Ibid., f° vij r°. — Cet article est fréquemment répété.
5 « Vingt pièches satins de Bruges tenans iiij c iiij xx vj aulnes , valissans ensemble xxxvij livres viij sols gros. » Ibib. (n° 23357), f° iiij c lxiij. — « Une pièche de satin de Bruges, tenant xxj aulnes, valissant xxvijj sols ij d. gros. » Ibid., f° iiij c lix »°. — « Une pièche de satin de Bruges, contenant xx aulnes iij quarts, valissant xxvij sols viij d. gr. » Ibid., f° iiij e lx. — « xij pièches de satin de Bruges, tenant ij c xxj aulnes, à xv gros l'aulne. » Ibid. (n° 23358),
6 a cxvj pièches de satin de Valenciennes, à ix sols vj d. gros la pièche. » Ibid. , f° vij.
7 « cxx pièches satin du Quesnoy, à ix sols gros la pièche. » Ibid., f° vij ▼*.
8 « Deux aulnes et demy de velours gris de la valeur dexvij sols vj d. gros. » Ibid., f° xvij »°. — « Une aulne de velours de la valeur de iij livres de gros. » Ibid., f° ix c xxij. — « iiij aulnes de velours, xij livres de gros. » Ibid., (• ix c liiij.
9 « xlij pièches de toilles de Flandre, tenans xvj « iiij " aulnes, à v gros ► l'aulne, — Iiij pièches de toilles, tenans ij m evij aulnes, à v gros l'aulne. —
xlviij pièches de toilles, tenans xix c et xviij aulnes, xliiij livres gros. — Encoire xlviij pièches de toilles, tenans xix e xviij aulnes, à v gros iij quartz l'aulne. » Ibid. (n° 23357), f° iiij c lxxvij. — « iij c aulnes de toille de Flandre, à v gros l'aulne. » Ibid., (° v c l.
10 « x aulnes de toille de Brabant, xxx sols gr. » Ibid. (n° 23358), f° ix e xxiij.
— « iiij " aulnes de toille de Brabant, xij livres de gros. » Ibid., f° ix e xxiiij t°.
— « xxx aulnes de toille de Brabant. iij livres gros. » Ibid , f° ix c xxvij »°.
" « xvij aulnes de toille de Hainaut, xxxiiij sols gros. » Ibid., f° ix c xlij »°. — « Cent aulnes de toilles de Hainaut. » Ibid , f° ix • xliij. ,a « Deux pièches toilles de-Hollande, tenans ciij aulnes, à viij gros Taul-
serviettes ; dentelles l ; tapisseries (en très-grande quantité) 2 ; lin 3 , fils de lin et de coton ; bonneterie (grande quantité) 4 , chausseterie 5 , couvertures de Ht ; mercerie (en très-grande quantité); chapelets; aiguillettes; jeux de cartes 6 ; miroirs; épingles; masques 7 ; papiers de. toute espèce; plumes à écrire, etc.; armes : cottes de maille, arbalètes, dagues, lances, hacquebutes, fers de pique, fers de trait d'arbalète, canons, boulets ; sellerie : selles de chevaux, brides, harnais, etc. ; habillements de toute espèce , chapeaux de feutre 8 ,
ne. — Quatre pièches toilles de Hollande, tenant ij c xij aulnes, à ix gros l'aulne.
— Quatre pièches toilles de Hollande, tènans ij e iiij aulnes, à xj gros l'aulne. .
— Trois pièches toilles de Hollande, tenans cent lviij aulnes, valissans ensemble ix livres vij sols vij d. gros — Et deux pièches de toilles de Hollande, tenans cent j aulnes, à xvij gros l'aulne. » Compte précité (n° 23357), f° iiij e lxiij »«.
* « Trente pièces de dentelles, à vj gros la pièche. » Ibid., f° iiij c lxiij.
1 « cliiij aulnes de tapisserie grosse, valissant viij livres de gros. » Ibid. (n° 23358), f° clv. — « xviij aulnes de tapisserie, à vj d. de gros l'aulne. » Ibid.? f° ij e xviij. — « v j aultres de tapisseries à faire coussins, à viij sols l'aulne. » Ibid. (n° 23357), f° vj c lx y<>. — « xxij pièches de tapisserie commune, contenans ij e iiij aulnes, à viij gros l'aulne. » Ibid., f° iiij c lxj. — « iij c lxxj aulnes de tapisserie, à viij gros l'aulne. » Ibid., f° iiij e lviij.
3 «iiij tonneaulx de lin, pesant mille livres, xj livres xiij sols iiij d. gros. » Ibid. (n<> 23358), f° xx f.
* « l douzaines de bonnetz de Mantoue , valissans lx livres de gros. — xxvj douzaines de bonnetz de Milan, à xxv s. viij d. la douzaine. » Ibid. (n° 23357), f° clxxviij *°. — a xxxix douzaines de bonnetz de nuit, valissant xxxij livres xvj sols iiij d. de gros. » Ibid. (n° 23358), f° ciiij » v.
5 « Deux douzaines de chaussettes de femme, valissant xxiij sols iij d. gros. » ibid. (n« 23357), f° lv.
6 « Une petite mande contenant jeulx de cartes, valissant j livres viij sols de gros. » Ibid. (n° 23358), f° lix »°.
7 Deux coffres de faulx visaiges, valissans ensemble xij livres de gros. » Ibid., f° iiij ° Ixxiij t°.
- 8 « Une douzaine de chapeaulx de feutre de la valeur de xxx sols gros. » Ibid. (n° 23357) f° vj e xlvij v°. — « xij chappeaulx de feutre, valissans la somme de xxiiij sols gros. » Ibid. (n° 23358), f° ix c xv. — « vj chappeaulx de feutre, valissant ensemble xv sols gros. — Deux douzaines de chappeaulx de feutre, iij livres de gros. » Ibid., f° ix c xix v°.
de soie \ de paille 2 , gants 3 , souliers 4 ; pelleteries ; cuirs de Malines et autres (en grande quantité) 6 ; peaux tannées et autres 6 ; savons (en grande quantité); huiles (en grande quantité); chandelles; cire (en très-fraude quantité); charbons (en grande quantité); sel; sirops; fromages de Flandre, de Hollande et autres (en très-grande quantité); beurre; fruits; poissons secs, salés et autres (en très-grande quantité) ; viandes sèches et salées ; vins , bières , cidre , verjus ; houblon (en grande quantité) 7 ; meubles; œuvres d'art : tableaux (en grande quantité), sculptures, vitraux peints, imageries 8 ; instruments de musique : espinettes 9 , tambou-
1 « iiij c chappeaulx de soye, valissans la somme de xx sols de gros. » Compte du 400 e denier (n° 23357), f° v • lxij.
2 « Ix douzaines chappeaulx de paille, à j sols x d. gros chacune douzaine. » Ibid., f° v c iiij xij *•. — « xxv douzaines de chappeaulx de paille, à ij sols vj d. gros chacune douzaine. » Ibid., f° v » iiij " v.
3 « Quatre paires de souliers , valissans ensemble iiij sols gros. *> Ibid. f° iiij f lv. .
4 « Quatre douzaines de gants, à j sol ij deniers gros la douzaine. » Ibid. (n<> 23358), f° xvij v«.
5 « Ung fardeau de cuirs de bœuf lannez, pesans x c vj livres, valissans ensemble xxiiij livres xij sols iiij deniers. » Ibid. (n° 23357), f°iiij ° lxix.
6 « cl peaulx de vache, à iij sols vj deniers gros la pièche. » Ibid. (n° 23358), f° lvj.
7 « Pour avoir chargé vers Londres deux baies de houblon, pesans ensemble xj c livres, valissant vij livres x sols de gros. » Ibid. (n° 23357), f° ciix *°. — « A cause d'avoir chargé vers Londres iiij m viij « livres de houblon, valissant en tout xxviij livres de gros. » Ibid., f° clxx. — « Huit balles de houblon, pesant ensemble xlj c xij livres, de la valeur de xx livres de gros. » Ibid. (n« 23358), f° iiij « vij. — « Quatorze balles de houblon, pesant ensemble liiij cent livres, valissant ensemble xxx livres de gros. * Ibid., f° iiij c xlij.
8 « Deux douzaines petites imaiges, ij livres de gros. » (N° 23358), f° iiij c iiij " xix.
* « Uneespinette de la valeur de vingt solz de gros..» Ibid.. f° iij c iiij « viij. « Une espinette, valissant iij livres vj sols viij deniers gros. » Ibid., f° cl. — « Pouf avoir chargé vers Leipsick trois espinettes, valissant ensemble v livres de gros. » Ibid., f° clxxix.
rins, flûtes, etc.; outils de drapier et autres; pierreries, bijouterie; livres (en grande quantité); métaux ouvrés et bruts : fer \ acier, plomb 2 , étain, cuivre, fer-blanc, laiton, vif-argent s ; chaudronnerie (en très-grande quantité); coutellerie; bois de construction; briques 4 , chaux, pierres, ardoises 5 ; cordes; goudron 6 ; verres et verres à vitre; poteries, figurines de terre cuite 7 ; teintures et couleurs : azur 8 , vermillon 9 , pastel, garance (en très-grande quantité) 10 ; drogueries, alun (en grande quantité) 11 , potasse, arsenic ",
' « Quarante milliers de fer, valissans ensemble ex livres de gros. » Compte du 400 e denier (n° 23357), f° ij « iiij « vij v<>.
a « xxiiij e livres de plomb, valissant ensemble viij livres vj sois iij deniers gros; — encore six milliers de fer, valissant ensemble xvj livres xiij sols iiij deniers gros. » Ibid., f° ij c iiij « j. — « Deux blocques de plomb, pesant xv « livres, au pris de vj deniers gros la livre. » Ibid. (n° 23358), f° viij c iiij ** xiiij.
3 « Deux boulles d'argent vif, pesans c iiij « xvij livres, à xij gros la livre. » Ibid. (n° 23357), f ° v « iiij " iij *<>. — « Ung tonnelet d'argent vif, pesant iiij " xix livres, à xij deniers la livre. » Ibid., 1° iiij e Ij.
4 « Fut lors (4538) marchandé et livré le millier de briques, par Guillaume le Cambier, au prix de trente sous. » Vinchant, V, 24.
5 « Pour cxxxiij 4/2 milliers d'ardoises, valissant ij c xx livres v sols gros. » Compte du 400 e denier (n° 23357), f° vj c lxviij — « Quatre vingtz milliers d'ardoises, à xxxiij sols gros le millier. » Ibid., f° vj « lxxvj.
6 « Dix tonneaux de goudron, valissant ij livres vj sols viij deniers de gros. » lbid. y f°ciiij* .
7 « Ung tonneau de personnaiges de terre. » Ibid. (n° 23358), f° ij c x.
8 « Deux livres azur, de la valeur de ij sols gr. » Ibid. (n* 23357), f° iiij c liiij »°.
9 « xxxiij livres de vermiglon. à xiij sols gros la livre. » Ibid., !° iiij c Ixv. — « viij livres de vermiglon, à xiiij gros la livre. » Ibid., f° iiij c lxxvj »«.
,o « Une baie de garanche, pesant viij c livres, valissant vij livres ix sols iiij deniers gros. » Ibid., (° xiij. — « xij balles de garanche, pesans ensemble x m j « xx livres, valissans la somme de cij livres de gros. » Ibid , f° ij e xxxj »°.
." « Trois cens livres d'alun, à xx sols le cent. » Ibid., f° iiij c liiij »°.
" a Ung tonnelet d'assenicq, pesant iij c xxvj livres, valissant la somme de vj livres x sols gros. » Ibid., f° v c xij.
m RÉGNE DE CHARLES-QUINT EN BELGIQUE.
noix de galle, colles, mithridate \ ambre 2 ; épiceries (en très -grande quantité); écorces; cendrées, etc.
Les principales branches de l'industrie de la Belgique consistaient dans la fabrication des draps, des tapisseries, des imitations de tapis de Turquie, des toiles, des fustaines, des armes de toute espèce, des cuirs, des tentures, des peintures, des couleurs, des dorures, de l'argenterie, des verrières à la vénitienne, des merceries de toute espèce, des passementeries d'or, d'argent, de soie, de fil, de laine, des métaux ouvrés, des draps de soie, velours, satin, damas, taffetas, etc. « Contre la nature de leur pays, dit Guicciardin, les Belges tissent la soie, mais en petite quantité. Ils affinent avec industrie et avec art les métaux, travaillent la cire, raffinent le sucre, et fabriquent sous le nom de cinabre le meilleur vermillon connu 3 . » C'est en Belgique et surtout à Bruxelles que se fabriquaient les plus beaux camelots et bourracans de l'Europe 4 . En 1551, des marchands milanais introduisirent à Gand la fabrication des étoffes dites estammettes 5 . « Les Belges , selon un écrivain anglais, fournissaient d'étoffes de laine et de soie non-seulement la majeure partie de l'Europe, mais encore les pays nouvellement découverts en Amérique et en Asie 6 . » On sait avec quel enthousiasme tous les écrivains étrangers par-
1 « Douze livres de mitridat, ij sols gros. » Compte précité, f° iiij e lv. — « Quatre livres de mitridat, valissant x deniers gros. » Ibid , f° iiij c lix.
a « Quinze livres d'ambre, à viij sols gros la livre, formant ensemble la somme de vj livres de gros. » Ibid. (n° 233Ô7), f° iiij c lxj ▼».
3 Guicciardin, 1. c.
* Histoire de Bruxelles. — Relation de Marin Cavalli, 1. c. — Le Mayeur, 1. c, note 91 du chant II.
5 Archives de la ville de Gand. M. Gachard, Notice sur ces Archives, 1. c, 64.
6 Shaw,1. c.,57.
laient de leurs riches broderies, de leurs fabriques de velours, de satin et de damas.
Malgré de nombreuses mesures prohibitives \ l'industrie de la draperie marchait vers sa décadence. Après s'être longtemps bornés au « rôle de bergers de la Flandre et du Brabant 2 , » les Anglais s'étaient mis à travailler eux-mêmes leurs laines , et, depuis le xv e siècle, ils rivalisaient avec la Belgique dans la fabrication des qualités inférieures de draps. Bientôt même, comme ce genre de productions offrait peu de bénéfices, les drapiers belges y renoncèrent; ils se réservèrent seulement les étoffes fines et de couleurs éclatantes. Au xvi e siècle, les marchands des Pays-Bas allaient acheter à Londres tous les gros tissus pour les revendre aux autres peuples 3 , et même à leur propre pays 4 . D'imprudentes mesures, telle que l'ordonnance du 28 mars 1528, qui frappa d'un fort droit d'entrée les laines anglaises 5 , avaient favorisé cette concurrence, et elle était devenue si redoutable, qu'en 1531, les états
1 En 4494, Philippe le Beau avait défendu l'importation des étoffes étrangères, et pour favoriser la draperie flamande, le 40 octobre 4497, il avait prohibé l'usage des habits de damas, de satin ou de velours (M. Kervyn de Lettenhove 1 1. c, VI, 85). La môme année, à la demande des magistrats et des chefs de la gilde de la draperie bruxelloise, ce prince publia un règlement hérissé de dispositions les plus restrictives; mais elles restèrent sans effet. Il en fut de même de son ordonnance du 8 avril 4502, réglant la vente en détail du drap, et de Fédit du 4 mai 4503, provoqué par une démarche des apprêteurs, teinturiers, foulons et tisserands, qui étaient venus en corps lui exposer leurs griefs (Histoire de Bruxelles). Les états aussi s'occupèrent fréquemment de mesures tendantes à soutenir cette importante industrie, et, dans une assemblée tenue à Malines, le 24 juin 4506, ils adoptèrent diverses résolutions, aussi inefficaces que celles du gouvernement. (Azevedo.)
