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tyran ennemi de Dieu et des hommes V » Spectacle singulier de voir les catholiques opposer au Ubérateur de la Suède un prince qui avait ouvertement appuyé les doctrines de la réforme !
Nos contrées, devenues le refuge des mécontents et des proscrits de la Scandinavie , allaient se trouver compromises par leurs intrigues; les relations avec les états du Nord, déjà fort altérées, s'en ressentirent sur-le-champ. Le congrès, où devaient se terminer les différends avec Lubeck , fut dissous dès la première séance; il ne se présenta pas d'ambassadeur.^ lubeckois à Cologne, et l'assemblée , fixée d'abord au 1*"' avril 1528, fut ténue, sans plus de succès, à Brème. Les efforts des Lubeckois tendaient ouvertement à rétablir le monopole de leur commerce, à l'exclusion des Hollandais, et à éluder une réconciliation, favorable à des rivaux. Néanmoins, sur d'énergiques représentations des états de Hollande à l'agent de la ligue hanséatique résidant à La Haye, Herman Zuderhuysen, on convint d'avoir une nouvelle réunion à Hambourg. Mais alors les villes de Delft et de Leyde refusèrent d'y prendre part, et de nouveaux incidents fermèrent cette voie de conciliation ^.
La mort de Marguerite, qui s'était constamment opposée aux projets de l'indigne époux de sa nièce, et l'arrivée de Charles-Quiiit dans les Pays-Bas, avaient réveillé les espérances de Christiem. Il était accouru aussitôt à Bruxelles, où il comparut, dit-on (13 juillet 1551), sur une citation d'huissier, devant le souverain conseil de Brabant, pour rendre témoignage dans un procès entre particuliers. L'empereur se refusa toutefois à une inter\'ention directe ; à la demande des villes
* Gëyer, II, 66. — * Beg. Aert Van der Goes.
maritimes , il mit même Fembargo sur les vaisseaux affrétés par son beau-frère, dans les ports de la Hollande et de la Zélande. Celui-ci se retira dans TOostfrise, et y fut accueilli avec empressement par le nouveau comte d'Embden, Ennon, alors en guerre avec quelques seigneurs voisins. Gbristiern apaisa leurs différends, et les subsides de la Norwége, qui s était dépouillée en sa faveur de l'or et de l'argenterie de ses églises', lui permirent de prendre à sa solde les troupes levées par le successeur d'Edzard ^. Cette mesure répandit l'alarme en Hollande, que des nouvelles graves avaient jetée dans la consternation. Le Danemark fermait le Sund ; Lubeck rappelait ses plénipotentiaires du congrès de Hambourg, et déjà les corsaires couraient les mers ^. En même temps apparaissait une comète de funeste présage aux yeux de la multitude (20 août 1831) \ et cette fois l'événement sembla justifier ces craintes superstitieuses. /
Christiern, à la tête de 5,000 à 6,000 lansquenets, traversa la Gueldre, par laquelle Charles d'Egmont lui permit le passage ^, et pénétra tout à coup dans TOveryssel et en Hollande. Ses troupes s'avancèrent jusqu'aux portes de Delft , et le roi demanda impérieusement aux états de l'artillerie, des munitions, des vivres et trente navires (septembre 1531) *. Une foule d'aventuriers accoururent sous ses drapeaux, et le
• Geyer, if, 67.
' Instructions données par Marie dé Hongrie aux commissaires envoyés à Copenhague, en 1532. Archives du royaume.
' Wagenaar.
4 Anecdota Bruxellensia. Manuscrit précité.
' Instructions données à maître Josse Aemsoen de Bourch, conseiller, envoyé à Hambourg, janvier 4532. Staatspapiere, 78.
® Lettre de Charles-Quint à Ferdinand, 26 et 28 septembre 1634. Correspondenz, I, 541.
gros de son armée, forte de plus de 12,000 hommes, vint occuper les environs d'Utrecht, dont elle désola le territoire. Ses coureurs répandirent partout l'effroi, et Christiern luimême, entrant avec 3,000 hommes dans Alkmaar, pilJa, pendant cinq jours , cette ville souffrant encore du désastre de 1517 ^
Aucune mesure n'avait été prise pour la défense du pays ; dans leur juste indignation, les Hollandais accusèrent le gouvernement de les avoir livrés à ces bandes farouches, pour se venger de leur opposition à ses demandes d'aides ^. Il répugnait sans doute à l'empereur d'employer la force contre son beau-frère ; il approuvait d'ailleurs secrètement ses projets de restauration et ne voulait pas lui ôter les moyens de les accomplir. Il laissa, donc « ruiner et manger ses pauvres peuples, » jusqu'au moment où Christiern se jeta en Frise avec 4,000 hommes, et qu'on craignit de le voir s'emparer de quelque forteresse et s'unir au duc de Gueldre, avec qui on lui supposait « de sinistres intelligences. » Il y avait entre les capitaines de Christiern et les agents du duc beaucoup d'entrevues ^, et tous deux étaient capables des plus dangereux coups de main. Charles-Quint ordonna aux villes de redoubler de vigilance * et chai^ea le gouverneur de la Frise d'enjoindre au roi de vider le pays ^ Celui-ci, au lieu d'obtempérer à cet ordre, réclama le dernier terme de la dot d'Isabelle, et demanda douze navires, sous la promesse d'accorder aux Hollandais la
* Lettre de Charles-Quint, du 40 octobre 4S3i. Correspondenz, I, 549. — M. Altmeyer, Histoire des relations commerciales.
' Reg. Aert Van der Goes.
^ Lettre des 26 et 28 septembre, précitée, et lettre de Charles-Quint à Ferdinand, du <«' octobre 1534. Correspondenz, I, 545.
* Wagenaar.
* Beg. Aert Van der Goes.
liberté de commercer dans ses états, dès qu'il aurait reconquis sa couronne \ Dans Tentre-temps, les villes hanséatiques promirent de lui ménager un accommodement avec Frédéric de Holstein, à la condition de cesser les hostilités ; mais Christiern répondit, qu'abandonné de tous et sans espérance, il était forcé de pourvoir lui-même à ses affaires, et qu'il voulait reprendre ce qu'on lui avait odieusement ravi. Quant à déposer les armes, il ne le ferait que si la Hanse s'engageait à le rétablir sur le trône ^. Il ne restait plus qu'à courir sus à ce bandit. Charles-ftuint en jugea pourtant autrement, et non-seulement il lui paya le restant de la dot d'Isabelle , s'élevant à 80,000 florins, mais il autorisa encore les Hollandais à lui fournir douze vaisseaux de guerre ^. Christiern II s'embarqua sur cette flotte à Medemblik, le 24 octobre 1831 S et son départ même rassura si peu son beau-frère, que, pour mettre le pays à l'abri de nouveaux brigandages, il fut ordonné de recruter des piétons en Allemagne ; on en leva aussi 2,000 dans les comtés de Namur et de Hainaut, et une partie des bandes d'ordonnances furent dirigées sur les frontières de la Frise et de la Hollande ^.
Ces événements, si préjudiciables aux provinces du nord, coïncidaient avec des indices menaçants pour les provinces du midi. L'attitude de la France redevenait agressive, et Charles- Quint, informé, par ses agents, des dispositions de François V\
' Wagenaar.
" M. Altmeyer, 1. c, d'après les Archives allemandes de Bruxelles, 195-498.
^ Lettre du 10 octobre 1531 , précitée.
^ Lettre de Charles-Quint à Ferdinand, du 31 octobre 1531. Corrcspondenz, I, 572.
