Histoire du règne de Charles-Quint en Belgique
Si brillantes que fussent les qualités déployées dans son rôle politique, si aimables que fussent les grâces de sa personne et de son esprit, Mai^erite doit à d'autres causes sa grande célébrité. Inférieure, sous plus d'un rapport, à Marie de Hongrie, si elle a éclipsé sa nièce, dont tant d'historiens ont parlé avec indifférence et que la plupart des biographies ne mentionnent même pas, c'est qu'elle se montra la protectrice éclairée des lettres et des arts; or les littérateurs, les artistes ne sont pas ingrate. Que de réputations, moins méritées, n ont pas d autre origine ! Que de piédestaux ont été élevés par l'art et la poésie 1 Mais aussi, qu'attendre de princes ne partageant pas les goûte naturels aux positions élevées ? La lumière est une , et s'ils sont aveugles pour
apprécier les fruits de rinlelligenee, en quoi seronl-ils clairvoyants ? Organisés d'une manière incomplète, ils végéteront dans Tobscurité, indifférents à leurs peuples, plus indifférents encore à fhistoire qui ne s'en occupe que pour les classer dans leur case chronologique.
En Belgique, les lettres avaient été cultivées sur les marches du trône, quelquefois sur le trône même. A la cour des ducs de Brabant, des comtes de Flandre, de Hainaut, de Namur, chantaient les trouvères du xni* siècle, et ils y rencontraient d'augustes rivaux. Au xiv* siècle, Froissart couvrit de sa gloire la cour de Philippine de Hainaut; et, dans le siècle suivant, nos provinces réunies sous Philippe le Bon avaient devancé la plupart des autres contrées , dans le grand mouvement de la Renaissance. Arrêtées dans leur essor, par la passion belliqueuse de Charles le Téméraire , exclusif dans son admiration pour les écrivains militaires, arrêtées aussi par les troubles qui marquèrent la fin du XV' siècle, les lettres se relevèrent sous Philippe le Beau, et les faveurs accordées par Mai^uerite d'Autriche à la culture de l'esprit contribuèrent au lustre du règne de Charles-Quint.
La Belgique, trop souvent traitée depuis cette époque comme une autre Béotie, était alors, aux yeux de l'Europe, un foyer de lumière et de civilisation. « Les Belges, dit Guicciardin, les Belges, dont le pays est plus excellent que tous les pays voisins, ont inventé la peinture à l'huile, la cuisson des couleurs dans le verre, les tapisseries, les soies, les seines, ostades et demi-ostades si profitables, les draps frisés ; diverses hngeries. Les vents leur doivent leurs noms. On leur attribue l'invention de la boussole, des horloges et des cadrans. Ils ont une aptitude singuhère à produire tous les instruments propres à faciliter ou à abréger le travail.
Leurs ustensiles de cuisine sont des chefs-d'œuvre admirés et imités par l'étranger. Les enfants de quatre à cinq ans commencent déjà à gagner leur vie La partie de l'ancienne Belgique , qui est restée au roi Philippe II , est plus puissante, hardie, belliqueuse, civilisée, plus noble et plus illustre que le reste de la Belgique, et par la multitude de grands hommes qu'elle a produits, et par la mullilude de ses villes belles et grosses, de ses villages si peuplés. » Après avoir parlé des peintres italiens, « qui savent imiter la nature d'une manière si parfaite, qu'indépendamment de la couleur et de la forme convenables, ils expriment encore les gestes et les sentiments de manière à faire croire que leurs tableaux sont des choses vivantes, » Luther ajoute : « la Flandre suit la trace de l'Italie. Ceux des Pays-Bas, les Flamands surtout , ont l'esprit éveillé ; ils ont aussi de la facilité pour apprendre les langues étrangères. On dit en proverbe : Si l'on portait un Flamand dans un sac à travers ritalie ou la France, il n'en apprendrait pas moins la langue du pays '. >
Le mouvement littéraire du xvi* siècle avait été préparé par d'heureuses circonstances. Le bon goût et la saine littérature apportés à l'Italie par les savants échappés des ruines de Constantinople, se propageaient à peine dans les contrées voisines, que l'invention de l'imprimerie venait marquer, d'une manière éclatante, la fm du moyen âge. Introduite en Belgique, par Jean de Weslphalie, rapidement répandue, par son habile élève et associé Thierry Maertens d'Alost, et par le Brabançon Louis de Vaelbeke (qui paraît avoir fait les
• ConversaUoD de Luther, extraite des Tischreden, 424 »°, par M. Micheiet, Mémoireê de Luther. Additions et éclaircissements, 461-462.
premiers essais de cet art, avec des caractères mobiles ou fiches en bois), Timprimerie avait donné à la pensée l'ubiquité et la perpétuité; elle avait pénétré partout, et partout elle avait ouvert le champ aux idées, multiplié les sources de rinstruction , rendu la vie aux manuscrits enfouis dans la poussière des bibliothèques, créé une ère nouvelle à Tesprit humain, qui allait recevoir des luttes de la réforme une salutaire impulsion. Riches et libres, les Belges étaient trop avides des jouissances de Tesprit, pour négliger cet admirable moyen de propagande intellectuelle, et le grand nombre d'imprimeurs que la Belgique produisit au xvi* siècle, constate ses rapides progrès dans Tart de la typographie \ Ses imprimeurs, répandus à l'étranger, y justifièrent bientôt la réputation de leur patrie *. En vain les persécutions reli-
» La Flandre et le Brabant devancèrent les provinces wallonnes dans l'appréciation des bienfaits de l'imprimerie; à Liège, état ec<*lésiastique, elle ne s introduisit que fort tard. Le premier livre qui paraît y avoir été imprimé, est un Bréviaire à Tusage des chanoines de Saint-Paul, publié en 4560 et 4564 par Gautier Morberius (M. H. Helbig a donné la description de ce bréviaire, Messager des sciences hist , 4847, 243-248). Auparavant elle n'avait eu que des imprimeurs nomades qui transportaient leurs presses de ville en ville, et que l'on rencontre fréquemment dans le commencement du xvi« sièoie.
' Gérard de Flandre imprima à Trévise de 4474 à 4492 (Van Hulthem, note manuscrite. Voir le n" 34403 du catalogue de la bibliothèque royale), et Amoul, de Bruxelles, qui s'établit à Naples vers la fin du xy* siècle, édita des ouvrages d'une beauté et d'une correction inconnues à l'Italie ( Histoire de Bruxelles). Vers le commencement du siècle suivant, Rol)erl De Keysere, de Gand, dirige à Paris l'imprimerie césarienne, dont les bailleurs de fonds étaient Josse Badius. d'Assche, et son associé, Jean Petit ( Messager des sciences historiques, 4846, 375-376). Ce fut Josse Badius qui le premier y substitua aux caractères gothiques l'usage des caractères romains •. Laurent Vanderbcke (Torrentius), de Bruxelles, imprima à Florence, de 4548 à 4564, ses belles et élégantes éditions si justement estimées pour leur correction et pour l'excel-
* Son 6li Conrid, qui lui succéda en IK58, fut obligé, lors des (roubles de religion, de se retirer A Genève (IK61), ot il imprima les oeuvres de Calvin. Ses trois filles épousèrent trois célèbres imprimeurs: Robert Eslieniie, Micbei Vascosan, et Jean de Roigny. Var Hvltiii, I. e.
gieuses s'acharnèrent-elles contre ces propagateurs de la pensée : rien ne put arrêter l'essor de la presse, chez un peuple que la liberté avait déjà rendu apte à conquérir toutes les connaissances humaines V
lence des caractères et du papier (Van Hulthbx, 1. c). Daniel Bomberg, d'Anvers, mort à Venise en 4549, est célèbre par sa publication hébraïque de la Bible et des rabbins *. Enfin , on sait Téclat dont brilla rimprimerie de Plantin '*, de cette « imprimerie sans pareille en Europe, dit Guicciardin, où il y avait le plus de presses, de caractères différents, de cases, et d'autres instruments, où tant d'hommes savants étaient entretenus, à grands gages et salaires, pour revoir et corriger les livres en toutes langues, sans exception, soit littérales ou vulgaires, dont on évaluait la dépense à cent cinquante écus par jour, et d'où sortaient des publications qui se répandaient dans toutes les parties du monde. » — F. M. P.-C. Vandermeersch, les Impr, belges à l'étranger.
' La liste des imprimeurs de cette époque est longue déjà et chaque jour vient y ajouter de nouveaux noms. Ce sont : Balthazar de Bologne (4547); Guillaume Cordier (4544), à Binche; Rutger Rescius (4545), à Louvain ; Josse Destrée (vers 4546), à Ypres; Jacques Balhenius (4552), à Maestricht; Adrien Van den Berghen (4504); Henri Echard Van Hombergb (4507) ; Nicolas de Grave (4543) ; Guillaume Vostermans (4548); Michel Hillenius (4549); Simon Cock ou Coeck; Jean de Ruremonde; Jean Graphée (4522) ; Jean Van Ghelen (4525); Jacques Van Liesveldt (4526). H fut décapité en 4545 pour avoir imprimé en 4542 la Bible en flamand. Voir chapitre xxxvi) ; Michel Van Hoogstraeten (4527); Jean Heymeric (4528); Godefroid Dumée (4529); Jacques Doesberg (4530); Martin de Keyser (4534); Jean Steelman (4533); Nicolas Corvin (453J1) ; Henri Peetersen ou Pectersens (4535) ; Jean Steels; Guillaume .Mcotanus (4539); Jean Gymnick (Gimnicus); Jean Crinitus (?) (4540); Antoine Goynus, Goirius ou Goris; Antoine Vanderhaegen ; Godefroid Vanderbaegen (4544) ; Jean Batman; Jean Van Loo (4542); Grégoire Bontius; Égide Copenius (4543); Etienne Niderman (4544); Égide Van Diest (4545); Martin Satins (4546); Christophe Plantin; Henri Pierre; Jean de Grave (4550) ; Jean Hyckaert (4554); Jean Verusthaghen ou Witthagen (4532); Jean de Laet; Gérard Speelman (4554); Guillaume Spielmans; JeanLudius;JeanLucio (4555), à Anvers.
Produit des patientes recherches d'un savant bibliophile (de Reiffe>behg,
* Il cmplojait moycoi, dil-on, cent (!) Uraélilet A la foif , pour corriger et Induire les livret qu'il iaprmiaic, et Ton aasure qoUI en publia pour quatre millions d'or. La MATBoa, Ut Belgttt SI9.
** Cbristopbe Planiin, venu de France A Anvers, y fut admis à la maîtrise en 1K50, et obtint, l« S avril de la même année , un octroi particulier de Cbarles-Quînt. Kotr di RiirviaasfeS, Â9Mmmindê lu hiUiothiqu* rojfoU, ann. 1847.
L'imprimerie avait rapidement répandu le goût des livres, et d'importantes bibliothèques s étaient déjà formées'. Elle
1. c, aoD. 4847). cette liste est loin d'être complète, et les noms nouveaux de Henri Mameranusou de Mamer, qui s'établit à Cologne; Lambert Bosse, de Gand. qui fut tout à la fois typographe, grammairien, poète et graveur sur bois (M. Vaxderbaeghex , Bibliographie gantoise,', Hubert de Croc: Érasme Van der Eecke, qui fut poursuivi comme • imprimeur de lutherie ;roir rh. xxxix;] • Hubert, l'imprimeur qui subit le martyre à Bruges (ibid.); Etienne Meerman, qui imprima en 4543 la traduction en espagnol du Nouveau Testament de François d'Enzinas; François Fraet, qui fut décapité comme luthérien en 4557 ; Antoine de la Haye; Martin De Keyzer, qui, ainsi que Guillaume Vostermans, imprimèrent les livres et les pamphlets des protestants . ne la cloront pas définitivement.
' Anvers avait déjà à la fin du tk* siècle une bibliothèque publique remontant, parait-U, à Tépoque de l'établissement en cette ville de la typographie du célèbre Thierry Maertens (4476). Les archives communales mentionnent la collection de livres que lui légua, en 4480, le pensionnaire Guillaume Pauwels. Cette bibliothèque était à l'hôtel de ville, et l'on suppose qu'elle avait été dispersée, lorsqu'en 4505, on en forma une nouvelle qui éprouva le même sort, pendant les troubles du règne de Philippe II, ou périt dans l'incendie de l'hôtel de ville en 4576. (Dikrgxsb^is, Anttoerpia sacra. — M. A. Voisins, Notice sur la Bibliothèque d'Anvers. Messager des sciences historiques, 4839, 496.' Thomas Moore rapporte avoir vu, en 4545, dans la maison de Busleyden, à Malines, « une bibliothèque bien fournie et choisie avec un esprits! supérieur a toutes les bibliothèques, qu'il en fut frappé d'admiration. • (De Reiffe.^bbrg. Nouvelles Archives historiques, 4839, 496.) — Jean Harie, de Gorcum, bibliophile, avait réuni, dit-on, une si grande collection de livres, que lorsqu'on les transporta à La Haye, après sa nomination de chanoine de la cour en ce a village royal, >» les passants extasiés s'écriaient : •> Qui eût jamais pensé qu'il y avoit tant de livres au monde ! • et qu'on lui donna le sobriquet de Jean des Livres. A sa mort, arrivée en 4532, il légua sa bibliothèque à Charles-Quint, qui la laissa à La Haye. (Davitv, 1. c] — Enfin, un document établissant d'une manière plus incontestable encore l'existence de ce goût éclairé, c'est l'inventaire dressé en 4505, de la maison mortuaire de Corneille Haveloes, auditeur ordinaire de la chambre des comptes en Brabant. Cet inventaire comprend un catalogue de livres, avec l'indication des prix, circonstance précieuse, car les données sur leur valeur vénale à celte époque sont fort incomplètes. Cet inventaire transcrit aux Archives du royaume par le savant Schayes, a été communiqué à la commission royale d'histoire par de Beiffenberg. Voir les Bulletins de cette commission, 4« série. II, 450 et suiv.
amena aussi une révolution dans Tart du relieur : aux somptueuses reliures couvertes d'or, d'ai^ent, de soie ou de velours, se substituèrent le parchemin et le cuir; et le carton remplaça les lourdes planchettes de bois formant la base des reliures antiques. Si les couvertures des livres ne furent plus aussi riches, Télégance ne leur fit pas défaut; les reliures de cette époque sont remarquables par leur bon goût et par leur solidité. Cette industrie prit d'immenses développements, et, dans la plupart des villes, les relieurs se constituèrent en corporations affiliées pour la plupart au métier des imprimeurs, libraires, peintres et enlumineurs. A Anvers, leur nombre fut même assez considérable pour former une corporation distincte '. Enfln, et c'était le plus important de ses bienfaits, Tinvention de Timprimerie engendra la publicité. Dès le milieu du xvi* siècle, Anvers, dit-on, eut sa gazette ', et si la libre expression de la pensée n'avait été violemment étouffiée, ce mouvement intellectuel eût bientôt produit d'immenses et rapides résultats.
Que de contradictions la politique n'engendre-t-elle pas! Les persécutions qui aboutirent au renversement de l'autorité souveraine dans une partie des Pays-Bas, qui jetèrent dans la torpeur un peuple des plus intelligents, eurent pour premier agent une princesse amie des lettres et les cultivant elle-même avec succès. Bien qu'elle ait écrit en prose, notamment un
* M. p. G. Van der Meersch, De la Reliure des Livres. Messager des sciences historiques, 4855, 180.
* Cette gazette, dite Courante, était imprimée et rédigée par Abraham Verboeven, avec cette épigraphe : Den tydt sol leeren. C'était une feuille d*an- DODoes destinée particulièrement au commerce; elle servait à indiquer les arrivages aux correspondants des Ânversois à Venise, où elle était traduite en italien , et contenait des articles de politique relatifs à leurs intérêts. Le Mateur, la Gloire Belgique, II, 273.
Discours de sa vie et de ses infortunes, c'est parmi les poètes qu'il faut ranger Marguerite d'Autriche \ Il y a dans sa poésie quelque chose de suave, une délicatesse féminine dont aucune personne de son sexe n'avait donné d'exemple, une grâce charmante, pleine de finesse et de naïveté ^. A côté de sentiments, expression des secrets de son cœur, s'épand sans cesse une certaine mélancolie qui rappelle les chagrins et les malheurs de sa jeunesse. Après ces gracieux rondels :
Changier ncveulx, c'est mon plaisir; Nul aultre ne me peult tant plaire.
A tousjours, je luy veulx complaire , Quoy qu'en soit, car c'est mon désir.
En prende qui veult desplaisir ; Je dis, ne vous veuille desplairc :
» Changier ne veulx. >
Et quoy qu'il me puist advenir.
Laissiez parler, murmurer, taire; Jamais aultrement n'en veulx faire, Mais à tousjours ce mot tenir :
< Changier ne vrulx. >
Ce n'est pas jeu d'estre si fortunée Qu'eslongner fault ce que l'on aime bien; Et sy suis seure que pas de luy ne vient , Mais me procède de ma grant destinée.
nfctes-vous donc que je suis égarée; Quant je me vois séparée de mon bien.
Ce n'est pas jeu d'estre si fortunée !
' Les bibliothèques publiques de Bruxelles et de Paris possèdent plusieurs recueils de poésies et de musique de cette princesse.
" M. Van Hasselt, Essais sur la Poésie française en Belgique. Mém. couronnés par rAcadémie, XUL
J'ay le rebours de toute ma pensée , Et si n'ayme qui me conforte en rien ; De tout ceci je le porteray bien , Mais que de luy je ne soye oubliée.
Ce n'est pas jeu d'estre si fortunée !
Tant que je vis mon cœur ne changera , Pour nul vivant, tant soit-il bon ou saige, Fort et puissant, riche, de haut lignaige, Mon choix est fait, aultre ne se fera
Après ces charmants conseils donnés à ses filles d'honneur, et dictés sans doute par son expérience :
Belles paroles en paiement A ces mignons présumptueux , Qui contrefont les amoureux Par beau semblant ou aultrement.
Sans nul credo, mais promptement , Donnez pour récompense à eulx Belles parolles en paiement.
Mot pour mot, c'est fait justement , Ung pour ung, aussi deulx pour deulx ; Se devis ils fontgracieux, Respondez gracieusement .
Belles parolles en paiement.
Fiez-vous-y en vos scrvans , D'heure en avant, mes demoiselles, Et vous vous trouverez de celles Qui en ont eu des décepvans.
Ils sont en leurs ditz observans Mots plus doulx que doulces pucelles.
Fiez-vous-y.
En leurs cueurs ils sont conservans, Pour décepvoir, maintes cautelles; Et, puisque ils ont leurs fassons telles, Tout ainsi, comme à bavanz, Fiez-vous-y.
on fentend ailleurs « Plaine de deuil et de mélancolie s'écrier :
Me faut-il toujours ainsi languir,
Me fauldra-t-il enfin ainsi morir,
Nul n*aura-t-il de mon mal cognoissance?
Trop a duré, car c'est de mon enfance
Cœurs désolez par toutes nations, Deuil assemblez et lamentations; Plus ne quérez Tarmonieuse lire.
Lyesse, esbas et consolations.
Laissez aller; pressez pleurs, passions, Et me aidez tous à croistre mon martire. Cœurs désolez
Je n*ai pensée qui joye me ramaine.
Ma fantaisie est de desplaisirs piaille; Car à toute lieur^ devant moy se présente Deuil et ennuy
Pour ung jamais ung regret me demeure.
Qui, sans cesser, jour et nuit, à toute heure , Tant me tourmente que bien vouldrois morir.
Plaine d'ennuy, de longue main attainte, De desplaisir en vie langoureuse , Dis à part raoy, que seroys bien eureuse Si par la mort estoit ma vie eslainle '
Poëte elle-même , Marguerite protégea et rechercha tous ceux qui étaient passés maîtres dans la gaye science; elle les attira à sa cour, et les y retint par de nobles ou de gracieux encouragements. La poésie française vit briller alors Jean Molinet -; Jean Le Maire des Belges, qui fut le précurseur et le modèle de Ronsard ^ Julien Fossetier d'Ath, qui paraphrasa la célèbre devise : Fortune infortune fortune^; et Nicaise TAdam, qui dédia à sa bienfaitrice une chronique en vers'^. A
• M. Va?i Hassblt, Annexe l" AT au mémoire précité. — De la Serna Santan- DER, note i. — De Reiffenbbrg, Notice d'un manuscrit de la bibliothèque royale intitulé Ballades. Bruxelles, 4829.
' Voir Poésies de Molinet, in-f«. Paris, 4834 .
' .... Jean Le Maire Belgeois ,
Qui eut Tesprit d^Homère le Grégeois (Marot),
«• fut le premier, dit Pasquier, qui à bonnes enseignes donna vogue à notre poésie. Nous lui sommes, poursuit-il, infiniment redevables, non-seulement pour son livre de Vlllustraiion des Gaules, mais aussi pour avoir grandement enrichi notre langue d'une infinité de beaux traits, tant en prose qu'en poésie, dont les mieux escrivansde notre temps se sont sceu quelquefois bien aider. » [Hecherches de la France, l. vu, ch. 5. — De la Serna Santander, 1. c.) — Outre ses poésies et ses Illustrations de la Gaule Belgique, publiées après son retour d'Italie en 4508, alors qu'il était « secrétaire, indiciaire ou historiographe de madame Anne, deux fois royne de France, » Jean Le Maire a laissé un Mémoire sur la Vie de Philippe le Beau. Ce fut la reconnaissance qui lui inspira la Ck)uronne Margaritique, recueil de poésies à la louange de sa bienfaitrice.
< Voir ses Chroniques Margaritiques ou Alhensiennes,
^ Ce poète, auteur d'un grand nombre de quatrains, dédia également une chronique rimée au comte de Rœulx, fils de son bienfaiteur. Ferry de Croy. Il eut part aux bienfaits de Marie de Hongrie, qui lui alloua une pension de 3 sous par jour. — « A Nicaise Ladam, dit ie Songeur, roy d'armes, intitulé Grenade,
16 RÉGNE DE CHARLES-QUiNT EN BELGIQUE.
Texemple d'autres princesses de son temps ' , Marguerite ne dédaigna pas la langue de Virgile -; elle combla de ses bienfaits Remacle de Florennes et beaucoup d'autres poètes latins, qui fleurirent à cette époque ^. La plupart n'étaient à la vérité
à cause de sa pension de trois solz de deux gros le sol par Jour. » Compte de 4645, f« Ixxv (n» 2976). — Voir les Annuaires de la bibliothèque royale de 1842, 4843 et 4844. — Après ces poètes nous citerons pour mémoire Jean de Tournai {Messager des sciences hisi., 4852^ 60), et Pierre Resteau, de Malines (Gedenkstukken, 111, 250), envers qui la Muse se montra assez avare de ses laveurs.
' On sait que le célèbre Louis Vives enseigna le latin à Marie Tudor, et que jusqu'au siècle dernier Tétude de cette langue resta goAtée par les femmes, surtout en Angleterre. Revue britannique, ann. 4855. (Études sur les mœurs.)
' Voir répitaphe qu*elle composa à l'occasion de la mort de Philippe le Beau. De la SfiiLNA Santandbr.
' Il suffit de citer : Lievin Vander Beken (Torrentius) ; Chrétien Sterck ou de Fumes; Antoine Popelier; le philologue Charles de Langhe; Égide Periander; Guillaume Cordier {voir son poème : De varia fontium quorumdam nature, fluminibus et anni partibus. Binchii, 4544) ; Guillaume Rycquius, qui composa, entre autres, une élégie sur la Passion ; Guillaume Dupais, auteur de poèmes sacrés; Georges Hollonius et Lievin Brecht, poètes tragiques {voir la tragédie de ce dernier : Euripiditts, tragœdia christiana cum append. selectorum quorumdam carminum); Christophe de Longueil, qui a laissé des élégies et des épigrammes; Timprimeur Henri Mameranus ou de Mamer, plus distingué comme philologue que comme poète; Nicolas Mameranus, auteur d'un poème héroïque sur la chasse, d'épithalames sur le mariage de Philippe II avec Marie Tudor, et de diverses autres poésies d'actualité ; Hilaire Berthulphe, de Gand, ami d'Érasme ; Jean Morocourt, poète, théologien et hagiographe; Jean Démophylax, qu'une mort prématurée enleva au culte des Muses (il mourut à 26 ans) ; Nicolas de Stoop, d'Alost, qui composa, entre autres, un panégyrique en vers de la malheureuse mère de Charles-Quint; MarUn Borckens, de Tongres, auteur de chronographes sur les événements mémorables de son temps, et d'épigrammes et d'acrostiches à la louange des saints et des évéques de Tongrès et de Liège; Pierre de Busschere, d'Alost, qui, sous le nom de Stichotogia, a laissé un traité sur Tart de la versification ; Nicolas Brontius, qui dédia à Charles-Quint un poème sur la nécessité de combattre les Turcs, chanta les louanges du Hainaut sa patrie, et célébra l'utilité et l'harmonie des arts libéraux et des belles-lettres; Pierre de Paepe, dont là comédie la SamaritcUne a été commentée par Alexis Vanegas, et qui a laissé deux livres d'élégies ; Pierre
que d*emphaliques versificateurs, amoureux de puériles futilités ; aussi fureut-ils tous éclipsés par l'immortel auteur des Baisers. Jean Everard, dit Nicolaï, célèbre sous le nom de Jean Second, tour à tour poète, orateur, peintre, sculpteur et graveur, mérita d être appelé le Tibulle , ou plutôt le Catulle des Pays-Bas, car il fut en effet Fémule des classiques latins. Ses poésies, publiées pour la première fois à Utrecht, en 1541, et si souvent traduites depuis, sont en général d'un tour fin et délicat , riches de pensées, pleines d'ingénieuse sensibilité , de grâce et d'harmonie. Indépendamment de ses élégies, ses pièces funèbres, ses épigrammes, ses épîtres, ses odes, ses églogues, ses Baisers, il a écrit en prose et sous forme de journal une relation de ses voyages. Jean et ses frères, Adrien Marius et Nicolas, surnommé Grudius ', qui conquirent également un rang distingué parmi les poètes latins modernes, étaient désignés sous le nom de très fratres belgœ; ce ne fut point la seule particularité remarquable qui se rattache à cette famille : leur sœur Isabelle rechercha aussi avec succès les faveurs de la muse latine, dans les tranquilles solitudes du couvent.
Jean Second ne figure point parmi les poètes de la cour
Ponfanus, de Bruges, que les Muses consolèrent de sa cécité; Etienne Lecomte, de Belle qui, sur le lit de mort, fit ce distique :
Cœlo animam do, corpus bumo, do cœtera mundo, Ut capiat partem quilibet inde suani.
l'helléniste Ghristianus Cellarius, qui célébra la campagne de Charles-Quint contre Soliman (Carmen herotcum de bello per Carolum V in Hungaria, adversus Solimannum Turcarum Imp. gesto. Anvers, 4S33); et Pierre Heyns, d'Anvers, auteur du Spéculum Mundi sive Epilome Iheatri Orteliani. ^ Voir M. P. H. Pberulàiip, De vita ac doçlrina omnium Belgarum qui laiina carmina composueruni. Mém. cour, par 1 Académie, 11.
' N. Grudius composa, entre autres, un poëme funèbre sur la vie et la mort de Marguerite d'Autriche; il a été réimprimé par de Reiffenberg.
ouvert, et une foule de productions littéraires attestent Timportance du mouvement intellectuel'. La littérature flamande trouvait un grand appui dans les chambres de rhétorique, qui brillaient alors en Brabant et en Flandre, malgré les tentatives du gouvernement pour les dominer ou les comprimer. On ne s'étonnera pas d'entendre Casteleyn s'écrier que ces provinces abondent en poètes, lorsqu'on voit ces confréries littéraires, établies dans la plupart des villes et même des bourgs ^ faire de la poésie l'objet d'études et d'amusements populaires.
beaucoup du mystère, n'est pas moins brillant de verve et de hardiesse. Corneille De Man (Manilius), de Bruges, qui avait débuté par des poésies fort médiocres, obtint plus de succès, vers le milieu du xvi« siècle, avec une comédie intitulée la Mort. On cite encore RyssaertVan Spiere, d'Audenaerde; Guillaume Van Haecht, d'Anvers, auteur de pièces allégoriques; Corneille Everaert, qui écrivit, entre les années 4509 et 4534, pour le théâtre des Drie Satictinnen, de Bruges, des fabliaux mis en action; J. De Kunbler, de Bruxelles ; Colyn Van Ryssel ; le prêtre François Machet, auteur d'un drame intitulé : la Destruction de Sodome, qui fut joué à Courtray (M. Snellaert, Histoire de la littérature flamande, 80-84) ; De Mol, auteur &Ènée etPidon, représenté à Anvers en 4654 ; Smeeken, auteur des Amours de Mars et de Vénus, également représenté en 4554 dans la même ville; et Colyn Keyaert, auteur de Narcisse et Écho (4552).
' Parmi les romans de ce temps on cite Mariken de Nimègue, « histoire d'un Faust féminin non moins célèbre que celui dont s'occupe, depuis trois siècles, le monde lettré. » (M. Snellaert, 1. c, 405. — Ce roman, écrit moitié en vers, moitié en prose, fut imprimé à Anvers en 4544.) Une femme, nommée Rosine Coleners, agrégée à la chambre de rhétorique de Sainte-Dorothée à Termonde, bien qu'elle ne sût ni lire ni écrire, composa des vers flamands qui étaient encore en vogue au commencement du xvii« siècle.
