‹ Histoire du règne de Charles-Quint en BelgiqueChapitre 31 sur 39 · DHOLI.ANDER · texte numérisé non relu

DHOLI.ANDER

* Lettrt»s de Marie de Hongrie, du 9 octobre 1530, au duc d'Aerschot, et du H , au comte de Lalaing. Appendice précité, 263, 613.

^ Archives de l'Audience, liasse 4l4r>.

• Compte de la recelte générale, octobre 1539.

' Ordres du 41 octobre 1539, donnés à George Dubois. Appendice precife.

' <' A ce bailly, pour avoir, à la requesle de George Dubois, capitaine ordonne, de par la rovne régente, à Ruplemonde, en la commotion de ceulx de Gand. priiis ung prisonnier nommé Pauwels, lequel a esté condempnépar les eschevins dudil Huplemonde, d'aller leste nue et à pieds escaulx, à la procession. |H)ur avoir dit (jue si ceulx de Gand eussent venuz devant le chasteau dudit Huplomonde . il les eusse fait avoir par quelque maulvais moyen ouverture audit chasieau. Compte de I^urent Claissone. précité (n» 14344 \ de 1539. f'Mj^".

d y allumer autant de falots qu ils en verraient briller au château de Rupelmonde, le capitaine de cette place, George Dubois, devant, en cas d'attaque, allumer deux falots dès qu aurait lieu l'assiette de rartillerie, et trois s'il y avait Kit-^ terie, assaut, manque de vivres ou autre danger \

Ces précautions militaires causèrent h Gand une extrême irritation, et l'on prêta sur-le-champ à la reine l'intention de recourii* à la force. Le 7 octobre, on apprit que de nouveaux renforts étaient arrivés à la garnison du château de Gavre, et ce fait, aggravé par les récits exagérés des fuyards du plat pays, provoqua une violente explosion'. Dès le lendemain, la commune décida d'envoyer à la régente une députation pour s'enquérir de ses projets ^, et, dans l'assemblée des bourgeois, il fut proposé d'approvisionner la ville de blés, et de saisir les revenus du domaine jusqu'à ce que la reine eût Hvré les fugitifs réfugiés dans sa résidence *. L'envoi de soldats au château de Gavre semblait une menace si directe , qu'aux yeux des partisans du gouvernement eux-mêmes, c'était une mesure des plus dangereuses. Le grand bailli écrivit h la reine (10 octobre), « qu'il estoit esmerveillé qu'elle eût mis garnison à Gavre, vu que ceux de Gand n'avoient fait aucune entreprise ou course , et que grand inconvénient adviendroit si Sa Majesté ne faisoit incontinent retirer ladite garnison *. » De leur côté les échevins la « requirent (18 octobre) de vouloir oster les hommes d'armes qui étoienl sur le chasteau

• Lettre de la reine au magistrat de Malines. du 44 octobre 153î». Appendice précité, 274.

' Cort Verhael.

' Ibid.

* Appendice précité, 612-613.

^D'HOLLANDER, 180.

37 i RÉGNE DE CHARLES QUINT EN BELGIQUE.

de Gavre, et de ne laisser garder ledit chasteau comme il auroit été en temps de guerre \ »

Marie de Hongrie ne tint nul compte de ces remontrances. Elle répondit qu'ayant levé des troupes pour dégager le château d'Audenaerde, elle avait craint de voir c aucuns mauvais garçons se mettre dans la maison de Gavre. En conséquence, elle y avoit envoyé quelques serviteurs domestiques de Tempereur pour la garder, sans faire force ou violence à personne. » — « Toutefois, ajoutait-elle, les affaires d'Audenaerde étant changées, j'ai incontinent donné congé à ces gens de guerre, pour démontrer que je n'entends pas procéder par la force, et que je désire pacifier les U*oubles en toute douceur, autant qu'il dépendra de moi et que Ton ne me contraindra pas au contraire ; auquel cas, j'y pourvoirai de manière que l'autorité de l'empereur soit bien gardée et défendue. Je vous invite donc à en avertir les manans de Gand. Exhortez-les aussi à déposer les armes et à se montrer bons et loyaux sujets; ils trouveront alors leur prince raisonnable en tout ce qu'ils demanderont pour le bien de leur ville. » Cette lettre était rédigée en termes permettant d uiférer que la garnison de Gavre serait comprise dans le liconeiement ordonné, et xMarie de Hongrie chargea le grand bailli de lui mander « comment le contenu de sa réponse auroit esté pris et entendu. » Pitoyables moyens pour apaiser une telle tourmente!

