‹ Histoire du règne de Charles-Quint en BelgiqueChapitre 29 sur 39 · VL · texte numérisé non relu

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342 HÉGNC DE CHAHLES-QUINT EN BELGIQUE.

ville de Gand et aussy audit pays de Flandres, conséquero* ment sur tous les autres pays de jmr dechà. Par ce moyen, le temps, négociation et gaignage seront meilleurs audit pays ; marchandise aura aussy beaucoup mieulx son cours. Par ainsy le peuple vivra plus à son ayse et en beaucoup plus grande liberté. » — « Ce que ledit peuple de la ville de Gand oyoit voullontiers, désirant toujours liberté '. »

Ces excitations étaient favorisées par mille sourdes rumeurs : tantôt on annonçait la mort de Charles-Quint ; tantôt on le disait porté à donner raison ù sa bonne ville de Gand, en condamnant la conduite de la régente et de ses ministres. Les plus ardents, rappelant t les temps glorieux qui avaient précédé le honteux traité de 1453, portaient surtout tes esprits à des rêves de grandeur et de prospérité que le passé ne devait point léguera l'avenir, et voulaient recommeucer une lutte qui avait été si fatale à leurs pères -. » Les magistrats (éperdus suivaient passivement le torrent. On vil « le premier échevin, Adrien Belhs, se jeter, à diverses fois, à deux genoux deviinl le peuple, criant à haute voix : « Messieurs, coupj^ezmoi la teste. » Le jçrand IkhIII ayant voulu, du couseutemeni des niéliers, expulser d une assemblée de la bourgeoisie tou> < reiix (|iii uijvoienl maison ni héritage, «un individu s écria: <' l/allîiire nie louelie et h mes semblables comme aux autres: je deiiieurenii, considéré que je contribue et fais guet ccmme îiulres. >i A ces mots, Van der Graeht tira son épée et, saisissaul rinterloeuteur an collet, il allait le traîner en prison, quanti les éclieviiis r.ccoururenl, <• crians que par ce moyen il les nieltoit en danger de la vie. Lt lirent tant qu'il dut lâcher prise ^ •

' lielalion rit s troubieh — ' M. l'i r\ v.\ de I.ettemiove. VL 106. ' Hap[H)rt ilii stieneur do 1 CMTen l't (.u presidint de Malines, du Î6 ^'^ tomhro 4 539. D Hullam)LR. <ti(i.

Jugeant que la présence de cet officier préviendrait « de plus grands inconvéniens, » Marie de Hongrie lui avait enjoint de rester à Gand, à moins qu'il ne se trouvât en péril de sa personne; certaine quil n agirait « que par bonne discrétion et pour le mieux, » elle le déchargea , par avance, de la responsabilité de toutes les mesures qui lui seraient imposées par la commune. Elle avait eu Tintention de lui adjoindre « quelque bon et noLable personnage pour, comme de soi-même, y mettre le bien; » mais, « par suite du grand changement advenu en ladite ville, elle ne trouva aucun personnage à ce qualitié qui s y voulût hasarder *. » Alors, tout en avisant à arrêter la propagande révolutionnaire, et en ordonnant au prévôt des maréchaux, ainsi qu'aux officiers de la Flandre et du Brabant, d'arrêter et d'emprisonner en lieu sûr les émissaires des Gantois, elle essaya, sinon de calmer les esprits, du moins d'arrêter les vengeances populaires. A cet effet elle écrivit aux collèges des deux bancs « une lettre gracieuse, disant qu'informée de leur intention de lui envoyer des députés pour renouveler la loy , elle étoit disposée à les ouïr, en sauvegardant les droits de l'empereur et leurs privilèges; » mais elle exigeait que la commune rendit l'exercice de la justice aux échevins, et n'attentât point à la vie des prisonniers ^.

Cette lettre ayant été adressée au grand bailli, celui-ci, de l'avis de « quelques-uns de ses bien veullans et aymans de la chose publique, » représenta qu'elle serait inopportune et dangereuse. « Moyennant sa sollicitude et avec un stratagème, » il avait obtenu, par accord des trois membres, surséance de procéder contre les inculpés, et si la collace était

' Lettre du 49 septembre 4539. D'Holla^der, 139. '/6i(i.. 140,444.

appelée à statuer sur les propositions de la reine, U craignait qu il n'en résultat « plus grand inconvénient. » Pour ramener le calme il fallait d'autres mesures, et Van der Gracht adjura la princesse de consentir au renouvellement du collège de la keure, en ayant soin d'en charger des commissaires « bien voulus de la commune, » tels que les seigneurs de Beveren, de Sempy, de Gaesbeek, de Lalaing, ou le châtelain de Cour- Irai, François Van der Gracht, seigneur de Maelstede. il l'assura qu'il n'y avait nul danger pour ces seigneurs, et qu'ils gagneraient même ^ plusieurs cry^ards, moyennant langage et bon accueil , dont ils étoient fort savans. » D'après cet officier, il sufllsait de permettre aux nouveaux échevios de ne point mentionner dans leur serment la paix de Cadzant. L'important était de se décider sans retard : « car, dit-il, sur ma conscience et iionneur, il est force de le besoigneren toute diligence et de renouveler la loi, ou il n'en viendra point de bien. Une heure me fait un jour *. »

Ainsi que la reine en avait été prévenue, les collèges des deux l)ancs lui envoycrenl, le 19 septembre, des dépiitt'S' r'iinrj^^cs de lui donner les renseignements demandés au sujet de leur précédente lequcle, et de lui remettre une copie de la l'urnuile de l'ancien serment, extraite du greffe du cuiisieil pi'ovincial \ llsdcviiicnt ausM lui communiquer les résolutions (le la collace, réclamant le lenuuvellement intégral du collège dos éciicvins de la keure et la réorganisation du corps des sergents du grand hnilli, avec prière d'acquiescer le plus

' LelInMjii i\ M'ptomhiv irs.M>. D'Hoi.landf.r. UI.