«• Rosiana Coleners, poetria, Annse Bincianœ œqualis, cui et nota et amica fuit : hœc licet illiterata, imo analphabela, non tamen amusa fuit : supersunt euim in sodalilate Rosiana, in qua nomen dederat, Flandrica ejus poemata, quae etiaro meliore sexu laudem mereantur. Obiit circa annum CKiI'JLX tumulata hic ad D. Virginis. nDavidis Lindani Gandaveksis, de Tenerœmonda libri très. Anvers, in-4«, 4602, 243.
' Dans les principales villes il y en avait même plusieurs. Voir De la Serna Sa.\ta>'drr, I. c.
Il existait, on le sait, deux espèces de chambres de rhétorique : les franches et les non franches. Les premières avaient deux octrois : un de l'autorité communale, l'autre de la chambre supérieure (hoofdkamer). Ce fut en érigeant en principe ce droit d'octroi, usurpé par les chambres supérieures, que Philippe le Beau chercha à restreindre leur indépendance, à éteindre leur esprit de liberté. Sous le prétexte de donner une impulsion uniforme à toutes les chambres flamandes, il créa (1493) une chambre souveraine *, et lui donna pour souverain prince, son premier chapelain, Pierre Aelturs^ Le règlement de cette chambre ne parut que le 25 novembre 1505, et elle fut établie à Gand, où elle obtint dans le palais des comtes de Flandre un autel de la chapelle de Sainte-Barbe. Cette chambre était formée de quinze membres, y compris le lieutenant et le trésorier, et de quinze jeunes gens tenus d'apprendre l'art de la poésie. En outre, « afin d'honorer d'une manière plus particulière Notre Seigneur Jésus-Christ et la Vierge Marie, » on y admit quinze femmes « en mémoire des quinze joies de la sainte Vierge. » Les contributions payées par les membres étaient affectées à un prix annuel, pour lequel chaque rhétoricien avait la faculté de concourir. Lorsque les membres se rendaient à des concours, sa suprématie leur conférait le droit de priorité pour la représentation de leurs drames et de leurs moralités, sans
' EUe portait le titre de Den Goddelyken en Weerdigen naem Jhesu metten Balêem Blomme (le divin et révéré nom de Jésus avec la fleur du Baumier), mais eUe est plus communément connue sous le nom de Jéitus au Baumier ( Jbesus met der Balsem Bloeme) .
' Cette mesure était prise, dit Toctroi, « diaprés une convention des différentes chambres et confréries de Tart de rhétorique en langue thioise, se trouvant dans les Pay»-Bas, au moins de la majorité des chambres convoquées à cet effet. »
qu'ils fussent obligés de se soumettre à la voie du sort \ Cette suprématie provoqua des réclamations de la part des sociétés rivales. Ainsi, la Fontaine de Gand, que cette institution avait privée de son droit d'octroi, en appela au conseil de Flandre et au Grand Conseil de Malines; mais, à deux reprises, gain de cause fut donné à la chambre souveraine. L'esprit d'indépendance des populations flamandes et brabançonnes franchit cependant cette barrière; si, à aucune époque, les chambres de rhétorique n'eurent plus de concours que dans la première moitié du xvi* siècle, jamais aussi, même au temps où Philippe le Bon leur avait défendu de chanter et de déclamer des vers factieux (1445), elles n'exprimèrent des idées plus hardies.
Le goût de la poésie et des exercices dramatiques s'accrut d'une manière étonnante, dans le commencement du xvi' siècle; quelques villes y excellèrent, et en tirèrent grande vanité. A Anvers, presque chaque rue avait son théâtre particulier *. « Les habitants d'Audenaerde, s'écrie un auteur contemporain, peu ami des lumières, s'adonnent avec passion et outre mesure à l'art ridicule déjouer la comédie, défaut funeste qu'ils partagent avec leurs voisins. En effet, les représentations dramatiques nuisent à la tranquillité d'un état et sont un danger réel pour les croyances religieuses. Cette liberté d'action et de paroles, due au frivole attrait d'histoires inventées à plaisir, permet d'attaquer impunément l'autorité et les grands; de livrer le clergé et la religion aux sarcasmes, souvent même aux paroles impies et aux blasphèmes, de les couvrir de ridicule et de mépris. Sur les théâtres on donne
' De la Serna Santander, I. c.
" M. Snellaert, Verhandeiing over de Nederlandsche dichlkuml in Belgie. Mém. couronnés par l'Académie, XIV, 453.
en spectacle, dans un esprit évidemment hostile, les saintes cérémonies de l'église; on accueille d'un rire ironique les écarts des grands; dans une action qui n*est rien moins qu'obscure, on les fait comprendre par la foule, et l'on se répand en railleries mordantes contre les fautes que peuvent commettre les prêtres, puisqu'ils appartiennent à l'humanité \ »
Les mystères, qui avaient fait les délices du moyen-âge, étaient encore fort en vogue. En 1501, à l'annonce d'une représentation du mystère de la Passion, le magistrat de Mons prescrivit, entre autres mesures de précaution, de placer des gardes aux portes de la ville et à la maison communale ; de tendre les chaînes aux abords du marché; de tenir les chiens au logis. Philippe le Beau l'ayant invité (2 juillet) à retarder cette fête de trois semaines ou un mois, afin de permettre h sa femme d'y assister, le conseil de la ville pria le prince d'autoriser la représentation au jour primitivement fixé, vu l'achèvement des préparatifs, les grandes dépenses qu'ils avaient occasionnées, et la multitude de peuple qui y assisterait ■. A la Pentecôte de 1547, les principaux bourgeois de Valenciennes représentèrent sur le théâtre de la maison du duc d'Aerschot « la Vie, Mort et Passion de Notre-Seigneur, en vingt journées, en chacune desquelles on fit paraître des choses étranges et pleines d'admiration. Les secrets du paradis et de l'enfer estoient tout à fait prodigieux et capables d'estre pris par la populace pour enchantemens, car l'on voyoit la Vérité, les anges et divers autres personnages descendre de bien haut, tantost visiblement, autrefois comme invisibles, puis
' Hadria.'^i Barlandi. Bislorica nuncprimum inlucemedicta. Cologne, 4603,
' M. Gachard, Anal, belg., \, 473.
paroistre tout à coup. De l'enfer Lucifer s'élevoit, sans qu'on vît comment, porté sur un dragon. La verge de Moïse, de sèche et stérile, jetoit tout à coup des fleurs et des fruits; les âmes d'Hérode et de Judas estoient emportées en l'air par les diables; les démons chassés du corps, les hydropiques et autres malades guéris, le tout d'une façon admirable. Ici Jésus-Christ estoit enlevé du diable, qui rampoit le long d'une muraille plus de quarante pieds de haut : là, il se rendoit invisible; ailleurs il se transfiguroit sur la montagne de Thabor. On y vit l'eau changée en vin, mais si mystérieusement qu'on ne le pouvoit croire, et plus de cent personnes de l'auditoire voulurent goûter de ce vin ; les cincq pains et les deux poissons y furent semblablement multipliés et distribués à plus de mille personnes, nonobstant quoy il y en eut douze corbeilles de reste. Le figuier maudit par Notre- Seigneur parut séché, et les feuilles flétries en un instant. L'éclypse, la terre-tremble, le brisement des pierres et les autres miracles advenus à la mort de Notre-Seigneur furent représentés avec de nouveaux miracles. La foule y fut si grande, pour l'abord des estrangers qui y vinrent de France, de Flandre et d'ailleurs, que la recepte monta jusques à la somme de 4,688 livres, combien que les spectateurs ne payassent qu'un liard ou six deniers chacun '. » Les sept douleurs de la Vierge, mystère qui fut joué à Bruxelles en 1 522, par la chambre de rhétorique la Guirlande de Marie, le jeu du Saint-Sacrement , qui y fut représenté en 1 523, en 1547 et en 1555, n'obtinrent pas moins de succès^. Le mystère de Saint-Jean-Baptiste avait une grande vogue dans les localités placées sous le patronage du précurseur du
• D*Oi'TREMA>, Histoire de Vaienciennes, 396.—- ' Bistoire de Bruxelles, II, 645
BELLES-LETTRES. SOlEiNCES. BEAUX-ARTS. ûfi
Christ. Le 26 août 1548, après une longue interruption, il fut repris à Molenbeek-Saint-Jean lez-Bruxelles, et y attira une foule si considérable, qu'on eut à déplorer de nombreux et de graves accidente *.
Les chambres de rhétorique ne se bornaient pas à donner des représentations dramatiques, et à ouvrir ces concours célèbres sous le nom de Joyaux du pays (landjutveel). C'étaient elles généralement qui, de concert avec les métiers et les sections, organisaient les solennités publiques sous le patronage des administrations communales. Elles déployaient dans ces circonstances comme dans leurs concours une magnificence inouïe. Ainsi, au landjuweel qui eut lieu à Malines, le 22 juillet 1515, on vit une des trois chambres d'Anvers, de Violieren, représentée par t 600 hommes à cheval, en chariote et à pied, tous habillés de même *. » A un carrousel offert le 5 mai 1538, par une des chambres de rhétorique de Bruxelles, le Livre, aux autres chambres et aux corps de musique, les musiciens de l'église de Saint-Nicolas et la chambre la Fleur de blé se présentèrent en somptueux cortège composé de plus de cent chevaux. Les premiers, costumés en Maures, remportèrent le prix d'adresse \
Lorsque la réforme vint agiter les esprite, les mystères de la religion portés sur les théâtres perdirent leur caractère primitif, et la plupart des chambres de rhétorique, favorables aux idées de Luther, accusèrent les plus vives tendances à l'affranchissement de la pensée. Les faite et gestes du clei^é furent censurés, ridiculisés, et les progrès des nouvelles
■ Anecdota Bruxeliensia. Manascrït précité. ~ M. Wauters, Histoire des environs de Bruxelles.
* AZEVEDO
' Histoire de Bruxelles.
doctrines se firent jour de toutes parts. Lors du landjuweel, ouvert à Gand en 1539, pour les chambres de rhétorique de la Flandre , la majeure, partie des pièces composées sur la question : « Quelle est la plus grande consolation pour l'homme mourant? » proposée par Charles-Quint lui-même, furent de si sanglantes satires contre le pape, les moines, les indulgences, les pèlerinages, les pratiques du catholicisme, qu'on les interdit dès leur apparition *. La censure, l'oppression furent impuissantes à arrêter ce mouvement. En vain les poètes furent-ils poursuivis comme fauteurs de l'hérésie, en vain défendit-on la publication et la représentation des drames allégoriques appelés Spelen van Sinnen; en vain imposa- t-on des pèlerinages à leurs auteurs; Guillaume Poulgier, poète gantois, condamné (1336) à faire amende honorable avec défense de traiter jamais aucun sujet religieux ou profane; Pierre Schuttemate décapité à Anvers (1547), pour avoir composé une ballade à propos de méfaits commis par les frères mineurs, et beaucoup d'autres persécutions furent des stimulants et non des épouvantails. Ce fut à qui se surpasserait en hardiesse, et les représentations ayant cessé d'être libres, ce fut dans des cercles littéraires, dans des réunions secrètes que la pensée manifesta son indépendance -. L'influence exercée par la réforme ne se révélait pas moins vivement par les refrains que sur le théâtre ; mais là elle rencontra d'actifs antagonistes, et la lutte s'engagea entre les refrains luthériens et les refrains catholiques. Anna Byns,
• M. Snellaert, Histoire de la littérature flamande, 78. — Lo premier prix fut remporté par la chambre d'Anvere dile de VioUeren, qui s'était réanie en U80 à la confrérie de Saint-Luc. Le second prix fut décerné à la chambre de Bergues-Saint-Winox.
' Voir M . S>ELLA£RT, Mémoire précité.
BELLES-LETTRES. SCIENCES. BEAUX-ARTS. i7
d'Anvers, religieuse et institutrice, brilla du temps de Marguerite d* Autriche; elle fut longtemps loracle des catholiques, qui lui décernèrent le nom de Saphq brabançonne, nom peu convenable à son genre de talent et à son caractère, mais qui indique l'enthousiasme inspiré par ses œuvres. Dans un langage admirable de pureté pour l'époque, elle lança d'énergiques épigrammes contre Luther et ses adhérents, et ses poésies, surannées sous le rapport des formes grammaticales et de la syntaxe, plaisent encore par Tharmonie du rhythme, par la netteté et par l'énergie de la diction \ Dans le parti contraire, messire Guillaume Van Zuylen van Nyvelt publia, en 1540, un recueil des psaumes de David, qui fut mis eu musique sur les airs populaires les plus connus. Ces chants formèrent une partie du service divin protestant, et leur succès fut tel que, nonobstant les persécutions, dans l'année de leur apparition (1540), ils eurent à Anvers six éditions différentes^. Van Zuylen, en imitant les chants populaires, eut le mérite de les préserver contre l'oubli; si la chanson primitive disparut sous le psaume, du moins la mélodie subsista ; aussi son œuvre est-elle du plus haut intérêt sous le rapport de l'art. Les catholiques imitèrent en ce point les réformés ; ils notèrent leurs hymnes sur des airs populaires et le texte des chants se perdit ^.
' M. Snbllaert, Histoire de la Ullérature flamande, 83 etsuiv. — Le recueil de ses poésies, dont une partie avaitparu vers 4 5i3, fut publiée Anvers, en 4 567, sous le titre : Een seer scoon ende suyver boeck, verclarende die mogenlheyl Godé, ende Chrislus yhenade over die aondighe menschen, etc. — Elles ont été traduites en latin par EligiusEucharius ou Honcharius, qui dit dans sa préface :
Histis carminibus non vir sed femina vincet, Atque tuum pedibus conterel illa caput.
De Rbiffenbbrg, Archives philologiques, III, 273, IV, 4 16.
> M. S.NBLLABRT I. C, 85.
Cette époque vit aussi une tentative de réaction tendante à épurer la langue et la versification flamande. Gharles-QuinI y prêta son appui, et autorisa Funiversité de Louvain à traduire la Bible. N. Van Wynghe et G. Stryrode, régents de luniversité, furent chargés de ce travail; et, en 1548, parut la première Bible flamande traduite sur le texte hébreu. En 1550, Josse Lambrecht publia à Gand la première grammaire flamande ', et le peintre Lucas De Heere, traducteur des psaumes de Marot en vers flamands, y introduisit la mesure de la versification française ^. Quelque imparfaite que fussent ces essais, Texpression y gagna plus de l^reté, la période plus d'abondance ' ; mais, abâtardi par Tintroduction d*une foule de mots étrangers, supplanté à la cour et dans les institutions gouvernementales par la langue française, le flamand ne tarda pas à dégénérer, et le défaut d*entente entre ses partisans lui fit perdre toute son influence *.
La réforme produite par Tétude des écrivains de Tantiquité, rencontra dans les Pays-Bas les résistances habituellement suggérées par Tignorance. Les scolastiques aux subtilités dogmatiques écrites dans un latin barbare, sans goût et sans critique, qui occupaient les chaires, les charlatans littéraires qui ont abondé de tout temps, défendirent avec un acharne-
' Elle traitait exclusivement de l'orthographe, comme l'indique, du reste, son titre {Nederlandsche Speilinghe] et tous les ouvrages de l'espèce qui parurent dans ce siècle, se bornent généralement à cette partie grammaticale.
' Il a laissé, entre autres, un petit poème intitulé : le Jardin de la Poésie, et la vie des peintres flamands écrite en vers.
^ M. Snbllaert, Hist. et Mém. précités.
^ « Dans la plupart des écoles des Pays-Bas, dit Guicciardin, on enseigne le français aussi bien aux filles qu'aux garçons, de sorte que par cet enseignement, joint à l'usage et à la fréquentation, cette langue ne doit pas tarder à être aussi familière aux habitants des provinces flamandes que leur langue naturelle. »
BELLES-LETTRES. SCIENCES. BEAUX-ARTS. â9
ment désespéré leurs positions usurpées. Contre de telles gens, il n'y a qu'une arme : le ridicule; et le ridicule les abattit. Les Epistolœ obscurorum virorum, qui parurent vers 1SI6', excitèrent l'hilarité générale * aux dépens de ces pédants, dont les auteurs de ces lettres' avaient si bien imité le ton grotesque et brutal, que le prieur des récollets de Bruxelles en acheta plusieurs exemplaires, afin d'en gratifier ses amis. Pour lui dessiller les yeux, il fallut la bulle du pape qui foudroya ce livre*. L'attaque fut poursuivie avec vigueur. Dans une lettre écrite de Louvain à Zwingle,en 1518, tous les fameux niagistri nostri sont passés en revue, et l'on sait comment Érasme les parodia dans son Éhge de la Folie. Bientôt le succès fut assuré. Malheureusement, alors que l'étude plus répandue des auteurs profanes amenait la restauration des belles-lettres, des mesures despotiques étouffèrent la liberté de la pensée; sous rinfluence de l'étranger, notre caractère national s'altéra et nous perdîmes l'occasion de fonder une grande école littéraire. Longtemps encore après le xvi* siècle, on ne nous reconnut plus d'autre mérite que celui de l'érudition, principalement de l'érudition philologique.
Au premier rang des écrivains de cette époque, apparaît Érasme (Didier), « qui tira l'Allemagne de la barbarie; h qui le nord de l'Europe doit principalement la renaissance (les lettres, les premières éditions des pères de l'Église, les règles d'une saine critique et le goût de l'antiquité V » Si
• LoDdres/4742, ii^42.
• Érasme dit en avoir tellement ri, qu'un abcès, qu'il avait au visage, creva. ' Ces lettres , attribuées à divers auteurs , entre autres , à Ulric de Hutten,
étaient écrites par plusieurs hommes d'esprit ; Érasme lui-même, bien qu'il s'en soit défendu, parait avoir été au nombre des collaborateurs.
• De Riiffenbbiig. Archives philologiques, II, 74-75.
^ NoBL, art. Érasme de la Biographie universelle. Paris, 4845.
la Belgique ne peut revendiquer rhonneur de l'avoir vu naître, elle se glorifie du moins d'avoir été la patrie d'adoption de rhorame extraordinaire à qui Louvain offrit une chaire; Ingolstadt, la direction de ses études; l'Angleterre, un asile; l'Espagne, un évéché; Rome, la pourpre; que le roi des Romains Ferdinand (dont il avait refusé d'être le précepteur) appelait auprès de lui à Vienne ; que l'électeur de Saxe priait d'illustrer son université de Wittenberg ; à qui Sigismond, roi de Pologne, demandait ses derniers jours; pour qui Christiern II dépouillait sa férocité; que François I" (qui avait pourtant le célèbre Guillaume Budé) voulait placer à la tête du coUége royal; avec qui l'évêque de Bayeux, Févêque d'Utrecht, l'archevêque de Mayence, le cardinal de Trente, l'évêque d'Augsboui^, l'opulent Fugger voulaient partager leur fortune ' ; que l'élégance de son esprit, sa philosophie un peu moqueuse, quoique circonspecte, son amour pour la tolérance, sa prédilection pour les auteurs profanes, brouillèrent avec les docteurs de Louvain; que ses ménagements envers les chefs de la réforme exposèrent aux censures amères des catholiques, alors que les protestants l'accusaient de manquer de courage pour proclamer la vérité ; qui entra dans la lice avec Luther, et se vit traité par les orthodoxes de demi-chrétien, de renard glissé dans la vigne du Seigneur pour la visiter^; dont le fougueux Jacques Hoogstraeten brûla les œuvres (1523). Érasme, en effet, fut Belge par ses
affections, par son long séjour dans un pays où il regretta
« Gaillard, 1. c, IV, 460 et suivantes.
' Les moioes rappelèrent Errasme, Erasinus, Behemotb, Diable, Ennemi de la religion, Blasphémateur de Dieu et de la Vierge Marie, Schismatique, Imposteur, Précurseur de rAnte-christ, A rchi -hérétique, Chef de la faction luthérienne, Hérétique plus dangereux que Luther lui-même, etc. V. G. Brandt, Hist, réf., 1. c.
B£LL£S-LETTRëS SCIENCES. BEAUX-ARTS. 31
de ne pouvoir mourir ', par ses relations avec tous les hommes supérieurs. Reçu avec honneur dans les villes qu il visitait \ il était aussi traité avec la plus grande distinction à la cour de Bruxelles, et Ion a vu, en 1504, les étate de Brabant le chaîner de complimenter Philippe le Beau sur son retour en Belgique. Si Adrien d'Utrecht lui fut préféré comme précepteur du flls de ce prince, en 1526, Marguerite voulut renvoyer à Rome avec l'ambassade d'obédience ^, et Charles-Quint lui conféra le titre de conseiller avec une pension de 300 livres *. Ce prince commença toutefois par se montrer assez indifférent à son égard, et cette indifférence ne cessa que par la crainte de voir François I" réussir à attirer cet illustre savant dans son royaume ^ Marie de
' Quinze jours avant sa mort, le 28 juin 1536, il écrivait encore de Bâle au professeur Goelen de Louvain : «< Utinam Brabanliu esset vicinior ! » Epist.,
' Ainsi, en 4549, à son arrivée à Malines, le magistrat lui offrit quatre cruches de vin du Rhin. Azevedo.
De Edelen en de meesten deel van den steden, hebben geconsenteert Erasmo RoUierodamo te schencken van 's Laudtswegen een juweci van omtrent twee bondert veertich Rinsgulden. 46 août 4532. Heg. Aert Van der Goes, ad. ann. 4532, 357.
' Opéra, III, 943, A.
4 • A maître Ërasmus de Roterdam, docteur en théologie, conseiller dudit seigneur empereur, à cause de sa pension de iij « livres dudit pris (40 gros, naonnaie de Flandre), que l'empereur lui accorda le premier d'octobre xx, à commencer audit jour, et ce pour un an, commençant ledit premier jour d'oc-. lobre XV « XX et finissant le derrenier jour de septembre xxj, iij « livres. » Revenue ei dépenses de Charles-Quint, 4520-4630, f« ciiij xx xiiij *". - Répété dans les comptes de 4534 à 4536.
^ En 4523, Érasme était sur le point de se retirer en Bourgogne, dont le vin lui fortifiait Testomac, qu*avait profondément affaibli, dans sa jeunesse, le régime du collège de Montaigu (France); aussitôt Charles-Quint, qui l'avait laissé à Bàle sans y faire attention, l'invita à revenir à Bruxelles, et Marguerite d'Autriche le prévint que ses pensions seraient augmentées s'il acquiesçait à ce désir, et supprimées dans le cas contraire. Érasme retourna dans le Brabant
Hongrie continua à Érasme les faveurs que lui avait accordées sa tante, et jusqu'à la fin de sa vie il resta le protégé de la cour ', comme il resta le plus bel esprit et le savant le plus universel de son temps. Tout en rendant hommage à ce beau talent, disons pourtant avec un de nos écrivains : « Si Érasme, comme l'avait tenté avec tant de succès Jacques Van Maerlant, trois cents ans avant lui, avait employé l'idiome de son pays au lieu d'une langue morte, au moins dans ceux de ses ouvrages qui ne sont ni de la polémique, ni de la scolastique , il eût beaucoup avancé la civilisation littéraire des Pays-Bas. Pétrarque et Dante, les deux fondateurs de la littérature italienne, sont là pour montrer ce que la parole d'un grand génie peut exercer d'influence sur la direction de l'esprit public et sur les goûts intellectuels d'un peuple libre et puissant. On ne saurait se dissimuler que si, chez nous, des hommes comme Érasme avaient composé leurs ouvrages en flamand, ou plutôt, pour donner plus d'extension à notre pensée, en néerlandais, la langue des Pays-Bas aurait, dès le xvi* siècle, acquis à l'égal de celle de l'Italie, droit de bourgeoisie définitif en Europe, et serait, dès cette époque, arrivée à un degré de splendeur remarquable ^ »
Érasme eut au contraire la plus lai^e part dans la révo-
sans que François I«' renonçât à l'espoir de le conquérir; l'insuccès des nouvelles négociations qui furent ouvertes à cet efifet, en 45î4, compromit un moment rétablissement du collège royal. Gaillard. 1. c, IV, 464-465.
' Il était déjà atteint de la dy.<^entene, qui Tenleva dans la nuit du 44 au 42 juillet 4536, lorsqu'il reçut des lettres de cette princesse le rappelant à Bruxelles et accompagnées d'une gratification de 300 livres pour les frais de .son voyage; mais la mort le surprit comme il se disposait à quitter Bâle. Bulletins de l'Académie. IX, 466-469.
' M. Jules de Saint-Génois, Bull, de TÂcadémie, XXI, 4<* partie, 32 i .
luUon qui ranima Tétude des langues anciennes, étude dont, au commencement du xiv* siècle déjà, Raimond LuUe avait démontré l'utilité pour la religion et pour les lettres; mais, bien que depuis lors la philologie eût été plus cultivée, qu'on eût fondé presque partout des chaires de langues orientales, renseignement se bornait en général au jai^on latinisé de la scolastique, et ce ne fut pas sans une vive opposition que Jérôme Busieyden fonda à Louvain (1517) le collège des Trois-Langues *. Il lui fallut le concours d'Érasme pour triompher de la jalousie et des tracasseries des anciens professeurs et pour réussir à doter l'université de cette utile institution, antérieure de dix-sept ans au collège royal de France, qui ne mérita le nom de Trilingue qu'en 1534 -. Les docteurs de Louvain n'y voyaient qu'une innovation menaçant leurs revenus, leur imposant des éludes nouvelles, et pour la combattre ils employèrent toutes les armes '; mais toutes s'émoussèrent contre le ridicule ineffaçable dont
* L'hébreu, le grec et le latin. — Voir le Mémoire de M. Néve, précité.
* Encourageant les promoteurs de l'érection du collège royal de France à persister dans leur lutte avec l'université, soulevée contre eux par le fougueux Béda, Érasme leur écrivait : « C'est le sort de tout ce qui est à la fois nouveau et utile ; on ne peut faire le bien sans rencontrer d'obstacles, et je n'avais pas comme vous un grand roi qui m'appuyât de toute sa faveur. J'ai persisté pourtant, et Louvain jouit des bienfaits de Busieyden et des fruits de mes soins; mais Tournai, moins heureux, n'a pu avoir le même avantage ; les Franciscains ne l'ont pas voulu ; pour vous, vous réussirez malgré les Franciscains et Béda, n'opposant à l'envie que la douceur, la politesse et l'exactitude à remplir vos devoirs. » Gaillard, 1. c, 478.
* Arbitrer rem a conjuratis ac devotis ex composite geri : adeo ceu dato signo clamatum est ubique gentium in linguas, in bonas lilteras. Conglomérant se phalanges, quo vel numéro defendanlur adversus paucos. Partiuntur opéras in ter sese, ut alii blaterent in conviviis et conciliabulis : alii apud imperitam plebem vociferentur, cui imponere facillimum est : alii disputent in scholis : alii magnatibus suum virus instillent in aurem. Sunt et qui libros scriptitent,
Érasme et les obscuri viri couvrirent leur moi^e théolo gique \ Érasme conUiit en plaisantxmt qu'il avait consulté des astrologues habiles sur les causes de l'opposition que Faraélioration des études rencontrait, et qu'ils lui avaient répondu : « Tout le mai doit être attribué à une éclipse qui vient d'avoir lieu dans le signe du Bélier. Or, le Bélier exerce son influence sur le cerveau ; ajoutez à cela que Mercure a été per\^erti par le voisinage de Saturne, et les personnes soumises à Mercure, comme le sont les docteurs de Louvain, se montrent précisément les moins accommodantes *. » — « La déesse Até, ajoutait-il, semble avoir mis le désordre dans
praesertim Coloniœ, qaœ schola seropcr habuit pcrtiDacissimos malanim litteranim propugnalores. Opéra, III, 405.
Dans une autre lettre écrite à Luther en 4549, Érasme dit : • Nullo serroone consequi queam, quas tragœdias hic excitarint tui libelli : ne adhuc quidem ex ^nimis islorum revelli potest falsissima suspicio, qua pu tant tuas lucubrationes meis auxiliis esse suscriptas, meque hujus factionis, ut vocant, vexillifenim esse. Existimabant quidam sibi datam ansam, qua et bonas litteras opprimèrent, quas capitaliter oderunt, velut offecturas majestati theologicœ, quam mfilti pluris faciiint quam Christum : simulque me, quem arbitrantur ad excitanda studia non nihil adferre momenli. Tola res vociferationibus est acta, tomeritale, slrophis, obtrcctationibus, sycophantiis, ut ni praesens haec spertassem, imo sensissem, nulli unquam auctori fuerim crediturus sic insanire theologos. Pestem fatalem esse direres. Et lamen hujus mali virus a paucis ortum, m plures serpsit,adeo ut magna pars hujus Academiœ non infrequeutis, ejfis morbi contagio lymphata ferrelur. Ibid , 444.
' Quod doclores in sacra theologia non dicantur doclores, sed propter humilitatem et sanctitatem et propter differentiam, nominanlur seu appellantur magistri nostri ; quia sfant in fide catholica in loco Domini nostri Jesu-Cbristi, qui est fons vitœ. Sed Christus fuit nostrorum omnium magister. Ergo ipsi appellantur magistri nostri, quod habenl nos instruere in via veritatis, et Deus est Veritas, qua propter merito vocantur magistri nostri, quia omnes nos. scilicet Christiani, debemus et tenemur audire prsediciitionem eorum, et nullus débet dicere contra eos, ex quo sunt omnium nostrorum magistri. Epistolœ obscurorum vironim, 3.
