‹ Histoire du règne de Charles-Quint en BelgiqueChapitre 5 sur 39 · I. c, fo · texte numérisé non relu

I. c, fo

* M D. Groeb£. I. c. — Chron. van Antwerpen.

33i RÉGNE DE GHARLES-QUINT EN BELGIQUE.

princesse à l'adopter provisoirement '. Ce « concept » formulé en ordonnance, par lettres patentes du 4 mars 1523, toléra momentanément la hausse des monnaies d*or^; mais loin d'atteindre le but que se proposaient ses auteurs, il accrut le désordre. La valeur de l'argent n'ayant pas été haussée, l'or, au mépris de l'ordonnance, monta à des prix excessifs. Les monnaies d'argent disparurent de la circulation ; on ne vit plus que des monnaies de billon, de Gueldre, de Clèves, de Juliers, de Liège, d'autres contrées voisines, ayant cours à un prix plus élevé que l'or même ^ Quelques conseillers de Marguerite jugèrent alors opportun de hausser toutes les monnaies et lui déconseillèrent de renouveler l'ordonnance de 1523*. Avant de se prononcer, la régente consulta les états, demanda des rapporte au conseil privé, aux gouverneurs de province, à plusieurs marchands, et dans l'entre-temps elle ordonna (19 juin 1524) une nouvelle publication de la dernière ordonnance ^ Cette publication ne la fit pas mieux observer; de toutes parte on pressa la régente de hausser la valeur des monnaies

' Lettre de Marguerite, du 6 mars 1523:Reg. Correspondance, f<» 80.

' M. D. GnoEBEf \. c.

^ « Les monooyes puis la dernière ordonuance sont venues en grand désordre. L'or se baille à hault >oire excessif prix, comme le lyon à l sols, le noble a la rose cij sols, l'escu à xlj. le ducal à xliij, le florin d'or à xxxj, et pour ce que nostre monnoye blanche par ladite ordonnance ne feust haussée à revenant de l'or, ceulx qui Pont la gardent et ne court icy que monnoye de Gheldres, de Clèves, Juliers, Liège et aultres par ladite ordonnance deffendues, et à l'avenant à prix plus excessif que Tor. Plusieurs dient que haussier notre monnoye proufflteroil, mais sans les estatz je n'y vouldroye touchier. Pourquoi plusieurs dyent que l'on ne pourra fors renouveller la dernière ordonnance. Le pis est que les ordonnances au fait desdites monnoyes ni guères aultres ne s'observent point, et n'est possible y bien remédier ny à plusieurs faultes et abuz au temps qui court. » Lettre de Marguerite, du 19 juin 4524. Registre Corrtspondance, fo 224.

^ Ibid,

*M. l). ^iltOEBE. {.<:.

COMMERCE - INDUSTRIE - AGRICULTURE. 3;tô

(l'argent, dans la même proportion que les monnaies d'or \ En vain commina-t-on les peines les plus sévères contre les infractions aux ordonnances; elles restèrent sans force, et le pays se trouva < plein de méchantes monnoies. » La situation politique ne permettait pas les remèdes énergiques ; du reste, dans les états comme dans les conseils du gouvernement , il y avait diverçence d'opinions ^, et Marguerite dut enfin céder ; une ordonnance du 25 novembre i 525 toléra momentanément la hausse dans les monnaies d'argent \

A peine le traité de Madrid fut-il conclu , que Marguerite revint à son système : pour prévenir l'agiotage et les spéculations de l'étranger, elle fit avertir, aussi secrètement que possible, les habitants du pays de sa résolution « de en brief

' « J'attens les députés de Brabant, Flandres, Artois, Haynaut, Hollande. Zellande et Namur, pour pourveoir au fait des monnoies qui sont en grand désordre, car avec ce que le prix de l'or ne s'observe, il ne court monnoye blanche que deffendue et se baillent les suapbanes à xiiij gros, lesquels au prix de vostre monnoye blanche, n'en vaillent point dix. Par advis de conseils des généraulx et de plusieurs marchans, j'avoye fait raffraischir la publication de la dernière ordonnance; elle ne s'est observée et, disent les généraulx et autres qui s'y cognoissent, que ladite ordonnance ne s'observera ne soit que vostre monnoye blanche soit apréciée à l'advenant de l'or. » Lettre de Marguerite, du 5 août 15i4. Reg. Correspondance, f" Î31.

