‹ Histoire du règne de Charlesquint en BelgiqueChapitre 15 sur 44 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

CONVENTION DE COPENHAGUE. - TROUBLES DE BRUXELLES. - CAMPAGNE DE CHARLES-QUINT CONTRE SOLIMAN.

(4S3MS3t.)

Le départ de Charles-Quint, annoncé aux états, à la séance du 7 octobre 1531, fut retardé par de graves événements, qui retinrent pendant plusieurs mois ce prince dans les Pays- Bas. Après de vaines tentatives de restauration, Christiern II était venu réclamer son assistance , en faisant valoir l'appui des catholiques de la Suède, où l'avènement de Gustave Wasa avait assuré le triomphe du luthéranisme. En effet, par un acte daté d'Anvers, le 27 septembre 1530, les évoques et les prélats suédois s'engagèrent a employer les efforts de leurs partisans, en faveur du roi détrôné, et à conjurer l'empereur,

« dans l'intérêt du christianisme, de délivrer leur pays d'un VI. I

lyran ennemi de Dieu et des hommes '. » Spectacle singulier de voir les catholiques opposer au libérateur de la Suède un prince qui avait ouvertement appuyé les doctrines de la réforme!

Nos contrées, devenues le refuge des mécontents et des proscrits de la Scandinavie , allaient se trouver compromises par leurs intrigues; les relations avec les états du Nord, déjii fort altérées, s'en ressentirent sur-le-champ. Le congrès, où devaient se terminer les différends avec Lubeck , fut dissous dès la première séance; il ne se présenta pas d'ambassadeurs lubeckois a Cologne, et l'assemblée , fixée d'abord au lrr avril 1528, fut tenue, sans plus de succès, à Brème. Les efforts des Lubeckois tendaient ouvertement à rétablir le monopole de leur commerce, à l'exclusion des Hollandais, et à éluder une réconciliation, favorable a des rivaux. Néanmoins, sur d'énergiques représentations des états de Hollande a l'agent de la ligue hanséatique résidant à La Haye, Herman Zuderhuvsen, on convint d'avoir une nouvelle réunion à Hambourg. Mais alors les villes de Delfl et de Leyde refusèrent d'y prendre part, et de nouveaux incidents fermèrent cette voie de conciliation 2.

La mort de Marguerite, qui s'était constamment opposée aux projets de l'indigne époux de sa nièce, et l'arrivée de Charles-Quint dans les Pays-Bas, avaient réveillé les espérances de Christiern. Il était accouru aussitôt à Bruxelles, on il comparut, dit-on (15 juillet 1531), sur une citation d'huissier, devant le souverain conseil de Brabant, pour rendre témoignage clans un procès entre particuliers. L'empereur se refusa toutefois à une intervention directe; à la demande des villes

• Geyui. Il, 06. — ' Ih'tj. Arrt \an der Goes.

maritimes, il mit même l'embargo sur les vaisseaux affrétés par sou beau-frère, dans les ports de la Hollande et de la Zélande. Celui-ci se retira dans l'Oostfrise, et y fut accueilli avec empressement par le nouveau comte d'Embden, Ennon, alors en guerre avec quelques seigneurs voisins. Chrétien) apaisa leurs différends, et les subsides de la Norvvége, qui s'était dépouillée en sa faveur de l'or et de 1 argenterie de ses églises1, lui permirent de prendre à sa solde les troupes levées par le successeur d'Edzard 2. Cette mesure répandit l'alarme en Hollande, que des nouvelles graves avaient jetée dans la consternation. Le Danemark fermait le Sund ; Lubeck rappelait ses plénipotentiaires du congrès de Hambourg, et déjà les eorsaires couraient les mers \ En même temps apparaissait une comète de funeste présage aux yeux de la multitude ("20 août 1531) \ et cette fois l'événement sembla justifier ees craintes superstitieuses.

Christiern, à la tête de 5,000 à 6,000 lansquenets, traversa la Gueldre, par laquelle Cbarlcs d'Egmont lui permit le passage \ et pénétra tout à coup dans l'Overyssel et en Hollande. Ses troupes s'avancèrent jusqu'aux portes de Delfl, et le roi demanda impérieusement aux états de l'artillerie, des munitions, des vivres et trente navires (septembre 1531 ) 6. Une foule d'aventuriers accoururent sous ses drapeaux, et le

' (jeykr . II, 67.

' Instructions données par Marie de Hongrie aux commissaires envoyés a Copenhague, en 1532 Archives du royaume.

1 \VAGt>AAH

» Anecdola brusellensm. Manuscrit précité.

4 Instructions dopnees a maître Josse Aemsoen de Bourch, conseiller, envoyé a Hambourg, janvier 1532. Slaatspapiere, 78.

• Lettre de Charles-Ouint a Ferdinand. 26 et 28 septembre 1531 . Correspondent, I, 54i

gros de son armée, forte de plus de 12,000 hommes, vint occuper les environs d'Utreclit , dont elle désola le territoire. Ses coureurs répandirent pnrtout l'effroi, et Christiern luimême, entrant avec 3,000 hommes dans Alkmaar, pilla, pendant cinq jours, cette ville souffrant encore du désastre de 1517 ».

Aucune mesure n'avait été prise pour la défense du pays ; dans leur juste indignation, les Hollandais accusèrent le gouvernement de les avoir livrés à ces bandes farouches, pour se venger de leur opposition à ses demandes d'aides 2. Il répugnait sans doute à l'empereur d'employer la force contre son beau-frère; il approuvait d'ailleurs secrètement ses projets de restauration et ne voulait pas lui ôler les moyens de les accomplir. Il laissa donc a ruiner et manger ses pauvres peuples, » jusqu'au moment où Christiern se jeta en Frise avec 4,000 hommes, et qu'on craignit de le voir s'emparer de quelque forteresse et s'unir au duc de Gueldre, avec qui on lui supposait « de sinistres intelligences. » Il y avait entre les capitaines de Christiern et les agents du duc beaucoup d'entrevues \ et tous deux étaient capables des plus dangereux coups de main. Charles-Quint ordonna aux villes de redoubler de vigilance 4 et chargea le gouverneur de la Frise d'enjoindre au roi de vider le pays 5. Celui-ci, au lieu d'obtempérer à cet ordre, réclama le dernier terme de la dot d'Isabelle, et demanda douze navires, sous la promesse d'accorder aux Hollandais la

' Lettre de Charles-Quint, du 10 octobre t53t. Correspomienz. I, 541». — M. AtTMEVBR, Histoire des relation» commerciales, ftey. Acrt Van (1er (lues.

i Lettre des 26 et 28 septembre, précitée, et lettre de Charles-Quint a Ferdi-

nand,du I" octobre 1534. Correnpondetiz,\t 545. '* Wagemaab.

1 Itcy. Acrt l an der Goes,

liberté de commercer dans ses états, dès qu'il aurait reconquis si couronne Dans l'entre-temps, les villes hanséatiques promirent de lui ménager un accommodement avec Frédéric de Holstein, à la condition de cesser les hostilités; mais Christiern répondit, qu'abandonné de tous et sans espérance, il était forcé de pourvoir lui-même a ses affaires, et qu'il voulait reprendre re qu'on lui avait odieusement ravi. Quant à déposer les amies, il ne le ferait que si la Hanse s'engageait à le rétablir sur le trône 2. Il ne restait plus qu'a courir sus à ce bandit. Charles-Çuint en jugea pourtant autrement, et non-seulement il lui paya le restant de la dot d'Isabelle, s élevant à 50,000 florins, mais il autorisa encore les Hollandais à lui fournir douze vaisseaux de guerre \ Christiern II s'embarqua sur cette flotte a Medemblik, le 24 octobre 1531 \ et son départ même rassura si peu son beau-frére, que, pour mettre le pays à l'abri de nouveaux brigandages, il fut ordonné de recruter des piétons en Allemagne ; on en leva aussi 2,000 dans les comtés de Namur et de Hainaut, et une partie des bandes d'ordonnances furent dirigées sur les frontières de la Frise et de la Hollande \

Ces événements, si préjudiciables aux provinces du nord, coïncidaient avec des indices menaçants pour les provinces du midi. L'attitude de la France redevenait agressive, et Charles- Quint, informé, par ses agents, des dispositions de François Irr,

' W»gk>*\k.

■ .M. Altulyer. I. c, dapres les Archives allemandes de Druselles, I9ÎH9K. ' Lettre du 10 octobre 1531, précitée.