• Voir DE Rbiffenberg, Notices et extraits des matwscrits de la Bibliothèque de fiourgogne. — M. Nève, I c.
Funiversité : c'est une véritable conspiration contre les belleslettres. » Ces plaisanteries et les satires où il les montra plus attachés à la dignité de leur robe qu'à la gloire du Christ, ulcérèrent profondément ces hommes, et ils le poursuivirent avec un impitoyable acharnement, n'épargnant ni sa cendre, ni sa mémbire \
 côté d'Érasme, qu'il surpassa comme philologue, Nicolas Cleynaerts ou Glénard de Diest, tint un rang distingué.  Louvain (où il professa jusqu'en 1532), à Paris, à Salamanque (où il occcupa une chaire de grec et d'hébreu), à Evora (où il dirigea l'éducation du frère de Jean III de Portugal), il justifia sa réputation, qui était teUe, qu'on vit le petilrfils de Christophe Colomb venir en Belgique pour le consulter sur le choix des livres destinés à former la célèbre bibliothèque d'Alcala. Cet illustre philologue, qui mourut à
• Ses écrits les plus innocents furent taxés d'hérésie, et en 4552, la faculté de Uiéologie de Louvain chargea Jean Heutennius, de Nalinnes, de dresser un état de tous les passages susceptibles de censure que contenaient les écrits d'Érasme ; il apporta à ce travail • toute Tapplicalion d'un inquisiteur, tout le pédantisme d*on théologien. » Ce recueil des prétendues turpitudes et obscénités d'Érasme, n'ayant pas été examiné par le concile de Trente , servit de fondement au fameux Index expurgatoire du duc d'Aibe. Ce fut le même Heutennius qui chargé de revoir, en qualité de censeur, le manuscrit de la dernière édition de V Histoire de Flandre, de J. Meybr, y supprima, entre autres, l'éloge d'Érasme, que la postérité y a rétabli. Cet emportement, que le pape Clément VII avait même blAmé, que des hommes éminents avaient vainement essayé de calmer, se perpétua dans l'université de Louvain qui, à la Un du xviii« siècle encore, approuva les calomnies dont la faculté de théologie avait usé envers l'illustre auteur des Colloquee et de VÊloge de la Folie. — Voir de Reiffbnbbrg, Notices et extraits des manuscrits de la bibliothèque dite de bourgogne relatifs aux Pays-Bas. Bruxelles, in-i», 4829.
Voir au sujet de son traité : De amicabili ecclesiœ concordia facienda, que les théologiens condamnèrent, • Tadvis Uu conseil de Brabant touchant la deffense des titres, » du 40 novembre 4557. Reg. Collection de documents historiques, f» X, 437.
Grenade (J542), au retour d'un voyage à Fez, où il s'éUiit rendu pour apprendre Tarabe ' , imagina la manière d'étudier les langues anciennes comme nous apprenons les langues modernes, c'est-à-dire sans faire précéder cette étude du système métaphysique de la grammaire ^. Sa sagacité était si grande, qu'en recherchant les consonnes dans les noms propres, il devina l'alphabet arabe à l'aide de l'hébreu et d'un psautier arabe ^, et il fut un des hommes qui contribuèrent le plus à la gloire scientifique de sa patrie *.
Nicolas Cleynaerts, qui fut gouverneur du vice-roi de Naples et de l'infant de Portugal, qui professa en Espagne, n'est pas le seul savant que l'étranger emprunta alors à la Belgique. En 1534, la chaire de langue latine au collège royal de France, fut créée pour Barthélémy Le Masson (Latomus) d'Arlon *, et Jean de Strazeele (Strazelius) y occupa une chaire de grec ; Georges de Bruxelles, Jean Gya enseignèrent avec éclat à l'université de Paris , et Jean Storms à Orléans.
' Ses letlres, publiées par Ch. Planlin, en 4666, donnent de ce voyage une description riche en détails curieux et remarquables par leur exactitude.
» « Notre siècle a eu la prétention d'avoir inventé cette méthode ; nous nous empressons de restituer Thonneur de cette découverte à Clénard. Du Marsais et Tabbé Pluche ont été ses copistes sans le dire. » Le Mateur, Les Belges, note 254 .
' Auteur d'une grammaire et d'un lexique arabes, d'une grammaire hébraïque, d'une grammaire grecque, qui a été louée comme Tune des meilleures par les auteurs de la méthode de Port-Royal, et qui, nous apprend Hallam, est encore suivie dans plusieurs collèges d'Angleterre.
* Voir M. NivE, 1. c, 239, 344-345, 328-329.
* Ce savant, qui écrivit beaucoup de vers latins à la louange de Maximilien, de Charles-Quint, de Ferdinand, de Sickingen et de François 1"*, qui a laissé, entre autres ouvrages, des notes sur Cicéron et sur Térence, un abrégé de la dialectique de Rodolphe Agricola, quitta la France en 4542, pour se retirer près de l'archevêque de Trêves dont il devint le conseiller. Entraîné dans les querelles théologiques, on le vit, à l'âge de soixante ans, abandonner ses études favorites pour entrer dans la lice avec Martin Bucer.
Jean Vasaeus, de Bruges, fut a])pelé en Espagne par le fils de Christophe Colomb, et Jean III de Portugal lui confia la direction de fécole publique, fondée à Braga d'après les conseils de Cleynaerls. Christophe de Longueil, de Malines, fut choisi par Léon X, pour combattre officiellement les doctrines de Luther, et mourut à Pavie en 1322. Conrard Peutinger, légiste des Pays-Bas, arrivé en Suède en 1538, sut, par sou esprit et ses talents, gagner la confiance de Gustave, et administra le royaume jusqu'en 1543, époque oii, tombé en disgrâce, il alla finir ses jours en captivité '.
S'il ne professait pas de bien vives .sympathies pour les hommes de lettres, dont la plume a toujours porté ombrage aux despotes, Charles-Quint savait du moins utiliser leurs talents. Sous son règne les belles-lettres et la science frayèrent le chemin des honneurs et des grandes charges publiques à Jean Second , enlevé par la mort au moment où la faveur de ce prince allait l'appeler à d'éminentes fonctions; à Guillaume Van Maele, de Bruges, qui dut à l'élégance de son style cicéronien d'obtenir la confiance du grand empereur, dont il fut tout à la fois le secrétaire particulier, le traducteur et le collaborateur ^ à Corneille de Scheppere, à Gérard van Yeltwyck, à Auger Ghislain de Busbeck, à une foule d'autres hommes éminents qui brillèrent dans les négociations ou dans les conseils du grand empereur ^.
•Geyer, l.c, II, 88-90.
' Voir Lettres sur la vie intérieure de ^empereur Charles-Quint, écntes par Guillaume Van Maele. gentilhomme de sa chambre, et éditées par de Reiffen- KM. Bruxelles, 4843.
'Tels sont Antoine Suquet; Maximilien Morillon; Gabriel Mudée; Nicolas Heems, de Bruxelles; Georges de Themiseke; Philippe Haneton; Jérôme de Busleyden ; les présidents du conseil privé, Thomas de Pleine, Le Sauvage, Claude Carondelet, Pierre Taispyl, Louis van Schore et Yiglius; les présidents
Corneille de Scheppere (Cornélius Duplicius Schepperus), seigneur d'Eecke, né à Dunkerque suivant les uns, à iNieuport suivant les autres; d*une famille qui n'était ni noble ni opulente, disent ceux-ci; de Fancienne et noble famille des Duplicius qui, à la fin du xv" siècle, avait fourni un viceamiral à la Flandre, prétendent ceux-là \ venait à peine d'achever ses études à Paris, qu'il fut attaché au service de
du conseil de Maiines Philippe Wieland, Peeters, Lauwereys, Nicolas Ëverard, Lambert de Briaerde ; les chanceliers de Brabant Louis Roelants, van der Vorst, van der Noot; les présidents du conseil de Flandre Richard Reniger, Nicolas Uuttenhove, Heilweghen; le président du conseil de Frise Grégoire Bertoif, de Louvain , Tauteur des Slatuta frisica.
Josse de Damhoudere, célèbre comme jurisconsulte, fut quelquefois chargé de missions gouvernementales par Marie de Hongrie, comme on le voit par la lettre suivante qu'il écrivit à cette princesse, le 20 juin 4554. — - « Madame, cestes serviront pour advertir vostre majesté que, arrivant hier au soir en ceste ville (de Gand), trouvis absent le principal pensionnaire, maistre Robert Dochellier, qui sera de retour (comme j'ay secrètement entendu) demain au soir. Néantmoins à cause qu'il estoit tant seullement de Gand quatre ou ciDcq lieux, sçavoir à Mœrbeke et là entour, en Taffaire de son estât et office de la watergraive, et craindant qu'il polroit pour aulcune occasion advenant plus longuement iilecq séjourner, je me suis avanché de secrètement par homme exprès luy envoyer ung mot de lettre, qui se voulsist icy vers moy trouver incontinent ceste venue, pour le service de voire majesté. Âultrement il ne seroit nullement à conseiller, ne aussi expédient (à correction et en toutte révérence parlant) d'en commencher à négocier en son absence, et avant d'en avoir communiqué avecq luy, et garderay cependant ma chambre sans en sortir, pour éviter jalouzie, que aulcunspourroieut prandre. J'espère qui sera en cest endroit le charton ou pilolte, pour mener l'affaire à quelque bonne fin, à quoy (je ne double) qui s'emploiera à son possible, pour Tespoir par luy en ce baillé. Madame, il me semble (à correction) qui conviendra mieulx un peu tarder en espoir d'en tirer fruict, que de l'haster en danger de faillir. A tant, madame, je prie à notre seigneur qu'il vous plaise octroir accomplissement de vos nobles et vertueulx désirs. De Gand, ce xx« jour de juing xv « liiij, à huict heures du matin. De votre majesté très-humble et trè&obéissant serviteur, Josse de Dam- ■ouDERB. » Ledres des seigneurs, XII, f» 436
f M. J. J. De Smet, Note sur quelques particularités relatives à Corneilie Scepperus. Bulletins de TÂcadémie, X, 2* partie, 67 et suiv.
Chrisliern II et nommé successivement secrétaire de ce prince « vice-chancelier, chevalier de Tordre de TÉléphant et seigneur de Joemtland. Poète, historien, mathématicien, orateur, philosophe, homme d'étal, il débuta dans la carrière des lettres par un ouvrage dirigé contre les mensonges et les impostures de l'astrologie judiciaire et écrit avec une verve satirique des plus mordantes ; mais ce qui attira probablement sur lui l'attention de Gharles-Quint, ce furent ses apologies de Ghristiern II , qui dénotaient un style abondant, une vaste érudition , une extrême habileté à manier Tarme acérée du ridicule \ Appelé à Bruxelles après la mort de son bienfaiteur^ il fut mis au rang des conseillers et des gentilshommes de Marie de Hongrie. Cette princesse lui confia d'importantes missions, et Gharlés-Quint le chai^ea de diverses ambassades en Danemark, en France, en Angleterre, en Pologne, en Transylvanie et dans d'autres pays. De Scheppere, envoyé deux fois à Constantinople , y conclut la première paix entre TAutriche et l'empire ottoman ^; et, tout en travaillant aux intérêts de l'empire, il rendit de non moins grands services à la veuve de Louis II, à qui Soliman consentit à rendre le douaire qu'elle réclamait et les biens qu'elle possédait en Hongrie ^. Après l'en avoir récompensé par le litre de chevalier et l'avoir nommé membre du conseil privé, Charles-Quint l'appela, en 1S38, dans le conseil d'état, « aux mêmes gages qu'il avoit au conseil privé ^ »
Philologues pratiques, Gérard van Veltw yck et Auger Ghis-
' M. Altmeyer a parfaitement analysé ces ouvrages dans son Histoire des Mations commerciales et diplomatiques des Pays-Bas avec le nord de l'Europe, 437-445.
* Di HAjmiR, Histoire de l'Empire ottoman, II, l. xxvii, 43-48.
» Hnd.
« Lettre du fi décembre 4538. Correspondens, II, 294.
lain de Busbeck remplirent également d*importantes missions diplomatiques. Envoyé deux fois en Turquie, après trois ans de négociations, van Veltwyck réussit, comme Favait fait de Scheppere, onze années auparavant, à conclure (19 juin i 547) une nouvelle trêve de cinq ans entre Soliman et Ferdinand. De retour dans les Pays-Bas, il fut successivement nommé secrétaire et conseiller de Marie de Hongrie, qui lui témoigna une extrême confiance ^
De Busbeck ne fut pas moins heureux dans ses négociations avec les Ottomans; le premier, il indiqua les moyens d'arrêter les terribles invasions de ces barbares, qui menaçaient de soumettre l'Europe à Tislamisme ^. Durant son séjour en Turquie, « il trouva moyen d'étudier tellement à fond leur état militaire, que l'écrit laissé par lui sur ce sujet est resté classique ^. » Ce ne sont pas là ses seuls titres de gloire! Il faut admirer en lui l'antiquaire à qui Ton doit la découverte du Monument d'Ancyre; du savant qui rapporta en Europe beaucoup de manuscrits grecs, dont le plus beau, celui de Dioscoride, forme un des ornements de la bibliothèque impériale de Vienne; du botaniste versé dans les sciences naturelles, à qui l'Europe doit le marronnier d'Inde, le lilas au parfum rafraîchissant, la belle fleur rouge du Gladiolus communis, une foule d'autres arbustes et de plantes officinales; de l'écrivain au style pur, aux remarques aussi spirituelles que judicieuses, qui le premier découvrit l'Orient
• A sa mort, Granvelle ayant sollicité sa place pour Simon Renard, on lui objecta que son protégé ne savait pas le flamand ; que, du reste, affligé qu*il était de la goutte, il serait incapable de se tenir, à toute heure du jour et de la nuit, à la disposition de cette princesse. Papiers d'étal de Granvelle, IV. 369.
• AuG. Blsbeqvii, Exclamatio sive de re militari contra Tiircum in$tituenda consiliinn.
^ De Hammer, 1. c, II, l. xxxii, 99.
BELLES'LETTRES. SCIENCES. BEAUX-ARTS. 4t
à rOccident; dont les descriptions de la Turquie et de la Tartane n'ont cessé de faire autorité ' ; enfin du philologue érudit qui, dans une peuplade de la Golchide, retrouva les traces du dialecte de sa patrie ^.
Digne émule de van Veltwyck et de Busbeck, Adrien Macs (Masius) de Lennick, se rendit également célèbre par ses vastes connaissances en philologie ; « le premier, il apprit à l'Europe à connaître les vieux idiomes de la Syrie et de la Babylonie ^ »
Toutes les carrières étaient ouvertes alors aux gens de lettres, que n'isolait point encore l'esprit étroit du matérialisme mercantile et industriel; relise,' eomme le gouvernement, savait les trouver, sans qu'ils fussent obligés de mendier des positions. Ainsi, l'on voit François Van de Velde (Sonnius), docteur de Louvain, devenir successivement chanoine d'Utrecht, évêque de Bois -le -Duc et d'Anvers; Lievin Vanderbeken (Lapvinus Torrentius), de Gand, humaniste et poète, passer du siège d'Anvers à l'archevêché de Malines; et Jean Mahieu (Mahusius) d'Audenaerde, parvenir à l'évéché de Deventer par ses connaissances théologiques et littéraires. « En 1523, trois religieux flamands se précipitent sur les pas du conquérant du Mexique ; le plùs^ humble des trois, Pierre le Grand, se distingue par un zèle si infatigable, que le récit de ses travaux effraye notre imagination. L'empereur et le pape veulent le proclamer archevêque de Mexico; il refuse toute dignité avec une sainte
* AuGBRn GiSLBifii BusBBQCii, LegoUonis turcicœ epistolœ quatuor. Sept édiUoDS de cet ouvrage parurent en moins d'un siècle.
" Voir, entre autres. Notice surÂuger Gkislain de Dusbeck, par M. L. Heffnn. Annexe aux Bulletins de TAcadémie, 4853-4854.
' M. A. Wauters, Histoire des environs de Bruxelles, I, 230.
opiniâtreté, et, en 1572, il meurt, pauvre frère lai, après 50 années de labeurs inouïs. Le premier légat apostolique envoyé en 1533, au nouveau royaume du Pérou, c'est le père Josse De Rycke, de Malines. Le premier siège épiscopal élevé sur ces rives inconnues est occupé par un autre enfhnt de la Flandre : Jean de Witte, dominicain brugeois, évéque de Cuba. Aux Indes, le père Gaspard Barzasus (Baertsoen), devient le principal compagnon, le confident de saint François Xavier \ »
Il y a tout un livre à composer sur les savants belges qui illustrèrent la première partie du xvi* siècle; leur nombre est si grand, qu'un simple aperçu ne permet pas même de les citer tous. Jean Despautère, de Ninove, travailla Tun des premiers dans les Pays-Bas à rétablir le bon goût et la pureté dans la langue latine; — Charles De Langhe (Langius) de Gand (de Bruges, suivant quelques-uns; de Bruxelles, suivant d'autres), philosophe, humaniste, poêle, fut l'un des meilleurs critiques de son époque ; — Charles Frenand, dit Fernand, de Bruges, donna des* leçons de littérature à l'université de Paris, et y publia entre autres ouvrages son traité De O/pciis à l'usage des jeunes étudiants; — Jérôme Busleyden, d'Arlon, est plus célèbre encore par la fondation du Collège des Trois Langues, que par ses vers, ses discours et ses lettres ; — Gaspard Ammonius enseigna l'hébreu aux savants de l'Allemagne; — François Cremensis, littérateur distingué, connu par une poétique sous le titre De arte scribendorum ver^uum; — Josse Clictoe (Clichtoveus) de Nieuport, docteur de Sorbonne, dont les ouvrages
' M. DE Decker. Études historiques et critiques sur les MotUs-de^piété en Belgique f préface, vu. — - Foppb.ns, Bibliotheca Belgica.
sont désignés comme < la source la plus féconde des meilleures choses; » — André de Gennep (Gennepius), dit Balenus, de Baelen , à la connaissance des langues joignait la culture des sciences et rendit d'éminents services au Collège des Trois Langues ; — Martin Dorp (Dorpius), théologien et humaniste, ami d'Érasme, fit preuve d'une profonde érudition dans de remarquables opuscules et dans ses études sur Plaute; — Georçes, seigneur de Hallewyn, fut un des restaurateurs de la langue latine, et des généreux protecteurs des lettres ; — l'helléniste Rutger Ressen (Rescius) de Maeseyck, qui repoussa les offres brillantes de François I", édita, avec Pierre Nanninck, d'Alckmaar, la paraphrase de Théophile, publia les Lois de Platon; il fut le premier h qui l'on dut des éditions correctes des auteurs grecs; — Jean Vander Varren (Varennius), de Malines, contribua puissamment par sa syntaxe, complément des traités d'Amerot et de Cleynaerts ', à introduire le grec dans l'instruction donnée à la jeunesse ; — Pierre Gilles (iEgidius), d'Anvers , auteur d'un sommaire des lois romaines, d'un aperçu général du code d'Alaric II , fut l'éditeur des lettres latines d'Ange PoliUen (Thomas Moore lui dédia son Utopia); — le savant professeur de latin Jean Van de Poel, Du Marais ou Des Marais (Paludanus), de Cassel, autre ami d'Érasme, qui lui dédia son Panégyrique de Philippe le Beau; ^— Joachim Sterck, de Meerbeke, tout à la fois orateur, mathématicien, cosmographe, philologue, écrivain élégant ; — Jean Van Borseel (Borsalus), humaniste, rendit de grands services littéraires aux collèges de Louvain; — Josse de Gavre, non moins renommé comme jurisconsulte que comme savant;
' Voir M. Nétb, \. c. — Cette syntaxe eut un grand nombre d'éditions.
— Adrien Van der Burch, de Bruges, philologue et poète;
— les traducteurs de la Bible de Dordrecht, Bandarlius et Wallaeus; — le brugeois Goraar, chef des Gomaristes; enfin tant d'autres professeurs érainents', grammairiens distingués, philologues érudits, qui contribuèrent, dans une sphère plus ou moins élevée, plus ou moins utile, au développement de l'intelligence humaine ^.
• Tels que Jean Stainier, de Gosselies; Jean Briart, d*Ath; Polyander; Adrien Chilius, de Bruges; Arnould Oridyus, d*Enghien; Thysius; Conrad Go4len ; Jean de Coster ou Costers, de Brecht; Jean Uutenhove, que Fintolérance obligea de se réfugier à Embden ; etc.
* Nous ne passerons point sous silence les grammairiens Jean Sareyens, de Nieuport [il a écrit ; Grammatices prima rudimenta et Synttixeos grœcœ et lalinœ methodus. Anvers, 1554); Cbristianus Massœus; Pierre Megank , de Ninove (auteur des Tabulœ grammatices. Paris, 4549); Pierre Curius, de Bergues-Saint-Winocx (il a composé une grammaire grecque et latine, Anvers, 4530; et un dictionnaire grec, latin et allemand, Anvers, 4530); Josse Velarœus, du pays de Waes, qui traduisit en latin un grand nombre d*auteurs grecs; Julien Aurélien de Havrecb, de Lessincs, auteur d*un traité sur les dieux du paganisme et de commentaires sur les satires d*Horace; Jean Goe- (bals, de Gand, qui publia à Paris de remarquables ouvrages de philosophie; Lievin Van den Cruyce, d'Audenaerde, plus connu par ses traités d'éducation que par ses poésies (il a composé, entre autres, en vers élégiaques : Parœnesis ad Polentatus Christianos, ut percusso inter se fœdere arma in Turcam ac Luthenim convcrlaul. Gand, 4543) ; le philologue Jean Van Gorp. auteur d'un mémoire sur les origines d'Anvers, où sont dépensés en rêveries des trésors d'érudition; le chartreux Jean Ammonius de Harena, de Gand, auteur d'une relation du baptême de Charles-Quint, dont il avait été témoin; Gommlie Wouters, auteur de commentaires sur la guerre de Judée; le savant latiniste Grégoire Silvanus; Adolphe de Meetkerke, auteur d'un traité de la prononciation grecque; Cbristianus Ccllarius, autre savant helléniste; l'imprimeur Josse Badius, qui écrivit des commentaires sur la plupart des classiques latins; Marie d'Ennetières, de Tournai, auteur d'une épltre virulente contre les Turcs, les juifs, les infidèles, les pseudo-chrétiens, les anabaptistes et les luthériens; Perceval Belligem , de Bruges, né aveugle , que l'amour des lettres oonsola de son infirmité; Pierre Pontanus, autre aveugle, de la même ville, que la cécité n'empêcha pas davantage de les cultiver ; Bumold Steynemeulen , traducteur de Lucain; Sébastien-Auguste Neuzenus, savant bébraisant; Pierre
L'histoire produisit Philippe Wieland, de Bruges, le savant auteur des Antiquités delà Flandre; — Jacques Meyer, Fillustre annaliste qui, malgré les entraves d'une ombrageuse censure, a si bien retracé les glorieux événements de sa patrie ' ; — Jean Sleidanus, un des plus remarquables historiens de la réforme; -^ Jacques Fontaine, de Bruges; son histoire du siège et de la prise de Rhodes, dont il fut témoin oculaire, fait encore autorité ^ — Jacques de Wesembeek, qui a raconté les terribles phases de la persécution religieuse dans les Pays- Bas; — Grégoire Bertolf, de Louvaîn; il profita de ses missions en Frise pour écrire un remarquable traité sur les institutions de ce pays; — Gaspard Schets, qui était appelé à
Croeckaert, de Bruxelles,- qui a laissé plusieurs traités de philosophie fort estimés de son temps; Michel Van der Maelen, de Bruxelles; Louis Vacca, le • maistre d'escole » de Charles-Quint, qui lui conféra le titre de conseiller avec une pension (voir chap. VI) ; maître Wielle, « maistre d'escole » de ses enfants d*honneur; Robert Empereur, quMl gratifia, en 4534, de 60 livres, pour son ouvrage intitulé : Officia Salomonis { Revenus et dépenses de Charles-Quint, f* ij « Ixxiij v**) ; Éloi démentis, « maistre d'escole » des enfaâts de Christiern II, qui fut récompensé de ses services par une pension de 200 livres (Ibid., f» ciiij x« xvj ▼**) ; Jean Franco, secrétaire de l'empereur, qui traduisit de Tallemand en français des chroniques; Jacques de Marche, qui composa pour Marguerite la Vertu du Diamant et de la Marguerite; Gaspard Bauqueille, qui « lui écrivit certain petit livret [voir t. IV, 392); Jacobus Basilicus Marcbetus, auteur d'un dialogue sur la prise de Thérouanne et de Hesdin, et sur le combat de Renty ; Jean Beauvarlet, chapelain et maître d'école, qui écrivit pour Marie de Hongrie « de petites heures et autres oraisons, et un petit livre; » etc., etc.
' Le privilège donné par Charles V. pour l'impression du Compendium chronicorum Flandriœ, de J. Meyer, et daté du 49 février 4636, enjoignit à l'auteur de supprimer dans son ouvrage « les privilèges d'aucunes villes, communautés particalières dont audit volume est faicte mention, à paine de perdre Teffect de cestes. »
• De Bello rhodio. Cet ouvrage a été traduit en italien. — On a encore de cet écrivain une lettre au pape Adrien VI sur le siège de cette ville, et quelques opuscules.
jouer, comme homme politique, un rôle considérable sous l'administration de Marguerite de Parme et du duc d'Albe \
' Dans un rang secondaire apparaissent Philippe Haneton , de Bruxelles, qui a écrit en français une histoire des traités de paix conclus entre Louis XII et Phihppe le Beau, depuis U98 jusqu'en 1506; l'échevin de Gand, Marc Van Vaernewyck, dont \ Historié van Belgie abonde en détails curieux; Hubert Thomas, de Liège, l'historien de l'électeur palatin, Frédéric II, dont il avait été :4ecrétaire; Adrien Bariandus, qui enseigna avec succès les lettres à Louvain, raais ne fit que de l'histoire à illustrations; Georges Vivien, d'Anvers, tout à la fois historien et jurisconsulte; Snoerkaert (Zenorarus). auteur d'une histoire de Charles-Quint {De republica, vita et gestis CaroU F); Jean Berotius ou Ebrotius, qui a laissé une relation de l'expédition de Tunis; le carme De Roover, de Bruxelles, qui a écrit la contre-partie de l'histoire de Sleidanus; l'abbé de Saint-Bertin, Antoine de Berghes, auteur d'une histoire de l'ordre de la Toison d'or, et d'une chronique manuscrite de l'abbaye de Saint-Trond ; Gérard de Jauche, qui a écrit en latin les Gestes des comtes de Namur; Nicolas lleems, de Capelle, dit de Bruxelles, auteur d'un Traité des Institutions de l'empire ; le poète Nicolas Mameranus, qui a écrit, entre autres, l'histoire de l'élection à l'empire de Charles-Quint et celle de la guerre de Saxe, et qui a laissé de précieux renseignements sur le personnel de la cour et de la haute administration de cette époque; le généalogiste Corneille Gaillard, de Bruges, à qui ses connaissances valurent la charge de héraut d'armes; l'hagiographe Antoine Gbeens, de Bruxelles; le poète Julien Fossetier, d'Ath, « chroniqueur et indiciaire de très-puissant prince don Charles d'Autriche, » qui dédia à sa protectrice Marguerite d'Autriche sa Vie de Jésus-Christ, terminée en 1520, et écrivit, en l'honneur de cette princesse des Chroniques Margaritiques ou Alhensiennes ; Rémi Du Puys, qui succéda, le 45 février 1544, à Jean le Maire, dans les fonctions de chroniqueur et historiographe *, et composa pour Charles- Quint des chroniques, ainsi qu'un récit de sa Joyeuse Entrée à Bruges (il a été réimprimé à Bruges en 4850) ; Remacle d'Ardenne, également « indiciaire et historiographe de Charles-Quint, » aux gages de six sous par jour que l'empereur lui accorda à cause de sondit estai, par lettres du 28 septembre 4520 [Hevenus et dépenses de Charles-Quint, f«> ij *" *" et ij « j) ; Lievin Goethals ou Panagathus, auteur d'une « Description de la généalogie de l'empereur; les chroniqueurs Molinet, Robert Macquereau; Égide Van der Heckcn, de Bruxelles, qui fut en même temps historien et l'un des premiers calligraphes et enlumineurs de son temps ; Gilles De Wilde, chanoine de l'ordre de Saint-Augustin à Ronge-CloUre qui, outre quelques tableaux de morale et une description de la
* Ce drrniiT «vait été nommé « solliciteur (ou inspecteur) des édifices de madame ■argocrltr. » M. I.k GiAf, iVotiV« lur Hfmi Du Puyt. Arcb. hist. cl lili. du nord de la France, I, 147.
