‹ Histoire du règne de Charles-Quint en BelgiqueChapitre 11 sur 39 · CHAPITRE XXll · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXll

TRAITÉS DE GAND ET DE HAMBOURG. ~ DÉMÊLÉS AVEC LA FRANCE ET L ANGLETERRE. - EXPÉDITION DE TUNIS.

Au mois de décembre 1532, Marie de Hongrie convoqua .es états de Hollande, à Mons, pour les faire statuer sur la demande d*indemnilé de Frédéric de Holstein. La prétention leur parut des plus étranges, et ils dédaignèrent même de sen occuper. « Nous avons agi en vertu des ordres de l'empereur, répondirent -ils; cette affaire le concerne donc personnellement, et nous n avons pas à nous prononcer sur cette réclamation. » L'ai^ument était sans réplique, et la reine déclara aux ambassadeurs danois qu il était loisible à leur maître de se pourvoir par voie de droit. « S*il recourt à la violence, ajouta-t-elle, Fempereur saura protéger la Hollande, dont les intérêts sont inséparables de ceux de ses autres états; en cas de guerre, toutes ses provinces des Pays-Bas, ses royaumes d'Espagne mêmes en prendront la solidarité. » Pour donner plus de poids à cette déclaration, elle défendit aux états de Brabant, de Flandre, de Zélande, de traiter séparément avec le Danemark '.

Secrètement encouragé par la France et par TAngleterre, et poussé aux mesures extrêmes jjar Lubeck, Frédéric accusa

' Reg. Aert Van der Goes, 489-01. — M. Altmeyer, Histoire des relations commerciales. — WAGE.>AAh.

48 RÈGNE DE CHARLESQllNT EN BELGIQUE.

le gouvernement des Pays-Bas d'injustice, maintint la fermeture du Sund pour les Hollandais, et, par une habile exception, prévint les négociants d'Anvers, de Bruges, de Middelbourg qu'ils étaient libres de trafiquer dans ses états. Mais, se conformant aux injonctions de la reine, ces villes répondirent (juclles attendraient les ordres de l'empereur '. D'autres causes encore contribuèrent à aigrir ce différend. En vue de réconcilier les partis et de soustraire ses états à de longs déchirements, Frédéric avait conçu l'idée d'une fusion avec la famille du monarque déchu, et demandé la main de la fille aînée de Christiern II, pour son fils puîné Jean. Né en Danemark et élevé dans la religion catholique, ce jeune prince lui semblait avoir plus de chances d'arriver au trône que son (ils aine Christiern, qui était né en Allemagne et professait le luthéranisme. Or, aux yeux de Charles-Quint et de Marie de Hongrie, accueillir cette proposition c'eût été consacrer Tusarpation d'un monarque intrus , et leur refus rendit la solution des difficultés plus malaisée que jamais *. Les corsaires lubeckois profitèrent des circonstances pour écumer les mers, et la Hollande fut menacée de grandes calamités. Quatre cents vaisseaux marchands pourrissaient dans ses ports; 10,000 matelots étaient sans pain'. Le prix des denrées augmenta rapidement, et tandis que la disette désolait cette province, alimentée d'ordinaire par les blés du Nord, de terribles inondations (décembre 1332) rappelèrent les désastre^ de 1530. Après avoir occasionné des ravages considérables en Hollande, en Zélande^ ainsi que sur les côt^ de Flan-

• neg. Aert Van fhr Goes, 190-195.

' Lettres de l'archevêque de Liind, des 22 avril et 3 juillet 4533, citées par

M. Al.TMEVER, I. c, 241.

* Ibiii — * Wagenaab. — Davitv. AddUiom à Guicciardin.

dre \ les eaux manquant d'écoulement, se corrompirent sous Faction du soleil et engendrèrent des fièvres contagieuses, qui enlevèrent 3,000 habitants h Zierikzée , davantage encore à Rotterdam ^

Il était urgent de sortir de cette situation : Marie de Hongrie somma Frédéric de Holstein de se prononcer formellement pour la paix ou pour la guerre ^. L'ultimatum resta sans réponse, mais on craignit un instant de voir le Danemark et Lubeck adopter le dernier parti. Au mois de mars 1533, un corps de 3,000 Allemands vint camper sur les frontières de la Gueldre, confinant avec le pays d*Utrechf, et le bruit se répandit aussitôt que ces troupes étaient i\ la solde des Lubeckois. D'autres attribuaient h Charles d'Egmonl rinlention de reprendre les armes, opinion devenue vraisemblable par des rapports annonçant que le roi de France « arrivoit à Mézières avec grosse compaignie de gens de guerre et artillerie ^ » On assurait aussi que ce prince faisait passer des capitaines français « vers les piétons estans en Gueldre, en Danemark ou en Allemagne, » et Marie de Hongrie ordonna de ne rien négliger pour les saisir au passage *. Toutes les villes de la Hollande se mirent en état de défense; des batteries furent dressées sur les bords des rivières ; de Buren accourut avec trois bandes d*ordonnances, et d'Hoogslraeten réunit un petit corps d'armée dans le pays d'Utrecht ^. Les discussions soulevées h l'occasion de ces armements, dans

• Sotice historique sur la ville el le port dOstemle, 1. c. — Lettre de Charles- Quint, du 20 décembre 4532. Correspondeuz, II, 43.

" WAGE^fAAR. — Reg Aert Van der Goes, 488. ^ Wage.naar.

♦ Compte de N. le Gouverneur ^rr 2636). f» xv »».

•* Wagenaar.

les états de Hollande, montrent les disi)06itions des esprits envers le gouvernement. Le conseil du comté ayant proposé d'entretenir un corps permanent de 2,000 soldats pour la garde du pays, les députés de Dordrecht seuls acquiescèrent à cette proposition : « L'empereur, dirent les autres villes, a négligé de nous défendre alors que le pays était dépourvu de troupes ; il le fera donc moins encore si nous levons des soldats , et il ne lui manquera pas de prétexte ensuite pour nous les retirer, sans s'inquiéter de ceux qui les payent '.»

Cependant de Bureu avait invité le duc de Gueldre à éloigner les bandes établies sur sa frontière. Il lui ofiHt à cet égard son concours et, pour obtenir une prompte résolution, il s'avança jusque sous Gorcum, tandis que d'Hoogsiraden remontait la Leck et que Nassau concentrait à Bois-le*Duc les contingents brabançons. Cette démonstration produisit son effet : ainsi menacé de trois côtés, Charles d*£gmont céda, et les Allemands se retirèrent dans le pays de Munsi^. Ils ne tardèrent pourtant pas à reparaître, en amenant cette fois de l'artillerie fournie par Lubeck, d'où leur venait également l'argent de leur solde. L'anxiété produite par celle nouvelle invasion fut de courte durée : on sut enfin que ces troupes avaient été levées par un chef de FOostfrise, qui rentra victorieusement avec elles dans les terres d'où le comte d'Emden l'avait expulsé ^ En même temps, Marie de Hongrie, pressée par les plaintes des Hollandais, et rassurée sur les affaires de son frère, ordonna la saisie des marchandises hanséatiqnes, et l'arrestation de tous les Lubeckois résidant dans les Pays-Bas. A fappui de ces mesures il

' hey. Acrt Van der Goes, 191-207. — ' Wagenaar. — M. Altmeyeh, I. c.

fallait préparer la guerre, et déjà les états de Hollande étaient près de s'entendre avec le gouvernement pour larmement d*une flotte considérable ' , lorsque Frédéric de flolstein mourut (10 avril 1533). Bientôt après ce décès, des ambassadeurs du sénat de Danemark vinrent soumettre à Marie de Hongrie des propositions de paix, et le fils aîné de Frédéric sollicita fappui de l'empereur dans ses prétentions à la couronne danoise.

Le Danemark était désarmé ; mais il restait à triompher des Lubeckois et, quoique isolés , ils redoublèrent d'efforts. La lutte pourtant n'eût pas été de longue durée, s'ils n avaient trouvé des appuis dans les autres provinces des Pays-Bas et même dans les conseils de la régente. Malgré les ordres de saisie, ils importaient ouvertement, par la voie de Hambourg, leurs marchandises à Anvers, à Bruges, à Middelbourg, et les Flamands et les Zélandais, jouissant de licences exceptionnelles pour la pèche du hareng, n'étaient nullement disposés à changer un état de choses si favorable à leurs intérêts. Cependant les clameurs de la Hollande devinrent si vives, qu'il fut impossible au gouvernement de rester plus longtemps impassible. Avec les subsides du comté, on équipa une flotte de quarante voiles (mai 1533); les autres provinces devaient l'armer ; le gouvernement avait à fournir les équipages et à nommer un amiral agissant au nom de l'empereur. Mais, au moment de tenir ces engagements, on rencontra de nouveaux obstacles. D'abord il fallut des émeutes éclatant sur divers points de la Hollande, pour mettre un terme aux tergiversations de la régente; puis, lorsqu'elle eut investi le capitaine Gérard de Merckere du commandement de la

• Heg. Aeri Van der Goes. — Wagenaar. —M. .\ltmbyer, 1. c.

fiî RÉGNE DE CHARLES-QUINT EN BELGIQUE.

flotte, ordonné à d'HoogsIraeten de le seconder dans ses préparatifs, interdit sous peine de conflseation toute importation de Lubeck \ les autres provinces refusèrent de contribuer h farmement.

