CHAPITRE XXL
CONVENTION DE COPENHAGUE. - TROUBLES DE BRUXELLES. CAMPAGNE DE CHARLES-QUINT CONTRE SOLIMAN.
(453iH532.)
Le départ de Charles-Quint, annoncé aux états, à la séance du 7 octobre 1531, fut retardé par de graves événements, qui retinrent pendant plusieurs mois ce prince dans les Pays- Bas. Après de vaines tentatives de restauration, Christiern II était venu réclamer son assistance , en faisant valoir l'appui des c»atholiques de la Suède, où Tavénement de Gustave Wasa îivait assuré le triomphe du luthéranisme. En effet, par un acte daté d'Anvers, le 27 septembre 1330, les évcques et les [>rélats suédois s engagèrent à employer les efforts de leurs [^artisans, en faveur du roi détrôné, et à conjurer lempereur,
« dans rintérét du christianisme, de délivrer leur pays d*un VI. \
6 RËGNE DE CHARLES-QUJNT EN BELGIQUE.
tyran ennemi de Dieu et des hommes \ » Spectacle singulier de voir les catholiques opposer au libérateur de la Suède un prince qui avait ouvertement appuyé les doctrines de la réforme !
Nos contrées, devenues le refuge des mécontente et des proscrite de la Scandinavie , allaient se trouver compromises par leurs intrigues; les relations avec les étate du Nord, d^à fort altérées, s'en ressentirent sur-le-champ. Le congrès, où devaient se terminer les différends avec Lubeck, fut dissous dès la première séance; il ne se présenta pas d'ambassadeurs lubeckois à Cologne, et l'assemblée, fixée d'abord au 1" avril 1528, fut tenue, sans plus de succès, à Brème. Les efforte des Lubeckois tendaient ouvertement à rétablir le monopole de leur commerce, à l'exclusion des Hollandais, et à éluder une réconciliation, favorable à des rivaux. Néanmoins, sur d'énergiques représentations des étate de Hollande h l'agent de la ligue hanséatique résidant à La Haye, Herman Zuderhuysen, on convint d'avoir une nouvelle réunion à Hambourg. Mais alors les villes de Delfl et de Leyde refusèrent d'y prendre part, et de nouveaux incidente fermèrent celle voie de conciliation ^.
La mort de Marguerite, qui s'était constamment opposée aux projets de l'indigne époux de sa nièce, et l'arrivée de Charles-Quint dans les F^ays-Bas, avaient réveillé les espérances de Christiern. Il était accouru aussitôt à Bruxelles, où il comparut, dil-on ( 1 3 juillet 1 531 ), sur une citation d'huissier, devant le souvei'ain conseil de Brabant, pour rendre témoignage dans un procès entre particuliers. L'empereur se refusa toutefois h une inter\ention directe; à la demande des villes
' Geykh, II, 66. — ' liey. Aert Van der Goes.
maritimes, il mit même Fembargo sur les vaisseaux affrétés par son beau-frère, dans les ports de la Hollande et de la Zélande. Celui-ci se retira dans TOoslfrise, et y fut accueilli avec empressement par le nouveau comte d'Embden, Ennon, alors en guerre avec quelques seigneurs voisins. Christiern apaisa leurs différends, et les subsides de la Norwégê, qui s était dépouillée en sa faveur de for et de l'ai^enterie de ses églises', lui permirent de prendre à sa solde les troupes levées par le successeur d'Edzard ^ Cette mesure répandit l'alarme en Hollande, que des nouvelles graves avaient jetée dans la consternation. Le Danemark fermait le Sund ; Lubeck rappelait ses plénipotentiaires du congrès de Hambourg, et déjà les corsaires couraient les mers ^. En même temps apparaissait une comète de funeste présage aux yeux de la multitude (20 août 1531) \ et cette fois l'événement sembla justifier ces craintes superstitieuses.
Christiern, à la tête de 5,000 à 6,000 lansquenets, traversa la Gueidre, par laquelle Charles d'Egmont lui permit le passage *, et pénétra tout à coup dans TOveryssel et en Hollande. Ses troupes s'avancèrent jusqu'aux portes de Delfl, et le roi demanda impérieusement aux étals de l'artillerie, des munilions, des vivres et trente navires (septembre 1531) *. Une foule d'aventuriers accoururent sous ses drapeaux, et le
' Geter, n, 67.
• InstnictiODs données par Marie de Hongrie aux commissaires envoyés à C(]t)eDbague, en 1532. Archives du royaume.
' WAGE3fAAR.
♦ Anecdota Bruxellensia. Manuscrit précité.
* Instructions dopnées à maître Josse Aemsoen de Bourch, conseiller, envoyé à Hambourg, janvier 1532. Staatspapiere, 78.
• Lettre de Charles-Quint à Ferdinand, 26 et 28 septembre 1531. Correspondenz, I, 54l .
gros de son armée, forte de plus de 12,000 hommes, vint occuper les environs d'Ulrecht , dont elle désola le territoire. Ses coureurs répandirent partout Teffroi, et Christiern luimême, entrant avec 3,000 hommes dans Alkmaar, pilla, pendant cinq jours, cette ville souffrant encore du désastre de 1317'.
Aucune mesure n'avait été prise pour la défense du pays; dans leur juste indignation, les Hollandais accusèrent le gouvernement de les avoir livrés à ces bandes farouches, pour se venger de leur opposition à ses demandes d'aides '. Il répugnait sans doute à l'empereur d'employer la force contre son beau-frère; il approuvait d'ailleurs secrètement ses projets de restauration et ne voulait pas lui ôter les moyens de les accomplir. Il laissa donc « ruiner et manger ses pauvres peuples, » jusqu'au moment où Christiern se jeta en Frise avec 4,000 hommes, et qu'on craignit de le voir s'emparer de quelque forteresse et s'unir au duc de Gueldre, avec qui on lui supposait « de sinistres intelligences. » Il y avait entre les capitaines de Christiern et les agents du duc beaucoup d'entrevues ^ et tous deux étaient capables des plus dangereux coups de main. Charles-Quint ordonna aux villes de redoubler de vigilance * et chargea le gouverneur de la Frise d'enjoindre au roi de vider le pays ^ Celui-ci, au lieu d'obtempérer à ce! ordre, réclama le dernier terme de la dot d'Isabelle, et demanda douze navires, sous In promess(* d'accorder aux Hollandais la
• l.eltrt' (le Charles-Ouint. du 10 octobre VoM. Correspondenz. I, 549.- M. Altmeveu. Il tatoiri' (lea retalions commerciales.
'' fleg. Aert l'an (1er Goes.
^ Lettre des 26 et 28 septembre, précitée, et lettre de Charles-Quint à Ferdinand, du l^octobre <531. Correspondenz, I, 545.
^ Wagknaar.
^ lieg. Aert Van der Goes.
liberté de commercer dans ses étals, dès qu'il aurait reconquis sa couronne '. Dans Tentre-temps, les villes hanséatiques promirent de lui ménager un accommodement avec Frédéric de Holslein, à la condition de cesser les hostilités ; mais Christiern répondit, qu'abandonné de tous et sans espérance, il était forcé de pourvoir lui-même à ses affaires, et qu'il voulait reprendre t*e qu'on lui avait odieusement ravi. Quant à déposer les armes, il ne le ferait que si la Hanse s'engageait à le rétablir sur le trône ^. Il ne rest^îit plus qu'à courir sus à ce bandit. Charles-ftuint en jugea pourtant autrement, et non-seulement il lui paya le restant de la dot d'Isabelle, s'élevant à 50,000 florins, mais il autorisa encore les Hollandais à lui fournir douze vaisseaux de guerre ^. Christiern II s'embarqua sur cette flotte à Medemblik, le 24 octobre 1531 \ et son départ même rassura si peu son beau-frère, que, pour mettre le pays à l'abri de nouveaux brigandages, il fut ordonné de recruter des piétons en Allemagne ; on en leva aussi 2,000 dans les comtés de Namur et de Hainaut, et une partie des bandes d'ordonnances furent dirigées sur les frontières de la Frise et de la Hollande *.
Ces événements, si préjudiciables aux provinces du nord, coïncidaient avec des indices menaçants pour les provinces du midi. L'attitude de la France redevenait agressive, el Charles- Quint, informé, par ses agents, des dispositions de François I",
* Wagenaar.
» M. Altmeyer, 1. c, d'après les Archives allemandes de Bruxelles, 495-498.
* LeUre du iO octobre 453< , précitée.
* Lettre de Charles-Quint à Ferdinand, du 31 octobre 4534. Corrcspondenz. h 572.
^ Ibid. — Le 45 novembre encore on le voit plein d'appréhensions sur le retour éventuel de son beau-frère. Lettre de Cbarles-Quint à Ferdinand. Correspondenz, L 588.
ne voulut quitter le pays qu'après s*étre assuré par lui-même de rétat des villes frontières \ Il se rendit ensuite à Tournai (28 novembre 1531)*, où le rejoignit Marie de Hongrie '. Pour donner plus d'éclat à son séjour dans cette ville, irrévocablement réunie à ses états, il résolut dy tenir un chapitre de la Toison d'or, et le jour même de son arrivée \ il remit des patentes de chevalier au seigneur de Velaines et du Bus, Guillaume de Gambry, prévôt de la ville, et à son fils Gabriel. L'assemblée capitulaire eut lieu à Notre-Dame, l'imposante basilique; entre autres circonstances remarquables, elle pror céda à l'élection du fils de l'empereur, don Philippe, alors c^gé de quatre ans. Dans une des séances suivantes, des chevaliers réitérèrent les plaintes élevées déjà, en 1518, sur l'admission d'étrangers qui déconsidéraient l'ordre, feute d'en apprécier l'importance ou le véritable caractère; on avait vu, par exemple, un Espagnol, le comte de Benevente, pour qui de Ghièvres sollicitait le collier, s'enquérir préalablement des avantages pécuniaires que lui rapporterait cette distinction. En conséquence, les chevaliers renouvelèrent la proposition faite, en 1 529, par Jean de Berçhes et Antoine de Lalaing, de ne plus élire aucun étranger. . La conduite du chef et souverain fut assez sévèrement censurée. On le blâma d'être lent dans l'expédition des
• Lettre du 3< octobre, précitée.
