VI
criminel, disaient-ils, avait résisté alors à toutes les tortures, grâce à une vieille femme, demeurant près de Saint-Pierre, qui, pendant qu'on appliquait Tinculpé à la question, allumait une chandelle de cire jaune et, par ses conjurations, le rendait insensible. Séance tenante, le grand bailli envoya des sergents s enquérir de ce que faisait cette femme; ils revinrent avec des rapports contradictoires ' et les accusateurs de Pyn persistant à croire au sortilège, on fit arrêter un prétendu nécromancien, nommé Henri Paelinck, et la femme d'an barbier ^ Enfin, le grand bailli proposa de reuvoyer l'accusé en prison et de remettre son* jugement aux écbevins de h keure ^ Les délégués de la bourgeoisie y consentirent, subordonnant leur consentement à celui des deux autres membres. Mais ceux-ci « requinent qu'on mit les cordes es vieilles plaies de la première torture. » Le maître des hautes œuvres ayant déclaré que « la chair de ces plaies était morte et sans sentiment, ils lui enjoignirent de plus serrer les cordes sur le gras des jambes et sur les grèves, et de plus tirer les orteils, ce qu'il fit tellement que l'une des cordes se rompit. f> Alors seulement ils permirent, « pour cesle fois, de le retirer du banc de torture, en lui recommandant dépensera son affaire jusqu'au lendemain. » •
La plupart des corporations passèrent la nuit sous les armes. Le jour suivant (27 août), dans une assemblée générale des métiers et des tisserands, ces derniers demandèrent qu'on fit justice du coupable et qu'on lui envoyât un ou deux religieux, pour recevoir la confession de ses crimes. Abordant ensuite un autre oidre d'idées, ils réclamèrent la prompte exécution de
' M. RiTTER, Der Au f stand in Cent, 46Î.
' D'HoLLANDER, 408. — botic von Memorieny cit. de M. J. B. Ca!^>ae»t. 1. c
' D'iloLLA^DER. — Cori Verkael — M. Kervvn de Lettenhove.
tous les articles contenus dans leur proposition du 91 août; de nouveaux serments des échevins et des officiers de la ville; la destitution de tous les fonctionnaires nommés contrairement aux privilèges de la commune. « Nous ne nous séparerons pas, ajoutèrent-ils, avant d*avoir obtenu pleine et entière satisfaction. > Le même jour, parurent une proclamation promettant une prime de cent florins carolus à quiconque livrerait des fugitifs, < et autres édits conformes auxdits articles de la collace. » De leur côté, les métiers remplacèrent le pensionnaire Jean Baert, par Philippe Diericx, un des avocats récemment callangés \
En présence de passions déchaînées d*une p;)rt, d une lâche pusillanimité de Tautre, le sort de Lievin Pyn n'était plus douteux. Marie de Hongrie essaya de le sauver, en lui adressant une déclaration justiflcative ; mais ni lui ni son avocat ^ ni le président du conseil de Flandre, n'osèrent s'en servir *. Le 28 août, les échevins de la keure le déclarèrent convaincu d'avoir poussé au vote de l'aide de 400,000 livres; transmis à la reine, de concert avec les autres députés, on consentement contraire à la résolution de la collace; livré la clef du Secret; employé à son usage le bien de la ville, et, de ces chefs, le condamnèrent à mort^. En entendant cette sentence, « ledit Lievin Pyn leur remonstra, bien franchement et d'un cœur viril, la grande lâcheté qu'ils faisoient de ainsy l'envoyer au supplice, par crainte du peuple, sans qu'il l'eust neullement mérité, comme bien ils le
' D'HoLLANDSR, 406-408.
* « Item, à l'advocaet qui pour lui plaidoia es vierschares, xx sols. • Compte de F. Van der Gracht, précité.
' DHOLLANDEft, 443.
W6id.. 408. - Cori rer/koe/.
sçavoient. Il leur dit aussy que, s'ils eussent esté gens de cœur, ilz eussent bien empesché ladite commotion, au commenchement d*icelle, en faisant bonne et roide justice des premiers, mais qu*ilz n*estoient point tous sy bons les ungs que les autres. Du reste, il prioit Dieu, qui sçavoit et cognoissoit le tout, de leur pardonner sa mort; quant à luy, de trèston coeur il la leur pardonnoit. Il la prendroit même en gré pour tous les péchiés qu'il povoit avoir commis, si, par sa seulle mort, toute la commotion et trouble, qui estoit en ladite ville de Gand et encoires apparent de y estre de plus en plus, pouvoit estre apaisié V » Après un repas, auquel assistèrent a multitude de gens de bien, qui le vindrent consoler % > il se confessa', et but le \in offert aux condamnés *. Ce fut c assis dans une chaière, car son corps tant estoit débile de la torture qu'il ne se povoit nullement soubstenir, » qu'il fut porté sur l'échafaud dressé en face du s'Gravensteen et de l'élise de Sainte- Pharaïlde. Dans le trajet, « il viest et recongnut plusieurs de ses amis, dont il prit congié d'un coeur d'homme: de sorte que plusieurs feurent constraints de plourer de pitié, mais luy-meismes les resconfortoit, ayant tousjours bonne espérance en Dieu et en sa miséricorde, de tant plus qu'il moroit innocent des cas que on luy imposoit. Il disl au peuple, estant sur ledit eschaffault : Enfans, je sçay bien que.
' Helation des troubles, II.
* a Payé à Pierre de Bie. officier en ladite ville, la somme de xxiiij sols p a cause de semblable somme par luy déboursée au dernier repas de Lievm Vicien la pré<:édente année exécuté, et ce pardessus l'ordinaire du meismes repa> mis en compte de ladite année, et ce à cause de la multitude des gens de bien qui le vindrent consoler. » Compte de F. Van der Gracht. précite, de 4i>40- 4544. f« viij.
* « Item, pour les prebslres qui le confessèrent, vj sols. » Ibid. < « Item, pour le vin, xij sols. » Ibid.