* Shaw, 1. c.
3 Voir les comptes du 400 e denier précités. — M. Moke. 1. c, 400,
* Voir les comptes de Jean de Marnix, précités.
4 Plac. de Flandre, I, 593.
sollicitèrent la prohibition des draps étrangers; mais Charles- Quint ne voulut point envenimer davantage ses rapports avec l'Angleterre et resta sourd à leurs réclamations *. Toutefois, dans le but de lier la Belgique à l'Espagne par les intérêts de son industrie, il encouragea la nouvelle draperie, c est-à-dire la draperie fabriquée avec les laines d'Espagne, que Philippe le Bon avait déjà cherché à développer 2 . Ces tentatives n'obtinrent guère de succès, et lorsque, en 1534, l'empereur, définitivement brouillé avec Henri VIII, voulut imposer les laines espagnoles à l'industrie, on lui objecta qu'on ne pouvait en importer en quantité suffisante ; qu'elles seraient dès lors d'un prix trop élevé; qu'il était impossible de les friser; que les Espagnols eux-mêmes ne voulaient pas porter des draps fabriqués avec leurs laines, et qu'ils se refusaient à les recevoir en payement 3 .
Avec la décadence de la draperie, commencèrent les fraudes qui déjouèrent la sévérité de la répression 4 , et détruisirent
1 Reg. Aert Vander Goes, ad ami. 4531.
3 M. Kervvn de Lettenhove, 1. c, 86. — Bruges possédait, à l'exclusion des autres villes des Pays-Bas, le privilège du commerce des laines d'Espagne. Anvers ayant demandé, dans le commencement du xvi e siècle, rétablissement d'un consulat espagnol, il s'ensuivit entre ces deux villes d'interminables discussions, qui tournèrent au détriment de la dernière. Nieuwe groene Boeck bb. , cité par M. Gachard, Notice sur les Archives de Bruges.
3 Reg. Aert Van der Goes, ad ann. 4534.
4 « De Corneile Van Ghinterdaele, à cause que luy estant ung des gouverneurs de ladite drapperie, avoit transgressé les statuts et keures faitz sur le fait de ladite drapperie en vuellant vendre ung drap qui s'appelle ung rouge fil pour un drap qui se appelle ung noir fil, dont ceulx quy l'eussent acheté eussent esté trompez et abusez, et pour ce que ledit Corneille estoit aultrement renomé homme de bien, icelluy prins en grâce, à la requeste des gens de bien, et composé, avant jugement, à la somme de lx livres par —De Jehan Cammaert, drappier, à cause qu'il n'a voit point baillé à ung drap de laine la largeur qu'il devoit avoir, icelluy prins en grâce et composé à la somme de xxxvj livres. » Compte d'Etienne de Liedekerke, précité, de 4526 (n° 43568), f°iiij *>.
l'ancienne réputation des draps de la Flandre et du Brabant. On essaya alors de quelques innovations. Le 10 août 1540, par exemple, les habitants de Bruges furent autorisés « à replanir, fouler, teindre, tondre et autrement apprêter les draps d'Angleterre l ; » mais ce palliatif fut inefficace. Les émigrations religieuses portèrent le dernier coup à cette industrie : elle disparut des provinces où elle avait été si puissante, qu'on l'y avait toujours vue intimement liée à leurs destinées politiques 2 .
La sayetterie occupait aussi un grand nombre d'ouvriers; mais elle reçut de graves atteintes des mesures prohibitives de la France qui, pour favoriser les fabriques établies à Amiens, ferma ses frontières aux produits du Brabant, de la Flandre et de l'Artois 3 .
Les tapisseries de haute lisse de l'Artois, de la Flandre, du Brabant, du Hainaut, déjà renommées au xm e siècle, conservaient leur grande réputation. Les manufactures de Louvain, de Bruxelles, d'Anvers, de Bruges, d'Audenaerde, d'Alost, d'Enghien, de Binche, d'Ath, de Lille, de Tournai, d'Yprcs 4 ,
1 Archives de la ville de Gand. M. Gachard, Notice sur ces Archives.
a Suivant une relation écrite en 1554 , c'étaient Lille, Commines, Courtrai et autres^ lieux environnants qui étaient alors les localités les plus renommées pour les draps [Monuments de la diplomatie vénitienne, 1. c, 64). Toutefois, les comptes de recette des droits d'exportation (n 08 23357 et suiv.) indiquent en plus grande quantité les draps de Malines, de Lierre, de Duffel, de Louvain, de Bruxelles, de Flandre, d'Ypres et d'Armentières.
3 Lettre des maïeur et échevins d'Arras à Marie de Hongrie, du 23 novembre 4537. M. Gachard, Anal, hist., 1. c, VII, 439.
4 Ordonnance, statut et édit sur le fait et conduite du stil et mestiers des tapissiers, 46 mai 4544. Plac. de Flandre, I, 640-625. — Ces localités sont également citées dans un édit de Philippe H, ordonnant à tous ses sujets exerçant cette industrie et habitant une localité où il n'y avait pas de corporation de tapissiers organisée, de se faire inscrire dans celle d'une de ces villes et d'en observer les statuts. Histoire de Bruxelles, II, 584 . — Suivant la relation de
de Saint-Trond \ « les magnifiques tapisseries avec figures qu'on fabriquait en Brabant surtout 2 , » étaient particulièrement estimées. Marguerite d'Autriche favorisa beaucoup cette industrie. Sous son administration, on répara toutes les tapisseries qui ornaient le palais de Bruxelles : « la tapisserie de Gédéon 3 ; sept pièces de la destruction de Troyes; trois pièces du pape, à or; six pièces de l'histoire d'Annibal; cinq pièces de la bataille de Roosbeck ; sept pièces de l'histoire du roy Clovis ; trois grandes pièces du roy Galaffré; deux pièces, à or, des douze pairs de France ; une pièce, à or, de la Nativité de Notre Seigneur; une pièce, à or, de sainte Anne; trois pièces de saint Jehan l'évangéliste ; trois grandes pièces, à or, de l'histoire de Lievin Gaim; une pièce, à or, de la fontaine de Jouvence; trois pièces de plaisance faites de volerie et de chasse; une pièce, à or, de l'histoire d'Octavius; une pièce, à or, du trespas de Notre Dame; deux pièces, à or, de Godefroy de Bouillon ; une autre pièce, à or, de Charlemagne ; deux pièces des neuf preux ; cinq grandes pièces de l'Apocalypse; deux pièces de Boucquillon; trois pièces, à or, nommées les tapis d'honneur; deux pièces de chapelle, à or; deux pièces de bocquaige; un chiel de volerie; deux pièches, à or, des sept péchiés mortels; une grande pièce de l'histoire de
l'ambassadeur vénitien, Marin Cavalli, écrite en 4554, Bruxelles, Audenaerde et Enghien étaient alors spécialement renommées pour leurs tapisseries.
« Trois fardeaux de tapisseries de Tournay et d'Audenaerde. » Compte, du 400 e denier (n° 23357), f> vj « v *°.
« clxx aulnes de tapisserie d'Audenaerde et d'Ypres, grosse, valissant xij livres xv sols de gros. » /6id., f° iiij c iiij " ij.
1 « xxiiij pièches de tapisserie de Sain trT rond, tenans iij c xx aulnes, à vj sols gros l'aulne. » Ibid., f° iiij c lxv.
* Relation de V. Quirini, 1. c, 64 .
* « Aux tapissiers qui refaisoient la tapisserie de Gédèon , mil livres. » — Ibid. vj « livres. Comptes de J. Micault, de 4529 et 4530 (n° 4887).
Consambrin; deux vieilles pièces de bestes sauvaiges, etc. ' » Cette princesse acheta, en outre, beaucoup de nouvelles tapis - a séries, et prouva plus d'une fois le vif intérêt qu elle portait à cette branche d'industrie.
Les tapisseries étaient les présents les plus estimés, tant en Belgique qu'à l'étranger. Ainsi, celles qui furent offertes au pape par François I er , sortaient des manufactures de la Flandre 2 . Ce prince en acheta d'autres pour lui-même 3 , et fit exécuter en Belgique les Batailles de Scipion d'après Jules Romain (22 pièces). Son successeur y commanda les Triomphes du vainqueur d'Annibal, par le même artiste 4 . On sait aussi que les belles tapisseries exposées à Rome, durant l'octave de la Fête-Dieu, sortirent des manufactures de Bruxelles 5 . Cependant, dès lors, cette brillante industrie penchait aussi vers son déclin.
1 « A Pierquin Dervine, Pierre Van Hoppoven, Franchois Hoen et Jehan Van der Brugghe, tapissiers, la somme de quatre cent quarante quatre livres six sols neuf deniers dudit pris , que , par le commandement et ordonnance d'iceulx seigneurs et de madite dame, ledit receveur général leur a baillé et délivré comptant pour semblable somme, à quoi a appointié aveceulx tant pour leurs paines et sallaires d'avoir restouppé et remis à point plusieurs pièces de tapisseries et aultres parties estans en la chambre de la tapisserie de mondit seigneur, lesquelles estoient trouvées gastées et rompues, comme pour l'or, soye, leyne. kanevats, reuban, et autres parties par eulx délivrées et déboursées à ladite cause, dont la déclaration desdites pièces et parties s'en suit, assavoir : sept pièces de la destruction de Troyes » Compte de J. Micault, de 4540 (n° 4880).
3 M. Kervyn de Lettenhove, 1. c, 86.
3 « A Melchior Bailif, marchant de Bruxelles, pour son paiement de cinq pièces de tapisseries à or et soye, esquelles sont figurées cinq aages du monde, contenant ensemble quatre vingt huit aulnes trois quarts, que le roy a luimôme acheptées dudit Bailif et d'icelle fait pris et marché à xxv solz l'aune, 4775 livres. » Extraits des comptes de dépenses de François I er . Archives curieuses de la France, 4 re série, III, 96.
* M. Arthur Dinaux, Tapisseries de Flandre. Arch. hist. et litt. du nord de la France, ÏV.
5 Vasari, 1. c. — Fot'rau sujet de ces tapisseries : les Artistes étrangers en Belgique, par M. Pinchart. Revue universelle des arts, Vif, 387.
Considérant que « depuis certaines années , les tapissiers et marchands de tapisseries, cherchant plus leur singulier profit et commodité que la perfection de l'ouvrage, s'étoient avancés, sous ombre de lui donner lustre, d'y colorer et peindre choses non faites ou duement ouvrées au fonds de ladite tapisserie, » et comme « icelle œuvre de tapisserie étoit une des plus renommées et principales industries des Pays-Bas, en laquelle, non plus qu'en aucune autre, il falloit user de fraude ou déception, » Charles-Quint, par un édit du 16 mai 1544 1 , rappela les dispositions interdisant la fabrication des tapisseries, à tous maîtres ouvriers ou autres qui ne seraient point établis dans une des villes privilégiées à cet effet , n'y seraient pas légalement inscrits, ou n'y auraient pas la qualité de bourgeois, par naissance ou par achat. Il imposa aux ouvriers se présentant pour entrer dans le métier, un apprentissage de trois ans; aux apprentis, un terme d'essai de six semaines. Ce règlement détermina la conduite des maîtres envers leurs ouvriers et leurs apprentis, ainsi que les devoirs et les charges de ces derniers ; le genre de travail spécial à chacun; les matières premières à employer; la manière d'exécuter « les têtes, nez, yeux, bouches de personnages, et semblables se profilant et ouvrant au fond de la tapisserie. » L'entrepôt des tapisseries fut établi à Anvers et à Berg-op- Zoom, sous la direction de courtiers assermentés. Il fut prescrit aux doyens et jurés du métier de visiter les maisons des ouvriers et des apprentis, et les fabriques dont les chefs seraient soupçonnés de contrevenir aux règlements, avec injonction de saisir les objets frauduleusement confectionnés. Enfin, chaque maître dut estampiller d'une marque distinc-
1 Plac. de Flandre, 1, 640-625.
tive les produits de ses ateliers. Mais ces estampilles furent bientôt imitées par des contrefacteurs étrangers, « afin, porte un édit des archiducs Albert et Isabelle, de vendre leurs tapisseries, comme si elles avoient été des meilleures et des plus coûteuses l . » Il paraît aussi que les ouvriers étaient devenus assez rares pour que les fabricants en vinssent à l'embauchage 2 .
La teinturerie avait éprouvé le contre-coup de la décadence de la draperie : elle déclinait rapidement malgré les efforts tentés pour la soutenir. On vit le magistrat de Malines s'engager à payer 100 couronnes d'or à un teinturier d'écarlate venu d'Italie, pour qu'il enseignât son art à un maître de cette ville, nommé Jean de Cuyper 3 . En 1537, il ne restait plus à Bruxelles de teinturiers en bleu, et il fallut, afin d'en ramener un, qu'à la demande des nations, le magistrat Jui assurât un subside annuel de 600 florins. De plus, il fut défendu de faire teindre hors de la ville les étoffes qui y étaient manufacturées (23 mai 1538). D'autres octrois de ce genre se succédèrent sans relever l'industrie languissante 4 .
L'industrie linière, au contraire, n'avait rien perdu de son activité. « Liée intimement au sol qu'elle fertilisait, elle puisait dans l'agriculture, et l'agriculture puisait en elle un
' Histoire de Bruxelles, H, 580-584 . *
* « Averti que aucuns marchans d'Anvers ou de Bruxelles se seroient avancez de vouloir suborner et faire partir du service de Guillaume de Pannemaeker, qui a en mains les ouvraiges des tapisseries de la conqueste de Tunis, aucuns siens serviteurs et ouvriers, vous requérans y donner tel ordre et provision que lesdits ouvriers puissent continuer en leursdits ouvraiges, et lès subornans, en cas qu'ils ne se déportent de leurdite subornation, estre pugniz et chastiez ainsi qu'il conviendra. » Lettres du 47 mars 1554. Lettres des seigneurs, III, f°40.
3 Azevedo, ad ann 4527.
* Histoire de Bruxelles, II, 577, note 4 .
mutuel eV réciproque appui. Le même toit abritait la charrue et le métier du cultivateur devenu tisserand. Pendant les longues veillées de l'hiver, la moisson de l'été se métamorphosait, sous les mains qui l'avaient recueillie, en trésors mercantiles : la femme même, assise à son rouet,, concourait, par son adresse, à assurer la richesse, la paix et l'abondance dans le foyer domestique. La Flandre sera riche, disait Charles-Quint, tant que l'on n'aura pas coupé le pouce de ses fileuses ! . » Cependant, c'était la Hollande qui était alors particulièrement renommée pour « les toiles extrêmement fines et belles qui s'y faisaient abondamment 2 . » Les batistes , les cambrais, les linons, dont la fabrication, introduite à Nivelles, vers le commencement du xm e siècle, s'était étendue dans les autres villes du Brabant et dans la Flandre; ces belles et fines toiles qui avaient donné à leurs fabricants de fabuleuses fortunes; ces damasseries 3 qui avaient atteint un haut degré
1 M. Kervyn de Lettenhove, 1. c, VI, 87.
a Relations de V. Quirini, 4506, et de M. Cavalli, 4554. — « A Henry Van den Bossche, demourant à Bruxelles, pour l aulnes de fine toile de Hollande, pour en faire chemises à l'empereur, à xxv sols l'aulne. » Revenus et dépenses de Charles-Quint, 4520-4530, f° ij c iiij " xviij *°.