' M. Gaciiard. Itinéraire précité. — Il descendit à l'abbaye de Saint-.Mar(iD- DE HEiFFEMitRG, IHsioire (ic Vordrc de la Toison d'or, 367.
^ Ordre de » faire ouvrir les champs et autres lieux qu'il sera de besoio, afin <|ue la reine et sou train puissent passer sans danger ni inconvénient, le* chemins ayant été rendus fort mauvais et dangereux par le mauvais temps. • U novembre ViM. Archives de r Audience, liasse 4U6.
* Voir M. Chotin, à qui ses typographes font commettre une erreur de date en fixant celte entrée au 2 novembre. Le i 5, l'empereur était encore à Bruxelles. Voir sa lottre du 4.5 novembre, précitée.
affaires; de s'occuper beaucoup des petites choses, et de négliger les plus importantes; de ne guère consulter son conseil, dont la composition d'ailleurs était trop restreinte. Charles- Quint accueillit ces reproches « bénignement et avec reconnoissance. » Il rejeta la faute de la mauvaise administration de la justice sur ceux qu*il avait chargés d y pourvoir en son absence, et sur ses nombreuses occupations, qui l'avaient empêché jusqu'alors de donner tous les soins voulus à farrangement de ses affaires particulières et aux intérêts de ses sujets. Quant à son conseil, la difficulté, dit-il, de trouver des personnes suffisamment expérimentées ou affectionnées à son service, l'obligeait de se charger seul de beaucoup de choses qu'il eût désiré traiter avec d'autres. Il promit néanmoins de remédier aux abus signalés par l'assemblée. Puis il exposa que l'ordonnance de 1316, réglant la manière de procéder contre les chevaliers et les officiers de l'ordre, était préjudiciable à ses droits et hauteurs, et contraire h la dignité de l'ordre, qui requérait de ses membres une pratique de vertu et d'honneur à toute épreuve, attendu que des dispositions trop favorables donnaient souvent occasion aux hommes mal affermis dans le sentiment du devoir, de s'en écarter avec facilité. Cette conclusion paradoxale fut agréée, et l'ordonnance de 1316 biffée des registres de l'ordre. On la remplaça par des dispositions interprétatives des statuts, qui donnèrent au chef et souverain seul, de l'avis des chevaliers ou de la plupart d'entre eux assemblés en chapitre, la connaissance des fautes et méfaits de leurs confrères. Le chef et souverain, ou son délégué pris parmi les membres de l'ordre, et reconnu en cette qualité par décision expresse, eut pouvoir de poursuivre, après due information, tout chevalier trouvé coupable de quelque cas notoire; seule-
a RÉGNE DE GH ARLES-QUINT EN BELGIQUE.
ment la poursuite, par voie d'arrêt et de détention de sa personne, ne pouvait avoir lieu que de l'avis de dix de ses confrères ou de tel autre nombre, suivant les circonstances du temps ou Texigence du cas. L'inculpé était mis sous la garde du « collège et amiable compagnie de l'ordre, » pendant l'instruction de son procès par le chef et souverain et par les chevaliers ses confrères. En cas d'absence du souverain, il était remplacé par son dél^é, mais il n'était donné suite à rinstruction judiciaire qu'après qu'elle lui avait été soumise V On était loin du temps où le jeune duc de Luxembourg invoquait contre sa tante les privilèges de Tordre, en faveur d'un de ses confrères !
Charles-Quint quitta Tournai le 12 décembre, rentra le U à Bruxelles ^ et y régla diverses affaires des flnances. « Considérant 'que grant partie des deniers recouvrez par sadite majesté couroient à gros excessif intérêt, comme de dix-huit ou vingt deniers pour cent par chacun an, > au moyen d'un prêt de 488,726 livres 19 sols 6 deniers qu'il obtint (22 décembre) de la ville d'Anvers, il retira 53 obligations données à divers marchands \ Pour cette augmentation crengagère, il flt à cette ville une nouvelle cession des droits quelle avait reçus en garantie en 1521 *, Enfin, le 17 janvier 1532, il partit de Bruxelles \ emportant 300,000 écus tfor
• DE Reiffe.nberg, 1. c, 345, 364, 372, 376.
' Itinéraire précité.
' CompUMie J. Micault (n« <888).
^ Le 9 mai 4644, ces droits furent définitivement cédés à la \1lle d'ADvef? pour une somme de 40,000 florins, au delà des 80,000 qui lui étaient dus* titre des deux engagères précédentes. Rapport sur les octrois, 32.
' Den 17 january, op Sint-Anthonis dach, anno 1534, stilo Hollandis, esdf Keyzerlickc Majesteyt des achtermiddachs, ten drie uren uyt Brussel geache>'den naer Duytslant mit groto drucke. Reg, Aert Van der Goes, ad ann. 15W { V. S.), 337. — Histoire de Bruxelles. - Le Petit.
« qu'il avoit ordonné de lui fournir pour son voyage \ » et escorté par cent cinquante hommes d'armes des bandes d'ordonnances, qui l'accompagnèrent jusqu'à Ratisbonne; il n'emmena pas d'infanterie parce que , vu la saison , elle lui aurait causé plus d'embarras que rendu de services ^. Après s'être arrêté à Maestricht, où il tenta vainement d'aplanir les difficultés soulevées par la bulle impériale du 1" juillet 1530, il arriva, le 23, à Cologne ^ Il fallait toute la gravité des événements qui agitaient et menaçaient l'Allemagne pour l'obliger à quitter en ce moment les Pays-Bas. En effet, les rapports de ces provinces avec le Nord s'aigrissaient chaque jour davantage ; les dispositions de la France, de l'Angleterre et de la Gueldre devenaient de plus en plus hostiles , et h l'intérieur grondaient de redoutables murmures.
Le nouveau roi de Danemark et les villes vandales s'étaient vengés du concours que les Hollandais avaient prêté h l'expédition de Christiem, en leur fermant définitivement le Sund, et en délivrant des lettres de marque h de nombreux corsaires. Pourtant, quoique vivement excité à la guerre par les Lubeckois, Frédéric de Holstein hésitait encore, lorsqu'il apprit que son compétiteur, jeté par la tempête sur les côtes de la Norwége et bloqué dans Anslo, avait reçu d'Amsterdam des armes et des munitions. A cette nouvelle, il ne garda plus de ménagements, et les Hollandais ne conservèrent guère
• « A Tempereur, lequel a ordoDoéluy furnir pour son voyage d*AlIemaigne, iij * mil escus d'or. » Revenits et dépenses de Charles-Quint, ad ann. 45.31. — Le 44 novembre 4531, les états de Brabant l'avaient autorisé à vendre jusqu'à concurrence de 4,000 florins de rente. Acten van de dry staeten van Brabant . Registre dit Grauw Boeck aux Archives du royaume.
» Lettre de Charles-Quint à Ferdinand, du 6 décembre 4534. Correspondenz, I. 622.
' Lettre de Charles-Quint, du 26 janvier 4532. Ibid., 668.
des relations qu'avec les villes de Dantzig, Riga et Revel, où ils se rendaient, parait-il, par le Belt, non sans être exposés aux attaques des Lubeckois et de leurs alliés '. Il ea résulta une hausse énorme dans le prix des grains, et des milliers d'ouvriers et de matelots se trouvèrent sans ouvrage. Les états de Hollande, effrayés de cette situation, envoyèrent des députés à Frédéric et aux villes de la Hanse, pour s^excuser de la part prise par eux à l'expédition de Christiem, et des infractions commises par des particuliers aux ordres interdi* sant toute communication avec ce prince. Ils pressèrent Marie de Hongrie d'intervenir pour apaiser ce différend, et cette princesse s'y montra d'autant plus disposée que son frère lui avait recommandé d'aplanir le plus tôt possible ces périlleuses difficultés. Elle proposa aux villes hanséatiques de discuter à l'amiable les griefs des deux partis; et, après de longs préliminaires, on convint d'ouvrir de nouvelles conférences à Hambourg, le 2 mai 1S32 ^.
Le conseiller de l'empereur Joos Aemsoen Van der Burch, adjoint par celle princesse aux députés des états de Hollande, était chaîné de déclarer au congrès que le gouvernement des Pays-Bas ne reconnaissait pas au roi de Danemark le droit d'interdire aux sujets de c^s provinces la navigation dans les mors du nord, cl d'ailleurs qu'on ne lui avait donné aucune occasion légitime d'hostilité. Si Frédéric opposait à cette déclaration les secours fournis h Christiem, cet envoyé devait représenter que les armements dont il s'agissait avaient été préparés h l'insu de l'empereur et contre le gré des Hollandais, qui, pris au dépourvu, n'avaient pu s'y opposer '. Mais il ne
' \V\r,E.\AAR.
' Ibid. - Le Petit. VU.
* Insinirfions données à J. A. de Ftourch. précitées.
CONVENTION DE COPENHAGUE. Iî$
fut pas permis à Van der Burch de développer cette thèse. Les Lubeekois influèrent de telle façon sur l'esprit de Frédéric de Holstein qu'il ajourna ( 17 avril) la réunion de Hambourg, et convoqua les parties litigantes à Copenhague, pour le 24 juin suivant, sous prétexte de présider lui-même aux conférences '. Dans l'entre-temps, les interdictions imposées au commerce des Pays-Bas furent maintenues et appliquées avec une extrême rigueur aux Hollandais. Lubeck et Hamboui^ voulaient à tout prix étouffer une concurrence fatale à leur ancienne prospérité. Elles cherchaient tout à la fois à se fortifier dans les mers du nord et à ruiner la marine des Pays-Bas, par rémigration des matelots que la misère chassait de leur patrie. Quant à Frédéric, il comptait profiter de ce délai, pour écraser Christiern et se régler ensuite d'après la marche des affaires de l'empereur en Allemagne ^. A peine les commissaires envoyés à Hambourg étaient-ils de retour h Bruxelles, que des corsaires lubeekois enlevèrent, sur les côtes de la Zélande, un navire d'Edam revenant de Lisbonne avec une cargaison de sel ', et l'on apprit coup sur coup la capture d'un navire de Leyde chargé de draps fins, d'étain et d'autres marchandises anglaises; d'un navire d'Amsterdam arrivant des contrées occidentales; de bateaux pêcheurs de la Vere, de Scbiedam, revenant de la pêche de la morue. Ces derniers furent enlevés à l'embouchure de la Meuse, et une foule de croiseurs bloquèrent le Texel *.