Le 1 1 octobre, le jour même où la reine expédiait celte lettre ambiguë, la collaec se réunit à l'effet de statuer sur les dernières propositions de la bourgeoisie, et ses résolutions se ressentirent des colères du moment. Après avoir demandé

• Inventaire des pièces produites par le procureur général contre les Gantois. § P.

la prompte exécution de toutes les mesures précédemment arrêtées, elle décide de surseoir au payement des revenus de la régente, jusqu'à ce qu'elle ait livré les fugitifs résidant à Malines et à Bruxelles; d'autoriser les métiers à procéder directement à l'élection de leurs doyens; d'exiger de ceux-ci, du grand bailli et du sous-bailli, le même serment qu'avaient prêté les éclievins de la keure. On chassera du plat pays les malveillants, les vagabonds et les gens de guerre. A l'approche de soldats, les paysans sonneront le tocsin dans toutes les paroisses, et les prisonniers seront conduits à Gand, pour être châtiés suivant la nature du délit. Tous les châteaux seront mis en état de défense et ravitaillés. « Ceux d'Oostdonk, Gavre, Rupelmonde, SaAingen et autres, à la garde et sûreté de l'impériale majesté et du pays de Flandre, » recevront des garnisons. Des matériaux seront préparés pour le barrage du Cruipgat. Il sera interdit d'exporter des blés, • à peine de fourfaire la vie. » On écrira aux communes de Bruges, Ypres, Audenaerde, Courtrai, Alost, « les avertissant que la commune de Gand ne désire que paix et concorde, requérant qu'elles ne veulent ajouter foi aux mauvais rapports, pour recevoir garnison. » Ces villes seront invitées, en outre, h se joindre aux Gantois et à résister aux gens de guerre qui seraient envoyés au plat pays. Enfin, la collace demande que l'on s'interdise toutes renies à rachat, que le taux des monnaies d'or et d'argent soit haussé, contrairement aux efforts constants du gouvernement pour empêcher l'augmentation de leur valeur, et que nul ne soit admis aux assemblées de la bourgeoisie, « sinon les adhérilez, tenans maison en la ville, mariés et excédans vingt ans *. » Cette dernière mesure,

' D'HoLLAXDER, 480-482.

proposée par les métiers, était un acte habile destiné h calmer les susceptibilités de la bourgeoisie mécontente d'avoir vu ses assemblées envahies par les prolétaires, et déjà trop disposée à abandonner une cause dont la première elle avait levé letendard. La mesure était aussi opportune qu'adroite, car les quelques hommes d'armes envoyés au château de Gavre, les levées ordonnées par le gouvernement avaient éveillé toutes les craintes et feit éclater tous les ressentiments. L'assemblée venait de se séparer quand arriva la lettre de Marie de Hongrie. Cette lettre , interprétée comme la princesse lespérait, produisit une bonne impression ^ ; mais elle fut de courte durée. Le même jour se présentait devant le château de Gavre, Fécuyer Jean de Waudripont, chargé « de s'enquérir près des paysans de la cause de leur assemblée; » il devait « leur remontrer qu'ils faisoient mal, car les gens est*int là dedans, ne leur avoient en rien méfait, et y estoient seulement pour leur sûreté et afin d'empêcher mconvénient d'advenir au pays ; puis les engager à se retirer, en les assurant que ceux qui éloient en ladite maison, ne leur rauseroienl aucun dommage, qu'ils estoient seulement 12 ou 15 personnes incapables de tout effort, et que l'on n'eu eî)V(MToil |)as davantage. « Enfin, « si, par bonnes paroles, ^ il ne parvenait pas à faire lever le blocus, il avait ordre de les sommer de se retirer, sous peine d'encourir l'indignation (le rempereur, et de leur exhiber un placard décerné à cet effet. Arrivé aux avant-postes, de Waudripont fut arrêté et conduit devant Yvain Van Waeniewyck, qui se fit donner ses lettres de commission, le mit sous bonne garde et courut h Gand, « pour avoir conseil et avis. » La commission de cet

' Rapport (lu grami bailli, du \i octobre <539. D'Hollander, 485.

envoyé parut en opposition directe avec la lettre de Marie de Hongrie, et jela les magistrats de Gaud dans un profond étonnement. Après eu avoir délibéré, « confiant que Sa Majesté feroit relii'er tous gens de guerre estrangers estant audit château par son ordre, ils invitèrent Jean de Waudripont, « pour éviter plus grand grief et inconvénient, » i\ surseoir à d^autres démarches, jusqu a ce qu il eût été stotué sur la réclamation qu ils allaient adresser à sa maîtresse.