' Celle (Icputnlion était composée de six meml)res : sire Nicolas Tnest. !Sfi- ^iieiir dAuwe^lum. et \jm\^ belhs, de la poor(erye ; Lw\m Beerick et Jean De Somere, de> métiei>; .lejjii Sandei-s et Malbieu Van De>Dse, du métier ile> ti>s«M.'iiMl< ; et deux electtiiis de lannee précédente: Louis De Waelc et Jeaf De Vo> CorI Verhael. — * To/r cette formule. D"Holla>der, 44i.

tôt possible à ces demandes» afin dapaiser la commune *. Lorsque ces députés se présentèrent h Marie de Hongrie, elle avait eu le loisir de conférer avec ses ministres sur Tobjet principal de celte mission, et ceux-ci « avoient avisé que c'estoit chose de très-mauvaise conséquence de destituer ainsi une loy établie par autorité du souverain , sans alléguer cau^ ou raison sufiisante. » — « Si Ton y consent, disîiient-ils, les Gantois voudront avoir gens à leur appétit, pour, sous cette ombre, coliorer leurs manières de faire et les pallier par justice. La chose leur sera d'autant plus facile, que les gens de bien, affectionnés à l'intérêt public et au service de l'empereur, n'oseront pas, dans la situation actuelle, accepter des fonctions échevinales. D'un autre côté , il n'y a pas apparence qu'après avoir obtenu cette concession, les Gantois s'amendent, cessent leurs mutineries et déposent les armes. » En conséquence, il avait été résolu d'envoyer ù Gand « quelques bons personnages pour tacher, par tous moyens et persuasions, d'obtenir le désistement de la commune. » La reine, en informant les députés de cette décision, leur ordonna « de se tenir h Malines tant que ses commissaires seroient de retour; ce dont lesdits députés ne se contentèrent point trop bien ^. »

Marie de Hongrie chargea de cette mission délicate le seigneur de Beveren, Adolphe de Bourgogne, et le président du conseil de Malines, Lambert de Bryaerde. Les seigneurs de Poucques et de Maelstede devaient se rendre îi Gand pour les seconder; mais ce dernier représenta « qu'il avoit bien assez affaire à Courtrai, affm de pourvoir que inconvénient n'advînt en ce quartier^. » Les instructions données aux

' V. les instructions données à ces députés. DHoulander. - * Ibid., 144, 145. * Lettre de Marie de Hongrie, du 25 septembre 1539. Ibid., 155.

commissaires de la reine (23 septembre) leur prescrivaient de s'enquérir d'abord de Tétat de la ville, et de se concerter avec les personne^ dévouées au service de l'empereur, pour y rétablir l'ordre. Dans le cas où on leur conseillerait de se mettre en rapport avec les membres de la commune, ils étaient autorisés à ne pas se montrer difficiles sur l'adoption de la nouvelle formule de serment. Quant h la destitution de l'échevin Renier Van der Velde, ils constateraient que les lettres de rémission lui avaient été délivrées pour un homicide commis en cas de légitime défense, et que le privilège invoqué ne lui était pas applicable, parce qu'un homme de bien peut devenir meurtrier à son corps défendant; néanmoins, si les Gantois persistaient dans leur exigence, la reine promettait d'engager ce magistrat à se démettre de ses fonctions. Quoiqu'elle considérât le renouvellement du collège de la keure comme une atteinte aux privilèges, elle était disposée aussi à révoquer les échevins illégalement nommés. De plus, pour éviter toule cause de retard, elle s'engageait à les faire comparaître devanl elle ou devant son conseil, à destituer les non comparants et h prononcer d une manière sommaire sur le sort des autres. Kti échange de ces concessions, elle se bornait i\ demander que la commune laissât un libre cours à la justice ordinaire, cessât d'ordonner de nouvelles arrestations et d'assister h la torlui'e des accusés; que les métiers se retirassent dans leurs lieux de réunion respectifs, et n'entravassent pas In liberté des élections. Du reste, les commissaires avaient la faculté daj;ir suivant les circonstances, soit pour gagner du temps, soit |)our écarter les prétentions principales \

' Lettre de Marie de Hongrie au seigneur de Courriere. du 2:2 septembre 1539. Appendice, 245. — CortVerhael. — Toir ces instructions dans les J/fmoires de D'Hoila.nder. H 5- 151.

Les commissaires n étaient pas encore partis, qu'on reçut de Gand un rapport des plus alarmants : les métiers, « ayant été six semaines en leur chambre, se vouloient, en vertu dun ancien privilège, descendre sur le marché V » Il importait de ne pas perdre un instant, et les envoyés de la reine se mirent en route sur-le-champ. Mais, a leur arrivée à Gand (24 septembre), ils trouvèrent le peuple dans une vive agitation, et le grand bailli les engagea à ne communiquer à personne Tobjet de leur mission, dans la crainte « que la commune ne se troublât davantage et qu'il n'en vînt encore plus d'inconvéniens. » — « Il n'y a, dit-il, autre remède de préserver la ville de totale destruction que de renouveler la loi et de déléguer à cet effet des commissaires sachant le langage flamand ^. » Marie de Hongrie n'en persista pas moins dans sa résolution. Elle répondit à ses envoyés (25 septembre) : « Les Gantois m'ont demandé d'abord le remplacement des échevins absens; ils demandent aujourd'hui le renouvellement de toute la keure; si j'y consens, ayant pris pied en chose si déraisonnable, ils ne s'arrêteront plus en leurs mauvaises opinions. Ainsi, ils astreindront sans doute les nouveaux échevins h prêter le serment dont ils m'ont soumis la formule ; puis, se réputant réintégrés dans les privilèges abolis par la paix de Cadzant, ils prétendront être en droit de déployer leur grand étendard, de lever des chaperons blancs, d'entrer dans d'autres voies indues. En outre, les nouveaux magistrats seront forcés d'obéir à toutes leurs volontés; il en sortira tout mal, ruine ou dépopulation du (X)mté de Flandres, et ce sera occasion aux autres villes de réclamer de même leurs anciens privilèges. Pour dissoudre

' Rapport (Je F. Van der Gracht. D'Hollander, <5<-452. ' Ibid.