C'était la guerre, et une guerre désastreuse pour les Pays-
* Beg. Aert Van der Goes, 477, 479, 480.
* Instructions données à maître Abel de Coestre, conseiller, et Pierre de Saint-Pierre, secrétaire de la cour de Hollande, envoyés à la reine régente par le comte d'Hoogstraeten, 44 mai 4532. Archives du royaume.
' Wagenaar. — Lb Petit.
* Instructions données à Abel de Coestre et Pierre de Saint-Pierre.
f6 RÈGNE DE CHARLES-QUINT EN BELGIQUE.
Bas. Aussitôt leurs relations avec TAngleterre, la France, TEspagne, le Portugal se trouvèrent compromises ; beaucoup crindustries, privées de matières premières, chômèrent; la Hollande et la Zélande, qui, « ayant peu de terres et beaucoup d'habitans, » subsistaient du commerce et de la pécbe, étaient menacées d'une ruine complète. Aussi le comte d*Ho(^traeten exposa-t-il à Marie de Hongrie que si Ton n'apportait un prompt remède à cette situation, ces provinces, accablées par la famine, en proie à une\)ffreuse misère, «^se donneroient h un autre seigneur. » Déjà une foule de Frisons étaient passés au service de Lubeck, et des milliers de matelots, condamnés à l'inactivité, étaient près de suivre leur exemple. On ne recevait plus de blés que par Brème , et la rareté des arrivages avait fait monter le prix du tonneau de seigle à 46 florins d'or. L'inertie du gouvernement exaspérait les esprits, et bientôt Amsterdam se confédéra avec les villes du Waterland et de la Frise, pour se rouvrir les mers par les armes.
Courir les chances d'une lutte avec le Nord, au moment où les Turcs menaçaient rAllemagne, et les protestants l'empereur, était « matière d'autant plus perplexe » que, suivant toute apparence, Frédéric de Holstein et Lubeck avaient fV)nné des alliances avec le roi de Suède et le grand maître de Prusse, peut-être même avec les rois de France, d'Angleterre et d'Ecosse \ Ruinés par les guerres et par les inondations, accablés de chaires publiques ^, désolés [mr la famine et par la peste ^, les Pays-Bas étaient incapables de grands
' Instructions précitées.
' Ibicl.
' En 1532, elle règne à Gand, à Bruges (Lettres de Charles-Quinl, des 47 ef 20 décembre 4532. Correspondenz , II , 44 , 43- , à Luxembourg (Bulletins de
eflbrls, et quant h Charles-Quint, ii était hors detat de les aider. Ces graves questions furent agitées dans une réunion des états de Hollande assemblés à La Haye ; ils reconnurent que l'union d'Amsterdam « étoit matière difficile, » et qu'il était impossible de commencer les hostilités sans l'appui de l'empereur. Ils ajoutèrent toutefois que cette querelle intéressait le pays entier, et qu'il était du devoir du prince de défendre et de protéger ses sujets. Les Hollandais proposèrent alors de saisir les personnes et les biens des Lubeckois et de leurs adhérents se trouvant dans les Pays-Bas, et de leur interdire tout commerce dans ces provinces. Cette proposition fut appuyée par le comte d'Hoogstraeten ; il fit remarquer que l'importation des bières procurait de grands bénéfices aux Hanséates , et que la prohiber serait tout à la fois leur causer un grave dommage et favoriser l'industrie du pays. H engagea la régente à sommer Frédéric de mettre un terme à cet état d'hostilité que rien ne justifiait, ou du moins de permettre qu'en attendant l'ouverture des conférences de Copenhague, les Pays-Bas recouvrassent la liberté de naviguer dans rOislland, sous la condition de ne servir en aucune manière les projets de Christiern. Il conseilla aussi de ne rien négliger pour désunir Frédéric et Lubeck , et pour gagner h la cause des Pays-Bas le roi de Pologne, la ville de Dantzick, tous les états en un mot qui avaient des intérêts communs
la commission d'histoire, XI, Î25. — La contagion fut si tioraicide à Luxembourg que les autorités se réfugièrent à Arlon. Compte de J. de Laitre, f® xv), et dans le comté de Namur (« Pour ce que l'on a defTendu tenir ladite feste de Harbatte Tan de ce compte, pour cause de la maladie contagieuse de peste rengnant grandement en le comté de Namur et pays à l'environ. »» Compte de Henri de Lespinée. seigneur de Somraaing. f» iiij x% xv v© (no 3297), aux Archives du royaume.]. — Pendant dix mois le service des « nefs marchandes » de Namur a Dînant et à Huy fut interrompu. Ibid.
avec ces provinces. Si Ton échouait, s'il fallait recourir aux armes, le comte était d'avis cTenvoyer dès troupes et des navires à Ghristiern, qui occupait plusieurs ports de la Norwége et pouvait causer d'énormes doounages à la marine ennemie. Le maitre d*hôtel de ce prince^ Henri Danners, alors prisonnier en Hollande, assurait que son maitre était disposé à se contenter de la Norwége et à céder ses autres états à son fils; il importait de profiter de ces dispositions pour s'emparer de Copenhague et d'Ëlseneur. En cas de succès, l'empereur conserverait ces villes en garantie des indemnités dues à ses sujets, et ne s'en dessaisirait qu'après avoir assuré la liberté de navigation au commerce des Pays-Bas.
Marie de Hongrie, au début d'une administration marquée par des embarras de toute espèce, reculait devant des moyens coercitifs propres à entraîner son frère dans de nouvelles guerres, à fournir peut-être à la France l'occasion de laver la honte du traité de Cambrai, lorsqu'un nouvel envoyé du comte vint lui exposer la nécessité d'une prompte décision. En effet, les états de Hollande réclamaient, à grands cris, ta saisie des biens et des personnes des Hanséates, < gens de telle nature, disaient-ils, que, sans righeur et menaches, l'on n'y peult rien faire avec. Ils ne sont flectibles, quelques belles parolles qu'on leur puist donner, et pourtant, comme chacun dit, c'est une superbe naeion laquelle n'a gaires de puissance. » D'Hoogslraelen jugeait des représailles indispensables, et voulait interdire aux marchands des Pays-Bas toute navigation dans les mers de l'est, pour ne pas fournir aux Hanséates l'occasion d'augmenter leurs forces par de nouvelles prises. Il insistait surtout sur la nécessité de ne pas séparer la cause de la Hollande de celle des autres provinces. Enfin, pour oter tout prétexte d'ajournement des conférences, il
pressa la reine d'envoyer sans délai des députés à Copenhague, et d'armer dans Tentre-iemps quarante navires de guerre. On occuperait de la sorte une partie des marins déjà disposés à la révolte, et Ton serait en mesure de commencer sur-le-champ la guerre, si les conférences n'aboutissaient pas. Amsterdam et la plupart des villes de la Hollande étaient disposées à pourvoir aux frais de cet armement. Suivant l'occurrence, on soutiendrait Christiern, ou l'on agirait directement au nom de l'empereur. Dans la première hypothèse, chaque navire porterait 40 marins et 40 soldats; après avoir pui^é la mer, cette flotte cinglerait vers Travemunde, obstruerait l'embouchure de la Trave, en y coulant trois ou quatre vaisseaux, et empêcherait ainsi les Lubeckois de déboucher dans la Baltique avec de gros bâtiments. Ensuite, elle irait jeter les troupes de débarquement sur les points indiqués par Christiern, et reviendrait charger à Dantzick les denrées et les marchandises les plus indispensables aux Pays-Bas. bans la seconde hypothèse, la flotte, montée seulement par des marins (120 par vaisseau), courrait les mers pour détruire la marine des ennemis et ruiner leur commerce; elle reviendrait également par Dantzick, après avoir fermé le port de Travemunde. Le comte terminait son rapport en représentant à la reine la nécessité d'agir avec promptitude et énergie ; sinon la révolte était inévitable : le blé manquait absolument, et les pauvres mouraient de faÀm. La Hollande était résignée à tous les sacriflces; mais il lui était impossible d'agir seule, et le devoir ainsi que leur intérêt devaient déterminer les autres provinces à la seconder ' . Cédant enfin à ces pressantes instances, la régente mit l'em-
• Instructions données à Abel de Coestre et Pierre de Saint-Pierre.
iO RËGNE DE CHARLES-QUINT EN BELGIQUE.
bargo sur tous les navires de la Hanse en relâche dans les ports des Pays-Bas ; Danlzick, Brème, le pays de Ditmarschen, qai étaient favorables aux Pays-Bas et y envoyaient journellement des blés, furent seuls exceptés de cette mesure. Satîsfiûts de ce commencement de représailles, les états de Hollande proposèrent aussitôt d armer quarante vaisseaux de guerre, montés par 4,000 hommes ; ils demandèrent même qu'on porU\t cet armement à soixante vaisseaux et à 8,000 soldats. Ils voulaient une lutte h mort : périr ou anéantir leurs ennemis \ Il était impossible îi Charles-Quint de rester indifférent à cette situation ; alarmé par les rapports de sa sœur, il consentit à payer la moitié des frais de cet armement, « à condition qu'on ne feroit plus difficulté de Faider dans ses besoins. » Les villes hollandaises en prirent un quart à leur charge, et ion compta couvrir le reste par les prises. On travailla avec tant d ardeur à l'équipement de la flotte, qu elle fut prèle à mettre en mer avant le départ des députés de la régente envoyés à Copenhague (10 juin)^ Cette énerçfique démonstration leur permettait de prendre un ton plus élevé, et ils furent chargés de se plaindre hautement de la violation du traité de 1 523, trîiité qui ne pouvait être rompu que six mois après avoir été dénoncé, tandis que Frédéric de Holslein avait brusqnenjent fermé le Sund, mis embargo sur plusieurs navires, arrèt4'^ des matelots, et forcé les prisonniei's à servir sur ses vaisseiuix. Les Lubeckois, qui l'avaient instigué sans doute, disaient les instructions de Marie de Hongrie, s'étaient empressés de suivre son exemple, et avaient arboré leur pavillon sur les navires enlevés aux marchands des Pays-Bas. l/<*mpereur était donc en droit d'user de représailles, de
' WAGKN.wn.