TROUBLES DE LA FLANDRE. - SUPPLICE DE LIEVIN PYN. 3i1
aussy lost que vous aurez veu mon sang, et en dedans 6riel temps après, serez dollens de ce que faictes présentement et me regretlerés, mais il sera trop lard *. » Lorsque sa tête fut tombée, ses enfants et ses amis vinrent enlever son cadavre qu ils inhumèrent à côté de Tautel de Sainte-Anne, dans l'église de Saint-Nicolas, sa paroisse ^.
La plupart des corporations avaient assisté en armes h cette fatale exécution ; elles se retirèrent ensuite dans leurs maisons et s y établirent en permanence. En vain le grand bailli, le grand doyen (Jean de Block), le doyen des tisserands (Josse Van der Haghen), allèrent-ils de métier en .métier les exhortant à reprendre leurs travaux habituels : € II reste d autres résolutions de la coUace à exécuter, leur répondit-on ; nous ne déposerons pas les armes avant rentier accomplissement des volontés de la commune. » — « Et envoyèrent messagers de Tun à l'autre requérans de vouloir demeurer ensemble et s'assister mutuellement jusqu'au bout'. » Au cloître des Bogards, où étaient réunis environ huit cents tisserands, à peine le grand bailli eut-il pris la parole, que Laurent Claes lui notifia l'intention de -l'assemblée de ne se séparer qu'après l'anéantissement du Calfvel, « qui avoit été dépéché au grand préjudice de la commune, sans collace et sur un blancseing de Sa Majesté. » — « Comme le grand doyen se voulut excuser, disant ne sçavoir parler dudit acte, Laurent Claes le blasma fort en lui donnant injurieuses paroles et lui en montrant copie. » Eifrayés de cette nouvelle prétention attentatoire à l'autorité de l'empereur, qu'on avait, avec soin, jusqu'alors écarté du débat, les échevins adressèrent aux
• Itelaliondes troubles, 13 et 45.
^ Ibid., 16. — Corl Verhael.
' Ibid, — DHOLLANDER, 108.
métiers de pressantes représentâtioûs sur les dangers de leur conduite. Les tisserands chargèrent Laurent Glaes dy répondre et dexposer les motifs de leur réclamation, eo promettant de c le porter indempne et de le deff'endre jusques au dernier homme de tout ce qu^il diroit V »
Le 29 août, le député des tisserands se présenta devant les collèges échevinaux, accompagné de deux doyens et d'une troupe d'hommes armés. « Vous n*ignorez pas, dit-il, que nous n*avons jamais reconnu à un pouvoir quelconque le droit d*annuler nos privilèges, et que toute décision prise sans ravis de la commune, est nulle. Quand le souverain de ce pays jura de maintenir nos privil^es, le peuple objecta que la paix de Cadsant ne pouvait survivre, que puisque im)us avions satisfait à ses conditions, payé les tributs qu'elle imposait, nous devions rentrer dans tous nos anciens droits. Quen est-il résulté? Ceux qui montrèrent alors du zèle pour le bien public, furent ou bannis ou déportés; on récompensait ainsi de généreux citoyens d'avoir défendu nos droits et nos libertés ! Le prince fut-il satisfait de ces rigueurs ? Vous savez tous le contraire : vous vous rappelez encore comment il se plaignit de la douceur des peines, accusant le magistrat de tiédeur et de connivence, comme si réclamer lexéculion de nos lois, était un crime ou une trahison. Puis, pour mettre le r'omble à ses mépris, il décréta, sans consulter le peuple, le maintien de la paix de Cadsant, exigea de tous fonctionnaire le serment de la maintenir au péril de ses jours. Cet acte arbitraire et illégal ne saurait nous obliger. Nos lois n'en reconnaissent pas la validité ; et nous n'en sommes pas encore à plier nos têtes sous une pareille tyrannie. Personne, je le dis à
' IVHOI.LANDER, 109, 115.
haute voix, n*a ici dautorilé que le peuple. De tout temps, il a exercé ces droite qu'ont achetés nos aïeux, qu'au prix de notre sang nous avons nous-mêmes plusieurs fois défendus. Quand, trahis, nous fûmes assez malheureux pour succomber, aux champs de Gavre, vaincus, nous perdîmes et nos droite et nos libertés. Ne les avons-nous pas reconquis depuis? A quoi la paix de Cadsant nous a-t-elle obligés, sinon à des subsides, que nous avons acquittés? Qui donc oserait soutenir qu elle doive rester en vigueur? Y a-t-il des magLstrate méconnaissant leurs devoirs au point de le prétendre?... Eh bien, qui nous arrête? Il est temps, à la fin, de montrer que nous sommes encore les fils de ces braves Gantois qui, dans les plaines de Courtrai et de Roosebeke, versèrent leur sang pour la patrie. Trop longtemps nous avons souffert en silence ; il faut que le mal soit réparé, que le peuple reprenne ses droite, que les lois punissent les traîtres qui les ont outragées ^ »
La question était si grave que les échevins cherchèrent, de tout leur pouvoir, à l'écarter; mais les députés des tisserands furent sourds à leurs objections, et ils se retirèrent brusquement, en déclarant que le peuple y mettrait bon ordre. Le 30, en effet, il fallut tirer du Secret le Calfvel et les autres actes imposés à la commune, pour en faire lecture publique, et la multitude exaspérée en demanda, à grands cris, l'anéantissement. Ce ne fut point sans peine ni danger, qu'on lui fit comprendre que lacérer un acte portant la signature de lempereur c'était outrager l'empereur luimême; pour l'en dissuader, le magistrat dut promettre de conserver le Calfvel à l'hôtel de ville et d'envoyer h la régente une députation des collées des deux bancs, pour en obtenir
' Nous donnons ce discours d'après M. STBtii. qui en a puisé les éléments dans les Enquêtes criminelles.