MS RÊGxNE DE CHARLES-QULNT EN BELGIQUE.

les assemblées tumullueuses, je suis disposée à concéder plus même que je ne le dois; mais il m'esl impossible de fléchir sur ce point; car ils y verroient aussitôt matière de réclamer l'exécution des autres résolutions de la dernière coUace. Or, je ne trouve convenable de consentir si cruement et si gentillement ce quils requièrent. Il ne faut pourtant négliger aucun moyen de conciliation : entendez-vous avec les grands doyens; visitez chaque métier séparément; représentez- leur que le renouvellement de la loi serait contraire à leurs privilèges, quil m'est interdit d'enfreindre sans l'autorisation de fempereur ; que la nouvelle formule de serment touche à la hauteur, à l'autorité de l'impériale majesté, et que je ne puis y porter atteinte. Je prouve mon désir de leur complaire en f>ermettant de remplacer les échevins absens; en revanche, il faut qu'ils cessent leurs assemblées illicites et qu'ils laissent aux échevins la libre administration de la justice. Je vous envoie les pouvoirs nécessaires à cet effet; je vous autorise h ajouter qu'ils me trouveront toujoui's prête à leur octroyer chos<^s raisonnables et convenables pour le bien, Tutililé et le repos de la ville. Si, sourds h vos remontrances et à vos exiiorlalions, ils repoussent ces offres, vous leur déclarerez que vos instructions ne comportent pas un renouvellement intégral du collège de la keure, mais que vous appuierez leur demande, pourvu que vous ayez l'assurance de les voir rentrer dans l'ordre après avoir obtenu celte concession. Vous pénétrerez ainsi leurs projets ultérieurs, et vous reviendrez ensuite h Malines, où j'ai convoqué d'autres seigneui*s, poiM* délibérer sur la conduite i\ tenir en ces circonstances '. ■> Cette dépêche arriva à Gand le 26, vers six heures du

' lA'tlrc (lu io septembre 1530. D'Holi a.ndkh, 152.

malin, an moment oii les métiers, restés en permanence toute la nuit, et encouragés par la découverte d'approvisionnements de salpêtre et de poudre, venaient de notifier h leur grand doyen la résolution de « descendre sur le marché. » I^our empêcher cette prise d'armes, signal de la guerre, le grand bailli promit que les envoyés de la reine ne quitleraienl pas la ville avant d'avoir renouvelé le collège de la keure *. Il était dès lors impossible de se conformer aux instructions de Marie de Hongrie; soumettre ses propositions h la commune c'était « faire tourner la chose à pis encore; car il étoil bruit par la ville que, h la première collace, les agitateurs voudroient avoir hors de prison maître Gilles Van de Beke, homme fort enclin à sédition. » Ruse et corruption étaient (îhoses usées ; il n y avait plus moyen « d'entretenii* les Gaulois de bourdes, » comme l'avait fait jusqu'alors le grand bailli; et chercher î^ gagner leurs chefs, ainsi que Marie de Hongrie l'avait prescrit à ses commissaires, « eût été peine |)erdue. » Le grand doyen, par exemple, qu!elle leur avait désigné, entre autres, « n'avoit non plus de crédit devers le peuple, qu'un enfant. » Dans cette occurrence les envoyés de la reine, d'accord avec le seigneur de Poucques, qui venait de les rejoindre, et le grand luiilli, lui mandèrent que « les choses étoient venues si avant, qu'il n'étoit plus heure de pouvoir pratiquer aucun bien, si ce n'est qu'elle donnAt commission pour le renouvellement complet de la loi. » — « Et ne doit Votre Majesté s'esbahir si ceux de Gand la forcent h ce, lui dirent-ils; car ils l'ont bien fait a votre bisaïeul, monsieur le duc Charles, lui estant icy en propre personne, de signer les privilèges qu'ils vouloient ^. »

' Lellre des rommissaires de la reine, du 26 septembre 1539. DHollander, io6. - • /6/V/.

.1511 REG5C DE CBaRLES-QLINT EN BELGIQUE.

Le gnnd bailli et le président du conseO de Flandre sap- [^lièrent aussi la reioe de prévenir les désaslreoses eonséqueiiees d'une plus longue opposition à la volcHité populaire. « En voyant Votre Majesté supposer que, non conteos d* avoir obtenu le renouvellement de la loi, les Gantois voodroient ensuite rentrer en possession d aucuns privilèges cassez, de leurs blancs chaperons et d autres choses inusitées, loi écrivit François Van der Gracht, jai été bien perplex et par trop esmeneillé que Ton trouvât gens si déviés et dénaturés de (ouïe raison, qu'ils fassent à Votre Majesté accroire telles fictions, dont oncques, Dieu me soit en témoin, ne fut ici mention. Ceux qui vous parlent de la sorte, réconfortent les bruits de vol des privilèges répandus par les malveillans. C'est une peur mal fondée, et mieulx vaudroit-elle être tue que dite. Si Votre Majesté condescend à aborder le renouvellement de la loi , comme il y a nécessité, si Ton ne veut perdre la ville avec ses adhérences circonvoisines, nous pvilfTons, je l'espcre, de grands et indicibles inconvéniens. • Il termina en rappelant qua mainte reprise, la reine ravait îissurr (le son intention « de ne modérer ce trouble que en toute (Joueeiir, » et en représentant que « sa hauteur seroit fort (Jiniinnée par In (lesconfîiure de tant de gens de bien, la démolition d'une si notable ville, la destruction de tons les pays, » résultats certains de son refus *.