I Lettre de Charles-Ouint à Ferdinand, du .'il octobre 1531. Corrcspondenz I. 572

Ibid. — Le 15 novembre encore on le voit plein dapprehensions sur le retour éventuel de son beau-frere. Lettre de Charles-Ouint a Ferdinand. Correspondais, I. 58H.

ne voulut fjuitter le pays qu'après setre assuré par lui-même de l'état des villes frontières \ 11 se rendit ensuite à Tournai (28 novembre 1531 )2, où le rejoignit Marie de Hongrie 3. Pour donner plus d'éclat a son séjour dans cette ville, irrévocablement réunie à ses états, il résolut d'y tenir un chapitre de la Toison d'or, et le jour même de son arrivée 4, il remit des patentes de chevalier au seigneur de Velaines et du Bus, Guillaume de Cambry, prévôt de la ville, et à son fils Gabriel. L'assemblée capitulaire eut lieu à Notre-Dame, l'imposante basilique; entre autres circonstances remarquables, elle procéda a l'élection du fils de l'empereur, don Philippe, alors âgé de quatre ans. Dans une des séances suivantes, des chevaliers réitérèrent les plaintes élevées déjà, en 1518, sur l'admission d'étrangers qui déconsidéraient l'ordre, faute d'en apprécier l'importance ou le véritable caractère; on avait vu, par exemple, un Espagnol, le comte de Benevente, pour qui de Chièvres sollicitait le collier, s'enquérir préalablement des avantages pécuniaires que lui rapporterait cette distinction. En conséquence, les chevaliers renouvelèrent la proposition faite, en 1529, par Jean de Berghes et Antoine de Lalaing, de ne plus élire aucun étranger. . La conduite du chef et souverain fut assez sévèrement censurée. On le blâma d'être lent dans l'expédition des

* Lettre du 31 octobre, précitée.

» M. Gaciiard. Itinéraire précité. — Il descendit à l'abbaye de Saint-Martin oe Reiffe>hkrg, Histoire de l'ordre de la Toison dor, 367.

1 Ordre de « faire ouvrir les champs et autres lieux qu'il sera de besoin, afin que la reine et son train puissent passer sans danger ni inconvénient, les chemins ayant été rendus fort mauvais et dangereux par le mauvais temps. « 14 novembre i:>31. Archives de l'Audience, liasse 4U5.

* l oir M. Chotin, a qui ses typographes font commettre une erreur de date en fixant cette entrée au 2 novembre. Le 15, l'empereur était encore à Bruxelles. Voir sa lettre du M novembre, précitée.

affaires; de s'occuper beaucoup des petites choses, et de négliger les plus importantes; de ne guère consulter son conseil, dont la composition d'ailleurs était trop restreinte. Charles -Quint accueillit ces reproches « bémgnement et avec reconnoissance. » Il rejeta la faute de la mauvaise administration de la justice sur ceux qu'il avait chargés d'y pourvoir en son absence, et sur ses nombreuses occupations, qui l'avaient empêché jusqu'alors de donner tous les soins voulus à l'arrangement de ses affaires particulières et aux intérêts de ses sujets. Quant à son conseil, la difficulté, dit-il, de trouver des personnes suffisamment expérimentées ou affectionnées a son service, l'obligeait de se charger seul de beaucoup de choses qu'il eût désiré traiter avec d'autres. Il promit néanmoins de remédier aux abus signalés par l'assemblée. Puis il exposa que l'ordonnance de 1516, réglant la manière de procéder contre les chevaliers et les officiers de l'ordre, était préjudiciable à ses droits et hauteurs, et contraire il la dignité de l'ordre, qui requérait de ses membres une pratique de vertu et d'honneur à toute épreuve, attendu que des dispositions trop favorables donnaient souvent occasion aux hommes mal affermis dans le sentiment du devoir, de s'en écarter avec facilité. Cette conclusion paradoxale fut agréée, et l'ordonnance de 1516 biffée des registres de l'ordre. On la remplaça par des dispositions interprétatives des statuts, qui donnèrent au chef et souverain seul, de l'avis des chevaliers ou de la plupart d'entre eux assemblés en chapitre, la connaissance des fautes et méfaits de leurs confrères. Le chef et souverain , ou son délégué pris parmi les membres de l'ordre, et reconnu en cette qualité par décision expresse, eut pouvoir de poursuivre, après due information, tout chevalier trouvé coupable de quelque cas notoire; seule-

te

nient la poursuite, par voie d'arrêt et de détention de sa personne, ne pouvait avoir lieu que de l'avis de dix de ses confrères ou de tel autre nombre, suivant les circonstances du temps ou l'exigence du cas. L'inculpé était mis sous la garde du « collège et amiable compagnie de l'ordre, » pendant l'instruction de son procès par le chef et souverain et par les chevaliers ses confrères. En cas d'absence du souverain, il était remplacé par son délégué, mais il n'était donné suite à l'instruction judiciaire qu'après qu'elle lui avait été soumise '. On était loin du temps où le jeune duc de Luxembourg invoquait contre sa tante les privilèges de l'ordre, en faveur d'un de ses confrères!

Charles-Quint quitta Tournai le 12 décembre, rentra le 14 a Bruxelles 2, et y régla diverses affaires des finances. « Considérant* que grant partie des deniers recouvrez par sadite majesté couroient à gros excessif intérêt, comme de dix-huit ou vingt deniers pour cent par chacun an, » au moyen d'un prêt de 488,726 livres 19 sols 6 deniers qu'il obtint (22 décembre) de la ville d'Anvers, il retira 53 obligations données à divers marchands \ Pour cette augmentation d'engagère, il fît à cette ville une nouvelle cession des droite qu'elle avait reçus en garantie en 1521 4. Enfin, le 17 janvier 1532, il partit de Bruxelles \ emportant 300,000 écus d'or

' de Rkiffk>bkr<;, I. c, 345, 304, 372, 376.

1 Itinéraire précité.

1 Complète J. Micault (n° 1888).

* Le 9 mai 1644, ces droits furent définitivement cèdes à la ville d'Amer* pour une somme de 40,000 florius, au delà des 80,000 qui lui étaient dus a titre des deux engagères précédentes. Rapport sur les octrois, 32.

1 Den 17 january, op Sint-Anthonis dach, anno 1534, stilo Hollandia?. es de Keyzerlicke Majesleyt des achtermiddachs, ten drie uren uyt Brussel gesche>den naer Duytslant mit grote drucke. Beg. Aert Van der Goes. ad ann. 4531 [V. 8.), 337. - Histoire de Bruxelles. - Le Petit.

« qu'il avoit ordonné de lui fournir pour son voyage 1 , » et escorté par cent cinquante hommes d'armes des bandes d'ordonnances, qui l'accompagnèrent jusqu'à Hatisbonne; il n'emmena pas d'infanterie parce que , vu la saison , elle lui aurait causé plus d'embarras que rendu de services 2. Apres s'être arrêté à Maestricht, où il tenta vainement d'aplanir les difficultés soulevées par la bulle impériale du 1" juillet 1530, il arriva, le 23, à Cologne 3. Il fallait toute la gravité des événements qui agitaient et menaçaient l'Allemagne pour l'obliger à quitter en ce moment les Pays-Bas. En effet, les rapports de ces provinces avec le Nord s'aigrissaient chaque jour davantage ; les dispositions de la France, de l'Angleterre et de la Gueldre devenaient de plus en plus hostiles, et a l'intérieur grondaient de redoutables murmures.

Le nouveau roi de Danemark et les villes vandales s'étaient vengés du concours que les Hollandais avaient prêté à l'expédition de Ghristiern, en leur fermant déiinitivement le Sund, et en délivrant des lettres de marque a de nombreux corsaires. Pourtant, quoique vivement excité à la guerre par les Lubeckois, Frédéric de Holstein hésitait encore, lorsqu'il apprit que son compétiteur, jeté par la tempête sur les eûtes de la Norwége et bloqué dans Anslo, avait reçu d'Amsterdam des armes et des munitions. A cette nouvelle, il ne garda plus de ménagements, et les Hollandais ne conservèrent guère

' » A l'empereur, lequel a ordonné luy furnir pour son voyage d'Allemaignc iij 1 mil escusd'or. » Revenus et défenses de Charles-Quint, ad ann. 1531 — Le H novembre 1631, les étals de Brabant l'avaient autorisé à vendre jusqu a concurrence de 4,000 florins de rente. Acten van de dry staelen van llrabant Registre dit Grauw Boeck aux Archives du royaume.

■ Lettre de Charles-Quint à Ferdinand, du 6 décembre 1531. Correspondiez, I. 622.