La théologie, cette science respectable par son objet, mais staUonnaire de sa nature , fut étudiée alors avec une ardeur que réveillaient les luttes de la réforme.. Beaucoup de théologiens belges jouèrent un rôle important au concile de Trente; d'autres durent à leurs écrits ou à leur caractère une certaine célébrité. Tels sont : Jean de Coster, que la pureté de sa vie fît surnommer la Colombe; — Jean Brisselot, appelé une des lumières de TÊglise ; — Jean de Briaerde , Tapologiste de la loterie et des indulgences, fort loué par Érasme ; — Michel Baîus, dont les doctrines donnèrent naissance au jansénisme; — Geoi^es Van Cadsanl (Cassander), de Bruges, un des plus savants et surtout des plus conciliants théologiens du XVI* siècle ; — le fameux contemplatif Louis de
Terre promise, a laissé des généalogies des ducs de Brabant, depuis les temps les plus reculés jusqu*à sod époque; Gaspar Ophuys, de Tournai, auteur d'une chronique de Rouge-Cloltre, intéressante pour Thistoire du Brabant; Zeger Van Maele, de Bruges; Jean Tourneur, de Tordre d^ chartreux à Scheut, qui copia et continua le livre de la Fondation de Marcelis Voet; Jean de Feucy, auteur d*UDe chronique des forestiers et des comtes de Flandre ; Julien Hassard, auteur d^une chronique de Hainaut, de Flandre, de Hollande, etc. ; Laurent Vital, auteur d'un Diarium des faits de Charles-Quint, quMl accompagna dans la plupart de ses voyages et de ses guerres, de 1527 à 4550 (manuscrit) ; Henriette van Erp, auteur d'une chronique, précieuse pour Tévêché d'Utrecht; Jean de Brusthem, auteur des Gestes des évéques de Liège et des ducs de Brabant; Jean Van Schore (scripsit, testante Ant. Sandero, eleganti stylo Chronieon eeeletiœ Yiconimsis. Manuscrit. Foppens, 1. c, 725;) Jean Martin, auteur d'une dironique manuscrite de 4423 à 4557 (Bibl. royale) ; Jean De Pottre, qui a laissé une précieuse Relation des événements advenus dans les Pays-Bas et principalement à Bruxelles {Ibid.) ; Adolphe Happaert, chroniqueur du monastère de Saint-Hubert; Christianus Massœus, chroniqueur et grammairien ; Louis Bresin, auteur d'un recueil manuscrit des chroniques de Flandres et Artois (Bibl. royale).
A ces historiens et à ces chroniqueurs il convient d'ajouter Antoine de Lalamg, qui a laissé une relation du voyage de Philippe le Beau en Espagne ; et Jean Van de Nesse, qui a écrit l'itinéraire non moins précieux des voyages de Cbarie»4}uint, depuis 4544 jusqu'au 25 mai 4554.
Blois ; — Mathias de Ziltard, un des prédicateurs les plus en vogue à la cour de Charles-Quint; — Corneille Jansénius, de Hulst, quil ne faut point confondre avec le célèbre promoteur du jansénisme, et dont les écrits, empreints dune vive piété, ont inspiré cet alexandrin :
Quantus sol cœlo, tantus Jansenius orbi est'.
L'absence d'une tribune publique explique celle des ora-
' Sans en épuiser la liste, nous ajouterons à ces noms ceux de Tadte Nicolas Zegers, de Bruxelles, un des plus judicieux critiques de son temps; Guillaume Bibaut, de Thielt, 35« général des chartreux ; Alexandre Blanckaert (Cabdidus) ; Martin Lipse, de Bruxelles, qui a été effacé par le nom de son neveu, le célèbre Juste Lipse; André Gérard, dTpres, qui se sépara de Téglise romaine pour embrasser la réforme; Augustin Huens; Barthélémy Van Usinghen; Bernard de Luxembourg; les écrivains ascétiques Antoine Hémert et Corneille Don* thier; Dominique de Flandre, qui enseigna avec édat à Bologne; Eustadie Van de Rivieren; François Nicolaî, Tapologiste des Franciscains; François Van de Velde (Sonnius), dit de Campo; François Titelman, dont la sombre intolérance ternit le mérite ; Godefroid Striroyde ; Jean Van Paeschen ; Jean Bunderius ; Jean Hoogstraelen ; Louis de Berquin , qui défendit avec non moins de vivacité Tapôtre de la réforme, et vit ses écrits brûlés en vertu d'un décret de la faculté de théologie de Paris, du 26 juin 1523 ; François Vervoort; François de Sichem; Guillaume Brocb; Guillaume Van den Steene; Guillaume Enckevoort, que son mérite éleva au cardinalat (on a vu qu'il devint évéque d'Utrecht) ; Jean Heutenuius, un des traducteurs de la Bible publiée à Louvain, en 1547, par les ordres de Charles-Quint; Louis Fidelius, auteur de traités sur la création du monde, sur Tincamation et sur la milice spirituelle; Pierre Croeckaert, de Bruxelles, qui écrivit, entre autres, de nombreux commentaires sur Aristote; Jean Mahieu d'Audenaerde ; Jean Boyard, aussi d'Audenaerde, qui publia des homélies sur les épltres et les évangiles, un formulaire de prières, et diverses lettres sur les fêtes et les dominicales; Martin Van (1er Keele, de Tumhout, qui composa, entre autres, une Arithmétique divine ou des nombres mystiques de la Sainte- Écritvre; Pierre Godefroid, d'Anvers, auteur de nombreux opuscules, qui refusa l'honneur d'être suffragant de Cambrai; Pierre Bard, de Tournai, condisciple d'Adrien VI, à Tuniversité de Louvain, qui a célébré l'ordre des célestins en France; Pierre Decorte, de Bruges, professeur d'éloquence, qui surveilla l'impression de la traduction de la Bible, publiée à Louvain ; etc., etc.
leurs; à en juger par les discours qui nous ont été conservés, conséquence naturelle du reste de c^t état de choses, Tari oratoire était plongé « dans les mirifiques profondeurs du pathos. » François Richardot, suffragant d'Arras \ le pensionnaire d'Anvers, Jacques Macs, le conseiller Philibert de Bruxelles, qui jouissaient d une grande réputation d'éloquence, n'ont rien produit de nature à atténuer la sévérité de ce jugement. L'éloquence militaire, dont la proclamation du seigneur de Beauraing à la garnison de Hesdin fournit un modèle, est plus originale, mais non moins compassée-. Quant à la chaire, elle n'offre pas plus d'éclat, et l'on ne cite guère parmi les orateurs de féglise que François Régis, appelé fréquemment à prêcher devant Marguerite; Mathias de Zittard, qui prononça l'oraison funèbre de Ferdinand I" ^, et un prêtre nommé Herenthals qui, en 1519, prêcha avec succès à Ypres contre Luther *. Les sermons de ce dernier, publiés h Anvers en 1556, nous offrent un spécimen de féloquence de la chaire aussi burlesque que l'éloquence politique était emphatique et fastidieuse ^
• « U a esté, quoi que Ton en ayt voulu dire, uo grand et excellent personnage en doctrine et en conseil. U est vray qu'il estoit un peu soubdain et pustUanime, mais il estoit de bon cœur et entier. Comme prêcheur, retrouverat-oo eo 30 ans qui lui soit à comparer? » Papiers d'état de Granvelle.
' Voir ch. XL.
^ Cette oraison se trouve en allemand dans la Bibliothèque des Prédicateurs, du P. EaumD, II, 246.
^ M. S!«CLLAERT, Histoire de la littérature flamande, 97.
^ Les discours prononcés dans diverses solennités suffisent pour justifier ce jugement. Le passage suivant du discours de condoléance prononcé devant l'empereur, à Toccasion de la mort de l'impératrice Isabelle, par les députés de Marie de Hongrie, en offre un curieux spécimen.
• 0 mort î mort ! tu peulx bien être appelée cruelle, amère. acerbe, et des choses terribles la plus terrible, quand si précipitamment et inconsidérément tu as ravi de ce siècle le phénix et la princesse des princesses, l'impératrice.
Les sciences avaient suivi ou plutôt devancé le mouvement des lettres; plusieurs noms, restés illustres, datent de cette
privé le monarque de ce monde de sa compagne et très-chère épouse, tant ornée de toutes fleurs des vertus, et frustré ses bons et loyaux sujets de leur expectation, qui estoit de encore avoir génération de Votre Majesté son très-honoré seigneur et mari et d'elle. Certes, sire, Votre Majesté, votre très-aimée sœur la reine, et tous vos bons et loyaux sujets auroient grande matière et juste cause de expostuler avec icellui très-horrible et abominable monstre la mort, et à jamais pleurer, gémir et lamenter la séparation de l'âme et du corps de ladite feue très-illustre princesse, ne fust que icelle séparation n'est perpétuelle et éternelle, mais temporaire, et que cependant à toujours icelle glorieuse et sainte ûme, pour sa très-catholique et pudique vie, bonne, sainte et très-salutaire fin, jouit et jouira de la gloire et béatitude éternelle, et aussi que l'âme bien heureuse de Sa Majesté pourroit dire à ceux qui lamenteroient et condoleroient son trépas, ainsi que disoit le créateur du ciel et de la terre, quand il ascendoit, au ciel à ses apôtres : « Si vous m'aimez ne plaiuderez mon partement, mais vous vous réjouisserez pour ce que je m'en vois devers Dieu mon père, » aprendant à ses apôtres et disciples qu'ilz ne dévoient regretter celui qui couronne et change les plaisirs terriens aux célestiels, comme indubitablement, sire, a fait notre feue souveraine dame et princesse naturelle, votre trèschère et bien aimée compagne, comme est dit ci-dessus. Ne oubliroit aussi à dire avec saint Pol : pourquoi vous lamentez-vous ? Bien heureux sont ceux qui meurent en Dieu !
» Quel miroir de vertu estoit sa majesté quand elle vivoit ! Quelle patience eut-elle en la fin de ses jours, et quelle confidence en Dieu quand elle lui rendit son esprit tant catholiquement ! Certes, l'on doit nécessairement inférer qu'elle vit encore et que sa majesté ne voudroit être, pour nuls biens ou plaisirs mondains, de retour, car celui qui ne peut mentir lui a promis et à nous tous, que celui qui croit et a entière confidence en lui, fust-il mort, il vivra sans fin et terme, et comme est écrit Sapienfiœ quarto: son âme a esté plaisante et agréable à Dieu, et pourtant s'est-il hâté de la tollir de ceste vallée d'iniquités, et la colloquer en son royaume de Paradis. Si est sa mémoire immortelle, car elle est connue de Dieu et des hommes, ce qui vous doit être, sire, une grande consolation, et vous atténuer le deuil et regret, sinon entièrement du moins en partie, que justement avez eu et reçu au moyen du trépas de ladite feue très-illustre princesse, considéré même qu'il pourroit sembler à icelle bien heureuse âme qu'on lui plaindroit et regretleroit son salut, pour auquel parvenir, comme par la porte il est ordonné et statué à toutes créatures humaines de mourir une fois. Dieu, notre Créateur, n'a épargné pour le salut de nous tous son très-cher et unique fils empereur et roi du ciel et de la terre.
BELLES-LETTRES. SCIENCES. BEÂUX-AATS. 51
époque. Gérard Koopraan (Mercator), de Rupelmonde, qui a donné son noni à la projection employée sur les cartes marines', et Abraham Ortélius, d'Anvers, surnommé le Ptolémée du xvi* siècle '^, antérieurs d'un siècle à Nicolas
le boD et saint père Abraham, son grand et familier prophète Moïse, le roi David qui estoit un homme selon son cœur, le saint homme et précurseur duquel il témoignoit si magnifiquement, saint Jehan-Baptiste, son bien-aimé disciple et apôtre, qui si par fondement a prescrit sa grande et irrécompréhensible divinité saint Jehan-Évangéliste, finalement n'a épargné sa bénotle mère la Vierge Marie, prophètes ni saints, papes, empereurs, rois, princes ni autres, de quelle qualité ou condition ils ont été, car dUcellui statut et édit, nul, quel qu'il soit, n'a été et ne sera eximé ni exempt depuis le commencement du premier homme jusques à la consommation du monde, mais à toujours convenu et convient obtempérer et obéir à icellui commandement, et payer le tribut de nature, quand il a plu à icelluy qui a le cœur des princes en ses mains, auquel, sire, nous voulons, de tout notre cœur et de toutte notre âme, nous conformer et ensuivre sa volonté divine, selon que nous sommes tenus et obligés prier et supplier vous donner, oclroier et accorder, sire, sa sainte consolation qui surmonte toutes les autres, et ce qu'il sait et connaît vous être le plus salutaire pour le bien et prospérité de votre majesté et généralement de vosdits bons et loyaux sujets, lesquels aussi, sire, tant grands, moyens que petits, ont grand regret de votre longue absence de vosdits pays. » Archives du royaume. Reg. Coileciion de documenU historiques, VI, f°* 129-135.
' On sait que dans cette projection les parallèles coupent toujours les méridiens à angle droit et que les uns comme les autres sont des lignes droites, résultat que Ton n'obtient qu'en agrandissant l'échelle et en allongeant les degrés de latitude à mesure que l'on s'éloigne de l'équateur. Mercator, qui ne paraît pas cependant avoir connu la loi de cette augmentation, publia, en 1569, la première carte hydrographique dressée d'après ces principes, qui ne furent communiqués au public qu'en 1599, par langlais Edward Wright, circonstance sur laquelle l'Angleterre s'est longtemps fondée, pour s'attribuer I honneur de cette découverte. Montucla, Histoire des Mathématiques, II, 179. — Biogr. univ,, XXVUI, 340. — De Reiffe.nberg, Nouv. archives hist., VI, 295.
Mercator dressa encore d'autres belles caries, dont il eut la générosité de retarder la publication, pour ne pas nuire au succès de celles de son émule Ortélius.
' U entreprit un immense labeur qui devint la base de tous les travaux géographiques exécutés depuis. Son Theatrum orhis terrarum a été traduit en dififérentes langues et réimprimé plusieurs fois. Entre autres ouvrages, il a laissé encore une synonymie géographique d'une grande utilité.
Sanson dont s*enorgueiilit la France \ sont les véritables créateurs de la géographie moderne^. Jean Vivien, du Hainaut, qui s'associa à Ortélius, pour visiter toute la Belgique, publia avec ce savant une relation de leur voyage, document statistique du plus haut intérêt ^.
Parmi les savants que Marguerite appela à sa cour, le plus fameux fut Henri-Corneille de Nettesheim, dit Agrippa, de Cologne, qui prononça l'oraison funèbre de sa bienfaitrice. Secrétaire de Maximilien, il s'était distingué dans les guerres d'Italie, et avait été créé chevalier en récompense de sa bravoure. Plus tard, il se fit recevoir docteur en droit et en médecine. Il savait huit langues, et les parlait presque toutes
■ Mercatoresl né le 5 mars 4542, et Ortélius, en 1527.
* a C'est du temps de Mercator que date la géographie moderne. » Malte» BRUN, Précis de la Géographie universelle.
' Abrahami Ortelii et Joannis Viviapti, Itinerarium per nonnullas Galliœ Belgicœ partes. In-8®, 4558. — On sait qu'Adrien Melius d'Alckmaar trouva que le rapport approché du diamètre à la circonférence était comme 443 à 355. Déjà Adrien Romain, professeur à Louvain, avait été plus loin que Viète dans cette détermination. C'est au fils de Metius, Jacques Metius, qu'on attribue généralement l'invention du télescope par réfraction, que Huygens a perfectionné. Toutefois cet honneur lui est disputé, entre autres, par Corneille Drebbel d'Alkmaar , qui prétend également à l'invention du microscope et du thermomètre. Voir Montucla, 1. c, I, 679, II, 237. -^ Vignbul-Marvillb, Mélanges, 4* édition, I, 488. —De Reiffekberg, l. c, VI, 296.
A ces noms il convient d'ajouter ceux de Jean Portant, de Gand, mathématicien, astronome, poète, qui dressa une des cartes du Theatrum orbis, d'Ortélius, et qu'attendait la palme du martyre [voir chapitre xxxvi) ; de Jean et de Jacques Surhon, de Mons, qui exécutèrent pour le môme ouvrage, le premier les cartes de la Picardie, du Vermandois et du Namurois; le second, celles du Hainaut, de l'Artois et du Luxembourg; de Chrétien Scroot ou Sgrooten, auteur de la carte de la Gueldre et du comté de Zutphen.
M. PiNCHABT, Archives des Arts. — * Ordonnance pour donner ayde à maître Jacques Surhon, à la description et pourtraicture du pays et duché de Luxembourg et comté de Chiny, du xv«^ de mars audit an 4550. » Archives de l'Audience.
avec facilité. Après avoir enseigné successivement la théologie h Dôle, à Cologne, à Pavie, à Turin; visité F Angleterre, où il commenta les épîlres de saint Paul ; pratiqué la médecine à Genève, à Fribourg, à Lyon, il devint médecin de Louise de Savoie. Disgracié pour avoir pronostiqué des succès au connétable de Bourbon, il se retira dans les Pays-Bas, où il publia ses principaux ouvrages et gagna la faveur de Marguerite. Cette princesse le prit pour bibliothécaire, le fit nommer conseiller, indiciaire, historiographe de Charles-Quint ', et lui confia réducation du jeune prince de Danemark; mais il dut quitter la cour à la suite de la publication de son traité De incertiludine et vanitate scientiarum. Les docteurs de Louvain, qui croyaient posséder la science, trouvèrent mauvais qu'on osât mettre en doute la certitude de cette même science. Afin de perdre Agrippa auprès de Charles-Quint, ils présentèrent à ce prince plusieurs passages extraits de cet ouvrage, en leur ôtant leur liaison avec le reste du traité, en les tronquant, en leur prêtant une fausse interprétation ^. Emprisonné à Bruxelles, pour son traité De occulta philosophià, qui avait pourtant été publié à Anvers avec approbation de docteurs en théologie et avec privilège de l'empereur, il ne fut relâché qu à Fintercession de sa protectrice. Dans cette œuvre, recueil singulier de préjugés et de remarquables vérités scientifiques. Agrippa enseigne que l'air est un miroir recevant les images
' « A messire Henricus Cornélius Agrippa, docteur es deux droits, aussi conseiller, indiciaire et hystoriographe dudit seigneur empereur, en prest sur tel traitement de gaiges ou pencion que cy-après luy sera ordonné à cause dudit estât, depuis le vij« de février xxix, qu'il fit le serment en avant, xl livres. « Revenus et dépenses de Charles-Quint, 4520-1530, f*» ij « xvjij ▼**.
* De Reiffbnberg, Archives philologiques, 1, 40.
Cet ouvrage tend à prouver que rien n'est plus pernicieux pour la vie des hommes et pour le salut des âmes que les sciences et les arts.
(les choses et que, comme il pénètre dans les objets animés par des ouvertures invisibles à cause de leur excessive ténuité, il peut exciter des songes, des apparitions, donner lieu à des prophéties sans la coopération des esprits. C'est par l'air, ajoute-t-ii, qu'il est possiWe à un homme de communiquer ses idées à un autre sans aucun intermédiaire, et quelque grande que soit la distance qui les sépare. On comprend leffet que devait produire un pareil ouvrage à une époque où Mercurin de Gattinara écrivait de Dôle, qu'il avait paru dans le ciel trois soleils et trois lunes, et engageait Marguerite à consulter, sur les présages à tirer de ce phénomène, ses deux médecins, Louis de Merlyen ou Merlien, et Pierre Picot*. On sait que le parhélie, qui multiplie les soleils par une sorte de mirage céleste, partagea longtemps avec les comètes le triste privilège d'annoncer les grandes catastrophes, et l'on voit que les esprits même les plus élevés n'étaient pas exempts de cette superstition. Après la mort de Marguerite, les pensions d' Agrippa furent supprimées, et le savant, tombé dans la misère, fut incarcéré de nouveau (1531) à la demande de ses créanciers ^. Sorti de prison, il se retira près de l'archevêque de Cologne, qui avait reçu la dédicace de sa philosophie occulte, et rentra ensuite en France, où il finit ses jours dans un hôpital.
Les mathématiques, longtemps négligées, commençaient alors ù refleurir dans l'Occident. Guicciardin cite Gauthier René, qui excellait dans l'art de fabriquer des instruments de mathématiques. Cet éloge ne revient -il pas à Renier Gemma, dit Frisius, qui obtint, en 1331, un subside pour la publication
' Lettre du iî. février 4oU. Correspondance, I, 437.
' Voir la biographie d'Agrippa, par le docteur Jourdan, dans le Dictionnaire des sciences médicales de Panckoucke (biographie médicale).
d'une sphère ' ? Guicciardin aurait pu ajouter à ce nom ceux de Dodonée, de Jean Fuisnier, d'Ath, et d'une foule d'autres non moins célèbres par la science que par les arts et par les lettres *.
Rambert Dodonée, né à Malines en 1517, Charles de L'Ecluse (Clusius), né à Arras, en 1525, de Busbeck et Christophe de Longueil ' enrichirent la botanique. Rambert
• M. PiNCHÀBT, Archives des Arts, 1. c. — Correspondance, I, 437.
• Nous ajouterons à ces noms ceux de Libéral de Trévisan, « phisicien de Charles-Quint (« A maistre Libéral de Trévisan, phisicien de Terapereur, par lettres du xiiij* de may xxij, pour ses services, l livres. » lieoenus el dépenses de Charles-Quinl, 1520-4530, f« ij « Ixxvij ▼") ; de Corneille Sculius ( voir p. 59, note 1) ; de « raaitre Jehan Thiebault, astrologue, demeurant à Anvers; » d'un autre astrologue nommé Leogum {voir ch. xvi ) ; de Joachim Sterck, qui occupa un rang non moins distingué dans les sciences que dans les lettres (on a de lui : Sphœra sive inslitulio asironomicarum, lib. 111. 4528. — Cosmographia.
— Chaos malhemalicum. — De Horoscopo. — Optica — Arithmetica, etc. 1534); de Henri Vekenstyl, auteur de plusieurs traités fort estimés de son temps {De Compositione et usu decretorii Plauetarum. 1530. — De compositione et usu quadrantis. 4535. — Tabulœ perpeluœ longiludinum ac laliludinum planetarnm, ad meridianum lovaniensem. 4528); de l'architecte Pierre Coeck, auteur d'un traité de géométrie.
Ce fut à cette époque que l'on commença assez généralement dans les Pays- Bas à substituer aux chiffres romains les chiffres arabes introduits depuis longtemps en Italie par le pape Sylvestre U.
Le compte de 4642 de la recette générale du Hainaut est paginé de la môme
main, au haut des pages en chiffres romains; au bas en chiffres arabes
n« 3200). — Voir encore, entre autres, les comptes u • 45225, 43324, 45556.
— Voir les Lettres des seigneurs. — Dans toutes à peu près le millésime est en chiffres arabes et la date du jour en chiffres romains.
Un autre changement qui s'opéra également pendant le règne de Charles- (^uint, c'est celui de la calligraphie; à la gothique se substitue assez généralement la bâtarde, la coulée et une écriture se rapprochant beaucoup de l'anglaise.
Voir, dans la collection des Lettres des seigneurs, les lettres du comte de Rœulx , du comte d'Arenberg, du comte de Lalaing, du prince d'Orange, du duc d'Albe, d'Anne de Lorraine, de Viglius, de Gaspard Schets, de Nicolaï, etc.
• 11 a écrit, entre autres, des commentaires sur Pline, et une Historia herbarum.
Dodoeas ou Dodonée, que le iiuigislrat de Maluics noniin^vj en 1S4I, médecin de la commune, visita les plus célèbres^ uuiversitt^s d'Allemogne, de France el d'Italie, pour perfectionner ses éludes commencées à Louyîijû et conLinuées sûusiH Jean Ileems, d'Armenliires, et Paul Rocls, de Termonde.^^ Savant matliénialicien, il écrivit un remarquaMe trait^> d6^^ cosmograpiiic et d'astronomie. Médecin disttn^^ué, il a iaissé^^ des ouvrages qui peuvent encore être consultés avec fruit. Mais ce fut la bolanique qui immortalisa son nom. Jusqu'au commencement du xvi* siècle, cette science n'avait été consi-^ dérée que comme une ])artic de larL médical ; on n avait pas i encore dierché dans la (leur et dans le fruit les caractères ^| dislinetifs des claj^es el des genres, et la confusion en rendait H rétude fort ardue. Ranibert Dudonée étendit et perfectionna la division des plantes en classes, en genres, en espèces, que H parait avoir introduite Gesner, et son Herbier, dédié à Marie ' de Hongrie, présente, non-seulement la description des lierbes, mais leurs espèces, leurs formes, etc , et leur emploi dans ta j médecine V
« Les Belges, dit le vénitien Badoaro, ont de très-habiles chirurgiens, mais la médecine ne (leurit pas également chez^ pnx, parce que les jeunes médecins n ont pas coutume d*accora-™ pagner les anciens dans leur pratique. Ils sont pourtant grands connaisseurs de simples; mais ils n*en comprennent pas bien les vertus, et ils ne savent jias les mélanger. » Pour apprécier le mérite de ce jugement, il suffit de remarquer que, de toutes i les sciences, celle qui h cette époque a jeté la plus grande! gloire sur la Belgique, cesl la médecine. Elle y avait sans doute laitdéj^i de gnmds progrès, lorsque, en 1510, Maximilien
» Voir rcïceUetjUï Notice publiée sur ce sa van l, par M. Goethaia, tw-|
ilemando noe consultation des plus savants médecins de^ Pays-Bas, pour rimpéralHce, * qui tiroit sur réticf]ue V » ^immortel André Vésale allait ouvrir à ces progrès une voie Douvelle, Né à Bruxelles, le 31 décembre ISU, Vésale on De Wesele rameua les analomisles a robservntion de la nature, el le premier, osant dévoiler les erreurs de Galieii, fl arracha au célèbre dogmalisle de Pei^ranie le sceptre de la médecine. Son bel ouvrage sur rannlomie du corps humain produisit uQe révolution dans le monde médical; si le bardî novateur fut en Imtle aux attaques furieuses de Tignorance et des préjugés, Venise, le pnpc, Ions les princes et toutes les républiques de rilalie disputèrent ^i Charles-Quint la possession de ce grand homme; la postérité a consacré le nom de père de Tanatomie, que lui donnèrent ses contemporains. *t Ses ou\T;ïges, dit Nicolas Éloy, de Mons, qui fut lui-même un ^vnnt mï^deein, se^s ouvrages jouiront de lestime qu'on eu a faite, tant que la médecine et Tanalumie seront regardées romoie des sciences utiles au genre humain. Les écrivains qui Tont suivi, tout en le perfectionnant, ont avoué sans peine que cet homme célèbre a toujours été leur guide et leur mr>dèle ^. *
Autour du nom du père de l'anatomie en apparaissent dautres qui, sans être aussi brillants, ne manquent pas de
' Lettre du 2\ décembre il^\0. Corrcuponduncf, 1^ 367,
' DiClioaoDire historique de la m^^dcdae aDcicime et moderne, urt. Vésalë — Li MjktEUft, L c., ii9. — L'immense talent de Vésale ne le mit pus a J'abrl de* crtUques, H parmi Jes détrac Leurs de son mérile on est étooné tJe rencotitrrr lo cvdiDal de Grainelie, qui ecrivuit h Viglius : « M. de Lalning se porte mieiiJx* cl De crains pu,^ beaucoup les jugemens île Vesaims sur ses malade», ^V ce qu'il le» déclajre tou.^ijQurs d'arriv^fj morlclz. afin que s'ilz meurent ttia r<ïxcii«, etfi'il/ vivent, qu liait faicl miraclen « LeUredu ÎD Qctûbre1&t^= Pûpirra d*état df Gt^anvcth^ V, iS\ .
célébrité. Tels sont Lievin Oosterlinck (Austricus), de Gand, qui alla s établir à Paris, oii il publia, en 1513, un remar- (|uable opuscule sur la peste '; I>aniel Van Vlierden, de Bruxelles, qui, après avoir professé la philosophie et la théologie, s'adonna à la médecine, et laissa plusieurs ouvrages sur Fart médical; Guillaume Quackelbeen, de Courtrai, qui accompagna de Busbeck en Orient, où il mourut de la peste, léguant à la science plusieurs remèdes jusque-là inconnus en Europe ' ; François Rapaert, qui flagella durement les charlatans et les empiriques de son temps ^; Jérémie Dryvere, de Grammont, professeur de médecine à l'université de Louvain et Tune des illustrations médicales de l'époque *, Jacques Bordingus, d'Anvers, qui, chassé de sa patrie par les persécutions religieuses, trouva un asile à la cour de Danemark, où Christiern III et Frédéric II le comblèrent de faveurs ; Joachim Martin Grégoire, de Gand, dont Érasme loue l'érudition et la candeur d'ôme ^; Pierre Memmius, de Herenthals, qui professa à Rostock , et acquit une grande réputation par ses écrits; Samuel Quickelber^, auteur de tablettes médicales et d'apophthegmes bibliques, que sa renommée fit appeler à Ingolstndt; Corneille de Baesdorp, de Bruges, médecin de Charles-Quint pendant les dernières années de son règne ^;
* Messager des sciences historiques, <846, 291.
* M. L. IIeff.ner, notice précitée. — On a de ce médecin des lettres intitulées : De planlis qnibnsdam.
' Maguiim et perpetuum almannch, a cousuetis nugis Uberum, eoque vere medicum, de phlebotomia. de balueis, de puryiUionibus, etc., sive Fiagellum vuigarium proynosticornm, empiricorum et mcdicastrorum. Anvers, 4551.
* Voir la liste de ses nombreux ouvrages dans la Hibiiotheca Deigica, de FoppENS, I, 480.
' Il a écrit, entre autres traités, De alimentorum facultatibus. Paris, 4530. — De atténuante victtis ratione. — Iniroductio in pvlsvH.