^ Ibid. — Le 15 novembre encore on le voit plein d'appréhensions sur le retour éventuel de son beau-frère. Lettre de Charles-Quint à Ferdinand. Correspondenz, I, 588.
ne voulut quitter le pays qu'après s'être assuré par lui-même de l'état des villes frontières V 11 se rendit ensuite à Tournai (28 novembre 1531 )^ où le rejoignit Marie de Hongrie ^. Pour donner plus d'éclat à son séjour dans cett^ ville, irrévocablement réunie à -ses états , il résolut d'y tenir un chapitre de la Toison d'or , et le jour même de son arrivée ^, il remit des patentes de chevalier au seigneur de Velaines et du Bus, Guillaume de Cambry, prévôt de la ville, et à son flls Gabriel. L'assemblée capitulaire eut lieu à Notre-Dame, l'imposante basilique ; entre autres circonstances remarquables , elle procéda à l'élection du fils de l'empereur, don Philippe, alors âgé de quatre ans. Dans une des séances suivantes, des chevaliers réitérèrent les plaintes élevées déjà, en 1518, sur l'admission d'étrangers qui déconsidéraient l'ordre, faute d'en apprécier l'importance ou le véritable caractère; on avait vu, par exemple, un Espagnol, le comte de Benevente, pour qui de Chièvres sollicitait le collier, s'enquérir préalablement des avantages pécuniaires que lui rapporterait cette distinction. En conséquence, les chevaliers renouvelèrent la proposition faite, en 1 529, par Jean de Berghes et Antoine de Lalaing, de ne plus élire aucun étranger.
La conduite du chef et souverain fut assez sévèrement censurée. On le blâma d'être lent dans l'expédition des
' Lettre du 34 octobre, précitée.
' M. Gachard, Itinéraire précité. — Il descendit à l'abbaye de Saint-Martin. DE Reiffenberg, Htstoire de l'ordre de la Toison d'or, 367.
^ Ordre de « faire ouvrir les champs et autres lieux qu'il sera de besoin, afin que 4a reine et son train puissent passer sans danger ni inconvénient, les chemins ayant été rendus fort mauvais et dangereux par le mauvais temps. » U novembre 1534 . Archives de l'Audience, liasse 4U6.
4 Voir M. Chotin, à qui ses typographes font commettre une erreur de date en fixant cette entrée au 2 novembre. Le i 5, l'empereur était encore à Bruxelles. Voir sa lettre du 4 5 novembre, précitée.
CONVENTION DE COPENHAGUE. Il
affaires; de s'occuper beaucoup des petites choses, et de négliger les plus importantes ; de ne «guère consulter son conseil, dont la composition d'ailleurs était trop restreinte. Charles -Quint accueillit ces reproches « bénignement et avec reconnoissance. » Il rejeta la fautQ de la mauvaise administration de la justice sur ceux qu'il avait chaînés d'y pourvoir en son absence, et sur ses nombreuses occupations, qui Tavaient empêché jusqu'alors de donner tous les soins voulus à l'arrangement de ses affaires particulières et aux intérêts de ses sujets. Quant à son conseil, la difficulté, dit-il, de trouver des personnes suffisamment expérimentées ou afftectionnées à son service, l'obligeait de se charger seul de beaucoup de choses qu'il eût désiré traiter avec d'autres. Il promit néanmoins de remédier aux abus signalés par rassemblée. Puis il exposa que l'ordonnance de 1516, réglant la manière de procéder contre les chevaliers et les officiers de l'ordre, était préjudiciable à ses droits et hauteurs, et contraire à là dignité de l'ordre^ qui requérait de ses membres une pratique de vertu et d'honneur à toute épreuve, attendu que des dispositions trop favorables donnaient souvent occasion
aux hommes mal afiTermis dans le sentiment du devoir, de
s'en écarter avec facilité. Cette conclusion paradoxale fut agréée, et l'ordonnance, de 1516 biffée des registres de Tordre. On la remplaça par des dispositions interprétatives des statuts, qui donnèrent au chef et souverain seul, de l'avis des chevaliers ou de la plupart d'entre eux assemblés en chapitre, la connaissance des fautes et méfaits de leurs confrères. Le chef et souverain, ou son délégué pris parmi les membres de l'ordre, et reconnu en cette qualité par décision expresse, eut pouvoir de poursuivre, après due information, tout chevalier trouvé coupable de quelque cas notoire ; seule-
ment la poursuite, par voie d'arrêt et de détention de sa personne , ne pouvait avoir lieu que de l'avis de dix de ses confrères ou de tel autre nombre, suivant les circonstances du temps ou Texigence du cas. L'inculpé était mis sous la garde du « collège et amiable compagnie de l'ordre, » pendant l'instruction de son procès par le chef et souverain et par les chevaliers ses confrères. En cas d'absence du souverain, il était remplacé par son délégué, mais il n'était donné suite à rinstruction judiciaire qu'après qu'elle lui avait été soumise \ On était loin du temps où le jeune duc de Luxembourg invoquait contre sa tante les privilèges de Tordre, en faveur d'un de ses confrères !
Charles-Quint quitta Tournai le 12 décembre, rentra le 14 à Bruxelles ^, et y régla diverses affaires des finances. « Considérant que grant partie des deniers recouvrez par sadite majesté couroient à gros excessif intérêt , comme de dix-huit ou vingt deniers pour cent par chacun an, » au moyen d'un prêt de 488,726 livres 19 sols 6 deniers qu'il obtint (22 décembre) de la ville d'Anvers, il retira 53 obligations données à divers marchands '. Pour cette augmentation d'engagère, il fit à cette ville une nouvelle cession des droits qu'elle avait reçus en garantie en 1521 \ Enfin, le 17 janvier 1532, il partit de Bruxelles *, emportant 300,000 écus d'or
' DE Reiffenberg, 1. c, 345, 364, 372, 376.
' Itinéraire précité.
' Compte de J. Micault (n« 4888).
4 Le 9 mai 4644, ces droits furent définitivement cédés à la ville d'Anvers pour une somme de 40,000 florins, au delà des 80,000 qui lui étaient dus à titre des deux engagères précédentes. Rapport sur les octrois, 32.
5 Den 47 january, op Sint-Anthonis dach, anno 4534, stilo HoUandiae, es de Keyzerlicke Majesteyt des achtermiddachs, ten drie uren uyt Brussel gescheyden naer Duytslant mit grote drucke. Reg, Aert Van der Goes, ad ann. 4534 (V. S.), 337. — Histoire de Bruxelles. — Le Petit.
« qu'il avoit ordonné de lui fournir pour son voyage ' , » et escorté par cent cinquante hommes d'armes des bandes d'ordonnances, qui l'accompagnèrent jusqu'à Ratisbonne; il n'emmena pas d'infanterie parce que , vu la saison , elle lui aurait causé plus d'embarras que rendu de services ^. Après s'être arrêté à Maestricht, où il tenta vainement d'aplanir les difficultés soulevées par la bulle impériale du 1^*^ juillet 1830, il arriva , le 25 , à Cologne ^. Il fallait toute la gravité des événements qui agitaient et menaçaient l'Allemagne pour l'obliger à quitter en ce moment les Pays-Bas. En effet, les rapports de ces provinces avec le Nord s'aigrissaient chaque jour davantage ; les dispositions de la France, de l'Angleterre et de la Gueldre devenaient de plus en plus hostiles, et k l'intérieur grondaient de redoutables murmures.
Le nouveau roi de Danemark et les villes vandales s'étaient vengés du concours que les Hollandais avaient prêté à l'expédition de Christiern, en leur fermant définitivement le Sund, et en délivrant des lettres de marque à de nombreux corsaires. Pourtant, quoique vivement excité à la guerre par les Lubeckois, Frédéric de Holstein hésitait encore, lorsqu'il apprit que son compétiteur, jeté par la tempête sur les côtes de la Norwége et bloqué dans Anslo, avait reçu d'Amsterdam des armes et des munitions. A cette nouvelle, il ne garda plus de ménagements, et les Hollandais ne conservèrent guère
' « A l'empereur, lequel a ordonné luy furnir pour son voyage d'AIlemaigne, iij « mil escus d'or. » Revenus et dépenses de Charles-Quint, ad ann. 4531. — Le a novembre 4531, les états de Brabant l'avaient autorisé à vendre jusqu'à concurrence de 4,000 florins de rente. Acten van de dry staeten van Brabant . Registre dit Grauto Bœck aux Archives du royaume.