Plusieurs semaines s*écoulèrent en négociations, et une assemblée des états des provinces maritimes, tenue à Anvers le 13 juillet, mit à nu le triste antagonisme d'intérêts qui fut si fatal à notre patrie. Les députés brabançons, flamands et zélandais protestèrent contre la défense de naviguer dans les mers du nord. « Empêcher nos marchands de passer le Sund, dirent-ils, c*est tuer le commerce des Pays-Bas au profit de lëtranger. » Enfin , lorsqu'il fut question d'arrêter les Lubeckois résidant dans ces provinces, les magistrats d* An vers et de Bruges assurèrent qu'il n'y en avait pas un seul dans leurs murs; lorsqu'il s'agit d'armer la flotte, Bruges, Middelbourg, Zierikzée, la Vere prétendirent que leurs arsenaux avaient une destination spéciale , et ne voulurent pas se dessaisir de leur artillerie; lorsqu'on fit la propositioD d*nllouer des subsides, la Flandre, le Brabant, la Zélande repoussèrent formelh^ment la pétition. La reine avait fourni 30,000 florins pour l'armement de la flotte, et, le 27 juillet, le comte d'IIoogslraclen demanda aux étals de Hollande de se charger du restant dos dépenses ou du moins d'indiquer la somme qu'ils comptaient y affecter. « On veut donc, nous ne le voyons que trop, répondirent-ils (2 août), nous imposer toutes les charges de la guerre, tandis qu'on nous sacrifie aux autres provinces. La cour permet aux Lubeckok de trafiquer h Anvers et ailleurs; chaque jour, de grands navires de Dantzick abordent dans les ports du Brabant et

' Hèpert. (les Phic de lioiiande, il.

de la Zélande, et les décrets de prohibition ne sont quun leurre pour nous arracher de largent. Mais nous ne voulons point être victimes et dupes. Prêts à contribuer à Tarmeraenl de la flotte, nous sommes décidés h nous en tenir ù notre contribution. » De nouvelles entreprises des Lubeckois, qui faillirent enlever un convoi de vingt-quatre voiles hollandaises et capturèrent plusieurs navires en vue des côtes (août 1533) *, modifièrent pourtant cette résolution, et cinq des principales villes consentirent à avancer 50,000 florins « pour aider fempereur à punir ceux de Lubeck, ses rebelles ennemis (90 août 1 533) ~. »

Le moment d'agir était favorable. Le Danemark et la Suède se rapprochaient du gouvernement des Pays-Bas, et ils ne tardèrent pas à rouvrir leurs poils au commerce des Hollandais. Les négociations avec le Danemark marchèrent dès lors rapidement, et, le 9 septembre 1533, les ambassadeurs de Ghristiern, du Holstein et du sénat danois conclurent, h Gand, avec les commissaires de Marie de Hongrie, des traités d'alliance et d'amitié, dont la durée fut fixée à trente ans. Les prétentions réciproques des parties étaient annulées, et le Sund et la Baltique rouverts aux navires des Pays-Bas indistinctement, moyennant le payement des droits ordinaires. On donna au duc de Holstein des subsides pour le détacher de Lubeck, et les parties contractantes s'engagèrent à se secourir mutuellement, si elles étaient attaquées au sujet de ces traités; -dans ce cas, l'empereur promettait de fournir à Cbristiern six navires de guerre montés chacun par deux cents hommes ^. Enfin , au moment où Lubeck perdait ses

• M. Altvetir, Dh rôle politique des PaifS-Bas dans les révolutions du Nord.

* M. Altxeter, Histoire des lielations, etc. — Wagbmaar.

' Ces traités furent ratiûés le 29 septembre. Reg. d* 408 aux Archivée du VI. 3 .

plus puissants alliés, elle était tourmentée par des agitations propres à amener son anéantissement. L*évéque de Lund, Jean de Wese, qui s*était réfugié dans les Pays-Bas ', proposa à Charles-Quint de profiter des circonstances pour « réunir les royaumes Scandinaves à rempii*e, dont ils deviendraient le grenier et le l)oulevard contre la barbarie du Nord, en même temps qu'ils serviraient de places d*armes tenant en respect la France, TAngleterre, la Pologne et les états voisins. » A cet eifet, il fallait d'abord mettre les Lubeckois au ban de lempire, ordonner de leur cx)urir sus, et appuyer les magistrats destitués par le parti démocratique, qui s'étaient rendus à Bruxelles, pour réclamer Tintervention de la reine Marie ^ Charles-Quint était trop préoccupé alors des menées de la France et de la convocation du concile promis h b diète de Batisbonne, pour donner suite à ce gigantesque projet; seulement, après la conclusion du traité de Gand, Gérard de Merckere mit à la voile (septembre), et les Lubeckois, naguère si ardents à la chasse des navires hollandais, trop faibles pour soutenir seuls la lutte, ou voulant réserver leurs forces pour une plus vaste entreprise, évitèrent soigneusement le combat. Leur flotte se retira dans TElbe, où elle fut l)loquée, et Gérard de Merckere promena triomphalement son pavillon dans la Baltique \

royaume. — Mallet, Histoire du Ifauemnrk, VI. 183. — M. Altseth. Histoire des tielalions commerciales.

' « A très- révérend père en Dieu, messire Jehan de Wese, esleu, seigneurde Lund en Danemark, a cause d'une pension de cent livres dudit pris que l'empereur luy accorda, le xxviij* de novembre xxvij, à commencer le xviij'dc juin xxvj, et en oullre et par-dessus le deflro>enient de bouche de luy etdedc«i ses servileui-s el ung page, en l'eslal de monseigneur le prince de Dennemirque. » lieveuus et dépenses de Charles-Quint, f" ciiij »« iiij.

» M. Altmkver 1. c.

' tbid. — >\agknaar.

Le sénat de Hambourg, qui avait échoué dans une première tentative de médiation, saisit ce moment pour renouveler ses offres (novembre 1533). Elles furent accueillies par les états de Hollande; mais comme les députés hamboui^eois se présentaient sans mandat de Lubeck, on ne donna à leur démarche qu'un caractère officieux. Le comte d'Hoogstraeten leur déclara que c'était aux provocateurs de la guerre et non à son maître à faire les premières ouvertures de paix, t Si Lubeck veut sincèrement négocier, ajouta-t-il, il faut préalablement qu'elle relâche tous les navires capturés par ses corsaires, et cesse les hostilités en attendant qu'un congrès ait réglé les différends. » Le sénat de Hambourg représenta alors aux Lubeckois le tort considérable causé aux villes de la Hanse , par cette lutte désormais inégale et de nature à consommer leur propre ruine. Brème, Lunébourg, Dantzig, dont les intérêts étaient liés à la sûreté de la mer du Nord , appuyèrent ces représentations, et, ainsi abandonnée par tous, menacée d'une confédération entre l'empereur, le Danemark et la Suède, la flère métropole de la Hanse dut enfin céder \

Ce fut alors du côté des Pays-Bas que faillirent s'élever les difficultés. Quelques membres du gouvernement proposèrent de profiter de la circonstance, pour écraser cette orgueilleuse république. Ils voulaient la faire mettre au ban de l'empire, ainsi que ses alliés félecteur de Saxe, le landgrave de Hesse et le duc de Brunswick. L'attaquer par mer semblait une entreprise téméraire ; mais il suflisait, disait-on, d'un corps de 800 à 1,000 chevaux, 5,000 à 6,000 piétons, avec un bon parc d'artillerie, pour la bloquer par terre et en ruiner le territoire^. Cet avis eut prévalu, si l'on n'avait craint l'intervention de la

.• M. Altxbter, I. c. — ' Ibid. — Rapport d' Etienne Hopfensleiner, 9 janvier 4 534 . .4 rchives de VA udience .

France, qui avait déjà offert son assistance aux Lubeckois. On savait, en outre, que François I" proposait à Christieni de Holstein une alliance défensive et offensive, et qu'il cherchait d'autre part à obtenir la couronne du Danemark, soit pour lui-même, soit pour son beau-frère le roi de Navarre *: Or, François I" neùt pas manqué l'occasion d'étendre son influence dans le Nord, et il en pouvait résulter de graves complications. Aussi, Marie de Hongrie, informée des démarches du roi, par les rapports de ses agents et par des lettres surprises sur un certain « capitaine Rusticy, homme bossu et accouslré sur l'allemant, qui liroit vers Copenhague *, » repoussa-t-elle les conseils belliqueux; elle se montra même disposée à seconder les projets que Lubeck formait en ce moment contre le Danemark ^.

On proposa d'ouvrir un congrès à Munster; mais, par suite des événements survenus dans cette ville, il se tint à Hambourg. La reine y députa George d'Autriche, évéquede Brixen, les conseillers Gérard Mulart, Maximilien de Transilvan et Corneille Benninck, et toutes les villes vandales, ainsi que le duc de Holslein, le roi de Pologne et d'autres princes Voisins, y envoyèrent des ambassadeurs. Le congrès s ouvrit le 2 mars 1534. Après un discours du bourçmeslre de Hamboui^g rolraçont les mnux de la guerre et exhortant les partis h y mettre fin, Gérard Mulart prit la parole. Son exorde, véhémente récrimination contre les Lubeckois, fut interrompu par leur orateur, le docteur Jérôme Sehorf, qui déclara n'avoir point h répondre à des reproches. « Si vous articulez encore un mot de plainte, ajoula-t-il , mes collègues et moi nous

• Rapport précité.

' Compte (l'A. de Berghes (n* I5in), f"» xxvij v« et xxviij,

* Voir leurs instructions. Siaatspapiere, 135.

nous retirerons sur-le-champ, » et comme Mulart ne tint pas compte de cette obser>'ation, ils sortirent en effet de la salle. Celui-ci, continuant son discours, déclara que si Tempereur et la reine régente consentaient à traiter, par condescendance pour le sénat de Hambourg, ce ne pouvait être sans obtenir indemnité pour leurs armements et pour les pertes essuyées par les marchands des Pays-Bas ; à cet effet, il demanda 400,000 florins d*or. Après ce discours, la séance fut levée, et, à la demande des députés de Lubeck, on suspendit la conférence, afin de leur permettre de recevoir un mandat plus complet. La seconde séance eut lieu le 6 mars, et dans sa réplique h l'envoyé des Pays-Bas, le docteur Jérôme Schorf soutint que les Lubeckois, sujets fidèles et dévoués à l'empereur, s'étaient vus provoqués à des représailles par les Hollandais, qui leur avaient occasionné un préjudice considérable en secondant les entreprises de Christiern U, « Aussi, dit-il, loin d'avoir à payer des dommages et intérêts, c'est h nous à en réclamer ; nous sommes néanmoins disposés à y renoncer, si les Hollandais s'engagent à ne plus naviguer dans les mers de Test. » Il fut facile à févêque de Brixen de détruire les arguments tirés du concours prêté par la Hollande à l'expédition de Christiern, et, dans une troisième séance, tenue le H mars, ce prélat notifia à l'assemblée fintention bien formelle de l'empereur de n'accorder aucune indemnité aux Lubeckois, et de ne jamais admettre leur prétention de restreindre le commerce de la Hollande. « La navigation dans les mers de l'est, dit-il , vaut à ce comté plus d'un million de florins, et, du droit des gens comme du droit écrit, la mer est libre pour tout le monde ; ce droit, Sa Majesté est décidée h le maintenir, lui eu coùtàt-il quatre ou cinq royaumes, i» L'empereur promettait seulement de défendre h ses sujets

d aborder aux côtes occupées par les partisans de ChrisUem II, et révéque flnît en sommant les Lubeckois de se prononcer pour la paix ou pour la guerre.