' Ibui. — Le l*fcTiT.
s'emparer des propriétés et des personnes de ses ennemis, et même de vendre leurs biens pour dédommager ses sujets de leurs pertes. Mais il désirait suivre jusqu au bout la voie de la modération, et il consentait à lever les saisies ordonnées dans les Pays-Bas, à la condition d obtenir indemnité pour les pertes de ses sujets, restitution de leurs navires, liberté de la navigation. En revanche, il s'engagerait à n'entretenir aucune commiviication avec la Norwége, occupée par Cliristiern, et h admettre dans le traité tous les alliés de Frédéric de Holstein. Si ces propositions étaient repoussées, si Ton élevait la prétention de limiter la navigation à un certain nombre de navires, et de refuser aux Pays-Bas une entière liberté, forcé de défendre ses sujets, il était décidé à les dédommager par la vente des biens saisis, et à seconder de tout son pouvoir lentreprise de son beau-frère. Les députés avaient ordre de n'admettre aucun retard, et de se retirer si, dans un délai de treize à quatorze jours, le différend n'était pas vidé \
Lorsqu'ils arrivèrent à Copenhague, Christiern II avait cessé d'être redoutable ii Frédéric de Holstein ; les affaires de l'empereur prenaient une tournure favorable, et déjh des vaisseaux des Pays-Bas avaient paru sur les côtes de la Norwége et du Danemark. Aussi ne fut-il pas difficile de détacher Frédéric de ses alliés, et les Lubeckois virent bientôt les autres villes de la Hanse déserter également leur cause. Les anciens traités avec le Danemark furent renouvelés (24 juin 1552)^, et les Hollandais s'engagèrent à ne fournir aucun secours à Christiern. De part et d'autre toutes les prises furent restituées, et les saisies levées. A cette nouvelle, la joie
' Instructions données à ces ambassadeurs. Archives du royaume. * Instructions données aux commissaires envoyés au congrès de Hambourg, février 1534 Stcuitspapiere, 137.
la plus vive éclata en Hollande; une forte baisse se déclara dans les prix des denrées et des marchandises provenant du Nord. Ainsi, le blé descendit de 46 florins d'or le tonneau à 22; le goudron de 50 florins à 13 \ Cette joie toutefois fut de courte durée. A l'instigation des Lubeckois , Frédéric exigea des Hollandais une indemnité de 300,000 florins pour les mesures de défense qu'avaient nécessitées leurs armements, et l'aigreur de ses réclamations ne tarda pas à ranimer les débals ».
Ces démêlés, funestes surtout h la Hollande, avaient réagi fâcheusement sur les autres provinces. Si certaines branches de commerce, si des débouchés perdus pour les Hollandais, étaient échus aux marchands d'Anvers et de la Flandre; si la rareté des arrivages de bières du Nord avait donné du développement aux brasseries du pays, une foule d'industries souffraient de la cherté ou de Tabsenoe complète de matières premières, et le prix élevé des grains avait poussé les populations au désespoir. Depuis le 14 septembre 1531, l'exportation des blés avait été prohibée', et cette mesure n'avait en rien diminué le mal. Aux murmures* succédèrent bientôt les émeutes. Les troubles de Liège avaient eu du retentissement, et des mêmes causes sortirent les mêmes effets. A Gand, vers le jour de la Décollation de saint Jean-Baptiste, une grande fermentation se manifesta dans le peuple, et dix-sept ou dix-huit individus furent arrêtés
• Wage>aar — Le Petit. — » Wacenaar.
' Compte d'Antoine de lierghes (n* 15209), f*" xxv et suiv.
^ » Payé auxdits bailly et sergens, pour avoir prins Colin de Smedt poar aucunes parolles injurieuses, par luy prononcbiées à cause des mandemens publiés de par l'empereur touchant la vendicion du bled au plat pays, et pour ce banny hors iaditte ville et chastellcnie iij ans sur ung membre. • Comptede Louis de Gbislelles. précité (n« 13822), de 4532-4533, P» xvj ••.
SOUS rinculpation d'avoir projeté le massacre des marchands de grains. Quatre d'entre eux furent décapités, « dont Tung d'iceulx estoit fournier, et voulut donner 300 livres de gros pour sauver sa vie ; toutefois, il fut exécuté comme les aultres. » Si rigoureux qu'il fût, cet acte de répression ne rétablit pas le i^lme. « Depuis che, se mutinèrent encore. Ils avoient proposé de tuer la justice, laquelle chose ét^nt venue à sa congnoissane^ y en eult iiij, le ix* jour de septembre, après disner, qui ftirent prins, ausquels on coppa incontinent la teste : laquelle chose ne avoit point esté veue d'homme vivant, car Ton coppe tousjours les testes du matin *. » D'autres conjurés parvinrent à s'échapper, suivant des lettres de la gouvernante (!*' septembre 1532), ordonnant au souverain bailli de Namur de poursuivre et d'arrêter les fugitifs de Gand qui se retireraient sur le territoire de ce comté ^
A Bruxelles, les troubles eurent plus de gravité. Comme à Gand, sans doute, Tirritation produite par les empiétements de l'autorité souveraine n'y fut pas étrangère : les métiers s'y étaient vu arracher graduellement un pouvoir conquis après de longues luttes contre les familles patriciennes *, et si les événements avaient rendu impossible toute résistance au règlement de 1528, il était cependant facile de s'apercevoir que le ressentiment n'était pas éteint. En 1531, d'imprudentes mesures vinrent le raviver. Les receveurs, nommés, en vertu du nouveau règlement, par le souverain et par les patriciens, établirent, sans le consentement des nations, une taxe sur le
■ Le$ grandes Histoires de Haynau, de sire Jea.n le Fbvre, prebstre. Maoïisciit de la bibliothèque du roi à Paris. Extrait donné par M. Gaciiaro, BuUetîDS de la Commission royale d'histoire, V, 362.
■ Compte d'Antoine de Bergbes ( n» 45240), f» xv •«.
■ Voir His/otre d$ Bruxelles.
ai HÊGNE DE CHARLES-QUINT EN BELGIQUE.
grain et sur le pain , et augmentèrent les droits sur la bière. Ces impôts firent éclater l'orage et, le 29 septembre, pendant la procession de la Saint-Michel, à laquelle assistaient tous les membres de la commune, les métiers s'arrêtèrent tout à coup en protestant contre Tarrêté des receveurs. Il s'ensuivit un grand tumulte, et ils ne se remirent en marche dans le cortège qu'après avoir reçu la promesse d'une enquête sur cette 'affaire. Charles-Quint, alors à Bruxelles, soumit la réclamation des métiers au conseil privé, qui leur donna une demi-satisraction : l'impôt Tut maintenu, mais avec défense de le lever hors le cas de grande nécessité et sans fautortsation du gouvernement. En même temps, il fut enjoint à Tamman de poursuivre les perturbateurs de l'ordre (16 octobre 1531). Les nations se plaignaient aussi de la mauvaise administration des biens de la ville, dont les revenus, malgré la présence de la cour, ne s'étaient nullement accrus. Ils attribuaient ce fait anormal à l'insuffisance de receveurs, d cette opinion fut partagée par les commissaires chargés d'examiner leurs plaintes, qui proposèrent de porter à six le nombre de ces fonctionnaires : deux patriciens et quatre plébéiens. En accordant cette concession aux métiers, le gouvernement trouva l'occasion d'agrandir son influence sur l'administration communale. D'après les conclusions de ses commissaires, les lignages étaient tombée en une telle décadence, qu'il ne se trouvait pas vingt et un patriciens aptes à former la liste des candidats à la magistrature, et un placard du 16 avril 1332 décida qu'à l'avenir l'échevinage ne serait plus exclusivement réservé aux membres des lignages, mai? serait conféré à tout^ personne noble '.
' Sopitur quantocius motus Caesare qui istbic erat . vectigal tanquam miquum iraprobanle. Chapeai ville, III, 347. — But. de Bruxelles, h M-
L'année suivante (1332), le prix élevé des grains et de nouveaux règlements sur la vente des céréales émurent le peuple ; bientôt il ne se borna plus aux murmures. Le 5 août, vers midi, un rassemblement considérable se forma aux environs de la halle aux blés, et la populace envahit la maison d'un Malinois, nommé Jean Morre, qui était signalé à la vindicte publique comme accapareur. La dévastation fut complète, et Jean Morre, arraché de sa demeure, traîné jusqu'au cloître des récollets, accablé d'injures et de coups. Plusieurs maisons, entre autres celle du boulanger de la reine, maître Berthout, subirent les mêmes dégâts sans que personne tentai de s y opposer. Lorsque enfin les magistrats ordonnèrent au lieutenant amman , Jean Van Waelhem, de dissiper les rassemblements, ils étaient devenus si formidables qu'il fallut y renoncer. Alors on se borna à fermer les portes de la ville pour empêcher les campagnards de se joindre aux pillards , et les serments furent appelés aux armes. En ce moment Marie de Hongrie revenait d'une partie de chasse. Elle se courrouça surtout contre la mollesse du magistrat, et envoya sur-le-champ quelques hommes d'armes reconnaître l'état de» la ville. Le tumulte grossissait, et il dura toute la nuit ; mais le lendemain, l'araman Henri de Witthem, se mit à la tête des serments, dispersa les émeutiers et en arrêta quatorze ou quinze. Cet acte de vigueur imposa h la multitude, et la tranquillité se rétablissait, quand des prétentions de la reine rallumèrent la sédition.
Marie de Hongrie exigea qu'on lui remit les prisonniers, pour les faire punir comme coupables de lèse-majesté, et cet ordre, contraire aux privilèges de la commune, jeta les magistrats dans une grande perplexité. Opposer un refus à la demande de la reine, déjà mécontente de leur conduite, c'était
iO HÉGNE DE CIIARLES-QUINT EN BELGIQUE.
encourir sa colère; y accéder, c'était exciter la fureur du peuple. Dans cette alternative, ils cherchèrent un atermoiement et demandèrent un délai jusqu'à deux heures de Faprèsdinée. Mais à peine eut-on connaissance des exigences de la régente, que l'agitation qu'il y avait dans les masses, gagna les corps de la bourgeoisie. Comme les officiers chargés de recevoir les prisonniers sortaient du palais, un boui^eois les accosta et leur conseilla de se retirer au plus vite, s*ils ne voulaient pas s'exposer à un mauvais parti : < Le peuple, leur dit-il, ne permettra pas que les pillards soient distraits de leurs juges. • En effet, les serments et les métiers se prononcèrent dans ce sens, et l'émeute Tut bientôt générale. Une troupe d'hommes armés de piques et de bâtons, conduile par un nommé Berthoud Beeckmans, assaillit l'hôtel de ville en criant : « Rendez-nous les prisonniers! Tuez! Tuez ' !» Les portes furent enfoncées, les détenus déUvrés, et Tamman, les bourgmestres , les échevins ne se dérobèrent que par une prompte fuite à la rage des assaillants ^.