* Lettre de Charles-Quint à Ferdinand, du 6 décembre 4531 . Correspondenz, l 622.
' Lettre de Charles-Quint, du 26 janvier 1532. Ibid., 668.
des relations qu'avec les villes de Dantzig, Riga et Revel, où ils se rendaient, paraît-il, par le Belt, non sans être exposés aux attaques des Lubeckois et de leurs alliés '. Il en résulta une hausse énorme dans le prix des grains, et des milliers d'ouvriers et de matelots se trouvèrent sans ouvrage. Les états de Hollande, effrayés de cette situation, envoyèrent des députés à- Frédéric 6t aux villes de la Hanse, pour s'excuser de la part prise par eux à l'expédition de Christiern, et des infractions commises par des particuliers aux ordres interdisant toute communication avec ce prince. Ils pressèrent Marie de Hongrie d'intervenir pour apaiser ce différend, et cette princesse s'y montra d'au lant plus disposée que son frère lui avait recommandé d'aplanir le plus tôt possible ces périlleuses difficultés. Elle proposa aux villes hanséatiques de discuter à l'amiable les griefs des deux partis ; et, après de longs préliminaires, on convint d'ouvrir de nouvelles conférences à Hambourg, le 2 mai 1552 -.
Le conseiller de l'empereur Joos Aemsoen Van der Burch, adjoint par cette princesse aux députés des états de Hollande, était chargé de déclarer au congrès que le gouvernement des Pays-Bas ne reconnaissait pas au roi de Danemark le droit d'interdire aux sujets de ces provinces la navigation dans les mers du nord, et d'ailleurs qu'on ne lui avait donné aucune occasion légitime d'hostilité. Si Frédéric opposait à cette déclaration les secours fournis à Christiern, cet envoyé devait représenter que les armements dont il s'agissait avaient été préparés à l'insu de l'empereur et contre le gré des Hollandais, qui, pris au dépourvu, n'avaient pu s'y opposer ^ Mais il ne
* Wagenaar.
' Ibid. — Le Petit, VIL
' Instructions données à J. A. de Bourch, précitées.
COTIVENTION DE COPENHAGUE. 15
fut pas permis à Van der Burch de développer celte thèse. Les Lubeckois influèrent de telle façon sur l'esprit de Frédéric de Holstein qu'il ajourna (17 avril) la réunion de Hambourg, et convoqua les parties litigantes à Copenhague, pour le 24 juin suivant, sous prétexte de présider lui-même aux conférences V Dans Tentre-temps , les interdictions imposées au commerce des Pays-Bas furent maintenues et appliquées avec une extrêtne rigueur aux Hollandais. Lubeck et Hambourg voulaient à tout prix étouffer une concurrence fatale à leur ancienne prospérité. Elles cherchaient tout à la fois à se fortifier dans les mers du nord et à ruiner la marine des Pays-Bas, par rémigralion des matelots que la misère chassait de leur patrie. Quant à Frédéric, il comptait profiter de ce délai, pour écraser Christiern et se régler ensuite d'après la marche des affaires de l'empereur en Allemagne ^. A peine les commissaires envoyés à Hambourg étaient-ils de retour à Bruxelles, que des corsaires lubeckois enlevèrent, sur les côtes de la Zélande, un navire d'Edam revenant de Lisbonne avec une cai^ison de sel ^, et Ton apprit coup sur coup la capture d'un navire de Leyde chargé de draps fins, d'étain et d'autres marchandises anglaises; d'un navire d'Amsterdam arrivant des contrées occidentales; de bateaux pécheurs de la Vere, de Schiedam, revenant de la pèche de la morue. Ces derniers furent enlevés à l'embouchure de la Meuse, et une foule de croiseurs bloquèrent le Texel *.
C'était la guerre, et une guerre désastreuse pour les Pays-
' Beg. Aert Van der Goes, ^7, 479, 180.
' Instructions données à maître Abel de Coestre, conseiller, et Pierre de Saint-Pierre, secrétaire de la cour de Hollande, envoyés à la reine régente par le comte d'Hoogstraeten, H mai 4532. Archives du royaume.
' Wacenaab. — Le Petit.
4 Instructions données à Abel de Coestre et Pierre de Saint-Pierre.
Bas. Aussitôt leurs relations avec l'Angleterre, la France, TEspagne, le Portugal se trouvèrent compromises ; beaucoup d'industries, privées de matières premières, chômèrent; la Hollande et la Zélande, qui, « ayant peu de terres et beaucoup d'habitans, » subsistaient du commerce et de la pêche, étaient menacées d'une ruine complète. Aussi le comte d'Hoogstraeten exposa-t-il à Marie de Hongrie que si Ton n'apportait un prompt remède à cette situation, ces provinces, accablées par la famine, en proie à une affreuse misère, « se donneroient à un autre seigneur. » Déjà une foule de Frisons étaient passés au service de Lubeck, et des milliers de matelots, condamnés à l'inactivité, étaient près de suivre leur exemple. On ne recevait plus de blés que par Brème , et la rareté des arrivages avait fait monter le prix du tonneau de seigle à 46 florins d'or. L'inertie du gouvernement exaspérait les esprits, et bientôt Amsterdam se confédéra avec les villes du Waterland et de la Frise, pour se rouvrir les mers par les armes.
Courir les chances d'une lutte avec le Nord, au moment où les Turcs menaçaient l'Allemagne , et les protestants l'empereur, était « matière d'autant plus perplexe » que, suivant toute apparence, Frédéric de Holstein et Lubeck avaient formé des alliances avec le roi de Suède et le grand maître de Prusse, peut-être même ave(? les rois de France, d'Angleterre et d'Ecosse \ Ruinés par les guerres et par les inondations, accablés de charges publiques ^, désolés par la famine et par la peste ^, les Pays-Bas étaient incapables de grands
* Instructions précitées.
' Ibid.
^ En 1532, elle règne à Gand, à Bruges (Lettres de Charles-Quint, des -17 et 20 décembre 4532. Correspondenz , II, 44 , 43) , à Luxembourg (Bulletins de
efforts, et quant à Charles-Quint, iJ était hors d'état de les aider. Ces graves questions furent agitées dans une réunion des états de Hollande assemblés à La Haye ; ils reconnurent que l'union d'Amsterdam « étoit matière difficile, » et qu'il était impossible de commencer les hostilités sans l'appui de l'empereur. Ils ajoutèrent toutefois que cette querelle intéressait le pays entier, et qu'il était du devoir du prince de défendre et de protéger ses sujets. Les Hollandais proposèrent alors de saisir les personnes et les biens des Lubeckois et de leurs adhérents se trouvant dans les Pays-Bas , et de leur interdire tout commerce dans ces provinces. Cette proposition fut appuyée par le comte d'Hoogstraeten ; il fît remarquer que l'importation des bières procurait de grands bénéfices aux Hanséates , et que la prohiber serait tout à la fois leur causer un grave dommage et favoriser l'industrie du pays. Il engagea la régente à sommer Frédéric de mettre un terme à cet état d'hostilité que rien ne justifiait, ou du moins de permettre qu'en attendant l'ouverture des conférences de Copenhague, les Pays-Bas recouvrassent la liberté de naviguer dans rOistland, sous la condition de ne servir en aucune manière les projets de Christiern. Il conseilla aussi de ne rien négliger pour désunir Frédéric et Lubeck , et pour gagner à la cause des Pays-Bas le roi de Pologne, la ville de Dantzick, tous les états en un mot qui avaient des intérêts communs
la commission d'histoire, XI, 325. — La contagion fut si homicide à Luxembourg que les autorités se réfugièrent à Arlon. Compte de J. de Laitre, f» xv), et dans le comté de Namur ( « Pour ce que Ton a deffendu tenir ladite fesle de Harbatte Tan de ce compte, pour cause de la maladie contagieuse de peste rengnant grandement en le comté de Namur et pays à l'environ. » Compte de Henri de Lespinée, seigneur de Sommaing. f« iiij «x xwo (n» 3297), aux Archives du royaume.). — Pendant dix mois le service des « nefs marchandes » de Namur à Dînant et à Huy fut interrompu. Wid.