Les Hambourgeois pressèrent les députés de Lubeck de céder, et ne leur dissimulèrent pas quuu refus liguerait contre leur république toutes les villes de la Hanse. Le fougueux tribun de Lubeck, Wullenwever, accusé d'être l'instigateur de la guerre, répondit à la fois à l'évéque de Brixen et aux Hambourgeois, et sa violence perdit complètement une cause déjà fort compromise. Abandonné par ses collées mêmes, Wullenwever quitta Hambourg le lendemain. A peine de retour à Lubeck, il écrasa ses ennemis, et devenu le véritable chef de la république, il renouvela ses tentatives /luprès du sénat de Danemark, du roi de Suède et de Christiem de Holstein, pour les entraîner dans une coalition contre les Pa^s-Bas. Furieux d'avoir vu dédaigner ses promesses et ses menaces , il tourna toute sa colère contre le duc de Holstein, et se résigna à traiter pour mieux assurer le succès de ses projets sur le Danemark. Il envoya ensuite à Hambourg le conseiller Helmeke Danneman, porteur de nouvelles propositions : échange réciproque des prisonniers; abolition des tonlieux établis en Hollande contrairement aux anciennes coutumes; abstention, de la part des Hollandais, de toute navigation h Drontheim; garantie contre toute saisie ultérieure des personnes et des biens des Lubeckois ; abandon des prises faites durant les dernières hostilités. Les députés des Pays-Bas acceptèrent ces bases de négociations sous les réserves suivantes : abstention égale de la part des villes hanséatiques d'aborder h Drontheim et réintégration des Hollandais dans tous les privilèges dont ils avaient précédemment joui. Ils exigèrent, en outre, que le Danemark, la Non^'ège,

TRAITÉS DE GAiND ET DE HA)1B0URG. 59

le Holstein fussent admis comme couiraclants, et vu les agitations de Lubeek, ils demandèrent des garanties de lexéculiou du traité, dont la durée serait fixée à dix ans. Ces prétentions soulevèrent de nouveaux débats, et les magistrats de Hamboui^ eurent beaucoup de peine à concilier les parties Enfin, elles signèrent une trêve de quatre ans, stipulant la liberté du commerce conformément aux anciens droits et privilèges ; rechange sans rançon de tous les prisonniers ; la restitution des navires capturés depuis Texpédilion de Christiern en Norvvège. Brème, Hambourg, Lunéboui^, Dantzick se chargèrent d*obtenir la ratification du sénat de Lubeek, et le Danemark, la Norvvège et le Holstein furent compris dans le traité, sous la condition que fempereur ne leur prêterait pas assistance s*ils attentaient aux droits, libertés et privilèges des Lubeckois ^

Marie de Hongrie et Charles-Quint ne s'aveuglèrent point sur l'importance réelle de ce traité ; ils étaient au courant des intentions de Wullenwever, ils en suivaient avec soin le développement , et se mettaient même en mesure d en tirer avantage. D'un autre côté, ils obtenaient ainsi une certaine latitude, pour parer aux autres complications politiques, qui étaient de nature ù occuper leur attention. Après la retraite de Soliman, l'empereur était parti pour l'Italie, « emmenant avec lui ses meilleures troupes, l'infanterie espagnole et la gendarmerie des Pays-Bas -. » François I" en avait pris ombrage, et, au mois de novembre 1 532, Éléonore demanda à Marie de Hongrie une entrevue en Picardie ou en Champagne. Son seul but, disait-elle, était de voir sa sœur, et

' Instructions précitées. — M. Altmeybr. Du rôle politique des Pays-Bas dans les réroUUions du ^'ord, et Histoire des Helations commerciales.

* RObERTSOfS. — FÉRY de G LYON.

elle promeltait de n'entamer aucune espèce de négociation ; seulement elle ajoutait que le roi viendrait peut-être les visiter sans aucun cérémonial. Dans le conseil d*état, secrètement consulté h ce sujet, les avis furent partagés : pour les uns celte proposition était un piège; pour les autres, une occasion de resserrer Talliance des deux monarques et on moyen de rassurer les Pays-Bas, où des bruits de guerre entretenaient Finquiétude et Tagitation. Suivant les premiers, les Français, « gens fins, causteleux et malicieux, > désiraient cette entrevue soit pour exciter la défiance du pape et entraver ses négociations avec Tempereur ; soit même pour s'emparer de la reine et des seigneurs de sa suite, afin de dépourvoir ainsi les Pays-Bas des chefs du gouvernement. Suivant les autres, au contraire, cette entrevue dissiperait les préventions des deux princes et inspirerait des craintes au roi d'Angeterre, au duc de Gueldre, à tous les ennemis de l'empereur, au pape lui-même V En présence d*opinions si divergentes, malgré son vif désir de revoir une sœur qu'elle chérissait, Marie de Hongrie n'osa pi*endre l'initiative d'une résolution; elle en référa à Charles-Quint, et, dans lentre-teraps, elle chargea le grand fauconnier Jean Van der Aa de porter a Français I" « un gerfaut et un tiercelet, pour montrer qu'elle désiroit bonne amitié et voisinage avec ledit roi. " »

Quand Charles-Quint communiqua à ses ministres la lettre de la régente : « Que Votre Majesté ait pour certain , lui dit Granvolle, que la démarche de la reine de France procède de bonne amitié envers sa sœur; mais ceux qui Tentourent tiennent mainte fois tels et semblables propos et depuis ne

• lettre de Marie de Hongrie, du 27 novembre 4532. Corresponderuty II, 28, > Lettre de Charles-Qiiint, du 17 décembre 4532. /6id., 44.

les suivent, ainsi que vous avez pu souvent vous en apercevoir. Il n'y a rien à gagner à cette entrevue; comme les François se conlrouvent et publient souvent choses que oncques furent pensées, il est à craindre, au contraire, qu'il n'en sorte beaucoup d'inconvéniens II sera facile à la régente de décliner cette proposition, en se fondant sur les dernièi*es inondations et sur les recommandations faites par Votre Majesté de ne rien négliger pour réparer le plus tôt possible, les dommages causés par ces sinistres, attendu l'importance et la nécessité de la chose. Afin de donner plus d'apparence de vérité à cette allégation , il seroit bon que la reine visitât les provinces inondées et se rendît eu Flandre. Puis, elle ajouteroit que la saison est diverse , la distance trop grande, et que sa chaîne lui interdit de tant et si longtemps s'éloigner des Pays-Bas. Elle a à prétexter, en outre, son état de veuve. S'il faut enfin céder, qu'elle invoque l'impossibilité de s'écarter beaucoup des frontières, et n'aille pas plus loin que Cambrai, en petite compagnie et pour un jour ou deux seulement. Surtout dans ses excuses, il importe de se servir des termes les plus gracieux , et d'éviter toute expression propre à vous les faire attribuer V »

Charles-Quint partagea cet avis. A ses yeux la démarche d'Éléonore et les assurances d'amitié données par le roi h Jean Van der Aa, étaient « propos que souvent les François tiennent quand ils espèrent en tirer profit. » Le conseil d'état, suivant lui, avait bien « touché le pro et le contra, » et François I" couvait sans doute de secrets desseins ; on ne pouvait trop se défier de ce prince, qui comptait peut-être sur cette entrevue pour inspirer des défiances à l'Italie ou pour

• Note de Granvelle pour lempereur, 4532. Reg Coll. de doc. hist., \, fSi.

Ai RÉGNE DE GHARLES-QIJINT EN BELGIQUE.

(îontrécarrer d'autres projets. En conséquence, l'empereur engagea Marie de Hongrie à prendre pour prétexte de son refus ses nombreuses occupations, le manque de temps, la distance et son état de veuve, qui ne s'accordait pas avec les mœurs de la cour de France. « Ceci est vrai, du reste, ajoutait-il, car soyez sûre, ma sœur, que voyant la différence de votre vivre, habit et façon de faire au leur, ils en diroient ce que bon leur semble, changeant le bon en mauvais. » Ce refus, il était certain « d'en avoir le mauvais gré, disait-il; mais il avoit bon dos pour le porter. » Marie de Hongrie se conforma à cet ordre, et, d'après le conseil de son frère, elle se rendit en Flandre, où la peste venait d'exercer d'affreux ravages*.

Les inquiétudes du roi de France n'étaient point chimériques; sous le prétexte ostensible de s'entendre avec Clément VII, au sujet de la convocation du concile œcuménique promis à la diète de Ratisbonne, Charles-Quint poursuivait d'autres projets, et ils réussirent par les craintes que cette promesse inspirait au pape. Le 24 février 1533, l'empereur et Clément Vil signèrent à Bologne un traité secret de confédél'ation, et ce dernier s engagea h ne former aucune alliance nouvelle, siiçs le consentement de son confédéré * ; puis, le 27, ce traité fut suivi d'une ligue défensive de l'Italie entre le pape, l'empereur, les ducs de Milan, de Ferrare, de Mantoue, les républiques de Gênes, Sienne et Lucques' : cette ligue, que Ton présentait comme dirigée contre les Turcs, l'était bien davantage, d'après la pensée secrète de Charles-Quint, contre les Français; elle lui permettait, en outre, de diminuer les

' Lettre du M décembre, précitée.

' Papiers d'étal de Graiwelle, II, I.

* Ihid , 7

dépenses de ses années, en chargeant les Italiens de la défense de ses intérêts. Toutefois, s'il décida aussi Clément Vil h ne consentir, en aucun cas, au divorce de Henri VIII et de Catherine d'Aragon, il échoua dans ses tentatives pour rompre les projets de mariage du duc d'Orléans et de Catherine de Médicis. Cet échec compromettait ses succès, et prévoyant que pour dot, la nièce du pape apporterait à son époux les clefs de l'Italie, il se sépara de son allié plein de défiances et animé d'un profond mécontentement. Pour empêcher ce mariage, il avait proposé d'unir cette princesse h Sforze; mais l'habileté des agents de la France ainsi que l'ambition de Clément déjouèrent celte combinaison, et, nonobstant les remontrances de Marie de Hongrie, il arrêta alors définitivement le mariage du duc de Milan avec sa nièce Christine de Danemark *.