Les instances du président de Flandre n'étaient pas moins pressaiïtes. Il exposa les causes d'impopularité des magistrats dont la commune réclamait la destitution, et l'incapaeilé notoire de ceux qui n'avaient pas émigré, « simples gens n'ayant jamais été en loi, n'assistant le grand bailli en fait ni

' LHtmld 26septoml)ro 1539. D'Holla.nder. 158.

en paroles non plus que de simples enfans, chose pitoyable h voir et h ouïr. » — « Il est à craindre, ajouUiil-il, quen t*as de refus, les Gantois ne passent outre et ne procèdent de leur propre autorité h de nouvelles élections, sans parler du danger de les voir assommer lesdits échevins devenus l'objet de l'animadversion publique par les propos inconsidérés des émigrés. Du reste, accueillir leur demande, ce n'est pas déroger à l'autorité de Tempereur : il a le droit de changer les magistrats commis par lui, surtout dans une cause aussi grande, juste et urgente comme le repos et tranquillité d'une pareille ville. Quant h la nouvelle formule de serment, on peut d'autant mieux l'admettre provisoirement, qu'aucun article de la paix de Cadzant n'oblige les échevins à en jurer l'observation; l'usage de la comprendre dans le serment ' date de la promulgation du Calfvel. Il importe aussi de renvoyer les députés que Votre Majesté a gardés en otages, car leur absence fiiit fort murmurer la commune. Enfin, pour l'acquit de mon devoir, je dois insister sur la nécessité d'éloigner de votre résidence les fugitifs et les émigrés. J'ai déjà prévenu Votre Majesté, par l'entremise du chancelier de l'ordre, du mauvais effet produit par leur présence à Matines, et je ne puis laisser d'encore en écrire à Votre Majesté. Sans juger personne, il est fort à craindre que leurs vies, faits et conversations ne soient finalement trouvés si sains et si justes, pour leur mériter si grande compassion d'eux, et moins encore pour ajouter foi aux opinions dont ils peuvent sans cesse emboucher Votre Majesté, afin d'embellir leur cas, et l'offusquer par des rapports malveillants contre les Gantois \ »

' Lettre du 26 septembre 1539. D'Hollaivdeii, 159.

%:ii HÊGNE DE CHVRLES QCINT EN BELGIQUE.

Des troubles avaient éclaté dans plusieurs quartiers de la Flandre*; une violente sédition ensanglantait Maestricbt, et Ton avait h craindre « semblables inconvéniens daultres costez*-. » Marie de Hongrie ne put néanmoins encore se résigner h céder, t Derechef y ayant pensé et délibéré en bon conseil, écrivait-elle à de Beveren, ne m'en trouvé-je moins empêchée, craignant et comme présupposant les fâcheuses conséquences d'une telle concession. Je vous requiers donc encore de tâcher, par tous bons moyens, de contenter le populaire et de lui faire accepter l'accommodement contenu dans vos in>tructions. Toutefois, si vos efforts n'aboutissent pas, je vous autorise à leur promettre de vous employer en faveur de leurs demandes, i\ condition qu'ils s'engagent h se séparer et à ne plus se mêler de l'administration de la justice '. » A cette dépêche était joint un nouvel exposé des motifs de son refus : « c'était sanctionner la lacération du Calfvel el abolir de fait la paix de Cadzant, en déclarant, d'une manière tacite, ces actes mauvais, iniques, arrêtés contre droit, raison et justice ; c'était conférer aux Gantois la connaissance et la judiealui'C des causes criminelles et civiles, dans les villes closi^s (le leur quartier el dans tout le plat pays de la Flandre jusque Cnsï=el; cVtriit réUihlir les chaperons blancs; c était eonférei' à la commune le pouvoir d'arrêter tous et quelconques personnes, vassaux, officiers et autres sujets de Tempereur el de les mener h Gand pour en faire telle justice, punidon et correction qu'il plairait au bailli et à la loi; celai! endn lui permetlie d exiger l'exécution de toutes les décisions

■ Circiilîiirc (Je la reine adressée aux oflicicrs de justice de la Flandre, du 26 septembre <o39. Appendice précité, 247. ' DeiM^che du 25 .septembre 1539. Ibid., 607. ' Leftrodu 26 septembre 1530. D'Hoij.ander, 162-163.

de la coliace el soumellre à son consentement les demandes d aides adressées au pays de Flandres. On verrait alors les Gantois, empiétant sur Tautorilé de l'empereur, s intituler Princes et user de commandements, et restreindre en tous points ses droits de souveraineté. En effet, déjà dans leurs re(juètes, propositions et écrits, ils ne l'intitulaient plus que seigneur naturel comme comte de Flandres, délaissant le^ titre de souverain seigneur dont usaient les trois autres membres. »

Cette opiniâtreté allait être vaincue. Le même jour, vei*s huit heures de relevée , arrivèrent de nouvelles lettres des envoyés de la reine, annonçant « quil éloil besoing d'envoyer la connnission pour renouveler la loi en dedans le lendemain malin, autrement n'y avoit d'apparence de plus contenir ladite commune. » Adolphe de Bourgogne ajoutait, dans une lettre particulière, « que si Ton nenvoyoit ladite commission, le président et luy seroient en danger et grand hasard ; » et « le seml)lal)le écrivit ledit président au chancelier de l'Ordre. » Marie de Hongrie convoqua à l'instant même (9 heures du soir) le conseil d'état. « L'affaire est de telle importance et si préjudiciable à l'autorité de l'empereur, lui dii*ent les membres de ce conseil, que, en gardant nos sermens, nous ne pouvons engager Votre Majesté à délivrer cette commission ; toutefois, pour ne pas mettre vos envoyés en danger el pour éviter de plus grands inconvéniens , il y a lieu de se soumettre à la nécessité. » La régente alors déclara que, « si n'étoit la crainte de voir tomber en danger des seigneurs qui avoient pris cette charge à 3a requête, elle ne se résoudroit jamais à une telle concession; mais, ne voulant pas qu'ils fussent victimes de leur zèle pour son service, elle étoit disposée h consentir le renouvellement de la loi, en protestant

:c>4 KEGNE DE CHARLES QUI5T EX BELGIQCE.

expi'essémeDl que celoil par force et par cootrainte '. » Les secrétaires du conseil dressèrent sur-le-champ la oammk^D donnée au seigneur de Beveren , au président du conseil de Malines, au seigneur de Poucques et à Philippe de Liedekerke, seigneur d'Everbeek, pour procéder à la destitution et au remplacement des échevins de la keure; mais la reice, qui |>ersistait à les réputer « gens de bien, souflisans et ydoines pour l'administration de la justice -, » écrivit au l)as de cet acte : « Par force et pour éviter plus grand mal, ay consenti ceste commission. Marie. > Cette phrase fut couverte par le scel des patentes, de manière à redevenir visible en enlevant la cire '! En même temps, il fut enjoint aux ofliciers de justice de la Flandre de ne pas ^éloigner de leurs déjmrtements, « tant pour s'acquitter de leurs devoirs que pour tenir soigneux regard sur la conduite du peuple; de s informer en secret des gens qui y viendroient et, s'ils poussoient h quelque émotion ou sédition, d'en faire prompte et bonne justice *. »

Les commissaires de la reine reçurent leurs pouvoirs le 27. Ils en iiilurmèrent aussitôt les collèges des deux bancs, en subordonnant la mesure à deux conditions : Tune, quelle ne |K)rleniil aucun préjudice h l'autorilé de l'empereur et que, >'il n'y donnait i)as son assentiment, la commune en assumerait toute la responsabilité; l'autre, que les assembléa^ illicites cesseraient ii l'instant et qu'un libre cours serait rendu il In juîrtire. Les ti'ois membres de la commune reçurent

■ irHoi.LAxnER, 162-465.