3 Menin surtout était renommée pour la fabrication des nappes et des serviettes. Relation de Marin Cavalli. — « Pour xx aulnes de serviettes damassées pour en essuier les mains de l'empereur le matin, xxiiij livres. » Revenus et dépenses de Charles-Quint, 4520-4530, !° ij e iiij m xviij v°. — « A Jacques de Hoochbosch, tisserand de nappes, à Malines, pour l'étoffe et façon d'une grande nappe, à xxiiij aulnes de long et iiij un quart aulnes de large, servant pour la table dudit seigneur empereur, en laquelle il y avoit au milieu les armes d'icelluy empereur, de l'ung costé saint Adrien, et de l'autre costé saint Jacques avec quatre fusilz et la devise plus oultre es quatre pointes, et cinquante armes de chevaliers de l'ordre, selon que au dernier chapitre tenu à Barcelonne, ils estoient chacun en ung parcquet fait à l'antique avec l'ordre à l'en tour ladite devise plus oullre, dessoubz icelles armes, assavoir : celles des roix couronnés ; celles des ducz avec chappeaulx de duc ; celles des comtes avec le chapelet des comtes; les autres avec ceyntures ou laz; — et aussy trois douzaines
de perfection, étaient un objet de grande importance, et occupaient des milliers d'ouvriers dans les villes et dans les campagnes.
Bruxelles était renommée pour ses coutils, et cette branche d'industrie employait un grand nombre de bras, lorsqu'une mesure intempestive faillit la ruiner. En 1529, les tisserands en lin obtinrent une ordonnance excluant des manufactures les artisans étrangers à la commune : cette interdiction réduisit de moitié le nombre des ouvriers en coutils, et diminua la fabrication dans la même proportion. Néanmoins, il conste d'une réclamation de fabricants de coutils, qu'en 1541, ils avaient fourni de l'ouvrage à 2,500 personnes, tant maîtres et ouvriers du métier, que blanchisseurs, séranceurs, teinturiers, etc., et que leurs produits étaient exportés en plusieurs pays '. Il résulte d'une ordonnance du 29 mars 1552, frappant d'un droit extraordinaire les toiles tissées dans les couvents et dans le béguinage de Malines, que les maisons religieuses en fabriquaient une grande quantité 2 .
Le fin lin produit en Belgique, fournissait le fil délicat employé à ces dentelles devenues célèbres sous le nom de Bruxelles, de Malines, de Valenciennes. Il n'est fait mention
de serviettes, en longueur chacune serviette de deux aulnes, et en largeur de quatre quartiers, et en chacune d'icelles y a les pleines armes dudit seigneur empereur deux fois avec le collier de la Thoison d'or allentour, qui sont l'une contre l'autre, afin que quant l'on s'en serviroit à table les armes fussent toujours droites devant et derrière, mil v « livres. » Compte de J. Micault (n°4887), de 4529, art. Dépenses. — « Pour xx aulnes de bien bonnes et exquises nappes de damas de iij aulnes de large, et trois douzaines de serviettes de même estouffe, que madite dame a .prises et achetées pour ledit prix de h livres. » Compte de J . de Marnix (n° 4803), f° ij e . — « Item, pour demi douzaine de serviettes pour essuyer les mains, xxj sols. » Ibid. (n° 4798), f° ix xx .
' Histoire de Bruxelles, II, 581 .
a Azevedo.
de cette manufacture qu'à la fin du xv e siècle; mais elle était si répandue dans le siècle suivant, qu'en 1580 ou 1585 on la représentait comme une des occupations communes de la vie humaine '. En 1543, elle figure en assez grande quantité dans les exportations.
Parmi les autres produits qui, suivant l'expression d un historien, attiraient dans les Pays-Bas l'or des Indes, se trouvait en première ligne la fabrication des cuirs dorés et à figures, généralement appelés cuirs d'Espagne. Cette manufacture, qui prit naissance , paraît-il , à Malines , fut perfectionnée dans le xv e siècle; ces cuirs recherchés avec empressement par l'étranger, servaient tout à la fois à de riches tentures et à garnir des meubles de longue durée. On voit Charles-Quint en offrir à la mère de François I er 2 .
Les Namurois avaient porté très- loin l'art de la tannerie; ils fournissaient des cuirs à toutes les provinces, à la France et à différents autres pays 3 .
1 Histoire de Bruxelles, II, 304 , note 2
2 « A ung charreton de Malines, qui, sur son chariot attelé de iiij chevaulx, a mené de Malines à Paris la tapisserie de cuyr d'Espagne , que l'empereur a envoyé à la mère du roy de France, xxx livres. » Revenus et dépenses de Charles-Quint, 4520-4530, f° ij c iiij " vj v°.
« Ung pacquet de cuirs de Malines, contenant cxl cuirs, à iij sols la pièche. — Encores ung pacquet de cuirs de Malines, contenant cxl cuirs, à iij sols iiij deniers la pièche. — Ung aultre pacquet, contenant c et xij cuirs de Malines, audit pris de iij sols iiij deniers. — Encores ung aultre pacquet, contenant cent cuirs de Malines, à iij sols viij deniers. — Ung pacquet, contenant cxx cuirs de Malines, à iij sols ix deniers la pièche. » Compte du 400« denier (n° 23357), f° iiij c lxx v°.
3 Ibid. — Le Mayeur, 1. c, note 89 du en. II. — Une peau de bœuf coûtait environ 2 florins de Brabant, et un. sac d'écorces 45 sous 6 deniers. « Van Janne De Grève, huydevettere, voer iiij sacken scorssen, elcken sack te xv 4/2 st. vj deniers gros. >• Comptes des recettes et dépenses de l'hôpital Saint-Pierre, 4520-4524 . — « ij osse vellen, xvij st. vj d. » Ibid. — ij osse vellen, iiij g. ix st. » Ibid.
Quelques villes des Pays-Bas, entre autres Courtrai \ Tournai, Lille 2 , exportaient beaucoup de merceries. On sait que les merciers avaient le privilège de vendre des denrées et une foule d'objets confectionnés, notamment des épiceries, des vins doux, tels que Fhypocras, le Malvoisie, des poteries, des armes, des arcs, des coffres, des chapeaux, des boutons, des couleurs, des ouvrages d'osier, des objets façonnés au tour, du papier, des verroteries, des jouets, etc., qui sont aujourd'hui dans le domaine d'autres spécialités commerciales 3 .
Une ordonnance du 10 octobre 1550 montre les Pays-Bas encore tributaires de l'étranger pour le papier; or, sous le règne de Charles-Quint, il commença à remplacer dans les actes publics le parchemin, qu'il avait supplanté déjà dans les actes privés et pour la correspondance. Des marchands important « grande quantité de papier blanc qu'ils disoient bon et léal pour escrire à un et à deux costez, et la plupart desdits papiers estant faulx et contrefaicts, portent marques des papiers qui précédemment étoient trouvés bons, et étant telz qu'on ne pouvoit bonnement escrire à deux costez lettre lisible, » cette ordonnance interdit, « au grand intérêt de la chose publique, » l'entrée des papiers dont les deux faces ne prendraient pas bien l'écriture; en outre, elle enjoignit de retirer du commerce, dans les six semaines, tous papiers de l'espèce, sous peine d'un réal d'or d'amende par rame, et de privation perpétuelle de la faculté de vendre ou débiter du
1 Voir les comptes du \ 00 e denier, précités, et le compte de Georges de Ronck, receveur général de West-Flandre (n° 2976), aux Archives du royaume.
" « Quatre tonneaux de mercerie de Tournay. » Compte du 400 e denier (n° 23358), f° eviij v<». « Ung tonneau de mercerie de Tournay, ij c iiij x * xv livres de gros. » Ibid. (n* 23357), f° vj • xxij v<>. « Un pacquet de mercherie de Tournay et de Lille. » Ibid. ( n« 23358), f° viij » liij ™.
3 Histoire de Bruxelles, II, 576.
papier « bon ou mauvais l . » Cependant on fabriquait aussi du papier dans le pays; on trouve entre autres, une papeterie établie à Linkenbeek lez-Bruxelles 2 , et le papier figure même en grande quantité dans les exportations. Le papier à écrire se vendait 1 sou six deniers la main; 15 à 24 sous la rame 3 ; le papier gris environ 2 sous 6 deniers la rame 4 . Pour les dessins et les plans on se servait de « papier lombard, » coûtant H sous la main, et plus généralement encore de parchemin 5 . Les plumes d'oie qui étaient préparées, paraît-il, en Hollande, coûtaient 1 florin 16 sous le millier 6 .
Les nombreuses exportations d'instruments de musique, et le témoignage de Guicciardin démontrent que les Belges brillaient déjà dans cette branche d'industrie. Parmi les fabricants
1 Plac. de Flandre, I, 606.
* Anecdola Bruxellensia. Manuscrit précité. —M. A. Wauters, Histoire des environs de Bruxelles, III, 339.
3 « Item, betaelt voor iij boecken papiers, ix 4/2 deniers gros. » Comptes de l'hôpital Saint-Pierre, 4547-4548. — « Item, aen ij boecken papiers, vj d. gr. » Ibid.. 4549-4520. — « Item, ij boecken papiers, vj d. gros. » Ibid., 4520-4524.
— « Item, ij boecken papiers, ij 4/2 st. » Ibid., 4549-4550. — « Item, v boecken schryfpapier, vij st. 4 oort. » Ibid., 4550-4554. — « Pour une main de papier pour escripre la minute et double de son compte, xviij deniers. * Compte du 400 e denier (n° 23357), f° vj « iiij m. — « ciiij xx viij rames de papier, de la valeur ensemble de xxiij livres gros. » Ibid., f° ij ° iiij " ij vU . — « Deux rames de papier, valissans ensemble viij sols de gros. » Ibid. (n° 23357), f° iiij c xiiij. — « lx rames de papier, valissant vij livres x sols gros. » Ibid., f° iiij e xvij v u . «Cent rames de papier, valissans xij livres x sols de gros. » Ibid., f» iiij «xxvij ▼*>.
* « iiij c rames de papier gris, valissant ix livres de gros. » Ibid., f° ij c xx.
— « lj rames de papier gris, valissant xxj sols viij deniers gros. » Ibid., f° ij e lxxij vo.
5 Voir les comptes produits par M. L. De Villers, Mémoire précité.
6 « Pour ung tonneau de plumes à escripre, contenant chacun tonneau lx milliers, au pris de vj sols gros le millier, monte à lxxij livres de gros. » Compte du 400 e denier (n° 23357), f° vj e lxviij. — « Cent milliers de plumes de Hollande, à vj sols gros le millier. » Ibid. (u° 23358), f* viij c lxij.
d'instruments de cette époque, on cite : Marc Moers, organiste à Lierre, à qui fut acheté en 1508, pour le prix de 31 livres, 8 sous, « ung manicor, pour le déduit et passe-temps de monseigneur l'archiduc; » — Antoine Mors, à Anvers, qui fournit, à ce prince, en 1514, une paire d'orgues « pour s'en servir à son très-noble plaisir en sa chapelle ! ; » et « un petit positif, aussi pour mettre en sadite chapelle. 2 » Il fit encore, en 1515, « un claincordium » pour Éléonore; en 1516, de nouvelles orgues pour la chapelle de la cour, et restaura, en 1529, celles de la chapelle de Marguerite; — Jean Crinon, de Mons, qui se rendit à Bruxelles, en 1536, « pour montrer à la cour plusieurs instrumens d'orghes, » répara, en 1538, celles du palais, et exécuta celui de Sainte- Waudru, placé en 1545 3 ; — Etienne Lethman, qui livra à Charles-Quint, en 1539, « ung grand et ung petit posityfz; 4 ; » — Nicolas Vanderryt, « raccoutreur » des orgues de Marie de Hongrie 5 . Depuis Charles le Téméraire, la fabrication des armes avait pris une extension considérable. Les armuriers de Bruxelles avaient acquis une grande renommée, surtout pour la fabrication des cuirasses; on les disait à l'épreuve des flèches 6 , et leurs brigandines, leurs cottes de mailles, leurs épées, trouvaient de tels débouchés, que ce métier possédait plusieurs
1 M. Pinchart, Archives des arts.
a « A maistre Anthoine Mors , faiseur d'orgues , demourant à Anvers , pour ung petit positif que l'empereur a fait prendre de luy pour mettre en sa chapelle, payé en l'an xv e xx, vij xx livres. » Revenus et dépenses de Charles-Quint, \ 52(M 530, f° ij e iiij *x x »°.
3 M. L. De Villers, Mémoire précité, 45. — J. Crinon était aussi horloger. Ibid., 46.
* M. Pinchart, 1. c. — 5 M. Gachard, 1. c.
6 Histoire de Bruxelles, I, 463. — Christoval de Cal vête , Viaje del Principe, f° 89. — Goicciardin — de Reiffenberg, Mémoire sur l'industrie et le commerce de la Belgique au xv e et au xvr 3 siècle.
moulins à eau dits slypmolen, employés uniquement à aiguiser les armes *. La fonderie de canons de Malines reçut d'utiles développements, comme le prouvent les nombreuses commandes de l'étranger, principalement de l'Angleterre 2 et du Portugal 3 , et les importantes modifications apportées dans l'artillerie, sous le règne de Charles-Quint, qui tira de cette fonderie la plupart de ses engins de guerre 4 .
Guicciardin exalte le talent des lapidaires des Pays-Bas, et Ton ne vante pas moins les ouvrages sortis des mains de leurs orfèvres et de leurs ciseleurs 5 .
• Histoire de Bruxelles, 1. c. — On n'a guère de données indiquant d'une manière bien précise le prix des armes à cette époque, et les extraits que nous donnons ci-dessous n'en peuvent présenter qu'une simple idée. « De sôme van drie ponden vier schellingen groon vlaems. voor den coop van twee dousyne hallebarden. » Compte de l'administration de l'artillerie et des munitions de guerre des vaisseaux équipés pour la délivrance de Copenhague, en 4536, f° xxxiij v° (n° 26406), aux Archives du royaume. — « De sôme van sessentwintich ponden ses schellingen groon vlaems; te wettene dexiij ponden vj st. viij groon vlaems voor den coop van twintich manharnasch te voete, tôt xiij st. iiij groon elck harnasch gestoffert als dat behoirde; noch xxx st. groon vlaems voer een harnasch te voete voor den persoon van mynheere den admirael ; noCh voor een gorgeryn met silveren gespen voer mynen voorschreven heere, iiij pond, xiij st. iiij groon ; noch voer twee slachsweerden, tôt dry gouden guidens stuck, facit xxviij st. groon; noch voer een pertizane vergult voor myn voorschreve heere, xx st. groon. ; noch voor acht hooft harnasch, ten pryse van x st. groon stuck, facit iiij p. groon; ende noch voor acht bamere, daer toe dienende tôt zes stuvers stuck, facit viij st. groon. » Ibid., f° xxxiij ▼". — Voir pour le prix des canons, t. III, page 444.
9 Voir t. III, page 440.
3 « Pour avoir chargé vers Portugal viij pièches d'artillerie de fer, valissans ensemble xiiij livres de gros. » Compte du 400 e denier (n° 23357), f° iij • xxxiij ▼•. — « Pour avoir cbargié vers Lisbonne xvij c iiij m x boulletz de fer, valissant ensemble lx livres de gros. » Ibid., f° ij c iiij ** xv. — « Pour avoir cbargié vers Lisbonne cincq petites pièches d'artillerye de la valeur de xv livres de gros. » Ibid. (n° 23358), f° iiij c 1.
* Voir chapitre X. — 5 Voir p. 98. — Voir l'édit sur les orfèvres, du 43 avril \ 554 . Plac. de Flandre, I, 802.