La proposition d'une entrevue avec Marie de Hongrie ayant échoué, François I" engagea Charles-Quint à passer par la France, pour retourner en Espagne; l'empereur déclina également cette invitation qui , à ses yeux, cachait une nouvelle tentative pour obtenir des modifications au traité de Cambrai ^ Le roi, en effet, ne dissimulait plus son intention de réveiller ses prétentions sur Milan, et cette intention fu^ bientôt si manifeste, que les plus optimistes redoutèrent une prochaine

' Le contrat, signé à Barcelonne, le 40 juin 4533, fut ratifié par les deux parties, le 27 septembre suivant (Reg. n<> 408 aux Archives du royaume), et la jeune princesse fut conduite à Milan par le seigneur de Praet. Voir le compte des frais de ce voyage et des « accoustremens de drap d'or . d'argent, de soie , fourrures, linge, perles, pierreries, pour la personne de la princesse; accoustremens pour sa chambre, chapelle; vaisselle pour icelles; accoustremens de ses filles d'honneur et de chambre, gentilshommes, oflîciers et autres serviteurs. »• Reg. n» 4836 aux Archives du royaume.

' heure de Granvelle à J. Hannaert. Papiers d'état de Granvellej II, 49.

Bi RÉGNE DE CHARLES-QUINT EN RELGIQUE.

rupture. Par une conséquence naturelle de rextensioD de sa puissance, Charles-Quint présentait trop de parties vulnérables, pour qu'un succès quelconque le mît à Fabri de nouvelles attaques; il suffisait d'une étincelle pour embraser l'Italie, pour faire éclater la coalition occulte de TAngleterre, du Danemark , de la Gueldre et de la France. L'ambition de la maison de Médicis rendait l'alliance du pape fort chanceuse, et, en effet, malgré les représentations du comte de Gifuentes, chargé par l'empereur de lui rappeler le traité de Bolc^e ', Clément VII consentit à une entrevue avec François K C'était le prélude d'une alliance toute contraire à ce traité; il ne fallut même pas attendre cette entrevue pour se convaincre qu'en s'alliant h une famille alors peu estimée, le roi , comme le dit en riant l'ambassadeur du pape, Philippe Strozzi, comptait voir Catherine de Médicis lui procurer trois joyaux de grand prix : Gênes, Milan et Naples^. Il avait trouvé, dans le supplice d'un de ses agents ?ecrets à Milan, le prétexte d'une agt*ession en Italie, et aussitôt oa le vit surexciter les passions de Henri VIII et fomenter partout : en Allemagne, en Danemark, dans les villes de la Hanse, en Gueldre, en Turquie, les haines contre l'empereur '.

Il devint impossible de fermer longtemps les yeux sur ces menées; Charles-Quint demanda (septembre 1533) au seigneur de Vély, ambassadeur de France *, des explications sur les intelligences de son maître avec les Lubeckois, qu'il poussait à la guerre et encourageait dans leurs entreprises

' Lettre de Charles-<JuiDt, du 42 mai 4533. Correspondent , II, 62 » Pauli Jovii Ilistoriœ, cit. de Simondb de Sismondi, XI, 424.

* Lettre de Charles-(Juint, du 20 septembre 4533. Papiers d'état de Gnmtelle, II, 58.

* Claude Dodieu, seigneur de Vély ou Velli. Voir le portrait, peu flatté, quen fait Granvello. /6irf., 335

contre les Pays-Bas. « Je ne puis en croire, dit-il, les rapports que je reçois à ce sujet, car j'aurois trop grande et excusable raison de me plaindre. Pourtant lorsque les corsaires qui désolent la Manche, sont accueillis avec faveur dans les ports de France, le doute est-il encore permis? Quant à TAUemagne, où vous prétendez que le roi n'use de son influence que pour servir mes intérêts, sans prétendre empêcher votre souverain d y avoir des amis et des alliés, pour autant qu'il se conforme aux traités et n'ait point de vues hostiles, je préfère recevoir directement les services de mes sujets sans recourir à l'intermédiaire d'un tiers ^ » Ainsi, l'aigreur dominait déjà dans les rapports entre les deux princes, et pendant que François I"' réorganisait ses armées, employait le reste de la succession de sa mère à lever des lansquenets, les anciens appuis de la France contre les Pays-Bas étaient remis à l'œuvre. Le duc de Gueidre agitait les populations de la Frise et de rOveryssel, incitait à la révolte les protestants et les anabaptistes ^ ; Robert de la Marck , dont les terres étaient restées le refuge des mécontents et des proscrits des Pays-Bas^, réunissait secrètement ses vieilles bandes ^ Un de ses capitaines tenta même de surprendre Hierges *, et tout de œ côté prit un caractère si menaçant, qu'on jugea prudent de renforcer les garnisons des frontières ®.

' Lettre du 20 septembre, précitée. — ' Wage.xaar.

^ « Pour ce que, en juing xv « xxxiij, ung Jehan Davin, gentilhomme du pays et comté, s'esloit advanché grandement blescher et navrer ungGiUon de Chiron, le heutenant dudit souverain bailly, pour le bien de la justice, envoya au lieu de Buvinnes le sergent dudit bailliage avec deux hommes, pour s'informer du cas et appréhender ledit Jehan, ce que faire ne peulrent, obstant qu'il s'estoit absenty et mis au service de messire Robert de la Mark. •♦ Compte d'A. de Berghes. de 4533-4534 (n° 15211), f« xxiiij.

* Ibid. (n» 15240), f" xvij ▼<>. — * Ibid . f» xviij.

«/6id (n« 45241), f» xxv.

AU mois de juillet 1534, le seigneur de Vély présenta à Charles - Quint une noie contenant diverses propositions de nature, selon François 1", à resserrer Talliance des deux monarques, à réduire les protestants, à refouler les Turcs. Le roi offrait de marier le dauphin à la fille de fempereur, et don IMiilippe à une princesse de France ; mais il réclamait le duché de Milan, le comté d*Âsti et la seigneurie de Gènes, « toutes choses, disait-il, du propre héritage et patrimoine de ses lils, qu'il n'avoit cédées que pour recouvrer leur liberté. » — * Mon désir de rentrer en possession de ces états, ajoutait-il, est d'autant plus raisonnable, que les laisser aux étrangers à qui vous les avez donnés , c'est perpétuer ud sujet de guerres et de dépenses, pour vous qui devex soutenir vos protégés , pour moi qui revendique des biens m'apparlenant légitimement. S'il vous répugne de déposséder Sforze devenu votre neveu, je suis prêt à le dédommager; du reste, je demande seulement que vous me laissiez agir el que vous vous borniez h ne pas lui prêter votre appui, b II insistait sur les effets qu'une union bien assise produirait eu Allemagne, et proposait une entrevue pour l'établir définitivemenl V Charlcs-Quint écarta cette dernière proposition m prétextant la nécessité de présider les certes de CasUlle "; quant à la rétrocession du Milanais, il déclara que sa coih scioiice et son honneur lui conmiandaient d'observer ses? ti*aités avec le duc de Milan \ Cependant, absorbé alors par les préparatifs d'une grande et noble entreprise, il désirail vivement le maintien de la paix, et il ne se serait pas refuséJ

' '« Articles présentés à l'empereur par le sieur de Vély. » Papiers cfete/* Granvelle, U, i9\.

' l-eltres des 24 et 28 septembre 4534. Ibid., 498. * Lettre du 26 octobre. Ibid., 204.

des eooeessioQSs pour assurer la sécurité de ses états pend;uit qu1l vei^eait FEurope des brigandages des Barlviresques.

Le comte de Nassau, qui se rendait dans les Paj-s-Biis^ en passant par la France, fut chargé de soumettre au roi un contre-projet d alliance appuyée aussi sur des mariages; mais il avait ordre, dans le cas où François V^ ne se désisterait j>5^s de ses exigences, déluder la question et de partir sur-le-champ pour Bruxelles, d'où il informerait Tempereur des résultats de sa mission*. A Toffre d'assurer au duc d'Orléans une pension de SO,(M)0 écus, s'il renonçait au Milanais, François I*' répondit par d'autres propositions tendantes toutes à se fiiire restituer ce duché. Gènes et Asti. Par Tune, il voulait dédommager Sforze en l'investissant du marquisat de Montfennil, dont il augmenterait de 20,000 à 25,000 écus le revenu annuel évalué à environ 60,000; par l'autre, il demandait pour lui-même le Montferrat avec Alexandrie, Gènes et Asti, et la promesse de succéder à Sforze dans le Milanais. Toutes les représentations de Henri de Nassau et du vicomte de Lombeke, ambassadeur de Charles -Quint, échouèrent contre la ténacité d'un [mrti pris; le roi leur déclara qu'il était « déterminé et résolu iînalement en sesdites demandes '. » Corneille de Schcppero, qui vint ensuite lui insinuer d'attendre la mort de Sfor/e, pour réclamer sa succession, éprouva un refus non nujins positif \

Les rapports du comte de Nassau furent Tobjel d'un sérieux examen dans le conseil de Charles-Quint. Fallait-il admettre en principe les propositions du roi, soit pour éviter la guerre,

* Instruction secrète, <8 août 4534. Papiers d'èlat de Granvelie, 457-464.

* • Ce a quoi a persisté le roy de France, par son écrit baillé à M. le comte de Nassau. » Ibid., 205.

* Voir les instructions données à cet envoyé. Ibid., 230.

^ IV»". *l"**

mettrai jamais que mon ennemi devienne, par un accroissement de puissance, plus insolent et plus nuisible (novembre 1834)». .