• Lettres de non-préjudice, délivrées a ces magistrats le 25 novembre 4539. AppeniJice précité, 29t.

' DHOLIANDER, 0>5-l68

** Circulaire du 26 septembre, précitée.

TROUBLES DE LA FLANDRE - LACÉRATION DU CALFVEL 35a

la inéiiie communicxilion du jjitind bailli; « à quoi ne fui respondu autre chose, sinon qu'ils désiroienl que, au lieu de Renier Van der Velde, autre fût coniniis en son lieu. » Les commissaires alléguèrent dabord le silence de leurs instructions à cet égard ; mais, dans la crainte de soulever de nouvelles t^empétes, ils finirent par consentir au remplacement de ce magisti'at. L'élection eut lieu le lendemain \ et, à Finstigaiion de Guillaume De Mey, les nouveaux échevins, ainsi que les échevins des parchons élus au mois d*aoùt, furent obligés de prêter serment suivant l'ancienne formule, qui ne mentionnait ni la paix de Cadzant, ni Tacte de 1515; elle se bornait à stipuler rengagement de maintenir les droits et les hauteurs du souverain, de garder les privilèges et les libertés de la commune " : celait renjettre de fait les Gantois en possession des privilèges et prérogatives supprimés par Philippe le Bon et Maximilien; leur rendre « l'usage des chaperons blancs, la suprématie sur la Flandre, le pouvoir de jugar en dernier ressort, celui de bannir, de battre monnaie, d'appeler la force armée, de fortilier la ville, d'occuper les forts de la Flandre; enfin tout ce qui constitue l'essence d'un pouvoir indépendant et souverain ^. »

• Furent élus : messire Jossede Joigny, seigneur de Pamele, qui fut ensuite remplacé comme premier échevin par messire Antoine Deleu , Mathieu Van Deynse, Rogier Van Sonnemaere, Antoine Deleu, qui fut remplacé par Gilles De Wilde, Adrien Van Damme, Martin Volckaert, Jean Van Dixmude, Lievin Van der Haghen, Josse Van der Zoffele, Lievin Van Huckelghem , Jean de Keysere. qui fut remplacé ensuite par Lievin Sleehaut, François Van Houte, et Jacob De Wulf. Cort Vrvhael — DHollander. — M.Steir.

' Kentdatden peys van Cassant te meuten is, zeyt dat hy den eet >*an schepenen veranderen wilde, om reden dat hy wilde dat men den eet deden zoude gelyk den keyser deed ondir den clock-reep. Enquêtes criminelles. Interrogatoire de Guillaume De Mey. du l*^' mars l.»i40. cil. de M. Steir. «4.

*M. Stkir.

Le 29, les commissaires notiflërent aux membres du magislrai et de la commune la fîn de leur mission. Ils les exhortèrent à reconnaître la bienveillance de la reine, en se conduisant comme bons et loyaux sujets, et les assurèrent de la ferme intention de cette princesse de poursuivre la répression des abus , sans faveur ni dissimulation, et de se prêter à toutes les mesures tendantes au bien de la ville. Cette allocution fut accueillie avec faveur; seulement la commune demanda le prompt retour de ses députés. Cette réclamation ayant été communiquée à Marie de Hongrie, elle répondit (|u'elle les eût déjà renvoyés « ne fust esté le point de la destitution des sergens du grand bailli, sur lequel elle ne pou voit convenablement statuer, sans d'abord avoir comnuiniqué avec eux; » mais elle prévint secrètement ses connnissaires que comme les Gantois étaient capables de le^ retenir « aiin d'obtenir choses plus déraisonnables, tel que le renvoi des fugitifs, dont on avoit ouï quelque vent, » elle garderait ces otages pour sûreté de leurs personnes.

Les métiers, assenjblés, le 50 septembre, à l'effet de procéder au renouvellement de leurs doyens, s'y montraient bien disposés, quand des dillicullés s'élevèrent au sujet du modi' (l'elerlion. La plupart [prétendirent ne plus se conformer à l'usage suivi, depuis la paix de Gavre, de présenter leurs candidats au magistrat ; tous s'accordèrent h exiger des nouveaux doyens un serment conforme à celui que venaient de prêter les <'M-hevins, et leleelion fut de nouveau différée. Adolpbe (le Bourgogne se hâta d'informer la reine de cet incident el, l'allriliuant il l'absence des députés retenus h Malines, il la pria (le consentir le plus t(jt possible à leur retour '. Marie de

' I) lltniANotn 171, 172

Hongrie « ne condescendit pas volontiers à lâcher ses otages. » Il lui fallut pourtant se rendre h Tévidence, el elle promit de les renvoyer le 4 octobre. Quant aux prétentions des métiers, elle déclara s'en tenir au traité de Cadzant, « et, pour ce que lesdits de Gand journellement mectoient nouvelleitez en avant, » elle ordonna h ses commissaires de revenir sur-lechamp '. Au jour fixé, elle congédia les députés gantois, en leur recommandant d'engager leurs concitoyens à se conduire, maintenant « que les choses s'étoient passées à leur appétit, » de manière à contenter Fempereur et h ne pas « encourir son indignation, dont cy après, les manans d'icelle ville se pourroient ressentir ^. » Par ses ordres on leur remit des lettres expédiées au nom de ce prince et datées du 13 septembre, € déclarant qu ils eussent à cesser toutes nouvelletez et à obéira la reine jusques h sa venue, qui seroit de brief ^. » Le même jour (4 octobre), Adolphe de Bourgogne et ses collègues quittèrent Gand sans opposition \