1 Lettre de Charles-'Juml, du 26 janvier 1532 Ibid , 66s.

Il RÈGNE DE CHARLES-QUINT EN BELGIQUE

«les relations qu'avec les villes de Dantzig, Riga et Revel, où ils se rendaient, parait-il, par le Belt, non sans être exposés îiux attaques des Lubeckois et de leurs alliés '. Il en résulta une hausse énorme dans le prix des grains, et des milliers d'ouvriers et de matelots se trouvèrent sans ouvrage. Les états de Hollande, effrayés de cette situation, envoyèrent des députés a Frédéric et aux villes de la Hanse, pour s'excuser de la part prise par eux à l'expédition de Christiern, et des infractions commises par des particuliers aux ordres interdisant toute communication avec ce prince. Ils pressèrent Marie de Hongrie d'intervenir pour apaiser ce différend, et cette princesse s'y montra d'autant plus disposée que son frère lui avait recommandé d'aplanir le plus tôt possible ces périlleuses difficultés. Elle proposa aux villes hanséatiques de discuter à l'amiable les griefs des deux partis; et, après de longs préliminaires, on convint d'ouvrir de nouvelles conférences a Hambourg, le 2 mai 1332 \

Le conseiller de l'empereur Joos Aemsoen Van der Burch. adjoint par cette princesse aux députés des états de Hollande, était chargé de déclarer au congrès que le gouvernement des Pays-Bas ne reconnaissait pas au roi de Danemark le droit d'interdire aux sujets de ces provinces la navigation dans les mers du nord, et d'ailleurs qu'on ne lui avait donné aucune occasion légitime d'hostilité. Si Frédéric opposait à cette déclaration les secours fournis a Christiern, cet envoyé devait représenter que les armements dont il s'agissait avaient été préparés a l'insu de l'empereur et contre le gré des Hollandais, qui, pris au dépourvu, n'avaient pu s'y opposer 3. Mais il ne

' WvC.F.MAAR.

' Ibid - Le Petjt. VII

* Instruction» données à .1. A. de Bourch. précitées.

fut pas permis à Van der Burch de développer cette thèse. Les Lubeckois influèrent de telle façon sur l'esprit de Frédéric de Holstein qu'il ajourna (17 avril) la réunion de Hambourg, et convoqua les parties litigantes à Copenhague, pour le 24 juin suivant, sous prétexte de présider lui-même aux conférences '. Dans l'entre-temps, les interdictions imposées au commerce des Pays-Bas furent maintenues et appliquées avec une extrême rigueur aux Hollandais. Lubeck et Hambourg voulaient à tout prix étouffer une concurrence fatale à leur ancienne prospérité. Elles cherchaient tout à la fois à se fortifier dans les mers du nord et à ruiner la marine des Pays-Bas, par l'émigration des matelots que la misère chassait de leur patrie. Quant a Frédéric, il comptait profiter de ce délai, pour écraser Christiern et se régler ensuite d'après la marche des affaires de l'empereur en Allemagne 2. A peine les commissaires envoyés à Hambourg étaient-ils de retour a Bruxelles, que des corsaires lubeckois enlevèrent, sur les côtes de la Zélande, un navire d'Edam revenant de Lisbonne avec une cargaison de sel 3, et l'on apprit coup sur coup la capture d'un navire de Leyde chargé de draps fins, d étain et d'autres marchandises anglaises; d'un navire d'Amsterdam arrivant des contrées occidentales; de bateaux pêcheurs de la Vere, de Schiedam , revenant de la pêche de la morue. Ces derniers furent enlevés à l'embouchure de la Meuse, et une foule de croiseurs bloquèrent le Texel \

C'était la guerre, et une guerre désastreuse pour les Pays-

• Reg Aert Van der Goes, 177, H9, <80.

» Instructions données à maître Abel de Coestre, conseiller, et Pierre de Saint-Pierre, secrétaire de la cour de Hollande, envoyés à la reine régente par le comte d'FIoogstraeten, H mai 1 532. Archives du royaume.

» Wagejsaah. — Le Petit.

« Instructions données a Abel de Coestre et Pierre de Saint-Pime.

lias. Aussitôt leurs relations avec l'Angleterre, la France, l'Espagne, le Portugal se trouvèrent compromises ; beaucoup d'industries, privées de matières premières, chômèrent; la Hollande et la Zélande, qui, « ayant peu de terres et beaucoup d'habitans, » subsistaient du commerce et de la pêche, étaient menacées d une ruine complète. Aussi le comte d'Hoogstraeten exposa-t-il a Marie de Hongrie que si l'on n'apportait un prompt remède à cette situation, ces provinces, accablées par In famine, en proie à une 'affreuse misère, «.se donneroient a un autre seigneur. *> Déjà une foule de Frisons étaient jmssés au service de Lubeck, et des milliers de matelots, condamnés à l'inactivité, étaient près de suivre leur exemple. On ne recevait plus de blés que par Brème , et la rareté des arrivages avait fait monter le prix du tonneau de seigle à 46 florins d'or. L'inertie du gouvernement exaspérait les esprits, et bientôt Amsterdam se confédéra avec les villes du Waterland et de la Frise, pour se rouvrir les mers par les armes.

Courir les chances d'une lutte avec le Nord, au moment où les Turcs menaçaient l'Allemagne, et les protestants l'empereur, était « matière d'autant plus perplexe » que, suivant toute apparence, Frédéric de Holstein et Lubeck avaient formé des alliances avec le roi de Suède et le grand maître de Prusse, peut-être même avec les rois de France, d'Angleterre et d'Écosse \ Ruinés par les guerres et par les inondations, accablés de charges publiques 2, désolés par la famine et par la peste 3, les Pays-Bas étaient incapables de grands

■ Instructions précitées.

' En 1532, elle réene à Gand, a Bruges (Lettres de Charles-Ouint, des 17 et 20 décembre 1532. Correspondes, II. 41 . 43 . a Luxembourg (Bulletins de

efforts, et quant à Charles-Quint, il était hors d'état de les aider. Ces graves questions furent agitées dans une réunion des états de Hollande assemblés à La Haye ; ils reconnurent que l'union d'Amsterdam « étoit matière difficile, » et qu'il était impossible de commencer les hostilités sans l'appui de l'empereur. Ils ajoutèrent toutefois que cette querelle intéressait le pays entier , et qu'il était du devoir du prince de défendre et de protéger ses sujets. Les Hollandais proposèrent alors de saisir les personnes et les biens des Lubeckois et de leurs adhérents se trouvant dans les Pays-Bas, et de leur interdire tout commerce dans ces provinces. Cette proposition fut appuyée par le comte d'Hoogstraeten ; il fit remarquer que l'importation des bières procurait de grands bénéfices aux Hanséales, et que la prohiber serait tout à la fois leur causer un grave dommage et favoriser l'industrie du pays. Il engagea la régente à sommer Frédéric de mettre un terme à cet état d'hostilité que rien ne justifiait, ou du moins de [lermettre qu'en attendant l'ouverture des conférences de Copenhague, les Pays-Bas recouvrassent la liberté de naviguer dans l'Oistland, sous la condition de ne servir en aucune manière les projets de Christ iern. Il conseilla aussi de ne rien négliger pour désunir Frédéric et Lubeck , et pour gagner à la cause des Pays-Bas le roi de Pologne, la ville de Dantzick, tous les états en un mot qui avaient des intérêts communs

la commission d'histoire. XI, 225. — La contagion fut si homicide à Luxembourg que les autorités se réfugièrent a Arlon. Compte de .1. de Laitre, f° xv). et d.tns le comté de Namur « Pour ce que I on a deffendu tenir ladite feste de Harbatte l'an de ce compte, pour cause de la maladie contagieuse de peste rengnant grandement en le comté de Namur et pays à l'environ. » Compte de Henri de Lespinée. seigneur de Sommaing. f° iuj ™ w »w [n° 3297), aux Archives du royaume.]. — Pendant dix mois le ser\ice des « nefs marchandes de Namur a Dinant et a Huy fut interrompu, ibid.

1H HÊGNE DE CHAHLES-QUINT EN BELGIQUE.

avec ces provinces. Si l'on échouait, s'il fallait recourir aux armes, le comte était d'avis d'envoyer des troupes et des navires à Christiern, qui occupait plusieurs ports de la Norwége et pouvait causer d'énormes dommages à la marine ennemie. Le maître d'hôtel de ce prince, Henri Danners, alors prisonnier en Hollande, assurait que son maitre était disposé ;i se contenter de la Norwége et à céder ses autres états à son fils ; il importait de profiter de ces dispositions pour s'emparer de Copenhague et d'Elseneur. En cas de succès , l'empereur conserverait ces villes en garantie des indemnités dues à ses sujets, et ne s'en dessaisirait qu'après avoir assuré la liberté de navigation au commerce des Pays-Bas.