3i4 RÉGNE DE GHARLES-QUINT EN BELGIQUE.
ia révocation. Encore ce palliatif ne calma-t-il qu'un instant les esprits; le même jour, les tisserands exigèrent l'arrestation des échevins survivants qui avaient adhéré au Calfvel« la séquestration de leurs biens, et le prompt châtiment des coupables *. On ne parvint à trouver que deux de ces anciens magistrats, Jean De Vettere et Jean Van Wyckhuuse; les autres, justement effrayés du sort de Lievin Pyn, avairal pris la fuite et gagné Anvers ^ On se borna toutefok à un inte^ rogatoire : De Vettere déclara « que, en l'an 1515, ledit acte avoit été dépéché du propre mouvement de lempereur; puis, en présence des collèges des deux bancs et de quelques notables de la bourgeoisie, assemblés au lieu de la collace, le (chancelier avoit apporté ledit acte et l'avoit fait lire publiquement en disant que l'archiduc vouloit qu'il fût strictement gardé et observé sans aucune infraction. » Van Wyckhuuse prétendit « n'en avoir mémoire. » Les agitateurs axaient compté sur d'autres révélations, et leur désappointement éclata « en grands murmures de ce que on ne appréhendoiï point losdits De Vettere et Van Wyckhuuse pour les interroger plus élroileinent. »
Les méliei^s et les tisserands restèrent sous les armes, et, le F' septembre, une députation de leurs doyens se présenlii à riiôtel de ville. Laurent Claes, chai^gé de porter la paix)le, exposa, dans « une bien longue proposition, > leur volonté Ibrinelle de casser le Calfvel. En vain les échevins, objectant rinipossibilité de se prêter h cette mesure séditieuse, proposèrent-ils d'enfermer ce règlement et de le laisser sans effet jusqu'à l'arrivée de l'empereur, « ils ne se voulurent de c*e
' Corl Verhacl. — ApponJire précilô, 599. — D'Holla.>i)er, f45. ' (délaient Guillaume Do Waele, Gillt»s Stalins, et le pensionnaire François De Brun(\ alors avocat fiscal du conseil de Flandre.
contenter, requérans instamment sa cassation, b Interrogé par les magistrats, sur ce qu il savait des cii*cons(ances relatives à la promulgation du Calfvel, Laurent Claes prétendit avoir entendu, la veille de sa promulgation, des échevins « en parler d une manière grandement préjudiciable à la commune » et d*autres réclamer la suppression de privilèges contraires h leurs intérêts particuliers. La discussion, qui s'entama ensuite , aboutit à une résolution des échevins de soumettre la demande à la coUace \ Le grand bailli toutefois essaya encore de faire adopter leur proposition première, promettant, si Ton se bornait ù déposer le Calfvel en lieu sûr, jusqu à décision de la régente, de s'engager par écrit à ne jamais arrêter, ni emprisonner personne en vertu de cet acte -; mais « ce fut pour néant. Les métiers et les tisserands disoieut que, quand Tempereur, comme comte de Flandres, avoit fait ledit statut, il estoit josne, sy comme de quatorze à quinze ans, et partant ne sçavoit lors ce qu'il faisoit. Or, comme il lavoit donné à la requeste d'aucuns qui lors gouvernoient en icelle ville et aussi au pays, pour leur sceurté et bien particulier, ils n'en voulloienl riens tenir ^. » Avertis que la bourgeoisie inclinait vers une transaction, ils s'empressèrent de la prévenir. Les Creescrs et leurs affiliés, au nombre d'environ cinq cents, se rendirent à l'assemblée de ce membre, et se mêlèrent, malgré les protestations des modérés, aux délibérations, qui furent empreintes d'une extrême violence *. La collace se réunit le 2 septembre, sous le prétexte ostensible de voter l'affermage des accises. Mais, dès l'ouverture de
• DHOLLANDER. <45, 116, iil.
■ Cort Verhaei. — Relation des troubles. ' Heiation des troubles, 49.
* DHoLLA.NDER, i 16, H7, 418. — M. Steir.
la séaDce, rassemblée fut saisie de la proposition des métiers el des tisserands. Le grand bailli la combattit avec une certaine fermeté; il représenta que détruire leCalfvel c'était s*ôter toute chance de conciliation avec Tempereur, et qu'il s'exposerait lui-même au dernier supplice, s'il révoquait des actes émanant directement du souverain ^ Ce discours produisit de Tetiet; et de Thésitation se manifestait dans les esprits, lorsque Torfévre Guillaume De Mey prit la parole^ Accusant de lâcheté ceux qui n'osaient répondre à un vlabakker^y soutien dn pouvoir absolu contre les droits de la commune, il se répandit en menaces contre les traîtres, et, soutenu par les clameurs de ses adhérents, il emporta les résolutions les plus révolutionnaires*.
Les trois membres demandent que le Calfvel soit brûlé ou cassé publiquement; les tisserands exigent, de plus, l'anéantissement dun autre règlement publié en 1531, par le conseil de Flandre et appelé par le peuple le petit calfvel. Les ma^trats qui ont accepté l'acte de 1515, doivent être arrêtés et leurs biens séquestrés. Le même sort est réservé aux denx ^^rands doyens, Jean de Block et Josse Vanderhaghen, devenus suspects pour s'être joints au grand bailli et aux échevins dans leurs lenUUivcs de modération. Enfin, l'assemblée adopte d'autres motions prescrivant de rendre aux fossés de la ville leur ancienne profondeur; d'établir des guets de voisinage, en leur donnant de nouveaux mots d'ordre; de vendre les biens des fugitifs au profit de la commune; de destituer les serviteurs des commissaires élus en remplacement des
' DHOLLAKDER. — M. SxEl R.
* Sol)riquet injurieux donné aux adversaires des Creesers.