i8 RÉGNE DE GHARLES-QUINT EN BELGIQUE.
avec ç€s provinces. Si Ton échouait, s'il fallait recourir aux armes, le comte était d'avis d-envoyer des troupes et des navires à Christiern, qui occupait plusieurs ports de la Norwége et pouvait causer d'énormes dommages à la marine ennemie. Le maître d'hôtel de ce prince, Heûri Danners, alors prisonnier en Hollande, assurait que son maître était disposé à se contenter de la Norwége et à céder ses autres états à son flls ; il importait de profiter de ces dispositions pour s'emparer de Copenhague et d'Elseneur. En cas de succès, l'empereur conserverait ces villes en garantie des indemnités dues à ses sujets, et ne s'en dessaisirait qu'après avoir assuré la liberté de navigation au commerce des Pays-Bas.
Marie de Hongrie, au début d'une administration marquée par des embarras dé toute espèce, reculait devant des moyens coercitifs propres à entraîner son frère dans de nouvelles guerres , à fournir peut-être à la France l'occasion de laver la honte du traité de Cambrai , lorsqu'un . nouvel envoyé du comte vint lui exposer la nécessité d'une prompte décision. En effet, les états de Hollande réclamaient^ à grands cris, la saisie des biens et des personnes des Haiiséates, « gens de telle nature, disaient-ils, que, sans rîgheur et menaches, l'on n'y peult rien faire avec. Ils ne sont flectibles, quelques belles paroUes qu'on leur puist donner, et pourtant, comme chacun dit, c'est une superbe nacion laquelle n'a gaires de puissance. » D'Hoogstraeten jugeait des représailles indispensables, et voulait interdire aux marchands des Pays-Bas- toute navigation dans les mers de l'est, pour ne pas fournir aux Hanséates l'occasion d'augmenter leurs forces par de nouvelles prises. Il insistait surtout sur la nécessité de ne pas séparer la cause de la Hollande de celle des autres provinces. Enfin, pour ôter tout prétexte d'ajournement des conférences, il
pressa la reine tf enAroyer sans délai des députés à Copenhague, et d'armer dans Tentre-lemps quarante navires de guerre. On occuperait de la sorte une partie des marins déjà disposés à la révolte, et Ton serait en mesure de commencer sur-le-champ la guerre, si les conférences n'aboutissaient pas. Amsterdam et la plupart des villes de la Hollande étaient disposées à pourvoir aux frais de cet armement. Suivant Toccurrençe , on soutiendrait Christiern , ou l'on agirait directement au nom de l'empereur. Dans la première hypothèse, chaque navire porterait 40 marins et 40 soldats; après avoir puï^é la mer, cette flotte cinglerait vers Travemunde, obstruerait l'embouchure de la Trave, en y coulant trois ou quatre vaisseaux, et empêcherait ainsi les Lubeckois de déboucher dans la Baltique avec de gros bâtiments. Ensuite, elle irait jeter les troupes de débarquement sur les points indiqués par Christiern, et reviendrait charger à Dantzick les denrées et les marchandises les plus indispensables aux Pays-Bas. Dans la seconde hypothèse , la flotte , montée seulement par des marins (120 par vaisseau), courrait les mers pour détruire la marine des ennemis et ruiner leur commerce; elle reviendrait également par Dantzick, après avoir fermé le port de Travemunde. Le comte terminait son rapport en représentant à la reine la nécessité d'agir avec promptitude et énergie ; sinon la révolte était inévitable : le blé nianquait absolument, et les pauvres mouraient de faim. La Hollande était résignée à tous les sacrifices; mais il lui était impossible d'agir seule, et le devoir ainsi que leur intérêt devaient déterminer les autres provinces à la seconder ' . Cédant enfin à ces pressantes instances, la régente mit l'em-
' Instructions données à Abel de Coestre et Pierre de Saint-Pierre.
30 RËGNË D£ GHARLËS-QUINT £N BELGIQUE.
bargo sur tous les navires de la Hanse en relâche dans les ports des Pays-Bas ; Dantzick, Brème, le pays de Ditmarschen, qui étaient favorables aux Pays-Bas et y envoyaient journellement des blés, furent seuls exceptés de cette mesure. Satisfaits de ce commencement de représailles, les états de Hollande proposèrent aussitôt d'armer quarante vaisseaux de guerre, montés par 4,000 hommes ; ils demandèrent même qu'on portât cet armement à soixante vaisseaux et à 8,000 soldats. Ils voulaient une lutte à mort : périr ou anéantir leurs ennemis ^ II était impossible à Charles-Quint de rester indifférent à cette situation ; alarmé par les rapports de sa sœur, il consentit h payer la moitié des frais de cet armement, « à condition qu'on ne feroit plus difficulté de l'aider dans ses besoins. » Les villes hollandaises en prirent un qua(ï*t à leur charge, et l'on compta couvrir le reste par les prises. On travailla avec tant d'ardeur à l'équipement de la flotte, qu'elle fut prête à mettre en mer avant le départ des députés de la régente envoyés à Copenhague (10 juin)^ Cette énergique démonstration leur permettait de prendre un ton plus élevé, et ils furent chargés de se plaindre hautement de la violation du traité de 1 523, traité qui ne pouvait être rompu que six mois après avoir été dénoncé, tandis que Frédéric de Holstein avait brusquement fermé le Sund , mis embargo sur plusieurs navires, arrêté des matelots, et forcé les prisonniers à servir sur ses vaisseaux. Les Lubeckois, qui l'avaient instigué sans doute, disaient les instructions de Marie de Hongrie, s'étaient empressés de suivre son exemple, et avaient arboré leur pavillon sur les navires enlevés aux marchands des Pays-Bas. L'empereur était donc en droit d'user de représailles, de
' Wagenaar.
' Ibid. — Le Petit.
s'emparer des propriétés et des personnes de ses ennemis, et même de vendre leurs biens pour dédommager ses sujets de leurs pertes. Mais il désirait suivre jusqu'au bout la voie de la modération, et il consentait à lever les saisies ordonnées dans les Pays-Bas, à la condition d'obtenir indemnité pour les pertes de ses sujets, restitution de leurs navires, liberté de la navigation. En revanche, il s'engagerait à n'entretenir aucune communication avec la Norwége, occupée par Christiern, et à admettre dans le traité tous les alliés de Frédéric de Holstein. Si ces propositions étaient repoussées, si l'on élevait la prétention de limiter la navigation à un certain nombre de navires, et de refuser aux Pays-Bas une entière liberté, forcé de défendre ses sujets, il était décidé à les dédommager par la vente des biens saisis, et à seconder de tout son pouvoir l'entreprise de son beau-frère. Les députés avaient ordre de n'admettre aucun retard, et de se retirer si, dans un délai de treize à quatorze jours, le différend n'était pas vidé ^
Lorsqu'ils arrivèrent à Copenhague, Christiern H avait cessé d'être redoutable à Frédéric de Holstein ; les affaires de l'empereur prenaient une tournure favorable, et déjà des vaisseaux des Pays-Bas avaient paru sur les côtes de la Norwége et du Danemark. Aussi ne fut-il pas difficile de détacher Frédéric de ses alliés, et les Lubeckois virent bientôt les autres villes de la Hanse déserter également leur cause. Les anciens traités avec le Danemark furent renouvelés (24 juin iS32)^, et les Hollandais s'engagèrent à ne fournir aucun secoui^s à Christiern. De part et d'autre toutes les prises furent restituées, et les saisies levées. A cette nouvelle, la joie
' Instructions données à ces ambassadeurs. Archives du royaume. ' Instructions données aux commissaires envoyés au congrès de Hambourg, février 4534. Staatspapiere, 137.
