‹ Histoire du règne de Charlesquint en BelgiqueChapitre 18 sur 44 · VI · texte numérisé non relu

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plus puissants alliés, elle était tourmentée par des agitations propres à amener son anéantissement. L'évéque de Lund, Jean de Wese, qui s'était réfugié dans les Pays-Bas proposa à Charles-Quint de profiter des circonstances pour « réunir les royaumes Scandinaves à l'empire, dont ils deviendraient le grenier et le boulevard contre la barbarie du Nord, en même temps qu'ils serviraient de places d'armes tenant en respect la France, l'Angleterre, la Pologne et les états voisins. » A cet effet, il fallait d'abord mettre les Lubeckois au ban de l'empire, ordonner de leur courir sus, et appuyer les magistrats destitués par le parti démocratique, qui s'étaient rendus à Bruxelles, pour réclamer l'intervention de la reine Marie 2. Charles-Quint était trop préoccupé alors des menées de la France et de la convocation du concile promis a la diète de Batisbonne, pour donner suite a ce gigantesque projet; seulement, après la conclusion du traité de Gand, Gérard de Merckere mit à la voile (septembre), et les Lubeckois. naguère si ai dents a la chasse des navires hollandais, trop faibles pour soutenir seuls la lutte, ou voulant réserver leurs forces pour une plus vaste entreprise, évitèrent soigneusement le combat. Leur flotte se relira dans l'Elbe, où elle fut bloquée, et Gérard de Merckere promena triomphalement son pavillon dans la Baltique •

royaume. — Mallet, Histoire du Danemark, VI, 183. — M. Altmetck. Histoire des llelations commerciales.

• « A tres-révérend père en Dieu, messire Jehan de Wese, esleu, seigneur de Lund en Danemark, a cause d'une pension de cent livres dudit pris que l'empereur luy accorda, le xxviij» de novembre xxvij, a commencer le xvhj«de juin xxvj, et en oultre et par-dessus le deflrovenienl de bouche de luy et de deux ses serviteurs et ung page, en l estât de monseigneur le prince de Dennemarque. » Revenus el dépenses de Charles-Quinl, t* ciiij »* iiij.

» M. Altmeyer I. c.

' Wid — V\a«.k>aar.

Le sénat de Hambourg, qui avait échoué dans une première tentative de médiation, saisit ce moment pour renouveler ses offres (novembre 1533). Elles furent accueillies par les états de Hollande; mais comme les députés hambourgeois se présentaient sans mandat de Lubeck, on ne donna à leur démarche qu'un caractère officieux. Le comte d'Hoogstraeten leur déclara que c'était aux provocateurs de la guerre et non à son maître à faire les premières ouvertures de paix. « Si Lubeck veut sincèrement négocier, ajouta-t-il, il faut préalablement qu'elle relâche tous les navires capturés par ses corsaires, et cesse les hostilités en attendant qu'un congrès ait réglé les différends. » Le sénat de Hambourg représenta alors aux Lubeckois le tort considérable causé aux villes de la Hanse , par cette lutte désormais inégale et de nature à consommer leur propre ruine. Brème, Lunébourg, Dantzig, dont les intérêts étaient liés à la sûreté de la mer du Nord , appuyèrent ces représentations, et, ainsi abandonnée par tous, menacée d'une confédéralion entre l'empereur, le Danemark et la Suède, la fière métropole de la Hanse dut enfin céder '.

Ce fut alors du côté des Pays-Bas que faillirent s'élever les difficultés. Quelques membres du gouvernement proposèrent de profiter de la circonstance, pour écraser cette orgueilleuse république. Ils voulaient la faire mettre au ban de l'empire, ainsi que î-es alliés l'électeur de Saxe, le landgrave de Hesse et le duc de Brunswick. L'attaquer par mer semblait une entreprise téméraire; mais il suffisait, disait-on, d'un corps de 800 à 1,000 chevaux, 5,000 à 6,000 piétons, avec un bon parc d'artillerie, pour la bloquer par terre et en ruiner le territoire2. Cet avis eût prévalu, si l'on n'avait craint l'intervention de la

. 1 M. Altmbver, I. c. — ' Ibid. — Rapport d étienne Hopfenslnner. 9 janvier « 53* . A rchives de l'A udience.