Marie de Hongrie, au début d'une administration marquée par des embarras de toute espèce, reculait devant des moyens coercitifs propres à entraîner son frère dans de nouvelles guerres, à fournir peut-être à la France l'occasion de laver la honte du traité de Cambrai, lorsqu'un nouvel envoyé du comte vint lui exposer la nécessité d'une prompte décision. En effet, les états de Hollande réclamaient, à grands cris, la saisie des biens et des personnes des Hanséates, « gens de telle nature, disaient-ils, que, sans righeur et menaches, l'on n'y peult rien faire avec. Ils ne sont flectibles, quelques belles parolles qu'on leur puist donner, et pourtant, comme chacun dit, c'est une superbe nacion laquelle n'a gaires de puissance. » D Hoogslraeten jugeait des représailles indispensables, et voulait interdire aux marchands des Pays-Bas toute navigation dans les mers de l'est, pour ne pas fournir aux Hanséates l'occasion d'augmenter leurs forces par de nouvelles prises. Il insistait surtout sur la nécessité de ne pas séparer la cause de la Hollande de celle des autres provinces. Enfin, pour ôter tout prétexte d'ajournement des conférences, il

pressa la reine d'envoyer sans délai des députés à Copenhague, et d'armer dans l'entre-lemps quarante navires de guerre. On occuperait de la sorte une partie des marins déjà disposés à la révolte, et l'on serait en mesure de commencer sur-le-champ la guerre, si les conférences n'aboutissaient pas. Amsterdam et la plupart des villes de la Hollande étaient disposées à pourvoir aux frais de cet armement. Suivant l'occurrence, on soutiendrait Christiern, ou l'on agirait directement au nom de l'empereur. Dans la première hypothèse, chaque navire porterait 40 marins et 40 soldats; après avoir purgé la mer, cette flotte cinglerait vers Travemunde, obstruerait l'embouchure de la Trave, en y coulant trois ou quatre vaisseaux, et empêcherait ainsi les Lubeckois de déboucher dans la Baltique avec de gros bâtiments. Ensuite, elle irait jeter les troupes de débarquement sur les points indiqués par Christiern , et reviendrait charger à Dantzick les denrées et les marchandises les plus indispensables aux Pays-Bas. Dans la seconde hypothèse, la flotte, montée seulement par des marins (120 par vaisseau), courrait les mers pour détruire la marine des ennemis et ruiner leur commerce; elle reviendrait également par Dantzick, après avoir fermé le port de Travemunde. Le comte terminait son rapport en représentant a la reine la nécessité d'agir avec promptitude et énergie ; sinon la révolte était inévitable : le blé manquait absolument, et les pauvres mouraient de faim. La Hollande était résignée a tous les sacrifices; mais il lui était impossible d'agir seule, et le devoir ainsi que leur intérêt devaient déterminer les autres provinces à la seconder'. Cédant enfin a ces pressantes instances, la régente mit l'em-

1 Instructions données à A bel de Coestre et Pierre de Saint-Pierre.

iO REGNE DE CHARLES-QUINT EN BELGIQUE.

bargo sur tous les navires de la Hanse en relâche dans les porte des Pays-Bas ; Dantzick, Brème, le pays de Ditmarschen, qui étaient favorables aux Pays-Bas et y envoyaient journellement des blés, furent seuls exceptés de cette mesure. Satisfaits de ce commencement de représailles, les états de Hollande proposèrent aussitôt damier quarante vaisseaux de guerre, montés par 4,000 hommes ; ils demandèrent même qu'on portât cet armement a soixante vaisseaux et h 8,000 soldats. Ils voulaient une lutte a mort : périr ou anéantir leurs ennemis l.

Il était impossible à Charles-Quint de rester indifférent à cette situation ; alarmé par les rapports de sa sœur, il consentit à payer la moitié des frais de cet armement, « a condition qu'on ne feroit plus difficulté de l'aider dans ses besoins. » Les villes hollandaises en prirent un quart à leur charge, el l'on compta couvrir le reste par les prises. On travailla avec tant d'ardeur à l'équipement de la flotte, qu'elle fut prête à mettre en mer avant le départ des députés de la régente envoyés à Copenhague (10 juin)2. Cette énergique démonstration leur permettait de prendre un ton plus élevé, et ils furent chargés de se plaindre hautement de la violation du traité de 1 523, traité qui ne pouvait être rompu que six mois après avoir été dénoncé, tandis que Frédéric de Holstein avait brusquement fermé le Sund, mis embargo sur plusieurs navires, arrêté des matelots, et forcé les prisonniers à servir sur ses vaisseaux. Les Lubeckois, qui l'avaient insligué sans doute, disaient les instructions de Marie de Hongrie, s'étaient empressés de suivre son exemple, et avaient arboré leur pavillon sur les navires enlevés aux marchands des Pays-Bas. L'empereur était donc en droit d'user de représailles, de

1 W AGKNAAR.

- Ibid. — Le Petit.

s'emparer des propriétés et des personnes de ses ennemis, et même de vendre leurs biens pour dédommager ses sujets de leurs pertes. Mais il désirait suivre jusqu'au bout la voie de In modération, et il consentait à lever les saisies ordonnées dans les Pays-Bas, a la condition d'obtenir indemnité pour les pertes de ses sujets, restitution de leurs navires, liberté de la navigation. En revanche, il s'engagerait à n'entretenir aucune communication avec la Norwége, occupée par Christiem, et à admettre dans le traité tous les alliés de Frédéric de Holstein. Si ces propositions étaient reponssées, si l'on élevait la prétention de limiter la navigation à un certain nombre de navires, et de refuser aux Pays-Bas une entière liberté, forcé de défendre ses sujets, il était décidé a les dédommager par la Tente des biens saisis, et a seconder de tout son pouvoir l'entreprise de son beau-frère. Les députés avaient ordre do n'admettre aucun retard, et de se retirer si, dans un délai de treize a quatorze jours, le différend n'était pas vidé

Lorsqu'ils arrivèrent à Copenhague, Christiem II avait cessé d'être redoutable à Frédéric de Holstein ; les affaires de l'empereur prenaient une tournure favorable, et déjà des vaisseaux des Pays-Bas avaient paru sur les côtes de la Norwége et du Danemark. Aussi ne fut-il pas difficile de détacher Frédéric de ses alliés, et les Lubeckois virent bientôt les autres villes de la Hanse déserter également leur cause. Les anciens traités avec le Danemark furent renouvelés (24 juin I532)2, et les Hollandais s'engagèrent h ne fournir aucun secours a Christiem. De part et d'autre toutes les prises tarent restituées, et les saisies levées. A cette nouvelle, la joie

• Instructions données à ces ambassai leurs. Archives du royaume

* Instructions données aux commissaires envoyés au congrès de Hambourg, février 1534 Staatspapiere, 137.

In plus vive éclata en Hollande; une forte baisse se déclara dans les prix des denrées et des marchandises provenant du Nord. Ainsi, le blé descendit de 46 florins d'or le tonneau à M; le goudron de 50 florins à 13 '. Celle joie toutefois fut de courte durée. A l'instigation des Lubeckois , Frédéric exigea des Hollandais une indemnité de 300,000 florins pour les mesures de défense qu'avaient nécessitées leurs armements, et l'aigreur de ses réclamations ne tarda pas a ranimer les débals 3.

Ces démêlés, funestes surtout à la Hollande, avaient réagi lacheusement sur les autres provinces. Si certaines branches de commerce, si des débouchés perdus pour les Hollandais, étaient échus aux marchands d'Anvers et de la Flandre; si la rareté des arrivages de bières du Nord avait donné du développement aux brasseries du pays, une foule d'industries souffraient de la cherté ou de l'absence complète de matières premières, et le prix élevé des grains avait poussé les populations au désespoir. Depuis le 1 4 septembre 1531, l'exportation des blés avait été prohibée3, et cette mesure n'avait en rien diminué le mal. Aux murmures 4 succédèrent bientôt les émeutes. Les troubles de Liège avaient eu du retentissement, et des mêmes causes sortirenl les mêmes effets. A Gand, vers le jour de la Décollation de saint Jean-Baptiste, une grande fermentation se manifesta dans le peuple, et dix-sept ou dix-huit individus furent arrêtés

' Wagemar — Le Petit. — » Wagenaar.

1 Compte d'Antoine de IJerghes (n° I52U9), f* xxv et sniv.

* « Payé auxdits bailly et sergens, pour avoir prins Colin de Smedt pour aucunes parolles injurieuses, par luy prononchiées à cause des mandemens publies de par l empereur touchant la vendicion du bled au plat pays, et pour < e banny hors laditle ville et chaslellenie iij ans sur ung membre. - Compte de Louis de Ghistelles. précité (n° 13822), de 4532-1533. f xvj

sous l'inculpation d'avoir projeté le massacre des marchands de grains. Quatre d'entre eux furent décapités, « dont hing d'iceulx estoit fournier, et voulut donner 500 livres de gros pour sauver sa vie ; toutefois, il fut exécuté comme les aultres. » Si rigoureux qu'il fût, cet acte de répression ne rétablit pas le calme. « Depuis che, se mutinèrent encore. Ils avoient proposé de tuer la justice, laquelle chose étant venue à sa conjjnoissanee y en eult iiij, le ixe jour de septembre, après disner, qui furent prins, ausquels on coppa incontinent la teste : laquelle chose ne avoit point esté veue d'homme vivant, car l'on coppe tousjours les testes du matin '. » D'autres conjurés parvinrent à s'échapper, suivant des lettres de la gouvernante (lrr septembre 1532), ordonnant au souverain bailli de Namur de poursuivre et d'arrêter les fugitifs de Gand qui se retireraient sur le territoire de ce comté ~.