* Déposition do Liesin Hobsrhap, du 28 février 1540. cit. de M. Stei». 72. 73
TBOUBLES DE LA FL.\NDRE. — LACÉRATION DU CALFVEL. 327
trésoriers; de commellre neur députés pour recevoir les arrérages des fermes couraotes, des droits dissue échus et à échoir, pour cootrôler les comptes de la ville depuis Fan 1596. Quant à Taffermage des accises, elle refuse de s en occuper, avant d avoir vu exécuter toutes ses résolutions. Le grand bailli tenta un dernier eifort en faveur du Calfvel, mais les agitateurs l'interrompirent par les cris : « Nous ne partirons pas si ledit Gilfvel nest déchiré! » — « tellement que, pour apaiser le peuple, on déclara que on Tenverroit quérir*. »
Ensuite de cette décision, « ledit statut fut mis sur le bureau en la maison eschevmalle, pi*ésens toute la loy, le grand doyen, ceulx des mestiers, anciens bourgeois et tout le peuple qui voulloit venir. Illecq le grand doyen le cassa d*un coup de couteau en travers; le doyen des tisserands fit le semblable, et ainsy de suite le premier eschevin de la keure, et le premier escbevin des parcbons. En tel estai cassé fut délivré à la foule et en*ung instant fut par elle pris et rompu, tant le sceau que le parchemin, en plus de mille piëches (2 septembre 1539) -. • On vit des hommes s en arracher des morceaux et les avaler ^ quelques-uns les foulèrent dans la boue; d'autres les attachèrent orgueilleusement à leurs bonnets, « comme leurs pères s'étaient parés, en 1467, des débris de faubette des commis de la gabelle ^ »
Le succès des Greesers était décisif, et, dès ce moment,
' D'HOLLANDER. 4I8-H9.
■ Mation des troubles, 48. — Le récit de D'Hollander diffère de celui-ci en ce que, d'après lui, les pensionnaires des trois membres lacérèrent le Calfvel en trois pièces, qui furent jetées au peuple.
' Soo verhart zynde, van de sticken in banden bebbende de selve aeten in heurlie<Jen licbaemen. Corl Verhaei
* M Kervy.n db LETTE>novE, VI, \0i. — Relation des troubles.
ils ne dissimulèrent plus leurs vues. En lacérant le Calfvel, (jue la signature de Tempereur semblait rendre inviolable, ils n*avaient point obéi «^ un sentiment d'aveugle fureur : ils avaient voulu détruire un prestige et préluder de la sorte h l'anéantissement de tous les actes originaux contraires aux anciens privilèges de la commune. Lorsque la séance de la colkice fut reprise, « incontinent la foule cria qu elle vouloii aussi avoir déchiré la copie du Calfvel enregistrée au rouge livre, » où il avoil été transcrit par ordre exprès de Charles- Quint; et il fallut céder encore. Ensuite elle réclama la destruction du petit calfvel de 1531, et il eût certes été anéanti, si le pensionnaire des métiers, Philippe De Blick, n'avait déclaré que ce règlement se trouvait à Matines, produit dans un procès devant le grand conseil. Il fut aussi question de la paix de Cadsant; mais, se fondant sur Tabsence de résolution de la collace à ce sujet, le parti modéré résiste aux clameurs et aux menaces; on en serait même venu aux mains, si les chefs des Creesers n'avaient craint de compromeltre leurs avantages. Laurent Claes représenta que rohjeclion méritait un sérieux examen, et, ayant obtenu le silence, il lut lenlenieiit, article par article, les résolutions de rassemblée. Il rnrnenn ainsi le calme dans les esprits, et la discussion fut renvoyée à une prochaine collace. « Finalleniont le pensionnaire de In ville, au nom du magistrat, remerchia les trois membres de leur bonne assistance, et promit qu'il seroil fait bonne justice, suivant les résolutions arrêtées. Ainsi se départit cette notiible assemblée'. »
Malj^^ré la légère résistance éprouvée par les exaltés, leur triomphe nen était pas moins éclatant; aussi malheur à
' DHOLLANDER. — M. StEIR.
quiconque eùl tenté de les arrêter! Le même jour, le grand bailli lançxi des ordres d^amener contre les échevins survivants de 1515; mais Jean Van Wyckhuuse et Jean De Vellere avaient déjà rejoint leurs anciens collègues. En même temps, des visites domiciliaires eurent lieu chez une foule de personnes suspectes , qui n échappèrent à lemprisonnement que par la fuite. En peu de joui*s Témigration fut considérable, et, débandasses ainsi de leurs adversaires les plus influents, les Creesers s'emparèrent de Taulorité, que leur abandonna entièrement un magistrat désorganisé par la retraite d'une partie de ses membres, déconsidéré et suspect aux yeux de tous les partis. Lievin Hebscop remplaça le grand doyen Jean de Block qui sétait soustrait aux poursuites dont il étxiit l'objet, et de nombreuses destitutions livrèrent toutes les fonctions publiques à la démocratie *.
Chose remarquable, l'ordre se rétablit alors sur-le-champ, et, malgré les violences dont elle venait d'être le théâtre, « la commune de Gand parut jouir de la plus grande sécurité. » Il n'en était pas de même dans les chiUellenies, où des nouveautés de toutes les espèces troublaient les esprits, où se répandaient l'agitation et Fanarchie. « Ceux qui ne payaient plus d'impôts à Gand, n'en voulurent plus entendre parler ailleui*s. Plusieurs marchands avaient acheté des marchandises h Audenaerde; on les requit d'en payer les droits : Nous sommes tous, dirent-ils, de la commune de Gand, la collace nous a déclarés francs, et nulle part nous ne payons plus rien ! — Dans d'autres temps, les agents du fisc se seraient moqués de la collace et de ses décisions; mais il fallut bien alors souffrir ce qu'on ne pouvait empêcher. » Les magis-
* Cort Verhael. — Relation des troubles
aao RÈGNE DE CHARLES-QUINT EN BELGIQUE.
irais des châlellenies tremblaient au souvenir des représailles exercées naguère par les Gantois contre les petites villes et les villages qui avaient abandonné leur parU, et n'osaient entraver des projets qui devaient attirer sur leurs têtes les vengeances du pouvoir; sur leur pays, les calamités de la guerre civile. On voyait clairement, en effet, où tendaient les empiétements commis sur Tautorité souveraine; or, pour atteindre le but des agitateurs, il faudrait de longues et sanglantes luttes, et, comme toujours, les campagnes en éprouveraient toutes les horreurs *.