France, qui avait déjà offert son assistance aux Lubeckois. On savait, en outre, que François Ier proposait à Christieru de Holstein une alliance défensive et offensive , et qu'il cherchait d'autre par» à obtenir la couronne du Danemark, soit pour lui-même, soit pour son beau-frère le roi de Navarre '. Or, François Ier n'eût pas manqué l'occasion d'étendre son influence dans le Nord, et il en pouvait résulter de graves complications. Aussi, Marie de Hongrie, informée des démarches du roi, par les rapports de ses agents et par des lettres surprises sur un certain « capitaine Rusticy, homme bossu et accoustré sur l'allemant, qui tiroil vers Copenhague 2. » repoussa-t-elle les conseils belliqueux ; elle se montra même disposée à seconder les projets que Lubeck formait en ce moment contre le Danemark 3.

On proposa d'ouvrir un congres a Munster; mais, par suite des événements survenus dans cette ville, il se tint à Hambourg. La reine y députa George d'Autriche, évéque de Brixen, les conseillers Gérard Mutait, Maximilien de Transilvan et Corneille Benninck, et toutes les villes vandales, ainsi que le duc de Holstein, le roi de Pologne et d'autres princes Voisins, y envoyèrent des ambassadeurs. Le congrès s'ouvrit le 2 mars 1554. Après un discours du bourgmestre de Hambourg retraçant les maux de la guerre et exhortant les partis a y mettre fin, Gérard Mulart prit la parole. Son exorde. véhémente récrimination contre les Lubeckois, fut interrompu par leur orateur, le docteur Jérôme Sehorf, qui déclara n'avoir point à répondre à des reproches. « Si vous articulez encore un mot de plainte, ajouta-t-il , mes collègues et moi nous

' Rapport précilé.

1 Compte d'A. de Berghes (n« 10144), f°* xxvij >» et xwiij. * Voir leurs instructions. Staatspajuere, 135.

nous retirerons sur-le-champ, » et comme Mulart ne tint pas compte de cette observation, ils sortirent en effet de la salle. Celui-ci, continuant son discours, déclara que si l'empereur et la reine régente consentaient a traiter, par condescendance pour le sénat de Hambourg, ce ne pouvait être sans obtenir indemnité pour leurs armements et pour les pertes essuyées par les marchands des Pays-Bas ; a cet effet, il demanda 400,000 florins d'or. Après ce discours, la séance fut levée , et , à la demande des députés de Lubeck, on suspendit la conférence, afin de leur permettre de recevoir un mandat plus complet.

La seconde séance eut lieu le 6 mars, et dans sa réplique à l'envoyé des Pays-Bas, le docteur Jérôme Schorf soutint que les Lubeckois, sujets fidèles et dévoués à l'empereur, s'étaient vus provoqués à des représailles par les Hollandais, qui leur avaient occasionné un préjudice considérable en secondant les entreprises de Christiern II. « Aussi, dit-il, loin d'avoir à payer des dommages et intérêts, c'est a nous à en réclamer ; nous sommes néanmoins disposés à y renoncer, si les Hollandais s'engagent à ne plus naviguer dans les mers de l'est. » Il fut facile à l'évêque de Brixen de détruire les arguments tirés du concours prêté par la Hollande a l'expédition de Christiern, et, dans une troisième séance, tenue le i 1 mars, ce prélat notifia a l'assemblée l'intention bien formelle de l'empereur de n'accorder aucune indemnité aux Lubeckois, et de ne jamais admettre leur prétention de restreindre le commerce de la Hollande. « La navigation dans les mers de l'est, dit-il, vaut à ce comté plus d'un million de florins, et, du droit des gens comme du droit écrit, la mer est libre pour tout le monde ; ce droit, Sa Mnjesté est décidée h le maintenir, lui en coùtàt-il quatre ou cinq royaumes. » L'empereur promettait seulement de défendre h ses sujets

d'aborder aux cotes occupées par les partisans de Christiern II, et Févéque finit en sommant les Lubeckois de se prononcer pour la paix ou pour la guerre.