« Très -haute et très-puissante dame, disaient -ils dans cette réclamation, nous avons aujourd'hui reçu vos lettres écrites le 11 de ce présent mois d octobre, et, par icelles, entendu les raisons et occasions qui avoient mû Votre Majesté de mettre garnison au château de Gavre et de lever d autres gens de guerre. Mais elles portent aussi que Votre Majesté ayant entendu Fesdites occasions n'être point telles qu'elle le croyoit, avoit licencié tous et quelconques lesdits gens de guerre. Or, ce nonobstant, il est venu h notre connoissance que Ton auroit mandé, de votre part, aux paysans étant autour du château de Gavre, de se déloger de là, sous peine d'encourir l'indignation de l'enjpereur notre naturel seigneur et prince natif. Sous correction, cela ne nous semble pas s'accorder avec ce que Votre Majesté nous a écrit. En conséquence, nous vous supplions, pour le repos et tranquillité tant des habitans de cette ville que des paysans, de rappeler, h toute diligence et sans délai, les gens de guerre se trouvant au château de Gavre et ailleurs dans ce pays de Flandre, et de permettre, pour le bien de ce pays et la hauteur de la majesté impériale, que ce château soit gardé par gens de cette ville de Gand, ou, du moins, par les paysans du voisinage, au choix et à la discrétion des trois membres de cette ville. Nous vous prions aussi d'ordonner que le semblable ait lieu

de tous autres châteaux de ce pays de Flandres, et priocipalement dans notre quartier, car les Gantois ne demandent que paix, union, bonne amitié avec leurs voisins; il leur semble dès lors inutile de mettre des gens de guerre et des munitions dans les châteaux et les forts. Nous supplions aussi Votre Majesté, attendu que la commune est fort émue à l'occasion de certains fugitifs, ayans grandement forfait envers elle el son quartier, et retirés sous votre protection, de les faire livrer au lieu de leur bourgeoisie, pour qu'il en soit fait justice par droit et raison, ou de les chasser de votre présence. Pour avoir commis si grands et énormes délits, ils ne doivent jouir, dans les états de Tempereur, d'aucune franchise, port, ni faveur quelconque. En accueillant cette demande. Votre Majesté fera grand bien à la ville de Gand, aux voisins d'icelle et au pays de Flandres en général, selon que le connoit Dieu, qui veuille vous donner, très-haute et très-puissante dame, rentier de vos très-nobles et bons désirs. Les écbevins des deux bancs et deux doyens de la ville de Gand, entièrement vcMres ^ »

Cette requête, écrite sous Tinspiration des récentes discussions de la collaco, fut jugée « bien arrogante, desraisonnnble et du tout dérogeante aux hauteurs, prééminences et soiiverninoté de lempcTeur -. » Elle portait cette simple suserii)tion : « A la royne, » et par sa forme, plus encore que par le fond, elle excita le courroux de Marie de Hongrie. Ce n étaient plus des sujets sadressant au représentant de leur prince, celaient les chefs d'une commune libre traitant (le puissance à fiuissance. La reine s'empressa de transmettre

' I) HoLLA.NDFR, 183-187. — Inventaire des pièces produites par le procureur ^encrai roiilre les (jantois. § A.