La rupture était désormais inévitable; mais on ne croyait pas à une guerre immédiate : la saison était trop avancée pour ouvrir une campagne, et les Français semblaient devoir attendre la certitude d'un avantage marquant -. D'un autre côté, Henri de Nassau avait demandé à François I" de garder sa foi et de ne pas attaquer les états de l'empereur, au moment où ce prince se disposait à combattre les ennemis de la. chrétienté. Or, le roi, obligé déjà de répudier, comme d'odieuses calomnies , ses alliances avec Soliman et Barberousse ^ serait devenu un objet d'horreur s'il avait entravé une expédition sympathique h toute l'Europe. Ce fut cependant moins ce scrupule que la mort de Clément VII (25 septembre 1534), qui suspendit momentanément les projets du monarque français. Aussi Charles-Quint ne s'endormit-il pas dans une fausse sécurité; et, bien qu'il s'attendit à voir les Français tourner leur^ premiers efforts sur l'Italie , il ordonna à Marie de Hongrie de pourvoir, sans ostentation, iï la défense des Pays-Bas, parce que, comme le disait Granvelle, montrer qu'on appréhende la guerre, c'est porter Fennemi à la commencer *.

La position de cette princesse était alors des plus difficiles. Tandis qu'à Bruxelles, d'activés négociations tendaient tout à la fois à traverser les intrigues de François I" en Allemagne; à gagner les Suisses à la cause impériale; à

■ • Arraisonnement sur ce à quoy le roy de France persiste, r Papiers d'état de Granvelle, II, 206.

• Lettre de Granvelle, du 8 décembre <534. IbUl., 249-253.

* SivoNDE DE SisMo.NDi, 1. c, XI, 434. — ^ Lettre de Granvelle, précitée.

favoriser le soulèvement de Tlrlande; à empêcher ruuioQ des familles de France et d'Angleterre, et à pousser au mariage du roi d'Ecosse Jacques V avec la fille de Henri VIII ', l'agi- Uition tourmentait toujours le pays. Le Brabant, la Flandre offraient de menaçants symptômes; à Klaestricht se produisaient des difficultés de la nature la plus grave ; partout les populations mécontentes des atteintes portées à leurs privilèges, accablées d'impôts, en proie à la misère et à de terribles fléaux, prêtaient l'oreille, avec une fiévreuse sollicitude, au canon des anabaptistes tonnant à Munster.

La doctrine de Muncer, calomniée comme toutes celles qui atteignent les privilégiés de la teri*e, touchait trop Fétat de souffrance des masses, pour ne point rencontrer chez elles d'ardentes sympathies. Le peuple des campagnes surtout lui avait fourni de nombreux prosélytes, et anathématisés comoie l'avaient été les premiers chrétiens ^ comme le sont toujours les novateurs, les anabaptistes avaient bientôt relevé la téie. Longtemps tenus h l'état de brutes, les insui^ se vengèrent en brutes, et leui's excès effrayèrent l'humanité. Les désastres de Wurtzbourg, de l'Alsiice, de Fraukenhausen ne les abattirent point; chassés delà Suisse, ils se répandirent daib la Westphalie, dans les Pays-Bas, et l'on craignit dans ces provinces que les mécontenL»^ ne fissent cause commune avec

■ Iiislrurtions iloniiéos à Cornoille de Scheppere, 1. c.

* Quaîsitissimis pœnis afiFecil (Néron) quos, per flagitia invisos, vulp» rhristianosappellabat. Aurlor nominis ejus Cbrislus, Tiberio imperilante.pff procuratorcm Ponlium Pilatum, supplirio aCfoclus erat. Repressaque in p«sens cxiliabilis superslitio rursus erumpe}»!, non modo per Judœam« origiDïO cjus maii, sed per urbem eliam, quo cuncla undique atrocia aut podfiHb confluunl celebranturqiie. Ijîitur primo corrt'pti qui falebantur, deinde indirt' muUitudo ingens, haud perinde in crimine incondii, quam odio humani g^neris ronvicti sunt. Tacite. Atwaleê, l. xv. ch. xliv.

les sectaires. Tous les supplices furent dès lors mis eu œuvre pour éloigner le danger ; la Hollande surtout devint le théâtre d'incroyables horreurs ; mais le sang des martyrs lit éclore des vengeurs, et la prise de Munster terrifia les bourreaux.

L*alarme fut d'autant plus grande dans les conseils de Marie de Hongrie, que la plupart des chefs de ce mouvement appartenaient aux Pays-Bas, et qu on vit le duc de Gueldre et les villes de TOveryssel fournir aux Frères du baptême, de l'aiHillerie et des munitions ^ Malheureusement les tempêtes qui éclatent dans la société soulèvent toutes les passions, les plus basses comme les plus nobles. Il est donc impossible de ne pas rattacher à Tinsurrection anabaptiste Tapparition des Enfants d'Israël. Ces misérables, qui prétendaient ne reconnaître d'autre chef que Dieu, désolèrent, en 1533, les environs de Maestricht et le Limbourg. S'il faut en croire des récits, peu imjyartiaux peut-être, après avoir pillé les églises et les couvenls, égorgé les moines, outragé les religieuses, ils s'abattirent sur les châteaux et sur les fermes. Pour arrêter leurs brigandages, il fallut envoyer contre eux un corps de troupes, qui neul d'ailleurs qu'à paraître pour les dissipera

Ce n'était point dans le peuple seulement que se manifestaient des mécontentements. Le clergé, atteint par les aides, irrité des restrictions apportées à ses immunités, avait vu avec douleur une bulle du 11 septembre 1532 accorder à Charles- Quint l'autorisation de lever en subsides ecclésiastiques, dans les Pays-Bas, la moitié de la valeur de tous les bénéfices, tant réguliers que séculiers, d'un revenu annuel de 24 ducats; et les deux dixièmes de cette valeur, pour les dignités et béné-

• WAGBNAJiR.

' Chapealville, 1. c, m, 326.

7i RÉGNE DE CHARLES-QllNT EN BELGIQUE.

lices du revenu de 12 a 23 ducats \ Ses rapports avec le gouvernement étaient donc pleins d'aigreur, et Marie de Hongrie reproduisait contre lui, surtout contre les prélats du BraLant, les plaintes et les accusations de Mai^erite d'Autriche l D un autre côté, les dernières ordonnances sur les monnaies avaient occasionné de graves désordres; des émeutes avaient ensanglanté Marville et d'autres localités '. Une fouie de campagnards et d'artisans ruinés, les uns par le flsc on par la guerre, les autres par la eherté des denrées et par le chômage des industries, avaient été poussés au brigandage, e( les édits et les supplices restaient impuissants *.

Enfin, les démêlés avec le Danemark et Lubeck étaient à peine apaisés que le duc de Gueldre jeta le masque : il repassa au service du roi de France (octobre 1534)^ congédia vm-

' Comptes rendus par Jean François, receveur d'ArloD, et par Connd de Keyzcr, receveur du quartier de Louvaiu (n*« 45755 et 45906), aui Arckim (In royaume — Instructions du 28 août 4533, pour la levée du subside ecclésiastique. Archivée de Lille. M. GAcnARn, Rapport précité, 490.

• Voir Corretipondenz,

' Compte (le N. le Gouverneur (n» 2636). f» xxiiij »•.

* " A \ingt rom|)aignons qui ont accompaigné et assisté les bourgmestre rt (schoviiis (iiidit Ewloo, pour suyr et appréhender Pieler Ralissart, Adrien d'Ilerto^'ln' et Arnoul Van Oudtveld, tous avecq nultres aguettans etdestroussins de rhomin. lesquels xx compai^nons, tant de pied que de cheval. * partin^nt illocq dudit Eecloo, poursuyvant les<Jits destrousseurs, et furttt iiccomiyaignez de encoircs cent personnes ou plus à leur assistement, tellemest et si aN«int que iceulx malfaiteurs furent prius en ung bois estant du bailbaige du Viesl)ourg de Gand, auquel conflit et prinse ilz se deffendoient de sorte qoe lodit ArnonI y fut navré à la mort. » Compte de R. Sallart, précité (n« 439î<), f" xj. - Voir le compte de Laurent Cleissonne, dit Rierman, baiili deRupelrnonde, f« vj, etc. (n" U344), aux Archives du royaume. — lettres de Blariede Hongrie, du 8 novembre 4534, ordonnant de faire bonne garde contre les iiiilf;iil«Mir'< [Compte d'A. de Rerghes, f" xxvij), et tous les comptes des officiers iN- jiisiirc vn général. — V. aussi M. Waiters, 1. c, III, 473, 677, etc.

Ij'iiro de Charles-Quint à J. Hannaert, du 26 février 4535. Papiers (FéM dt Graurelle, II. 290-307.

sitôt la bande d'ordonnances dont il avait le commandement \ et, au mépris du traité de Gorcum, institua le duc de Lorraine son héritier ^. Charles -Quint attribua cette défection aux intrigues de la France ^, et il charçea son ambassadeur à Paris d'adresser de sévères représentations à François I". « Le roi, dit-il, ne peut reprendre messire de Gueldre à son service, sans enfreindre le traité de Madrid, expressément confirmé par celui de Cambrai. Il s'est engagé, dans le cas où il n'obtiendroit pas la soumission du duc, à ne l'aider en aucune manière, sous couleur de pension, de retenue ou conduite d'hommes d'armes, et encore moins à le prendre à sa solde. Je ne puis donc, quoique le fait m'ait été confirmé par le grand maître de France, croire à une telle infraction des traités. Le roi sait, en effet, que j'ai contre messire d'Egmont de graves sujets de mécontentement, et comme la France ne Ta jamais soutenu que dans des vues nuisibles aux Pays-Bas, leur nouvelle alliance ne trompera personne. Dès qu'on saura que le roi a repris le duc à son ser\ice, chacun lui attribuera de mauvaises intentions h mon égard *. » François objecta que la prudente sagesse lui commandait de pourvoir h sa défense en présence des immenses- préparatifs de l'empereur : « Mais, répliqua Charles-Quint, il sait bien que ces préparatifs sont dirigés contre Barberousse, puisqu'il ne tient qu'à lui de s'y associer. Or, il vaudroit mieux pour son honneur qu'il employât ses forces contre les infidèles, que de se servir de ceux-ci contre les chrétiens ^. » François I", sourd h ces

' LeUrede Marie de Hongrie, des 27 et 28 mai 4535. Correspomfenz, II. iSO. ' AntoîDe, fils de Philippine d'Egmont et de René de Lorraine. ' Lettre du 7 mars 4535. Papiern d*état de Granvelle, II, 342-346. « Lettre du 24 janvier 4535. Ibid., 286. * Lettre du 26 février, précitée.

représentations fondée en droit et en équité^ inseosible à ces reproches justement mérités, méprisant tout appel à sa bonne foi ', refusa d annuler la convention conclue avec le duc de Gueldre.