Les Hambourgeois pressèrent les députés de Lubeck de céder, et ne leur dissimulèrent pas qu'un refus liguerait contre leur république toutes les villes de la Hanse. Le fougueux tribun de Lubeck, Wullenwever, accusé d'être l'instigateur de la guerre, répondit à la fois à l'évêque de Brixen et aux Hambourgeois, et sa violence perdit complètement une cause déjà fort compromise. Abandonné par ses collègues mêmes, Wullenwever quitta Hambourg le lendemain. A peine de retour à Lubeck, il écrasa ses ennemis, et devenu le véritable chef de la république, il renouvela ses tentatives auprès du sénat de Danemark, du roi de Suède et de Christiern de Holstein, pour les entraîner dans une coalition contre les Pays-Bas. Furieux d'avoir vu dédaigner ses promesses et ses menaces, il tourna toute sa colère contre le duc de Holstein, et se résigna a traiter pour mieux assurer le succès de ses projets sur le Danemark. Il envoya ensuite à Hambourg le conseiller Helmeke Danneman, porteur de nouvelles propositions : échange réciproque des prisonniers; abolition des tonlieux établis en Hollande contrairement aux anciennes coutumes; abstention, de la part des Hollandais, de toute navigation à Drontheim; garantie contre toute saisie ultérieure des personnes et des biens des Lubeckois; abandon des prises faites durant les dernières hostilités. Les députés des Pays-Bas acceptèrent ces bases de négociations sous les réserves suivantes : abstention égale de la part des villes hanséatiques d'aborder à Drontheim et réintégration des Hollandais dans tous les privilèges dont ils avaient précédemment joui. Ils exigèrent, en outre, que le Danemark, la Norwège,

le Holstein fussent admis comme contractants, et vu les agitations de Lubeek, ils demandèrent des garanties de l'exécution du traité, dont la durée serait fixée à dix ans. Ces prétentions soulevèrent de nouveaux débats, et les magistrats de Hambourg eurent beaucoup de peine à concilier les parties Knfin, elles signèrent une trêve de quatre ans, stipulant la liberté du commerce conformément aux anciens droits et privilèges; l'échange sans rançon de tous les prisonniers; la restitution des navires capturés depuis l'expédition de Christiern en Norwège. Brème, Hambourg, Lunébourg, Dantzick se chargèrent d'obtenir la raliiication du sénat de Lubeck, et le Danemark, la Norwège et le Holstein furent compris dans le traite, sous la condition que l'empereur ne leur prêterait pas assistance s'ils attentaient aux droits, libertés et privilèges des Lubeckois '.

Marie de Hongrie et Charles-Quint ne s'aveuglèrent point sur l'importance réelle de ce traité ; ils étaient au courant des intentions de Wullenwever, ils en suivaient avec soin le développement , et se mettaient même en mesure d'en tirer avantage. D'un autre côté, ils obtenaient ainsi une certaine latitude, pour parer aux autres complications politiques, qui étaient de nature à occuper leur attention. Après la retraite de Soliman, l'empereur était parti pour l'Italie, « emmenant avec lui ses meilleures troupes, l'infanterie espagnole et la gendarmerie des Pays-Bas 2. » François Ier en avait pris ombrage, et, au mois de novembre 1532, Éléonore demanda à Marie de Hongrie une entrevue en Picardie ou en Champagne. Son seul but, disait-elle, était de voir sa sœur, et

■ Instructions précitées. — M. Altmever. Du rôle politique 'les Poys-Hos dans tes révolutions du Nord, et Histoire des He.lations commerciales. ' Rubt.itT.so.v — Fiai de Guyos.