' I)"U0LLA>DER, i86.

copie de celle pièce à Charles-Quinl (13 octobre), et de Tinformer des derniers événements, t II est temps, ajouta-t-elle, d'y pourvoir, et de iràter votre venue par deçà, autrement le pays ira en totale désolation V » En attendant , obligée de comprimer son ressentiment (car, comme le disait François Van der Gracht, les Gantois « sont gens bien Imitables, en y procédant par douceur; mais en usant de rigueur, ce sont gens furieux et sans raison ", »), elle se servit de nouveaux leurres. Jean de Waudripont, qui avait été rendu à la liberté, reçut Tordre de rester devant Gavre et de négocier avec les paysans. Il leur réitéra l'assurance que la garnison du chàleau ne leur causerait aucun dommage, et offrit d y laisser entrer un ou deux de leurs délégués, devant qui le capitaine prêterait serment de ne pas fouler le pays, si on lui fournissait des vivres. Yvain Van Waernewyck repoussa ces propositions; il demanda à introduire dans la place auUmt d'hommes que la reine y avait envoyé de soldats, et les négociations furent rompues, « tellement que ledit Waudripont retourna saus rien faire. Seulement il trouva moyen de parler de loin à ceux qui étoient au château, et ils lui dirent « quils étoient délibérés de garder la place jusques au bout; ils ne craignoient que faute de vivres, car ils n en avoienf pas pour dix jours, ce dont ils le prioient d avertir la reine '. »

Aux menées astucieuses du gouvernement, la commune gantoise opposa franchement des actes énergiques. En conformité des résolutions de la collace, les échevins invitèrent les villes de Bruges, Ypres, Audenaerde, Courtrai, Alost et Termonde, à concourir à la défense du pays. « N'ayant

* D'HOLLA.NDER, 487.

* LeUre du 42 octobre 1539. Ibid., 485.

(j^aulre intention, disaient-ils, que de garder et d'entretenir paix, amour et accord entre nous et avec toutes les communautés, à rhonneur de Dieu tout -puissant, de Timpériale majesté et de la commune prospérité de ce pays de Flandres, nous vous demandons si nous pouvons nous fyer en vous, comme vous en nous. Dans ce cas, nous vous prions, si l'on veult envoyer ou mener aulcuns gens de guerre en votre ville, de le vouloir empêcher '. » La même demande fut adressée aux villages du plat pays ^, et, < le désir de la communauté étant de faire garder, au nom de Timpériale majesté, les forteresses et chasteaux du quartier de Gand par gens loyaux des trois membres de cette ville, » Tex-échevin Adrien Beths, avec 12 hommes, un barbier nommé Griffon Van den Bogaerde, avec 7 ou 8 hommes, reçurent mission d'occuper, l'un le château de Termonde, l'autre le château d'Oostdonk, dans la chàtellenie de Vieux- Bourg '. Malgré les recommandations faites au drossard du comte de Homes, tuteur des jeunes de Montmorency, cette dernière place fut surprise, t't Van den Bogaerde en prit possession sans c^up férir. Mais George Dubois était sur ses gardes, et le délégué des Gaulois « ayant requis que ouverture du château de Termonde l'ut faite l\ lui et à ses gens, ledit capitaine répondit que, s'il vouloil entrer avec un serviteur ou deux, il le ivcevroit volontiers; non autrement. Sur quoi, Adrien Beths partit, laissant ses gens, dont l'un, Bogier Willeman, dit que, s'ils eussent j^révu ce refus, ils seroient venus de jour

' Lettres des échevins de Gaud, dn i3 octobre 4539. D'Holla>der, 488.

' Autres lettres de la môme date. Ibicl.

' Lettres des échevins adressées au capitaine de Termonde, 43 octobre 4539. Ihitl., 189. — hnentaire des pièces produites par le procureur général, § S. — (.or( Verhavl.

TROrULES DE LA FLANDRE. - LACÉHATION DU CALFVEL. 381

et auroient trouvé façon d'entrer. Sur ce que le portier demanda : Donc eussiez esté les plus forts? ledit Willeman repartit : Lors comme alors! Et ledit Adrien Beths vint à Bruxelles faire ses excuses de sa conduite, et les autres compagnons retournèrent à Gand. »