Étonnée de l'extension que prenait cette affaire, la rdne envoya aux métiers Antoine de Berghes et le seigneur de wSempy ^, pour leur exprimer sa douloureuse surprise, et les
• •• forst van Bcrtclen Beeckmans, die van den jersten van der commoUeo was, en smeot vj • aiigiisty des achternoenens, opde poerte van de stadUiays, met zynder javclyn ende stack ende riep : Laet onse gevange buyle. Slaet doo(, slai't doot.
" Van Louys Coppens , die hom selven pensionaris van den muytmadDers maecte doende, bel woordt voer hen lyeden, seggende en gaende van dfien amhachts camere totter andere :Goede mannen^wy willen onse gevaDgenbujt hebben, en willen wy niet (die métier gemeynten sy willen die stekeo hen vingeren oppe;) en die metten heeren syn willen die steken ben vingeren neder, die daer om opde merct metten sweerde geexecuteert wordden daer om alhier. nvet » Compte de l'amman Henri de Wittbem (n» 12707), précité, f* j etij.
* Histoire de Bruxelles.
' Antoine deCroy, seigneur de Sempy, de Tours-sur-Marne et de SaiDt-Piat.
TROUBLES DE BRUXELLES. i7
assurer de son intention de redresser leurs griefs. Ces deux seigneurs trouvèrent les nations exaspérées; dirigées, paraît-il, par Louis Coppens et Mathieu de Waelsche *, elles exigèrent qu'on leur remît un domestique de la cour arrêté la veille en flagrant délit de pillage, par les hommes d*armes et conduit au palais. C'était la contre-partie des prétentions de la princesse : elle avait réclamé des inculpés justiciables des magistrats, les métiers réclamaient un inculpé justiciable du prévôt de Thôtel. A neuf heures du soir, trois confrères des serments, escortés par des bourgeois «armés etembastonnés, »• se présentèrent au palais, porteurs des réclamations de la commune. Outre la remise de ce prisonnier , elle demandait une nouvelle promulgation du règlement de 1 509 renouvelé en 1523; le rétablissement des pouvoirs conférés, h cette époque, aux receveurs; labolition des offices de second bourgmestre et de conseiller; la réduction des traitements du premier bourgmestre et des échevins à l'ancien taux, avec défense de rien exiger pour l'administration de la justice ; l'annulation des pénalités établies parles ordonnances de 1517 et de 1518, et de tous les nouveaux règlements sur la vente des grains. Admis devant la reine, les députés, tout en réprouvant l'émeute, exposèrent l'objet de leur mission et la pressèrent d'accueillir leurs demandes. Après avoir éclaté en reproches, Marie de Hongrie» avertie des dangers d'un refus, suivit l'avis de son conseil, et invita les députés à revenir le
Deoond fils du prince de Chimay. l\ est la souche des princes de Solre. — 11 était fort aimé de Marie de Hongrie, qui fit peindre son portrait, en 4534, par Bernard Van Orley. Compte de Jean de Ghyn. M. Gacbard, Rapport êur les Archives de Lille, 265.
• « Item, 3« september, betaelt om te examineren Louys Coppens, die penstooar geweest hadde van den muytmaekers, en Matbeeuse Dewalssche, die booghe woerden gespreken hadden. » Compte de H. de WlUhem, f* xxj t«.
lendemain lui présenter leurs réclamations par écrit. Celte réponse satisfit les métiers ; la fouie se dispersa et le calme reparut.
Ce n*était qu un temps d'arrêt. Dans la matinée du 7, la commune reprit les armes, et les délégués des métiers, de concert avec les receveurs, rédigèrent une requête exposant les réclamations présentées la veille à la régente. Ils insistèrent particulièrement sur la suppression des dispositions r^lementaires interdisant aux nations de délibérer en commun sotis la cmrotme. Marie de Hongrie prétendit d'abord n'avoir pas autorité pour statuer sur ces demandes, et se borna à promettre de les appuyer près de l'empereur. Il s'ensuivit une vive discussion, dont le bruit se répandit en ville et réveilla le tumulte. La maison du lieutenant-amman fut pillée, dévastée, et de plus grands désordres étaient imminents, lorsque la reine se résigna h céder. Le magistrat s'empressa de publier Tacte qui admettait toutes les demandes des nations, et les compagnies iHjurgeoises, courant aussitôt sus aux pillards, rétablirent promptement l'ordre. Les centeniers et les dizeniers, supprimés par le dernier règlement, avaient repris leurs fonclions, et ils coopérèrent si activement à ce résultat, qu'une ordonnance du 3 septembre enjoignit aux centeniers d'assister au conseil de la ville, et prescrivit aux dizeniers et aux autres bourgeois de leur prêter main-forte.
Le lendemain matin, les nations reprirent possession de leur couronne, et l'amman et le magistrat annoncèrent à la reine qu'ils allaient procéder au châtiment des coupables. Trente-huit à quarante pillards furent arrêtés et jugés immédiatement; pour prévenir tout nouveau désordre, les portes de la ville restèrent fermées ; les postes furent doublés ou augmentés et le gouvernement ajouta douze hallebardiers à
la garde de ramman '. Louis Coppeiis el Mathieu De Waelsclie furent appliqués à la torture *, et le premier paya de sa tête (6 septembre) rhonneur d'avoir été nommé pensionnaire durant les troubles \ Les jours suivants, d autres exécutions eurent lieu en présence de délégués envoyés par la reine, à la demande des nations, et la potence resta dressée jusqu'au 4 octobre \ En outre, plusieurs pillards furent pendus dans
' Histoire de Bruxelles.
• Item, betaelt tweelf hallebardiers, die deD voerschreven amman syn le onderboudeD beghinnen den xvj daghe van oighst lesUeden totten ixiij daghe van decembri lesUeden exclu ys, oni dagelyckx by hem le zyne ende hem te dienen en te assisteren, om te zekerlyker te mogeu procederen ende corrigereu die ghene die de comotie ende de pileringhe voeris gekeert hadden, ende oyck tôt versekerheyt van zyn perseone. » Compte de H. de WiMhem , P> xxiij.
" Voir note i , page 27.
^ « Item, betaelt vj september, om op de merci metten zweerde te executeren, Louys Coppens, die pensionnar was, ende ambacbten tôt comotien vertbercke. » Compte de H. de Witthem, f» xxj ▼«.
• Histoire de Bruxelles,
En van Janne Hommes ende Peeteren Van den Home, geheeten Granken, die in de Pondermert ende lot lieutenant gepileert hadden, die daerom geduempt waren metten zweerde oft baste, ter belielten van den amptman geexecuteert te wordden, ende dyen navolgende metten zweerde op te merci geexecuteert syn geweest, daer om alhier niet. — Item, van Bastiaen de Zagere, Bertelroeeus Ghilbeerts, van Vyanen, ende Henrick Lammerdonck, geheeten Tantcruywagene, die in de Pondermerct gepileert hadden, die daer om op de merct metten batse geexecuteert waren, daer om alhier nyet. — Item, van Gielen, silversmet, ende Janne Vanderzyen, die oyck in de Pondermerct en lot Bertelemeeus pastenbeckers gepileert hadden, die daer om op de merct metten baftta geexecuteert wordden , daer om hier nyet. — Van Lanceloot Van den BtHChe ende Peeteren De Vriese, die insgelyckx in de Pondermerct gepileert badden, ende die comotie hadden hulpen maeken, die dair opdie merct metten sweerdp geexecuteert wordden, daer om alhier nyet. » Compte de Henri de Witthem, f»«jet j»».
• Item, xvij* augusti, om metten zweerde te executeren op de merct, Bertelen Beeckmans. die van den jerst was die op der stadhuys smeten, Janne Hommes eode Peeteren Van den Home geheeten Granken. » Ibid., (*" xx «<>.
« Item, XX* augusti, betaelt om op de merct metten baste le executeren VL 2
la cour des bailles du palais \ et les campagnes qui avaient fourni leur contingent à Témeute , le fournirent également à réchafaud. Un épisode touchant poétisa ce sombre drame. Un jeune ouvrier d'une papeterie établie à Linkenbeek avait été pris parmi les pillards et condamné à mort. Livré au maire de Rhode, et conduit au lieu du supplice, il fut sauvé par une jeune fille qui vint, les cheveux épars et la tète couronnée d'épis de la nouvelle récolte, demander à l'épouser '.
Cependant, Marie de Hongrie s'était empressée d*informer son frère de ces troubles, et de lui envoyer copie de la requête des métiers. La réponse de Charles-Quint ne se fit pas attendre : il ordonna à la régente d'infliger un blâme sévère au magistrat, de poursuivre avec rigueur la commune, et déclara nulles et non avenues les concessions faites à l'émeute. La reine se retira aussitôt à Binche, et les bandes d'ordonnances de Gavre et d'Aerschot s'approchèrent secrètement de Bruxelles, où le mécontentement continuait h se
Bastiaen de Zagere van Stockele: Bertelmeeus GhilbeeHs, Gheeslants van Vyanen, en Henhck Van Lammerdonck, die in de Pondernjerct gepileert hadden. » Ibid., f" xxj.
n Item , om ten selven dage op de merci metten zweerde te exwrulereo bastiaen Van Coudenberghe, die toi lieutenant gepileert hadde. » Ibid.
« Item, betaelt ten selven dage {ti août), om Gielis, silversroet, en Janne Van de Velde te examineeren, die gepileert hadden. » Ibid
m Item, xxiij augusti, betaelt om te examineeren Peeteren De Vriese, dre oick gepileert badde. • lb$d., f<> xxj.
« Item, xxvija augusti, betaelt om op de merctte executeren metten baste. Janne Van der Zyen en Gielis, silversmet, die gepileert hadden. » /Wd., (*nj.
a Item, betaelt om ten selven dage (27) op de merct metten zweenie le executeren, Lanceloot Van den Bossrbe en l'eeteren De Vriese, die gepileert hadden. « Ibid., f° xxj »«.