elle promettait de n'entamer aucune espèce de négociation ; seulement elle ajoutait que le roi viendrait peut-être les visiter sans aucun cérémonial. Dans le conseil d'état, secrètement consulté a ce sujet, les avis furent partagés : pour les uns cette proposition était un piège; pour les autres, une occasion de resserrer l'alliance des deux monarques et un moyen de rassurer les Pays-Bas, où des bruits de guerre entretenaient l'inquiétude et l'agitation. Suivant les premiers, les Français, « gens fins, causteleux et malicieux, » désiraient eette entrevue soit pour exciter la défiance du pape et entraver ses négociations avec l'empereur ; soit même pour s'emparer de la reine et des seigneurs de sa suite, afin de dépourvoir ainsi les Pays-Bas des chefs du gouvernement. Suivant les autres, au contraire, cette entrevue dissiperait les préventions des deux princes et inspirerait des craintes au roi d'Angleterre, au duc de Gueldre, à tous les ennemis de l'empereur, au pape lui-même En présence d'opinions si divergentes, malgré son vif désir de revoir une sœur qu'elle chérissait. Marie de Hongrie n'osa prendre l'initiative d'une résolution ; elle en référa à Charles-Quint, et, dans l'entre-temps , elle chargea le grand fauconnier Jean Van der Aa de porter à François 1er « un gerfaut et un tiercelet, pour montrer qu'elle désiroit bonne amitié et voisinage avec ledit roi. 2 »

Quand Charles-Quint communiqua à ses ministres la lettre de la régente : « Que Votre Majesté ait pour certain , lui dit Granvelle, que la démarche de la reine de France procède de bonne amitié envers sa sœur; mais ceux qui l'entourent tiennent mainte fois tels et semblables propos et depuis ne

' Lettre de Marie de Hongrie, du 27 novembre 1532. Correspondons, II. 28 1 Lettre de Charles-Quint, du 17 décembre 4532. Ibkl., *(.

les suivent, ainsi que vous avez pu souvent vous en apercevoir. Il n'y a rien à gagner à cette entrevue; comme les François se controuvent et publient souvent choses que oncques furent pensées, il est à craindre, au contraire, qu'il n en sorte beaucoup d'inconvéniens II sera facile à la régente de décliner cette proposition, en se fondant sur les dernière* inondations et sur les recommandations faites par Votre Majesté de ne rien négliger pour réparer le plus tôt possible, les dommages causés par ces sinistres, attendu l'importance et la nécessité de la chose. Afin de donner plus d'apparence de vérité à cette allégation , il seroit bon que la reine visitât les provinces inondées et se rendit en Flandre. Puis, elle ajouteroit que la saison est diverse, la distance trop grande, et que sa charge lui interdit de tant et si longtemps s'éloigner des Pays-Bas. Elle a à prétexter, en outre, son état de veuve. S'il faut enfin céder, qu'elle invoque l'impossibilité de s'écarter beaucoup des frontières, et n'aille pas plus loin que Cambrai, en petite compagnie et pour un jour ou deux seulement. Surtout dans ses excuses, il importe de se servir des termes les plus gracieux , et d'éviter toute expression propre a vous les faire attribuer'. »

Charles-Quint partagea cet avis. A ses yeux la démarche cfËléonore et les assurances d'amitié données par le roi à Jean Van der Aa , étaient « propos que souvent les François tiennent quand ils espèrent en tirer profit. » Le conseil d'état, suivant lui, avait bien « touché le pro et le contra, <> et François lrr couvait sans doute de secrets desseins ; on ne pouvait trop se défier de ce prince, qui comptait peut-être sur cette entrevue pour inspirer des défiances à l'Italie ou pour

• Note de Granvelie pour I empereur, 1532. Reg Coll. de doc hist.,\, f 81.

contrecarrer d'autre* projets. En conséquence, l'empereur engagea Marie de Hongrie à prendre pour prétexte de son refus ses nombreuses occupations, le manque de temps, la distance et son état de veuve, qui ne s'accordait pas avec les mœurs de la cour de France. « Ceci est vrai, du reste, ajoulait-il, car soyez sûre, ma sœur, que voyant la différence de votre vivre, habit et façon de faire au leur, ils en diroient ce que bon leur semble, changeant le bon en mauvais. » Ce refus, il était certain « d'en avoir le mauvais gré, disait-il; mais il avoit bon dos pour le porter. » Marie de Hongrie se conforma a cet ordre, et, d'après le conseil de son frère, elle se rendit en Çlandre, où la peste venait d'exercer d'affreux ravages ,.