Marie de Hongrie feignit d'ignorer ces événements ; sans en loucher un mot, sans répondre aux réclamations de la commune, elle écrivit, le 15 octobre, aux échevins de la keure qu'elle « s'émerveilloit que, malgré ses explications, le château de Gavre rest«1t bloqué. » Sa lettre , qui dissimulait mal son ressentiment, se terminait par l'offre de s'entendre avec eux pour la garde des châteaux du quartier de Gand \ Dédaignant de rétorquer ses arguments, usant à son tour de menaces, se l)ornant h s'intituler ses « très humbles serviteurs , » ils lui répondirent le même jour : « Le peuple et en particulier les habitans du plat pays sont de plus en plus émus ; qui pis est, les paysans commencent à se réfugier en grande multitude dans les villes, parce que les gens de guerre par vous envoyés au château de Gavre, ne veulent en sortir sans votre ordre. Cet état de choses est intolérable, et la grande nécessité nous contraint de prier Votre Majesté , pour la conservation de ce pays, de rappeler ces soldats à toute diligence. Par faute de <«, vous mettrez tout le pays en hasard ; ainsi que, par deux fois, nous vous l'avons écrit, vous serez occasion de la destruction et dégât de ce pays, spécialement de cette ville de Gand, laquelle pourtant ne désire autre chose que demeurer bonne et loyale à l'empereur, notre naturel seigneur et prince natif, jusques à la mort ^ »

' D'HOLLANDER, 189-191.

• Lettres du 15 octobre 1539. Ibid., 191. — Inventaire des pièces produites par le procureur général.

:Wi RÉGNE DE CHARLES^UINT EN BELGIQUE.

Ce jour-là, les métiers avaient enfln procédé à réieetion de leurs doyens, de la manière arrêtée par la oollace. Ils n'avaient pas encore quitté leurs maisons d*assemblée, qu'on apprit que le grand doyen, Lievin D'Herde, avait prêté serment d'après la formule comprenant la paix de Cadzant. Il s'ensuivit un violent tumulte, et il ne cessa que le lendemain, après que D'Ilerde eut juré en se conformant à la nouvelle formule. Le 17, les doyens élus s'assemblèrent, et ils se montrèrent sur-le-champ à la hauteur de leur mission. Ils demandèrent aux collèges des deux bancs de donner acte à Yvain Van Waernewyck que le blocus du château de Gavre avait été entrepris au nom de la ville de Gand, et réclamèrent lecture d'une lettre d^ la régente adressée au capitaine de ce château et interceptée par les paysans. Les échevins, effrayés de ces exigences de nature à rendre tout accommodement impossible, les combattirent avec fermeté et parvinrent à les écarter; mais, par compensation sans doute, ils envoyèrent des renforts ù la petite garnison du château d'Oostdonk V

Tout poussait évidemment à une révolution ; elle semblait si prochaine, que le grand bailli lui-mcme désespéra de larrèler dîwantnge. La reine lui avait défendu de prêter un nouveau serment, « en façon quelconque, comme étant chose par trop préjndicinble h Tautorité souveraine, » et lui avait prescrit de s'en oxciisor, en alléguant la nécessité d'avoir à cet effet « une <»xpresse ordonnnnce de Timpériale majesté ^. » Effrayé des dangers d'un refus, et convaincu de son impuissance, il s'enfuit sous le déguisement d'un de ses ser\'iteurs (17 octobre).. En informant les échevins de son départ, il prétexta l'impossibilité de prêter un nouveau serment, et les pria de

' Cort Verhael.

' I)H(Ui.\M»i:n. 179, 180.

protéger sa femme, en considération des services qu'il avait rendus à la ville *. Cet événement accrut rellervescence et, le lendemain, elle devint de la fureur, quand on apprit que Jean Van Waesbei^he venait de mourir en prison. « Lui ainsy mort, fut le corps porté en sa maison afin de Tensevelir et le mectre eu terre ; mais dès que lesdits meutins le sceurent , ilz le feirent rapporter en pri^^on, et ù toute fm vouUoient que on coupast publiquement Li teste de ce corps mort comme rayant bien desservi ^. *

La coUace s'assembla le 19, et Ton y débattit la question de savoir s'il fallatt donner cette affreuse satisfaction à la vindicte publique. La motion fut heureusement repoussée, et les échevins, laissés juges d'en décider, permirent d'inhumer le cadavre en l'église de Saint-Nicolas ^ L'assemblée, passant ensuite à l'examen de la situation, arrêta des mesures témoignant que la modération dont elle venait de faire preuve ne provenait pas de la timidité. Après le début ordinaire réclamant l'exécution de ses précédentes résolutions, elle demanda que les anciennes fortifications démolies fussent rétablies aux frais des personnes qui en avaient provoqué ou ordonné la démolition, sans même en excepter les receveurs communaux. Elle mentionna spécialement le bastion de la Brmsche Woelpoorte y supprimé, disait-on, à l'instigation de Jean de Gruuthere, seigneur d'Exaerde, qui avait donné par Ih plus de valeur à sa propriété de Waernewyck, et les barbettes entre la Passelte-Poorte et la Heuvel-Poorte, détruites par ordre du receveur George Van Crombrugghe. ^ U faut, ajouta-t-elle,