* Voir les Lettres des seigneurs et les Lettres de G. Van Maele, préci-
Corneille Henri Mathys, de la même ville, qui accompagna ce prince dans sa retraite de Yuste *.
tées — Ce médecin , qui mourut à Bruges, le 24 novembre 4565, a laissé Methodus universœ arlis medicœ. Bruxelles , 1 538.
• Nous mentionnerons encore : Louis de Merlyen ou Merlien ; Pierre Picot [Ils sont cités fréquemment dans les comptes et dans la correspondance de Marguerite. — Picot traita la première femme de Henri de Nassau, Françoise de Savoie. Gedenkslukken, II, 341 , n. 4 ] ; Josse de Leenheer, Ghysbrecht Heysel, médecins et chirurgiens de Charles-Quint, dans sa jeunesse (compte de J. Micault, n<* 4882); Égide Éverard ou Gérard, auteur d'un traité sur le tabac [ Commenlarium de Herba Panacea : quam alii Tabacum, àlii Petum, aul Mcotianam vocunt. Il a écrit aussi une Compendiosa narralio de usu et praœi radiciê mechoacanœ, ex Uispania nova Indiœ occidentalis nuper allatœ) ; Égide De Uertoghe (il a écrit une Epislola de gestalione fœtus mortui per Mil annoê^ historia memorabUi&) ; Antoine Bussennius, qui professa la médecine à l'université de Louvain (auteur d'un Commenlarium in Galenum de iitœquali lemperie. Anvers, 4553); Jean Vorst (compte de J. de Marnix, n» 4797); Jean Van den Heetvelde, mé(Jecin ordinaire de Marguerite (comptes de J. de Marnix) ; Adam Bogaert; Joachim Roland, de Maliues, ami de Vésale, et auteur d'un traité sur la suette anglaise (De novo morbo sudoris, 4529); Denis Van Liewaerde, Corneille Remboid, Pierre Van Dieghem, Pasquier Drahz, Henri Anelle, Pierre Savoyen, chirurgien de Charles-Quint et du comte Henri de Nassau (voir ch. xvi), qui soignèrent Marguerite dans ses derniers moments; Paul Roels, de Termonde; Corneille Scutius, savant médecin et mathématicien (voir sa Disserlalio de Medicina. Anvers, 4546; et sa Disputalio astrologica ac medica. Anvers, 4547) ; Jacques Castre, de Hazebrœck, auteur d'un opuscule sur la suette anglaise (£pi«/o/a de sudore epidemiali, quem angltcum vocanl. Anvers, 4529) ; Jacques Gherin, médecin ordinaire de la ville d'Anvers, qui écrivit un traité sur la peste (De prœservatione ac curalione peslis. 4555) ; Jean de Saint-Amand, que sa position de chanoine de Notre-Dame de Tournai n'empêcha point de publier divers ouvrages de médecine (voir Fopraxs, 1. c, 562) ; Jean de Santvliet (il a écrit un traité De Diœtis toiius anni. Lyou, 4545); Jean Sanderus, de Gand, que sa science, non moins que les aimables qualités de son caractère, rendit cher à Charles -Quint; Martin Micronios, dit De Cleynff de Gand, auteur d'opuscules sur Hippocrale et Platon, et d'un traité d'anatomie; Nicolas de Bossuit, qui traita la question de «avoir si la zone torride était habitable, et, dans un autre traité, de l'influence de la température sur les races humaines; Tertius Damien, de Vissenaeken, auteur d'une théorie de la médecine et de la chirurgie, et d'un opuscule sur la âuette; le limbourgeois Reroacle Fuchsius, qui a laissé plusieurs ouvrages esti-
Malheureusement ce magnifique développement des lettres et des sciences fut sacrifié à une politique fatale. Il était en grande partie le produit de la liberté, et le despotisme, ramenant les ténèbres, faillit arrêter fessor de fintelligence humaine. La direction de finstruction publique , qui , dans le principe, était un droit régalien ou seigneurial \ déléguée d'abord au clergé par les souverains ou par les seigneurs, lui avait été disputée bientôt par les magistrats communaux ; dans le xiii* et le xiv* siècle, la puissance croissante de l'élément plébéien avait annihilé l'autorité des écolâtres dans la plupart des villes. A Bruxelles, les bourgeois avaient établi des écoles sans leur consentement. A Louvain, la juridiction suprême de fécolàtrie était passée à la commune. Au XIV* siècle, la bourgeoisie d'Anvers avait ouvert des écoles indépendantes du chapitre de Noire-Dame, qui y possédait, de temps immémorial, le droit d'écolâtrie; et, au siècle suivant , cette juridiction se trouva entièrement aux mains du magistrat. Malines avait ses écoles, dont le magistrat
mes sur la pharmacopée, et une méthode pour guérir le « mal d'Espagne ou de France » par l'emploi de décoctions de lignum Gnaiaci. Enfin Pierre Coudenberg, pharmacien à Anvers, mérita par ses travaux d'être rangé parmi les savants de cette époque. [Voir la notice sur ce pharmacien, publiée en 4845 par M. C. Broecrx.)
Consultez pour l'histoire des lettres et des sciences : Valkrii ANOREiE, Bibliotheca Befgica.— Franciscis S^weektivs, A Ihenœ belgicœ sive nomenckUor infer. German. scriplorum. — A. MiR;€us, Elogia illusirium Belgii scriptorum. — FoppENs, Bibliotheca Delgîca. — Le catalogue de la bibliothèque Van Hulthem. — Paqi OT, Mémoires pour servir a r histoire littéraire des XVII provinces des Pays-bas (l'exemplaire portant le u« 22472 de la bibliothèque Van Hulthem, a été enrichi d'un grand nombre d'additions par Van Hulthem). — Gobtbals, Lectures. — M. A. Pinchart, Archives des arts, des sciences et des lettres.
' 11 faut en rechercher sans doute l'origine dans le droit foncier, soit du chef de la fondation et dotation, soit du chef de la propriété du terrain sur lequel avait été élevée la première école.
nommait, payait et logeait les maîtres. On avait vu, en 1192, les Gantois faire souscrire à leur comte Baudouin le Courageux, la liberté complète d'enseignement et braver l'excommunication dont les menaçait Tarchevéque de Reims. En 1233, la bourgeoisie d'Ypres arracha au chapitre de Saint- Martin le droit d'écolâtrie, que venait de lui conférer le saint-siége, et il fut convenu que chacun aurait la faculté d'ouvrir de petites écoles sans autorisation du chapitre ni même du magistrat \ Cet état de choses avait amené de grandes améliorations, et la culture des langues anciennes avait été précieusement conservée dans les écoles, au milieu des fréquentes vicissitudes qui menaçaient les lettres d'une ruine complète. Le nombre des établissements d'instruction publique s'accrut sans cesse , et l'on en vit sortir les savants, les littérateurs et les poètes qui honorèrent les règnes de Philippe le Beau et de Charles-Quint.
Les voies ouvertes à l'étude des langues mortes contribuèrent surtout à l'augmentation des écoles. A Bruxelles, où il y avait alors treize écoles flamandes et trois écoles wallonnes ou françaises, une école supérieure et sept autres consacrées à l'étude du latin, le magistrat autorisa la communauté des frères de la vie commune (1311) et l'église de la Chapelle (1330) à ouvrir de nouvelles écoles latines ^ A Malines, qui avait une a grande école » où « le savant maître François de Houwe » professait le latin et le grec, la commune témoigna de soii désir de favoriser les études en
' Olim très pro latinis littens hic scholœ fuerunt, et docuerunt in ils viri eruditione célèbres. Postea etiara plures. In archivis autcm Iprensibus ad annum 4 289, binas invenio, partim auctoritati prœpositi Martiniani, partim seoatui Iprano siibjectas. A.Sanderi, FlawlriaiUustrata. Ypres, 4735, H, 359.
• Histoire de Bruxelles.
6i RÉGNE DE CHARLES-QUINT EN BELGIQUE.
améliorant la position des maîtres et en accordant des subwsides aux élèves \ En 1541, avec Taide de la reine Éléonore, dont il était devenu le confesseur, Jean de Witte, premier évéque de Cuba et ancien précepteur des filles de Philippe le Beau , institua à Bruges une école supérieure ^. A Mons, où jusqu'en 1543 la langue latine n'avait été enseignée que dans une école du chapitre de Saint-Germain, après de longues et vives contestations entre ce chapitre et le magistrat , ils fondèrent d'un commun accord le collège Houdaing, qui ne tarda pas à devenir très-florissant '. Ath érigea une école latine d'où sortirent bientôt une foule d'hommes distingués dans les lettres *. Vers 1 525 les magistrats de la ville de Tournai , qui avait eii des écoles célèbres dans les siècles antérieurs, où Jacques Teyng (Ceratinus), le célèbre helléniste, avait donné des leçons de lettres interrompues, en 1521, par la peste et par la guerre, tentèrent d'ouvrir une école pour l'enseignement de la grammaire et des éléments des sciences; mais la jalousie de l'université de Louvain traversa ce projet, et, à la suite de longues contestations, un arrêt du grand conseil de Malines interdit d'y donner suite (1530) \
Pour comprimer les idées de Uberté religieuse et plus encore celles de liberté politique, Charles-Quint s'attacha à retirer aux communes la direction de l'instruction publique; afin d'en
' AzEVEDO, ad. ann. 462Î.
* Dewitte y était né le 6 août U75. Georges Cassander, qui occupa le premier dans cette école la chaii^ de littérature, prononça à cette occasion un discours à la louange de Bruges, qui a été réimprimé, en 4847, par les soins de M. Tdbbé Carton : Oralio in laudem urbis Bvugensis.
* Il dut son nom à Thôtel où il fut établi. De Boissu, Histoire de Momt, 484. — On l'appela aussi collège ou école Loquet, du nom de son premier recteur, Jean Loquet. Vinchant, V, 246.
* Entre autres, le célèbre Juste Lipse. — Viinchant, V, 474.
^ iM. NÈVE, 1. c.
BELLES-LETTRIiiS. SCIENCES. BEAUX-ARTS. 63
arrêter l'élan, il se servit de Tinstrument qui n'a jamais manqué à cette tâcbe : il plaça les injstituteurs communaux, comme les imprimeurs, comme tout ce qui était du ressort de Tintelligence, dans la dépendance absolue des prêtres, et ceux-ci entravèrent si bien le droit d'enseigner, qu'il disparut complètement \ On exigea des instituteurs un certificat délivré par leur curé constatant leur bonne conduite, leur orthodoxie , et un serment de fidélité à la religion romaine. Ils furent, en outre, astreints à s'afBlier à des confréries, et lorsque le clergé les tint dans sa dépendance, on vit, à Anvers, par exemple, le nombre des écoles diminuer de moitié *. Il sufBt de connaître les livres mis aux mains des enfants , et les exercices de bigoterie qu'on leur imposait, pour s'expliquer l'état d*ignorance où tomba une nation qui marchait naguère au premier rang des peuples civilisés.
L'université de Louvain, fondée en vertu d'un privilège accordé à cette ville par le pape Martin V, resta stationnaire dès que le magistrat se fut dessaisi de ses droits en faveur du clergé. L'étude des langues anciennes y fut considérée alors comme un indice d'hérésie; le latin même n'y était toléré qu'à la condition d'être barbare. L'art par excellence était la dialectique, c'est-à-dire l'aptitude à disputer sur toute sorte de sujets. Il fallut les sarcasmes mortels d'Érasme et des auteurs des Epistolœ obscurorum virorum pour arrêter ce torrent d absurdités et de niaiseries. Mais lorsque, entraînée dans le mouvement général , l'université entra dans la voie du progrès, en fort peu de temps, elle sut reconquérir sa renommée première. Dès 1518, Thierry Maertens d'Alost disait qu'elle n'avait de rivale que l'université de Paris, et
• loir chapitre XXX VI.
' OnionDance du magistral d'Anvers, de 1698.
rinslitution du collège des Trois Langues produisit promptement de brillants résultats. Sa réputation s'étendit, et des savants y accoururent de toules les parties de l'Europe. Le restaurateur des lettres en Porlugal, Lucius André de Resende; Damien de Goès, son compatriote et son ami ; Louis Vives, qui publia à Bruges, en 1331, ses sept livres De corruptis artibus, une foule d'autres y puisèrent en partie la science qui les a illustrés. Charles -Quint, disons -le à sa louange, contribua d'abord à ces résultats ; en honorant le professorat, en donnant accès dans ses conseils aux hommes qui avaient marqué par leurs travaux intellectuels, il rendit le savoir indispensable à quiconque prétendait aux grandes charges de l'état. La noblesse ne craignit plus de déroger en s'instruisant; « c'est alors qu'on vit les familles patriciennes de nos anciennes communes s'empresser d'envoyer dans la lice de l'école ceux de leurs enfants qu'elles destinaient à perpétuer utilement l'éclat de leur nom, jusque dans les fonctions de nos magistratures municipales, d'où ils se disposaient à aspirer ensuite aux plus hautes dignités; on en peut voir encore la preuve dans les listes des bourgmestres et des échevins qui se trouvent en tète de presque toutes les coutumes de nos grandes villes, dans nos recueils généraux des coutumes du pays V »
Le collège des Trois Langues ne fut point la seule fondation importante faite par l'université de Louvain, à œtte époque. François de Helfaut, abbé de Saint -Pierre à Gànd, avait légué une rente annuelle de mille florins, pour augmenter le traitement des professeurs en théologie, alors au nombre de
' M. SpiNXAEL, Gabriel Mudée on la rénovation de l'étude de la jurisprudence en Belgique au xvi« siècle. Trésor national. II, 281 .
cinq; mais ce nombre paraissant insuffisant, Charles-Quint créa, le 17 février 1546, de concert avec Tautorité ecclésiastique, deux nouvelles chaires (celles d'Écriture sainte et de théologie scolastique, m Magistrum sententiarum), auxquelles fut affectée la donation de François de Helfaut \ En 1531, un gentilhomme savoyard, Eustache Chapuys, natif d'Annecy, qui était venu chercher une retraite h Louvain ; après avoir été successivement conseiller du duc de Savoie, officiai de révéque de Genève, conseiller maître des requêtes ordinaires et ambassadeur de Charles-Quint en Angleterre, fonda, par testament, le collée de Savoie ^. Cependant le mouvement s arrêta du jour où Tuniversité substitua la toge du juge à la robe de professeur, et changea la chaire en tribunal; du jour où ses théologiens devinrent des inquisiteurs. « Cette université, disait déjà l'ambassadeur vénitien Badoaro, est plus célèbre par les 5,000 étudiants qui y sont réunis, que par son organisation ou l'éclat qu'elle jette sur les lettres '; » et cette décadence ne s'arrêta plus. En vain s'est-on évertué et s'évertuera-t-on à la réhabiliter, voire même à lui prêter un rôle libéral contraire à son cairactère * , La raison suffit pour démontrer que la liberté la plus complète est indispensable au progrès des sciences et des lettres, et qu'on ne favorise point la diffusion des lumières en les tenant sous le boisseau. Aussi la déconsidération de VAlma ma/er, jusqu'alors si renommée, la rareté d'hommes célèbres, succédant à une
' M. DB Ram, Considérations surVhisioire de l'ancienne université de Louvain. Bulletins de rAcadémie, XXI, 375, note 47.
' Db RBimNBBikG, Relations avec la Savoie, 1. c.
' Relations, 84.
« Voir le document que M. de Ram a produit à TAcadémie de Belgique (Bulletins, XXll, i'* partie, 483), et Texamen de ce document par son confrère M. Gachard. Indépendance belge du 9 février 4855.
e^(i RÉGNE DE CHARLES-QUINT EN BELGIQUE.
prodigieuse fécondité, rénorme diminution de ses élèves, la dépopulation même de la ville \ présentent-elles les effrayants résultats d'un système qui Tappauvrit tellement, qu elle ne fut bientôt plus qu une « pépinière de missionnaires *.
Les Pays-Bas ont eu, comme les autres états de l'Europe, leur Renaissance après le mo\ en-àge. Charles-Quint aimait la magnificencfe des arts, et il contribua à leur développement dans tous les pays de son immense domination. C'est au temps de ce prince, et sous l'administration de Marguerite d'Autriche, que les écoles flamandes d'architecture, de sculpture et de peinture, inspirées par le goût de l'antiquité, reprirent un essor inattendu. C'est à cette époque que les architectes, les sculpteurs, les verriers, les peintres, encouragés par l'autorité publique, créèrent d'innombrables chefs-d'œuvre, monuments nouveaux, églises et chapelles, hôtels de ville, fontaines, palais, habitations splendides; c'est alors qu'ils firent de Bruxelles la plus belle cité des Pays-Bas.
La reconstruction de l'ancienne Halle au Pain, ou Maison du roi (1515-1523), et de l'église de Saint-Géry (1520-1564), la construction des nouvelles bailles de la cour (1509-1520), de la chapelle (1525) et de la belle galerie du palais (1534), de la chapelle du Saint-Sacrement à Sainte-Gudule, l'achèvement de cette superbe collégiale ^ les travaux exécutés alors
• « Lestât de la chief-ville de Louvain, fondé seullementsur l'université, est notoirement tel que Ton n'en doibve attendre grand ayde. » Remontrance des états de Brabant au conseil d'état, i3 septembre 1600. M. Gacbard, Collection de documents sur les anciennes assemblées nationales de la Belgique, I, 645.
» Voir le remarquable discours prononcé à l'Académie de Belgique par M. Stas (Bulletins, XX, 3* partie, 40^).
Voir les faits cités à ce sujet par M. Raiilenbeek, I c, et l'histoire de Louvain, qui montre l'état où tomba cette ville depuis le règne de Philippe IL
' Histoire de liruxelles.
à l'église du Sablon *, l'érection du mausolée de François de Bourgogne dans l'église de Caudenberg ^, l'achèvement de la belle chartreuse de Scheut, auquel Marguerite contribua par ses subsides ^ témoignent de l'impulsion donnée aux arts. Les particuliers, comme les communes, comme le clergé, furent entraînés par l'exemple du gouvernement : la plupart des abbayes fondèrent à Bruxelles de beaux refuges, tandis que l'aristocratie, les d'Egmont, les de Mansfeld, les de Taxis, les de Lalaing, les Culembourg, les de Boussu, les de Lannoy élevaient des hôtels, où ils étalèrent un luxe que la politique de leur souverain les forçait à déployer.
Ce mouvement s'étendit naturellement aux villes voisines. A Anvers on achevait, en 1518, la tour de Notre-Dame, œuvre de Jean Appelmans ^ et en 1331 s'éleva son admirable Bourse. A Mons on terminait, en 1519, le transept de l'église de Sainte-Waudru , et l'on commençait la nef et ses collatéraux; le campanile surmontant la croisée fut achevé deux ans après, et, en 1535, on jeta les fondements de la tour *. En 1525, les magistrats d'Audenaerde arrêtaient la construction de leur magnifique hôtel de ville ®. A Bruges, on restaurait
* Compte de J. de Marnix, de 4523 (d® 1799), (° iiij «« xviij ▼".
' • A Adrien Nonnon, résidant à Dynant, maislre des pierres de marbres estant lez Dynant, la somme de trente-trois livres six sols huit deniers, pour le tiers de cent livres, à quoy madame a fait convenir et appointer avecq luy par maître Loy s de Bodegem, maître masson, résidant à Bruxelles, pour une belle sépulture de marbre noir, qu'il doit faire et poser au meur de l'esglise de Cauberghe audit Bruxelles, au lieu et place où François monseigneur, frère de madite dame, est inhumé. » Ibid. de 4625 (n« 4801 ), f" xj " xvj ?".
' ibid. de 1524 (n« 4797), f" ij • xxxv.
^ M. L. Serri'ui, Notice historique sur la tour de l'église de Notre-Dame, à Anvers.
* M. L. Ubvillers, Mémoire historique et descriptif sur l'église de Sainte- Waudru, 4857.
* Messager des sdeDoes historiques, 4829-4830, 65-402.
la chapelle du Saint-Sang, qui reçut alors sa façade actuelle (1533) \ et Ton élevait Télégante façade de l'ancien greffe, construit en i 537 ^ La façade de l'hôtel de ville de Courtrai, qui avait été brûlé en 1382, fut reconstruite en 1526 '. Le 10 mars 1 521 , niessire Simon, seigneur de Montbaillon, présida, comme représentant de Marguerite, à la fondation de la chapelle du Nom de Jésus, en Téglise de Saint-Pierre à Matines*; cette princesse y fit construire aussi la chapelle de Notre-Dame *, et, le 23 octobre 1522, elle accorda aux mai^illiers de la même église cent livres de quarante gros, pour Tachèvement de la chapelle dédiée à Dieu*. Le 23 mars 1530 fut posée la première pierre de l'hôtel que Rombaut Van Mansdale y construisit, sur la place du marché, pour le grand conseil'.
• M. Octave Delepierre, Guide dans lirwjes.
» ScnAYES, Histoire de l'architecture en Belgique.
' Sanderl's, Flandria illustrata, III, 5. — Messager des sciences historiques, 4848, 509.
< « Aux maçons faisant les fondemens de la chapelle du nom de Jésus, commencée en réglise de Saint-Pierre de Malines, la somme de ij philippus d'or de XXV patars pièce, dont madite dame leur a fait don en faveur de ce que, en son nom, messire Simon , seigneur de Montbaillon et chef commis sur le fait des finances, a mis et assise la première pierre , le x mars xv « xxj. » Compte de J. de Marnix (n* 4797). f» iiij " xvj.
' Ibid. de 4525 (n» 4801 ), f» cxij »".
• Ibid. de 4523 (n» 4799), f cxij.
7 Suivant la chronique de Tongres, dit Azevedo, les 20 piliers bleus dans la rue dite Be/festraet, furent placés deux mois avant la mort de Tarchiducfaesse Marguerite, donc vers la fin de septembre 4 530. La ville de Malines paya pour le plan de ce palais : à Rombaut Keldermans, 2 livres 4 0 escalins; et à Laurent Keldermans, 30 escalins. Le premier reçut, en outre, un salaire annuel de 2 livres 45 esc. Les autres comptes portent : « .\ maître Pierre Verhoeven, maçon de la ville, fut payé pour salaire dans les longues journées 48 gros par jour, et à ses compagnons 45 gros; pendant les courtes journées le maître avait 45 gros et les compagnons 42 gros. A divers tailleurs de pierres et kleyn-^tekerê travaillant aux piliers et chapiteaux, 45 gros par jour. Aux kleyn-stekers, pour la coupe des chapiteaux, 48 escalins la pièce. A divers tailleurs de pierres, pour la
Cette ville, de son côté, n'avait rien négligé pour rester l'objet des prédilections de la régente. En 1514, le magistrat alloua à Henri de Nassau un subside de 400 philippus, destiné à la maçonnerie de Thôtel qu'il y faisait élever * ; le comte d'Hoogstraelen et d autres seigneurs de la cour obtinrent les mêmes avantages, et de somptueux hôtels s'élevèrent sur les ruines d'antiques masures ^ La commune perça de nouvelles rues; jeta de nouveaux ponts sur la Dyle; fit achever la voûte de l'église de Saint-Rombaut, et restaurer la tour de cette égUse, qui reçut une horloge en 1526 ^. La célèbre cheminée du Franc de Bruges, exécutée en 1529\ une des deux cheminées de l'hôtel de ville d'Audenaerde, les superbes tabernacles de l'église de Léau et de l'abbaye de Tongerloo *, les maisons du serment de Saint-Georges et du métier des drapiers, à Anvers, celle du serment des arbalétriers, à Bruges, celle des poissonniers, à Malines®, une foule de splendides mausolées \ attestent encore le développement progressif des beaux-arts.
coupe des armoiries de Tempereur et autres ornements de ces chapiteaux, 13 escalins 9 deniers. Pour deux grands sommiers, 8 livres 10 escalins pièce. Pour trois sommiers, 25 esç. pièce. Pour divers ouvrages blancs (wit werck), à la Halle, 164 livres. » Les travaux ayant été arrêtés par la guerre, plus tard on bâtit, du côté de la Beffestraet, de petites maisons, où Ton voit encore ces piliers.
' AZKTBDO.
« Ibid, — * Ihid.
* M. Octave Delepierre, I. c. — Scbayes, 1. c.
^ Celui de Léau existe encore; mais le tabernacle de Tongerloo, dont Sandénis dit : « Opus vere heroicum et quod inter miracula Belgii merito possil Dumerari, toto enim Belgio simile haud reperies, o a été détruit avec Téglise, eo 4796. ScHATES, 1. c.
* SCHATBS, 1. c.
7 Au nombre des plus beaux mausolées de cette époque, nous citerons celui de Guillaume de Croy , sculpté en Italie, en \ 524 , qui a été transporté de Téglise
Au milieu de ces grands travaux se révélèrent les grands artistes. Jamais la Belgique n'ofl'rit une plus brillante série d'architectes : Antoine Keldermans, dit le vieux, de Malines, « maître ouvrier de monseigneur le roy, » exécuta le modèle en bois de la Maison du roi, à Bruxelles ', et, de concert avec son fils Antoine, fit les plans des bailles du palais de cette ville^ — Mathieu Kelderman, architecte de la ville de Louvain, qui avec Jean Looman, dit Hoereken, et Jean Ooge, construisirent la partie supérieure de la tour d'Anderlecht (en suite d'une convention du 28 avril 1517); — Guillaume Valke et Henri Vanhoelaert, qui furent choisis comme experts, en 1526, avec Louis Van Bodegem, pour examiner ces travaux; — Josse Steewens et Michel Ilappart, qui, en 1527, se chaînèrent de la construction de la voûte de cette tour et de la grande fenêtre de la façade ^ — Rombaut Van Mansdale, dit Keldermans, d'abord « maître des travaux de la ville de Malines *, » ensuite « maître maçon ^, » et « maître général des œuvres
des célestins à Héverlé dans celle des capucins à Enghien ; celui d'Autoioe de Lalaing et de son épouse Isabeau de Culembourg, dans Téglise d'Hoogstraeten ; celui d'Antoine de Mérovie, dans l'église de Sainle-Dymphne à Gheel, et celui de l'archevêque de Palerme, Jean Ca rondelet, dans la cathédrale de Bruges. — SoHAYES, 1. c. — M. Octave Dellpierre, 1. c. — M. A. Covyez, Inventaire des objets d'art de la Flandre occidentale.
' liekeningen van de werken ende reparatien van den nyeuwen edificien van Ileiloyenhinjs op de Mnrckl le lirussel. Archives du ro{/aume.
' lU'kenintjen vun den sleyneu baillen, en/. Archives du royaume.
* M. VVaiters, Histoire des environs de Bruxelles, I, 4tJ-48.
* Bekeningen van de werken, enz.
^ « A maistre Rombault Van Mansdalle, dit Keldermans, maistre maçon de l'empereur, la somme de xxxviij livres. — A maistre Rombaut Van Bossche, maistre charpentier résidant à Malines, la somme de xxj livres, pour visiter les ouvrages faits à la maison et à la cuisine de Tarchiduchesse. construites près du couvent des annonciades, hors la porte des Asnes lez Brug'es. » Compte de J. de Marnix, de 4527 (n* 4803), f"» iiij m vj »" et iiij " viij.
de lempereur ^ » qui composa, entre autres plans, celui de la chapelle du palais de Bruxelles ^, et travailla, avec Dominique de Wagbemakere, a maître des travaux de la ville d*Anvers ^, » à la tour septentrionale de Notre-Dame, à Anvers; — Louis Van Bodegem ou Beughem, successeur d'Antoine Keldermans le vieux, après la mort duquel il exécuta le plan de Tintérieur de la Maison du roi *, fut un des principaux architectes de la belle église de Notre-Dame de Brou *; — Henri Van Pede, architecte de la ville de Bruxelles ®, construisit le befl'roi d'Audenaerde, et acheva la Maison du roi, après que Van Bodegem eut été envoyé en Savoie par Marguerite d'Autriche ' ; — Pierre de Grève continua la chapelle du palais de Bruxelles, commencée en 1525 ^; — Jean Van der Eycken, nommé par les Espagnols Anequin Egas, travailla à la porte des Uons de la cathédrale de Tolède'; — Pierre Van Weyenhoven, « maître ouvrier de l'empereur en Brabant *^, » donna le plan de la chapelle du Sacrement de Miracle, h Sainte -Gudule, dont Antoine
' Hekeningen vcui den sleynen, enz.
• Histoire de Bruxelles, IH, 323. — Philippe II trouva cette chapelle si admirable qu'il s'en fil bûtir une semblable dans le palais de Madrid. Aula sacra principum Belgii. — On a vu Van Mansdale chargé de se rendre aux châteaux de Montfort et de Fauquemont, pour surveiller ou faire exécuter des travaux ressortissants au génie militaire. (Tome IIF, p. 470.)
^ Hekeningen van de werken, enz.
• Ibid.
• Meester Lodewyck van Bodegem, den roeesten deel van den jare, besouder m den somer, buiten slants in Savoyen wesende, in den dienst onser genedige vrouwe van Savoyen. Comptes de ta Imtisse, pour 4513. Archives du royaume
• Hekeningen van de werken, enz.
7 Ibtd.
• Histoire de Bruxelles, III, 323.
» Le Mayeir, les Belges.
■• ScHAYfis, Mémoire sur l'archUecture ogivale.
7â RÈGNE DE CHARLES-QUINT EN BELGIQUE.