32 RÉGNE DE eHARLES-QUiNT EN BELGIQUE.
la plus vive éclata en Hollande; une forte baisse se déclara dans les prix des denrées et des raarchandîses provenant du Nord. Ainsi, le hlè descendit de 46 florins d*or le tonneau à 22 ; le goudron de 50 florins à 13 \ Cette joie toutefois fut de courte durée. A l'instigation des Lubeckois , Frédéric exigea dès Hollandais une indemnité de 300,000 florins pour les mesures de défense qu'avaient nécessitées leurs armements, et l'aigreur de ses réclamations ne tarda pas à ranimer les débâts ^
Ces démêlés, funestes surtout à la Hollande, avaient réagi fâcheusement sur tes autres provinces. Si certaines branches de commercé, si des débouchés perdus pour les Hollandais , étaient échus aux marchands d'Anvers et de la Flandre ; si la rareté des arrivages de bières du Nord avait donné du développement aux brasseries du pays, une foule d'industries souffraient de la cherté ou de l'absence complète de matières premières , et le prix élevé des gratins avait poussé les populations au désespoir. Depuis le 1 4 septembre 1531, l'exportation des blés avait été prohibée ^ et cette mfôure n'avait en rien diminué le mal. Aux murmures * succédèrent bientôt les émeutes. Les troubles de Liège avaient eu du retentissement, et des mêmes causes sortirent les mêmes effets. A Gand, vers le jour de la Décollation de saint Jean-Baptiste, une grande fermentation se manifesta dans le peuple, et dix-sept ou dix-huit individus furent arrêtés
. ' Wâgenaar. — Le Petit. ~ ' Wagenaâr.
' Compte d'Antoine de Berghes (n« -15209), f*»» xxv et suiv.
4 « Payé auxdits bailly et sergèns, pour avoir prins CoMa de Smedt pour aucunes parolles injurieuses, par luy prononchiées à cause des mandemens publiés de par Tempereur touchant la vendicion du bled au plat pays, et pour ce banny hors laditte ville et chastellenie iij ans sur ung membre. » Compte de Louis de Ghistelles, précité ( n*» ^ 3822 ) , de 4 532-1 533, [• »vj v«.
SOUS rinculpation d'avoir projeté le massacre des marchands de grains. Quatre d'entre eux furent décapités, « dont Tung d'iceulx éstoit foumier, et voulut donner 300 livres de gros pour sauversa vie ; toutefois, il fut exécuté comme les aaltres. » Si rigoureux qu'il fût, cet acte de répression ne rétablit pas le calme. « Depuis che, se mutinèrent encore. Ils avoient proposé de tuer la justice, laquelle chose étant venue à sa congnoissance y en eult iiij, le ix' jour de septembre, après disner^ qui furent prins, ausquels on coppa incontinent la teste : laquelle chose ne avoit point esté veue d'homme vivant, car l'on coppe tousjours les testes du matin •. » D'autres conjurés parvinrent à s'échapper, suivant des lettres de la gouvernante (!*' septembre 1532), ordonnant au souverain bailli de Namur de poursuivre et d'arrêter les fugitifs de Gand qui se retireraient sur le territoire de ce comté ^
A Bruxelles, les troubles eurent plus de gravité. Comme à Gand, sans doute, l'irritation produite par les empiétements de l'autorité souveraine n'y fut pas étrangère : les métiers s'y étaient vu arracher graduellement un pouvoir conquis après de longues luttes contre les familles patriciennes ', et si les événements avaient rendu impossible toute résistance au règlement de 1 528, il était cependant facile de s'apercevoir que le ressentiment n'était pas éteint. En 1531, d'imprudentes mesures vinrent le raviver. Les receveurs, nommés, en vertu du nouveau règlement, par le souverain et par les patriciens, établirent, sans le consentement des nations, une taxe sur le
' Les grandes Histoires de ffttynaUf de sire Jean le Fevre, prebstre. Manuscrit de la bibliothèque du roi à Paris. Extrait donné par M. Gachard, Bulletins de la Commission royale d'histoire, V, 362.
■ Compte d'Antoine de Bergbed (n» 45240), f«xv »♦.
' Voir Histoire de Bruxelles*
grain et sur le pain, et augmentèrent les droits- sur la bière. Ces impôts firent éclater Forage et, le 29 septembre, pendant la procession de la Saint-Michel, à laquelle assistaient tous les membres de la commune , les métiers s'arrêtèrent tout à coup en protestant contre l'arrêté des receveurs. Il s'ensuivit un grand tumulte, et ils ne se remirent en marche dans le cortège qu'après avoir reçu la promesse d'une enquête sur cette affaire. Charles-Quint, alors à Bruxelles, soumit la réclamation des métiers au conseil privé, qui leur donna une demi-satisfaction : l'impôt fut maintenu, mais avec défense de le lever hors le cas de grande nécessité et sans l'autorisation du gouvernement. En même temps, il fut enjoint à Tamman de poursuivre les perturbateurs de l'ordre (16 octobre 1531). Les nations se plaignaient aussi de la mauvaise administration des biens de la ville, dont les revenus, malgré la présence de la cour, ne s'étaient nullement accrus. Ils attribuaient ce fait anormal à l'insuffisance de receveurs , et cette opinion fut partagée par les commissaires chaînés d'examiner leurs plaintes, qui proposèrent de porter à six le nombre de ces fonctionnaires : deux patriciens et quatre plébéiens. En accordant cette concession aux métiers, le gouvernement trouva l'occasion d'agrandir son influence sur l'administration communale. D'après les conclusions de ses commissaires, les hgnages étaient tombés en une telle décadence, qu'il ne se trouvait pas vingt et un patriciens aptes à former la liste des candidats à la magistrature, et un placard du 16 avril 1332 décida qu'à l'avenir l'échevinage ne serait plus exclusivement réservé aux membres des lignages, mais serait conféré à toute personne noble '.
' Sopitur quantocius motus Cœsare qui isthic erat , vectigal taoquam iniquum improbante. Chapeauville, III, 3n. — Hist. de Bruxelles,!, HS,
L'année suivante (1532), le prix élevé des grains et de nouveaux règlements sur la vente des céréales émurent le peuple ; bientôt il ne se borna plus aux murmures. Le 8 août, vers midi, un rassemblement considérable se forma aux environs de la halle aux blés, et la populace envahit la maison d'un Malinois, nommé Jean Morre, qui était signalé à la vindicte publique comme accapareur. La dévastation fut complète, et Jean Morre, arraché de sa demeure, traîné jusqu'au cloître des récollets, accablé d'injures et de coups. Plusieurs maisons, entre autres celle du boulanger de la reine, maître Berthout, subirent les mêmes dégâts sans que personne tentât de s'y opposer. Lorsque enfin les magistrats ordonnèrent au lieutenant amman , Jean Van Waelhem , de dissiper les rassemblements, ils étaient devenus si formidables qu'il fallut y renoncer. Alors on se borna à fermer les portes de la ville pour empêcher les campagnards de se joindre aux pillards, et les serments furent appelés aux armes. En ce moment Marie de Hongrie revenait d'une partie de chasse. Elle se courrouça surtout contre la mollesse du magistrat, et envoya sur-le-champ quelques hommes d'armes reconnaître l'élat de la ville. Le tumulte grossissait, et il dura toute la nuit ; mais le lendemain, l'amman Henri de Witthem, se mit à la tête des serments, dispersa les émeutiers et en arrêta quatorze ou quinze. Cet acte de vigueur imposa à la multitude, et la tranquillité se rétablissait, quand des prétentions de la reine rallumèrent la sédition.