• HeUUion des troubles. — M. Steih, lOMOr — Cori rerhaei. CeUe relation donne la date du 18.

" Relation des troubles, — Cort VerhaeL

* Ibid. — D HoLLANDER, 496.

38 i RÈGNE DE CHARLES-QUINT EN BELGIQUE.

sans plus de délai, mettre Tarlillerie en bon état; armer les portes, les tours, les murailles; se pourvoir de munitions; engager des maîtres canonniers et des bombardiers; établir des ponts-levis aux portes ; réunir les matériaux nécessaires au barrage des cours d'eau; acheter 2,000 bois de piques, pour résister aux ennemis, si besoin éloit; hausser la valeur des monnaies; interdire la vente de rentes à rachat; envoyer des renforts à Yvain Van Waernewyck et lui délivrer acte de non préjudice. » Ces motions révolutionnaires furent suivies de quelques mesures d'ordre établissant des châtiments contre quiconque troublerait ces délibérations par des cris, ou parlerait avec inconvenance des échevins ; enjoignant au sous-bailli, Arent Sturne, de remplir les fonctions de grand bailli, et lui accordant h cet effet une garde de douze hallebardiers \

La séance était levée et rassemblée se séparait assez tranquillement, quand un nouvel incident vint raviver les craintes et attiser les passions. Marie de Hongrie, informée (13 octobre) de la détresse de la garnison de Gavre, à qui il ne restait plus que quatre rasières de blé et quelques pains, avait chargé Jean de Waudripont d'aviser aux moyens d'y faire passer des vivres. Mais, bien que les paysans se fussent relikhés dans leur surveillance, il « ne put rien besoigner -. ^ La reine nlors écrivit au prince d'Orange, qui se trouvait h Maeslricht, de revenir en toute haie avec les troupes em-

• Corl Verharl. — Les Mémoires de D'Hollander donnent à ces résolutions l.i dal(i (lu iO ortobre; mais elle ne concorde guère avec le fait du ravitaillement du château de Gavre, établi authentiquement par les lettres d'abolition délivrées à la ville de Ninove.

* DHoLLA>DER, 185, <87. —M A Jehan de Waudripont, escuyer, la somme de vingt livres, pour, à l'ordonnance de ladite reine, avoir fait deux voyages, tant (le nuict que de jour, au château de Gavre, du temps que les paysans estoient devanl. » Compte de la recette générale, octobre <539.

ployées à la soumission de cette ville. Mais de nouveaux rapports de plus en plus pressants ne permettant pas d'attendre son arrivée, elle ordonna au seigneur de Glajon de prendre 200 chevaux de la bande d'ordonnances du seigneur de Beveren \ 30 à 40 coulevriniers, quelques « avant coureurs, gens de fait et entendus à la guerre, » et de conduire à Gavre deux ou trois chariots de vivres ". Il lui fut bien recommandé de veiller à ce que personne, même les paysans bloquant le château, ne reçussent de ces troupes insulte ni dommage; toutefois, en cas de résistance, il était autorisé à agir « comme le droit de la guerre le requéroit. » Pour que cette expédition ne portât point ombrage aux communes de Gand et d'Audenaerde , la reine leur en donna avis, en ayant soin pourtant que ses lettres ne leur parvinssent qu'après le ravit^iillement de la place.