Les inquiétudes du roi de France n'étaient point chimériques; sous le prétexte ostensible de s'entendre avec Clément VII, au sujet de la convocation du concile œcuménique promis à la diète de Ratisbonne, Charles-Quint poursuivait d'autres projets, et ils réussirent par les craintes que cette promesse inspirait au pape. Le 24 février 1533, l'empereur et Clément VII signèrent a Bologne un traité secret de confédération, et ce dernier s'engagea à ne former aucune alliance nouvelle, sans le consentement de son confédéré 2 ; puis, le 27, ce traité fut suivi d'une ligue défensive de l'Italie entre le pape, l'empereur, les ducs de Milan, de Ferrare, de Mantoue, les républiques de Gênes, Sienne et Lucques3 : cette ligue, que l'on présentait comme dirigée contre les Turcs, l'était bien davantage, d'après la pensée secrète de Charles-Quint, contre les Français; elle lui permettait, en outre, de diminuer les

1 Lettre du 17 décembre, précitée.

' Papiers d'état de Granvelle, H. I.

1 Ibid . 7

dépenses de ses armées, en chargeant les Italiens de la défense de ses intérêts. Toutefois, s'il décida aussi Clément VII à ne consentir, en aucun cas, au divorce de Henri VIII et de Catherine d'Aragon, il échoua dans ses tentatives pour rompre les projets de mariage du duc d'Orléans et de Catherine de Médicis. Cet échec compromettait ses succès, et prévoyant que pour dot, la nièce du pape apporterait a son époux les clefs de l'Italie, il se sépara de son allié plein de défiances et animé d'un profond mécontentement, Pour empêcher ce mariage, il avait proposé d'unir cette princesse à Sforze ; mais l'habileté des agents de la France ainsi que l'ambition de Clément déjouèrent cette combinaison, et, nonobstant les remontrances de Marie de Hongrie, il arrêta alors définitivement le mariage du duc de Milan avec sa nièce Christine de Danemark

La proposition d'une entrevue avec Marie de Hongrie ayant échoué, François lpr engngea Charles-Quint a passer par la France pour retourner en Espagne; l'empereur déclina également cette invitation qui , a ses yeux, cachait une nouvelle tentative pour obtenir des modifications au traité de Cambrai2. Le roi, en effet, ne dissimulait plus son intention de réveiller ses prétentions sur Milan, ei cette intention fui bientôt si manifeste, que les plus optimistes redoutèrent une prochaine

• Le conlrat. signéà Rarcelonne. le 10 juin 1533. fut ratifié par les deux parties, le 27 septembre suivant (Reg. n° 108 aux Archive» du royaume], et la jeune princesse fut conduite a Milan par le seigneur de Praet. Voir le compte des frais de ce vojage et des « accoustremens de drap d'or . d'argent , de soie . fourrures, linge, perles, pierreries, pour la personne de la princesse; accousrremens pour sa chambre, chapelle; vaisselle pour icelles; accoustremens ,1e ses filles d'honneur et de chambre, gentilshommes, officiers et autres serviteurs. >• Reg. n» 1836 aux Archive» du royaume.

■ Lettre de Granvelle a J. Uannaert. Papier» délai de Granvelle, II. 19.

6i RÈGNE DE CHARLES-QUINT EN BELGIQUE.

rupture. Par une conséquence naturelle de l'extension de sa puissance, Charles-Quint présentait trop de parties vulnérables, pour qu'un succès quelconque le mit a l'abri de nouvelles attaques ; il suffisait d'une étincelle pour embraser l'Italie, pour faire éclater la coalition occulte de l'Angleterre, du Danemark, de la Gueldre et de la France. L'ambition de la maison de Médicis rendait l'alliance du pape fort chanceuse, et, en effet, malgré les représentations du comte de Cifuentes, chargé par l'empereur de lui rappeler le traité de Bologne \ Clément VII consentit a une entrevue avec François Ier. C'était le prélude d'une alliance toute contraire à ce traité ; il ne fallut même pas attendre cette entrevue pour se convaincre qu'en s'alliant à une famille alors peu estimée, le roi, comme le dit en riant l'ambassadeur du pape, Philippe Slrozzi, comptait voir Catherine de Médicis lui procurer trois joyaux de grand prix : Gènes, Milan et Naples2. Il avait trouvé, dans le supplice d'un de ses agents secrets à Milan, le prétexte d'une agression en Italie, et aussitôt on le vit surexciter les passions de Henri VIII et fomenter partout : en Allemagne, en Danemark, dans les villes de la Hanse, en Gueldre, en Turquie, les haines contre l'empereur \