A Bruxelles, les troubles eurent plus de gravité. Comme à Gand, sans doute, l'irritation produite par les empiétements de l'autorité souveraine n'y fut pas étrangère : les métiers s'y étaient vu arracher graduellement un pouvoir conquis après de longues luttes contre les familles patriciennes 3 , et si les événements avaient rendu impossible toute résistance nu règlement de 1528, il était cependant facile de s'apercevoir que le ressentiment n'était pas éteint. En 1531, d'imprudentes mesures vinrent le raviver. Les receveurs, nommés, en vertu du nouveau règlement, par le souverain et par les patriciens, établirent, sans le consentement des nations, une taxe sur le

• Les grandes Histoires de Haynau, de sire Jea\ le I'evre. prebstre. Manuscrit de la bibliothèque du roi a Paris. Extrait donné par M. G\cu\rd, Bulletins de la Commission royale d'histoire, V, 362.

• Compte d'Antoine de Berghes ( n« «5240 ! . f- w

• Voir Histoire de firuxelles.

grain et sur le pain, et augmentèrent les droits sur lu bière. Ces impôts firent éclater l'orage et, le 29 septembre, pendant la procession de la Saint-Michel, à laquelle assistaient tous les membres de la commune, les métiers s'arrêtèrent tout à coup en protestant contre l'arrêté des receveurs. Il s'ensuivit un grand tumulte, et ils ne se remirent en marche dans le cortège qu'après avoir reçu la promesse d'une enquête sur cetle affaire. Charles-Quint, alors à Bruxelles, soumit la réclamation des métiers au conseil privé, qui leur donna une demi-satisfaction : l'impôt fut maintenu, mais avec défense de le lever hors le cas de grande nécessité et sans l'autorisation du gouvernement. En même temps, il fut enjoint à l'amman de poursuivre les perturbateurs de l'ordre (16 octobre 1531). Les nations se plaignaient aussi de la mauvaise administration des biens de la ville, dont les revenus, malgré la présence de la cour, ne s'étaient nullement accrus. Ils attribuaient ce fait anormal a l'insuffisance de receveurs, et cette opinion fut partagée par les commissaires chargés d'examiner leurs plaintes, qui proposèrent de porter a six le nombre de ces fonctionnaires : deux patriciens et quatre plébéiens. En accordant cette concession aux métiers, le gouvernement trouva l'occasion d'agrandir son influence sur l'administration communale. D'après les conclusions de ses commissaires, les lignages étaient tombés en une telle décadence, qu'il ne se trouvait pas vingt et un patriciens aptes à former la liste des candidats à la magistrature, et un placard du 16 avril 1532 décida qu'à l'avenir l'échevinage ne serait plus exclusivement réservé aux membres des lignages, mais serait conféré à toute personne noble '.

' Sopitur quantocius motus Cœsare qui isthic erat . vectigal lanquam iniquum improbante. Ciiapeaiville, III, 317. — Hist. de Bruxelles, I, 343.

L'année suivante (1552), le prix élevé des grains et de nouveaux règlements sur la vente des céréales émurent le peuple ; bientôt il ne se borna plus aux murmures. Le 5 août, vers midi, un rassemblement considérable se forma aux environs de la balle aux blés, et la populace envahit la maison d'un Malinois, nommé Jean Morre, qui était signalé à la vindicte publique comme accapareur. La dévastation fut complète, et Jean Morre, arraché de sa demeure, traîné jusqu'au cloître des récollets, accablé d'injures et de coups. Plusieurs maisons, entre autres celle du boulanger de la reine, maître lîerthout, subirent les mêmes dégâts sans que personne tentai de s'y opposer. Lorsque enfin les magistrats ordonnèrent au lieutenant amman, Jean Van Waelhem, de dissiper les rassemblements, ils étaient devenus si formidables qu'il fallut y renoncer. Alors on se borna a fermer les portes de la ville pour empêcher les campagnards de se joindre aux pillards, et les serments furent appelés aux armes. En ce moment .Marie de Hongrie revenait d'une partie de chasse. Elle se courrouça surtout contre la mollesse du magistrat, et envoya sur-le-champ quelques hommes d'armes reconnaître l'état de la ville. Le tumulte grossissait, et il dura toute la nuit ; mais le lendemain, l'amman Henri de Witthem, se mit à la tête des serments, dispersa les émeutiers et en arrêta quatorze on quinze. Cet acte de vigueur imposa à la multitude, et la tranquillité se rétablissait, quand des prétentions de la reine rallumèrent la sédition.

Marie de Hongrie exigea qu'on lui remit les prisonniers, pour les faire punir comme coupables de lèse-majesté, el ce! ordre, contraire aux privilèges de la commune, jeta les magistrats dans une grande perplexité. Opposer un refus à la demande de la reine, déjà mécontente de leur conduite, c'était

2rt

encourir sa colère; y accéder, celait exciter la fureur du peuple. Dans cette alternative, ils cherchèrent un atermoiement et demandèrent un délai jusqu'à deux heures de l'aprèsdinée. Mais à peine eul-on connaissance des exigences de la régente, que l'agitation qu'il y avait dans les masses gagna les corps de la bourgeoisie. Comme les officiers chargés de recevoir les prisonniers sortaient du palais, un bourgeois les accosta et leur conseilla de se retirer au plus vite, s'ils ne voulaient pas s'exposer à un mauvais parti : « Le peuple, leur dit-il, ne permettra pas que les pillards soient distraits de leurs juges. » En effet, les serments et les métiers se prononcèrent dans ce sens, et l'émeute fut bientôt générale. Une troupe d'hommes armés de piques et de bâtons, conduite par un nommé Berthoud Beeckmans, assaillit l'hôtel de ville en criant : « Rendez-nous les prisonniers! Tuez! Tuez 1 ! » Les portes furent enfoncées, les détenus délivrés, et l'amman, les bourgmestres , les échevins ne se dérobèrent que par une prompte fuite à la rage des assaillants 2.

Étonnée de l'extension que prenait cette affaire , la reine envoya aux métiers Antoine de Berghes et le seigneur de Sempy \ pour leur exprimer sa douloureuse surprise, et les

1 « lerst van Bcrtelen Beeckmans, die van den jersten van der commotion was, en smeet vj • augusty des achternoenens, opde poerte von de stadthuys, met zynder javelyn eude stack ende riep : Laet onse gevange buyle. Slaet doot, slaef doot.

» Van Louys Coppcns, die hem selven pensionaris van den muytmaekers maecte doende, bel woordt voer hen lyeden, seggende en gaende van deen nmhachts camere totter andere :Goede mannen.wy willen onse gevangen buyt hebben, en willen wy niet (die metter gemeynten sy willen die steken hen vingeren oppe .) en die metten heeren syn willen die steken hen vingeren neder. diedaerom opde merct metten sweerde geexecuteert wordden daer om alhier. nyet . Compte de lamman Henri de Witthem 'n° 12707), précité, f* j et ij.

• Histoire de Bruxelles.

1 Antoine deCroy, seigneur de Sempy, de Tours-su r-Marno et de Saint-Piat.

TKOl'RLES DE BRUXELLES

assurer de son intention de redresser leurs griefs. Ces deux seigneurs trouvèrent les nations exaspérées; dirigées, parait-il, par Louis Coppens et Mathieu de Waelsehe \ elles exigèrent qu'on leur remit un domestique de la cour arrêté la veille en flagrant délit de pillage, par les hommes d'armes et conduit au palais. C'était la contre-partie des prétentions de la princesse : elle avait réclamé des inculpés justiciables des magistrats, les métiers réclamaient un inculpé justiciable du prévôt de l'hôtel . A neuf heures du soir, trois confrères des serments, escortés par des bourgeois «armés et embastonnés, » se présentèrent au palais, porteurs des réclamations de la commune. Outre la remise de ce prisonnier , elle demandait une nouvelle promulgation du règlèment de i 509 renouvelé en 1523; le rétablissement des pouvoirs conférés, a cette époque, aux receveurs; l'abolition des offices de second bourgmestre et de conseiller; la réduction des traitements du premier bourgmestre et des échevins à l'ancien taux, avec défense de rien exiger pour l'administration de la justice; l'annulation des pénalités établies par les ordonnances de 1517 et de 1518, et de tous les nouveaux règlements sur la vente des grains. Admis devant la reine, les députés, tout en réprouvant l'émeute , exposèrent l'objet de leur mission et la pressèrent d'accueillir leurs demandes. Après avoir éclaté en reproches, Marie de Hongrie, avertie des dangers d'un refus, suivit l'avis de son conseil, et invita les députés a revenir le

second fils du prince de Chimay. Il est la souche des princes de Solre. - Il était fort aimé de Marie de Hongrie, qui fit peindre son portrait, en 153V, par Bernard Van Orley. Comple de Jean de Ghyn. M. Gacham>. Rapport sur le* Archive» de Lille, Î65.

• « Item. 3» seplembcr, bctaelt om te examinerez Louys Coppens, die pensionar geweest hadde van den muylmaekcrs, en Matheeuse Dewalssrhe. die hooghe woerden gespreken hadden. » Compte de H. de Witthem, f° xxj »».

lendemain lui présenter leurs réclamations par écrit. Cette réponse satislit les métiers ; la foule se dispersa et le calme reparut.