Marie de Hongrie avait appris à La Haye Tarrestation de Lievin Pyn et le pr(^rès des troubles; ce furent les seigneurs de Sompy, de Liedekerke et de Wyngene qui Ten informèrent , « car le grand bailly de Gand estoit en telle perplexité qu*il ne pouvoit escripre, ni advertir des manières de faire de la commune. » Sans perdre un instant, la rdne avait envoyé au prisonnier une attestation qu'elle n*avait jamais reçu de lui ni de ses collègues « consentement à Taide de 400,000 carolus. » En même temps, elle prit des mesures pour isoler la révolte. Le seigneur de Sempy, alors à Bruges, reçut Tordre d y rester et de travailler à maintenir cette importante cité « en sa bonne affection envers lempereur. » Il fut enjoint au grand bailli Van der Gracbt t de demeurer à Gand, tant que, sans danger de sa personne, le pourroil, » et de ne plus procéder à des arrestations; il alléguerait à cet égard l'absence d'informations contre les prévenus. Toutefois, en cas de force majeure , il valait mieux les appréhender et « les traiter par voie de justice, que de les laisser entre les mains de la commune. ^ Tous les nobles possédant des châ-
' D Hoi.i.wDER — M. Steir.
teaux dans le quartier de Gand (le seigneur de Beveren, pour son château de Beveren; le comte de Buren, tuteur des enfônts de Montmorency, pour leur château de Nevele; la douairière d'Egmont, pour son château de Gavre; la marquise d'Aerschol, Jeanne de Halewyn, pour son château de Tamise), les capitaines et autres officiers d\\udenaerde, de Courtrai, de Biervliet, de TÈcluse, de Rupelmonde, de Gravelines, de Tournai, d'Arras, de Béthune, de Saint-Omer, de Bapaume, furent requis de se prémunir contre d'éventuelles tentatives de surprise. « En outre, la i^égente escripvit au président du conseil de Flandre quelle estoit esmervoillée n'avoir advertence de luy , requérant faire meilleur devoir de luy escrire de la conduite de ceux de Gand. » Puis, émue de la fin tragique du malheureux Pyn, qui n*avait même osé faire usage de son attestation ; voyant dans la destruction du Gaifvel le prélude de plus graves événements, « elle dépécha, à toute diligence, vers fempei^eur (28 août), Fadvertissant ' bien au long de tout ce qu elle avoil pu entendre, et lui déclarant qu'elle ne voyoit moyen d'y pouvoir résister sans sa .présence '. »
L'anxiété de la régente redoubla à la nouvelle que les agitateurs avaient résolu de solliciter Tinterventiou du roi de • France, pour le maintien des privilèges accordés à la Flandre par ses prédécesseurs. Elle quitta précipitamment la Hollande, et, dès son arrivée à Anvers, elle écrivit au duc d'Aerschot (6 septembre) de prendre, sans retard et dans le plus grand secret, des mesures pour arrêter au passage l'envoyé des» Gantois et surtout pour se saisir de ses papiers. En effbt, un certain Lupart Grenu , de Tournai , établi à Gand depuis dix
' D'HOLLANDER. nt-H4.
m RÉGNE DE CHARLËS*QU1NT EN BELGIQUE.
h douze aDs, s'était cliargé de cette mission \ que les idées d'alors expliquent sans la justifier. Il réussit à tromper la vigilance des aflidés du duc et se présenta à Fontaînebleao. L'occasion était tentante pour François I". Pousser les Flamands h la révolte , au moment où les armées impériales se mutinaient en Sicile, pillaient la Lombardie, laissaient surprendre Castel Novo par Barberousse, menaçaient de livrer la Goulette à ce corsaire, c'était peut-être venger Pavie, effacer la honte des traités de Madrid et de Cambrai. Heureusement la France était elle-même hors d'état de recommencer la lutte, et son roi , se berçant d'espérances fondées sur une alliance avec l'empereur, refusa d'entendre les propositions des Gantois -. 11 se borna à offrir à Marie de Hongrie ses bons offices auprès de la commune insurgée ; mais elle s'empressa de décliner cette médiation *. La reine, rassurée sur les suites de cette dangereuse tentative, n'en prescrivit pas moins « de faire bon guet, bonne et soigneuse garde, pour saisir le messager au retour ^ ; » mais il eut encore la chance d'échapper aux embûches.
Cependant les principaux seigneui*s, appelés h Malines, avaient engagé la rcgeiile l\ substituer aux mesures violeutes, un systcme de temporisation, afin de calmer leffervescence et de permettre à lenipereur d'agir^. Marie de Hongrie, qui venait d'exposer h son frère la gravité des circonstances ^
• Voir les or.lres donnes a d Aer^chot. Appendiœ précité, 600.
» Marti.n Dr Hellav, 403. — G. pAriAi)i\, liv. m. — S.\.ndoval. lib. xmv. § w, dit qu'il en\ONa leurs lettres à Charles-Ouint ; mais le fait est controuvé.
^ Lettre de François I"" a Charles-Onint, du 7 octobre 1539. Papiers delat de Granvelle, H, 540 — Appendice précité. 258.
^ Lettre du tO septembre 1539. Appendice précité, 005.
' M. Stkir.90
" Lettre du H septembre. D'IIolla.nukr. ii6.