Il devint impossible de fermer longtemps les yeux sur ces menées; Charles-Quint demanda (septembre 1535 ) au seigneur de Vély, ambassadeur de France \ des explications sur les intelligences de son maître avec les Lubeckois, qu'il poussait à la guerre et encourageait dans leurs entreprises

1 Lettre de Charles-Ouint, du <2 mai 4533. Correspondent, II, 62 ' Pauli Jovn Historiœ, cit. de Simonde de Sismoadi, XI, 424.

* Lettre de Charles-<Juint, du 20 septembre 4533. Papiers d'état de Granvelle, II, 58.

* Claude Dodieu, seigneur de Vély ou Velli. Voir le portrait, peu flatté, qu'en fait Granvelle. Ibid., 335

contre les Pays-Bas. « Je ne puis en croire, dit-il, les rapports que je reçois à ce sujet, car j'aurois trop grande et excusable raison de me plaindre. Pourtant lorsque les corsaires qui désolent la Manche, sont accueillis avec faveur dans les ports de France, le doute est-il encore permis? Quant à l'Allemagne, où vous prétendez que le roi n'use de son influence que pour servir mes intérêts, sans prétendre empêcher votre souverain d'y avoir des amis et des alliés, pour autant qu'il se conforme aux traités et n'ait point de vues hostiles, je préfère recevoir directement les services de mes sujets sans recourir à l'intermédiaire d'un tiers » Ainsi, l'aigreur dominait déjà dans les rapports entre les deux princes, et pendant que François I"r réorganisait ses armées, employait le reste de la succession de sa mère à lever des lansquenets, les anciens appuis de la France contre les Pays-Bas étaient remis à l'œuvre. Le duc de Gueldre agitait les populations de la Frise et de l'Overyssel, incitait a la révolte les protestants et les anabaptistes 2; Robert de la Marck, dont les terres étaient restées le refuge des mécontents et des proscrits des Pays-Bas 3, réunissait secrètement ses vieilles bandes 4. Un de ses capitaines tenta même de surprendre Iiierges \ et tout de ce côté prit un caractère si menaçant, qu'on jugea prudent de renforcer les garnisons des frontières °.

■ Lettre du 20 septembre, précitée. — ' Wagenaar.

3 «Pour ce que, en juing xv « xxxiij, ung Jehan Davin, gentilhomme du pays et comté, s'esloit advanché grandemeutblescher et navrer ungGillon de Chiron, le lieutenant dudit souverain bailly, pour le bien de la justice, envoya au lieu de Buvinnes le sergent dudit bailliage avec deux hommes, pour s informer du cas et appréhender ledit Jehan, ce que faire ne peulrent, obstant qu'il sestoil absenty et mis au service de messire Robert de la Mark » Compte d*A. de Berghes. de LS33-1 534 [n* . f- xxiiij.

* tbid. n» 15-HOi, f» xvij r» — * Ibid f° xviij.