Cet indice de guerre prochaine ne fut pas un fait isolé. De la part des Anglais, lagression n'était pas moins imminente. Informé des pit)jetsde divorce de Henri VIII, Charles-Quint avait demandé une consultation à Tuniversité de Louvain ^ qui, seule avec Tuniversité luthérienne de Willemberç, condamna ce divorce approuvé par sept autres universités '. L'empereur engagea alors le pape à. « procéder, avec justice sévère, contre la scandaleuse conduite » du monarque anglais \ et, le 25 janvier 1532, on publia dans les Pays-Bas un bref exhortant Henri VIII « à reprendre Catherine tf Aragon pour sa femme. » Puis un second bref lui engoignit de renvoyer Anne de Boleyn , sous peine d*excoaununicatioo. Enfin, dans l'entrevue de Bologne, Charles-Quint décida Clément Vil à repousser toute transaction, et, le 19 novembre 1533, piirut une bulle fulminant la sentence pontificale rendue i)ar défaut (8 août), contre lepoux adultère, en faveur de la fenmie légitime ^ Ces démêlés de famille navuieDl pourtant pas encore brouillé les Pays-Bas et l'Angleterre. Kn 1532 même, d(*s conférences eurent lieu à Bourbourg,

• Kolliciu 26 fù\riLT, précitée.

' " Assavoir conf livn-s os mains du présidonl du grant conseil de rempereur. pour d'icelles faire paiement a Lovain à plusieurs docteurs de facultez de théologie et de droit canon, pour leurs salaires d'auculoes consullatioDs faidesrt» aucune matière concernant l'honneur de 1 empereur. ■ Compte de J . de Silarnix (u- 1804), f" ij ' j »".

' Méin. de Luther. Additions et Éclaircissements, II, <d6.

^ l.ellre de Charles-Quint, du 46 novembre 4 534. Correspondenz, II. 21.

' Les procès-verbaux de la publication de ces actes à Bruges et à DunkertnH* sont aux Archiver de Lille. M. Le Glay, Anal, hiël., 497-498.

pour arrêter un nouveau traité de commerce entre les deux pays', et le 3 mai 1533, Charles-Quint recommanda à Marie de Hongrie de ne point altérer ses rapports avec Henri VUI. « C'est à la cour de Rome, lui écrivit-il, de poursuivre la qiieslion du mariage de ce prince avec Anne de Boleyn , et cette question ne doit nullement interrompre les relations commerciales entre mes peuples et les Anglois ^. » Mais Henri VHI, blessé dans son orgueil, ne garda plus de ménagements. Pour venger Téchec que la diplomatie impériale lui avait fait éprouver à Rome , il ferma l'entrepôt de Calais au commerce des Pays-Bas ', entra ouverlement dans les projets de Lubeck sur le Danemark *, et se montra favorable h toutes les instigations hostiles de la France.

L'acte du parlement qui détacha l'Angleterre de l'église romaine, rendit la rupture complète. Le roi, craignant de voir l'empereur devenir l'instrument des rancunes pontificales, se prépara à la guerre. Ses armements menaçaient les Pays-Bas d'une invasion: mais Charles- Qui»! résolut de le prévenir par une descente en Angleterre. Dans ce dessein , il négocia avec le roi d'Ecosse et excita les Irlandais h la révolte \ Un de leurs chefs. Corneille O'Brien, issu des anciens souverains du pays et se prétendant d'origine espagnole, se soumit au protectorat de l'empire avec sa famille et ses adhérents. Ce chef, dont la juridiction s'étendait sur plus de 100 châteaux,

' M. LeGlay, 1. c, <97.

" Instructions données au comte de Cifuentes et à Rodrigue d'Avaios. Papiers (Télal de Granveîle. 11, 45.

' Wagenaar.

* Instruction secrète donnée au corale de Nassau. Papiers d'état de Granveîle. II, 457.

* Instructions données a Corneille de Srheppere. Sfaalspapiere , 479-484. — Rapin THovaAS.

promit de fournir i ,660 chevaux, 2,440 piétons bien équipés, et 13,000 hommes d'autres troupes « armés d*acabouses, arcs, floches et glaives '. » L'insurrection devait être appuyée par ie comte de Nassau du côté des Pays-Bas, et par une armée espagnole, qui se réunissait sur les côtes de la Biscaye, pour débarquer dans le Cornouailles '.

L'union de la France et de l'Angleterre constituait néanmoins un grave danger pour les Pays-Bas, et toute la diplomatie de Charles-Quint tendit à l'empêcher ^. En ce moment, il lui importait d'écarter la guerre de ses états. Soliman menaçait de nouveau l'Allemagne, et il était indispensable de réprimer les courses des Barbaresques, qui désolaient les cdies d'Espagne, de Naples, de Sicile et nécessitaient l'emploi de flottes considérables. Pour s'épargner cette charge ruineose, Charles-Quint avait résolu de frapper un grand coup, qui, en assurant sa domination dans la Méditerranée, rendrait la sécurité à ses états et ajouterait au prestige de son nom. Or, la paix avec les puissances occidentales était indispensable k h\ réalisation de ce projet ; mais, tandis qu'il pressait les pré- [lanitifs de son expédition, chaque jour amenait de nouvelles diflicultés; le nord était en feu; au midi, tout annonçait une prochaine ex()losi()n ; à Test et h l'ouest, les nuages s'amoncelaient avec une ellnivante rapidité. L'empereur, toutefois, oc désespéra pas de conjurer l'orage; il n'eut d'appréhensions que pour les Pays-Bas, oii l'attitude de ses ennemis était moins redoutée que ie mécontentement du peuple. La correspondance de Marie de Hongrie la montre, en effet, beaucoup plus

• Lettre d'OBrien, du 21 juillet 4534. Correxpondemz. Il, 99.

' Instructions précitées. — I/empereur réservait 200,000 ducats pour l'expédition du comte de Nassau. Ibid.

* Voir les Papiers d'étal de Granvelle, H.

préoccupée des agitations intérieures que d'une guerre avec la France et TAngleterre. Il n'était pas permis cependant de rester inactif en présence des dispositions agressives de ces puissances; et, au moment où Nassau poursuivait le projet de descente en Angleterre, Charles-Quint voulait que les Pays-Bas se missent en mesure de prévenir l'attaque des Français. Mais, pour armer il fallait de Targent, et la pénurie financière était telle, quon ne parvenait plus à suffire aux charges de l'état, que par des ventes du domaine. Le commerce avait éprouvé des pertes énormes; la situation politique et le manque de confiance rendaient les emprunts impossibles. Sans se dissimuler les difficultés de l'entreprise, sans méconnaître l'état de misère du peuple, Charles- Quint ordonna à sa sœur de réclamer le concours des états , et invita les personnages les plus influents, tels que les comtes de Nassau et de Buren, h prêter leur concours à la régente , pour obtenir « les plus grosses aides possibles, i Us devaient employer le zèle de leurs amis et de leurs clients; recourir aux instances, aux promesses, à la corruption même; représenter qu'en cas de guerre, agir avec vigueur est le moyen le plus sûr d'obtenir promptement la paix, c Se trouver sans cesse sous la menace d'une agression , disait-il ; être placé dans un funeste milieu qui n'est ni la paix, ni la guerre; être obligé de se tenir constamment sur un pied de défensive armée : c'est s'épuiser infructueusement, c'est marcher à une ruine certaine '. »

Le 8 juillet 1534 ^, les états généraux se réunirent à Malines, où Marie de Hongrie s'était rendue, pour assister à la fôte des arquebusiers, dont elle fut la reine '. L'assemblée

' fDst. secrète doDoée à Nassau, 1. c ' Compte d Ant. de Berghes (n« 452H ), {• xxxj. ' Ellbat tau Veek, Die Chronycke van Bollandl, La Haye, 4S94. VI. 4

solennelle se tint le 1 % en présence de la régente, et Faudiencier donna lecture d un exposé de la situation du pays, tant à Tiotérieur que par rapport aux puissances étrai^ères. Il informa les états des mesures prises, depuis le départ de Tempereur, pour le maintien de la paix et des relations commerciales. Il s^étendit sur les différends de la Hollande avec Lubeck, et parla ensuite des événements survenus dans le Danemark et le pays de Munster. Ce dernier paragraphe du discours d'ouverture souleva de vifs débats. Les Hollandais, voyant leur ruine dans la réussite des projets formés par Lubeck sur le Danemark, pressèrent le gouvernement de ne point s*y prêter; celui-ci, au contraire, sans exposer ses vues, persistait dans le dessein de favoriser cette entreprise '. Quant au second point, la régente, effrayée des progrès de Fanabaptisme dans les Pays-Bas, s'était empressée d'envoyer à Tévéque de Munster de Fargent et des munitions, malgré fopposition formelle des états de Hollande ^ En informant l'assemblée de cette inter^ vention, la princesse recommanda la nécessité de redonbier de rigueur contre les hérétiques, et cette recommandation souleva de graves objections. « Ce n'est point, dirent les <^ pûtes hollandais, par des statuts généraux, mais par de sages mesures qu'on extirpera les nouvelles doctrines. Du re^, l'accusation d'hérésie est devenue aujourd'hui l'arme banale des mauvaises passions et surtout de l'envie; il suffit, doos en avons eu des exemples à Deift, à Amsterdam, à Gooda, que des prédicateurs aient de la vogue, au détriment de quelques égUses, pour qu'on les traite d'hérétiques '. »

Abordant l'objet principal de la réunion : c Quand la raoe, dit laudiencier, s est décidée à convoquer les états, de toutes

• lieg. Aert Vander Goes. — ' Wagbkaar.