Ce n'était qu'un temps d'arrêt. Dans la matinée du 7, la commune reprit les armes, et les délégués des métiers, de concert avec les receveurs, rédigèrent une requête exposant les réclamations présentées la veille à la régente. Ils insistèrent particulièrement sur la suppression des dispositions réglementaires interdisant aux nations de délibérer en commun sous la couronne. Marie de Hongrie prétendit d'abord n'avoir pas autorité pour statuer sur ces demandes, et se borna à promettre de les appuyer près de l'empereur. Il s'ensuivit une vive discussion, dont le bruit se répandit en ville et réveilla le tumulte. La maison du lieutenant-amman fut pillée, dévastée, et de plus grands désordres étaient imminents, lorsque la reine se résigna a céder. Le magistrat s'empressa de publier l'acte qui admettait toutes les demandes des nations, et les compagnies bourgeoises, courant aussitôt sus aux pillards, rétablirent promptement l'ordre. Les centeniers et les dizeniers, supprimés par le dernier règlement, avaient repris leurs fonctions, et ils coopérèrent si activement à ce résultat, qu'une ordonnance du 5 septembre enjoignit aux centeniers d'assister au conseil de la ville, et prescrivit aux dizeniers et aux autres bourgeois de leur prêter main-forte.

Le lendemain matin, les nations reprirent possession de leur couronne, et I'amman et le magistrat annoncèrent à la reine qu'ils allaient procéder au châtiment des coupables. Trente-huit à quarante pillards furent arrêtés et jugés immédiatement; pour prévenir tout nouveau désordre, les portes de la ville restèrent fermées; les postes furent doublés ou augmentés et le gouvernement ajouta douze hallebardiers à

la garde de l'amman Louis Coppeus el Mathieu De Waelsche furent appliqués à la torture 2, et le premier paya de sa tête (6 septembre) l'honneur d'avoir été nommé pensionnaire dorant les troubles \ Les jours suivants, d'autres exécutions eurent lieu en présence de délégués envoyés par la reine, a la demande des nations, et la potence resta dressée jusqu'au h octobre \ En outre, plusieurs pillards furent pendus dans

* Histoire de liruxelles.

<• Item, betaelt tweelf hallebardiers, die den voerschreven amman syn te onderhouden beghinnen den xvj daghe van oighst lestleden totten xxiij daghe van decembiï lestleden exctuys, oni dagelyckx by bem le zyne ende hem te dienen en te assisteren, om te zekerlyker le mogen procederen ende corrigerai! die ghene die de comolie ende de pileringhe voerts gekeert hadden, ende ovck tôt versekerheyt van zyn perseone. » Compte de H. de Witthem. f° xxiij.

* Voir note 4 , page 27.

' « iiern, betaelt vj septeml)er, om op de merci metten zweerde te executeren, Louys Coppens, die pensionnar was, ende ambachten toi romolien vertbercke. • Complede H. de Witthem, xxj »°.

* Histoire de Hruxelle*.

En van Janne Hommes ende Peeteren Van den Home, geheeten Granken, • lie in de Pondermert onde lot lieutenant gepileert hadden, die daerom ^eduempt waren metten zweerde oft baste, ter belieflen van deu amptman geexecuteert te wordden, ende dyen navolgende metten zweerde op te merci geexecuteert syn geweest, daer om alhicr niet. — Item, van Bastiaen de Zagere, Bertelmeeus Ghilbeerts, van Vyanen, ende Henrick Lammerdonck, geheeten Tantcruywagene, die in de Pondermerct gepileert hadden, die daer om op de merct metten baLse geexecuteert waren, daer om alhier nyet. — Item, van <iielen, silversmet, ende Janne Vanderzven, die oyck in de Pondermerct en tôt Bertelemeeus pastenbeckers gepileert hadden, die daer om op de merct metten i>aste geexecuteert wordden , daer om hier nyet. — Van Lanceloot Van den Bossche ende Peeteren De Vriese, die insgelyckx in de Pondermerct gepileert hadden, ende die comotie hadden hulpen maeken, die dairopdie merct metten sweerde geexecuteert wordden, daer om alhier nyet. » Compte de Henri de Witthem. f- j et j *».

« Item, xv ij' augusti, om melten zweerde te executeren op de merct, Bertelen Beeckmans. die van den jerst was die op der stadhuys sraeten, Janne Hommes ende Peeteren Van den Home geheeten Granken. •» Ibid., f° xx »°.

* Item, xx« augusti, betaell om op de merct metten baste te executeren

la cour des bailles du palais \ et les campagnes qui avaieul fourni leur contingent à l'émeute, le fournirent également à l'échafaud. Un épisode touchant poétisa ce sombre drame. Un jeune ouvrier d'une papeterie établie a Linkenbeek avait été pris parmi les pillards et condamné à mort. Livré au maire de Rhode, et conduit au lieu du supplice, il fut sauvé pur une jeune fille qui vint, les cheveux épars et la téte couronnée d'épis de la nouvelle récolte, demander a l'épouser 2.

Cependant, Marie de Hongrie s'était empressée d'informer son frère de ces troubles, et de lui envoyer copie de la requête des métiers. La réponse de Charles-Quint ne se fit pas attendre : il ordonna à la régente d'infliger un blâme sévère au magistrat, de poursuivre avec rigueur la commune, et déclara nulles et non avenues les concessions faîtes à l'émeute. La reine se retira aussitôt à Binche, et les bandes d'ordonnances de Gavre et d'Aerschot s'approchèrent secrètement de Bruxelles, où le mécontentement continuait i\ se

Bastiaen de Zagere van Stockele: Bertelmeeus Ghilbeerts, Gheeslante van Vyanen, en Henrick Van Lammerdonck, die in de Pondéraient gepileert hadden. » Ibid., f« xxj.

« Item , ora ten 9elven dage op de roerct metten zwcerde te exécuterez Bastiaen Van Coudeobergbe, die tôt lieutenant gepileert hadde. » Ibid.

« llem. betaelt ten selven dage (« août), om Gielis, silversmet, en Jaune Van de Velde te examineeren, die gepileert hadden. » Ibid

« Item, xxuj augusti, betaelt om te examineeren Peeteren De Vriese. die oick gepileert badde. » Ibid., f° xxj.

• Item, xxvij» augusti, betaelt om op de merci te executeren metten baste. Janne Van der Zyen en Gielis, silversmet. die gepileert hadden. » Ibid., f° xxj.

« Item, betaelt om ten selven dage (27) op de merci metten zweerde te execuleren, Lancelool Van den Bossche en Peeteren De Vriese, die gepileert hadden. » Ibid., f° xxj **.

' Histoire de HruxeUet.

' Anecdola Brvsetlnuta, Mauuscrit précite. - M. Waiters. Hutoire de environs de Hruxelles, III, 339

manifester par des libelles incendiaires. Le marquis d'Aerschot prit le commandement de ces gens d'armes, que d'autres troupes se tenaient prêtes à renforcer \ et leur attitude ne laissa bientôt plus de doutes sur les intentions du gouvernement. Lui résister était impossible : la commune bruxelloise ne pouvait en ce moment tenir tête au prince devant qui Soliman venait de reculer.

Au mois de novembre, le magistrat envoya à Bincbe une députa tion chargée de présenter ses excuses à la reine et de lui offrir un faucon blanc coiffé d'un chaperon d'or. A peine l'orateur avait-il pris la parole, qu'elle l'interrompit et, d'un ton sévère, lui notifia sa résolution de ne s'inlerposer en faveur de la ville qu'après sa complète soumission. Puis , pour donner plus de poids à cette déclaration , elle se rendit à Mons avec les mandataires du gouvernement. Malgré les périls de la résistance, la commune bruxelloise hésita assez longtemps; ce fut le 7 décembre seulement qu'une nouvelle députation, à laquelle s'était adjoint le pléban de Sainte- Gudule, Martin Cools, se rendit à Mons, munie de pleins pouvoirs pour traiter de sa réconciliation. La régente renvoya ces députés a une commission composée de l'archevêque de Palerme, du marquis d'Aerschot, du comte d'Hoogstraeten, d'Antoine de Berghes, du chancelier de Brabant, Jérôme Van der iNoot, et du seigneur de Neu fvillc, trésorier général des finances. Après de longues discussions, le 27 décembre, le projet de pacification fut enfin arrêté.

Le 51 , trois échevins, deux receveurs, deux membres du large conseil, neuf députés des nations et le pensionnaire de

• Compte d'Anloine de Berghes n° 45909). f° viij.

