VI. IG
prise eri^porté- Le tumulte s étendit, et bientôt éclata un la dirf'ii^^Qt» qui obligea ces seigneurs à se renfermer dans gai^ ileau, où les assiégea une multitude furieuse ^ liw|iiL cette nouvelle^, Marie de Hongrie convoqua sur-le-cbamp ()':> conseillers et les gentilshommes de sa maison. « Il faut, r tout prix, leur dit-elle, sauver ces seigneurs qui se sont exposés pour le service de l'empereur; les abandonner, seroit perdre réputation et mettre tout le pays en hasard. Je vous requiers donc de me vouloir assister et ayder, comme par votre fidélité êtes tenus de le faire. Le comte de Lalaing est chevalier de la Toison d'or, et ses confrères sont obligés de le secourir en mettant le tout pour le tout. J'espère donc que, chacun remplissant son devoir, on aura facilement le dessus, vu que c'est une commune sans chef. » Elle offrit < de donner sa vaisselle pour fournir au plus hàtif , » et tous les assistants promirent de la seconder. Le prince d'Orange s'engagea à réunir, en trois ou quatre joui^, 300 chevaux; !e seigneur de Molembais, récemment revenu d*Audenaerde, se chargea d'y joindre 150 h 200 genlilsliommes de la maison de In reine , et l'on se proposait de renforcer cette cavalerie do 500 piétons levés par le duc d'Aerschot « depuis les commotions de Gand. »
l'ne nouvelle réunion devait avoir lieu le lendemain malin
' Lettre rie Marie de Hongrie, du H octobre 1539. Appendice précité, ?63 — «Comme aux derreiiiert»s émotions de Flandres, monsieur de Cournert* estoit adverti que par le peuple dAudenaenle le chasteau dAudenaerde estoit jissiégé tellement que le sieur d'Escornaix el le sieur de Lalaing estant audit chasteau ne poxoiont wider, ledit seigneur de Courrière envoya en poste a Malines , le vij» d octobre xxxix. le lieutenant de ce bailly pour advertir la royne iiftîn de faire proMsion et assistance ausdits seigneurs. «Compte de G <Ju Boscli. précité, f" ex.
' Elle lui fut apportée, le 7 octobre. Ners neuf heures du soir, par un laquai? (]ii MM^neurde Courrière.
à six heures, pour arrêter définitivement ces mesures militaires. Mais, • avant ceste heure, arriva un laquais de Philippe de Lalaing chargé d'avertir la reine, que ce seigneur et son frère étoienten danger d'être perdus, si tôt n étoient secourus : le château n'étoit tenable contre artillerie, et les assi^eans avoient une grosse pièce de canon, dont pourtant ils n'avoient pas encore tiré \ » Aussitôt la régente ordonna au prince d'Orange et à de Molembais de rassembler le plus de chevaux possible, et de se mettre en communication avec le bailli d'Alost, Jean de Montmorency,, afin d'être informés, d'heure en heure, de la situation des choses. Elle écrivit à d'Aerschot de diriger sans retard ses piétons sur Ath, et d'envoyer «100 chevaux à Bruxelles, pour les joindre aux troupes réunies par ces seigneurs. Le lieutenant du prince, Lubert Turck, se rendit à Bois-le-Duc avec mission de lever 1,000 à 1,200 piétons, et des lettres pressantes furent adressées aux comtes d'Hoogstraelen et de Buren, pour obtenir leur concours. A tous la reine enjoignit expressément de pourvoir t à ce que les gens de guerre fussent logés et payassent, afin que les paysans ne se élevassent, dont plus grand inconvénient fût advenu et l'entreprise empêchée*. » Puis, elle dépécha le secrétaire du conseil privé George d'Esplechin, à Audenaerde, « à l'effet de regarder si, par l'entremise des gens de bien, il pourroit trouver moyen d'apaiser ceux de la commune '. »
La gravité des circonstances justifiait les armements ordonnés par la reine; mais ils étaient de nature aussi à allumer la guerre civile, peut-être même une guerre sociale. Par bon-
' D'HoLLANDCR, 477, 478.
• LeUres de Marie de Hongrie, des 9 et 44 octobre 4539. Appendice précité, 643 et 263. — D'Hollandbr. 477-479.