* Heg. Aert Van dei* Goes.

parts lui venoient de mauvaises nouvelles; le pays sembloii menacé d*une attaque simultanée des François, des Ânglois, des Lubeekois, d'autres encore. Mais, Dieu soit loué! les dangers sont dissipés ; Tesprit de paix a repris le dessus. Le landgrave de Hesse, qui sembloit hostile, désarme; d'autres Timitent, et les princes de la Germanie, en parfait accord avec Fempereur, sont décidés à le soutenir. Néanmoins, la concentration de troupes en Champagne et en Picardie^ exige des mesures de précaution. Il importe de mettre les villes frontières en état de défense, et d'être constamment prêt à recevoir l'ennemi, car la paix dépend non de soi mais de ses vcHsins. Il faut surtout que vous vous teniez unis, et qu*au besoin vous vous prêtiez un mutuel appui ; l'étendue de nos frontières rend le pays vulnérable sur plusieurs points; c'est en unissant vos forces que vous saurez partout arrêter l'invasion. Sa Majesté est fort rassurée à cet égard : elle a la certitude qu'en cas de danger vous n'épargnerez rien pour le combattre. De son côté, l'empereur est décidé h exposer pour votre défense sa personne, toutes ses forces , tous ses biens, et la reine a ordre d'y consacrer les revenus ordinaires et extraordinaires du domaine. Il lui est toutefois impossible de suffire seul aux dépenses et aux levées des troupes qu'exigeroit la guerre, et il croit pouvoir compter sur votre concours. » Enfin, après avoir informé les états de l'intention de l'empereur de maintenir la valeur actuelle des monnaies, et de son désir de voir substituer les laines d'Espagne aux laines anglaises, l'orateur du gouvernement insista encore sur la nécessité de « l'union et mutuelle intelligence, amitié et subvention des Pays-Bas', i* les exhortant à s'unir, à se

• Compte d' A. de Berghes, précité (n« 45Î44).

m) RÉGNE DE GHARLES-QUINT EN BELGIQUE.

secourir mutuellement, « comme léaulx subgectz et voisios Tung de Taultre, estans sous Tobéissance d*un seul prince, dévoient et estoient tenus de faire, et meismement eu regard aux franchises, libertez et prérogatives, dont ils jouissoient en plusieurs et diverses manières, trop plus grandes que en uulz royaulmes, seigneuries, ni pays voisins, esquelles franchises et libertez. Sa Majesté Impériale les vouloit et entendoit entretenir V » Cet appel à Tunion n'était point une précaution oratoire; c*était bien^ sérieusement que Marie de Hongrie pi*éparait les voies à une unité belgique. Si ce plan que la maison de Boui^ogne avait conçu dès son avènement dans nos provinces, échoua, c'est qu'il fut combiné dans des vues plus intéressées que nationales. Chaque députation reçut une copie de la pétition d'aides ; puis, les états furent prorogés an 16 septembre suivant *.

Les propositions du gouvernement furent très-mai aeeudlies dans les provinces. Malgré les promesses d'un oonconrs efiicace de la part de l'empereur, c'était la nation qui était appelée à payer les frais des premiers armements. En effet, Granvelle avait exposé qu'il était inutile, sans urgente nécessité, de se jeter dans de grandes dépenses, et il avait M résolu de laisser à chaque pays la charge de res préparalife de défense ^. Mais les instances, les intrigues, les tentatives do corruption, tout échoua. Les cahiers des états de Hollande fournissent un exemple de l'impression produite par la pétition. Répondant aux recommandations d'union, ils rappe lurent fisolement où on les avait laissés, lors de leurs démêlés

' Beg. Aei't Van der Goes. — M. Altmeyeb, IHst. des relat. comm,, î97-3<3. — M. Gachard, Des anciennes Assemblées nationales. ' !ieg. Aerl Van der Goes, 1. c.

' Lettre de Granvelle, du 8 décembre 4534, précitée.

avec le Danemark et Lubeck, et soulevèrent une question toujours redoutable au gouvernement. « Si l'on veut Tunion, dirent-ils, il faut que Tennemi d'une province devienne aussitôt Tennemi de toutes ; qu'elles repoussent ses marchands et ses marchandises, qu'elles ne profitent pas d'avantages particuliers au détriment de l'une ou de l'autre ; que le gouvernement et les seigneurs particuliers renoncent à accorder des licences au commerce de l'ennemi. Quant aux aides pétitionnées en cas de guerre, notre contribution servira à la défense des autres provinces, et nous resterons abandonnés à nous-mêmes. Mieux vaut nous confédérer avec le Brabant, la Frise, TOveryssel, et, au lieu d'ai^ent, fournir noift-mémes des soldats '. »

Cette opposition était fondée sur des motifs si légitimes, que Charles-Quint lui-même reconnut l'impossibilité d'établir de nouveaux impôts. Il écrivit à sa sœur de remettre à des temps meUleurs la nouvelle réunion des états, et, en attendant, iU'autorisa à disposer de i 00,000 écus d'or afin de pourvoir aux plus urgentes mesures de défense. Si les Pays-Bas étaient assaillis, l'empereur voulait qu'on frappât vite et ferme ; il ne cessait de répéter que le moyen le plus sûr de terminer promptement la guerre, était d'agir avec rapidité et vigueur. De son côté, il ferait en faveur de ces provinces de puissantes diversions, et tournerait contre l'agresseur les armements préparés contre Barberousse ^. En même temps, Marie de Hongrie travaillait à neutraliser les intelligences des Français en Allemagne, en Danemark, avec les villes de la Hanse, et surtout avec les princes voisins des Pays-Bas ^ Ses promesses,

• Heg. Aert Van der Goes.

• LeUre de Charles-Quint, du <2 novembre 4534, précitée.

' Instructions secrètes données à Nassau et à de Scheppere, 1. c. — « A Jehan

comme ses menaces, restèrent sans effet; tous se tenaient daas Tattente des événements ; et, à Texemple du duc de Glèves, dont elle avait réclamé l'appui, sans refuser d'une manière cat^orique, aucun ne se montra pressé de répondre à -ses avances \

A défaut d*un concours actif, il fallait conserver de bonnes relations avec les états limitrophes et éviter tout prétexte d'hostilité ^. Ce fut cette raison politique qui fit terminer h Tamiable les différends existants avec le duc de Lorraine, au sujet du fief des villes de Stenai, Marville et Arrancy'. Un autre différend, d'une nature plus sérieuse, fut également alors, sAion aplani, du moins apaisé.

En vertu de conventions conclues, l'une avec Charles le Téméraire, l'autre avec Maximilien \ les cités de Trêves et de Verdun payaient annuellement au souverain des Pays-Bas, en sa qualité de duc de Luxembourg, un droit de gardienneti, s'élevant : pour la première à 400, pour la seconde à SCO florins du Rhin d'or. De la part de Verdun, le payaient deœ droit ne donna lieu à aucune difficulté; il n'en fut pas de même avec Trêves. En 1K18, lorsque Charles sollicitait te suffrages des électeurs, l'archevêque de Trêves, Richard de Greiffenclau, avait cherché à soustraire sa ville à cette espèce

Bolcn, messagier à cheval, pour avoir pourté à diligence lettres à la rojw «i'Hongerie, régente et gouvernante des pays de l'empereur par deçà, Tadverlissant que le lantgraef de He^sen avec ung joesneduc d'Allemagne et lecom^f de Furstemberg s'estoyent trouvé en la ville de Gemûnden et de là en teire* Bar où le roy de France devoit estre. » Compte de N. le Gouverneur, de 1533- <c34, fxv.

' Inst. secrète donnée à Nassau.

' Lettre de Charles-Quint à Nassau, du 5 janvier 1535 Papiers d'état^ (iranvelle, 11, 260.

* Compte de la recette générale {n« 2342) .

* Voir le Reg n» 2634 aux Archives du rofiaume.

de thbut, et des débats assez vifs s^élevèrent entre le prélat et le gouvernement des Pays-Bas '. L'élection de Gbarles-Quint y mit un terme; mais Farchevéque, qui Tavait combattue, craignit que son opposition ne lui attirât une vengeance ^, et sempressa de payer le droit de gardienneté. Ce payement sWectua avec régularité ^ jusqu'en 1530, que le dissentiment se réveilla par suite de mesures prises par le receveur et justicier de Tbionville, Micbel le Gouverneur, au sujet de rimportation des denrées. La ville de Trêves, jugeant ces mesures attentatoires à ses lettres de garde ^, refusa de payer le droit de gardienneté avant d*avoir obtenu justice. Les fonds furent consignés entre les mains des arbitres appelés à juger la querelle * ; mais il leur fut impossible d'accorder les parties, et bientôt le débat s'envenima à tel point qu'en 1534, l'archevêque Jean III de Metzenhausen interdit h ses sujets toute communication avec le Luxembourg ®. Par représailles, Antoine de Bergbes, successeur du prince de Chimay dans le gouvernement de ce duché ' , ordonna la saisie des marchandises et des rentes des bourgeois de Trêves *. Les populations des deux pays se trouvèrent également lésées, et leurs clameurs portèrent l'archevêque et le conseil de Luxembourg à renoncer aux représailles. La

' Compte de J. de Laitre (n" Î636), f» xij »^

' Rapport du 43 mars f524. Correspondenz, l, 99.

' foir les comptes de J. de Laitre et de N. le Gouverneur.

* Compte de N. le Gouverneur, de 4 530-4 534 , f» xvij »•.

* Voir la pièce jointe à ce compte.

« Ibid. de 453M535, f» xvij vo.

7 Antoine, fils de Jean de Bergbes, avait été nommé à ce gouvernement par lettres patentes du 4" août 4533. Ibid., de 4533-4534, f»xj. — Il venait dètre créé comte de Walbain (lettres datées de Gènes, avril 4533) et marquis de Bei^ gfaes (lettres datées de Barcelonne, mai 4533).

* Compte de N. le Gouverneur, de 4534-1535, f» xvj ?•.

bonne intelligence ne se rétablit pas cependant complètement. Ainsi, Tarchevéque frappa de droits élevés Texportation des bestiaux, et Antoine de Berghes établit aussitôt des droits équivalents sur rimportation des vins et des denrées de Trêves ^ Il défendit, en outre, d*exporter des grains par la Moselle \ Cette situation, exploitée parles agents de la France, eût amené sans doute de plus graves difDcultés, si le gouvernement des Pays-Bas n'avait eu la sagesse de les prévenir. Le différend fat déféré à de nouveaux arbitres, et, en attendant leur décisioD, on abrogea toutes les mesures prohibitives que la colère avait provoquées ^ Les mêmes causes portèrent Marie de Hongrie à user de grands ménagements envers la ville de Maastricht, où la résistance à la bulle impériale de 1530 avait pris^iro caractère prononcé de révolte. Il en coûta sans doute h rirascible princesse, de recourir à la voie des concessions; mais elle comprit que ce n'était pas le moment d'user de violence dans les querelles intérieures.