3i RÈGNE DE CHARLES-QUINT EN BELGIQUE

Bruxelles se présentèrent devant la reine, entourée des chevaliers de la Toison d'or, de ses conseillers, de ses gentilshommes et du magistrat de Mons. La députation s'étant agenouillée, le pensionnaire donna lecture d'une requête de l'administration communale, qui demandait grâce pour son inertie devant l'émeute et pour les ollénses commises envers la princesse. Puis le décret du 7 août fut déchiré, et Marie de Hongrie accorda le pardon, sous les conditions imposées par l'acte de pacification. Le 8 janvier suivant, elle revint à Bruxelles, menant à sa suite plusieurs bannis qu'elie avait relevés des sentences prononcées par la magistrature municipale. Un des bourgmestres , deux échevins, deux conseillers, un receveur, dix-huit membres du large conseil, douze de chaque nation, la reçurent hors de la porte d'Obbrussel (porte de Hal). Depuis cette porte jusqu'à l'église de Sainte-Gudule, les rues étaient bordées de l>ourgeois, pieds nus, tête nue, vêtus de robes noires en signe de deuil et des torches de cire blanche à la main. Le 20. la ville scella la promesse de reconnaître aux ducs de Brabant ou à leurs lieutenants le droit de gracier les homicides ', la juridiction sur les coupables d'attentat aux droits du souverain, et la faculté de relever des sentences de Iwnnis sèment prononcées par les magistrats. Il fut convenu d'ouvrir une enquête pour déterminer les prérogatives du gruyer, du maître des forêts et d'autres officiers de l'empereur, dont les empiétements sur l'autorité communale étaient , depuis l'avènement de la maison de Pourgogne, une source incessante de difficultés el de conflils. La commune se soumit, en outre, à payer une amende de 4,000 carolus d'or, et renonça à une rente annuelle

• Cette clause annulait les chartes du met>rlre ort rodées par les duo de Brabant Wenreslas et Antoine de Bourgogne

de 600 écus d'or hypothéquée sur le domaine, pour capitaux prêtés a Charles le Téméraire

Par lettres du 20 janvier 1533, Charles-Quint homologua toutes ces mesures et remercia le marquis d'Aerschot de son concours 2. Les poursuites contre les pillards se continuèrent sans relâche jusque dans le mois de mai 1535 \ plusieurs individus périrent encore par la corde ou par le glaive 4 ;

1 Déclaration du magistrat (original avec sceau ) et sentence de l'empereur. Archivai du royaume. - Die tiieuwe Chronyrke van llrabandt. - Histoire île Itruxelles.

* Archives de la maison de Caraman. Extrait donné par M. Gacoard. Bullelins de la Commission d'histoire, XI, 225.

' Compte de H . de Witthem.

* « Item, vij • septembr. , betaelt om te examineren Jan Cop, die oick befaempt was van der pielenngen. Ibid., f° xxj — « Item, betaelt xiiij september, om op sebavot te stellen Margrieten Tschoonere, Margrieten Ketels en Janne Van der Heyden, die den Mechelere gesmetd hadden , daer buyt die romotie spruyte. — Item, betaelt om xvj septembr., wederom op schavot te stellen die voerschreven Margrieten Tschooners, Margrieten Ketels en Janne Van der Heyden voerschreven. — Item, xvij • septembr., betaelt om voer de -lerde reyse op schavot te stellen Margrieten Ketels. » Ibid. — Item. xx« derembr. geexamineert Lanken Horrekens en Gillen de Wene, die beyde pileringhe befaempt waren. • Ibid., f»xxij. - « Van Janne Vanderhoustraten, die tôt lieuten. septima augusti, eeu geschilderde tafel gepileert hadde, die daer om op de merct metten zweerten geexecuteert is geweest, ende oyck gheen goet en hadde, daer om hyer, nyet. » Ibid., de 1532-4533, f° ij »0.- « Van Peeteren Cricke, die tôt lieuten. gepileert hadde, die daer omop de merct metten zweerde geexecuteert is geweest. » Ibid., f° lij. — « Van Lucas Molckeman, die tôt lieuten. in de comotie gepileert hadde eenen tabbaert, die daer om op Flotsenl*erch metten baise geexecuteert is geweest. » Ibid., f° iij »°. — « Item, xiiij» marcy betaelt. om op de merci metten zweerde te executeren Janne Van der Houstraten, die gepileert hadde. » Ibid., f° xxvj. - « Item, x» may l>etaelt om te examineren Peeteren Cricke, midis dat hy gepileert hadde. — Item, betaelt xix- may, om metten zweerde te executeren op Flotsenberch Peetereu Cricke. midis dat hy lot lieuten. gepileert hadde. . Ibid.. f" xxvij. - Item, betaelt ten selven daghe (t6 juillet), om te examineren Luycken Molckeman, die gepileert hadde. - Item, betaelt, xvij july, om den voerschreven Luycken Molckeman metten sweerde op Flotsenberch te executeren. » Ibid., f° x.wiij » . — « Ilem,

beaucoup d'autres furent bannis Marie de Hongrie ne pardonna pas aux serments leur conduite : le \" avril 1533, sous prétexte d'abus existants dans leur organisation et d'affiliation de confrères à plus d'une compagnie, elle ordonna leur dissolution. Puis, on organisa de nouveaux serments où, durant le terme d'un an, « toute personne honnête, notable • el reconnue admissible par les commissaires désignés à cet effet, put être reçue sous la seule obligation de prêter serment au duc de Brabant et à la ville, de s'engager à les défendreenvers et contre tous, de payer un droit d'entrée et une taxe annuelle de six sous. Tandis que le gouvernement s'arrogeait ainsi le droit de former ces compagnies de ses créatures, la rentrée des anciens confrères fut soumise à un examen préalable de leur conduite. Enfin, le nouveau règlement conféra au magistrat le choix des tireurs à gages, et la nomination des chefs-doyens annuels. D'un autre côté, les centeniers et les dizeniers , dont l'utilité avait été reconnue, furent légalement rétablis par un édit du 7 du même mois, qui leur remit le commandement des sections et le jugement des différends de peu d'importance entre les habitants de leurs quartiers:

betaelt -eptombr., om te examineren Adam IVnnickgout . die daer foe gewesen was midis dat hy van der pileringen befaempt was. - Item. betaeH selven dagh, om te examineren Lippen Neefs. » Ibid V xxix. - « lerst, van Peeteren Cricke. die in de Pondermerct haddehulpen pieleren een si-Mer coerens ende een sack een oorrussc ende drye servietten, dwelck hy al behouden hadde sonder tselve navolgens des pu bl ira tien ter puyen gedaen, binnen derden daghe te restitueren . den selven daer om op Flotsenbercb metten zweerde geexecuteert. «Ibid . de 4633-1534, l'y — « Item, betaelt penultima decembr.. om te examineeren Melsen Van der Meren, alias Crouw, die befaempt wa$ van pileringen. — Item, xviij february, anderwerf geexamineert Melsen Van der Meren, die wederropen haddo tgone dat hv te voeren hekent hadde. » Ibid de 453t-t535. f°xvj *«.

' Histoire de liruxelles.

mais cet élément démocratique resta exclu des conseils de la commune !.

La rigueur déployée contre la commune bruxelloise avail clé dictée surtout, par les craintes qu'inspirait au gouvernement la simultanéité de ces mouvements populaires, éclatant sur divers points du pays. Par une politique qui s'est maintenue dans la maison d'Autriche, il s'ingéniait à nourrir la rivalité d intérêts et de races entre les différentes provinces; en ménageant la Flandre et le Brabant, quand la Hollande exhalait des plaintes menaçantes; en accordant, au contraire, des avantages à ce comté et en réveillant la jalousie des provinces wallonnes, lorsque les lions de Flandre et de Brabant se prenaient à rugir, il retardait une union destinée a devenir la base de notre indépendance. Mais si ces troubles n'avaient pas encore le caractère de l'insurrection, la révolte d'une des grandes communes pouvait produire de graves complications. Malgré les nombreuses atteintes portées a ses privilèges, la démocratie était encore puissante, et l'avenir prouvera qu'elle n'avait rien perdu de son énergie. Ne trouverait-elle pas d'ardents auxiliaires parmi les dissidents exaspérés? Le cri de liberté n'aurait-il pas de l'écho chez les populations de la Frise et de l'Overyssel mal assouplies encore à la domination étrangère? Enfin, toute tentative d'émancipation ne serait-elle pas favorisée par les nombreux ennemis de l'empereur, effiuyés de sa puissance? Le duc de Gueldre était abattu, non dompté, et le gouvernement des Pays-Bas suivait d'un œil inquiet ses intelligences en Danemark et a Lubeck. La question du divorce de Henri VIII entretenait une aigreur croissante dans les rapports de ce prince avec le neveu de Catherine

' Luytler tan llrabandt. 1*0-123. — Histoire de liruxelles.

d'Aragon. A la ligue catholique d'Augsbourg, les protestants allemands opposaient d'autres ligues « pour la conservation des libertés du corps germanique, » et, invoquant d'anciens traités, ils appelaient à leur défense les rois de France et d'Angleterre. Les de la Marck n'attendaient que l'occasion de relever la tête, et François l" ne dissimulait plus son impatience de déchirer le traité de Cambrai.