6 Ibid kn« <32Hj, f- xxv.

Au mois de juillet 1534, le seigneur de Vély présenta à Charles - Quint une note contenant diverses propositions de nature, selon François I", a resserrer l'alliance des deux monarques, à réduire les protestants, à refouler les Turcs. Le roi offrait de marier le dauphin à la fille de l'empereur, et don Philippe à une princesse de France ; mais il réclamait le duché de Milan, le comté d'Asti et la seigneurie de Gênes, • toutes choses, disait-il, du propre héritage et patrimoine de ses lils, qu'il n'avoit cédées que pour recouvrer leur liberté. » — < Mon désir de rentrer en possession de ces états, ajoutait-il, est d'autant plus raisonnable, que les laisser aux étrangers à qui vous les avez donnés , c'est perpétuer un sujet de guerres et de dépenses, pour vous qui devez soutenir vos protégés , pour moi qui revendique des biens m'apparlenant légitimement. S'il vous répugne de déposséder Sforze devenu votre neveu, je suis prêt à le dédommager, du reste, je demande seulement que vous me laissiez agir et que vous vous borniez a ne pas lui prêter votre appui. » Il insistait sur les effets qu'une union bien assise produirait en ! Allemagne, et proposait une entrevue pour l'établir définitivement '. Charles-Quint écarta cette dernière proposition eu prétextant la nécessité de présider les cortès de Castille :; quant à la rétrocession du Milanais, il déclara que sa conscience et son honneur lui commandaient d'observer se> traités avec le duc de Milan \ Cependant, absorbé alors par les préparatifs dune grande et noble entreprise, il désirai! vivement le maintien de la paix, et il ne se serait pas refusé :< ,

■ <« Articles présentes a l'empereur pur le sieur de Vély. » Papiers d'état A tiratwelle. II, 491.

' lettres des 24 et Î8 septembre 1 534 Ibtd., 498. • Lettre du 26 octobre. Ibtd., iOi.

des concessions, pour assurer la sécurité de ses états pendant qu'il vengeait l'Europe des brigandages des Barbaresques.

Le comte de Nassau, qui se rendait dans les Pays-Bas, en passant par la France, fut chargé de soumettre au roi un contre-projet d'alliance appuyée aussi sur des mariages ; mais il avait ordre, dans le cas où François Ier ne se désisterait pas de ses exigences, d'éluder la question et de partir sur-le-champ pour Bruxelles, d'où il informerait l'empereur des résultats de sa mission'. A l'offre d'assurer au duc d'Orléans une pension de 50,000 écus, s'il renonçait au Milanais, François Ier répondit par d'autres propositions tendantes toutes à se faire restituer ce duché, Gênes et Asti. Par l'une, il voulait dédommager Sforze en l'investissant du marquisat de Montferrat, dont il augmenterait de 20,000 à 25,000 écus le revenu annuel évalué à environ 60,000; par l'autre, il demandait pour lui-même le Montferrat avec Alexandrie, Gênes et Asti, et la promesse de succéder a Sforze dans le Milanais. Toutes les représentations de Henri de Nassau et du vicomte de Lombeke, ambassadeur de Charles -Quint, échouèrent contre la ténacité d'un parti pris; le roi leur déclara qu'il était a déterminé et résolu finalement en sesdites demandes 2. » Corneille de Schcppere, qui vint ensuite lui insinuer d'attendre la mort de Sforze, pour réclamer sa succession, éprouva un refus non moin> positif *.

Les rapporte du comte de Nassau furent l'objet d'un sérieux examen dans le conseil de Charles-Quint. Fallait-il admettre en principe les propositions du roi, soit pour éviter la guerre,

' Inslruction secrète, 48 août 4534. Papiers d'elal de Granvelte, 157-464. • » Ce a quoi a persiste le ruy de France, par son écrit baillé à M. le comte de Nassau. » Ibid., 205.

s Voir les instructions données à cet envoyé. Ibid., 230.

soit pour gagner du temps? En Espagne, on avait tari la source des subsides, et les côtes de ce royaume étaient désolées par Barberousse. La ruine du commerce des Pays- Bas ne permettait plus de tirer de grandes ressources de ces provinces qui, menacées de .tous côtés, réclamaient instamment la présence de leur souverain. L'Angleterre, cette ancienne alliée, était tout à fait hostile. Le roi des Romains . avait déjii perdu le Wurtemberg et la Hongrie, et il était menacé d'autres écliecs. Les tilles de Cliristiern II allaient se voir ravir leur héritage. Ces considérations portaient à résoudre affirmativement la question. Mais, « vu la nature et coutume des François de ne pas observer les traités, comme le démontraient le passé et leur conduite présente à l'égard des traités de Madrid et de Cambrai, » on ne pouvait s'attendre à les trouver plus fidèles à de nouvelles conventions. Il était impossible, du reste, de se fier ni aux renonciations, ni aux promesses, ni aux serments d'un roi qui prétendait conserver Ht protéger ses alliés d'Allemagne, d'Italie, d'Angleterre, de Turquie. S'il prenait pied a Milan, il dominerait bientôt l'Italie et le saint-siége; il y détruirait l'autorité impériale et lebranlerait en Allemagne. Ses flottes, maîtresses de la Méditerranée, insulteraient l'Espagne, pendant que les Pays-Bas, isolés par les soulèvements de la Germanie, tenus bloqués par les Anglais et par les Hanséates, seraient ruinés ou conquis par ses armées. Ces motifs de rejet prévalurent. « Si le roi, se montrant de tout en tout aliéné de raison et honnesteté, dit Chnrles-Quint, maintient des exigences de nature à troubler la chrétienté; s'il recourt aux armes, je m'en remettrai a la décision de Dieu. Gardant sauf mon honneur, et répondant a la voix de ma conscience, observant mes traités avec mes alliés, usant envers eux de loyauté et de bonne foi, je ne per-