TfiOl BLES DE LA FLANME - LACUIATION MJ CAUPVEL. 4m
devenue telle quelle nefusa aux geutilshonunos de sa ciHir ia penniâsioo de se rendre aux obsèques do la ducho$$<^ JAeKchoi \ adopta cet avis. Faisant surseoir aux oxMilions ordonnées au sujet de laide, elle convoqua à Malincs les députés des membres de Bruges, tf Yprcs et du FrîUK\ « pour d eulx entendre le moyen de remédier par la douiv voye et d*éviter tous maux et inconvéniens qui adviendroicnt* s il falloit y remédier par la force et la guerre. » — t Je m adresse à vous, dit-elle, afin davoir advis et conseil parct^ (|ue, cognoissans la nature du pays et des subjects, vous |H)uvez plus facilement adviser que nulz autres. De mon cùté je ferai extrême diligence et tout devoir possible, sans rien espargner, pour mettre fin à ces troubles imr douceur, bonne intelligence et amitié, car en allant par la force, ce que Dieu ne veuille, et ce qui seroit à très-grief regret do sa majesté, on mettroit le pays en grand hnzard et désolation, les bons avec les désobéissans. Je vous requiers donc do m*indiquer à cet effet quelque remède prompt et convenable. Il importe qu il soit à la moindre foule des Hujels (*X pauvres paysans du pays, que sa majesté désire soulager, cognoiMaril leur fidélité et leurs bons services'. » Les déput/'V consultèrent à ce sujet leurs commettants et revinrent lui d/*claror « qu il leiu* déplaisoit la conduite de ceux de Oand ; mai» qu'il» prioient à sa majesté y vouloir pourv^M>ir \mr la douc^^'ur et par les meilleurs moyens qu'elle p^>urroit fulvimr, h f\iupy il» estoient prêts de concourir, cofnrne Ikiu» tA U/yaux »uj^H», Quant à donner avis, il^ m le s^avoient \fffUMffU'.ui faire, ri s'en rapportoient à elle, c^imbien qu'il leur mtuWA que m venue en Flandres, en tel lieu qu'il lui pbii rr;it, M [^mwni t\m
'LeUfedaIttepènBbrKis;» kp[^i9i^^Vféit^,¥n
If.
bien convenir à laifaire. » La reine répondit à celle ouverUire qu'elle avait 1 inteotion de visiter la Flandre, dès que < sûrement et commodieusement elle pourroit le faire, après avoir avisé aux moyens de réduire les Gantois et mis ordre sur eux '. »
Dans Tentre-lemps ceux-ci n'étaient point restés ioactifs. Les collèges des deux bancs et le grand bailli, obéissant à toutes les volontés des Creesers, avaient envoyé des commissaires à Termonde pour prohiber la sortie des grains, et ordonné à toutes les autorités de leur prêter main-forte pour Texéculion de cette mesure (9 septembre) ^. Puis, la collace venait de décider le rétablissement de Tancienne formule do serment exigé des magistrats, des doyens, des offic^rsde la commune et le remplacement immédiat des écbevms émigrés ou nommés en opposition aux privilèges. A cet égard elle « remonstroit que, au renouvellement de la dernière loy, on avoit élu eschevin des parcbons ung Renier Van deD Velde, lequel n'étoit agréable à la commune ni à ses compagnons, pour ce que autrefois il avoit perpétré homicide'; or Tempereur ne pouvoit, par rémission, réhabiliter un meurtrier et le rendre habile à devenir magistrat ou à porter autre office en ladite ville *. » Ensuite de cette résolution, le 14 septembre, le premier échevin des parcbons (Charles Uuttenhove, seigneur de Marckeghem) et deux échevins de la keure (Pierre Van der Spuert et Antoine Colpaert) vinrent prier la reine de nommer des commissaires pour procéder à
' D'HOLLANDER, 125.
• Appendice précité, 601 .
^ Inslruction des députés envoyés à Marie de Hongrie, le 49 septembre «539
D'HttLLANDER, Ii3.
•Mémoire envo\é par Marie de Hongrie au duc d'Aerscbot, aux comte^ d'Hoogstraeten el de Buren. le U septembre 4539. Ibid,, 131 .
les puavùirs aôoésf^ures à cet ettH \
Haiîe de Hoogne. prèveooe par FnMK^^isi \ «n dM^ firM^l de h prodaîne arrirêe de ces dqMikSs \ «\^il c«i le k^r itc préparer sa répoose. Elle leur demamfci de lui iiKiiipier d>iK^I h lannule do nouveau senneni exîgt\ les Ui>iiis el prK^nns des écfaevius à remplacer, ei les fiiîls d iiU^lik^ c«h^;iuS. « Laquelle response dilatoire fut ainsi ailvis^^ non |HMir «iw^r inrormatîon des points dessus déciarei doni Sa M;\j«Mi^ nstivil informée, mais pour avoir temps d adveriir les 8c^^)(Hlrs tic par deçà, lors absens, et recevoir leur avis. « Sui>*ant rallenlr de la reine, les députés refbsèrenl de sVxpliquer avant d'a\t)ir reçu de nouvelles instructions, et pendant qu^ils tranamft* laîent à leurs commettants les questions de cette princoMii\ elle envoya à Tavis du duc d*Acrschol, des comtes do Hunni et d*Hoogstraeten un mémoire exposant les prélenlionn cIcm Gantois.