Vandeputte, son collègue, dirigea les travaux ' ; de concert avec Jean Van den Gheere, il acheva aussi la chapelle du palais de Bruxelles ^ ; ce fut également lui qui bâtit la petite tnaison ûe Charles-Quint, à Bruxelles*; — Sébastien Van Noen *, appelé par les Italiens Sébastien d'Oya , architecte et ingénieur, leva le plan des Thermes de Dioctétien, à Rome*; — Pierre Coeck, d'Alost, peintre et architecte de Charles -Quint, traduisit en flamand Vitruve et les cinq premiers livres de Sébastien Serlio, et vulgarisa ainsi la connaissance de larchitecture néo-romaine®; — Lambert Lombart, de Liège'; — Jacques du Brœcq, dit le vieux, exécuta les plans des somptueux chât^ux de Binche, de Mariemont et de Boussu, auxquels il travailla avec Lambert Lombart ®, Henri de Pas , auteur des plans de la Boui'se des marchands , à Londres *, et Corneille de Vriendt, dit Floris, Tarchitecte de Thôlel de ville et de la Maison hanséatique, k
• Comptes de la fabrique de Sainle-Gudule. Archives de ceUe église.
• Histoire de Bruxelles, III,- 323.
' M. Gachard, V Abdication de Charles-Quint. Bulletins de rAcadémie, XXI, 900.
* Koirt. III,p. 469.
^ Ph. Baert, Mémoires sur les sculpteurs et architectes des Pays-Ba». Bullelins de la Commission royale d'histoire, XIV, 528. — Le Mayeur.
* SCHAYES, I. c. — Ph. Baekt.
7 « Homme très-versé dans les lettres, peintre judicieux, savant architecte. •
— ««De tous les Flamands que j'ai cités, ajoute Vasari, en parlant de cet artiste, aucun ne lui est supérieur, et ce qui n'est pas son moindre titre, il fut le roattre de Frans Floris et de Wilhelm Key. »
G. Vasari, Vies des peintres, sculpteurs et architectes. Paris, 4842, IX, 348.
— Voir la Vie de ce célèbre artiste écrite par Dominique Lampsonius, peintre et poète de Bruges, et publiée à Bruges en 1565, sous ce titre : Lam6erft Lombardi apud Eburoues, pictoris celeberrimi vita.
' SCHAYES, 1. c. — GlICCIARDI.N.
9 ScBAYES, 1. c. — Le Mayeur. — Ph. Baert.
BELLES-LETiaES. SCIENCES. BEAUX-ARTS. 73
Anvers * ; — Jean Metzaert, de Bruxelles, construisit l'église conventuelle, la sacristie, le petit cloître et une partie du grand cloître de la belle chartreuse de Scheut ^ — Jacques Nagels exécuta les travaux hydrauliques de la fontaine de Mariemont et du palais de Binche * ; — Jean de Thuin , architecte de Féglise de Sainte -Waudru, à Mons*; — Jean de Heere, de Gand, non moins bon architecte que bon sculpteur *; — Crespin Van den Broeck, d'Anvers, peintre et architecte estimé ® ; — Jean de Daele qui se distingua aussi comme sculpteur et poète '; — Gilles Mostaert, des environs d'Anvers, que Vasari cite comme un habile architecte **, et bien d'autres encore acquirent alors une brillante réputation.
C'est à ces artistes, à Corneille Floris et à Pierre Coeck surtout, qu'il faut attribuer le succès définitif de la réaction en faveur de l'architecture gréco- romaine. La Renaissance, qui s'était manifestée en Italie dès le xiu* siècle, n'avait commeDcé en France et en Belgique qu'à la fln du xv% et l'Hôtel
' Geschiedmis van Àntwerpen. — Schayss. ~ Le Maybur. — Ph. Baert. —
Gt'ICClARDIX.
» Histoire de Bruxelles, HI, 634. — M. Wautbrs, Histoire des environs de HrttxelteSf I, 43.
' Ordonoance du 25 août 4550, prescrivant de lui payer 4,345 carolus 19 sous 9 deniers, à 20 patars le carolus, pour solde de compte de ces travaux. Reg. Correspondance en matière de finances, I, f* 465.
« M. L. Dbvillbbs, 1. c. — Boussu, Uist. de Mons. — Ph. Babrt, etc. — Il fut aidé dans la direction des travaux par le maître maçon Jean Repu ; le maître des carrières d'Écaussines, Guillaume Le Prince; et Nicolles de Pottes. Après la mort de cet artiste (26 août 4556), son fils Jean prit la direction des travaux. M. Devillers, 1. c.
' Dkscamps, Vie des peintres flamands, allemands et hollandais, 1, 89.
' Ibid., 84.
^ Vasari, 1. c, 347.
'* Compte de J. de Marnix, de 4524 (n» 4800), f« xj " vtij t".
consulaire des Biscayens, à Bruges, construit en 1495, en présente le premier exemple connu. L'architecture ogivale se maintint quelque temps encore dans les constructions d'églises, mais elle céda bientôt devant le nouveau style, dont les principes dominèrent et se sont perpétués en grande partie malgré les variations du goût et le caprice de la mode. Cette réaction contre Tant ogival fut plus violente et plus dévastatrice que la réaction des iconoclastes, ou celle des révolutionnaires de 1793, et faillit nous priver de toutes les admirables productions du moyen-âge.
En même temps que de nouveaux édifices s'élevaient, on se plaisait à orner les anciens. Là encore Marguerite prêchait d'exemple, allouant cent livres à l'église de Saint-Gommaire, à Lierre, pour acheter t une tapisserie armoyée de ses armes » et destinée à en décorer le chœur; cinquante livres à l'élise de Saint-Pierre, à Malines, « pour faire estoffer de fin or et d'asur trois grandes ymaiges de bois, h sçavoir Notre-Dame, Sainct Pierre et Sainct Pol estans sur le grand autel de ladite église, où les armes d'icelle dame furent mises et posées pour mémoire d'elle '; » cent quarante-deux livres dix sous au couvent de Galilée, à Gand, pour l'acquisition d'une tapisserie destinée à en décorer l'église ^ trois aunes de crêpe à la grande église de Heusden, « pour servir sur une sépulture de Xotre-Seigneur étant en ladite église ' ; » deux manteaux de satin broché blanc pour « deux ymaiges de Notre-Dame, l'une estant en l'esglise de Cauberghe, à Bruxelles, et l'autre en l'église de Mol * ; » un manteau de damas blanc à l'image de
• Compte de J. de Maniix, de 4527 (n« 4803), f« vij *« v. • /6id.,f»xj«»xiij.
» Ibid., de 4525 (n<»4804), f» viij m xvj v>.
* Ibid., de 4523 (n* 4799), f» viij m iij ^'*.
Notre-Dame de Pitié se trouvant dans l'église de Saint-Géry, à Bruxelles ' ; trente-trois livres six sous huit deniers pour fournir à la dépense de la dorure dun tableau, les Sept- Douleurs, « avec la représentation du feu roy don Philippe, » qui décorait la chapelle des Sept - Douleurs dans celte église ^ etc., etc.
Marguerite trouva de nombreux imitateurs : les courtisans sont toujours dociles à suivre la voie, bonne ou mauvaise, tracée par leur souverain , et d'ailleurs les goûts élevés semblaient, à cette époque, inséparables des hautes positions; ce n'était pas en dressant des chiens, en entrainant des chevaux, que la noblesse cherchait alors à maintenir sa supériorité sur la boui^eoisie, qui était déjà sa rivale à plus d'un égard.
Laurent du Blîoul donna à l'église de Sainte-Gudule deux magnifiques tapisseries, représentant l'histoire du Sacrement de Miracle ', et à aucune époque on n'exécuta autant de vitraux dans les églises que sous l'administration de Marguerite, qui encouragea spécialement cette branche de l'art. A chaque page des comptes de son hôtel, on trouve des subsides accordés pour établir des « verrières » : dans le chœur et dans la chapelle du Saint-Sacrement de l'église de Sainte- Gudule*, et dans l'église des Frères mineurs*, à Bruxelles;
• Compte de J. de Marnix, de 452Î (n« 4798), f«« ix " vij et ix.
• Ibid., de 4527 (n« 4803), f» vj »« xv t«. ' Bistoire de Rruxelles, UI, 260.
• • Bruxelles. Don de iij « Ix livres, pour construire une verrière en la chapelle du Sainct-Sacrement Miraculeux. • Compte du 47 févrieM536. Registre aux dépêches et mandements des finances (n« 20734), f» iij.
• Aux maistres de la fabricque de l'église de Saincte-Goulle en la ville de Bruxelles, la somme de cent livres, pour en faire une verrière armoyée des armes de madite dame, 'et icelle mectre et asseoir au ceur de ladite église, pour décorement d'icelle et en commémoration de madite dame. » Compte de J . lie Marnix, de 4524 (n* 4800), (* vj xx iiij.
• et A maître Jean Assays, verrier, demeurant à Bruxelles, la somme de
dans ia chapelle des chartreux, à Scheut ^ ; dans Téglise du monastère de Rouge-Cloître, à Auderghem '; dans Tégiise d'Alsembergh'; dans la cure de Braine*; dans l'église de Sainte -Elisabeth, à Grave*; dans l'église paroissiale de Zutphen ® ; dans Téglise des Frères prêcheurs de Douai \ etc.
xl livres qui due lui estoit, pour une belle grande verrière en laquelle est flgurée ia remontrance de Notre-Seigneur quand il fut mis au Saint-S^ulcre, laquelle madite dame a fait asseoir en Téglise des Frères mineurs, en la viUe de Bruxelles, auxquels elle en a fait don. » Compte de Jean de Mamix de 4521 'n*4797), f» vîij «« ix.
' « Marguerite donna >• aux religieux du couvent de Notre-Dame de Grâce, lez la ville de Bruxelles, xc livres de xl gros, par lettres patentes du xx« août xv * xxvj, pour avoir et acheter une grande verrière pour leur nouvelle église. > Ihid. de 4526 (n* 4802), ^ vj „ vj.
' 0 A Jehan Ofhuus, verrier, résidant à Bruxelles, la somme de soixante livres, à quoy madite dame a fait convenir et appointer avec lui pour une belle et riche verrière qu'il a faicle et posée au meur de l'esglisedu couvent et monastère de Rouge cloistre, au bois de Soigne , lez Bruxelles , ystoriée du crucifiement de Notre-Seigneur et armoyée des armes de madite dame. • /6/rf.de4527 (nM803), f- ij « '*».
* « Cent livres payées aux marglissiers de Téglise Notre-Dame de Halsemberghe, pour omploier à la façon d'une verrière. > Compte de J. Micault (n«>4884).
4 « Au curé do Braynne, la somme de quatre carolus d'or de xx sols pièce, auquel madite dame en a faict don pour iceulx convertir et emploier à Tachât d'une belle verrière armoyée de ses armes que ledit curé posera en sa maison. » Compte de J. do Marnix (n« 4805), f» cxvj.
^ » A Corneille Tamburch, verrier, résidant à Bruxelles, la somme de Ix philippus d'or de xl gros, monnoie de Flandre, pour payement d'une verrière qu'elle lui a fait faire et mettre en l'église Sainte-Élizabeth en la ville de Grave, p Ibid. de 4624 (n» 4797), f» ij « xlvj.
* o A ung verrier, la somme de vingt livres, pour une belle et riche verrière armo}ée des armes de madite dame, mise et posée au meur de l'église paroissiale du village de Zutphen. « Ibid. de 4527 ( n« 4803), f« ij «^ xxxvij.
: « Aux prieur et religieux du couvent des Frères prescheurs de la ville de Douai, la somme de douze livres, ausquels madite dame en a fait don pour Dieu et en aulmosne, pour les ayder à reffaire les verrières de leur église. » Ibid. de 4525 (nM804 ), f» iiij k.
En cela encore, cette princesse trouva maint imitateur dans la noblesse, dans le clergé et dans la riche bourgeoisie.
Le chœur de Siinte-Waudru décoré de cinq vitraux, œuvre de Glaix-Eve, dus à la munificence de Maximilien et de sa famille, en reçut d'autres de févêque de Cambrai, Jacques de Croy; de l'archevêque de Palerme; du seigneur de Ravenstein, Philippe de Clèves, et de sa femme, Françoise de Luxembourg ; du seigneur de Ghièvres et de sa femme, Marie-Madeleine de Hamal; de Philibert Naturel; d'Antoine de Lalaing et de sa femme, Elisabeth de Gulembourg; du seigneur de Gaesbeek, Martin de Homes et de sa femme, Anne de Groy. Le magistrat de Mons décora cette église de la verrière de Glaix-Eve, qui surmonte le portail septentrional; elle portail méridional en reçut une de l'ordre de Malte *. En 1528, l'évéque de Liège gratifia l'église de Sainte- Gudule, du beau vitrail de Jacques de Vriendt, dit Floris, représentant le Jugement dernier*; et, en 1547, l'église de Saint-Pierre, à Malines, reçut de Granvelle un magnifique vitrail •.
En 1 526, les membres du grand conseil firent placer des vitraux représentant la famille impériale, dans l'église de Saint- Rombaut S dont le frontispice sous la tour venait d'être orné (1522) d'un vitrail, exécuté en 1473, aux frais du métier des drapiers, par Gauthier Van Battele *. Van Orley y peignit un vitrail représentant les portraits en pied de Marguerite et de Philibert II de Savoie; et, en 1546, l'empereur accorda aux
■ M. Dbtiixbhs, 1. c.
* HUlaire de Bnixelles, III, 274.
* AZIYEDO.
*Ibid.
* Ibid. — Ce vitrail avait d abord été placé au-dessus d'une porte latérale.
mai*guilliers de cette église un subside de cent cinquante florins a pour reffaire anciennes verrières *. »
Jean Haeck, d'Anvers, d'après les dessins de Michel Coxie et de Bernard Van Orley, orna la nouvelle chapelle du Saint- Sacrement de Miracle, à Bruxelles, de sept vitraux, dons de François I", d'Éléonore, de Catherine, de Jean de Portugal, du roi des Romains, Ferdinand, de son fils Maximilien, et du prince Philippe*. Charles-Quint de son côté, donna, entre autres, des verrières aux religieuses de Tannociation, à Bruges, aux jacobins de Zierikzée ^, aux carmes de Bruxelles, aux chartreux de Gand, à ceux d'Anvers *, à l'église de Saint-Jean et aux carmes de Matines \ à la chartreuse de Scheut et au prieuré de Groenendael ^ à la chapelle de Notre-Dame d'Aire, aux dominicains d'Utrecht, à l'abbaye de Boneffe, au couvent
' « Don de cent cinquante florins, pour reffaire aucunes Teirières à Saint- Rombaut. » Registre aux dépêches et mandements des finances <ie 4541 (n« 20739).
' Histoire de Bruxelles, III, 263-Î64.
^ « Aux prieur, religieux et couvent des Jacobins à Zierickzée, pour une vei^ rière, par lettres du ij« d'octobre xxiiij, 1 livres. — Aux religieuses de l'Annonciation, lez Bruges, pour une verrière que Tempereur y a donné, l livres. • Revenus et dépenses de Charles- Quint, 4520-4530, ^ i j • Ixiij »o.
^ « Aux religieux, prieur et couvent des carmes à Bruxelles, pour une verrière arrooyée des armes de l'empereur au cueur de leur église, par leUresdu dernier d'avril xxij, xxv livres. — Aux chartreux de Gand, pour la façon d'une verrière armoyée des armes de l'empereur, par lettres du xxix'de décembre xxij, XXX livres. — A ceux d'Anvers, pour la façon de trois verrières armoyées des armes de l'empereur, par lettres du xviij« d'avril xxiij après Pasques, xxxvj livres. »» Ibid., f» ij « Ixiiij.
* « Don de cent livres pour une verrière en l'église de Saint-Jean à Malines. »• Reg. aux dépêches et mand. des finances de 4545 (n« 20738).
* Ce fut de concert avec sa sœur Éléonore qu'il donna à chacun de ces établissements religieux un vitrail. Ils furent payés à Nicolas Rombouts, de Bruxelles, 400 livres de 40 gros (29 juillet 4546). M. Waiters, Histoire des environs de Bruxelles. Annexes et rectifications.
BELLES-LETTRES. SCiEISCES. BEAUX-ARTS. 79
de Rouge-Cloître \ aux carmes de Malines ^ etc. Ce prince et Marie de Hongrie ûrent exécuter, en 1538, par Bernard Van Orley , les deux magnifiques vitraux des transepts de Féglise de Sainte-Gudule ^. La famille impériale, de grands personnages de leur cour et le magistrat de Bruxelles donnèrent à la chapelle de Notre-Dame de Scheut, treize vitraux représentant la Passion, et quarante-trois vitraux au cloitre, qui, diton, n'avait pas son pareil en Belgique^. En i521 et 1529, Daniel Louis, < vitrier, » exécuta de nombreuses peintures sur verre dans les églises de Saint-Bavon et de Saint-Sauveur et dans la chapelle de Jérusalem, à Gand, dans les églises de Papingloo, de Mendonk, d'Ackerghem et de Wonde^em, ainsi que dans les maisons de plusieurs particuliers ^ ; et Pierre Coeck, d*Alost, orna de plusieurs vitraux la cathédrale d'Anvers *.
* « A Antoine Gasex, commis aux ouvraiges de la chapelle de Noire-Dame d'Aire, par lettre du xiiy« de décembre xxit<j, sur les biens des François, pour une verrière ou deux, Ix livres. — Aux prieur, religieux et couvent des frères prescbeurs à Utrecht, par lettres du xviij« d'avril xxiiij après Pasques, pour une verrière, l livres. — A Tabbé de Boneffe, par lettres patentes du xxix« d'aoust XXX, pour une verrière, iiij >« livres. — Aux prieur, religieux et couvent de Sainct-Pol au Rouge-Gloiatre au boi« de Soigne, par lettres du xxiiij* de février xxiiij, pour une verrière, € livres. « Revenu el dépenses de CharUs- Quiui, f" ij • Ixiiij ^•.
' • Doode cent florins aux carmes de Malines, pour une verrière. » Reg. aux dépêches et mand. des finances de 4546 (n« 20729 ).
' Histùire de Bruxelles, III, 270.
« Ibid , 634.
' M. Juuw M Saint-Gbnois, Notice sur ces peintures. Messager des sciences historiques, 4836,328.
* Db REimirBiRG, Pièces relatives à la construction de lajïathédrale d'Anvers. Bulletins de l'Académie, XII, 4'< partie, SO-54 . — Parmi les peintres verriers de cette époque, outre ceux qui viennent d'être mentionnés, on cite encore Dierick, probablement le même qu'Albert Durer mentionne dans son journal de voyage, sous le nom de Dietrieh; Jacob Felaert; Corneille Van Daele; Josse Vereghen (GvicaASOiN); Borgbèse (Vasari, IX, 347), d'Anvers; Jean Dox
m RÉGNE DE GHARLES-QUINT EN BELGIQUE.
L*écoIe flamande, distinguée, à son origine, par Fimitation simple et naïve de la nature, n'avait pas encore perdu son cachet d'indépendance, que lui enleva, à la fin du xvi* siècle, la révolution opérée dans les arts par Raphaël et Michd- Ange. Mais déjà son épanouissement s'était arrêté : les peintres belges allaient en Italie étudier ces grands maîtres, et la plupart devenaient des imitateurs. L'art perdit son caractère national, et cette altération du style primitif eût été fatale peut-être, si, au xvii* siècle, l'école ne se fut r^nérée au souffle d'un puissant génie. Néanmoins, les encouragements de Marguerite, la protection de Charles-Quint, à qui tout sentiment de grandeur était naturel, dotèrent la Belgique d'une nombreuse phalange d'artistes éminents.
La seule ville de Malines comptait plus de cent cinquante peintres ' que la cour y avait sans doute attirés. La plupart des villes avaient des corporations d'artistes *. En 1510, un nommé Geoi^es Formentel fonda l'Académie de peinture et de sculpture d'Anvers; il lui donna pour emblème une
(Histoire de Bruxelles^ HI, 263); Nicolas Rombouts, de Bruxelles (noie 6, p. 78) ; Pelgrim Roesen {Histoire de Bruxelles, III, 264) ; Jean Assays; Jean Oflfhuusou Ofhuys; Corneille Tamburch {voir, pour ces trois derniers artistes, les notes 6, p. 75, 2 et 5, p. 76) ; le fameux anabaptiste David Jorisz, deGand (MoRERi. — D'autres le font naître à Delft) ; Gaultier et Georges de Flandre, qui firent en Toscane, pour le duc de Florence, quantité de belles verrières, diaprés les dessins de Vasari (Vasari, IX, 347) ; Corneille Rombouts, verrier de Gharies- Quint; et son successeur, Nicolas Van Coninxloe, dit Schemier. Ce dernier fut nommé le 20 août 4527. M. Wauters, Boger Van der Weydên, Revue universelle des arts, 1. c, 96, note 4 . — Il était sans doute fils du peintre Corneille, qui figure daus le compte des obsèques de Philippe le Beau. (M. Gaouio, Anal, hist,, 1. c, V, 340). — Ce fut un bourgeois d'Anvers, Aert Van Oort.deNimègue, dit Guicciardin, qui inventa l'art de cuire et de colorer le verre cristallin.
' DsscAMPs, Vie des peintres flamands, allemands et hollandais, I. 92. — M. Alfred Michibls. — D'Argen ville. — Sirbt, etc.
=• Histoire de Bruxelles. — M. Devillers, 1. c, 66.
colombe portant un rameau d*oIiyier dans le bec et volant vers l'arche de Noé , avec cette légende : Ecce gratia. Il est assez probable que cette institution fut établie sous les auspices de la confrérie de SaintrLuc, existante déjà au commencement du XV* siècle '•.
Gilicciardin nous a laissé une liste des peintres renommés en Belgique dans la première moitié du xv!"" siècle. C'étaient : Quintin Matsys, simple ouvrier élevé par son génie à l'intimité d'Érasme et à Tadmiration de ses contemporains et de la postérité; suivant les traditions, c'est l'amour qui de l'habile forgeron fit un grand peintre *; — Josse de Clèves, ou plutôt Joseph Van Cleef, d'Anvers, regardé comme le meilleur coloriste du temps * et qui fut chargé à la cour de France de peindre les portraits de la famille royale; — Bernard Van Orley, ou plutôt d'Orley *, de Bruxelles, peintre de Marguerite d'Autriche et de Marie de Hongrie ^, ami de
* M. J. C. E. Van Ertborfi, îfoHce sur l'Académie d'Anvers.
Connubialis amof de mulcibre fecit Apellem.
* Dbscamps, 1. c.,I, 64. — Vasari, 1. c, 343.
* Bernard d*Orley, et non Van Orley, comme on Fa flamandisé à tort, était sans doute parent de Bernard d'Orley, écuyer, seigneur de Seneffe, de Tubize, conseiller et panetier de Philippe le Beau, bailli de Nivelles et du roman pays de Brabant, dont les Archives possèdent des comptes de U98 à 4 505. Le fils de celui-ci, Philippe d'Orley, dont il a été et dont il sera souvent question, fut aussi bailli de Nivelles et du roman pays de Brabant. On trouve encore un Englebert d'Orley, écuyer, bailli de Bouvignes, dont on a des comptes de 4459 à 4481, et un Jean d*0rley (ou Dourley, comme s*écrit quelquefois dans les comptes le nom du peintre), chevalier, seigneur de Beaufort, prévôt de Luxembourg, dont il existe des comptes de 4464 à 4463. Enfin, on trouve un d'Orley justicier des nobles dans le Luxembourg.
* m A maistre Bernard Dorlich, painctre de madame, la somme de cincquantecinq livres, pour certaines belles painctures et tableaux que luy a fait » Compte de J. de Mamix de 45«4 (n« 4800), f» ij • xxvij t«.
f A Bernard d*0urlech, painctre de madame, la somme de quarante livres,
Raphaël et d* Albert Durer, et non moins célèbre par ses cartons des tapisseries dont Gharles*Quint et sa tante ornaient leurs palais, que par ses tableaux d^histoire; — Jean de Bear et Mathias De Cock, d'Anvers; — Simon Benninck, Gérard et Lancelot Blondeel , de Bruges, tous trois habUes et dont le dernier excella dans Fart de rendre les effets de lumière';
pour le récompeDser de certaines painctures qu*il a naguères fiiictea el livrées à icelle dame. » Compte de J. de Marniz, de 4526 (n« 480Î), (• vj «x vj »•.
« A maistre Bernard Dorlet, painctre de feue madame, la somme de quatrevingt-deux livres, pour son paiement des parties d'ouvraiges de son mestier cy-après déclarées, lesquelles il a faictes, fumies et livrées, par ^ipreaae ordonnance de madite feue dame, du temps de son vivant, ainsi que s«osuit : premier, ung grant tableau exquis sur bois, fait à huille, composé et ordonné par madite feue dame, sur la vertu de Parieve (?) duquel tableau maditè feue dame fayt don à monsieur le comte d'Hocstraete , pour icelluy mectre et po^er devant la cbeminée'de la chambre où elle se lougeoit au chasteaul d'Hocstraete quand elle y alloit, et aultres sept tableaux de la pourtraicture d'iœlle feue dame, donnez, par son ordonnance, assavoir : au prieur de Pouligny ung, à feue madame de Homes ung, à madamoiselle de Thoulouze ung, à madame de Praet en Galilée à Gand ung, au bailly de Terremonde ung, à ung gentilhomme de Lorraine ung, à monsieur le trésourier Ruffault ung. « Compte de la veuve et des hoirs de J. de Mamix (n* 4832), f» ij • iij.
•• A maître Bernard Dorlet, peintre de la reine, pour un tableau de la portraiture de la reine, fait après le vif, au mois de février 4532, duquel elle a fait don à la comtesse de Salm, 43 livres. — Pour trois autres pareils tableaux faits au mois de juillet 4533, lesquels elle a retenus en sa chambre, pour en liire son noble plaisir, 39 livres. — Pour les portraits de Tempereur, du roi des Romains, de la reine et de mademoiselle Lucrèce, 52 livres. — Pour deux portraits du roi Louis de Hongrie et deux de la reine, 52 livres. — Pour la façon de la portraiture et figure au vif du feu roi Louis, fait sur toile, de la grandeur qu'il eetoit en son vivant, 28 livres. — Pour la façon de la portraiture et figure au vif de la duchesse de Milan, fait sur toile, de la grandeur qu'elle est, 30 liv. — Pour un portrait de M. de Sempy, 43 liv. — Pour un portrait du roi Louis, 43 liv. • (Compte de Jean de Ghyn, penninck-maltre de la reine Marie, pour Tannée 4535, aux Archives de Lille. Rapport de M. Gachaed, précité.)
' Vasari, 1. c, 343. — Il y a un beau tableau de ce maître (la sainte Vierge et le Sauveur sur un trône, et d'un cété saint Lue et saint Éloi) dans la cathédrale de Bruges.
BELLES-LETTRES. SClEf<GES. BEAUX-ARTS. 83
— Jean Gossart, dit de Mcuibeuge, protégé par Philippe de Bourgogne, par Marguerite d* Autriche et par Charles-Quint; il porta d'Italie en Flandre Tart de peindre le nu et les sujets poétiques \ » et acheva la révolution que Tenthousiasme pour les grands maîtres italiens avait produite en Belgique ;
— Joachim Pattenier, de Dinant, le premier peut-être qui, dans le paysage , étudia uniquement la nature ; — Henri de Blés, ou Met de Blés, de Bouvignes, imitateur et quelquefois émule de Pattenier . dans le paysage, disciple de Lucas de Leyde et de Maubeuge dans les tableaux d'histoire; — larchitecte Pierre Coeck, d'Alost% moins connu par ses tableaux qui dénotaient une riche imagination, que pour avoir « transporté dans les Pays-Bas la vraie pratique d'architecture '; » — Jean de Galcker, qui s'assimila la manière italienne avec une telle perfection, dit Yasari, qu'il était impossible de prendre ses ouvrages pour ceux d'un Flamand ^ ;
— Charles, d'Ypres ^ ; — Lucas Horenbout, de Gand ; — François de Vriendt, dit Frans Floris, surnommé par ses admirateurs le Raphaël flamand, fut le chef d'une pléiade d'artistes qui répandirent dans toute l'Europe la gloire de son nom ; — Martin de Vos, son plus brillant disciple, se Ût remarquer non moins par la beauté de son coloris, que par la correction de son dessin ® ; — Jérôme De Cock, « éditeur des œuvres de Jérôme Bosch' et d'autres peintres; » —
• Vasaki,!. c.,344.
' Voir sur cet artiste BuUetins de l'Académie, Xll, 4 *« partie, 51 .
' GuiccuaDur. — lia fait aussi de magnifiques cartons pour des tapisseries. Vasabi, IX, 344. — 4 Ibid., 343. Cest à cet artiste que Ton doit les dessins du livre d*anatomie de Vésale.
* Dkscamps, I, 54. — « Vasari, 1. c, 345.
7 J. Bosch, dont le véritable nom est Jérôme Van Aeken, naquit à Bois-le-Duc vers 4470, et y mourut en 4546. Voir M. Pwchart, Archives, 267.
Louis Van Hort; — Jacques Grimmer, paysagiste, qui reproduisit les environs d'Anvers '; — Jean BoP, Crespin et Henri Van den Broeck, dits Paludanus, de Malines, qui furent accueillis à la cour de Florence; — Michel Goxie, de Maiines', célèbre, de son temps, par la gravité de ses compositions et par la physionomie sévère et virile de ses personnages ^.