Les coperies de Dinant, si renommée pour ses marchandises de cuivre jaune qu'elles en avaient reçu le nom de Dinanderie 1 , et celles de Bouvignes qui leur faisaient concurrence 2 , constituaient d'importants objets d'exportation 3 . L'établissement des forges dans le comté de Namur était très-ancien, et les maîtres des forges ou ferrons avaient obtenu de nombreux privilèges des anciens souverains de ce pays. Ils avaient une cour particulière composée d'un maïeur et de plusieurs jurés pris dans leur corps 4 ; elle connaissait de toutes les difficultés relatives à cette industrie et des contestations s'élevant entre les ouvriers et les forgerons 6 . Le bois de vastes forêts alimentait les forges 6 , et une grande activité régnait dans les
1 Dict. de Trévoux, au mot Dinanderie.
9 « Pour avoir chargié six milliers de cbauldrons de Dînant, valissans ensemble ix c iiij » vij livres de gros. » Compte du 400 e denier (n° 23357), f° vj c lxxvj v°. — « Pour xj e viij livres de chauldrons et iiij chauffrettes. » Ibid., fo V j e ixviij. — « Pour ij m ij e livres de chauldrons, tant de Dinant comme de Bouvignes, à xv livres x sols gros chacun, cent livres. » Ib id., f° vj e Ixviij v°. — « Encoires iij e livres de chandeliers, à xj livres le cent. — Item, pour iiij douzaines de reschauffoirs, à xiiij sols gros la pair. — v e livres de pelles de fer, à v livres x sols de gros le cent. » Ibid., f° vj c Ixxix.
9 « Item, une chaudière, deux chauderons, ung pot de fer, ung bassin, deux pintes d'estain, deux platz, six esquelles un pot à eauw, deux linseaulx, une nappe, cincq serviettes, iij francs. «Compte de Baudouin de Barbanson, seigneur de Villemont, gouverneur de la terre et seigneurie de Florenville, prévôt et gruyerde Chiny et Étalle, de 4529-4530, f° ij (n° 43278), aux Archives du royaume.
* L'élection du maïeur et des jurés avait lieu annuellement et était suivie d'un banquet, où les ferrons établissaient entre eux une taxe proportionnelle à payer à ce sujet au domaine, qui ne percevait rien lorsqu'il n'y avait pas eu de banquet. Ainsi, en 4543, il ne fut rien payé, dit le compte de Nicolas Rifflart (n° 3284 , aux Archives du royaume), f° xliij. parce que le dîner des ferrons n'avait pas eu lieu.
5 Galliot, Histoire de Namur, III, 9-40. — Comptes de N. Rifflart, de J. Stercke, receveurs du comté de Namur (n M 3284 et suiv. ).
6 On sait qu'on ne forgeait pas alors avec le charbon de terre.
fabriques de fer de ce comté, auxquelles la Meuse ouvrait une communication facile avec la France et les provinces du nord. Elles l'emportaient alors sur celles du Hainaut l ; mais les forges de la principauté de Liège étaient regardées comme les premières du monde. On disait en proverbe que les Liégeois avaient trois choses uniques : du pain meilleur que le pain, du fer plus dur que le fer, du feu plus ardent que le feu (allusion à la qualité du -charbon) 2 .
Les Namurois tiraient de la Bretagne les pierres propres à couler le cuivre et la calamine qu'ils fournissaient à une grande partie de la France 3 . Le Limbourg avait une source de richesse dans la calamine que ses industrieux habitants mettaient en œuvre avec une grande habileté 4 .
Le sentiment du beau qui se révéla à cette époque dans les constructions des particuliers, comme dans les monuments érigés par les communes et par le souverain, se produisit aussi dans les ameublements. On n'avait pas encore abaissé l'art au niveau du métier, et les arts industriels avaient reçu un vif essor des progrès des arts libéraux. L'influence de ces derniers est manifeste dans ces dressoirs, ces buffets, ces prie-Dieu, ces bahuts, si recherchés encore aujourd'hui en dépit de nos goûts mesquins et de notre luxe économique,
1 Shaw, 1. c.
a M. Moke, 1. c, 36*.
3 Le Mayeur, note 357.
4 « Dans le xvi e siècle, les ouvriers de ce duché employés à tirer le métal de la mine et à le raffiner, étaient si nombreux et si bien disciplinés, il y avait un tel ordre dans leurs ouvrages, que les environs de la montagne offraient l'image d'une république régulière et bien gouvernée. Les troubles de religion engagèrent beaucoup d'ouvriers à quitter leur demeure au bas du mont Calamine, et à se retirer dans les terres voisines d'Allemagne, où ils ne furent point troublés dans leur culte religieux. Là ils continuèrent d'épurer le métal qu'on leur apportait delà montagne. » Shaw, 1. c, 62-63.
Les exportations de meubles étaient considérables, et l'étranger se fournissait en Belgique de lits, d'armoires, de garde-robes, de comptoirs, etc. \ Bien que différents auteurs soient portés à attribuer aux Belges l'usage des premières horloges, il ne paraît pas qu'au xvi c siècle les ateliers d'horlogerie fussent communs en Belgique ; on ne trouvait même pas d'horlogers dans toutes les grandes villes 2 .
Les matériaux le plus généralement employés alors dans les constructions étaient les grès de Béthune, de Mons, de Douai; les pierres blanches dites parpoints de Lille, de Valenciennes, de Lezenne, et les pierres bleues d'Écaussines, de Merville ; les grandes pierres dites vaulsoirs de Lille ; les moellons, la chaux et la cendrée de Tournai; les orduins taillés et les schorres de Flandre; les briques de divers lieux 3 . Ce tut Marie de Hongrie, dit-on, qui trouva le secret de polir les pierres bleues des riches carrières d'Àrquennes et de Feluy 4 .
' « Ung lict de champ, valissant xxx sols gros. » Compte du 400 e denier (n° 23357), f° iiij e xxvij. — « Trois armoires, valissans ensemble xxx vj sols viij deniers de gros. » Ibid., f° ij c iiij m iij »°. — « Une armoire, valissant xx sols gros. » Ibid., (• ij c iiij « xiiij. — « Une garderobbe, valissant xxv sols gros. — Un lit de champ, de la valçur de xxiij sols iiij deniers gros. » Ibid., f° ij c lxxix *°. — « Un comptoir valissant xij livres de gros. » Ibid., f° iij c lj.
3 « A Roelandt, de Malines, orlogeur, demourant à Gandt, lequel le capitaine avoit fait venir dudit Gandt à l'Escluse, pareeque à Bruges l'on ne povoit ûner de maistre pour remectre à point l'orloge dudit chasteau, par marché fait tant pour estre venu côme pour besoingnier et s'en retourner, y comprins le sallaire du messagier qui Fala querre, xij livres patards. » Compte de Nicaise Hanneron, précité (n° 2744 ), de 4506, f° vij xx X v.
3 Comptes de la construction du château de Gand. Archives du royaume. — M. Gachard, Appendice a la Relation des troubles de Gand. — M. L. De Villers, 1. c, 49, 20, 24, etc.
4 Marc Van Waernewyck, Historié van llelgis, 4574.
Déjà sur la pente d'une décadence que la concurrence des Hollandais rendit rapide, la pêche formait cependant encore une branche importante du commerce de la Flandre. C'est un Flamand, Guillaume Beukels de Biervliet, qui inventa l'art de conserver les harengs (1416), et les avantages résultant de cette préparation valurent à ses compatriotes un monopole qu'ils ne surent malheureusement pas conserver. Dès le commencement du xvi e siècle, les Hollandais en fournissaient la Flandre \ Ils avaient multiplié leurs établissements en Scanie et poussé leurs flottilles jusque sur les côtes orientales des îles Britanniques, en particulier sur les fonds d'Yarmouth, où la harengaison est encore aujourd'hui des plus considérables. Depuis que le traité de 1498 avait mis un terme aux vexations des Anglais et donné aux pêcheurs des Pays-Bas le droit de pêcher librement partout, l'esprit d'entreprise s'était développé si rapidement qu'on vit 600 à 700 navires de pêche faire jusqu'à trois voyages par an et rapporter chaque fois de riches cargaisons, dont on évalue la valeur totale à 1,470,000 florins d'or (environ 30,870,000 fr.). Cette extension de la pêche donna de nouveaux développements à la puissance navale; les villes des Pays-Bas ne reculèrent devant aucun sacrifice pour protéger leurs pêcheurs, et, en 1547, la seule ville d'Enckhuysen, où s'étaient fixés les plus habiles apprêteurs de harengs, arma huit vaisseaux pour escorter et surveiller ses bases. Six ans plus tard, la même ville comptait vingt bâtiments de guerre, dont les frais d'armement étaient prélevés sur les produits de la pêche, et qui avaient mission de protéger les 140 barques envoyées à la poursuite
' « Droit de deux sols 6 deniers sur chaque last de harengs cacques , venant en Flandre. » Comptes de Lievin Lyns et de N. Hanneron, précités (n°« 2740 et TIW).
des harengs \ Il conste, d'une convention conclue le 8 février 1519 entre le magistrat d'Anvers et celui de Matines, que ces deux villes avaient leurs bateaux de pêche qui approvisionnaient le Brabant de poisson salé \ Aux termes de l'ordonnance du 29 janvier 1549, les bateaux de pêche devaient être armés : la buse d'une demi-coulevrine, d'un, deux ou trois petits canons à mitraille, 5 à 6 harpons, de piques ou d'arquebuses, et les autres bateaux d'un double canon, de 4 arquebuses et de 8 piques 3 . Charles-Quint encouragea et protégea spécialement la pêche , dont les produits approvisionnaient la France, l'Espagne, l'Allemagne et jusqu'à l'Angleterre et l'Italie, où les pécheurs des Pays-Bas trouvaient un excellent débit de poisson salé, harengs et saumon 4 .
A Damme, à l'Écluse, à Ostende \ à Nieuport 6 , le caquage employait encore un grand nombre de tonneliers, à en juger par les comptes de la recette du brandgheldt, droit de 2 escalins
'M A. de Quatrefages, les Animaux utiles. Revue des Deux Mondes, 4849.
— Le Petit. — Guicciardin.
a Azevedo, ad ann. 45-19.
3 Plac. de Flandre, I, 360-374.
* Ce prince, qui accompagna, dit-on, sa sœur Marie de Hongrie dans sa visite à la tombe de Guillaume Beukels, se faisait envoyer en Espagne des harengs et d'autres poissons des Pays-Bas — « A Hubrecht Chretians, marchant de harens, demourant à. Ostende, et à la veuve Banelare, marchande de beurre, résidant à Bruges, pour deux lasts de harens cacques, deux lasts de harens sorets, et trente cuvelles de beurre, prins et achetés d'eux pour envoyer à l'empereur en Espaigne, vij c livres. » Compte de J. Micault, de 4524 (n« 4884).
— Ses édits des 28 août 4545, 9 août 4534; 26 juillet 4535, 49 mars 4539, 9 juillet et 30 septembre 4545, prouvent, du reste, toute l'importance qu'il attachait à cette précieuse industrie. P lac. de Flandre, I, 346 et suiv. — Groot PlacacU boeck van Holland, I, 684.
5 Comptes du droit de 2 sols 6 deniers de gros, mon. de Flandre, sur chaque last de harengs caques arrivant à Damme, l'Écluse et Ostende, pour 4536 et 4537 (n°« 23346 et 23347), aux Archives du royaume.
6 Mêmes comptes de ce droit payé à Nieuport (n os 23322 et -23323). Ibid.
parisis levé sur chaque nouveau last de douze tonneaux à harengs qu'ils fabriquaient. Ainsi, du 5 avril 1528 à la Saint- Jean-Baptiste 1529, ce droit produisit à Ostende 204 livres 4 sous 1 1 deniers gros de Flandre pour 2,042 lasts 6 tonneaux, soit 24,510 tonneaux \ A Nieuport le droit de 2 sous 6 deniers gros de Flandre qui se prélevait sur chaque last de 12 tonneaux de harengs importés, produisit 49 1, 9 s. de gros en 1543; 51 1. 11 s. 6 d., en 1544; 99 1. 16 s. 10 d., en 1545 ; 1 U 1. 5 s. 6 d., en 1546 ; et le brandghelt : 45 s. 4 d., en 1544; 42 s. 10 d., en 1545; 66 s. en 1546 \
Jusqu'au xvi e siècle la Belgique resta tributaire de l'étranger pour ses bières de bonne qualité : outre la Jopen, la Rostock 3 , la momme, la jupenbier, la smalbmt, la dorstlande, etc., qui lui venaient du Nord 4 , les autres bières que lui envoyaient l'Irlande , Lubeck , Brème et les villes de la Baltique 5 , on y importait en grande quantité la keute ou . keyte de Hollande 6 , la cervoise de Delft 7 , la bière de Frise 8 , la grouwe bière et la cleene bière d'Allemagne 9 , la cervoise de
1 Comptes du droit de 6 deniers gros, monnaie de Flandre; sur chaque last de harengs caques arrivant à Ostende (n° $33-15), aux Archives du royaume.
a Compte de Jean de Greboval, commis à la recette du brandghelt (n° 23323). lbid.
3 Le Petit, VIII, 454.
4 Comptes d'Anvers, de 4525 à 4552, cités par M. Kreglinger, 1. c.
5 lbid. — Comptes du domaine aux Archives du royaume. — « De quatre deniers parisis que icelluy sieur prend sur chacun lot de vin, et ij sols parisis sur chacun tonneau de chervoise, tant d' Al mai g ne, d'Embourg, de Hollande, comme d'autres cervoises brassées au pays de Flandre. » Compte de Lievin Lyns, précité (n° 2740), f° xxx.
6 Compte de la recette de 4 sols 5 deniers sur la cervoise étrangère en la ville de Nieuport (n° 23493), et compte de la « collectation du hoppenbier de Nieuport » (n° 23494) aux Archives du royaume.
7 Comptes du centième denier, précités. — 8 lbid.
9 Compte de la recette du droit sur la cervoise, à Nieuport (n° 23492), aux Archives du royaume.
Hambourg \ taie 2 et d'autres bières anglaises 3 . Elle ne produisait guère que de petites bières, telles que la bière rouge, la bière noire, la cuyte de Bruxelles, la uxieghbaert, la bière de houblon dite hoppe, etc. Ces deux dernières étaient des bières blanches qui se brassaient, la première en mêlant 5 setiers de froment, 11 setiers d'avoine et 18, aimes d'eau ; la seconde avec moins de grain et 23 aimes d'eau \ La crainte de manquer de grains portait souvent les magistrats des villes 5 , et quelquefois même le gouvernement 6 , à interdire la fabrication des bières fortes ; on entravait ainsi le développement de cette industrie, au profit de l'étranger, qui trouvait un immense débouché dans nos provinces et y maintenait la supériorité de ses produits. En 1535 encore, lors de la rupture avec le Danemark , Corneille de Scheppere écrivait à l'évêque de» Culm : « Ce qui nous afflige, c'est que, par suite de la fermeture de la mer, nous serons privés de vos excellentes bières 7 . » Cependant, les démêlés des Pays-Bas avec les villes de la Hanse et de fréquentes interruptions du commerce avec Te Nord augmentèrent le nombre de brasseries, et y amenèrent de notables améliorations. Il en résulta bientôt une forte diminution dans les importations 8 , et,
• Comptes du 4 00 e denier.
a Compte de la « collectation du hoppenbier, » précité.
' Comptes du 400 e denier.
^ Histoire de Bruxelles, 1, 464.
5 « A ladite trompette, pour avoir publié et fait deffendre qu'on ne brassasse point de la meilleure cervoise que d'un lyart le pot. » Compte de J. Van den Daele, précité (n° 45667), de 4548, f° viij.