« Y faire droit, disait ce mémoire, n^esl-ce pni« IcMir |K)r* mettre de soutenir désormais que In paix de Onda^anl nul abolie et qu'ils sont rentrés dans In jouinwinc^e dn InnrM anciens privilèges? C*est d*nutnnl plim pn»lHil)ln qu'ilu ont anéanti Tacte confirmant les dis()OHili(irm do V4^ Irnité? Il y auroit donc une atteinte des plus khivch h t'nutfiriti* (\n mmverain, et on les verroit sur-le-(!hamp réc^lnmer la iiiif)r/*maUii sur les cbâtellenies de leur quartier et mr im nulrtm nmnhrm de la Flandre. Puis n'exigeront-iU ]mn Inliolilion de m trAît/% déjà réclamée dans une di; letim collm'>4m? Hi Ton adinet une nouvelle formule de aemvfnt, il neni fort di(fli;ile mmtiin tU» la supprimer. Enfin, comme fm voit t'Àmmiiti^mmil /pian/l tm
* Voir les imArwOnm ^itmpéim H t-m tUipfti^. Ifflm4^ê^im* I Uf
accorde à une commune chose desraisonnable et non fondée, qu*elle prend courage à continuer en ses abuz el demande davantage, n'est-il pas h craindre qu'ils ne s^arrétenl plus dans leurs exigences? D'un autre côté, rien n'empécbe d'inte^ prêter le serment d'observer les privilèges en général, en ce sens qu*il ne préjudicie pas à la paix de Cadzant et qu'elle est comprise dans les privilèges. Par cette interprétation on préviendroit toute atteinte à Taulorité souveraine, et après l'apaisement des troubles on feroit h cet ^ard une déclaration analogue h l'acte de 1515. La reine, du reste, accueilleroit la demande par forme de provisioi>^ en attendant la décision de l'empereur. Dans cette hypothèse, il est préférable de reooarir à cette apparente concession, propre à calmer les esprits, à faire cesser les réunions permanentes de la commune, que de provoquer, par un refus, de nouvelles agitations. Quant à la seconde partie de la requête, il convient d'examiner si le gouvernement a le droit de prononcer d'office la destitution d'hommes obligés de fuir pour échapper à des dangers courus pour son service, et si restreindre la portée de lettres de rémission accordées par l'empereur, ce n'est pas amoindrir son autorité '. »
D'Aerschot était à Beaumont; de Buren, à Grave; d'Hocçstraeten, à La Haye; tous trois néanmoins « s'accordèrent ensemble » qu'il fallait déférer l'affaire à lempereur ou céder provisoirement. Mais survinrent des incidents qui changèrent la situation et provoquèrent des dispositions militaires propres à allumer la guerre civile. La régente, avertie que les Gantois avaient envoyé des députés h Bruges, pour réclamer leur artillerie ^, rattachant ce fait aux troubles qui venaient
• DHOLLA.NDKR, <28H3r
* Ibid., i3«, I3Î.
TROUBLES DE LA FLAiNDRE. - LAGÉRATlOiN DU CALFVEL. 337
d*éclater à Grammonl \ et ù Tagitation qui tourmentail la commune d*Audenaerde, avait réitéré l'ordre de mettre les châteaux de la Flandre sur le pied de guerre. Le bailli et châtelain d'Âudenaerde, Philippe de Lalaing, seigneur d'Escornaix, ne répondant pas de la sûreté du château, si on ne lui envoyait des renforts, son frère, le comte Charles de Lalaing, fut invité à s'y rendre avec des gentilshommes de sa maison, sous prétexte de visiter sa mère -. Le seigneur de Courrière, Jean de Montmorency, ayant à pourvoir à la sûreté d'Alost et de Grammont, dont il était souverain bailli, la garde de cette dernière ville fut remise au seigneur de Gaesbeek , et il fut enjoint à de Courrière, qui commandait les archers de corps de l'empereur, de les appeler tous sous les armes ^. Quelques-uns furent envoyés au château de Gavre, position stratégique importante en cas de lutte avec les Gantois *.
Il importait en efl'et de pourvoir à cette éventuahté, rendue fort imminente par un incident fatal qui venait de réyeiller les passions populaires, assoupies depuis la lacération du Calfvel. En l'absence de preuves de culpabilité, on avait élargi, le 16 septembre, Jean Van Waesberghe et Lievin Lammens (arrêtés en même temps que le malheureux Pyn), sous la condition de ne pas quitter la ville et de se constituer prisonniers à la première réquisition *. A peine élargi. Van Waesberghe songea à se mettre à l'abri de nouvelles poursuites, et dès le lendemain il prit la fuite déguisé en femme,
• Lettre de Marie de Hongrie au seigneur de Gaesbeek, Max. de Homes. M. GoETHACLS, Dict. gén. et hér., art. De Hornbs.
' D*H0LLA>DE1\, 426.
' Lettre des 19 et ti septembre 1539. Appendice précité, 2U, 245.
♦ Lettre du 23 septembre. Ibid., 245.
^ Rapport du grand bailli à Marie de Hongrie^ du 48 septembre 1539. D'HoLLANOER, 437-439. — Cort Verhael. — Relation des troubles.
une faille sur la tête et suivi dune chambrière. Recouau près du Polder par des tondeurs de drap, de garde à la maison du métier, il se jeta dans la demeure d*un nommé Jacques Parmentier, escalada un mur et gagna un enclos appartenant à Simon Borluut. Mais le quartier était déjà cerné par la foule et le fugitif fut bientôt arrêté *. 11 s'ensuivit un indicible tumulte; le mot de trahison courut dans toutes les boudies, « officiers, magistrats, tous à la fois furent accusés d'avoir favorisé cette évasion \ > Des bandes d'hommes furieux se portèrent devant la maison du grand bailli, qui fut obligé de réintégrer dans leurs cachots Van Waesbergbe et Lievio Lammens, et d'arrêter deux des échevins de la keure : Lievio Donaes et Josse Seys soupçonnés d'être leurs complices l La commune courut aux armes, des canons furent trainés sur les remparts, et, à la demande des métiers et des tisserands, le magistrat convoqua sur-le-champ la collace *.
Sous l'empire des colères du moment, il fallait s'attendre h des mesures extrêmes : on y recourut en effet. L'asseoi* l»lée, adoptant les propositions écrites des métiers et des tisserands, confirma ses précédentes réfutions et décida la destilulion de tous les échevins de la keure. Puis elle exigea que Ton appliquât publiquement à la torture Van Waesbergbe et ses coaccusés, et que leurs maisons, ainsi que celle de Lievin Pyn, fussent occupées par des gardes mangeurs jusqu'après apurement de leurs comptes. L'auteur de l'arreslation de Van^ Waesbei'ghe fut récompensé; le portier de la
* Cori Verhael. - Relation des troubles — Appendice précité, 587. — Rapport précité.
' M. Steir, 1. c , 80.
* Cort Verhael. — Rapport précité. — Déclaration de non préjudice doooee I>ar Marie de Hongne, le 25 novembre 1539. Appendice précité, 291.
* Rapport du grand bailli, précité.