Parmi les femmes artistes, Guicciardin cite : Susanne Horenbout, sœur de Lucas ; attirée par de brillants avantages à la cour de Henri VHI, elle mourut en Angleterre ; — Glaire Skeisers, de Gand, qui, dit-on, mourut vierge à l'âge de 80 ans ^ — Anne S^her, d'Anvers; — Lievine, fille de Simon Benic, de Bruges, appelée aussi en Angleterre par Henri Vfti et honorablement mariée par ce prince ; — Gatherine Hemssem, fille de Jean ; cette artiste et son mari, Ghrétien, qui était musicien, plurent tant à Marie de Hongrie, qu'elle les emmena en Espagne ® ; — Marie de Bessemers, de Malines, veuve de Pierre Goeck; —et Anne Smyters, de Gand, femme du sculpteur et architecte Jean de Heere, et mère du peintre Lucas de Heere.
Que de noms à ajouter encore à cette liste , sans même avoir la prétention de les citer tous! Les trois descendants de l'illustre Roger Van der Weyden, de Bruxelles, appelé
• Descamps, I, 57. — Il fut reçu dans la confrérie de Saint-Luc, en 4546. ' Dbscamps, 81 .
• Histoire de Bruxelles, III, 46.
4 Vasari, 1. c, 345. — « Il pénétra si avant dansée sentiment et dans les secrets de Técole romaine, qu'une Sainte Barbe, touchée par ce pinceau flamand, et conservée à la Pinacothèque de Munich, pourrait à la rigueur être prise pour un Raphaôl. » M. Fortoul, Histoire de V Art en Allemagne, II, 484.
*Va8ari, 1. c, 346.
• GuicaARDiN. —Vasari. ~«En somme, ajoute ce dernier, beaucoup d'autres Flamandes ont exercé le même art avec distinction. » IX, 347.
aussi Roger de Bruges : Pierre Van der Weyden ; — Gosuin Van der Weyden, petitrfils de Roger (il peignit, à l'âge de 70 ans, la Mort et FAssomption de la Vierge, qui se trouve au Musée de Bruxelles); — et Roger Van der Weyden, auquel on a longtemps attribué une partie des œuvres de son prédécesseur homonyme ' ; — Pierre Bovelant, Simon Portugalois, Arnoul Vandervekene, Corneille Van Bei^hem, François Dreyselere, Ange Ingelssone, Henri Simons, que Gosuin Van der Weyden reçut suc<3essivement comme élèves dans la célèbre confrérie de Saint-Luc à Anvers, de 1503 à 1517 *; — Jean Hervy, auteur des dessins de la belle grille de fer qui entourait autrefois le mausolée de Marie de Bourgogne , ainsi que de la custode ornée de huit grands blasons qui le recouvrait'; — Jean Vermay, ou Vermeyen, de Malines, portraitiste distingué^, qui accompagna Charles-Quint en Afrique, reproduisit la conquête de Tunis dans de grands tableaux conservés par la ville des empereurs , au Belvédère et au palais du prince Eugène, où sont déposés les trophées enlevés aux Turcs *; — Grégoire Vellemans, chargé, en
' Voir les curieuses et savantes notices que M. A. Wautsrs a publiées sur Roger de Bruges dans le Messager des sciences historiques, ann. 1846, et dans la Hewe universelle des arts, I et If.
' M. Wauters, Boger Van der Wetjdcn. Revue universelle.
* « Je, Jehan Hervy, peintre, demourant à Bruges.... »M. A. Pincrart, Notice historique sur Pierre Debeckere. Bulletins de TAcadémie, XVIII.
* « A Jehan Vermeyn, Jehan Van Vasseleet Paul Tubach, painctres, demourans à Malines, la somme de trois cens soixante dix livres ung sol, pour les paincturesde cottes d'armes, blasons et aultres parties de leur stil et art qu'ils ont faites et délivrées pour le fait des obsèques de ladite deffunte. •> Compte de la veuve et des hoirs de J. de Marnix, de 4334 (n» 4832), f» viij « v».
Voir M. A. PiNCHART, Tableaux et sculptures de Marie de Hongrie. Revue universelle des arts. Mai 4856.
Marguerite lui donna une pension annuelle de cent livres.
* Db Hamher. Histoire de t empire ottoman, l. xxviii.
m RÈGNE DE CHARLES-QUINT EN BELGIQUE.
18Î9, par le m^istral de Malines de peindre le couronnement de Charles-Quint * ; — Jacques Van Laethem, peintre de l'empereur ; — Jacques et Jean. Van Battele * qui, en 1517, peignirent pour Malines, un portrait du jeune souverain des Pays-Bas ^ ; — les paysagistes et peintres de genre Martin Willemsz, d'Heemskerk, dont il prit le nom, et François Mostaert * ; — Jean Schoof, chargé en 151 i, par le magistrat de Malines, d'exécuter un tableau représentant le grand conseil tel qu'il avait été établi par Charles le Téméraire * ; — Jean Leboucq, héraut de l'empereur, portraitiste; — Jean de Bois-le-Duc, qui exécuta pour Marguerite d'Autriche « ung beau tableau de paincture®; — Jean Van Coninxlœ ou Scher-
* Voir t. IV, page «70, note 6.
* « A maistre Jacques VaD Laethem et Jehan Van Battele, painctres, pour cent petitz blasons armoyez et couronnez aux armes dodii féu roy d'Angleterre ( lors de ses obsèques à Coudenberghe], au prix de deux sob six deniers pièce, xij livres X sols. » Compte de J. Micault, de 4809 (n«4880).
« A Jean Van Battele, painctre, demourant à Malines, la somme de quatorze livres dix sols dudit prix, qui deue lui estoit pour les bois, ferrage, or, asur et aultres couleurs et aultres parties qu'il a faites, vendues et délivrées, pour en aooustrer et paindre des armes de mondit seigneur et d'autres plaisantes painctures, et ung chariot pour mesdames ses sœurs, pour aller jouer dessus à leur plesir et passetems. •* Ibid.
« A maistre Jacques Van Laethem, varlet de chambre et painctre du roy, la somme do ix « xiij livres xj sols. • Ibid., de 1546 (n« 488Î).
« A maître Jacques Van Laethem, valet de chambre et painctre du roy, iiij ' xxxviij livres viij sols, » Ibid., de 4547 (n« 4883).
« A maistres Jacques et Jehan Van Batelle, painctres, pour leurs parties qu'ils faisoient lors pour la feste du Thoison d'or, ij « livres. » Compte de Henri Stercke, de 4543 (n» 4894).
* AzEVEDO. — * Vasari, IX, 342 et 343.
^ AzEVEDO, ad ann. 4544.— Ce tableau, placé dans l'église de Saint-Rombaut, fut détruit par les iconoclastes. Po.^tls Heuterls, V. cap. 9.
" « A maistre Jehan , de Bois-le-Duc, painctre, qui a donné à madame ung l)eaul tableau de paincture, x carolus. » Compte de J. de Mamix, de 4529 (n» 4805), f"iiij xxxix.
nier, le même probablemeDt qui, sous le nom de Jean de Bruxelles, aidait, en 1502, François d'Anvers à décorer la cathédrale de Séville, et qui travailla fréquemment pour le souverain et pour la ville de Bruxelles; — Gaspard Van Coninxloe '; — Corneille Schernier, qui peignit et dora la voûte et les petits tabernacles de la chapelle du Sacrement de Miracle, k l'église de Sainte-Gudule ^ ; — Guillaume Scrots, peintre de Marie de Hongrie , qui lui alloua une pension de six sous par jour ^; — Gérard Horenbout, de Gand, qui exécuta pour Marguerite d'Autriche d'importants travaux *, et devint premier peintre de Henri VHI ; — Éverard Hasembourg et Lucas de Heere, de Gand, tout h la fois artiste et littérateur; — Jean Stradan ^ Michel Van Vlieten^ Pierre Claeyssens, Marc Geerarts, de Bruges; — Dirk, de Louvain ^; — Roland Maille*; — Vanderstoct ou Vanderstocht ; — Jacques de Kempeneer; — Jean Colairt®; — Joseph
* M. Wautebs, Boijfer V<m der Wefden, 1. c. — ' Hist. de Bruxelles, III, 264. « Vingt livres payées à Jehan , de Bruxelles , painctre , pour son sallaire ,
labeur et façon de vingt-sept patrons de seaulx, faiz par ordonnance de l'empereur à ses armes, pour selon iceulx graver les seaulx dont il entendoit faire user en ses chancelleries. » Compte rendu, en 4524 , par la veuve et les héritiers de Philippe Haneton, des droits et émolumens du sceau de Tempereur ; n« 20444), f»liiij ^**. Archives du royaume.
* M. Gachard, Rapport sur les Archives de Lille, 42, — M. A. Pi.nchart. Tableaux et statues de Marie de Hongrie^ 1. c.
^ M. A. PiNCHABT, Archives des arts, des sciences et des lettres.
' Vasari, IX, 343.
" « Â Michel Van Vlieten, painctre demeurant à Bruges, la somme de dixhuit livres. • Compte de la veuve et des hoirs de J. de Marnix (n» 4832), f* viij " xiij.
' Vasari, 1. c.
* « A maître Rolland Maille, painctre, demeurant à Bruxelles, la somme de Jeux cent soixante quinze livres dix-sept sols, pour les parties par luy faites et livrées pour les obsèques de feu l'impératrice. » Compte de Henri Stercke, de I 540 :n*» 4890). — « M. A. Waiters. I. c.
H% REGNE DE CHAULES-ÛDINT EN BELGIQUE.
Van Liere, de Bruxelles; — Jacques de Backer, Joachim Beuckelaer, d'Anvers; — Jean Van Vassele \ Paul Tubach*,] Henri Van Muysen^, Lucas et Martin de Valckembourg, Jacques de Poindre, Corneille Enghelï^ams, Mai^c WiUenisJ do Maliiies; — Lambert Lombart, ou Suslerman (Suavius)] de Liège, déjJi cil*i comme architecte, que Vasari range jjarmi les peintres fameux de son époque; — Lucas Gosset Van Helmont, Arnould de Béer, Adrien \ François Crabetb , ] Grégoire Beerings \ François de JoEghe^ Gaspard Everar qui restaura, en Vi\\ les écussons des chevaliers de la Toison dnr placés dans le chœur de Sainte-Waudru \
' '< A mai^ïtro Jt^ban Van Vassi^Ue. le paiiitro, \xtiîj dueolz. * CompU* de^l Jtmu ôe UotivHu, de fftJË -- ^ A JcIiuû VasseLLe, paintre, (lemoumiit 1 1 Malioes, la âonnmc ^Jc vj «^ \ Livres du pris, pour la facliOD de son mes^iiv^rA d'avoir vemy et Joré le chariol LripinphaDt, les personnages, etc. (obsèques Uê j Ferdinand d'Aragon), t Compte «Je J, Micault (n^fS^ij,
' » A Poul Tubacht pûiiictre, archer d« corps de madame^ la somroia de | quatre livres, en paiement de frai* el labeurs qu'il a foicts et suppoiirlez ù Jorer It» bords de deux pièces de bourdurCvS selon que îceUedameluLavoJIdDDiïécle j <Jjarge, « Compte de J. de Marnix^ de<5*G ji- fSÛi), (^ix n x,
*' A Paul Tobacb, painctre, [a somme de trois ïivres, pour pluaieura blasons ' qu'il a fai/ pour verrière* au cloislre de madite dame des Sept- Douleurs, lei la J ix>rïe des As nés à Bruges. » /6td-, f* ij * »* ij,
« A Paul Tubach, arcbejr do corpâ de madame, la somme de douio livres, J pour certaine ouvratgede paJDCLurc qu'il lui n fait. «• Ihid., de 4ÎSfT (n*1803|, r* riij •**,
' t A Henry Van Muysen, paiocîie, domouranl ù Muline^, pour in façon de Lxxxij blueons de Tempcreur, pour mol tre sur \vs coffres que i on envoyoit en jumg xi\ij, et pour le blanc fer, xxj livres vj aols. » Hvvâfvts «i dépen»^ dfi \ Chariti-Qutnt, (5îû-^fi3fl, 1* jj " liij " xj-
* " A Adrian, pninctro, pour avoir, à l'ordonnance de messieurs du conaeit, 1 Ijourtraict rarlillerie eï^laut au chastcaulx de Luxembourg, pour envoyer h] monsieur de Nnssouv, luy payé pour les paines ung florin cinq gros iiij de- j mers, if Compfede Jacques de Uitre.de ^3ÎO-^5i^ [n*iG35), f*xx,
' loir Descamp«H pour la plupart de ces ctemienâ peinti'es.
* Complu de J. de Marnix, de \^U, f*- Mj et vij *^ ~ \oir cbap. XXXVJ.
Beaucoup de ces noms soat oubliés; iKîaucoup de ces œuvres ont disparu, au milieu des tourmentes qui mainte fois faitlirent engloutir la Belgique. Cependant quelques-uns de ces peintres luérilent de contribuer à ta ct^lébritiï don! Técole flnmande n'a cessé de jouir auprès de iVli-anger ^ * Cest des Pays-Bas, dit Guicciardiii, quon voil se rt^paadi'e des maîtres et artistes parfaits en Angleterre, en Allemagne. notammeul en Danemark, en Suède, en Norwége, en Pologne 61 daos les autres pays septentrionaux, sans parler de Ih France, de TEs^vagae et du Porlugtil, où les appellent souvenr. les princes, les seigneurs et les villes, qui les comblent de présents; ce qui est non-seulement merveilleux, mais encore honorahle pour ces hommes et pour leur patrie. » — ^ Les Bdges, dit Tambassadcur vénitien Badoaro, excellent pins qu'aucune autre nation h peindre le paysage et les animaux '. •
La sculpture présente une série tout aussi brillante d'habiles maîtres : Jean de Daele, sculpteur et poète; — Pierre de Beckere, auteur du tombeau de Marie de Bourgogne
' On lil Jans lea comptes des dépeuscs de François I'*'', 2 décembre 15Î9 : A Jehau Duboys, marchani, demouraot à Envers, la somme de sopt vingt dii D*?uf livres dix huit sols tournois, pour son payement des chos^ qiri siV*n* fttjyveot : c«l a-^savoir : 73 livres 16 solz loiïmots, pour troys t^ibîeoiix en loitk aM|iielfl «ont figurez, assavoir: en Tun le fanto^me de sainct Anthcnne, ffti l'autre ane dance de paisans» et en Tautro ung homme faisant nng rubec de «a bouche, — lÈ Livres U sotSf pour deux tableaux de Ju l'assion, fdicLs a l^huilk. — 67 livres 8 sols, pour quatre oultres tableaux, aussi fuictz à J'huille, eo run d^uels sont portraictz deux enffiicis euLx baisant ensemble; en ung aotre» uog enfant Unïant one teste de mort; et en Taulre une dame d'honneur à la mode de Flandres, portant uno chandelle en son poing et ung pot en rautre; leeqaclz tableaux ledtt ^igneur a achapiez, et d'iceulx fait prix avec ledit Duboya, et iceuix à ceste fin, fait mectre en son cabinet du Louvre, » {Ârchitv* carieiaçi tit la France, l'^ série, Itl. 8i-8îO * tittations, 78.
à Bruges *; — Pierre Dupréau, dit Pierre Marmouzet, auteur des bas-reliefs en pierre blanche qui ornent Téglise abbatiale de Vicogne ^; — Tarchitecte Jacques du Brcecq, de Mons, qui était aussi sculpteur et graveur; il orna Téglise de Sainte- Waudru, à Mons, d autels, de bas- reliefs, de statues, et d'un magnifique jubé (détruit à la fin du siècle dernier), et fit de nombreux ouvrages de sculpture et d'architecture pour Marie de Hongrie ^ ; son élève le célèbre Jean de Bologne, et son collègue Jean de Thuin, qui était également un habile tailleur d'images ^ ; Jean Fourmanoir, qui termina le jubé et les stalles du chœur de Sainte-Waudru, et exécuta une partie des bancs avec pupitres destinés aux autorités ^; — Jean de Heere, de Gand, Tun des grands sculpteurs de son temps; auteur du mausolée d'Isabelle d'Autriche dans l'église de l'abbaye de Saint-Pierre à Gand , et du jubé de Saint- Bavon, détruit par les iconoclastes en 1568 •; son compatriote et son contemporain, François Vandevelde, Sculpteur, géographe et géomètre distingué, qui exécuta de beaux retables pour l'église de l'abbaye de Saint -Pierre, à Gand '; — Corneille Floris, aussi célèbre comme statuaire que comme architecte ; il introduisit les grotesques dans les Pays-Bas et fit la décoration du jubé de la cathédrale de Tournai ®; — Guillaume Van den Broeck, dit Paludanus,
' M. PiNcnART, Bull, de rAcadémie, XVIII, et Tableaux et sculptures ds Marie de Hongrie, le. — Vasari, IX, 347.
' l^otice sur le Mwtée de Valenciennes, ill.
^ Pli. Babrt, 1. c, 537. — M. Dbvillbrs, 1. c. — M. A. Lacroix, Heckerehêê sur Jacques Du Brœcq.
^ Vh. Baert. — M. Devillkrs, 1. c. — * /6id.
" Descamps, I. c, I, 89. — Marc Vam Vaer>ewyck, Historié van Btlgie, II. ili. — Ph. Baert.
7 Van Vaer.%ewyck, Spieyel der Nederl. oudtheyt, f«cxix ^.
" Pli. Baert. — Schayes, Histoire de l'architecture.
père des peintres de ce nom , sculpteur fort estimé ' ; — Lambert Van Eersele, qui exécuta, en 1S27, un crucifix en fer, du poids de 1,600 livres, pour la place de Meer, à Anvers •; — Mathieu Mannemaeker, d'Aavers, et Georges Robin, dTpres ^ ; — Jean Van Roome, dit Jean de Bruxelles, qui donna les modèles dds statues et des figures d*animaux, destinées à orner les bailles du palais des duos de Brabant ^; — Conrad Metz ou Meyt, à Malines, « tailleur d'ymaiges » de Marguerite d'Autriche et de Marie de Hongrie, et peut-être le plus célèbre sculpteur de son temps; on lui doit, entre autres travaux, les belles sépultures en marbre blanc, de l'église de Brou, et des mausolées de Jean II et de Philibert de Chàlons, destinés à Féglise des Gordeliers, à Lons-le- Saulnier*; — Guyot de Beaugrant, de Malines, auteur du
* M. A. PiNCBART, 1. c. — « Beeldsnyder gepresea iu H leven. » Voir son épitapbe rapportée par Ph. Baert, — Voir aussi GuicaARDiN,
* M. VisacwAS, lels over Jacob Jongelinck, 6. ^ Ce monument fut renversé en 4580.
' GuiccuiipiN. — ^ Hiêtoire de Bruxelles» 111 , 383.
^ « A Conrad Meyt, tailleur d*ymaiges de madame, la somme de xl livras, de laquelle somme madile dame luy a fait don, tant pour achester ung cheval pour aller au couvent de Brouz lez Bourg en Bresse, où elle Ta naguères envoie pour aucunes ses affaires que pour fournir aux frais et despens qu'il luy conviendra faire auxdits voyages. » Compte de J. de Marnix, de i524 (4800), f*" vj » viij.
« A Conrad Meyt, tailleur d'ymayges, la somme de vingt-deux livres, pour avoir faict une ymaige de bois de la représentation de fou monsieur le duc de Savoye. mary de madicte dame, auquel ouvrage il a vacqué ung ang, et aussi faict peindre et colorer ladite yroayge. » lïnd , de 4526 (n« 4802), f« c xviij ▼*».
« A Conrad Metz, tailleur dWmayges de madame, la somme de neuf livres, pour une ymayge de bois qu'il a feict et taillé de Notre-Seigneur en figure de jardinier. — A luy, la somme de cent livres, pour un tiers d'anjde ses gaiges de iij livres dudit piis, à quoy madame a convenu et accordé avec luy pour iij ans durant, moyennant que durant lesdits iij ans il luy rendra faictes et parfaites certaines sépultures de marbre blanc qu'il a promis luy faire et poser en soD couvent de Brouz lez Bourg en Bresse. » Ibid.^ f<^ viij si vj ^** et vij.
a A Conrad Meyt, jadis tailleur d'ymayges de feue madame, la somme de
mausolée de François d'Autriche, dans l'église de Saint-Jacques, à Bruxelles \ et de la cheminée du Franc, à Bruges ' ; — Jean Borreman, de Bruxelles, qui modela en bois les statues des bailles du palais de cette ville*; — Pierre Kelderman et Guillaume Lessens , également de Bruxelles, qui édiflèrent ensemble l'autel de la chapelle du Sacrement de Miracle, à Sainte-Gudule ^ ; — l'architecte Henri Van Pede, sculpteur des sept tabernacles de cette chapelle *, ainsi que
cent livres, que, par ordonnance de la majesté de Tempereur et suivant sesdites lettres patentes datées du xxj* jour de mars xv « trente, et Tadvis de messieurs les exécuteurs dudit testament, luy a délivré et baillé en faveur et pour le récompenser des services par luy faits à icelle feue dame pendant le temps qu'il a esté et demeuré avec elle en son service et jusques à Theure de son trépas, o Compte de la veuve et des hoirs de J. de Mamix, f» ij * Ix *•.
« Il existe aux archives de la préfecture du Doubs, un traité du 23 janvier 4524, conclu avec Conrad Mai, Flamand, et J. B. Manani, Florentin, maîtres sculpteurs, pour l'érection d'un mausolée du prince Philibert (prince d*Orange}, dans réglise des Cordeliers de Lons le Saulnier, moyennant la somme de 40,000 francs. » M. Duvebnot, Annotafions de Loys Gollut, 4642, note 3.
' « A Guinot de Beaulgrant, tailleur d'ymayges, demeurant à Malines, la somme de trente livres, sur et à bon compte de la somme de ij « x livres, à quoy raadite dame a convenu et appoincté avecq luy pour une sépulture de marbre blanc et noir, qu'il promet faire et poser en l'église de Cauberghes à Bruxelles, déans la sainct Jehan prochaine venant en ung an, pour feu monsieur François, frère de madicte dame, que sera une figure couchant de la longueur d'ung enfant dexviij mois, ou selon que la pierre le pourra porter, ung roussin soubz la teste et un lyon au pied, etaccoustré en linge comme il est au patron, et aux quatre coings de ladite tombe à chacun ung euffant assis de telle longueur que le marbre pourra pourler. — Nouvel à compte de 30 hvres. » Compte de J. de Marnix, de 4626 (n» 4802), f»« viij " vj et ix " xj.
* M. De Hondt, fiotice sur la cheminée du Franc.— En 4533, cet artiste était à Bilbao, en Espagne, avec Jean, son frère et son élève, n exécuta un grand retable pour l'église Saint-Jacques de cette ville. M. Pinchart, Archives, l 263.
^ M. Dkvillers, 1. c.
* Hisloire de Bruxelles, III, 322.
' Ihid., Î62.
des chapiteaux et des autres ornements d'architecture * ; — Alexandre Colin, de Malines, auteur du magnifique mausolée de Maximilien dans Téglise des Franciscains, à Inspruck ^;
— Pierre Van Aelst, sculpteur et peintre; il fit, en 1334, le fameux géant d'Anvers ^ ; — Rombaut de Dryvere, de Malines, à qui l'on attribue les tabernacles de Léau et de Tongerloo *; — le célèbre poète Jean Second, qui reproduisit par le marbre les traits de sa Julie, la belle Malinoise, pour laquelle il composa une grande partie de ses Baisers;'^ — Albert de Brûle ou Van den BruUe, d'Anvers, auquel Venise doit la superbe boiserie du chœur de l'église de Saint- Georçes- le -Majeur ®; — Jacques Jongelinck, d'Anvers, auteur du mausolée de Charles le Téméraire, à Bruges, et de la statue que se fit ériger le duc d'Albe ' ; — Jacques Daret®; — Godefroid Van der Loy ^; — Edouard Burgot, doyen de la confrérie de Saint-Luc, à Anvers, en 1535 '®;
— le liégeois François Borset, auteur de la colonnade du palais des princes -évéques, à Liège " ; — Henri Cools, de Herenlhals, qui exécuta (1535-1540), dans un style gothique très-délicat et très-orné, le buffet d'orgues de Tongerloo; —
* Compte de la fabrique, aux Archives de Sainte-Guduie, IIl.
' Voir la Notice de M. M» De Ring sur cet artiste. Messager des sciences historiques, 48*4, 93-433.
' Gesehiedenis van Aniwerpen.
4 Ph. BaBIT. — SCHATBS^
* Voir le remarquable travail de M. Tissot sur ce poète. « Ph. Bâeit.
f Ibîd. — M. A. PlNCHART.
* « A Jacques Daret, tailleur d'ymaiges, la somme de Ixxvj livres viij sols. •• Compte de J. Micault, de 4546 (4883). — Voiri. II, p. 459, note 4.
» Dietsehe Warande, 4« année.
'• M. Van Strablem, Jaerbœk der Sint-Lucas GiUfe.
" M. PoLAiiv, Liège pittoresque, Î48.
Jean Van Dyck , auteur du jubé cpii séparait le chœur de la nef de Tabbaye de Tongerloo ' ; — J. Van Santvoort, de Malines, auteur des statues et des ornements du tabernacle de cette abbaye ' ; — Wautier Van der Ëlstmer, qui exécuta le buffet d'orgues de style ogival tertiaire de l'église Saintr Sulpice, à Diest; tandis que Godevaert de Roose et Wilbem ornaient l'église primaire de cette ville d'un tabernacle et du retable de l'autel Sainte -Barbe ^ — Jean More, auteur du retable du grand autel de l'église de Hal *; — enfin, Roch, « excellent ouvrier en son art et fort honneste homme, » lequel, malgré ces rares qualités, fut brûlé vif comme hérétique par l'inquisition d'Espagne *.
' Ph. Basrt, Manuscrit de la bibl. royale, n» 47652.
' Hbylen, Hist. Verhandelinge over de voornaemste opkonute en voordgany der land-bouw in de Kempen, 158, 459.
^ M. RAYEJffAEKfifts, Kolice sur Végli$e Samt-Sulpiee. Messager des sciences hist. , 4857. — Van der Elstmer était, en 4560, doyen de la confrérie de Sainte Luc, d*Auvers, M. Van Straelen, 1. c.
< Splendeurs de l'art en Belgique, 260.
* Cette histoire du pauvre « ioaager flamand » est racontée, dans une forme aussi dramatique que naïve, par un auteur contemporain : « En une viUe d'Espagne qu'on appelle San-Lucar, demouroit un imager deBrabant appelé Roch, excellent ouvrier en son art, et fort honneste homme. Or, pource qu'il avoit eu ' quelque petite cognoissance de la vraye religion, il se desplaisoit grandement en son mestier, et pourtant avoit-il désisté de faire images pour idolâtrie et superstition, et n'en faisoit plus que quelques-unes d'excellence et où on peust voir quelque singularité de son ouvrage. Un jour il avoit fait une image en bois de la Vierge Marie, d'un excellent artifice, et la tenoiten sa bouUque exposée en vente. Un des inquisiteurs qui passoit d'aventure, la vit et luy demanda combien il la faisoit. Lymager lui dit le prix; l'inquisiteur n'en offrit pas la moitié. L'autre luy dit que s'il la bailloit pour ce prix, après y avoir mis tant de temps et de peine, il n'y gagneroit pas de l'eau à boire. L'inquisiteur dit qu'il n'en bailleroit pas davantage et qu'il la devoit avoir néantmoins. Vous l'aurez, dit rimager, si vous en donnez prix raisonnable, mais autrement je la rompray plustôt que de la bailler pour le prix que vous dites. Rompe%-la pour veoir, dit l'inquisiteur. Alors Roch prit un de ses outils le premier qu'il trouva, et le jeta
L*iavention de rimprimerie n'avait pas détruit immédiatement Fart des cailigraphes et des enlumineurs; il existe encore beaucoup de manuscrite copiés et enluminés, au commencement du xvi^ siècle, pour Marguerite d'Autriche ', qui accorda, en 1523, un subside de 120 livres de 40 gros, monnaie de Flandre, à Gauthier Ghastelain, « pour faire grosser la chronique écrite par son père-. » D'autre part,
contre son ouvrage, de sorte qu'il luy rompit un peu du visage. Tout soudain il fut mené en prison comme s'il eust commis quelque graud crime. Quoy, disoit-il, n'est-il pas en ma puissance de deffaire et de refaire mon ouvrage à mon plaisir; elle ne me plaisoit pas ainsi, je la vouloys refaire autrement. Mais tout œ qu'il allégua n'eut point de lieu, on ne le voulut point ouyr. Trois jours après il fut mené au supplice pour estre bruslé comme hérétique, à cause quil a voit blecé la Vierge Marie. Adonc comme il estoit prest d'entrer dedans le feu, il demanda à haute voix s'il y avoit pas là de Flamants. Quelques-uns qui estoyent présens respondirent qu'ouy, et qu'il y avoit au port deux navires qui n'aUendoient que le vent pour s'en aller en Flandres, et partant s'il y vouloit mander quelque chose, qu'il le dist franchement, qu'ils feroient fidèlement tout ce qu'U leur diroit. Las ! rieo autre chose, dit-il, sinon que vous annonciez à mon père qui demoure à Anvers, que j'ay esté bruslé en ceste ville, mais non pour autre chose que pour ce que vous avez ouy. Ainsi fut bruslé ce pouvre homioe. Et afin que vous ne pensiez pas que ce soit fable ce que je vous dy, j'ay moi-même cherché diligemment à Anvers, à cause que la chose me sembloit trop estrange, sy je pourrois trouver quelque certitude de ceste histoire, et si les maîtres de ce mestier là en avoient ouy quelque chose; j'ay trouvé à la fin les parents de Roch, qui avoyent demeuré avec luy en Espagne et en Anvers, lesquels m'ont asseuré en la sorte que je vous l'ay racontée. Mesme il m'ont dict que le père de Roch en estoit mort de tristesse. » De l'estat du pais b(u et religion <r Espagne, par François ou Chesnb (Enzinas) ; Sainte-Marie, MDLVHl, 173-474.