' D'HOLLANDER, 478.
heur la voie de la conciliation s'ouvrit à temps. Le seigneur d'Escornaix jouissait à Audenaerde d'une grande considération, et sa conduite prouva qu'il en était digne. Il se mit en rapport avec les métiers, et la violence Qt place h des négociations pour l'examen de leurs griefs. Dans un mémoire daté du 7 octobre, ils réclamèrent la remise entre leurs mains de l'artillerie et des munitions de la ville, afin de s'en servir, au besoin, pour sa défense; l'évacuation de la tour de Bourgogne, menaçante pour leur sûreté; l'introduction dans le château du nombre de bourgeois nécessaire à sa garde ; la destruction du bureau de la cueillette; l'affermage des accises sur l'ancien pied; l'abolition des présents en vins donnés aux frais de la ville; l'abaissement à l'ancien taux des traitements des employés et fonctionnaires communaux ; la prompte exécution de la justice; la suppression de l'hérédité dans les fonctions et dans les offices rendus désormais amovibles; la lecture publique de tous les privilèges et keures de la commune, dont une copie authentique serait remise ensuite à chaque corporation; copie et communicxition des privilèges et franchises de la ville de Gand pouvant être profitables à la commune; amnistie entière et sans révocation ultérieure pour toute inculpation de propos ou d'actes séditieux; défense d'introduire garnison, soit dans la ville, soit dans le château; enfin, un règlement conférant aux échevins et aux métiers le droit de présenter annuellement vingt-quatre candidats, parmi lesquels seraient choisis les treize membres de la loi '.
Partout le peuple était convaincu que ses privilèges étaient violés ou faussés dans leur application. En attendant la décision de la régente, les métiers donnèrent leur assentiment
• Appoihlice precile. 700.
aux mesures de police proposées par le magistrat, pour assurer la tranquillité de la ville. Le lendemain (8 octobre), parut une ordonnance enjoignant aux habitants de déclarer par écrit au seigneur d'Escornaix , les étrangers logé^ chez eux, sous peine d'une amende de 20 escalins parisis. Le service des gardes bourgeoises fut rendu personnel; nul, à l'exception des veufs et des prêtres, des malades et des vieillards, ne fut plus admis à se faire remplacer. Il fut défendu de sortir le soir sans « lanterne allumée, » et de se trouver dans les rues, ^ans nécessité, après la cloche de retraite et lorsque les veilleurs seraient placés en vigie. En cas de tumulte, les femmes et les enfants devaient rester au logis; les hommes qu'on aurait omis de convoquer, étaient tenus de se rendre devant la boucherie, oii on leur assignerait une compagnie. Une amende de 3 livres parisis fut établie contre tout capitaine en défaut de se trouver à son poste '. L'approbation donnée à cette ordonnance témoignait du désir des métiers d'entrer en accommodement. Le 10, Charles de Lalaing écrivit à Marie de Hongrie que son frère avait « si bien communiqué avec eux, qu'ils luy avoient accordé d'estre leur chief, vingt-quatre hallebardiers à leurs dépens, et monsieur de Beveren pour lieutenant. Ils luy avoient jà liaillé les clefs de la ville en ses mains, de sorte que le tout alloit en bon accord, parce qu'il avoit gaignié les bonnes grâces du peuple. » Dans cette occurrence, il importait de ne point les alarmer par de menaçantes dispositions, propres à « reculer le tout ; car si avoient une fois le bruit qu'on rassembloit piétons, seroient tous les gens de bien en hasard d'estre tuez, attendu que eulx et les de Lalaing avoient
' Appendice précité, 701.
:i70 RÉGNE DE CHARLES QUIKT EN BELCrQUE.
Rsseuré sur leur hoaneur qu*il n y viendroit personne '. » Les dispositions de la commune étaient, en effet, si bonnes, que les échevins de Gand ayant offert de Tassister, au besoin, contre les soldats de la reine ' , le magistrat les remereii de cette assistance, dont il espérait, dit-il, n*avotr pas besoin. Seulement il s*engagea à faire saisir et châtier les fugitifs qui se retireraient h Audenaerde ^.
Ce n*était point le quartier de Gand seul qu avait gagné l'agitation; elle s'était étendue dans toute la Flandre. A Bruges, il y avait eu des tentatives de soulèvement ^, et le magistrat, tout en protestant de la fidélité des habitants, pressa la reine d*y venir le plus tôt possible, afin de les maintenir dans leurs bonnes dispositions ^. A Ypres, le peuple annonçait hautement Fintention de se ranger du parti des Gantois, et « journellement mettoit nouvelléités en avant ^. * A Lille, « les povres gens et aultres de petit estât murmuroient contre les loix et aultres ayans estât et gouvernement de la chose publique, cherchant occasion de éulx pouvoir eslevor contre leurs supérieurs \ » Aussi les troubles y semblaient-ils imminents, et les magistrats, tenus sans cesse en éveil, exerçaient une rigoureuse sur\'eillance. On emprisonna, entre autres, un ancien cordelier, nommé Jean Vilicy,
• Lettre du romte Charles de Lalaing a la reine, du <0 octobre 1539. Appendice précité, 26i.