Cependant, au moment où s'opérait cet échange d'otages, survenaient d'autres complications, d'autant plus grandes, que désormais le gouvernement de la ville appartenait sans réserve à la démocratie. Les échevins de la keure étaient tous affiliés h ce parti, et ils justifiaient déjà le titre de magistrats des Creesers. Peu de jours après leur élection (30 septembre), ils avaient envoyé, dans les campagnes el dans les petites villes, des hommes armés afficher, aux portes des églises, des mandats intimant l'ordre de livrer à la commune les émigrés et les fugitifs accusés de la calomnier près du

• D'HoLLAMDER, 1. c. — Lettre du 4" octobre 4539. Appendice précité, V5S, ' Lettre du 4 octobre 4539. D'Hollander. t73.

*/6id, 474.

* Corl Verhael.

gouvernemenl. Cette imputation, confirmée par le grand bailli et par le président de Flandre eux-mêmes, acquérait une nouvelle force par la présence à Matines et à Bruxelles dnn grand nombre de proscrits. On prétendait, en outre, que plusieurs d'entre eux avaient reçu mission de soulever les ehàtellenies contre la cité gantoise \ Cétait un tison qui allait rallumer Tincendie mal éteint par les dernières concessions de la reine.

Le jour même du départ des commissaires du gouvernement, les métiers furent convoqués. « Il convient maintenant, leur dirent les éclievins de la keure, délire vos dovens. Le> résolutions de la collace ont été exécutées; les intérêts de la ville sont sauvegardés, et il importe de prouver à Fempereur que vous n avez pas voulu porter atteinte h son honneur, que, bons et loyaux sujets, vous n'avez pas Tinteniion de le mécontenter. De cette manière, vous le disposerez à adopter des mesures favorables à la commune; vous confondrez les malveillantes assertions de vos ennemis '. » L'assemblée, sans se prononcer, demanda une prorogation, et elle fut accordée jusqu'au lendemain ; mais, dans cette nouvelle réunion, marquée par des débats fort vifs, on ne conclut rien, et lorsque, le (), les métiers furent nippelés une troisième fois, ce fut d'un tout autre objet que de l'élection qu'ils s'occupèrent. Un des émigrés, Jean De Backere, échevin de 1536, accusail ses anciens collègues des parchons et le collège de la keure d'avoir consenti l'aide de 400,000 florins. Cette accusation était appuyée « f>ar les paroles d'un nommé Nicolas Damunens, proférées pour descharger un Jacques De Grave, aussi eschevin de ladite année 1536, »el, sans beaucoup délibérer.

• I)HoLLA>DER. «69, «72, îOi. — M. Steir. ' Appendice pré<:ité, 699. — D Hulla.>der, «74.

rassemblée exigea qu'on fit prompte justice des coupables. On procéda sur-le-champ à larrestatioii de Renier Van der Velde, Corneille Van der Zvvalmen, Guillaume De Smet, Laurent Everden; Philippe Rym, « à cause de son indisposition et grand âge, » fut gardé à vue, et Ion opéra des perquisitions dans les maisons de Gilles Van Iluffel, Pierre Van Dickele, Antoine De Baenst, Lievin De Grave, Simon De Buck, Antoine Stalins, qui avaient émigré depuis le commencement des . troubles ^

Dans une seconde séance tenue le même jour, à quatre heures de Taprès-dînée, les métiers conférèrent Tinvenlaire des privilèges tenu par la ville avec un inventaire trouvé chez rhuissier du conseil de Flandre Denis Vlaminck. Cette conférence n'ayant pas signalé de lacune, ils' furent engagés à procéder enfln aux élections; mais ils répondirent : « iNous n'élirons autres doyens, si tous les points de la coUace ne sont d'abord accomplis avec tels autres que nous y ajouterons ; car nous prétendons être réintégrés en tous nos anciens privilèges et obtenir Timpétration des chartes qu'on ne retrouvera pas. Nous ne voulons plus de rentes au denier seize, et il faut défalquer du capital la somme des intérêts que la ville a payés à ce taux. La commune doit exiger l'extradition des émigrés et des fugitifs, et envoyer des députés h l'empereur pour obtenir aucuns pointe de la collace. Puis, quand le moment sera venu d'élire nos doyens, nous entendons le faire directement, sans nous occuper de la paix de Cadzant, dont nous faisons petite estime. »

Le 7 , il y eut une cinquième réunion et, persistant dans leur refus, ils « commencèrent à murmurer pour tenir nou-

• Corl Verhael. - D'Hollander, ^74, ^5.

velie coilace. » Les collèges échevinaux, à la vérilé, opposaient peu de résistance à cette opiniâtreté, et envers la cour ils tenaient même un langage empreint des prétentions à rindépendance ouvertement affichées par les agitateurs. Ainsi, une lettre adressée à Marie de Hongrie, pour lui demander « que son bon plaisir fut de commander à Josse de Joigny, seigneur de Pamele, commis premier échevin, lequel on ne savoit trouver, de desservir son état, » portait en suscription : « Esclievins de la Keure de Gand, au plaisir de Votre Majesté toujours appareillez. » La régente répondit que, « si Ton ne savoit trouver ce magistrat, il seroit difficile de lui envoyer cet ordre. » Toutefois, « pour faire ce que en elle estoit, » elle leur transmit des lettres lui enjoignant de se rendre à son poste '. Le seigneur de Pamele n'ayant pas comparu, ils exigèrent sa destitution, quelques jours après, et il fut remplacé par messire Antoine de Leu.