Marie de Hongrie exigea qu'on lui remît les prisonniers, pour les faire punir comme coupables de lèse-majesté, et cet ordre, contraire aux privilèges de la commune, jeta les magistrats dans une grande perplexité. Opposer un refus à la demande de la reine, déjà mécontente de leur conduite, c'était
encourir sa colère ; y accéder, c'était exciter la fureur du* peuple. Dans cette alternative, ils cherchèrent un atermoiement et demandèrent un délai jusqu'à deux heures de Taprèsdînée. Mais à peine eutron connaissance des exigences de la régente, que l'agitation qu'il y avait dans les masses gagna les corps de la bourgeoisie. Comme les oflSciers chargés de recevoir les prisonniers sortaient du palais, un bourgeois les accosta et leur conseilla de se retirer au plus vite, s'ils ne voulaient pas s'exposer à un mauvais parti : « Le peuple, leur dit-il, ne permettra pas que les. pillards soient distraits de leurs juges. » En effet, les serments elles métiers se prononcèrent dans ce sens, et l'émeute fut bientôt générale. Une troupe d'hommes armés de piques et de bâtons, conduite par un nommé Berthoud Beeckmans, assaillit l'hôtel de ville en criant : « Rendez-nous les prisonniers! Tuez! Tuez ' ! » Les portes furent enfoncées, les détenus délivrés, et Tamman, les bourgmestres, les échevins ne se dérobèrent q\xe par une prompte fuite à la rage des assaillants ^.
Étonnée de l'extension que prenait cette affaire , la reine envoya aux métiers Antoine de Berghes et le seigneur de Sempy ^, pour leur exprimer sa douloureuse surprise, et les
» « lerst van Bertelen Beeckmans, die vap den jerslen van der commotien was, en smeet vj • aùgxtsty des àchternoenens, op de poerte van de stadthuys, met zynder javelyn ende stack ende riep : Laet onse gevange buyte. Slael doot, slaet doot.
« Van Louys Coppens , die hem selven pensionaris van den mnytmaekers maecte doende, het woordt voer hen lyeden, seggende en gaende van deen ambachts camere totter andere: Goede mannen^wy willen onse gevangenbuyt hebben, en willen wy niet (die metter gemeynten sy willen die steken hen vingeren oppe;) en die metten heéren syn willen die steken hen vingèren neder, die daer om opde merct metten sweerde geexecuteert wordden daer om albier, nyet, » Compte de l'amman Henri de Witthem (n® 42707), précité, f«» j et ij.
' Histoire de Bruxelles.
^ Antoine de Croy, seigneur de Sempy, de Tours-sur-Marne et de SaintrPiat,
TROUBLES m BRUXELLES. 27
assurer de son inteation de redresser leurs griefs. Ces deux seigneurs trouvèrent les nations exaspérées; dirigées, paraît-il, par Louis Coppens et Mathieu de Waelsehe^ elles exigèrent qu'on leur remît un domestique de la cour arrêté la veille en flagrant délit de pillage, par. les hommes d'armes et conduit au palais. C'était la contre-partie des prétentions de la princesse : elle avait réclamé des inculpés justiciables des magistrats, les métiers réclamaient un inculpé justiciable du prévôt de l'hôtel. A neuf heures du soir , trois confrères de» serments, escortés par dès bourgeois « armés et embastonnés, « se présentèrent au palais, porteurs des réclamations dé la commune. Outre la remise de ce prisonnier , elle demandait une nouvelle promulgation du règlement de 1 509 renouvelé en 1525; le rétablissement des pouvoirs conférés, à cette époque, aux receveurs; Tabolition des offices de secon4 bourgmestre et de conseiller; la réduction des traitements du premier bourgmestre et des échevins à l'ancien taux, avec défense, de rien exiger pour l'administration de la justice; l'annulation des pénalités établies par les ordonnances de 1517 et de 1518, et de tous les nouveaux règlements sur la vente des grains. Admis devant la reine, les députés, tout en réprouvant l'émeute, exposèrent l'objet de leur mission et la pressèrent d'accueillir leurs demandes. Après avoir éclaté en reproches, Marie de Hongrie, avertie des dangers d'un refus, suivit l'avis de son conseil, et invita les députés à revenir le
second, fils du prince de Chimay. Il est la souche des princes de Solre. — Il était fort aimé de Marie de Hongrie, qui fit peindre son portrait, en 4534, par Bernard Van Orléy. Compte de Jean de Ghyn. M. Gachard, Rapport sur les Archives de Lille ^ 265.
• « Item, 3« september, betaelt om te examineren Louys Coppens, die pénsionar geweest hadde van den muytmaekers, en Matheeuse Dewalssche, die booghe woerden gespreken hadden. » Compte de H. de Witthem, f» xxj ▼•.
lendemain lui présenter leurs réclamations par écrit. Cette réponse satisfit les métiers ; la foule se dispersa et le calme reparut.
Ce n'était qu un temps d'arrêt. Dans la matinée du 7, la commune reprit les armes, et les délégués des métiers, de concert avec les receveurs, rédigèrent une requête exposant les réclamations^ présentées la veille à la régente. Ils insistèrent particulièrement sur la suppression des dispositions réglementaires interdisant aux nations de délibérer en commun sous la couronne. Marie de Hongrie prétendit d'abord n'avoir pas autorité pour statuer sur ces demandes, et se borna à promettre de les appuyer près dé l'empereur. Il s'ensuivit une vive discussion, dont le bruit se répandit en ville et réveilla le tumulte. La maison du lieutenant-amman fut pillée, dévastée, et de plus grands désordres étaient imminents, lorsque la reine se résigna à céder. Le magistrat s'empressa de publier l'acte qui admettait toutes les demandes des nations, et les compagnies bourgeoises, courant aussitôt sus aux pillards, rétablirent promptement l'ordre. Les centeniers et les dizeniers, supprimés par le dernier règlement, avaient repris leurs fonctions , et ils coopérèrent si activement à ce résultat , qu'une ordonnance du 5 septembre enjoignit aux centeniers d'assister au conseil de la ville, et prescrivit aux dizeniers et aux autres bourgeois de leur prêter main-forte.
Le lendemain matin, les nations reprirent possession de leur couronne, et l'amman et le magistrat annoncèrent à la reine qu'ils allaient procéder au châtiment des coupables. Trente-huit à quarante pillards furent arrêtés et jugés immédiatement; pour prévenir tout nouveau désordre, les portes de la ville restèrent fermées; les postes furent doublés ou augmentés et le gouvernement ajouta douze hallebardiers à
la garde de Tamman *. Louis Coppeus et Mathieu De Waelsche furent appliqués à la torture ^, et le premier paya de sa tête (6 septembre) l'honneur d'avoir été nommé pensionnaire durant les troubles '. Les jours suivants, d'autres exécutions eurent lieu en présence de délégués envoyés par la reine, à la demande des nations, et la potence resta dressée jusqu'au 4 octobre ^ En outre, plusieurs pillards furent pendus dans
' Histoire de Bruxelles.
« Item, betaelt tweelf hallebardiers, die den voerschreven ammaD syn te onderhouden beghinnen den xvj daghe van oighst lestleden totten xxiij daghe van decembri lestleden excluys, om dagelyckx by hem te zyne ende hem te dienen en te assisteren, om te zekerlyker te mogen procederen ende corrigeren die ghene die de comotie ende de pileringhe voerts gekeert hadden, ende oyck tôt versekerheyt Tan zyn perseone. » Compte de H. de Witthem , f» xxiij.
' Voir note i , page 27.
^ « Item, betaelt vj september, om op de merct metten zweerde te executeren, Louys Coppens, die pensionnar was, ende atobachten tôt comotien vertbercke. » Compte de H. de Witthem, f* xxj ▼?.
* Histoire de Bruxelles.