TROUBLES D£ LA FLANDRE. - LACERATION DL CALFVEL 339
prison, accusé de coiiaiveoce. Tut suspendu de ses fouclions; et roQ mit à la question un sei^nt de ville, « pour savoir de luy à quelle fin il avoit menacé ceux du guet. » Ensuite la collace résolut de démettre divers fonctionnaires, entre autres, les officiers et les sergents du grand bailli, et de les remplacer par des « gens de bien ; » — d*appeler de la sen* tence du magistrat de Bruxelles dans Taflaire de Renier Van Hufiel: — de porter à 600 florins carolus la prime offerte pour larrestalion des fugitifs, et c d*écrire par tout Flandres et ailleurs bors Flandres, attachant billets aux portes des villes, contenans leurs noms et surnoms, pour les tant mieux recouvi-er; de soumettre leurs serviteurs à un examen sévère, afin de découvrir leurs retraites. Elle arrêta aussi d enlever aux échevins de la keure la vérification des comptes, den charger des commis spéciaux, et de soumettre exclusivement aux trois membres les questions de finances; — d*acbeter, chaque semaine, un ou deux bateaux de blé pour les revendre aux ouvriers sans ouvrage; — de réunir les matériaux nécessaires pour barrer, au besoin, la Lys et TEscaut, au pont du Cupgat et à la grande écluse de la Turrepoorte de Saint- Bavon; — de s'approvisionner darlillerie, de poudre et de boulets; — d'établir des ponts-levis et des barrières; — de jeter sur le bassin communiquant à la Lys et à la Lieve, près de la Waelpoorte, un pont, aux frais du béguinage de Sainte-Elisabeth, qui ferait également approfondir ses fossés, attendu qu'il en avait eu le profit ; — et d'abattre tous les arbres pouvant gêner la défense de la ville *. > En informant Marie de Hongrie de ces événements, le grand bailli lui exposa l'état de la ville et la nécessité de
* DHOLLANDKR, 132.
pourvoir sans retard au « sauvement des bons ei loyaux sujets de l'empereur. » — « A cette heure, dit-il, nest plus lieu de délai. Quant est de ma personne, je me suis volontiers employé et tenu eu cette ville, comme encore je le ferois, si j'espérois, ou si apparence aucune étoit, de savoir faire service à Tempereur. Mais, considéré que j'ai expéri* menlé en vain tout mon pouvoir , et qu'il n'est ea moi seul de modérer une si très-difficile et ardue affaire. Votre Majesté me pardonnera et prendra de bonne i>art mon service, mais je suis délibéré de sortir de la ville, ce qui me semble mieux être fait et à mon plus grand honneur, que de faire choses contre Sa Majesté, que l'on me pourroit ci-après reprocher. » Il la prévint que le lendemain soir arriveraient six députés chargés de lui demander le renouvellement du magistrat, c ce que, à son opinion, falloit faire sans délai, » et il l'engagea à statuer sur leur requête le plus tôt possible '.
Le 18, durant quatre heures, on donna la question k Van Waesberghe et à d'autres prisonniers, en présence des chefs des tisserands. En même temps, on redoublait de sévérité dons la surveillance des suspects. Il fut défendu de sortir de la ville ou d en emporter aucun objet sans autorisation ; les gardes et les patrouilles furent augmentées; tous les bourgeois absents reçurent l'injonction de revenir en ville, sous peine de confiscation de leurs biens. Ces rigueurs ayant provor|ué de nouvelles émigrations, on publia, le 23, au son de la trompette, les noms des fugitifs dont la tête était mise à prix; ces noms furent affichés, par ordre de la collace, aux portes de toutes les villes de la Flandre ^.
' H.ipport du 18 septembre <539. D'Holla?ider. <37-<39. ' C'étaient messire Philippe de la KethuUe, seigneur de la Haverie; Jacques Van Melle, Gilles Stalins (Handbhel), messire Josse Triest, Jean de Backere
Au point OÙ élaient arrivées les choses il fallait se mettre en état de soutenir la résistance par la force. A cet effet la commune décréta de nouveaux ouvrages de fortifications ; pour les construire et les armer, elle leva des emprunts forcés sur les couvents et les plus riches habitants. Elle réitéra ses réclamations près des Brugeois, et ceux-ci ayant refusé de se dessaisir, sans un ordre exprès du souverain, du dépôt que son aïeul leur avait confié , « lesdits de Gand en furent foi*t courrouchiés, disans quils s'en vengeroient bien cy-après, comme ils avoient fait autreffois. » Les métiers réparèrent leur artillerie et leurs armes; ils établirent de nombreux postes pour la garde des rues et des carrefours. On dénombra les habitants pour les répartir en connélablies, commandées par des capitaines dévoués à la cause populaire. En même temps, de nombreux affidés parcouraient les chûtellenies, les encourageaient dans leur refus de faide, les engageaient à s*unir aux Gantois « qui s en porteroient garans envers et contre tous. » Le peuple, bercé de Tespoir d'une diminution dans le prix des denrées et d'une active reprise dans les affaires, appuyait ses tribuns, qui lui disaient : « Par tel moyen nous mettrons ordre et i)ollice sur toutes les besongnes et allaires d'icelle
Jossc De Grave, Jean Van den Eeckhaule, Guillaume De Ruddere, Lievio Myte. Josse De Brune, Jacques De Grave, échevins de la keure en <536; Gilles de Baenst, premier échevin de la keure en <537; Gilles Van Huffel, Pierre Van Dyckele, Antoine de Baenst, Lievin de Grave, Simon De Buck, Antoine Stalins, échevins des parcbons en 1536; Jean Van Wyckhuuse, Jean De Vettere, Guillaume De Wale, échevins de la keure en 1514; Jean de Block, grand doyen des métiers en 1538 et 1539; Lievin Blomme, pensionnaire de la ville en 1537 : Jean Seys, Renier Van Huffel, échevins de la keure en 1539; le pensionnaire Sébastien de Haen. Jean Baert, dont le gouvernement avait récompensé les ser\'ices par une place de conseiller au grand conseil de Malines (1538) ; Jean DeSomere, et tous les membres du conseil de Flandre, qui, avec l'avocat fiscal François De Brune, s'étaient réfugiés à Anvers.