' «• Nous sommes empeschiez et perplex du fait des monnoyes ; les ordonnances, combien que je les aye renouvellées soubz grosses paynes, ne s'observent point et est le pays plain de meschantes monnoyes. J'en ay fait tenir diverses assemblées et communications par les députez du pa}s avec noz généraulx; ils en sont en diverses opinions, et à ce que je leur ay proposé d'y prendre une résoluciou par l'advis de ceulx qui s'y cognoissent, ilz m'ont requiz, singulièrement ceulx de Flandres et Hollande, que je ne veulle arrester, mesmement faire publier le concept que je y pouvrois prendre, que premiers ils ne le voyent, et si je sceusse que la guerre ne deust guères durer, en dissimuleroye, car le pays estant en paix, au dit de tous, seroit facille y mettre ordre. » Lettre de Marguerite, du 12 septembre 1624. Ibid.» f« 239.

' M. D. Groebe, I. c. -Compte de Jean de Berghes. de 1624-1526 (u» 16204). f» xlviij.

baisser les monnoies d'or et d'argent ^ » Charles-Quint toutefois ne se montra pas très-convaincu de l'excellence de cette mesure; ii vit, parait- ii, dans cet acte une spéculation des familiers de sa tante, et lui écrivit que pour une affaire de cette importance, de nature à préjudicier à Tintérét de ses sujets, il convenait de s'entourer de conseils de gens entendus et d'aviser à ne pas sacrifier le bien public à la cupidité de quelques-uns ^. D'un autre côté, les mesures de la régente n'arrêtèrent pas « l'excessive monte des monnoies qui resta en train comme durant la guerre. » « Après bien meure délibération , » Marguerite publia alors un mandement fixant la valeur du carolus à 22 sous ; celle du philippus à 27 ; celle des autres monnaies dans les mêmes proportions, t avec avertissement que, au V mars 1527, l'ordonnance du 22 novembre 1 520 reprendroit cours, h moins qu'à grosse occasion, il n'en fût autrement ordonné ^. » Si ce mandement provisionnel n'eut pas tous les effets espérés par Marguerite, il produisit cependant une certaine baisse : le carolus descendit à 24 sous; le philippus à 30 *.

' « D'avoir porté lettres aux maires et eschevins d'illecq et aucuns officiers dudit pays, afin d'adverlir les habitans de leurs offices le plus secrètement qu'ilz povroient qu'ilz eussent regard touchant le<? monnoies qui avoient cours, car Ton avoit délit)éré de en bref baisser les mormoies d'or et d'argent par tous les pays de par deçà. » Compte de J. de Berghes, précité, f« xliij.

" « J*ay entendu que avez renouvelle depuis le traicté de paix de Madrid l'évaluation desdites monnoies comme elle estoit avant la guerre; toutefois considérant la grande importance de ceste affaire et le dommage que mes sujets en peuvent recevoir, si la chase nest pourvue comme il appartient, je désire que Ton en communique avec gens entendus et autres personnes à qui telles choses doibvent être communiquées, et que l'on advise tous bons moyens pour remédier ledit désordre de monnoic sans dommage du pauvre peuple, mais soit préféré le bien publique à c^lui de particuliers. « Lettre de Charles-Quint a Marguerite, du 26 juillet 1526. Heg.' Correspondance, f» 29.

' Lettre de Marguerite, du 17 septembre 1526. Ibid., f" 33.

* Lettre de Marguerite, du 27 février 1527. Wid., f» 45.

Pour se conformer aux ordres de son neveu, la princesse consulta à diverses reprises les magistrats des principales villes, « plusieurs marchands et personnages compétens en la matière , » et leurs rapports furent Tobjet du plus sérieux examen, de la part du conseil privé et du collège des finances'. Puis, forte d avis décisifs à opposer à l'opinion contraire, elle publia, le 10 décembre 1526, un édil ramenant les monnaies au cours fixé par Tordonnance de 1320. Comme la brusque exécution de cette mesure eut jeté la perturbation dans le pays, deux termes furent fixés pour amener successivement la réduction : le premier finissant le 31 décembre 1526; le second, le dernier jour de février 1527. Maintenus, jusqu'à la fin de Tannée, au taux où ils étaient lors de la promulgation de cet édit, les carolus devaient descendre, du T' janvier 1527 au dernier jour de février, de 24 à 22 sous 6 deniers; les philippus, de 30 sous à 28 sous 6 deniers. La valeur du patard simple, de nouvelle fabrication, fut portée à 13 deniers; toutes les autres monnaies d'or et d'argent reçurent des évaluations proportionnelles. Puis, à dater du 1" mars 1527, le cours légal des monnaies reconnues, était baissé de la manière suivante :

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