De Glajon arriva dans la nuit du 18 octobre devant Ninove. Les habitants de cette petite ville, avertis de son approche, avaient fermé et cloué les portes, et pour passer la Dendre, il fut obligé de faire un long détour qui le mena h une petite lieue de Gand, « tellement que, s'il eût esté jour, il eût été h la main des Gantois. » Il arriva devant Gavre le lendemain, h huit heures du matin, et remplit sa mission, qui ne rencontra pas le moindre obstacle. Au retour, passant près du château de Waernewyck, il en enleva des grains et de l'artillerie, et revint à Bruxelles sans avoir dû tirer l'épée. Les magistrats de Ninove, effrayés de leur audace, en-

* (« A Arnould Lutins, parcydevant homme d'armes de la compagoio de feu Monsieur de Beveren, la somme de quarante livres, pour et en faveur d'aucuns bons services par luy faits, mesme au ravictuaillement du château de Gavre. • Compte précité, décembre 154^.

• D HOLLANDER, <93, 196.

voyèrenl, dès le 19, des députés à la reine, pour excuser leur conduite. « Nous étions absents, dirent-ils, et les habitants n*ont osé donner passage à cette gendarmerie, dans la crainte de voir la ville brûlée par les Gantois. > Marie de Hongrie se borna à répondre qu*on examinerait cette affaire lors de Tan'ivée de l'empereur ".

La nouvelle de cette expédition fut portée à Gand par une foule de campagnards accourant s y réfugier, y transportant leurs meubles en chariots, en bateaux, à cheval, à dos d*homme , aussi épouvantés qu ils Teussent été par Finvasion d*une armée ennemie. Puis vinrent des paysans de la troupe de Van Waeme\\Tck criant c que on les entretenoit de bourdes, que les gens de guerre les vouloieat manger et piller. » Des rassemblements se formèrent et le tumulte fat au comble. Van Waemewyck, venu à Gand poor obienir lapprobatiou officielle de la commune, fut accusé de trahêoo, et dut se soustraire par la fuite à la rage du peuple. Les métiers prirent les armes, et déjà de nombreuses bandes allaient courir îi Gavre, quand on apprit la retraite du seigiieiir de Glajoii ". Les iH?hevins adressèrent sur-le-champ une n«»uvelle l'cqutMe à la reine. Après avoir rappelé les causes qui inolivaienl le blocus de Gavre, ils déclarèrent qu'ils * tenoiefil ce lait f>our agréable et que les paysans ne se retiren^ieal si iv n't^l que Sa Majesté fit pi*emièrement retirer les c» :»mf»ai^« «tk? t»slans sur ledit cbasttxiu. » Ils demandèrent qu'il fût remi^ â la ^arde * d'aiilcuns loyaux et adhéritez de ceste ville de Gand et ii»^s liabîtiins autour dudit lieu, qui jureroient d^ It^ gtinier

n HoLLA>iDtR. 195. — Lettres d'abolition accordées à la Mlle ie NicL-f )tim IS40 Appeniiice précité, 407. — Cort Vtrhatl. — ReckmLition W «i*»!loi-i et r»'piinse de Ma ne de Hongrie . citées plus loin. ' Cort Verhael. — D'Holla>dcr. 195.

à la conservation de la bauleur de Sa Majesté Impériale et de la prospérité du pays. » — « Alors, ajoutaient-ils, nous enverrons des députés en tel lieu qu'il plaira ù Votre Majesté, pour conférer de toutes affaires*. » Marie de Hongrie, blessée du ton de cette réclamation , répondit par un refus formel ; elle invoqua des lettres de Tempereur lui enjoignant de faire occuper les châteaux de la Flandre, et répéta que, du reste, cette mesure tendait h empêcher « aucuns mauvais garnemens de les surprendre ^ » A la sollicitation des échevins, le conseil de Flandre la supplia en vain de revenir sur cette résolution compromettante pour le repos public ' ; elle fut inébranlable. Seulement elle engagea la commune à lui envoyer des députés pour conférer de cette affaire^.

Sur ces entrefaites se produisit une autre cause d aigreur. Guillaume De Mey, envoyé dans les châtellenies pour neutraliser les menées des agents du gouvernement, accusa de trahison les hauts échevins et les hoogpointers de Courtrai. Cette accusation trouva de Fécho chez le peuple et chez les paysans des environs, exaspérés par les poursuites ordonnées au sujet de laide, et il leur promit de faire bonne et promple justice de ces vlabakkers. En effel, les deux hoogpointers Josse Van den Berghe et Simon Caluwart, qui avaient assis la levée de l'aide, furent arrêtés pendant la nuit, traînés à Gand et jetés en prison *. Aux plaintes et aux reproches de la reine, les échevins de Gand répondirent en la priant « de ne donner ni laisser donner aucun empêchement ou trouble à lexécution

• Lettres du <9 octobre <539. D Hollander, <92.