6 Ordonnances des 49 août 4522, 23 septembre 4534, 20 mai 4546. Plac. de Flandre, I, 633, 639, 648.
7 Lettre du 6 décembre 4535. M. Altmeyer, Histoire des relations comm., 336, 337.
8 Voir les comptes de L. Lynset N. Hanneron, précités.
dès 1543, on vit la Belgique exporter ses bières en grande quantité dans les pays rhénans, en France, en Portugal, en Espagne \ Il paraît même, que Charles-Quint, qui aimait beaucoup cette boisson, voulut en introduire la fabrication dans ce dernier pays ; il y fit transporter à cet effet du houblon et des ustensiles de brasserie 2 .
Les Villes s'empressèrent de favoriser, par tous les moyens 3 , une industrie destinée à devenir Tune des sources les plus fécondes de leurs revenus. Elles triplèrent les droits sur les bières étrangères 4 , et la plupart défendirent rétablissement de cabarets et de brasseries dans un rayon d'une lieue ou d'une demi-lieue au moins de leurs murs 5 . L'amélioration des produits du pays en augmenta la consommation; la cour même renonça aux bières étrangères 6 . En 1584 déjà, la fabrication de nouvelles bières avait relégué au dernier rang la cuyte de Bruxelles 7 ; elle constituait alors avec la Mars et la hoppe, des bières de ménage 8 . Vers la même époque,
on trouve citées avec éloges lès bières de Malines, de Hou-
1 Voir les comptes du 4 00 e denier.
a « A Aert Jaecx, hostedu Dragon, à Malines, pour dix thonneaux de vin de Rin, qui fut envoyé, en aoûst xxv, à l'empereur, et pour du hoblon et ustensilles pour brasser, vj c lxxviij livres xvij sols vj deniers. — A Jehan Moens, brasseur, demourant à Bruxelles, pour dix balles de hoblon et aucuns ustensilles servans à brasser envoyez en Espagne, en décembre xxvj, lxxvij livres ij sols. » Revenus et dépenses de Charles-Quint, f° ij c iiij m ix *°.
3 « Audit an (4537) fut accordé par l'empereur, à la requestedu magistrat de la ville de Mons, d'érigier la chaussée de Bertaymont à Hyon, et ce pour les aysomens des brasseurs. A raison de quoy ladite ville fraya pour cest ouvrage six vingt livres. » Vinchant, V, 240.
4 Ordonn. du magistrat de Malines, du 29 mars 4552. Azeveoo.
5 Voir surtout les comptes de la Flandre.
6 Voir page 342, note 3.
7 Histoire de Bruxelles, I, 425, note 2, et II, 586.
8 Voir page 342, note 2.
gaerde ' , de Zout-Leeuw et de Londerzeel 2 ; la keulte de Tournai 3 ; la cervoise de Bruxelles, qu'affectionnait Marguerite d'Autriche 4 ; la clauwaert de Gand 5 . On mentionne encore la knol, la double knol, la kuyte, Yhoochsel et le poorters hoochsel, fortes bières d'Anvers 6 ; la tmeghebaers, la mars bier, la bière double, et la Brugsche keyte de Bruges 7 . Caes bières pourtant étaient loin encore sans doute de posséder les qualités de Yuytzet de Gand, du faro si cher aux Bruxellois, de leur vineux lambik, de la célèbre peterman de Louvain, puisque l'étranger, le Français surtout, qui aujourd'hui tient nos boissons en assez grande estime, ne prisait guère celles que les Pays-Bas produisaient au xvi e siècle. « Arrivâmes en la cité de Cambrai, dit le Bourguignon Féry de Guyon, là où nous fûmes fort bien traittés, sauf que l'on nous apporta à table de la cervoise, dont fûmes bien esbahis, et moy des premiers, en goustant une si piteuse liqueur 8 . » Plus tard il ne professa plus le même mépris pour cette boisson.
Quant au prix des bières, il variait à l'infini : il y en avait à 3 deniers le pot; 7 florins 10 sous l'aime; 1 florin 6 sous 8 deniers; 2 florins H sous 3 deniers; 9 florins 12 sous;
1 Compte d'Anvers, de 4539, cité par M. Kreglinger, 1. c, et l'octroi de 4522. a Azevedo. — La pleckbier, de Malines, coûtait 8 escalins le tonneau. Ibid.
3 Voir l'octroi du 40 décembre 4522, réglant la police des brasseries de cette ville.
4 « Au charreton qui meyne la cervoise de Bruxelles, pour madite dame partout où elle va, ij carolus. » Compte de J. de Marnix (n° 4805), f° c. — Cet article est répété dans tous les comptes.
5 Cort Verhael, lv.
6 Comptes d'Anvers, de 4539, cités par M. Kreglinger, Notice précitée.
7 Comptes de Bruges, de 4545 à 4555, cités par MM. P. Bogaerts et V. Deljoutte, Notice historique sur les impôts communaux de Bruges.
8 Mémoires précités, ad ann. 45k), 77.
18 florins et 18 florins 12 sous le tonneau '. À Bruxelles, la bière de mars se payait 1 florin S sous 9 deniers l'aime ; la cuyte 1 florin 3 sous; la koppe 8 sous 9 deniers 2 ; la bonne cervoise de Malines coûtait 6 florins le tonneau 3 ; la cervoise de Delft, 6 florins, 7 florins 4 sous et 7 florins 10 sous le tonneau 4 ; la bjère de Frise 24 et même 42 florins la demitonne 5 ; la cervoise de Hambourg 24 et 30 florins la tonne 6 ; la bière d'Angleterre 72 sous le quartaut 7 .
* « Ung demy tonneau de bière, de la valeur de j livre xij sols de gros. » Compte du 400 e denier (n° 23358), f° iiij " j. — « Deux demy tonneaulx de bière, valissant iij livres de gros. » Ibid., f° iiij x* x. — « Ung demy tonneau de bière, de la valeur de j livre xj sols de gros. » Ibid., f° ij c xiiij *>. — a Quatre tonneaux de bière, ensemble de la valeur de j livre xiij sols iiij deniers gros. » Ibid., f° ij c xxvij v°. — « xviij tonnes de bière, valissans la somme de iiij livres de gros. » Ibid., f° ij e lxx. — « x c potz de bière, valissans xxxvj sols gros. » Ibid., f° iij e xxij *°. — « Deux aimes de bière, valissans ij livres x sols de gros. » Ibid., f° v c xl.
* « Item, aen ij wynvaten om mertsbier op te tonnen, ij st. gros. » Comptes de l'hôpital Saint-Pierre, 4549— 1620. — « Voer 4/2 ame meertsbiers, iij st. ijd. gr. vj m. » Ibid., 4520-4524. — Voer j ame cuyte, xxiij st. »> Ibid., 4549-4550.
— « Item, aen hoppe binnen desen jaere gedroncken, xj gr. » Ibid., 4550-4554 .
— « Voer xviij amenhoppen, viij gr. » Ibid., 4554-4552.
•' a A Jberosme Van Basroe, brasseur, résident à Malines, la somme de sept livres du prix avant-dit, pour sept tonneaux de cervoise, pour la despense desfilles d'honneur et aultres demoiselles de madite feue dame. » Compte de la veuve et des hoirs de J. deMarnix, f° ij c v v« (no 4832).
4 « Douze tonneaulx de servoise de Delft, valissans ensemble xij livres de gros. — xxx tonnes de servoise de Delft, xxxvj livres de gros. — viij tonnes de servoise de Delft, x livres de gros. — vj tonnes de servoise de Delft, vj livres de gros. — xxv tonnes de servoise de Delft, xxx livres de gros. » Compte du 400« denier (n° 23358), f° vij c xxiij.
* « Une demy tonne de bière de Frize, iiij livres de gros. » Ibid., f° ix c xxix.
— « v demy tonnes de bière de Frize, xxxv livres de gros. » Ibid., f° ix c xxxvj. ti « Une tonne de servoise de Hambourg, iiij livres de gros. » lbid. t f° vj e
iiij « xviij. — « iiij tonnes de servoise de Hambourch, xx livres de gros. » Ibid., f° vj c iiij " xix *°.
7 « Ung quarteau bière d'Angleterre, valissans xij sols gros. » Ibid., f° ciiij ** xij v°.
Les vins constituaient une partie importante du commerce, et devenaient, de différentes manières, une branche productive de revenus pour le souverain \ De nombreux documents prouvent l'existence de vignobles dans la plupart de nos provinces. « On trouve dans les villes 2 et dans les villages des Pays-Bas, dit Guicciardin, des vignes de diverses espèces 3 ; mais peu dans les champs. Le climat ne leur est guère favorable; cependant aux environs de Louvain et de Namur, dans quelques parties du Luxembourg et du pays de Liège, on les cultive avec succès. Le vin qu'elles produisent est rude et verdelet, parce que le raisin ne peut venir en pleine maturité. » Toute l'Europe connaissait le vignoble de Louvain, où les vignerons étaient si nombreux que, sous le règne de Maximilien, ils y allumèrent mainte sédition 4 . « Au xv e siècle, les ducs de Bourgogne avaient aux environs de cette ville un vignoble dont le produit était servi sur leur table avec celui des crus de Bruxelles, d'Aerschot, etc. Ce n'est pas pourtant
' « De deux deniers parisis que l'empereur a droit de prendre sur chacun lot de vin, vendu à broche durant la franche feste de Courtrai » Compte de P. de Greboval, précité (n° 2743), f° lxvij. — « Des courtiers de vin de Rin au Dam, pour une pipe de vin qu'ils doibvent chacun an à l'empereur, à cause du courtaigeillecq. » Ibid., f° xxvij ▼<>. — « De deux deniers parisis que l'empereur a droit de prendre sur chacun lot de vin vendu durant la franche fête d'Audenaerde, qui est chacun an à la Saint-Remi, trois jours devant la feste, trois jours la fête durant, et trois jours après. » Ibid., f° ]j. — « De deux deniers parisis, que l'empereur prent sur chacun lot de vin vendu la franche feste de Neufport, durant es cinq jours d'icelle. » Compte de G. de Ronck, précité (n* 2976), f°xvij. Etc.
3 Juan Christoval de Cal vête de Estrella , qui accompagna Philippe dans les Pays-Bas en 4549, dit que Louvain renfermait dans ses murs des vignobles et des champs. — Voir aussi Y Histoire de Bruxelles.
3 M. A. Wauters, dans son beau travail sur les environs de Bruxelles, a signalé cette particularité que dans la plupart des villages il existe ou a existé des lieux appelés den Wyngaert. I, xvi, note 3.
4 M. V. Deham, Notice sur les anciens impôts de la ville de Louvain.
que ces souverains ne .pussent se procurer d'autres vins, car Bruges avait alors l'entrepôt de ceux de France pour le Nord ; d'ailleurs, les ducs de Bourgogne possédaient encore d'autres vignobles que ceux de Louvain ; seulement cette circonstance montre combien on estimait alors ces derniers '. » La vendange dans la franchise de Louvain donna, en 1552, 1,999 aimes 2 ; en 1553, elle fut plus considérable encore 3 , et en 1554, elle produisit 1,506 aimes 4 .
Indépendamment du vignoble cultivé pour les besoins de sa table, le souverain en avait d'autres à Louvain, qui étaient donnés à ferme 5 . Il en possédait aussi à Namur 6 , et jusque dans le parc de Bruxelles, se trouvait un clos fournissant un vin préparé « à la mode de ceux de Bourgogne 7 . » Cette dernière
' Schayes. Messager des sciences historiques, 1833, 485.
' « Quittance de v c iiij " xix livres accordée à ceux de la ville de Louvain, touchant l'impôt qu'ilz doibvent de xix c iiij " xix aimes de landtwyn creu à l'entour de ladite ville. » 3 janvier 1553. Registre aux dépêches et mandements des finances (n° 20742), aux Archives du royaume.
i « Mandement de finances pour faire payer par le receveur des aydes de Brabànt aux bourgmestres et eschevins de Louvain, la somme de xiiij c livres xvj sols vj deniers, et ce pour l'impôt de leur lantwyn qu'ils ont payé pour les années lij et Iiij. » 24 janvier 4554. Ibid. (n° 20743).
* « Quittance de iiij e Ij livres xvj sols, accordée aux bourgmestre, eschevins et conseil de la ville de Louvain, qu'ilz doibvent à cause de xv « vj aimes de landtwin creu en la franchise dudit Louvain. » 34 août 4555. Ibid.
5 « Quittance de xlv livres xvij sols vj deniers, pour les fermiers des vignobles de l'empereur à Louvain, à quoy montent les trois quars de leur ferme. » 28 janvier 4543. Ibid. (n° 20736).
8 «< Quittance pour Martin le Bidart, de la somme de iiij e mailles de xvj sols pièce, et en tant moings qu'il doibt de reste, à cause de la ferme des vignobles de l'empereur à Namur. » 45 février 4 554 . Ibid. (n° 20744 ).
7 « A ung Bourguignon, serviteur de maître Pierre Boisot, maistre de la chambre des comptes à Bruxelles, la somme de six livres, dont madame luy a fait don en faveur de la paine qu'il a prins à avoir fait les vins du vinoble du parc estant derrière l'hostel de l'empereur audit Bruxelles, à la mode de ceux de Bourgoingne. » Compte de J. de Marnix, de 4525 (n°4804 ).
COMMERCE. - INDUSTRIE - AGRICULTURE. 3t3
ville et ses faubourgs, notamment Saint-Josse-ten-Noode, avaient des vignobles assez renommés ! ; on voit figurer dans les revenus du couvent de Saint-Pierre la vente de ces produits 2 . A Anvers, les habitante étaient affranchis de tout droit sur les vins provenant de leurs crus et destinés à leur consommation 3 . On cite encore le vin de Buley récolté sur la montagne de ce nom, près de la porte de la Plante, à Namur \ et le vin de Saint-Brice, à Tournai 5 .
En 1539, la vendange des vignobles d'Aerschot fut si abondante qu'on vendait la chopine de vin un liard. La récolte de l'année suivante présenta des résultats non moins heureux ; le vin blanc surtout était d'une excellente qualité; mais en 1542, 1543 et 1544, un journal de terre produisit à peine une chopine, dont le prix monta à 2 \ sols. Dans le village de Langdorp et ses environs , l'abbaye de Sainte-Gertrude à Louvain recueillait quelquefois en une seule année 1 ,800 aimes de vin 6 .
Les vins du pays servaient à la consommation intérieure ; on n'en exportait guère que dans le Nord 7 . L'étendue de ce commerce avait de bonne heure donné naissance à des fraudes, et, déjà à la fin du xiv e siècle, il avait fallu comminer des peines terribles contre les marchands qui frelataient le vin en y mêlant de la couperose, du mercure, de la cala-
1 Histoire de Bruxelles, I, 464.
* Comptes précités, ann. 4520-4524 . — Voir page 250, note 4.
3 M. Kreglinger, l. c, 452, note 7. — Un compte de 4539, de la ville d'Anvers, mentionne 24 aimes du cru des bourgeois de cette ville exportées et pour lesquelles il fut payé un patard depondtgeld par aime.
4 M. Dan do y, Notice sur les anciens octrois de la ville de Namur.
5 M. Hennebert, Notice sur l'octroi communal de la ville de Tournai
6 Extrait d'un Manuscrit appartenant aux archives d'Aerschot. Messager des sciences historiques, 4843, 397.
7 Comptes du 400 e denier. — Guicciardin.
raine : le coupable était brûlé-vif sur le tonneau renfermant la liqueur V Les vins étrangers étaient vendus au marché par des facteurs jurés ou courtiers nommés par les magistrats municipaux et surveillés par des inspecteurs. Ils dégustaient les vins et en ordonnaient la confiscation, s'ils n'étaient pas de la qualité indiquée par le vendeur. Les règlements interdisaient au marchand de mettre dans la même cave des vins d'espèces différentes, et aux facteurs de vendre à la fois du vin de France et du vin du Rhin ou d'Espagne. L'Allemagne fournissait beaucoup de vins à la Belgique, et celui du Rhin était un objet de luxe offert, dans les solennités, aux souverains et aux grands personnages. La France en importait en moins grande quantité 2 . Ce fut seulement vers le milieu du règne de Charles-Quint que l'usage des crus d'Espagne et de Portugal se répandit en Belgique ; ils y détrônèrent sans doute Thippocras, espèce de liqueur qu'on fabriquait avec du vin ordinaire, du miel, des épiceries et des aromates.