Poursuivant ses efforts pour détacher l'Angleterre de h France, Marie de Hongrie avait saisi le prétexte d'affaires commerciales, pour ouvrir des négociations avec Henri Mil *. Ce n était point que Charles- Quint désirât une réconciliation avec ce prince : en le voyant bien accueillir les ouvertures de sa sœur, il espéra seulement l'empêcher de seconder les vues de la France, et d(^jouer ses intrigues en Allemagne, en Danemark, h Lubeck '. Quant à François I", déconcerté déjà par la mort de Clément VII, il voyait toute l'Europe chrétienne

* Compte de N le Gouverneur, do ^ 535-4 536, f«xvj »». ' Ibid., f» xvij

* Ibid.

^ Elle lui avait député Henri Ufenhove. M. Le Glay, Anai. hist., 198.

* Lettre de l'empereur à J. Hannaert, du 26 février 4535. Papier$ d'état ^ Granvelle, II, 307.

DÉMÊLÉS AVEC LA FRANCE ET L ANGLETERRE Hr>

applaudir à lexpédition projetée par Tempereur contre Tunis. Il se tenait donc coi, mais il eût fallu peu de clairvoyanct' pour compter sur la durée de la paix. D'éclatants succès eu Afrique pouvaient « retirer encore le monarque françois de sa mauvaise volonté et le porter à moyen d accommodement plus raisonnable '; » mais : « réclamer le Milanois, en son nom ou en celui de ses enfens, disait Cbaries-Quint, c'est violer des traités confirmés, ratifiés et jurés à diverses reprises; c'est vouloir troubler la paix de l'Europe, à laquelle je sacrifie mes droits légitimes sur la Bourgogne ^ » Or, l'empereur était convaincu que ces raisons étaient sans force sur un prince aussi peu soucieux de la foi des traités que des misères des peuples; il savait que le roi continuait à lui susciter partout des ennemis, entretenait d'activés inteUigences dans les IVtys- Ros^; et, sans cesser de négocier, il se tint prêt à la guerre. En cas d'attaque, Charles-Quint voulait que, dans les Pays- Bas, on se bornât d'abord à la défensive. Les travaux de fortification des places frontières furent hâtés par ses ordres ; on prépara les esprits à de prochaines demandes de subsides * ; et, dans le plus grand secret possible, on renforça l'armée. Les officiers des villes et du plat pays reçurent l'ordre « de choisir et d'enrôler tel nombre de piétons estans audit pays depuis l'âge de 21 à 50 ans ^' » On augmenta les garnisons

' Lettre de Charles-Quint, du 9 décembre 4 534. Pap. délai, II, 253.

* m L'escript baillé à l'empereur de la part du roy de France » et •« la respoDse de l'empereur faicte sur ledit escript. » Ibid., 355, 356.

* Au mois de janvier 4535, on exécuta à Tournai et dans TArtois plusieur^t traîtres convaincus de vouloir livrer des villes aux Français. Lettre de Charles- QuiDt, du 26 février 4535, précitée, et autre lettre de ce prince, du 48 avril 4535. Ibid., Il, 329.

^ Lettre du 9 décembre 1534, précitée.

* Janvier 4535. Compte d'A. de Berghes, f« xxviij. — Février 4535. Compte de J. de Hemptinnes, précité (n« 45550), f« xv v-, — « Par lettres closes du dui

des places les plus menacées, et Ton y envoya « serpentioes, hacquebutes, poudre et plomb \ » Dans tous les arsenaux on remontait les canons ^, et le comte de Rœulx oi^nisa « deux nouvelles bandes d*artillerie de camp, avec munitions, équipages et chariots ^ » Les bandes d'ordonnances ^ les officiers des milices, les fieffés, les vassaux n'attendaient qu*un signal pour courir aux armes ^ En même temps on interdit rigoureusement Texportation des chevaux^; défense Fut faite aux gens de guerre de se mettre ou de rester au service de princes étrangers ' , et il fut enjoint d'arrêter les soldats et capitaines allemands traversant le pays ". Enfin, le roi des Romains fut chargé de lever en Allemagne de nombreuses troupes qui, à la première apparence de danger, accourraient dans les Pays-Bas ^, pendant que deux années

d'Aerscbot, du vingt-cinquième de juing xxxiiij, contenant ordonnanoe à ce bailly de faire les monstres et revues mention, au texte. — Au bailly dudit Plobecq et Lessines, pour avoir, suivant lettres de oommaDdement de monnear le duc d'Aerschot, gouverneur et grand bailly de Hainaut, esté, es mois de juin XV < xxxij et xxxiiij, es villes et villaiges soubs la juridiction dudit bailliaige, passer monstres et revues, et enroller par noms tous les manans tant de pied que de cheval, depuis Teaige de vingl-cincq ans jusques à chincquante, pour rause tant du continuel bruyt de la descente du Turcq audit an xxxij comme i'ï) Tan xxxiiij, savoir quelz gens sa magesté trouverait pour soy servir en ses «ucrres sy besoing esloil. » Compte de Charles de Labaye, dit deSepmerieF. bailli de Flobecq et Lessines, de 1535-4536, f* liij (n» 45078), aux Archives Ha roi/aume.

' Compte de N. le Gouverneur, f« xviij »». — Lettres de Cbaries-Quint, da !♦ décembre 4534 et du 5 janvier 4535, précitées.

' Instruction secrète donnée à Nassau.

* Lettre du 42 novembre, précitée.

^ Instruction secrète, précitée.

* Compte de N. le Gouverneur, P» xvj »". *• !bid.. f<»xij »».

7 Ibid., f» xvj vo, et compte d*A. de Berghes, f» xxxj.

* Compte de N. le Gouverneur, f» xv *«.

» Lettre de Granvelle, du 8 décembre, précitée.

descendraient des Pyrénées et des Alpes, et que la flotte impériale menacerait la Provence '.

Marie de Hongrie rattacha à ses mesures de défense Tidée énoncée dans ses dernières pétitions, et envoya à chaque députation provinciale un projet de confédération, comportant Tentretien d'une armée permanente, à payer au moyen d une aide de 120,000 florins, par mois, qu'on pourrait augmenter au besoin *. Puis elle convoqua les états généraux, à Malines, pour le 15 juillet 1535. Le projet de la reine rencontra peu de sympathie; le pays, alarmé par les tendances despotiques du souverain, était rempli de défiances, et ne voyait que pièges tendus à ses libertés. Cependant, les députés du Brabant se montrèrent favorables à une confédération , qui rentrait dans leurs vues. Les députés de la Flandre, au contraire, persistèrent dans leur ancienne opposition. En vain les renvoya-t-on soumettre à leurs commettants de nouvelles considérations en faveur du projet; à leur retour (1" août), ils notifièrent à l'archevêque de Palerme que leur commission n'avait pas été changée; ils l'engagèrent même à prier la reine de ne pas insister, dans la crainte de recevoir réponse pire encore *. Sans rejeter absolument le projet, les députés des autres provinces refusèrent le subside demandé : « Si nous accueillons cette proposition, disaient-ils, nous ne serons sans doute plus réunis, et l'on fera à la mode de France ^ »

• Instruction donnée à de Scbeppere, l. c.

" Cort terhael van de principaelste geschiedenissen ghebeurt binnen de sladl v€m Gendt, in 'tjaer 4539 ende 4540, édit. par M. Gachard {nelation dea troubles de Gand). — Des anciennes Assemblées nationales de la Belgique. — Heg. Aert Van dev Goes.

* Begeerende dal de coninginne daer mede te vreden syn wilde, op dat zy geen argerantwoirde en gecrege, als my in 't secreet by M. Lenaert gezeyt es. Beg. Aert Van der Goes.

4 Registres des états de Uainaut, cit. de M. Gachard. 1. c.

«ur rif: trrrriin din;;r*iT«^ix« maû>ia sêp^ûiaïc ai 9 <-fa;«4iri« rlii^itdtiôQ, lé i ao<>t « a^ant sx iienr» *Â Apr^ T^'êtn? foit rendra comple de !i»ffs rèsofadiaiB. dit te râjml toute» • Tapr^n^inée. daos ki di^tdh rarrrhevt^qoe de l'alerme lear déi^lan. an ibMa é& b que Topinion générale «^tail cooskL^rée eoouie frionfife » h ffropO!»itioD du gouv^rnefûent. < La raoe. ijiiMii I J. i«b en remercie, et elle fera rapptjrt de votre benne -nfc-MiÉf à Tempereur qai, daas toutes ses lettres, b ekv^ ée recommander de rester une. » (}n ne toocfaa phs à b tion des troupes permanentes, el les conseillers de b fissurèrent officieusement aux députés que n'a^-ait jamais été de donner une suite immédnie k celle | du prrjjet : cet'iit, prétendaient -ils, une simple BMAMt de pnkïaution qu'on n'aurait exécutée qn*eD cas de nécessilé, après avoir entendu les états '.

Charles- Quint, tranquillisé par les dispositioos prises \nmr In défense de ses états et par les rapports fins rassurants (le SCS agents -, était parti pour TAfrique. On Ta biifflé (lavoir voulu, « capitaine nouveau, • comme il le disait lui-mémo \ diriger cette expédition alors que tant de grand» intérêts réclamniciit sa présc*nce en Europe. On raoeoa même d'avoir pris cette résolution pour ne pas être obligé de (*(jml)atlre Soliman en Hongrie. « Jamais, disait-on, on navait vu un prince fuir l'ennemi avec tant d'appareil. » De telle? imputations ne se réfutent pas. S'il céda à quelques cotôi- (lérations particulières, ce fut à un désir de gloire; ce fut ao

» lieg. Aert Van der Goen.

• Voir Papiers d'rlat de Granrelle, II.

* Leltre des îî vi 26 juillet 1535. Correspondms, W, 493.

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