• Lettres du 2< octobre <539'. Ibid , 193. ' Lettres du 21 octobre 1539. Ibid., 197.

* lettre du 26 octobre 1539. Ibid., 199.

* Ibid., 200. — Ordonnance de mise en liberté de ces deux prisonniers, 16 février 15i0. M. Steir, Pièces justificatives.

de privilèges leur octroyant le droit de prendre connoissanœ, juridiction et judicature, non-seulement sur leurs manans, mais aussi sur tous ceux qui étoient demeurant au plat pays ou en ville close de leur quartier; car, au cas où Ton y meltroit empêchement ou force, ils seroient dans la nécessi^ d'y résister, de chercher le dernier moyen de sauv^rder les privilèges, libertés et juridictions de la commune. » Ils s élevèrent avec énergie contre les démarches des agents de la princesse, « qui alloient demandant aux habitans de leur quartier s ils vouloient demeurer avec l'empereur ou avec les Gantois, comme si ceux-ci étoient de tout aliénés et séparés de rimpèriale majesté. » — «.De telles demandes, dirent-ils, n'ont autre intention que d'engendrer discorde et débats, et de gâter tous ces pays. D'un autre côté, tandis que Votre Majesté nous assure sans cesse que les gens de guerre ne causeront dommage ni foule à personne, déjà à deux ou trois reprises ils ont fait force, violence et pillerie en la maison et sur les biens d'Yvain Van Waernewyck, notre boun^eois et manant. Or, comme il n'a agi que par nos ordres, nous devons voir dans l'occupation du château de Gnvre et des autres forts l'intention de nous faire piller et outiniger nous et les nôtres. 11 est un seul moyen d'apaiser In commune, c'est de faire droit îi ses demandes réitérées et (!(» hii livrer les fugitifs résidant à Bruxelles et à Matines ^ » A ces prétentions, la régente opposa le traité de Gidzant, (|ui avait enlevé aux Gantois toute juridiction, en matière criniiiielle, sur les oiïieiei*s et justiciers du plat pays. « Vous avancer de prendre connaissance en jlidicature sur les magistrats de la chûlellenie de Courtisai, dit-elle, ce seroit violer ce

' lrH(.LLAM)EIl. 200-203.

traité et porter une grave atteinte à Taulorité de Tempereur. Il vous a donné recours devant le grand conseil de Malines ; si donc vous ou ceux de Courtrai avez des sujets de plainte, poursuivez votre droit en justice, sans vous mesler autrement de cette affaire ou chercher, comme récrivez, les extrêmes; de ce nftyen ne sauroit advenir que votre entière destruction. Quant Ji ce que nous aurions fait enquérir près des sujets de Flandres s ils vouloient demeurer avec fimpérialo majesté ou avec vous, nous n'avons pas connoissance d*une telle inquisition faite de notre part ; mais nous avons vu diverses lettres envoyées par vous h cette fin aux villes et aux villages de Flandres. » Elle prétendit ignorer les violences commises au château de Waernewyck, d*où le duc d'Aerschot venait encore de faire enlever quelques pièces d artillerie, sous prétexte quelles lui appartenaient. Au sujet des fugitifs, elle déclara que leur extradition n'était pas en son pouvoir, mais qu'elle était disposée à leur administrer à cet égard droit et justice s'ils avaient des griefs fondés. Enfin, elle ajouta qu'elle renverrait le grand bailli à Gand, dès que la justice y aurait repris son cours et qu'il pourrait librement desservir son emploi, chose impossible tant que les métiers restaient en permanence '.

La commune, irritée de la réponse, ne garda plus de ménagements, [priant en souveraine, le 27 octobre, elle expédia das placards qui ordonnaient d'appréhender et de conduire à Gand quiconque exercerait des violences, dans le plat pays, pour le recouvrement de l'aide, et enjoignaient à tous baillis, maïeurs, écoutèles, sous peine d'une amende de 60 livres parisis et de correction, d'appeler le*peuple aux armes, de l'organiser par dizaines, de fermer les passages par des barrières, par des

Lettre du 26 octobre 4539. D'Hollakdeii, 203.

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