En van Janne Hommes ende Peeteren Van den Home, geheetenGranken, die in de Pondermert ende tôt lieutenant gepileert hadden, die daerom geduempt waren metten zweerde oft baste, ter belieften van den amptman geexecuteert te wordden, ende dyen navolgende metten zweerde op te merct geexecuteert syn geweest, daer om alhier niet. — Item, van Bastiaen de Zagere, Bertelmeeus Ghilbeerts, van Vyanen, ende Henrick Lammerdonck, geheeten Tanteruywagene, die in de Pondermerct gepileert hadden, die daer om op de merct metten batse geexecuteert waren, daer om alhier nyet. — Item, van Gielen, silversmet, ende Janne Vanderzyen, die oyck in de Pondermerct en tôt Bertelemeeus pastenbeckers gepileert hadden, die daer om op de merct metten baste geexecuteert wordden , daer om hier nyet. — Van Lanceloot Van den Bossche ende Peeteren De Vriese, die insgelyckx in de Pondermerct gepileert hadden, ende die comotie hadden hulpen maeken, die dair op die merct metten sweerde geexecuteert wordden, daer om alhier nyet. » Compte de Henri de Witthem, fo'jetj V».
« ïtem, xvij« augusti, om metten zweerde te executeren op de merct, Bertelen Beeckmans, die van den jerst was die op der stadhuys smeten, Janne Hommes ende Peeteren Van den Home geheeten Granken. » Ibid., f« xx v».
« Item, XX* augusti, betaelt om op de merct metten baste te executeren VI. 2
la cour des bâilles du palais \ et les campagnes qui avaient fourni leur contingent à Témeute , le fournirent également à réchafaud. Un épisode touchant poétisa ce sombre drame. Un jeune ouvrier d'une papeterie établie à Linkenbeek avait été pris parmi les pillards et condamné à mort. Livré au maire de Rhode, et conduit au lieu du supplice, il fut sauvé par une jeune fille qui vint, les cheveux épars et la tète couronnée d'épis de la nouvelle récolte, demander à l'épouser ^.
Cependant, Marie de Hongrie s'était empressée d'informer son frère de ces troubles, et de lui envoyer copie de la requête des métiers. La réponse de Charles-Quint ne se fit pas attendre : il ordonna à la régente d'infliger un blâme sévère au magistrat, de poursuivre avec rigueur la commune, et déclara nulles et non avenues les concessions faites à l'émeute. La reine se retira aussitôt à Binche, et les bandes d'ordonnances de Gavre et d'Aerschot s'approchèrent secrètement de Bruxelles, où le mécontentement continuait à se
Bastiaen de Zagere van Stockele; Bertelmeeus Gbilbeerts, Gheeslants van Vyanen, en Henrick Van Lammerdonck, die in de Pondermerct gepileert hadden. » Ibid., f» xxj.
« lisem , om ten selven dage op de merct metten zweerde te executeren Bastiaen Van Coudenberghe, die tôt lieutenant gepileert hadde. » Jbid.
u Item, betaelt ten selven dage (24 août), om Gielis, silversmet, en Janne Van de Velde te examineeren, die gepileert hadden. » Ibid
« Item, xxiij augusti, betaelt om te examineeren Peeteren De Vriese, die oick gepileert hadde. » Ibid., f<* xxj.
a Item, xxvij* augusti, betaelt om op de merct te executeren metten baste, Janùe Van der Zyen en Gielis, silversmet, die gepileert hadden. » Ibid., f» xxj.
« Item, betaelt om ten selven dage (27) op de merct metten zweerde te executeren, Lanceloot Van den Bossche en Peeteren Pe Vriese, die gepileert hadden. » Ibid., f® xxj ?♦».
■ Histoire de Bruxelles.
' Anecdola Bruœelletma, Manuscrit précité. — M. Wauters, Histoire de environs de Bruxelles, III, 339.
manifester par des libelles incendiaires. Le marquis d'Aerschot prit le commandement de ces gens tfarmes, que d'autres troupes se tenaient prêtes à renforcer \ et leur attitude ne laissa bientôt plus de doutes sur les intentions du gouvernement. Lui résister était impossible : la commune bruxelloise ne pouvait en ce moment tenir tête au prince devant qui Soliman venait de reculer.
Au mois de novembre, le magistrat envoya à Binche une députation chargée de présenter ses excuses à la reine et de lui offrir un faucon blanc coiffé d'un chaperon d'or. A peine l'orateur avait-il pris la parole, qu'elle l'interrompit et, d'un ton sévère, lui notifia sa résolution de ne s'interposer en faveur de la ville qu'après sa complète soumission. Puis , pour donner plus de poids à cette déclaration , elle se rendit à Mons avec les mandataires du gouvernement. Malgré les périls de la résistance, la commune bruxelloise hésita assez longtemps; ce fut le 7 décembre seulement qu'une nouvelle députation, à laquelle s'était adjoint le pléban de Sainte- Gudule, Martin Cools, se rendit à Mons, munie de pleins pouvoirs pour traiter de sa réconciliation. La régente renvoya ces députés à une commission composée de l'archevêque de Palerme, du marquis d'Aerschot, du comte d'Hoogstraeten, d'Antoine de Berghes, du chancelier de Brabant, Jérôme Van der Noot, et du seigneur de Neufvilie, trésorier général des finances. Après de longues discussions, le 27 décembre, le projet de pacification fut enfin arrêté.
Le 31 , trois échevins , deux receveurs , deux membres du lai^e conseil, neuf députés des nations et le pensionnaire de
' Compte d'Antoine de Berghes (n« 45209), f» viij.
Bruxelles se présentèrent devant la reine, entourée des chevaliers de la Toison d'or, de ses conseillers, de ses gentilshommes et du magistrat de Mons. La députation s*étant agenouillée, le pensionnaire donna lecture d'une requête de l'administration communale, qui demandait grâce pour son inertie devant l'émeute et pour les offenses commises envers la princesse. Puis le décret du 7 août fut déchiré, et Marie de Hongrie accorda le pardon, sous les conditions imposées par l'acte de pacification. Le 8 janvier suivant, elle revint à Bruxelles, menant à sa suite plusieurs bannis qu'elle avait relevés des sentences prononcées par la magistrature municipale. Un des bourgmestres, deux échevins, deux conseillers, un receveur, dix-huit membres du large conseil , douze de chaque nation , la reçurent hors de la porte d'Obbrussel (porte de Hal). Depuis cette porte jusqu'à l'église de Sainte-Gudule , les rues étaient bordées de bourgeois, pieds nus, tête nue, vêtus de robes noires en signe de deuil et des torches de cire blanche à la main. Le 20, la ville scella la promesse de reconnaître aux ducs de Brabant ou à leurs lieutenants le droit de gracier les homicides ' , la juridiction sur les coupables d'attentat aux droits du souverain, et la faculté de relever des sentences de bannissement prononcées par les magistrats. Il fut convenu d'ouvrir une enquête pour déterminer les prérogatives du gruyer, du maître des forêts et d'autres officiers de l'empereur, dont les empiétements sur l'autorité communale étaient, depuis l'avènement de la maison de Bourgogne, une source incessante de difficultés et de conflits. La commune se soumit, en outre, à payer une amende de 4,000 carolus d'or, et renonça à une rente annuelle
' Celte clause annulait les chartes dv mevrtre octroyées par les ducs de Brabant Wenceslas et Antoine de Bourgogne
de 600 écus d'or hypothéquée sur le domaine, pour capitaux prêtés à Charles le Téméraire \
Par lettres du 20 janvier 1 533 , Charles-Quint homologua toutes ces mesures et remercia le marquis d'Aerschot de son concours *. Les poursuites contre les pillards se continuèrent sans relâche jusque dans le mois de mai 1535^, plusieurs individus périrent encore par la corde ou par le glaive * ;
' Déclaration du magistrat (original avec sceau) et sentence de l'empereur. Archives du royaume. - Die nieuwe Chronycke van Brabandt. — Histoire de Bruxelles.
* Archives de la maison de Caraman, Extrait donné par M. Gachard. Bulletins de la Commission d'histoire, XI, 225.
'" Compte de H. de Witthem.