» Lettre du H octobre 1539. Ibid., TOI.
* Lettre du M octobre t539. Ibid., lOi.
* « Audit maistre Guillaume Vanderhagbe, pour avoir rais a torture niip (îillts de Cor, lequel l'on vowloit inculper d*avoir dict aulcunes parolles par lesquelles il eult peull mectre le peuple en dissention et noyse, xxiij sols. • Connple du seigneur de Praet, précité (n» 43715), de i:>39-<540, f* xij.
^ Lettre du \ \ octobre 1539. Api^endice précité, 26i.
" Rapport du bailli d'Ypres, du 22 octobre 1539. Ibid., 277.
• Lettre de Marie de Hongrie, du 11 octobre 1539. Ibid , 265.
accusé de propos séditieux; mais on De put mettre la main sur les principaux agitateurs, « gens inconnus, qui avoient également proféré parolles fort maulvaises \ » Il en fut de même à Armentières, où Ton arrêta deux clercs tonsurés, Jean de Bende et Grégoire Vinchant, qui furent transférés à Lille et traduits ensuite (1540) devant la cour spirituelle de Tournai ^
Ces événements rendirent Marie de Hongrie « perplexe •\ » mais elle ne faillit pas devant le danger. Redoutant plus la connivence ou l'intervention de la France que la révolte, elle prescrivit aux officiers des frontières de faire bonne garde, afin d^intercepter toute communication des Gantois avec ce royaume. Deux cordeliers arrêtés à Haspres, s'étant coupés dans leur interrogatoire, elle ordonna dy procéder avec la plus grande sévérité, de bien s'assurer s'ils n'avaient pas de papiers et s'il n'y avait rien de noté dans leurs bréviaires. Puis, peu satisfaite du résultat de cet examen, elle les fit diriger sur Malines pour les interroger elle-même *. En même temps qu'elle prescrivait « des processions générales et solennelles, tant pour la saison de semer qui avoit esté et estoit fort diverse, que pour la prospérité de l'empereur, le bien, le repos et la tranquillité de ses pays, seigneuries et sujets ^ » elle enjoignit à tous les officiers et magistrats de la Flandre d'interdire les « réunions illicites, de réprimer les propos séditieux, de faire extrême et rigoureuse justice des fauteurs
' LeUre des maïcur et échevins de Lille à la reine, du 16 octobre 4539. Appendice précité, 271-272.
* Lettre de Pempereur, du 48 novembre 4540. /6m/., 444 .
* Lettre du 25 septembre 4539. Ibid,, 607.
* Lettres des 24 septembre et 7 octobre 4539. Ibid , 606 et 610.
* Lettres du 47 octobre 4539. Compte du duc d'Aerechot, précité (n« 44662), f" xxxvij t».
37i RÉGNE DE CHARLES-QUINT EN BELGIQUE.
de trouble. » Elle exigea de nouveaux serments des corps armés de la bourgeoisie \ et mil dans les châteaux des capitaines éprouvés. Si, à la demande du comte de Lalaing, elle licencia les piétons levés contre la commune d*Audenaerde, « ce qui sétoit fait sans bruit, ni grande dépense ^ » elle conserva les gendarmes, sous prétexte de les prendre pour escorte, lors de son prochain voyage en Flandre '. Partout où elle le put, elle plaça des soldats. Ainsi, le i3 octobre, « considérant les troubles estans en aucuns quartiers de Flandres et pour autres respects, elle ordonna à Antoine Hauweel, lieutenant de Josse de Steelant, capitaine et bailli de Bienliet , d'entretenir en cette ville le nombre de vingt hommes de guerre*. » Termonde * et Rupelmonde furent armées, et Ton transféra dans d'autres villes les prisonniers détenus dans le château de Rupelmonde"; car là aussi le peuple était enclin à prendre le parti des Gantois '. En outre, le magistrat de Malines fut invité à tenir, de jour et de nuit, des guetteurs sur la tour de Sainl-Rombaut, avec ordre
' Lettre du 4 1 octol)rt», preciléo.