Il fallut de graves circonstances pour obliger Marie de Hongrie, blessée tfun langage irrespectueux, à céder encore sur ce point. La situation, en effet, était devenue des plus critiques; le mouvement s'était propagé dans toute la Flandre et rinsurreclion semblait imminente. Après avoir recommandé, à diver^ses reprises, à la douairière d'Egmont de mettre son château de Gavre h Tabri d'un coup de main, Marie de Hongrie résolut de pourvoir elle-même à la garde de cette place, importante pour intercepter les communications de Gand avec Audenaerde. Elle y envoya Guillaume Coffoy, archer de corps de l'empereur, avec seize soldats, et ordonna à l'officier de la comtesse, Florent de Pot telles, de remettre son commandement. A cette nouvelle, environ 2,000 paysans dos

' DHUI.LA.NDEH, I7H75.

TUOL'BLES DE LA FLANDRE. - LACERATION DU CALFVEL. 301

villages voisins, « armez et embaslonnez, » accoururent sous la couduite d'Yvain Van Waernewyck, gentilhomme des environs, et « abattirent les ponts du château, tellement que nul ne pouvoit y entrer ni en sortir. » En vain Guillaume Coffoy les assura-t-il qu'il avait les ordres les plus précis de ne les molester en aucune manière, ils virent dans cette occupation des projets hostiles, et tandis que les plus exaltés le bloquaient étroitement, les timides se réfugiaient h Gand avec leurs biens i'X leurs bestiaux '. En même temps, des émeutes éclatèrent h Roulers, où le peuple, dirigé par Thuissier Jean Werrebrouck, le brasseur Gilles Vanderstraten, Pierre Veranneman et Josse Werrebrouck, resta assemblé plusieurs jours « pour demander nouvelleitez ^; » et à Grammont, où la foule obligea le magistnU de relâcher les prisonniers arrêtés à la suite d'une première commotion ^. Son attitude devint même si menaçante, que la reine prescrivit de surseoir h toutes poui^suiles contre les coupables *, et d'accueillir les réclamations des métiers, « pour, en ce trouble temps, entretenir les manans en bonne paix et obéissance envers l'empereur ^. »

A Courtrai et h Audenaerde les troubles prirent des proportions plus grandes. La première de ces villes était en

• Lettre du grand bailli à Marie de Hongrie, du 40 octobre 4539. D'Holia.nder, 180. — Lettre de Marie de Hongrie, du 4î octobre 4539. Appendice précité, 70Î.

' Lettre do Marie de Hongrie, du 26 octobre 4539. Appendice précité, î79.

' • D'ung nommé Piette Angûyn, vacabond, lequel, au temps des dernières émotions de Flandres, fut prins et mené es prisons de Grantmont, pour certaines grandes rudesses dont on lui eult peu bannir pour l ans sur sa teste; mais après qu'il avoit tenu prison par xxx jours, le peuple le vouloit avoir mis a délivre, tellement que, pour éviter inconvénient, ledit prisonnier, par advis de ceulx de la loy, fut eslargi sans quelque correction, par quoy icy néant. » Compte de G. Du Bosch, précité (n« 43569), de 4539-454Î, {•• xxvj »• et xc.

* LeUre de cette princesse à Maximilien de Hornes, du 30 septembre 4539. Appendice précité, 25>i.

^ LeUrede la reine au magistrat, du 14 octobre 4539. Ibid., 265.

:m RÈGNE DE CHARLES-QUINT EN BELGIQUE.

effervescence par suite de l'établissement de marchés dans les terres de quelques vassaux du voisinage. Celte mesure, ruineuse pour son marché et préjudiciable aux recettes communales, avait provoqué de vives réclamations, dont le gouvernement navait pas tenu compte. Le magistral, trouvant dans la situation Toccasion de les renouveler avec plus de force, convoqua la commune; mais à peine fut-elle « assemblée coUégialement en sections sous ses hooftmam et ses bereckers ' , » qu'elle formula d'autres réclamations : suppression de l'accise levée sur les toiles et le linge; — faculté pour tous de s'approvisionner au marché de Courtrai, en payant seulement le miUe ghelt, comme à Isegbem; — abolition de l'impôt sur les filets et de la taxe sur la petite cervoise, qui avait été supprimée à Gand et à Bruges; — nouveau règlement pour le marché au blé; — enfin, lecture et copie de tous les privil^es de la ville, qui seraient placés à l'avenir sous la garde de commissaires choisis par le peuple. Le 5 septembre, les hooftmans et les bereckers présentèrent ces demandes au magistrat, et le pressèrent d'y faire droit, pour apaiser les murmures de la multitude. Celui-ci, effrayé de la nouvelle tournure des choses, et voyant l'agitation gagner les campagnes voisines, qui étaient parcourues par les émissaires des Gantois ", en référa à la régente. Il n'avait pas

' « Sont telz instituez de tout temps, pour avoir la conduite et naaniancedes jeux de rhétorique et céiénionies qui se font en l'honoeurde Dieu nostrecrèaleur, le jour du Saint-Sacrement, l'Octave, et es entrées et réceptions des princes du pays et pour conduire semblables actes, sans que lesdils Hooflmans ayent puissance, auctorité , voix ou opinion es afifaires de nostredite ville, qui est représentée par nostredit bailly, prévost, eschevins et conseil. » Défense des magistrats de Courtrai. Appendice précité, 413.

• «« Item, payé les officiers avec leurs assistens, les eiploictz d'avoir prins en l'eschevinaige de Courtray, Ruebm Vlenischardt, et ung nommé Ruesekin, demourans en Isenghien, lesquelz, avec leurs complysses, comme desputez des

reçu de réponse quand arriva l'époque du renouvellement de rafferraage des accises, et il résolut d'y procéder, malgré ravis des hooftmans qui, mieux instruits de la disposition des esprits, présageaient à celle mesure une malheureuse issue. En effet, au lieu de délibérer sur la proposition qui lui était soumise, la commune s'emportii contre le retard mis à redresser ses griefs, et se répandit en récriminations ^ contre le magistrat. On faccusa, entre autres, d'avoir prélevé un impôt sur la cervoise dans un intérêt privé, et le tumulte de l'assemblée ayant gagné la foule accourue sur la place publique, les cris de : Tuez! Tuez! se mêlèrent aux clameurs exigeant la lecture des privilèges.