* «Item, vij« septembr. , betaeit om te examlneren Jan Cop, die oick befaempt was van der pieleringen. » Ibid., f« xxj ▼». — « Item, betaeit xiiij september, om op schavot te stellen Margrieten Tscbooners, Margrieten Ketels en Janne Van der Heyden, die den Mechelere gesmetd hadden, daer buyt die comotie spruyte. •— Item, betaeit om xvj septembr., wederom op schavot te stellen die voerscbreven Margrieten Tscbooners, Margrieten Ketels en Janne Van der Heyden voerscbreven. — Item, xvij • septembr., betaeit om voer de derde reyse op schavot te stellen Margrieten Ketels. » Ibid. — Item, xx« decembr. geexamineert Lanken Horrekens en Gillen de Wene, die beyde pileringhe befaempt waren. » Ibid., ï* xxij. — « Van Janne Vanderhoustraten, die tôt lieuten. septima augusti, een geschilderde tafel gepileert hadde, die daer om op de merct metten zweerten geexecuteert is geweest, ende oyck gheen goet en hadde, daer om hyer, nyet. » Ibid., de 4532-4533, f° ij »*.— « Van Peeteren Cricke, die tôt lieuten. gepileert hadde, die daer om op de merct metten zweerde geexecuteert is geweest. » Ibid. y t^ iij. — « Van Lucas Moickeman, die tôt lieuten. in de comotie gepileert hadde eenen tabbaert, die daer om op Flotsenberch metten batse geexecuteert is geweest. » Ibid., f" iij »<>. — « Item, xiiij» marcy betaeit, om op de merct metten zweerde te executeren Janne Van der Houstraten, die gepileert hadde. » Ibid., ^ xxvj. — « Ilem, x« may betaeit om te examineren Peeteren Cricke, midts dat by gepileert hadde. — Item, betaeit xix" may, om metten zweerde te executeren op Flotsenberch Peeteren Cricke, midts dat hy tôt lieuten. gepileert hadde. » Ibid., ^ xxvij. — Item, betaeit ten selven daghe (46 juillet), om te examineren Luycken Moickeman, die gepileert hadde. — Item, betaeit, xvij july, om den voerscbreven Luycken Moickeman metten sweerde op Flotsenberch te executeren. » Ibid., f» xxviij v. — « Item,
beaucoup d'autres furent bannis ^ Marie de Hongrie ne pardonna pas aux serments leur conduite : le 1 " avril 1 533, sous prétexte d'abus existants dans leur organisation et d'affiliation de confrères à plus d'une compagnie, elle ordonna leur dissolution. Puis, on organisa de nouveaux serments où, durant le terme d'un an, « toute personne honnête, notable » et reconnue admissible par les commissaires désignés à cet effet, put être reçue sous la seule obligation de prêter serment au duc de Brabant et à la ville , de s'engager à les défendre envers et contre tous, de payer un droit d'entrée et une taxe annuelle de six sous. Tandis que le gouvernement s'arrogeait ainsi le droit de former ces compagnies de ses créatures, la rentrée des anciens confrères fut soumise à un examen préalable de leur conduite. Enfin , le nouveau règlement conféra au magistrat le choix des tireurs à gages, et la nomination des chefs-doyens annuels. D'un autre côté , les centeniers et les dizeniers , dont l'utilité avait été reconnue, furent légalement rétablis par un édit du 7 du même mois, cpii leur remit le commandement des sections et le jugement des différends de peu d'importance entre les habitants de leurs quartiers;
betaelt iiij* septembr., om te examineren Adam Pennickgout, die daer toe gewesen was midts dat hy van der pileringen befaempt was. — Item, betaelt selven dagh, om te examineren Lippen Neefs. » Ibid.. P xxix. — « lerst, van Peeteren Cricke, die in de Pondermerct hadde hulpen pieleren een sister coerens ende een sack een oorcusse ende drye servietten, dwelck hy al behouden hadde sonder tselve navolgens des publicatien ter puyen gedaen, iHnnen derden daghe te restitueren , den selven daer om op Flotsenberch metten zweerde geexecuteert. »/Wd., de 4533-4534, f»j.— « Item, betaelt penultima decembr., om te examineeren Melsen Van der Meren, alias Crouw, die befaempt was van pileringen. — Item, xviij february, anderwerf geexamineert Melsen Van der Meren, die wedercopen hadde tgene dat hy te voeren bekent hadde. » /Wrf. , de 4534-4535, f-xvj^o.
' Ilisloire de Bruxelles.
mais cet élément démocratique resta exclu des conseils de la commune ^
La rigueur déployée contre la commune bruxelloise avait été dictée surtout, par les craintes qu'inspirait au gouvernement la simultanéité de ces mouvements populaires, éclatant sur divers points du pays. Par une politique qui s'est maintenue dans la maison d'Autriche , il s'ingéniait à nourrir la rivalité d'intérêts et de races entre les différentes provinces ; en ménageant la Flandre et le Brabant, quand la Hollande exhalait des plaintes menaçantes; en accordant, au contraire, des avantages à ce comté et en réveillant la jalousie des provinces wallonnes, lorsque les lions de Flandre et de Brahant se prenaient à rugir, il retardait une union destinée à devenir la base de notre indépendance. Mais si ces troubles n'avaient pas encore le caractère de l'insurrection, la révolte d'une des grandes communes pouvait produire de graves complications. Malgré les nombreuses atteintes portées à ses privilèges , la démocratie était encore puissante, et l'avenir prouvera qu'elle n'avait rien perdu de son énergie. Ne trouverait-elle pas d'ardents auxiliaires parmi les dissidents exaspérés? Le cri de liberté n'aurait-il pas de l'écho chez les populations de la Frise et de rOveryssel mal assouplies encore à la domination étrangère? Enfin , toute tentative d'émancipation ne seraitelle pas favorisée par les nombreux ennemis de l'empereur, èffVayés de sa puissance? Le duc de Gueldre était abattu, non dompté, et le gouvernement des Pays-Bas suivait d'un œil inquiet ses intelligences en Danemark et à Lubeck. La question du divorce de Henri VHI entretenait 1ine aigreur croissante dans les rapports de ce prince avec le neveu de Catherine
' Luyster van Brabandt, 420-123. — Histoire de Bruxelles,
d'Aragon. A la ligue catholique d* Augsboui^ , les protestants allemands opposaient d'autres ligues « pour la conservation des libertés du corps germanique , » et , invoquant d'anciens traités, ils appelaient à leur défense les rois de France et d'Angleterre. Les de la Marck n'attendaient que l'occasion de relever la tête, et François V" ne dissimulait plus son impatience de déchirer le traité de Cambrai.
« Ceux qui, par longue expérience, avoient la connoissance des choses du monde, dit Martin Du Bellay, pensoient que le roy ne pouvoit autrement qu'il n'eust quelque ressentiment du traitement que l'empereur luy avoit faict en la rédemption de messieurs ses enfans. » Aux yeux de ce prince , la paix des Dames avait été une concession faite sous l'empire de la nécessité. Le traité était à peine conclu, que, suivant sa coutume, il avait protesté secrètement contre plusieurs articles, entre autres, contre la renonciation à toutes ses prétentions sur le duché de Milan. Cette renonciation était, selon lui, « injuste, injurieuse pour ses successeurs et nulle par ellemême. «'Lorsque l'acte de ratification fut enregistré au parlement de Paris, semblable protestation fut rédigée, avec le même secret, par un des jurisconsultes de la couronne \ François I" croyait- il « qu'en employant un artifice indigne d'un roi , tendant à détruire la foi publique et la confiance réciproque qui sert de base à tous les contrats entre les nations, il était réellement dispensé de touto obligation d'accomplir ses promesses les plus solennelles et de remplir ses engagements les plus sacrés " ? b II faut le croire, car il ne cessa depuis de redoubler de duplicité et de multiplier ses déloyales intrigues.
• Du Mont, IV, 2« partie, 52.