• Histoire de Bruxelles.
• Auecdota Bruxellensia, Manuscrit précité. — M. Waitebs, Histoire de environs de Urnxelles, III, 339.
manifester par des libelles incendiaires. Le marquis d'Aerschot prit le commandement de ces gens d'nrmes, que d'autres troupes se tenaient prêtes à renforcer \ et leur attitude ne laissa bientôt plus de doutes sur les intentions du gouvernement. Lui résister était impossible : la commune bruxelloise ne pouvait en ce moment tenir tête au prince devant qui Soliman venait de reculer.
Au mois de novembre, le magistrat envoya à Binche une députation chargée de présenter ses excuses à la reine et de lui offrir un faucon blanc coiffé d'un chaperon d'or. A peine l'orateur avait-il pris la parole, quelle l'interrompit et, d'un ton sévère, lui notifia sa résolution de ne s'interposer en faveur de la ville qu'après sa complète soumission. Puis, pour donner plus de poids à cette déclaration, elle se rendit à Mons avec les mandataires du gouvernement. Malgré les périls de la résistance, la commune bruxelloise hésita assez longtemps; ce fut le 7 décembre seulement qu'une nouvelle députation, à laquelle s'était adjoint le pléban de Sainte- Gudule, Martin Gools, se rendit à Mons, munie de pleins pouvoirs pour traiter de sa réconciliation. La r^nle renvoya ces députés à une commission composée de farchevéque de Palerme, du marquis d'Aerschot, du comte d'Hoogstraeten, d'Antoine de Bei^hes, du chancelier de Brabant, Jérôme Van der Noot, et du seigneur de Neufville, trésorier général des finances. Après de longues discussions, le 27 décembre, le projet de pacification fut enfin arrêté.
Le 31, trois éehevins, deux receveurs, deux membres du large conseil , neuf députés des nations et le pensionnaire de
' Compte d'Antoine de Berghes (n» 45209), (• viij.
Bruxelles se présentèrent devant la reine, entourée des chevaliers de la Toison d*or, de ses conseillers, de ses gentilshommes et du magistrat de Mons. La députa tion s*étant agenouillée, le pensionnaire donna lecture d une requête de Tadminislration communale, qui demandait grâce pour son inertie devant Témeute et pour les oiTenses commises envers la princesse. Puis le décret du 7 août fut déchiré, et Marie de Hongrie accorda le pardon, sous les conditions imposées par Tacte de pacification. Le 8 janvier suivant, elle revint à Bruxelles, menant à sa suite plusieurs bannis qu'elle avait relevés des sentences prononcées par la magistrature municipale. Un des boui^mestres, deux échevins, deux conseillers, un receveur, dix-huit membres du large conseil , douze de chaque nation , la reçurent hors de la porte d'Obbrussel (porte de Hal). Depuis cet4e porte jusqu'à l'église de Sainte-Gudule, les rues étaient bordées de bourgeois, pieds nus, tête nue, vêtus de robes noires en signe de deuil et des torches de cire blanche à la main. Le 20, la ville scella la promesse de reconnaître aux ducs de Brabant ou à leurs lieutenants le droit de gracier les homicides ', la juridiction sur les coupables d'attentat aux droits du souverain, et la faculté de relever des sentences de bannissement prononcées par les magistrats. Il fut convenu d'ouvrir une enquête pour déterminer les prérogatives du gruyer, du maître des forêts et d'autres officiers de l'empereur, dont les empiétements sur l'autorité communale étaient , depuis l'avènement de la maison de Bourgogne, une source incessante de difficultés et de conflits. La conjn)une se soumit, en outre, à payer une amende de 4,000 carohis d'or, et renonça à une rente annuelle
' Cette rlaiiFe annulait les chartes dv mevrire oclro}ées par les ducs de Brabant Wenceslas et Antoine de Bourgogne
de 600 écus d or hypothéquée sur le domaine, pour capitaux prêtés à Charles le Téméraire *.
Par lettres du 20 janvier 1S33, Charles-Quint homologua toutes ces mesures et remercia le marquis d'Aerschot de son concours ^. Les poursuites contre les pillards se continuèrent sans relâche jusque dans le mois de mai 1535 \ plusieurs individus périrent encore par la corde ou par le glaive *\
' Déclaration du magistrat (original avec sceau) et sentence de Tempereur. Archives du royaume. - Die nieuwe Chronycke van Urabandt. — Histoire de Bruxelles.
" Archives de la maison de Caroman. Extrait donné par M. Gacbard. Bulletins de la Commission d'histoire, XI, 225.
* Compte de H. de Witthem.
* «« Item , vij • septembr. , belaelt om le examineren Jan Cop, die oick befaempt was van der pielehngen. » Ibid., f» xxj »». — a Item, betaelt xiiij september, om op scbavot te stellen Margrieten Tschooners, Margrieten Ketels en Janne Van der Heyden, die den Mechelere gesroctd hadden, daer buyt die comotie spruyte. — Item, betaelt om xvj septembr., wederom op scbavot le stellen die voerscbreven Margrieten Tscbooners, Margrieten Ketels en Janne Van der Heyden voerscbreven. — Item, xvij • septembr., betaelt om voer de derde reyse op scbavot te stellen Margrieten Kelels. » Ibid. — Item, xx« decembr. gcexamineerl Lanken Horrekens en Gillen de Wene, die beyde pileringbe befaempt waren. • Ibid., !* xxij. — « Van Janne Vanderhoustraten, die tôt lieuten. septima augusli, een geschilderde tafel gepileert badde, die daer om op de merci melten zweerten geexecuteert is geweest, ende oyck gbeen goet en badde, daer om byer, nyet. » Ibid., de 4532-4533, f» ij *•.— « Van Peeteren Chcke, die tôt lieuten. gepileert badde, die daer om op de merci melten zweerde fceexecuteert is geweest. » Ibid., f« lij. — « Van Lucas Moickeman, die lot lieuten. in de comotie gepileert badde eenen tabbaert, die daer om op Flolsenbercb melten baise geexecuteert is geweest. » Ibid., f« iij ▼«. — « Item, xiiij» marcy betaelt, om op de merci melten zweerde te executeren Janne Van der Houstraten, die gepileert badde. » Ibid., f» xxvj. - « Item, x« may betaelt om te examineren Peeteren Cricke, midis dal by gepileert badde. — Item, betaelt xix» may, om metten zweerde te executeren op Flotsenbercb Peeteren Cricke, midts dal by lot lieuten. gepileert badde. » Ibid., (" xxvij. — Item, betaelt ten selven daghe (46 juillet), om te examineren Luycken Moickeman, die gepileert badde. — Item, betaelt, xvij july, om den voerscbreven Luycken Moickeman metten sweerde op Flotsenlx»rcb te executeren. » Ibid., i* xxviij ▼•. — « Item,
beaucoup d'autres furent bannis ^ Marie de Hongrie ne pardonna pas aux serments leur conduite : le 1*' avril 1533, sous prétexte d*abus existants dans leur organisation et d'affi* liation de confrères à plus d*une compagnie, elle ordonna leur dissolution. Puis, on oi^nisa de nouveaux serments où, durant le terme d'un an, « toute personne honnête, notable » et reconnue admissible par les commissaires désignés à cet effet, put être reçue sous la seule obligation de prêter serment au duc de Brabant et à la ville, de s'engager à les défendre envers et contre tous, de payer un droit d'entrée et une taxe annuelle de six sous. Tandis que le gouvernement s'arrogeait ainsi le droit de former ces compagnies de ses créatures, la rentrée des anciens confrères fut soumise à un examen préalable de leur conduite. Enfln, le nouveau règlement conféra au magistrat le choix des tireurs k gages, et la nomination des chefs-doyens annuels. D'un autre côté, les centeniers et les dizeniers , dont l'utilité avait été reconnue, furent légalement rétablis par un édit du 7 du même mois, qui leur remit le commandement des sections et le jugement des différends de peu d'importance entre les habitants de leurs quartiers;
betaelt iiij* septembr., om te examineren Adam Pennickgout , die daer toe gewesen was midts dat by van der pileringen befaempt was. — Item, betaeil Helven dagb, om te examineren Lippen Neefs. » Ibid. f* xxix. — « lerst, vao Peeteren Cricke, die in de Pondermerct baddebulpen pieleren een sistercoe ren3 ende een sack een oorciisse ende drye servietten, dwelck hy al beboudeo badde sonder tselve navolgens des publicatien ter puyen gedaen, binnen derdeo dagbe te restitueren , den selven daer om op Flotsenbercb metten iweerde «eexecuteert. »lbid., de 4533-4534, f» j — « Item, betaelt penultima deoembr. om te examineeren Melsen Van der Meren, alias Crouw, die befaempt was van pileringen. — Item, xviij february, anderwerf geexamineert Melsen Van der Meren, die wedercopen hadde tgene dat hy te voeren bekent badde. » Ibid . de453V-4535, f'xvj ^".
' Histoire de liruxelles.
mais cet élément démocratique resta exclu des conseils de la commune '.
La rigueur déployée contre la commune bruxelloise avait été dictée surtout, par les craintes qu'inspirait au gouvernement la simultanéité de ces mouvements populaires, éclatant sur divers points du pays. Par une politique qui s'est maintenue dans la maison d'Autriche , il s'ingéniait à nourrir la rivalité d'intérêts et de races entre les différentes provinces; en ménageant la Flandre et le Brabant, quand la Hollande exhalait des plaintes menaçantes; en accordant, au contraire, des avantages à ce comté et en réveillant la jalousie des provinces w allonnes, lorsque les lions de Flandre et de Brabant se prenaient à rugir, il retardait une union destinée h devenir la base de notre indépendance. Mais si ces troubles n'avaient pas encore le caractère de l'insurrection, la révolte d'une des grandes communes pouvait produire de graves complications. Malgré les nombreuses atteintes portées à ses privilèges, la démocratie était encore puissante, et l'avenir prouvera qu'elle n'avait rien perdu de son énergie. Ne trouverait-elle pas d'ardents auxiliaires parmi les dissidents exaspérés? Le cri de liberté n'aurait-il pas de l'écho chez les populations de la Frise et de rOveryssel mal assouplies encore à la domination étrangère? Enfin , toute tentative d'émancipation ne serait-elle pas favorisée par les nombreux ennemis de l'empereur, effrayés de sa puissance? Le duc de Gueidre était abattu, non dompté, et le gouvernement des Pays-Bas suivait d'un œil inquiet ses intelligences en Danemark et à Lubeck. La question du divorce de Henri VHI entretenait une aigreur croissante dans les rapports de ce prince avec le neveu de Catherine
• Luysfer van Hrabandt, lîO-123. — Histoire de liruxelles.
ae RÈGNE DE CHARLES-QUINT EN BELGIQUE.
d*Âragon. A la ligue catholique d*Augsbourg, les protestants allemands opposaient d'autres ligues « pour la conservation des libertés du corps germanique, » et, invoquant d'anciens traités, ils appelaient à leur défense les rois de France et d'Angleterre. Les de la Marck n'attendaient que Toccasion de relever la tête, et François I" ne dissimulait plus son impatience de déchirer le traité de Cambrai.