• Voir les Manuscrits de la bibliothèque de Bourgogne.
* Hevenuê et dépenses de Charles^Quint, f« ij « iiij xx. — De U60 à 4547, on a trouvé les noms des enlumineurs suivants, dont les ouvrages sont inconnus : Coppin; Jacob, l'enlumineur; Etienne Toelsoen; Nicolas Kuodde; Barbet Boons, à la Vigne; Germain Viellaert; Théodore, fils de Jacques Van Gavere; Tbiebaud, reolumineur; Louis Liedet; Guillaume Vrelant; BertinetteYweins; la lerame de Jacques Lantsheere; Philippe de Marcke; Arnould de Cat; Cloveidn, renluminear; Jean 8pierinok; Lievin Jaumaert, de Gand ; Jean Moke;
rinvention de la gravure en taille-douce par Torfévre Finiguerra, élève de Ghiberti, et les travaux de Marc Antoine, d'Albert Durer et de Lucas de Leyde, avaient exercé trop d'influence pour que les artistes de nos contrées demeurassent étrangers à ce merveilleux progrès. Lucas de Leyde surtout modifia la manière des graveurs et des peintres; la vérité de la perspective et celle du clair -obscur, source spéciale de sa grande réputation, restèrent « le principal sujet d'études, et l'on pourrait dire le patrimoine de l'école des Pays-Bas'. «
Philippe, TeDlumineur; Martin Van Axele; Jean Van Veldekens, dit Moens: Simon, Tenlumineur; Jean Macquardt, de Lille; Antoine de Trumper; Michel Mertens ; Pierre Van Niederblyk; Raphaël de Busere; Fabien, le peintre; Louis de Block ; et Simon Benninck, que Guicciardin range parmi les peintres, et dont le fils devint peintre de Henri VIIL (M. le chanoine Dbsmbt, Quelques recherchée sur nos anciens enlumineurs et calligraphes. Bulletins de TAcadémie, XV, 2« partie, 76.) On peut citer encore : Everard Hasembourg, de Gand {Voir L IV, p. 393); Gérard Horenbout; Thierry Jacobssone; AmouM Gelasemekere ; Adrien Reyniers, de Bruxelles (M. A. Pincrart, Archives. -- Biographie) ; Jean de Roovere [« A Jehan de RooTere, illumineur, d-devant clerc de l'oratoire de la royne de Portugal, la somme de dix-huit livres de xI gros, monnoie de Flandre, laquelle somme madito dame, par ses lettres patentes en date de ix« jour du mois de décembre xv « xxvj, luy a ordonné prendre et avoir d'elle pour une fois en paiement de deux pièces dillumineure qu'elle luy a fait faire pour mectre en tableaux. » Compte de J. de Marnix, de 4526 (n* 4802), f» ij « xiij ▼•) ; Jérôme de Roovere (M. Pinchart, Archives, W, p. 24); Corneille le Lorimier, qui devint un des promoteurs de Tinquisillon {Ibid., I, 97; II, 24); Guillaume Dulken; Jacques Voewaters; le chroniqueur Égide ou Gilles Van der Hecken, de Bruxelles; (M. A. Waltbrs, Histoire des environs de Bruxelles, III, 698) ; et le chroniqueur Gilles de Wilde, qui orna ses ouvrages de riches miniatures. (M. Gobthals, Lectures, I, 32.)
» ÉMéRic David, Histoire de la gravure. — Voir aussi la remarquable Notice de notre ami Félix Stappabrts, sur l'Histoire de la gravure dans les Pays-Bas. (Revue de Belgique, 2« série, III).
Parmi les graveurs belges de la première partie du xvi* siècle, brillent Théodore de Bry, de Liège, que recommande sa manière délicate; les peintres Henri Van Cleef, Lancelot Blondeel , Lambert Lombart, Jérôme Bosch, Jérôme
Pour juger combien le goût des lettres et des arts régnait alors aux Pays-Bas, il suffit de rappeler qu'on y comptait deux cents cabinets de médailles. La collection formée à Bruges, par les deux frères Lauwerein, seigneurs de Watervliet, connus sous le nom de Laurini, et d'après laquelle Hubert Gollzius a fait ses magnifiques ouvrages, était telle, que celle d'aucun souverain ne la dépassée. Malheureusement les guerres civiles la dispersèrent ^ L'industrie se ressentit
Cock (ÉMiRicDAYiD. — M. F. Stappaekts); le sculpteur Jacques du Brcecq (Gl'igciakdin); Josse Lambert, de Gand, tout à la fois grammairieD, poète, imprimeur et graveur [Messciger des sciences historiques, 4842, 36); Jean Liefriock, qui exécuta une suite de planches represenlaot le siège de Heynstiergh, eo 4543 (d'Anvers il alla s'établira Leyde, où il exécuta les dessins de la monnaie obsidionale, en 4 574. Voir les Berichlen de la Société d'Utrccbt, 2« partie, 4 ) ; et les graveurs sur bois Hubert De Croc (M. A. Pi^ichart, Archives des Arts] et Lambert Boss (M. Van dbr Habghbn, Bibliographie gantoise).
' M. OcTAVB Dblbpibheb, Guide dans Bruges, 46, ad ann. 4545. — Aussi les graveurs de sceaux et de médailles sont-ils nombreux à cette époque, ce sont : Thomas Grammaie, « maître général des monnoies des Pays-Bas, » qui, avec Thomas Huiler, essayeur de la monnaie d'Anvers, fut envoyé à Bayonne en 4530, pour recevoir la rançon des fils de François 1«"; Torfévre Augustin de Wyoter, de Bruxelles, qui grava les sceaux du conseil d'Artois; l'orfèvre Marc de Blasere, de Bruges ; Torfévre Antoine de Gruter, de Malines ; 1 orfèvre Pierre Huzuweel, de Bruxelles; l'orfèvre Rombaut Van den Dorpe, de Malines, qui grava le sceau et le contre-sceau du grand conseil ; Torfévre Gilles Horrion ou Uorioen, qui grava le sceau de Philippe 11, à son avènement au duché de Brabant, en 4555; Torfèvre Philippe Van den Berghe, de Bruges, qui fut appelé aux fonctions de conseiller et maître général des monnaies des Pays-Bas (4500- 1540) ; l'orfèvre Henn Van der Maelen, qui grava le sceau et le contre-sceau du Brabaot, en 4524; le poète et sculpteur Jean Second, qui a gravé un assez HTàUd nombre de médaillons et de médailles; Frédéric Croes ou Croos; Jean PoUet, graveur ou tailleur des coins de la monnaie de Flandre; Pierre Noirot, qui le remplaça dans ces fonctions, en 4504; Jean Noirot, qui fut appelé aux mêmes fonctions en 4523, après avoir été essayeur de la mouuaie de Flandre, et qui organisa, en 4525, la nouvelle monnaie de ce comté. [Hevenus et dépenses de Lharles^uint, 4520-4530. f« ij < xlv ▼**. lï devint, en 4535, conseiller et maître général ordinaire des monnaies des Pays-Bas. ) L'orfèvre Jean Van der Perre, son successeur, qui exécuta un grand nombre de sceaux; Claude V. 5
de ce mouvement intellectuel. « Il y avait à Anvers,* rapporte Guicciardin , cent vingt orfèvres, outre un grand nombre de lapidaires et autres tailleurs et graveurs de pierreries, lesquels, ajoute-t-il, font des œuvres admirables '. »
Noirot, qui fut graveur de la monnaie de Hollande, et exécuta la gravure du nouveau carolus, frappé en 4554; Jean Van der Meer, graveur de la monnaie du Vroenhoven,à Maestricht; ses successeurs, Ulric Peeters, qui exécuta, en 4524 , les coins des nouvelles monnaies d'or, Jean Haesen et Laurent Alaertsz ; Torfévre Corneille Plum, de Namur, qui occupa la charge de graveur des coins de la monnaie de cette ville ; Lievin Van Laethem ; le sculpteur Pierre de Beckere; Antoine Van Trier, qui, « après avoir passé ses preuves de son idonyté, » fut nommé « tailleur des coingz et fers » de la monnaie de Campen ; Jacques Jonghelinck, non moins estimé comme graveur de sceaux et de médailles que comme sculpteur; Torfévre Thomas Van Gheer, d'Anvers, qui exécuta, en 45S6 et en 4556, les sceaux et les contre-sceaux de Philippe II; Jacques Zagar (4554-4573) ; et le plus célèbre de tous, Jean Van Vlierden, dit Van Nymmeghen, rhabile orfèvre, qui fut graveur des monnaies de Malines et d'Anvers; il exécuta un grand nombre de matrices pour les ateliers monétaires du Brabant, de la Gueldre et de la Hollande, et plusieurs sceaux pour Philippe le Beau et pour Charles-Quint. Voir le consciencieux et intéressant travail de M. A. Put- CHART, Biographie des graveurs de sceaux» de médailles et de monnaies dêS hayS'Bas, publié dans le Messager des sciences historiques. — Nous n'avons pas compris dans cette liste Corneille de Bont, qui mourut vers 4504, après avoir exécuté la plupart des sceaux de Marie de Bourgogne et de Maximilien.
' Parmi les orfèvres de cette époque on cite : Pierre Leconte, Augustin de Wynler, Pierre Huzuweel, Gilles Horrion, Jean Van der Perre, tous de Bruxelles, et la plupart déjà mentionnés comme graveurs de médailles, ainsi que plusieurs des orfèvres qui suivent [Histoire de Bruxelles. — <• A maistre Jehan Van der Perre, orfèvre, demeurant a Bruxelles, pour vasselie d'argent; item, uneéguière couverte; item, deux chandeliers pour la chappelle; item, deux bassins d'argent doré et une tasse dorée. — A luy, pour Torfèvrerie dorée et blanche qu'il a faite pour les cent sayons des archers pour aller à Aix. — A luy, pour l'orfèvrerie du savon du capitaine desdils archers. — A luy, pour l'argent et façon de deux flacons d'argent que l'empereur a fait prendre de luy et mettre en sa chambre des joyaulx. — Pour l'argent et façon de iiij " de jectons, délivrés aux archevesque de Palerme, vice-roy de Naples, comte de Gavre, et maître Laurent du Blioul, audiencier, en l'an xxij. — Pourix mille de jectons d'argent pour madame et ceulx des finances de l'année xxiij et
L'orfèvrerie, digne, à celte époque, d'être rangée dans la noble famille des beaux-arts, ne fut pas la seule branche de
auitres de cuyvre. » Revenus et dépenses de Charles-Quint, 4520-4530, f« ij < iiij «« xij '") ; Marc de Blasere, de Bruges, un des artistes chargés de Texécution des magnifiques reliquaires de l'église de Brou (M. A. Pinchart, Biogr.); Philippe Van den Berghe, de Bruges, qui, de 4499 à 4506, livra à Philippe le Beau, pour Tusage de sa cour, de sa chapelle, et pour présents offerts à des ambassadeurs, des objets d'orfèvrerie et de la vaisselle, payés plus de 400,000 livres de Flandre, etc. («A Marc de Blasere, orfèvre, demourant à Bruges, pour For, argent et façon de deux grands barrets d'or, et de deux torchiers sans dorure, et pour les custodes qui furent faits en Tan xxj, et délivrez en la garde des joyaulx de l'empereur. — A luy, pour or et la façon d'avoir reffait ung petit signet pour le fait des finances. » Rev. et dép., f» ij « iiij » xiij) ; Corneille De Witte, Léonard VerteUen et Jean de Thillye, orfèvres de Bruges, qui furent employés par le gouvernement « touchant le fait des monnoies ; » Alexandre Van Bruxelles, Martin De Wille et Van Velde, orfèvres d'Anvers, qui furent chargés d'estimer les joyaux laissés par Maximilien {Ibtd., (^ ij " xxxix ^^) ; Jean Noirot, qui exécuta, pour Marguerite d'Autriche, un magnifique calice d'or, orné de pierreries et de fines ciselures; Corneille Plum, deNamur; Etienne Cappella {voir t. IV, p. 244, note 4), Alexander, Thomas Van Gheer et Aert Van Rynevelt, d'Anvers (Revenus et dép. de Chartes- Quint, f» ij « iiij »« xij) ; Jean Van Vlierden , dit Van Nymmeghen, cet « ouvrier plein d'apparence, » que Jean Lemaire invoque dans sa Couronne Maryaritique (M. Pinchart, 1. c— En 4526 Charles-Quint le chargea d'exécuter deux belles coupes en argent doré, qu'il donna à l'ambassadeur de Suède. Ret^enus et dépenses de Charles- Quint, f<* ij « lix ^''); Jean de Coster, de Malines, qui cisela un saint Rombaut, «m argent doré, sur la coupe que cette ville offrit, en 4545, à la comtesse de Nassau (Ce travail lui fut payé 25 livres 44 escalins 2 deniers. Azbvedo) ; Antoine de Gruter, également de Malines ; Pierre de Beckere , de Bruxelles, l'auteur du mausolée de Marie de Bourgogne, à Bruges (Pieteren de Beckere, goutsmet, wonende in deser stadt van Brussel..., van dat hy over xviij of xx jairen geleden, gewacht, gesneden ende vergult hadde die tombe ende sepulluren van wylen vrouwen Marie, hertoginnen van Oostrycke ende van Bourgongnien, enz... — Voir la Notice de M. Plnchart sur cet artiste. Bulletins de l'Académie, XVIU) ; le sculpteur et graveur Jacques Jonghelinck ; le géographe Jacques Surhon ; Rombaut Van den Dorpe, de Malines, le même peut-être qui est connu comme sculpteur sous le nom de De Dryvere (11 exécuta de magnifiques ouvrages d'orfèvrerie pour Philippe le Beau et Marguerite d'Autriche. M. PucHART, l. c. — Revenus et dépenses de Charles-Quint, f» ij « iiij xx xij ) ; Aert Van Houtveld [Revenus et dépenses de Charles^Quini, r« ij * iiij xx xij *") ;
Tindustrie qui leur dut ses progrès et son éclat '. Leur puissante influence s*étendit à toutes les applications industrielles, qu'ils stimulèrent et vivifièrent, en même temps qu'ils répandaient, en l'épurant, le sentiment du beau.
La Belgique eut une large part à la révolution qui, au commencement du xvi' siècle, s'opéra dans la musique, comme dans Tarchitecture, la peinture et les autres expressions de la pensée humaine. De tout temps, nos compatriotes eurent la réputation d'excellents musiciens, et dès l'époque de Philippe le Bon, la musique de la cour de Bourgogne était considérée comme la meilleure de l'Europe. Plus tard Maximilien emportait des Pays-Bas en Allemagne les véritables traditions de l'art musical ; en France et en Italie c'étaient aussi des artistes belges qui excellaient ^. Aussi appelait-on les Belges les maîtres et les restaurateurs de la musique. « Ce sont eux, dit Guicciardin, qui l'ont relevée et amenée à la perfection. Ils y sont si propres, que hommes et femmes chantent
Pierre de Nyvelaere, Rev. et dépenses de Charles-Quint, f» ij « iiij «x xiij) ; etc. — Ajoutons-y Antoine Van Gravenl)ercb, le graveur et tailleur de pierres de Charles-Quint, /6id., {"** ij « Ixxvj et ij • iiij «« viij '**.
' Les fondeurs belges, entre autres, jouissaient alors d'une grande réputation. On cite particulièrement les frères Moer, qui fondirent, en 154 6, la célèbre clocbe de Saint^Servais, à Maestricht (M. A. Schaepkbns, Mémoire sur tes cloches et leur usage. La Belgique, 1867); René Van Thienen, de Bruxelles, des creusets duquel sortirent les statues de bronze des bailles du pelais {Hist. de Bruxelles. I, 322) ; Médard Waghewyn^ et Simon Gielis, de Malines, qui coulèrent plusieurs cloches pour les églises de cette ville (Azevbdo, adann. 45i4 et 4525).
• « Il n'est pas inutile de remarquer, dit l'auteur des remarques sur Rabelais, que la plupart de nos anciens musiciens étaient Flamands et qu'on leur doit les progrès de la musique en France r
« Plusieurs de ces fameux musiciens flamands, nommés par Guicciardin, dit Arteaga, séjournèrent longtemps en Italie, et acquirent une si grande autorité eu perfectionnant le contre-point, qu'ils firent entrer leur goût national dans la musique italienne. » Hévotutions du théâtre musicat de l'Italie.
comme d'instinct, avec mesure, avec grâce, avec mélodie. Ils jouent de tous les instruments, et il n'y a pas de cour de prince chrétien où il n'y ait de musicien belge. » — « Les Belges, écrivait Fambassadeur de Venise, F. Badoaro, paraissent nés pour la musique, et ils possèdent des compositeurs du mérite le plus éminent '. » — « On peut dire avec vérité, ajoute V. Quirini, qu'en Belgique la musique est parfaite *. »
Charles-Quint, Marguerite d'Autriche, Marie de Hongrie accordèrent à la musique de sympathiques encouragements, et, sous leurs auspices, se forma une pléiade d'artistes qui répandirent la gloire de notre patrie dans l'Europe entière. Le XV* siècle avait produit Jean le Teinturier, de Nivelles, qui fonda à Naples, de concert avec Gafforio et Garnier, la célèbre école à laquelle Fart musical dut tant de progrès en Italie; — Simon Van der Eycken, de Bruxelles, le maître de musique de l'égliee métropolitaine de SaintrAmbroise à Milan ;
— Josse Van Ockeghem, de Termonde, le père du contrepoint moderne, le fondateur des premières écoles de musique, qui eut pour élèves les plus célèbres maîtres du xvi* siècle,
— entre autres, Josquin des Prez (Josse Van den Bemden), de Berchem-lez-Anvers, « l'idole de l'Europe ; » Garnier et Pierre Delarue, de la Flandre, dont quelques productions sont encore citées comme des chefs-d'œuvre. Continuer la renommée de tels hommes était une lourde tâche, et cependant leurs successeurs n'y faillirent point.
C'est avec orgueil que nous pouvons citer les noms d'Adrien Willaert, qui fut maître de musique de l'église de Saint- Marc, à Venise, forma des élèves devenus l'honneur de
' Relations, 78.
' Monum. de la diplomatie vénitienne, 1. c.
ritalie, et inventa, dit-on, la musique à plusieurs chœurs ; — Alexandre Agricola, le célèbre contre-pointiste flamand; — Cyprien de Rore, de Malines, surnommé le Divin ; — Hubert Waelrant, d'Anvers, qui le premier tenta de réformer l'échelle musicale ; — Roland de Lassus, de Mons, qui reçut de ses contemporains, le titre de Prince des musiciens, brilla dans les cours de Naples, de Sicile, de Rome, de France, de Munich, fonda un grand nombre d'écoles, et laissa des œuvres immortelles; — Nicolas Gombert, auteur de ce magnifique Ave Maria qui a mérité, de nos jours encore, de si vifs applaudissements ' ; — son successeur dans les fonctions de maître de la chapelle de Charles-Quint, Thomas Gréquillon, placé au rang des plus fameux com.positeurs de son temps ; — Philipiie Verdelot, son émule ; — Anselme de Flandre ou le Flamand, considéré par quelques auteurs comme l'inventeur de la gamme moderne; — Gérard Geerkin de Hondt, auteur de la mélodie de Grysaert, dont la popularité semble n'avoir pas complètement cessé ; — Chastelain, maître de chapelle de Soignies, qui refusa de devenir maître de chapelle de Philippe II; — Jean Bonmarché, d'Ypres, maître des enfants de chœur à la collégiale de Gourtrai, qui accepta les offres repoussées par Ghastelaih , et compléta avec des musiciens flamands la chapelle royale de Madrid; — Josquîn fiaston, dont les motets eurent un grand retentissement; — Jacques de Kerle, d'Ypres, qui, après avoir dirigé la musique de la cathédrale de Gambrai, composa la musique des prières chantées au concile de Trente; — et enfin son contemporain, Philippe de Mons, le dernier des compositeurs illustres qui
* n a été exécuté au premier des concerts historiques organisés par le savant directeur du conservatoire de Bruxelles, M. Fétis, au bénéfice des incendié» du grand théâtre de cette ville, le 24 février 4855.
avaient donné à la Belgique une si éclatante et si légitime suprématie dans le monde musical \
Cette suprématie fut reconnue par l'Italie et par TAUemagne mêmes; Roland de Lassus fit accepter son œuvre conune modèle, et tous les souverains de ces contrées prirent successivement des maîtres de chapelle belges. La première chapelle qu'il y eut en Espagne, y fut formée par des artistes
* On peut citer encore Charles Frenand ou Fernaud, de Bruges, qui fut à la fois littérateur et musicien distingué, que Charles VIII nomma son « premier musicien (De la Sbrna Santander. — M. Goethals] ; » Bnimel ; Pierchon ; Compère; Veiiwnnet; Prions; Gaspard des Prez; Martin Bourgeois, chapelain des maîtres d'hôtel de Marguerite ^M. A. Pinchaet, Archives des arts); Jacques Bouquet, Buquet ou Boquet, qui fut successivement organiste de cette princesse, de Charles-Quint et de Marie de Hongrie (Comptes de J. de Marnix, n* 4805 et suiv. — M. Gachard, Rapport sur les Archives de Lille. — M. Pin- GBART, la Chapelle des souverains des Pays-Bas ) ; Henri Bredeniers, organiste de Philippe le Beau et maître de la chapelle de Charies-Quint [Revenus et dép. de Charles-QtUnî, 4520-4530, (• ij «Ixxiiij ^"j ; son élève, Etienne Diedeghem (M. PijfCHART, Archives) ; Pierre Van den Hove, qui composa plusieurs livres de chant pour la chapelle de Charles-Quint ; les maîtres de chapelle et ocgar nistes de ce prince Florent Nepotis (Compte de Jean de Douvrin , précité, ^ ixxix ▼*), Nicolas Champion, dit Liégeois (M. Pinchart, la Chapelle); ses chantres Godelscalck Oem, Gilles Reyngot [Hevenus et dépenses de Charles^ Quini, 1. c, f» ij • Ixlj ^", ij « xlij et ij « 1 ▼*»), Henri le Liégeois (Compte de J. de Marnix, n«4798, i^ ix xx xix) ; Jean Goessens *, Benoit d'Appenzell, dit Benedictus, maîtres des enfants des chapelles de Marguerite et de Marie de Hongrie; Sigismond Yver, Roger Pathie, organistes de la douairière de Hongrie; son joueur de viole, Vincent Bigler (M. Gachard, Rapport précité) ; Jean Fuis- Dier, d*Atb, « savant et excellent musicien, docteur en droit, poète lauréat et célèbre aiathématicien, qui après avoir été directeur de musique de Farcbevôque de Cologne, devint précepteur des pages de Charles-Quint, et accompagna
* « A BMitCre Jcbtn Gouius, ntitlre des enffans de la ehappclle de Tene mtdaiiir, la tomme de 99 Bttcs 18 sol» dadit prix de assafoir : iiij x^ v litres viij toi», pour afoir enlreieno Joaebim de TcHcaMere, dit Gabillta, jadl» l'ang des enfana de ta ehaprlle, de table , giste, neetoyage , de liage et avitrraent m toute» aulirea naniérea, eomme lea auirrt enffans de la chapprlle de ■Mdilr feae danc, Tetpaee de xiiij mois; et x lifret x aola, pour, par ordoananee de nadite feue daaM, avoir caté et lieux de Haynau, Flandres et Terrenoade, oA il a vacqué, i acrrber et troufer aag enfani propre cl duisaat pour servir en ladite ehapelle, xiiij jours eniirrs, au prix de s sols par joar. ■ Coaipte de la veote cl des hoirs de Jean de Mamii, précité, fo ij e iiij.
belges amenés par Philippe le Beau; sous Charles- Quint ' et sous Philippe II ^ ce fut la Belgique qui lui fournit des musiciens. On voit Ferdinand prier Marie de Hongrie de lui envoyer un maître de chapelle flamand *, et ses successeurs à l'empire suivirent son exemple. La chapelle de Charles-Quint était, dit un contemporain, la meilleure et la plus complète qu'on pût rencontrer, les chantres, au nombre d'une quaran-
ce prince, en qualité de musicien , dans son expédition de Tunis (Db la Sbrna Santander] ; Pierre AJamire, qui composa plusieurs œuvres de musique pour la chapelle impériale (Revenus et dép. de Charles- Quint, 1. c, f« ij '' iiij » x) ; Thierry de Belmont, maître des enfants de chœur de Téglise de Sainte-Gudule, à Bruxelles [Compte de J. de Marnix, n« 4805, f« ij « xxiiij) ; Pierre de Vicq, de la Flandre (De la Sbrna Sa^tanobr); Louis Brooman, de Bruxelles {Bisiaire de Bruxelles) ; Henri Isaac, Jean Mouton, dont parlent Rabelais et Tauteur du Beltum musicale; Guillaume Crétin; Jacques Arkadelt, chanteur beige de la chapelle pontificale à Rome ; Benoit Hertogs ou Ducis, qui alla se fixer en AUemagne; Jean Richafort; Jacques Clément; Gérard Dussaulx, de Turnhout; Charles Lejeune, de Valenciennes ; Severin Cornet, de la même ville, maître des enfants de chœur de la cathédrale d'Anvers (M. F. Dblhassb. les Belges musiciens des diverses époques. Le Guide musical, 4855); Tilman Susato, compositeur et éditeur de musique à Anvers, 4542-4556 (M. A. Pinchart, ia Chapelle); Jean Ghiselin ou Ghiselain, du Hainaut; Pierkin de Raedt, de la Flandre; Jean Régis; Jean Guioz, de Châtelet; Corneille Canis; Jacques de Berchem ; Jacques de Weert, auteur de messes, de motets et de madrigaux, qui fut maître de chapelle de Ferdinand !«'; Jérôme de Vinders, connu par une Lamentation à sept voix sur la mort de Josquin Des Prez ; Matthias, qui briUa à Milan et à la cour de Saxe.
Consultez, au sujet de nos gloires musicales : De la Serna Santandbr, 1. c. — Lb Mateur, 1. c. — M. F. J. Fins, Biographie universelle des Musiciens. -- M. Ë. Fétis, les Musiciens belges. — MA. Thys, Historique des Sociétés chorales de Belgique
' « A Jehan de Montmorency, seigneur de Courrières, en prest pour lever aucuns chantres et les envoyer en Espagne, v « livres » Devenus et dépenses de Charles-Quint, 4520-4530, f» ij « iiij »» x. — M. Pinchart, Archives des arts, I, 235.
• Voir les lettres de Philippe II à Marguerite ("e Parme et au ducd*Albe, publiées par M. Ë. Fins, les Musiciens belges.
' Ibid.
taine, ayant été choisis dans les diverses provinces des Pays- Bas, € qui sont aujourd'hui, ajoute-t-il, comme la source de la musique'.» Ce brillant mouvement fut malheureusement arrêté par les terribles événements politiques qui marquèrent la fin du xvi* siècle. Les écoles se fermèrent au milieu de luttes sanglantes; nos musiciens ne trouvèrent plus, dans la patrie opprimée , ni inspirations , ni ressources , et l'Allemagne , recueillant nos proscrits et nos émigrés, ramassa le sceptre musical qui s'échappait de nos mains.
' Relation de M. Cavalli, 1. c. — Dans le registre des Revenus et dépenses de Charles-Quint, de 4520 à 4530, on lit, au Mj « xviij : a A maistre Jehan Goessens, maistre des enfans; Guillaume, chantre bas-contre; Jehan deLewaerde, hault-contre ; Jacques Bugnot, organiste: Philippe Bouton, Joachim de Toilenaere, dit Cabillau, et Guillemin Brunneau, enffans; et Pierre Maillotin, souffleur des orgues de la chapelle dudit seigneur empereur, ordonnés vers madite dame à cause de leurs gaiges, assavoir : ledit maistre Jehan Goessens, de xiiij sois; ledit bas-contre, hault-contre et organiste, chacun de ix sols par jour; lesdits iij enfans, iiij sols par jour; et ledit souffleur, ung sol par jour, que rempereur leur a ordonné le xxvj* de décember xxviij. »
Dans le CcUatogus familiœ totius aulœ cœsareœ, publié, pour les années 4547 et 4548, par Nicolas Mambranvs (De Marner), on trouve mentionnés comme chantres de Tempereur : « Vox pressa; bossus : Mathias Radumel, Johannes Hermannus, Petrus Mustœus, Antonius Coquus. Vox média; ténor : Micbael Lupus, Victor ab Harlemio, mortuusUlmœ, 2 martij, anno 47, Petrus Brabantius, Nicolaus Lenglesius, jam dimissus, Hupertus Hanteletus, Johannes Bertaus. Vox alla; altus : Carolus Bursa, Antonius Cauvenbergus, Egidius a lioteodino, Natalus Toonequinus. Foo; ocuto; dùcantu^: Johannes Custodis. Pueri deœm. Magister Adrianus Lovius et puerorum sacelli praeteptor. Magister Johannes Lestanuier, organista.