Il en était du prix des vins, comme de celui des bières : on en trouve à 32, 36, 48 florins l'aime 3 ; à 22 florins la pièce; à 16, 30, 40, 60 florins la pipe 4 . Le vin d'Aerschot nommé
• Ordonnance du 47 juin 4384. Histoire de Bruxelles, I, 464.
a « xl livres pour vins de France. » Compte de J. de Marnix (n° 1800) ,f° ij c .
3 « A Jehan Gilles, hoste de l'Escluse, marchand de vin résidant à Bruxelles, la somme de xlviij livres, en faveur d'une aime demye et ung setier de vin, au pris de ix livres l'aime; une pièche de vin, contenant quatre aimes, au prix de xij livres. l'aime. » Compte de la veuve et des hoirs de J. de Marnix, f° ij « j. — « La somme de xvij livres x sols, pour l'achat d'ung ponçon de vin rouge. » Ibid., f°ij c ij.
4 « Une pièche de vin, valissans iij livres vij sols de gros. » Compte du 400 e denier (n° 23357), f° v « xiiij v<>. — « iij pipes de vin, valissans viij livres de gros. » ïbid., f° cxxiiij »°. — « i jJj pipes de vin, de la valeur de xl livres de gros. » Ibid. f° cix. — « A cause de une pipe de vin valissant vj livres xiij sols iiij deniers gros. » Ibid., f° Ixxiij *•. — « Une pipe de vin, v livres de gros. • Ibid. (n° 23358), f° iiij c lv.
Landolium valait 8 florins laime l ; — le vin dit vin bâtard, qui s'exportait en grande quantité 2 , H à 12 florins l'aime; 29, 30, 35, 36 florins la pipe; 66 florins le tonneau 3 ; — le vin doux, 30 florins l'aime 4 ; — le vin aigre, 44 sous l'aime * ;
— le vin sec, 24 florins la pipe 6 ; — le vin aigre sec, 18 florins la pipe 7 ; — le vin rouge, 72 florins le muid 8 ;
— le vin de Bourgogne, rarement mentionné, 144 florins la pièce 9 ; — le vin de Romagne, qui était fort en vogue, 240 florins la pièce 10 ; — le vin de Malvoisie..., 1! ; — le vin
■ Manuscrit des archives d'Aerschot, précité. a Comptes du 400 e denier.
3 « Six tonneaux de vin bastard, à xj livres de gros chacun. » lbid. (n° 23357), f° v c xxij. — * xvij aimes de vin bastard, valissans la somme de xxxij livres de gros. » lbid. (n° 23358), f° ij c lxxvij ▼". — « Deux pipes de vin bastard, valissans xj livres xvj sols de gros. » lbid., f° ex. — « iij pipes de vin bastard , valissans ensemble xv livres de gros. » lbid., f° ciiij « vij y °. — « ij pipes de vin bastard, valissans x livres de gros. » lbid., f° ij c iij. — « iiij pipes de vin bastard, valissant ensemble xix livres x sols de gros. » lbid., f° ciiij « viij *°. — « Quatre pipes de vin bastard, xxiiij livres de gros. » lbid., f° iiij e v.
4 « Une aime de vin doux, v livres gros. » lbid., f° v e lxxiiij.
5 « Une demi aime de vin aigre, iij sols viij deniers gros. » lbid., f° ij e xxxij.
6 • Six pipes de vin secq, ensemble xxiiij livres de gros. » lbid., t° ij ° xx vij v °.
7 « Dix pipes d'aigre vin secq, ensemble xxx livres de gros. » lbid., f» iiij c xlv.
8 « Quattre pièches de vin rouge, contenant vij muydz et demy, à xij livres gros le muyd. » lbid., f° ix c xxxvj v<\ — « Une pièche de vin rouge, xviij livres de gros. » lbid. — « Une pièche de vin rouge, xxiiij livres gros. » lbid., f° ix c xxx viij v °. — « Une pièche de vin rouge, xxiiij livres gros. » lbid., f° ix e xxx viij *°. — « iij pièches de vin rouge au prix de xxiiij livres gros la pièche, lxxij livres gros. » lbid., f° ix c xl.
» « Une demy pièche de vin de Bourgogne, xij livres de gros. » lbid., f° ix c xxxvij *°.
,o « Une pièche de vin Romagne, xl livres de gros. » lbid., f° ix c xxxix. " « Une aime de vin de Malvoisie. » lbid. (n° 23357), f° ci.
du Rhin, 6 et 7 sous la gelte, 18 florins l'aime, 78 et 84 florins le muid '; — le vin d'Espagne, 11 florins le baril, 74 florins la pipe, 72 et 90 florins le muid 2 .
On usait encore comme boisson de l'hydromel qui se vendait 2 sous le pot wallon ou la pinte de Bruxelles 3 ; du cidre qui coûtait 8 à 9 florins le baril 4 ; du verjus qui se payait 6 florins le tonnelet 5 .
1 « Item, voor viij gelten Rynswyns, elcke gelte te vj stuvers. — Item, voor x gelten Rynswyns, elcke gelte te v stuvers. » Comptes de l'hôpital Saint-Pierre, 4547-4518. — « xj gelten Rynswyns, te vij st. de gelte, iij g. xvij st. — xiij 4/2 gelten wyns, te vij st. de gelte. » Ibid., 4550-4554. — « xj ghelten Rynswyns voer de mamboiren, iij g. xvij st. — « Deux aimes et demi de vin de Rin, ensemble vij livres x sols de gros. » Compte du 400 e denier (n° 23358), f« iij c xliij *°. — « Deux pièches de vin de Rin, contenans vij muyds, au prix de xiij livres de gros le muyd. » Ibid., (° ix « xliiij v °. — « Deux pièches de vin de Rin, contenans vj muydz, au prix de xi iij livres de gros le muyd. » Ibid., f° ix c xlvj. — « Une pièchede vin de Rin, contenant iij muyds et demy, audit prix de xiij livres de gros le muyd. » Ibid , f° ix c xlvj *°." — « Une pièche de vin de Rin, contenant vj muydz, au prix de xiij livres gros le muyd. » Ibid., f° ix e xl v °. — « Une pièche de vin de Rin^ contenant ix muydz, à xiiij livres gros le muyd. » Ibid., f° xlj.
» « Deux petites pièches de vin d'Espaigne, contenans iij muydz au pris de xij livres de gros le muyd. — Deux pièces de vin d'Espaigne, contenans cincq muydz, audit prix de xij livres gros le muyd. » Ibid., f° ix c xliiij. — « Deux pièces de vin d'Espaigne, contenans vj muyds, au prix de xij livres gros le muyd. » Ibid., f° ix c xlviij v°. — « Deux pièches devin d'Espaingne, vallissant lxxij livres de gros. » Ibid», f° ix e xxxiiij. — « Deux pièches de vin d'Espaigne, contenant v muyds, au prix de xij livres de gros le muyd. » Ibid., f° ix c xxxv v °. — « iij pièches de vin d'Espaigne, contenant vij muyds etdemy, au prix de xv livres gros le muyd. » Ibid., f° ix c xxxix. — « Ung baril de vin d'Espaigne, valissant xxxvj sols viij deniers de gros. » Ibid., f° iiij c lxv v0 . — « Deux pipes de vin d'Espaigne, valissant la somme de xij livres vj sols viij deniers gros. » Ibid. (n° 23357), f? iiij« vj.
3 « Item, eenen waelpot meedts, vj deniers gros. » Comptes de l'hôpital Saint-Pierre, 4520-4524 . — Le pot wallon équivalait à une pinte ou 4/2 pot de Bruxelles.
4 « Et quarante ùng barilz de sidre, valissant ensemble la somme de lx livres de gros. » Compte du 400* denier (n° 23357), f° v c lxv.
5 « Un tonnelet de verdjuz, valissant xx sols de gros. » Ibid., f° iiij « xvij.
Outre les avantages matériels, d'importantes conséquences découlèrent de la révolution commerciale qui marqua la fin du xv e siècle : rétablissement des bourses de commerce se multiplia ; les voies de communication s'améliorèrent ; la piraterie fut réprimée ; d'anciennes coutumes indignes de peuples entrés dans l'ère de la civilisation, disparurent; la législation reçut des modifications et des développements inhérents au nouvel état des choses ! .«En 153!, s'éleva la Bourse d'Anvers, qui servit de modèle aux autres nations 2 . « C'était, dit Guicciardin, la plus belle de l'Europe, avec ses quatre grandes portes, ses galeries remplies de boutiques où s* vendaient les riches merceries et où les peintres exposaient leurs tableaux 3 . » Après son achèvement, les affaires de banque, à Anvers, ne se traitèrent plus ailleurs (règlement du 17 octobre 1538, renouvelé et complété en 1543). Les Anglais seuls continuèrent à se réunir à la Bourse anglaise, bâtiment qu'ils avaient fait construire, en 1515, pour leur usage particulier. Quant aux négociants des autres nations et de la ville, ils
' « In 't selve jaer, den 44 july, begonst meo te graven, aen de nieuwe Borse, om te fonderen in de langhe Nieuwstraet. Antw. Chron., 33.
1 On sait qu'elle donna à Thomas Gresham, chef des marchands anglais établis en cette ville, où il passa une grande partie de sa vie, l'idée de l'Exchange de Londres, nommée originairement Bri tains Bourse, qu'il éleva à ses frais en 1566, et qui fut incendiée un siècle après (4666).
3 Ce beau monument, qu'un incendie a détruit dans la nuit du 3 au 4 août 4858, fut bâti, dit-on, près d'une vieille maison décorée des armoiries d'une famille noble, ayant pour supporte trois bourses et nommée les Bourses, d'où vint la dénomination du bâtiment consacré aux affaires de commerce et de banque. Guicciardin.
Un écrivain allemand, Busch, rapporte cette circonstance en l'attribuant à tort à la bourse d'Amsterdam, bâtie de 4 608 à 4643. — Suivant quelques auteurs, le nom de Bourse vient de celui d'une famille noble de Bruges, Van der Beurse, dont la maison servait, en 4530, aux réunions des négociants. L'existence antérieure de la Bourse anglaise renverse ces diverses suppositions.
s assemblèrent à la nouvelle bourse, le matin, à onze, et, l'après-dînée, à six heures; les Hanséates s'y rendaient en cortège, musique en tête. On y voyait parfois réunis jusqu'à 8,000 marchands, courtiers, capitaines de navire, etc. On y entendait parler toutes les langues ; tous les costumes y figuraient. « En un mot, dit Daniel Roger, de Wittenberg, c'était un petit monde où étaient représentées toutes les contrées de la terre. » Chaque nation avait sa place particulière : les Italiens et les Espagnols se tenaient à droite ; les Français et les habitants des Pays-Bas à gauche; les Allemands et les Oosterlings du côté de l'entrée ; la partie la plus reculée de ce splendide local était réservée aux Hollandais , aux Bourguignons et aux nations du Nord ; enfin plus tard les Anglais en occupèrent le centre \
Le transit avait nécessité de bonne heure la construction de grandes voies de communication, et la Belgique en était sillonnée; la principale était l'ancienne chaussée romaine, de Bavai à Tongres qui, sous le nom de grande chaussée, partait des frontières de France et s'étendait par Maestricht jusqu'à Aix-la-Chapelle, à travers les provinces de Hainaut, de Brabant, de Namur, et la principauté de Liège 2 . Un édit de 1527 prescrivit « d'entretenir les chemins en bon état, afin que les marchands avec leurs marchandises pussent commodément passer sans péril, et que les tonlieux de l'empereur ne fussent pas perdus 3 . » Les dispositions de cet édit furent renou-
' Les établissements de banque à Anvers au xvi e siècle, 1. c.
3 « Sur la chaussée qui maisne desdits pays (Hainaut, Brabant et Liège) à Trecht, Aix et ailleurs es Allemaignes. » Compte de J. de Berghes (n° 45204), f° xlvij *°.
Une autre chaussée romaine, de Bavai à Assche, se continuait, parait-il, par MerchtenvSteenhuffel et Londerzeel, vers le bas Escaut, auquel elle reliait l'Artois et le Hainaut. Voir M. Wauters, 1. c, II, 60.
3 Compte de J. de Berghes (n° 45205), f° xxiiij v°.
velées et étendues par deux ordonnances des 18 mai 1536 et 15 juin 1555 \ L'Escaut fut canalisé à Tournai, et la Haine jusqu'à ce fleuve 2 . On s'occupa des ports de mer, et l'exemple des Brugeois qui, en 1510, avaient rétabli les digues dû Zwartegat et fait sonder les eaux du Zwyn, trouva des imitateurs. En 1515, Charles-Quint répartit 10,754 livres entre les métiers de Bourbourg, Bergues, Fumes, Cassel, pour la réparation de leurs dunes et de leurs digues. A Ostende, dont le port était déjà menacé d'envasement, on construisit (1517) à l'extrémité-est du chenal, une écluse de chasse pour le curer en retenant les eaux à la marée haute et en les lâchant à la marée basse 3 .
Des édits du 29 janvier 1549, du 19 juillet 1551, tendants à diminuer les dangers de la navigation, établirent des règles très-étendues sur la construction des navires, le personnel des équipages, le poids de la cargaison, la quantité et la qualité des munitions de guerre à prendre à bord, l'instruction des marins. Ces édits, qui nous montrent les assurances maritimes établies déjà depuis assez longtemps, cherchent à réprimer les " fraudes auxquelles elles avaient donné lieu \ Suivant le premier, des marchands faisaient alors de fausses déclarations, pour obtenir de grosses assurances sur des navires qui étaient ensuite livrés aux pirates ou à l'ennemi. En conséquence, il fut interdit aux armateurs d'assurer plus des neuf dixièmes de la cargaison contre les écumeurs de mer; quant aux agrès, les polices d'assurance comprirent seulement : la quille, la cale,
1 Plac.de Flandre,!, 575.
• Vinchant, V, 255.
3 M. Belpaire, Notice historique sur la ville et le port d'Oslende, 1. c.
* Déjà en 13*0 on avait établi à Bruges une chambre d'assurances. M. Defacqz, 1. c, 93.
l'artillerie, la poudre, les boulets; aucun autre objet appartenant à l'équipage ne pouvait être assuré. Toute assurance de navires étrangers, ou de navires nationaux qui n'étaient pas armés, gréés, équipés de la manière prescrite, était de fait, nulle et sans valeur. Préludant à une mesure par laquelle Cromwell assura la puissance maritime de l'Angleterre, l'article 18 de Fédit de 1849 défendit, sous peine de confiscation et d'amende arbitraire, aux sujets et habitants des Pays-Bas, de eharger dorénavant des biens ou des marchandises, pour l'importation ou pour l'exportation, sur des navires étrangers; il n'était permis d'y recourir qu'en cas d'impossibilité constatée de se pourvoir de navires nationaux. Les armateurs et les capitaines s'engageaient à n'embarquer aucune marchandise de pays ennemis , à n'y transporter aucune marchandise des Pays-Bas ; des cautions garantissaient l'exécution de cet engagement \
L'existence des compagnies d'assurances sur la vie est également constatée par une requête adressée, en 1568, au duc d'Àlbe. Cette requête, émanant de marchands espagnols, établis à Anvers, parle de ces compagnies comme existant depuis plusieurs années, sans toutefois avoir été sanctionnées par l'autorité 2 .