« Ceux qui, par longue expérience, avoient la connoissance des choses du monde, dit Martin Du Bellay, pensoient que le roy ne pouvoit autrement qu'il n'eust quelque ressentiment du traitement que l'empereur luy avoit faict en la rédemption de messieurs ses enfans. » Aux yeux de ce prince, la paix des Dames avait été une concession faite sous l'empire de la nécessité. Le traité était à peine conclu, que, suivant sa coutume, il avait protesté secrètement contre plusieurs articles, entre autres, contre la renonciation à toutes ses prétentions sur le duché de Milan. Cette renonciation était, selon lui, « injuste, injurieuse pour ses successeurs et nulle par ellemême. » Lorsque l'acte de ratification fut enregistré au parlement de Paris, semblable protestation fut rédigée, avec le même secret, par un des jurisconsultes de la couronne \ François I'' croyait- il « qu'en employant un artifice indigne d'un roi , tendant à détruire la foi publique et la confiance réciproque qui sert de base à tous les contrats entre les nations, il était réellement dispensé de toute obligation d'accomplir ses promes>es les plus solennelles et de remplir ses engagements les plus sacrés -? » Il faut le croire, car il ne cessa depuis de redoubler de duplicité et de multiplier ses déloyales intrigues.
' Du Mont, IV, 2' partie. 52.
" POBERT«0> !.. V.
Après s'être ostensiblement réconcilié avec Tempereur, il avait proposé de resserrer leur union par de nouvelles alliances matrimoniales. En renouvelant celte proposition, vers la fin de 1530, il avait oifert de marier le dauphin à la fille ainée de Charles -Quint; une de ses filles, à Finfant don Philippe; le duc d'Orléans, à finfante de Portugal, fille d'Éléonore; le duc d'Angouléme, à une fille de Ferdinand. « Par ces mariages, disait-il, nous n'aurons plus qu'un même vouloir, une àme en deux corps; qui picquetera fung, l'aultre s'en ressentira, et pouvons, nous deux ensemble, mectre la loy telle que bon nous semblera en la chrétienté \ » Mais Charles-Quint était trop habile oiseleur pour ne point éviter les pipeaux; sous celte offre il avait entrevu d'inadmissibles prétentions. Néanmoins, il ne l'avait pas repoussée, et il envoya le seigneur de Prael en France, pour traiter de l'union des deux familles. Seulement, il s'excusa de ne pouvoir unir au dauphin sa fille Marie déjà promise, et demanda la plus jeune des filles de France pour don Philippe. Quant aux ducs d'Orléans et d'Angoulême, comme il avait été question du mariage de l'un de ces princes avec la nièce du pape, Catherine de Médicis, il ne voulait pas, dit-il, contrarier ces projets, et il convenait d'attendre fissue des négociations ouvertes à ce sujet. Du reste, il ne voyait pas d'obstacle au mariage du dauphin ou du duc d'Orléans avec l'infante de Portugal ^ En négociant ainsi, Charles-Quint prenait cependant si peu au sérieux les avances de finfracteur du traité de Madrid, qu'on le vit, dès le 3 avril 1531 , manifester ses défiances et ses
' Papiers d'étal de Granvelle, I, 492-495.
• « Note respoDsive remise, au nom de l'empereur, par le sieur de Recin des Barres, au secrétaire d'état du roi Gilbert Bayard, générai de Bretagne, au sujet des alliances de mariage proposées par le roi. » Ibid., 495.
craintes sur les projets du roi ^ , et que le 2 mai suivant, il recommanda à ses ambassadeurs à Paris de se tenir en garde contre la mauvaise foi ^ Il importait d'user d'adresse; un éclat eût été fort inopportun, au moment où Ton conspirait la perte des protestants ; aussi les ambassadeurs eurent-ils ordre de dissimuler le mécontentement de leur maître, et de < passer sur beaucoup de choses » pour éviter une rupture '.
La mort de Louise de Savoie (29 septembre 1K31) ayant mis le roi en possession de sommes considérables, il en avait sur-le-champ consacré une partie à racheter les terres des Pays- Bas engagées pour sa rançon. Cet empressement fortifia les déflances de Charles-Quint, et lorsque son voyage à Tournai fournit à François I*^ Toccasion d'une demande d'entrevue, il supposa an roi l'intention de réclamer Milan et le comté d*Asti, comme dot de l'infante de Portugal. Aussi déclina-t-il aussitôt la proposition, en alléguant son prochain départ et ses nombreuses affaires ^ François P' fut blessé de ce refus, et au dépit se joignirent des craintes légitimes sur l'accroissemait d'une puissance qu'il avait contribué à élever, en livrant Fltaiie et eu sacrifiant tous ses alliés. L'élection de Ferdinand avait augmenté l'autorité de Charles-Quint en Allemagne; elle tendait évidemment à perpétuer l'empire dans la maison d'Autriche, et elle éUnit devenue un grave motif d'alarmes. Un sentimeiil de crainte perçait chez divers gouvernements et il eût favorisé les vues de la France, si elle avait été en état de recommencer la guerre. Mais, épuisée par les dernières luttes et par les prodigalités de la cour, isolée par la maladroite conduite de son
• Voir la lettre adressée à ses ambassadeurs. Papiers déiat de GranrW/é-, 1,512. — '/fetrf.,533.
' Lettre du 3 avril, précitée.
^ lettre du 26 novembre 4531 . Correspondenz, I, 609.
roi, elle était incapable d'affronter un prince qui dominait alors TËurope. Il fallait donc se borner à lui créer des embarras, h lui susciter des ennemis : pendant que Ton conférait à Paris sur les projets dalliances matrimoniales, François I" entretenait les rancunes de Henri VIII, promettait son appui aux princes protestants, réveillait les espérances de Charles d'Egmont et de Robert de la Marck, poussait à la guerre les villes hanséatiques et le Danemark, envoyait des subsides au compétiteur de Ferdinand, excitait Soliman à venger Taffront que la capitale de TAutriche avait fait essuyer aux armes ottomanes.
L'agitation des Pays-Bas était trop favorable à cette politique, pour n'être point exploitée. Si François I" fut étranger aux troubles de Gand et de Bruxelles, il est incontestable qu'il ne négligeait rien pour les fomenter. On arrêta plusieurs de ses agents, tels qu'un capitaine de Metz, Lyon de Mercroy, qui débauchait des gens de guerre dans le comté de NÉftaur * ; un « personnage qui menoit certaines intrigues, » et des espions français déguisés en prêtres ^. En même temps des rassemblements de troupes avaient lieu dans la seigneurie de Sedan ^. Mais Marie de Hongrie était sur ses gardes. Au premier avis des armements des de la Marck, elle fit mettre le Luxembourg en état de défense * ; Gilles de Sapoigne occupa le château de Minvart, avec ordre de le défendre à outrance ^; les capitaines Lemotte et Nicolas de Rœulx prirent position à Marche avec leurs « compagnons coulevriniers ®, » et le château de Saussy,
* Compte d'Antoine de Berghes (u» 45240), f« xvj »«>.
' Lettre de Tempereur au duc d'Aerschot, 30 avnl 4532. Bulletins de la Commission d'histoire, II, 269.
' Compte deN. le Gouverneur (n'2636], de 4534-4532. f» xiij »«.
* Ibid., f» xij f».
' Ibid.
* Ibitl.y f<»xiiij.
toujours menacé, fut complètement armé \ Des .précantioos semblables furent prises sur toutes les frontières, et Charles- Quint, partageant les appréhensions de sa sœur, loua la sagesse (le ces mesures '.
Ces défiances couvaient la guerre, et les nouvelles complications avec le Danemark ajoutaient aux embarras de la situation. On craignait, non sans raison, de voir les Danois, les Hanséates, les Anglais, les Gueidrois, assaillir les Pays-Bas, nu premier coup de canon tiré par la France. Heureusement que des intérêts opposés, de profondes antipathies, le souvenir des défections du monarque français, peut-être aussi le danger de braver l'opinion publique, qui eût voué à Texécration les agresseurs de Charles- Quint, au moment où il tenait tête au redoutable ennemi de la chrétienté, arrêtèrent les projets de ses ennemis. Dans l'entrevue qu'ils eurent k Boulogne (octobre 1532), Henri VIII et François P' ne réussirent pas mieux à s'entendre qu'à dissimuler leurs intentions par le simulacre d'un traité contre les Turcs, et pendant que ces deux princes se rapetissaient, l'un, par les misérables questions de son divorce avec Catherine d'Aragon, l'autre, par la plus insigne mauvaise foi, l'empereur sauvait l'Europe d'une nouvelle invasion des Barbares.
Contrairement h l'opinion de Ferdinand, qui voulait ménager les princes protest^mts et se senir de leurs armes pour re(*onquérir son royaume de Hongrie, Charles-Quint, poursuivant ses premiers projets, avait quitté les Pays-Bas avec la ferme intention d'écraser les luthériens'. Mais les formidables
' Compte de N. le Gouverneur (n« Î636\ f» xix »•.
• Lettre du 46 novembn» 1532. Correspondenz, II, 21-32.
* Voir les instructions qu'il donna le 4 2 janvier 1.532. a François de Them^t*». dit Thamise. Ibid.,], 660.