Il fallut céder et, le lendemain, sur une estrade dressée au milieu du marché, on procéda à cette lecture, qui dura plusieurs jours. Puis, le t commun peuple » établit des postes armés, pour veiller sur ses privilèges et occuper Thôtel de ville. On adjoignit au magistrat quatre hooftmans révocables par la commune, à laquelle ils prêtèrent serment. Toute décision

roestiers et iDbabitanz de la chaslellenye de Courlray, avecq certains députez de Gandt, notaire et tesmoings, allèrent, de villaige en villaige, demander les inhabitanz en ladicte chastellenie de personne en personne, s'ilz avoient et tenoient pour agréable les procédures et escriplz eiibez et senis devant iceulx de Gandt, contre les hoocbpoorters et francs escbevins de ladicte cbastellenie de Courtray, et comme telz consentoient d'estre mis en la procuration ensuivant Tappoinctementdesdicts de Gandt; ceuli qui ne vouloienl condescendre à leur voulunlé les menassoient avecq lesdictz de Gandt, pour la prinse desquelz et de leurs complysses quy furent, ledict jour, prios par monsieur Desfossez au villaige de Wenelghien, Joos Vander Bergheboors, poinctere, et Simon Caluwart, francq eschevin de ladicte chastellenie, lors prisonniers à Gandt eschappé, en tant que la matière fust tardée si longeroent, que on parla de la venue de l'empereur; laquelle prinse fut faicte au temps de ladicte émocion, longuement devant la venue de l'empereur. • Compte de Ferdinand de la Barre, seigneur de Mouscron, bailli de Courtrai, de 4639-454^ f* xvj v«.(n* 43822), aux Arch. du royaume. — « Item, Texploict d'avoir prins^ en la paroisse de Courtray , Joos Lunten, oompaignon dudict Vlenischadt. ■ Ibid.

a<)i RÈGNE DE CHARLES QUINT EN BELGIQUE.

prise en leur absence fut déclarée nulle; à eux seuls ressortil la direction des flnances et des travaux publics, ainsi que la garde du chartrier communal '. Ces concessions ramenèrent la Iranquillité, et les commissaires chargés par Marie de Hongrie d'examiner les demandes de la commune, trouvèrent Tordre réUibli. Mais d'imprudentes menaces le troublèrent de nouveau. Au bruit de la prochaine arrivée de troupes, les défiances s'éveillèrent, et l'attitude du peuple redevint si menaçante que le magistrat supplia la reine de renoncer à un projet qai aurait les plus fatales conséquences \ En effet, il sufTit de lassertion d'un bourgeois (Heyne Loosvelt), prétendant avoir vu des gens d'armes sur la route de liille, pour irriter la colère de la foule. Elle reprit les armes; les magistrats, les riches boui^eois, accusés de trahison, faillirent être mis eo pièces ^ et le sous-bailli fut emprisonné *.

A Audenaerde, le mouvement devint une véritable insorree* lion. D'après le désir de la reine, le comte de Lalaii^ s'était rendu dans cette ville, accompagné du seigneur de Molembai& do Morant de Ilaussy, seigneur de Rémericourl, de Godofn:iid do ('oirhiii el d'autres gentilshommes , « atiu d assister s*jii fiviv i) empocher lo tout de loml)er en plus grand ineonvenionl ^. » En mômo lom^>s, .Marie de Hongrie avait dêp«?hr^. îui nom de roniporour, des lettres patentes qui engageaient la «ommiine à iKM-sôvôrer dans ses sentiments de tidélitê et j ivpiKissor les |H?rnioieux oi>nseils, la poussant à imiter fa

l.oUn's lialvlilion oi |\jniou p>ur la ville «Je Courtray. 17 juii^* {%¥•' \p|vn.lKV prtvtto. k09.

' Iht i ' rompt»» »to F. ie Ij Barre, pret'ite.

• Lottre vîe M^r-» dt^ Hon^ne a Fran*w Van der Gnicht. ia ii j^n'or- IMî>. XpjVH'.li'V pnviîe. *i>:î.

• i^onipie io [:\ re."ett«^ ienerile. juin lîrti. art. Dik!isc5

TROUBLES DE LA FLANDRE. - LACÉRATION DU CAlJlFVEL. 367

rébellion des Gantois \ Ces lettres furent bien accuei'cs milile calme semblait régner dans les esprits, quand ui?hilippe incident fit éclater Tincendie couvant sous la cendre, et son Le 4 octobre, « ung povre yvrongne, de peu d'intelligeKus : euhorté d aulcuns, la plupart estrangiers, pour ce qu'il estons de hardi parlier, » se présenta chez le bourgmestre, et déclarî™^ à la belle-fille de ce magistrat qu'il était chaîné par le peuple^ de réclamer la destruction du bureau des maltôtes et la suppression de cet impôt. Arrêté par les domestiques, il fut conduit sans opposition à Thôtel de ville. Mais, le lendemain, « jour de ducasse, en Tun des faulbourgs, que lors lesyvrongnes s'îwanchent le plus, y eut murmures en plusieurs lieux, et apparence que aulcuns se trouveroient ensemble sur le soir pour avoir le prisonnier dehors. » Les magistrats, avertis de ces rumeurs, demandèrent conseil au seigneur d'Escornaix et à son frère. Ceux-ci ne se méprirent point sur la portée de ce commencement d'agitation ; ils craignirent qu'en cas d émeute, on ne « courrût sus h la loy, à cause que le boi^hemaistre estoit fort hay. Or, si la chose commenchoit une fois, elle seroit plus dangereuse que dans les petites villes voisines, car il y avoit grand peuple et beaucoup de mauvais, s'ils estoient esmeus davantage, et en outre beaucoup de riches, par quoy les povres, si l'on en venoit à sédition, y trouveroient bien à péchier. » En conséquence, il fut résolu a de démener l'affaire par bon moyen » et d'élargir le prisonnier, en exigeant de lui la promesse de se représenter à la première sommation *. Cette concession fut impuissante; comme l'avaient jugé les deux de Lalaing, l'esprit de révolte

• Lettre du 15 septembre 1539. Appendice précité, 699.

* Lettre de Charles et de Philippe de LalaiDg à Marie de Hongrie , du 6 octobre 1539. /6ï(/.. 257.

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