Les pirates de la Frise et de la Gueldre furent exterminés; d'énergiques mesures continrent les corsaires écossais et français; Charles -Quint en personne attaqua dans leurs repaires les forbans de l'Afrique. Auparavant les « jetz de mer » étaient partagés par moitié entre le souverain et la personne
1 Placards de Flandre, I, 360-374 et 375-385. — Placards de Brabanl, 111,246
1 M. Gâcha Ri), Anal, bely., I, 476. — Voir le règlement du 20 janvier 4574, sur les assurances. Plac. de Flandre , II, 335.
qui les avait trouvés \ Développant le principe consigné dans le traité de 1493, une ordonnance du 10 décembre 1547 enjoignit à tous pêcheurs ou autres personnes qui trouveraient des épaves maritimes, d'en donner avis à l'autorité, dans les vingt-quatre heures. Ils étaient indemnisés de leurs frais et de leurs peines; mais à défaut de cette déclaration, on les considérait comme voleurs. La même ordonnance frappait de nullité tous contrats d'achat et de ventes d'épaves. Elles étaient restituées au propriétaire, s'il les réclamait dans l'année, après payement des frais de trouvaille et de conservation ; à l'expiration de ce terme, elles devenaient la propriété du souverain 2 .
Ces diverses ordonnances, lesédits de 1537, 1539 et 1541 sur les lettres de change, les billets à ordre, le courtage, les assurances, redit de 1544 « sur le fait et conduite du style et métier des tapissiers 3 , » prouvent une tendance marquée à transformer en lois les usages principaux du commerce , qui jusqu'alors n'avait guère eu de principes fixés par écrit 4 . Ces usages étaient empreints d'un esprit libéral. Ainsi, ils permettaient l'importation de toutes les marchandises étrangères, à la seule condition de n'user « ni de fraude, ni de tromperie. » Il n'y avait d'entraves à l'exportation que pour les chevaux de cavalerie, les juments, les céréales, les armes, les munitions de guerre, les métaux, dont les guerres faisaient assez fréquemment prohiber la sortie. Toutes les industries
1 « Autre recette des jez de mer, dont monseigneur prent la moitié et ceulx qui le treuvent l'autre moitié. » Compte des baillis de Biervliet (n° 13664), aux Archives du royaume.
a Plac. de Flandre, I. 357.
3 Plac. de Drabant, I, 509, 5f \ , 515, 516, 640.
* Voir M. Defacqz, 1. c, 92.
étaient du reste soumises à des redevances en nature , ayant une certaine analogie avec nos patentes *.
En Belgique on suivait les principes du droit canonique défendant, en opposition avec la loi romaine, le prêt à intérêt condamné par l'Êcriture-Sainte. Mais les capitaux étaient trop indispensables au commerce et à l'industrie, pour qu'on ne dérogeât pas à ces principes peu équitables; dès les temps les plus reculés, on trouve des tables de prêt établies en vertu d'octrois, qui étaient donnés ou retirés, suivant que le prince avait à ménager le commerce ou le clergé 2 . Aussi les mesures répressives restaient-elles sans effet, et redit du 9 avril 1511 3 n'eut-il aucun résultat. Beaucoup de villes avaient maintenu les tables de prêt, et elles reparurent bientôt dans la plupart des autres. Le souverain d'ailleurs était intéressé à la conservation de ces établissements des lombards, qui constituaient une source de revenus pour le domaine 4 . On ne tarda même
■ « Des merciers de la ville de Namur, qui doibvent fournir chacun an une livre de poivre à mondit seigneur. » Compte de N. Rifflart, de 4543 (n° 3284 ), f° xlij. — « Des eschoppes des merchiers à Courtray, qui doibvent chacun an audit seigneur empereur une livre de poivre au terme de la Saint-Jehan. Icy pour la Saint-Jehan, mil v c quarante ung, une livre de poivre rachaptée, comme es années précédentes, pour xx sols. » Compte de P. de Greboval, précité (n° 2743), f° xxvij. — « Des pescheurs en la Lys à Courtray, qui doibvent chacun an à l'empereur iij sols iiij deniers, à payera la Saint-Martin d'hiver. » Ibid., f° xxvij. — « Des chaudronniers de la ville de Courtray, qui doibvent chacun an audit seigneur empereur ung bassin, au terme de Pasques. Ledit bassin a esté rachapté comme es années précédentes pour xxiiij sols. » Ibid., f° xxvij. Etc.
a Fr. ZypjEls, Notitiajuris Belgici, l. iv, 58, § 3. — Préambule de ledit du 40 avril 4540, précité. — M. Del Màrmol, Le.
3 Voir chapitre XIX, page 224 .
4 « Des compaignons tenant table de prest en la ville d'Anvers, la somme de vj « xviij livres x sols, sur ce qu'ils povoient devoir au roy à cause de leur censive, du terme escheu à Pasques Tan mil cinq cent et six, vj ** xviij livres x sols. — Des compaignons tenant table de prest en la ville de Bruxelles, ij c
pas à comprendre qu'il importait de faire cesser à l'avenir toute inquiétude sur une question de cette importance, et de régler cette base des opérations commerciales.
En 1537, un nommé Parenti di Pogio ayant sollicité l'octroi de la table de prêt de Gand, Marie de Hongrie consulta le magistrat de cette ville, sur l'opportunité d'y rétablir les lombards; celui-ci s'adressa aux docteurs de Louvain, « pour sçavoyr si, par raison et conscience, il pouvoit conseiller de bailler ledit octroy, » et les théologiens de l'unfversité démontrèrent, dans dejjx consultations, qu'il était permis de tolérer les lombards, quasi conniventibus oculis. En conséquence, le 13 août 1538, l'octroi sollicité par Parenti di Pogio « et ses complices, » leur fut accordé, pour un terme de douze ans. L'intérêt fut réduit de 3 à 2 gros, par semaine, par livre de 240 gros; en revanche, Charles-Quint, « abolissant et mectant à néant les droits et prouffits annuels qui prins estoient du temps passé, » renonça à la perception de l'impôt immoral prélevé sur les usuriers. Mais dans l'entre-temps la municipalité
lviij livres. — Des compaignons de Hal, xxv livres. — Ibid. en la ville de Namur, iiij " xix livres. — Ibid. à Malines, viij " j livres. — Ibid. à Grammont, xlv livres. — Ibid. à Nivelles, xij livres. — Ibid. à Tirlemont, xij livres. » Compte du receveur général Simon Longin, précité (n° 4879), f°* 73-75. — « Le semblable pour le second terme échéant à la Saint-Remy. » Ibid., f M 76 et suiv.
« De la table des lombards en la ville de Mons , dont Von souloit prendre chacun an vingt-neuf livres de gros monnoie de Flandres. — De semblable table en la ville de Valenciennes , dont l'on souloit prendre soixante-douze livres de gros. — De semblable table en la ville d'Âth, dont Ton souloit prendre chacun an vingt livres de gros. — De semblable table en la ville de Hal, où l'on souloit aussy prendre vingt-neuf livres de gros. » Compte de J. de la Croix, précité (n° 34 99) , f° xlij v<>.
« Aultre recepte à cause du droit qui se lève et prend sur les lombards tenant table de prest au pays de Flandres, es villes de Gand, Hulst, Tenremonde, Audenaerde et Grammont. »> Compte de L. Lyns, précité (n° 2710), f° xlix v°. — « Du change de Neufport, qui souloit valoir xx sols p. par an. » Compte de N. Hanneron, précité (n° 2744 ), f° xxxv.
avait été changée et le nouveau magistrat ne partagea point l'avis de ses prédécesseurs; le 10 octobre 1538, il pria la reine de révoquer cet octroi : « les sermons que avoient faits et faisoient les prescheurs et religieux, à Gand, en blasmant les usures et tables de prest, » rendaient impossible, dit -il, rétablissement de Parenti di Pogio et de ses compagnons. Bien que la commune gantoise fût alors agitée par le refus de l'aide, et qu'il importât de n'y point jeter de nouveaux brandons de discorde, Marie de Hongrie repoussa cette réclamation. Qu'elles fussent dictées ou non par des conseillers acc&ssibles aux largesses des lombards \ ses raisons étaient d'une grande justesse.
La princesse rappela que les prédécesseurs des réclamants avaient accueilli la demande de Parenti, après avoir consulté les théologiens de Louvain et constaté le rétablissement des tables de prêt dans d'autres villes : à Bruxelles, Anvers, Louvain, Bois-le-Duc. Elle démontra que l'octroi tendait surtout à prévenir « les secrètes usures occasionnant de plus grands fraiz et despens aux povres gens. » — « Pour ce qui est, ajoutait-elle, de révocquer l'octroi soubz umbre des preschemens desdictz prescheurs de Gand, nous le trouvons estrange et chose scandaleuse, plus propre à produire indeues murmures contre les officiers de mon seigneur et frère et de vous, que le soulagement des povres subjectz. Ne se doibt tollerer, souffrir ni permectre auxdictz prescheurs de se mesler en leurs sermons publics des lettres et despêches des princes, pour eslever les simples subjectz à murmures et commotions; mais si leurs supérieurs veullent remonstrerà nous et aux loys des villes, où telles et semblables tables de
1 Boxhorn, 67, et Hoynck Van Papendrecht, cités par M. de Decker, 1. c.
prest se tiennent, les raisons pour lesquelles leur peult sembler qu'on les doibt abolir, il leur sera faict entendre les causes qui ont meu l'accord d'icelles tables de prest. En tout cas, que l'on abolisse ou que l'on maintienne les lombards officiels, les échevins devroient commencer par faire grosse punition et correction des secrets usuriers, que l'on dict estre partout en grand et gros nombre préjudiciables à la chose publicque '. » Cette réponse péremptoire leva toutes les difficultés, et les lombards furent rétablis.
Plus tard, les quatre membres de Flandre se plaignirent d'abus qui s'étaient glissés dans l'établissement de Parenti di Pogio, et demandèrent sa suppression à l'expiration du terme fixé par l'octroi de 1538. Une enquête constata l'existence des abus signalés et la nécessité d'apporter d'importantes modifications dans la législation régissant la matière 2 ; mais comme il était impossible de se priver de ces fournisseurs d'argent, loin de songer à les supprimer, Charles-Quint résolut de statuer définitivement sur cette grave question. Pour ne pas heurter des préjugés appuyés. par la puissance ecclésiastique, il tourna recueil; ce fut en paraissant annoncer sa prohibition qu'il autorisa le prêt à intérêt. « Attendu que des marchands, dit le préambule de l'édit du 10 avril 1540, postposant leur honneur et salut, pour nourrir leur avarice, font seulement marchandise d'argent, en le prêtant à frais excessifs, sans faire distinction entre intérest, permis aux bons marchans, et usure, deffendue à tous chrestieris ; considérant que si l'on n'y pourvoyoit, avec succession de temps, tout le fait des marchandises se convertiroit en usure, ce qui causeroit la
Dépêche du M décembre 4538. M. de Decker, 1. c, xxx et xxxi. Voir cette enquête. Ibid., xxxi à xxxyi.
perdition des âmes et un énorme préjudice à la chose publique, signamment es pays de par deçà, — tant pour le salut des âmes, conservation de nostre foy chrestienne, que pour éviter lesdits inconvéniens, nous avons arrêté : » — « Pour prêter à intérêt il faut que le prêteur et l'emprunteur soient marchands, ou que le premier soit intéressé dans des associations commerciales. Le taux de l'intérêt ne dépassera pas 12 pour cent. L'argent sera placé à intérêt pour un an seulement. Toutes stipulations contraires sont déclarées usuraires, punissables et nulles de plein droit l . »
Charles -Quint montra, en outre, quelque tendance à améliorer la position des fermiers des lombards. En accordant (19 décembre 1544) celui de Gand à Antoine Succa et à ses compagnons, il leur promit que s'ils testaient, fussent-ils illégitimes où bâtards, il ne prélèverait ni mainmorte, ni d'autres droits sur leurs biens. « S'ils décèdent intestats, ajouta-t-il, ne pourrons semblablement rien demander, et permectons que leursditz biens soient convertiz selon la coustume du lieu dont ils sont natifz, nonobstant quelconques droictz, usances et coustumes au contraire 2 . » Les précautions prises pour dissimuler ses vues ne trompèrent point l'esprit ombrageux du clergé. Il ne cessa de sévir contre les usuriers publics, et, pour lui complaire, il fallut soumettre encore les lombards à d'avilissantes distinctions. Ainsi, l'autorité ecclésiastique s'étant plainte « que les usuriers tenans tables de prêt sans autorisation, s'avançoient journellement de converser avec les fidèles hantans les églises, comme autres gens de bien, à grand scandale de plusieurs, veu qu'ils étoient notoirement et de droit excommuniez, » un édit du 15 janvier 1546
1 Édits de Luxembourg, 64. — a M. de Decker, 1. c, xxv.
défendit « aux usuriers tenant table de prêt, sous quelque privilège que ce fût, ou ayant un intérêt quelconque dans les tables de prêt, de fréquenter l'église pendant le service divin, de se mêler aux honnêtes gens et de converser avec eux, sous peine de perdre leur privilège et d'encourir les peines comminées contre les usuriers manifestes \ »
S'il était difficile de protéger les lombards, il l'était bien plus encore de réprimer l'usure. Longtemps on avait laissé aux communes le soin de régler le taux des intérêts, et tandis que dans certaines localités l'autorité fixait le maximum de l'intérêt 2 , dans d'autres on interdisait « de prester argent pour en faire profit 3 . » Aussi l'établissement d'un taux uniforme rencontra-t-il beaucoup de difficultés. Quelque excessif qu'il fût, le taux de 12 pour cent fut dépassé par les prêteurs, et le gouvernement de Charles-Quint lui-même, pressé par ses continuels besoins d'argent , se soumit à des intérêts usuraires ; ces intérêts , sous le nom de frait ou droit d'attente 4 , s'élevaient généralement, suivant une attestation du conseil des finances (26 avril 1844), à 16 pour cent par an 5 ; ils montèrent même fréquemment à 18 et à 20 pour cent 6 .
' Éditsde Luxembourg, 1. c. — Plac. de Flandre, I, 786.
a « Amendes de l livres pour ceux quy prestentplus hault que deux deniers de la livre en argent sur Chartres. » Comptes des écoutâtes de Bruges, précités.
3 « Amendes de l livres de ceulx qui ont preste argent pour eu avoir prouffit. » Ibid. — « De la kuere que nul ne preste à usure en la ville, franchise et chastellenie d'Audenaerde, sur l'amende de x livres p. » Comptes des baillis d'Audenaerde, précités.
* « ix m vj e livres payez aux marchands genevois (génois), résidens es pays de par deçà, assavoir : les viij m iiij e livres en tant moins de douze mil florins de Rin d'or, qu'ils ont preste comptant au roy, et les xij c livres que ledit seigneur roy leur a accordé pour le frait et actente desdits xij m florins d'or. » Compte de Jean Micault (n° 4882).