GAXPAGHE DE CHARLES-QUINT COHTRE SOLIIAN 41
préparatifs de SoUman avaient contrecarré ce dessein ; pour obtenir contre les Turcs le !^eeours des fMTOtestants, il fallut n^ocier avec eux un accommodement qui, ayant pour Ivase les conditions adaptées h Ratisbonne \ al>oulit à la paix provisoire de Nuremberg. Tirant aussi un habile jKirli des propositions matrimoniales de François I", Charles-Quint avait jelé l'incertitude dans l'esprit du pajKî, et amené Henri VIII Ji conclure un traité d'alliaoce mutuelle (!23 juin 1532)^. Ainsi rassuré contre les intrigues de la France, il pouvait attendre de pied ferme le flot musulman.
Soliman s'était mis en mouvement, le 25 avril 153:2, à la tête de 200,000 combattants, munis de 300 bouches h feu, et plus de 100,000 hommes étaient en marche pour rejoindre sim armée '. Repoussant les ouvertures de Ferdinand, il avait déjà pénétré en Hongrie, tandis que Charles-Quint, alors atteint de maux de jambes et d'yeux \ n'avait pas encore d'armée. Mais, dans de telles circonstances, son énergique activité ne se démentait pas, et bientôt de tous ses états accoururent des contingents appelés à prendre part à la lutte. Les troupes des Pays-Bas arrivèrent les premières*. Déjà beaucoup de Belges, animés de cet esprit belliqueux qui a immortalisé leur nom dans les croisades, étaient allés signaler leur valeur dans les plaines de la Hongrie *, et, ainsi qu'on l'a vu, fusage
' Voir ces conditions, que Cbarles-Quint accepta le ïi mai 1532. Reg. Col- If et ion de documents historiques, V, (• 47. ' Rymer. XIV, 435.
' DB Hammer, Histoire de f empire ottoman.
* Bullelius de la Commission royale d'histoire, XI, 225. — Lettre de Charlesguint à Marie de Hongrie, du 43 août 1532. Correspondent , II, 3 et 4.
* Lettre du 43 août, précitée.
'^ « A aucuns tompaignous de guerre allans au service du roy de Honguene contre les Turcs. • Compte de J. Gobelet, maleur de Bouvignes, de 4528-4530, I. c, f" iij *•.
H RÉGNE DE CHARLES-QUiNT EN BELGIQUE.
S était introduit de substituer aux pèlerinages prescrits en punition de certains délits, Tobligation d*aller combattre les Turcs. Cette fois, ce ne furent plus des volontaires isolés, mais un corps d*armée complet qui vola à la défense de la chrétienté et de la civilisation '.
Le 12 juillet, Marie de Hongrie avait ordonné des prières publiques et des processions pour le succès des armes de fempereur contre les infidèles ', et pendant que ces cérémonies religieuses se répétaient ^, des levées avaient lieu dans tout le pays ^ Le comté de Namur, entre autres, fournit deux enseignes de cinq cents piétons chacune, sous les ordres de Nicolas bâtard de Rœulx, et du capitaine Jacques Lemotte ^. Les bandes d'ordonnances de Buren ^, de Nassau, de Rœulx ^ d'autres corps de cavalerie des Pays-Bas' allaient se trouver au premier rang de Tarmée qui fit refluer le torrent prêt à déborder sur FAIIemagne.
' Ce corps d'armée comptait 7,000 piétons et 2,500 chevaux (Leti, Vila (ieW iniperadore Carlo T, part.. H, i,. i. — Totr aussi Férv deGlyon). Comme membre du cercle de Westphalie, la principauté de Liège envoya 4Î0 cavaliers et 380 piétons (Chape.u ville, IH, 347).
'Compte d'A. de IkTghcs [ir 15210,. I" w.
* dompte de N. le Gouverneur, f" xiiij. i Ibid
' • Item, en juillet audit an xv * xxxij, par ordonnance de l'empereur et de la roj ne, fui-ent faites reveues et asseml)lées de gens de guerre et de piedt audit puN s et comté, pour, soubz la charge du capitaine Ramelo en estre cueilliez jus- (]ues au nombre de cinq cens piétons, et autant soubz la charge de Nicola^i bAtard du Rœulx, pour les mener es Allemaignes vers la majesté de l'empereur. » Compte d'A. de Berghes, f* xiiij *".
* « Aussi espère par le premier messapier vous envoyer l'acquit des deniers fournis yiar votredite majesté, pour la compagnie de M. de Buren » Lettre de (iranvelle à Marie de Hongrie, du ^6 septembre 4532. Beg. Coilrci. de docw». A/»r, V, f 55.
■ Lettre du comte de Bœulx. du 9 .septembre 153i. Correipondenz, II, 8.
* Lettre du 13 août, précitée.
CAIPAGNE DE CHARLES-QIJNT CONTRE SOLIMAN 4\
Il fallait s attendre à voir Soliman, irrité de son premier échec militaire, se porter sur Vienne. En effet, le 8 août, un de ses lieutenants, Kasim-Beg, parut h deux lieues de cette ville avec 60,000 akindschis. Or, l'empereur n'avait à lui opposer que 1:2,000 piétons allemands et une partie de la gendarmerie des Pays-Bas; les Espagnols du marquis del Guasto devaient arriver dans une huitaine de jours seulement à Inspruck, et les Italiens, sous le commandeur Pennaloza, n'étaient attendus qu'à la fin du mois. Quant lu reste du contingent des Pays-Bas, il rejoindrait, disait-on, fempereur avant le 20 , et ce prince comptait marcher à fennerai dans les premiers jours de septembre. Mais la valeureuse résistance de Gunz détourna le danger de Vienne, et Soliman, qui se jeta sur la Styrie , vint échouer devant Gratz. Ce dernier échec décida du succès de la campagne, et les hordes musulmanes ne tardèrent pas à se retirer '.
Les Belges prirent une part glorieuse aux nombreux combats qui signalèrent cette retraite. Ainsi, de Rœulx arriva h Lintz avec sa bande d'ordonnance, celle de Nassau et quelques gentilshommes de la maison de l'empereur, au moment même oîj apparaissait devant cette ville le kan tartare, qui venait de dévaster les rives de la Mur ; le comte mit la place à l'abri d'une surprise, rassura les habitants, et courut ensuite aux barbares ; ils n'osèrent tenir devant s^ gendarmes et se retirèrent après quelques escarmouches (8 septembre 1532)^. Après le combat de Fernitz, où l'arrière-garde de l'armée ottomane fut écrasée (13 septembre), ce brave
' Lettre du 43 août précitée. — de Hammer — Voir pour le récit de cette raropagDC, une circulaire de Marie de Hongrie, adressée aux villes des Pays-Bas. Geel Correctie boek, aux Archives de Bruxelles.
• Lettre du 9 septembre, précitée. — de Hammer.
capitaine voulait poursuivre .rennemi Tépée dans les reios ; indigné de la lenteur du palatin Frédéric, il lui adressa de si violents reproches que Terapereur dut intervenir pour apaiser la dispute ^ De Rœulx eut des querelles non moins vives avec le marquis del Guasto et le commandeur Pennaloza, dont les troupes, qu'il voulait réprimer en sa qualité de maréchal de Tost, commettaient de tels brigandages «que sans brusler, tuer, enlever les gens, elles ne pouvoienl causer plus de dommage '. » Ses accusations étaient fondées, puisque lempereur en écrivit sévèrement à ces deux généraux •.
Aucune victoire décisive n'avait été remportée; mais 300,000 Ottomans s'étaient dissipés devant 90,000 fanlassios et 30,000 cavaliers. La chrétienté avait échappé à un danger suprême , et de ce moment , elle vit en Charles-Quint son défenseur. Jusqu'alors il avait laissé à ses généraux le soin de conduire ses armées, et il fut loué d'avoir voulu diriger lui-même cette guerre, contre le plus formidable de ses ennemis. Il grandit aux yeux de l'Europe, et si ce succès accrut le dépit de ses adversaires, de François I" surtout, il se trouva assez fort pour contenir leurs haines. D'ailleurs la trùve que Corneille de Scheppere, son secrétaire et son ambassadeur près du roi de Pologne et du vayvode de Transylvanie, conclut avec la Turquie, lui permit de reporter toute son attention sur les menées de la France, et Marie de Hongrie se trouva libre d'agir avec vigueur contre le Danemark (»t les villes de la llnni-e.
Au milieu de ses gnves préoccupations, cette princesse
* DE Hammkr. - Lettres du comle, du 44 septembre, et de Cbarles-Quini. du 46 septembre. Correspondenz, II, 44 et 45.
* Lettre du 6 septembre. Ibid., 5.
* Lettre de Cliarles-Quint, du 9 septembre. Ibid., 6.
CAMPAGNE DE CHAKLES-QUhNT CONTRE SOLIMAN. 45
avait trouvé fortuitement Toccasion d^étendre la puissance de son frère, moins par Timportance de la terre inféodée à ses états que par l'extension de son influence sur les contrées limitrophes. Deux sœurs, Anne et Marie Wimecken, qui avaient hérité, en 1513, des ville, château, seigneurie et pays de Jever, se jugeîint sans doute trop faibles pour résister aux entreprises d'ambitieux voisins", offrirent de mettre leurs personnes, leurs biens et leurs sujets sous Tobéissance du souverain des Pays-Bas. L'offre fut accueillie et, par un traité du 18 avril 1532, la seigneurie de Jever fut inféodée au duché de Brabant et au comté de Hollande. Aux termes de ce traité, qu'elles ratifièrent le 8 mai suivant, ces dames .s'engagèrent à reconnaître Charles -Quint, ainsi que ses hoirs vi descendants, ducs et comtes, pour leurs seigneurs féodaux et supérieurs; à relever et tenir d'eux, en fief héréditaire, leurs ville, château et seigneurie, avec leurs appartenances et dépendances; à leur en fiire foi et hommage, comme les vassaux de Brabant et de Hollande y étaient obligés ; h les ouvrir à leurs troupes, chaque fois qu'ils le demanderaient ; enfin, h les servir perpétuellement, à la première réquisition, avof* dix hommes h cheval bien montés et équipés ; ce contingent pouvait même être porté h 50 cavaliers et 500 piétons, mais, dans ce cas, il était à la solde du suzerain. De son côté, l'empereur prit ces dames, leurs biens et leurs sujets, en sa protection et sauvegarde, se chargeant de les préserver, « envers et contre tous, de toute force, violence, oppression et injure '. »
• M. Gachard. Sur l'inféodaiion de Ja seigneurie de Jever au ductté de hrabattt et au comté de Hollande. Bull, de l'Académie. XXl. I« partie, Mî.