« Ceux qui, par longue expérience, avoient la connoissancc des choses du monde, dit Martin Du Bellay, pensoient que le roy ne pouvoit autrement qu'il n'eust quelque ressentiment du traitement que l'empereur luy avoit faict en la rédemption de messieurs ses enfans. » Aux yeux de ce prince, la paix des Dames avait été une concession faite sous l'empire de la nécessité. Le traité était à peine conclu, que, suivant sa coutume, il avait protesté secrètement contre plusieurs articles, entre autres, contre la renonciation à toutes ses prétentions sur le duché de Milan. Cette renonciation était , selon lui, « injuste, injurieuse pour ses successeurs et nulle par ellemême. » Lorsque l'acte de ratification fut enregistré au parlement de Paris, semblable protestation fut rédigée, avec le même secret, par un des jurisconsultes de la couronne François lw croyait- il « qu'en employant un artifice indigne d'un roi, tendant à détruire la foi publique et la confiance réciproque qui sert de base à tous les contrats entre les nations, il était réellement dispensé de toute obligation d'accomplir ses promenés les plus solennelles et de remplir ses engagements les plus sacrés 2? » Il faut le croire, car il ne cessa depuis de redoubler de duplicité et de multiplier ses déloyales intrigues.

' Di Mont, IV, 2« partie, 52.

' POHEM-xON I.. V.

Après s'être ostensiblement réconcilié avec l'empereur, il avait proposé de resserrer leur union par de nouvelles alliances matrimoniales. En renouvelant cette proposition, vers la fin de 1530, il avait offert de marier le dauphin a la tille aînée de Charles -Quint; une de ses filles, à l'infant don Philippe; le duc d'Orléans, a l'infante de Portugal, fille d'Éléonore; le duc d'Angouléme, à une fille de Ferdinand. « Par ces mariages, disait-il, nous n'aurons plus qu'un même vouloir, une àme en deux corps; qui picquetera l'ung, l'aultre s'en ressentira, et pouvons, nous deux ensemble, mectre la loy telle que bon nous semblera en la chrétienté » Mais Charles-Quint était trop habile oiseleur pour ne point éviter les pipeaux; sous celte offre il avait entrevu d'inadmissibles prétentions. Néanmoins, il ne l'avait pas repoussée, et il envoya le seigneur de Praet en France, pour traiter de l'union des deux familles. Seulement, il s'excusa de ne pouvoir unir nu dauphin sa fille Marie déjà promise, et demanda la plus jeune des filles de France pour don Philippe. Quant aux ducs d'Orléans et d'Angouléme, comme il avait été question du mariage de l'un de ces princes avec la nièce du pape, Catherine de Médicis, il ne voulait pas, dit-il, contrarier ces projets, et il convenait d'attendre l'issue des négociations ouvertes à ce sujet. Du reste, il ne voyait pas d'obstacle au mariage du dauphin ou du duc d'Orléans avec l'infante de Portugal 2. En négociant ainsi, Charles-Quint prenait cependant si peu au sérieux les avances de lïnfracteur du traité de Madrid, qu'on

le vit, dès le 3 avril 1531 , manifester ses défiances et ses

■ Papier» d'état de Granvclle, I, 492495.

• « Note responsive remise, au nom de l'empereur, par le sieur do Recin des Barres, au secrétaire d'état du roi Gilbert Bayard, général de Bretagne, nu sujet des alliances de mariage proposées par le roi. » Ibid , 495.

(s re<;ne DE CHARLES-QILNT EN BELGIQL'E.

craintes sur les projets du roi 1 , et que le 2 mai suivant, il recommanda à ses ambassadeurs à Paris de se tenir en garde contre la mauvaise foi 2. Il importait d'user d'adresse; un éclat eût été fort inopportun, au moment où l'on conspirait la perte des protestants ; aussi les ambassadeurs eurent-ils ordre de dissimuler le mécontentement de leur maître, et de « passer sur beaucoup de choses » pour éviter une rupture

La mort de Louise de Savoie (29 septembre 1531) ayant mis le roi en possession de sommes considérables, il en avait sur-le-champ consacré une partie à racheter les terres des Payslias engagées pour sa rançon. Cet empressement fortifia les défiances de Charles-Quint , et lorsque son voyage à Tournai fournit à François Ier l'occasion d'une demande d'entrevue, il supposa au roi l'intention de réclamer Milan et le comté d'Asti, comme dol de l'infante de Portugal. Aussi déclina-t-il aussitôt la proposition, en alléguant son prochain départ et ses nombreuses affaires 4. François 1" fut blessé de ce refus, et au dépit se joignirent des craintes légitimes sur l'accroissement d'une puissance qu'il avait contribué à élever, en livrant l'Italie et en sacrifiant tous sas alliés. L'élection de Ferdinand avait augmenté l'autorité de Charles-Quint en Allemagne; elle tendait évidemment à perpétuer l'empire dans la maison d'Autriche, et elle était devenue un grave motif d'alarmes. Un sentiment de crainte perçait chez divers gouvernements et il eût favorisé les vues de la France, si elle avait été en état de recommencer la guerre. Mais, épuisée par les dernières luttes et par les prodigalités de la cour, isolée par la maladroite conduite de son

• Voir la lettre adressée a ses ambassadeurs. Papier» d'état de Cranrelie, 1,512. — » Ibid ., 533.

1 Lettre du 3 avril, précitée.

» Lettre du 36 novembre 1534 . Correspondes, I. 609.

roi, elle était incapable d'affronter un prince qui dominait alors l'Europe. Il fallait donc se borner à lui créer des embarras, h lui susciter des ennemis : pendant que l'on conférait à Paris sur les projets d'alliances matrimoniales, François V entretenait les rancunes de Henri VIII, promettait son appui aux princes protestants, réveillait les espérances de Charles d'Egraont et de Robert de la Marck, poussait à la guerre les villes hanséaliques et le Danemark, envoyait des subsides au compétiteur de Ferdinand, excitait Soliman à venger l'affront que la capitale de l'Autriche avait fait essuyer aux armes ottomanes.

L'agitation des Pays-Bas était trop favorable à cette politique, pour n'être point exploitée. Si François Ier fut étranger aux troubles de Gand et de Bruxelles, il est incontestable qu'il ne négligeait rien pour les fomenter. On arrêta plusieurs de ses agents, tels qu'un capitaine de Metz, Lyon de Mercroy, qui déliauchait des gens de guerre dans le comté de Nîfmur 1 ; un « personnage qui menoit certaines intrigues, » et des espions français déguisés en prêtres 2. En même temps des rassemblements de troupes avaient lieu dans la seigneurie de Sedan 3. Mais Marie de Hongrie était sur ses gardes. Au premier avis des armements des de la Marck, elle fit mettre le Luxembourg en état de défense * ; Gilles de Sapoigne occupa le château de Mirwart, avec ordre de le défendre à outrance 5 ; les capitaines Lemotte et Nicolas de Rœulx prirent position à Marche avec leurs « compagnons coulevriniers 8, » et le château de Saussv,

' Compte d'Antoine de Berghes (n° 15210), f° xvj »°.

* Lettre de l'empereur au duc d'Aerschot, 30 avril 1532. Bulletins de la Commission d'histoire, II. 269.

» Compte de N. le Gouverneur (n« MM), de 1531-1532. f xiij » Ibid., f- xij 4 Ibid.

* /ô«.,fxiiij.

toujours menacé, fut complètement armé \ Des précautions semblables furent prises sur toutes les frontières, et Charles- Quint, partageant les appréhensions de sa sœur, loua la sagesse de ces mesures \

Ces défiances couvaient la guerre, et les nouvelles complications avec le Danemark ajoutaient aux embarras de la situation. On craignait, non sans raison, de voir les Danois, les Hanséates, les Anglais, les Gueldrois, assaillir les Pays-Bas, au premier coup de canon tiré par la France. Heureusement que des intérêts opposés, de profondes antipathies, le souvenir des défections du monarque français, peut-être aussi le danger de braver l'opinion publique, qui eût voué à l'exécration les agresseurs de Charles -Quint, au moment où il tenait tête au redoutable ennemi de la chrétienté, arrêtèrent les projets de ses ennemis. Dans l'entrevue qu'ils eurent a Boulogne (octobre 1532), Henri VIII et François Ier ne réussirent pas mieux à s'entendre qu'à dissimuler leurs intentions par le simulacre d'un traité contre les Turcs, et pendant que ces deux princes se rapetissaient, l'un, par les misérables questions de son divorce avec Catherine d'Aragon, l'autre, par la plus insigne mauvaise foi, l'empereur sauvait l'Europe d'une nouvelle invasion des Barbares.

Contrairement à l'opinion de Ferdinand, qui voulait ménager les princes protestants et se servir de leurs armes pour reconquérir son royaume de Hongrie, Charles-Quint, poursuivant ses premiers projets, avait quitté les Pays-Bas avec la ferme intention d'écraser les luthériens5. Mais les formidables

■ Compte de N. le Gouverneur (n° 2636 \ f* xix

■ Lettre du 46 novembre 453t. Correspondes, II, 21-22.

' Voir les instructions qu'il donna le \ î janvier 1532, à François de Them«t»\ dit Thamise. fWtf.,1, 660.

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