5 Registre n° 410 aux Archives du royaume.
6 « Considérant que grant partie des deniers recouvrez par sadite magesté
Les marchands d'Anvers faisaient un grand abus d'une opération financière appelée dépôt et consistant à prêter de l'argent à un intérêt déterminé. Ce dépôt eût été avantageux, si les prêteurs s'étaient contentés d un gain honnête, « comme de six ou six et un quart, selon la permission octroyée aux gentilshommes et aux rentiers; » mais il devint désastreux par l'énormité de l'usure. Beaucoup de marchands y trouvant plus de bénéfices que dans les hasards du négoce, cessèrent de consacrer leurs capitaux bu commerce; une foule de nobles, éludant, au moyen de prête-noms, les lois exceptionnelles imposées à leur caste, firent aussi fructifier de la sorte l'argent autrefois employé à l'amélioration de leurs terres. Dès ce moment l'agriculture fut négligée ; le commerce diminua ses achats ; les denrées et les marchandises étrangères devinrent plus rares, par conséquent plus chères, au grand détriment du pays, mais surtout du pauvre peuple « qui, en plusieurs manières, ajoute Guicciardin, est toujours mangé et rançonné par les riches. »
« Si la circulation des capitaux est nécessaire au commerce, il faut aussi le préserver de toute perturbation, en déterminant le taux des monnaies d'une manière fixe, ne donnant pas lieu de redouter de subites variations 1 . » Dans la seconde moitié du xv e siècle , les guerres civiles , les guerres étrangères et les énormes subsides exigés par l'entretien des armées, avaient causé une grande pénurie de numéraire, et fait hausser considérablement la valeur des monnaies 2 . D'un autre côté, le prix
couroient à gros excessif frait, comme de dix-huit ou vingt deniers pour cent par chacun an. » Compte de J. Micault, de 4534 (n° 4888).
1 M. Del Marmol, 1. c.
• « Comme par le grand désordre, quy puis aulcun temps a esté comme encore est, es monnoies d'or et d'argent, ayans et quy ont cours en nos pays et
des denrées et de tous les objets de première nécessité avait augmenté ; de cette déplorable anomalie résultaient les plus graves inconvénients, et la misère publique était devenue extrême. Maximilien prit une mesure qui a été l'objet de blâmes sévères 1 , et qui pourtant découlait d'un principe honnête. Instigué, dit-on, par des membres du clergé, notamment par l'abbé de Saint-Bertin, Antoine de Berghes, il rejeta l'avis des états qui voulaient arriver à la baisse des monnaies d'une manière lente et progressive, et décréta, le 14 décembre 1489, une réduction abaissant de plus d'un tiers la valeur qu'elles avaient acquise. Cet édit, qui ramenait à la monnaie forte, fut repoussé par la plupart des villes du Brabant et de la Flandre, et produisit des crises financières dans les provinces où il fut accepté. La spéculation se hâta d'apporter sur les marchés de ces provinces des denrées et des marchandises qui étaient payées en espèces ayant plus d'un tiers de hausse dans les villes opposantes. Maximilien maintint néanmoins son édit, et fort de ses récents succès sur les communes du Brabant et de la Flandre, il parvint à l'y faire recevoir. Pourtant les difficultés s'accrurent; la mesure éprouva une forte opposition et, au mois d'avril 1491, les états généraux adressèrent au souverain de sérieuses remontrances sur l'impossibilité de persévérer dans ce système. Cédant à l'évidence des faits, il consentit à une augmentation : le florin à la croix de saint André fut porté de 20 à 24 sous ; et le taux des autres monnaies s'éleva dans la même proportion. Par la force des choses cette
seigneuries, quy est tel, que le denier quy fut forgé pour vingt pattars. s'alloue
et est miz pour soixante pattars, et à l'advenant tous aultres deniers »
Préambule de redit du U décembre U89. Plac. de Flandre, II, 443.
1 Beantwoording der prysvraag over de munten en hetgeen daarloe betrekking heefl, sedert 1500 lot den jare 4621 ingesloten, door D. Groebe. Mémoires couronnés par l'Académie, X.
disposition fut si fréquemment violée, qu'il fallut en rappeler l'observation (26 août 1493), et par une série crédits déterminer la valeur des monnaies, devenues l'objet d'un agiotage effréné. Ainsi, la valeur du ducat de Hongrie, fixée, par l'ordonnance du 26 août 1493, à 31 sous, monta à 36 sôus, par suite d'une ordonnance du 12 novembre de la même année; réduite à 35 \ sous en janvier 1495, elle fut reportée à 36 sous le 1 er mars 1497, et élevée à 39 sous le 14 septembre 1499. Au contraire, le florin, porté à 28 sous en 1493, se maintint à ce prix, et une ordonnance du 24 décembre 1499 lui conserva cette valeur \
Cela dura jusqu'à l'avènement de Charles-Quint ; mais le gouvernement de ce prince comprit la faute commise par ses prédécesseurs, et toutes ses mesures tendirent à maintenir, autant que possible, les monnaies au même taux. Les obstacles nés des événements politiques, les émeutes locales, ne firent pas dévier de ce but ; durant tout ce règne, il n'y eut que de légères variations dans le cours des monnaies, et cette circonstance exerça sans doute une heureuse influence sur les transactions commerciales et privées. Mainte fois, Charles-Quint consulta les états généraux sur cette importante question; elle fut l'objet de nombreux travaux de la part des conseils du gouvernement, et pourtant aucune ordonnance ne se départit du principe fondamental. Un édit du 2 janvier 1516, déterminant le taux des amendes et des impositions, maintint, à de légères modifications près, la valeur des monnaies telle qu'elle avait été fixée en 1499 2 . Deux ordonnances de 1519 (l'une défendant de recevoir ou de donner les douzains de France à un plus haut prix que dix deniers tournois , l'autre ôtant le
1 M. D. Groebe, 1. c. — a Ibid.
cours légal aux florins et aux autres monnaies cTUtrecht et du pays de Gueldre ! ) contiennent des dispositions dans le même sens; reproduites dans une ordonnance du 4 février 1520 2 , elles furent consacrées par un édit du 22 novembre de la même année 3 , qui fixa la valeur du carolus à 20 sous ; celle du philippus à 25; celle des autres monnaies à l'avenant 4 . Mais, en 1521, au début de la guerre contre la France, il y eut une extrême disette de numéraire, et en conservant aux monnaies une valeur restée depuis 20 ans à peu près invariable, le gouvernement souleva une formidable opposition. Des mouvements tumultueux éclatèrent dans la plupart des provinces; la bourgeoisie d'Anvers se signala surtout par l'énergie de son opposition, et deux commissaires du gouvernement, chargés de calmer l'agitation de cette ville, s'épuisèrent en vains efforts pour obtenir le serment d'observer redit de 1520 5 .
Ces résistances n'avaient pas fait fléchir le gouvernement, lorsque, dans l'assemblée des états généraux de 1523, les députés du Brabant exposèrent la nécessité de mettre un terme au désordre des monnaies. Leurs observations ayant été unanimement approuvées, de concert avec les députés de la Flandre et de la Hollande, appuyés par les autres états, ils demandèrent « que l'on donnât prix aux monnoies selon certain concept par eux advisé. » Bien que Marguerite « trouvât la proposition peu raisonnable, » la nécessité de leur complaire pour obtenir les aides pétitionnées, força la
1 Compte de J. de Berghes (n° 15203), de 1 51 9-1 520, f° xij. 3 M. D. Groebe, 1. c.
3 Citée dans l'ordonnance du 10 décembre 1526. Plac. de Flandre, I, 474. ♦Lettre de Marguerite, du 17 septembre 1526. Reg. Correspondance, 1. c , f° 33.
5 M D. Groebe, 1. c. — Chron. van Antwerpen.
princesse à l'adopter provisoirement ! . Ce « concept » formulé en ordonnance, par lettres patentes du 4 mars 1523, toléra momentanément la hausse des monnaies d'or 2 ; mais loin d'atteindre le but que se proposaient ses auteurs, il accrut le désordre. La valeur de l'argent n'ayant pas été haussée, For, au mépris de l'ordonnance, monta à des prix excessifs. Les monnaies d'argent disparurent de la circulation ; on ne vit plus que des monnaies de billon, de Gueldre, de Clèves, de Juliers, de Liège, d'autres contrées voisines, ayant cours à un prix plus élevé que l'or même 3 . Quelques conseillers de Marguerite jugèrent alors opportun de hausser toutes les monnaies et lui déconseillèrent de renouveler l'ordonnance de 1523 4 . Avant de se prononcer, la régente consulta les états, demanda des rapports au conseil privé, aux gouverneurs de province, à plusieurs marchands, et dans l'entre-temps elle ordonna (19 juin i 524) une nouvelle publication de la dernière ordonnance 5 . Cette publication ne la fit pas mieux observer; de toutes parts on pressa la régente de hausser la valeur des monnaies
• Lettre de Marguerite, du 6 mars 4523. Reg. Correspondance, f° 80. a M. D. Groebe, 1. c.
3 « Les monnoyes puis la dernière ordonnance sont venues en grand désordre. L'or se baille à hault voire excessif prix, comme le lyon à l sols, le noble à la rose cij sols, l'escu à xlj, le ducat à xliij, le florin d'or à xxxj, et pour ce que nostre monnoye blanche par ladite ordonnance ne feust haussée à l'avenant de l'or, ceulx qui l'ont la gardent et ne court icy que monnoye de Gheldres, de Clèves, Juliers, Liège et aultres par ladite ordonnance deffendues, et à l'avenant à prix plus excessif que l'or. Plusieurs dient que haussier notre monnoye prouffiteroit, mais sans les estatz je n'y vouldroye touchier. Pourquoi plusieurs dyent que l'on ne pourra fors renouveller la dernière ordonnance. Le pis est que les ordonnances au fait desdites monnoyes ni guères aultres ne s'observent point, et n'est possible y bien remédier ny à plusieurs faultes et abuz au temps qui court. » Lettre de Marguerite, du 49 juin 4524. Registre Correspondance, f° 224.
4 Ibid.
5 M. D. Groebe, 1. c.
d'argent, dans la même proportion que les monnaies d'or \ En vain commina-t-on les peines les plus sévères contre les infractions aux ordonnances; elles restèrent sans force, et le pays se trouva « plein de méchantes monnoies. » La situation politique ne permettait pas les remèdes énergiques; du reste, dans les états comme dans les conseils du gouvernement , il y avait divergence d'opinions 2 , et Marguerite dut enfin céder ; une ordonnance du 25 novembre 1525 toléra momentanément la hausse dans les monnaies d'argent \
À peine le traité de Madrid fut-il conclu , que Marguerite revint à son système : pour prévenir l'agiotage et les spéculations de l'étranger, elle fit avertir, aussi secrètement que possible, les habitants du pays de sa résolution « de en brief
■ « J'attens les députés de Brabant, Flandres, Artois, Haynaut, Hollande, Zellande et Namur, pour pourveoir au fait des monnoies qui sont en grand désordre, car avec ce que le prix de l'or ne s'observe, il ne court monnoye blanche que deffendue et se baillent les snaphanes à xiiij gros, lesquels au prix de vostre monnoye blanche, n'en vaillent point dix. Par advis de conseils des généra ulx et de plusieurs marchans, j'avoye fait raffraischir la publication de la dernière ordonnance; elle ne s'est observée et, disent les généraulx et autres qui s'y cognoissent, que ladite ordonnance ne s'observera ne soit que vostre monnoye blanche soit apréciée à l'advenant de l'or. » Lettre de Marguerite, du 5 août 4524. Reg. Correspondance, f° 234.
a * Nous sommes empeschiez et perplex du fait des monnoyes; les ordonnances, combien que je les aye renouvellées soubz grosses paynes, ne s'observent point et est le pays plain de meschantes monnoyes. J'en ay fait tenir diverses assemblées et communications par les députez du pays avec noz généraulx; ils en sont en diverses opinions, et à ce que je leur ay proposé d'y prendre une résolucion par l'advis de ceulx qui s'y cognoissent, ilz mont çequiz, singulièrement ceulx de Flandres et Hollande, que je ne veulle arrester, mesmement faire publier le concept que je y pouvrois prendre, que premiers ils ne le voyent, et si je sceusse que la guerre ne deust guères durer, en dissimuleroye, car le pays estant en paix, au dit de tous, seroit facille y mettre ordre. » Lettre de Marguerite, du 42 septembre 4524. Ibid., f° 239.
3 M. D. Groebe, 1. c. —Compte de Jean de Berghes, de 4524-4526 (n° 45204), f°xlviij.
baisser les monnoies d'or et d'argent *. » Charles-Quint toutefois ne se montra pas très-convaincu de l'excellence de cette mesure; il vit, paraît- il, dans cet acte une spéculation des familiers de sa tante, et lui écrivit que pour une affaire de cette importance, de nature à préjudicier à l'intérêt de ses sujets, il convenait de s'entourer de conseils de gens entendus et d'aviser à ne pas sacrifier le bien public à la cupidité de quelques-uns 2 . D'un autre côté, les mesures de la régente n'arrêtèrent pas « l'excessive monte des monnoies qui resta en train comme durant la guerre. » « Après bien meure délibération , » Marguerite publia alors un mandement fixant la valeur du carolus à 22 sous ; celle du philippus à 27 ; celle des . autres monnaies dans les mêmes proportions, « avec avertissement que, au 1 er mars 1527, l'ordonnance du 22 novembre 1 520 reprendroit cours, h moins qu'à grosse occasion, il n'en fût autrement ordonné 3 . » Si ce mandement provisionnel n'eut pas tous les effets espérés par Marguerite, il produisit cependant une certaine baisse : le carolus descendit à 24 sous; le philippus à 30 4 .
1 « D'avoir porté lettres aux maires et eschevins d'illecq et aucuns officiers dudit pays, afin d'advertir les habitans de leurs offices le plus secrètement qu'ilz povroient qu'ilz eussent regard touchant les monnoies qui avoient cours, car l'on avoit délibéré de en bref baisser les monnoies d'or et d'argent par tous les pays de par deçà. » Compte de J. de Berghes, précité, f° xliij.
a « J'ay entendu que avez renouvelle depuis le traicté de paix de Madrid l'évaluation desdites monnoies comme elle estoit avant la guerre; toutefois considérant la grande importance de ceste affaire et le dommage que mes sujets en peuvent recevoir, si la chose n'est pourvue comme il appartient, je désire que l'on en communique avec gens entendus et autres personnes à qui telles choses doibvent être communiquées, et que l'on advise tous bons moyens pour remédier ledit désordre de monnoie sans dommage du pauvre peuple, mais soit préféré le bien publique à celui de particuliers. » Lettre de Charles-Quint à Marguerite, du 26 juillet 4526. Reg. Correspondance, f° 29.
3 Lettre de Marguerite, du 17 septembre 4526. lbid., f° 33.
4 Lettre de Marguerite, du 27 février 4527. Ibid., f° 45.
Pour se conformer aux ordres de son neveu, la princesse consulta à diverses reprises les magistrats des principales villes, « plusieurs marchands et personnages compétens en la matière , » et leurs rapports furent l'objet du plus sérieux examen, déjà part du conseil privé et du collège des finances 1 . Puis, forte d'avis décisifs à opposer à l'opinion contraire, elle publia, le 10 décembre 1526, un édit ramenant les monnaies au cours fixé par l'ordonnance de 1520. Comme la brusque exécution de cette mesure eût jeté la perturbation dans le pays, deux termes furent fixés pour amener successivement la réduction : le premier finissant le 31 décembre 1526; le second, le dernier jour de février 1527. Maintenus, jusqu'à la fin de l'année, au taux où ils étaient lors de la promulgation de cet édit, les carolus devaient descendre, du 1 er janvier 1527 au dernier jour de février, de 24 à 22 sous 6 deniers; les philippus, de 30 sous à 28 sous 6 deniers. La valeur du patard simple, de nouvelle fabrication, fut portée à 13 deniers; toutes les autres monnaies d'or et d'argent reçurent des évaluations proportionnelles. Puis, à dater du 1 er mars 1527, le cours légal des monnaies reconnues, était baissé de la manière suivante :