mettrai jamais que mon ennemi devienne, par un accroissement de puissance, plus insolent et plus nuisible (novembre 1534) l. »

La rupture était désormais inévitable; mais on ne croyait pas à une guerre immédiate : la saison était trop avancée pour ouvrir une campagne, et les Français semblaient devoir attendre la certitude d'un avantage marquant 2. D'un autre côté, Henri de Nassau avait demandé a François I" de garder sa foi et de ne pas attaquer les états de l'empereur, au moment oii ce prince se disposait à combattre les ennemis de la chrétienté. Or, le roi, obligé déjà de répudier, comme d'odieuses calomnies, ses alliances avec Soliman et Barberousse \ serait devenu un objet d'horreur s'il avait entravé une expédition sympathique à toute l'Europe. Ce fut cependant moins ce scrupule qne la mort de Clément VU (25 septembre 1554), qui suspendit momentanément les projets du monarque français. Aussi Charles-Quint ne s'endormit-il pas dans une fausse sécurité; et, bien qu'il s'attendit à voir les Français tourner leurs, premiers etïbrts sur l'Italie , il ordonna a Marie de Hongrie de pourvoir, sans ostentation, à la défense des Pays-Bas, parce que, comme le disait Granvelle, montrer qu'on appréhende la guerre, c'est porter l'ennemi à la commencer \

La position de cette princesse était alors des plus difficiles. Tandis qu'a Bruxelles, d'activés négociations tendaient tout à la fois a traverser les intrigues de François 1er en Allemagne; à gagner les Suisses à la cause impériale; à

• « Arraisonnement sur ce à quoy le roy de France persiste, * Papiers d'élat de Granvellr, II, 206.

• Lettre de Granvelle. du 8 décembre 4534. Ibid., 249-253.

» Siwo.nde de Sismondi. I. c, XL 434. — 4 Lettre de Granveile. précitée.

favoriser le soulèvement de l'Irlande; à empêcher l'union des familles de France et d'Angleterre, et a pousser au mariage du roi d'Écosse Jacques V avec la fille de Henri VIII \ l'agitation tourmentait toujours le pays. Le Brabant, la Flandre offraient de menaçants symptômes; à Maestrieht se produisaient des difficultés de la nature la plus grave ; partout les populations mécontentes des atteintes portées à leurs privilèges, accablées d'impôts, en proie a la misère et à de terribles fléaux, prêtaient l'oreille, avec une fiévreuse sollicitude, au canon des anabaptistes tonnant a Munster.

La doctrine de Muncer, calomniée comme toutes celles qui atteignent les privilégiés de la terre, louchait trop l'état de souffrance des masses, pour ne point rencontrer chez elles d'ardentes sympathies. Le peuple des campagnes surtout lui avait fourni de nombreux prosélytes, et anathémalisés comme l'avaient élé les premiers chrétiens 2, comme le sont toujours les novateurs, les anabaptistes avaient bientôt relevé la tête. Longtemps tenus a l'état de brutes, les insurgés se vengèrent en brutes, et leurs excès effravèrent l'humanité. Les (lésastrès de Wurtzbourg , de l'Alsace, de Fraukenhausen ne les abattirent point; chassés delà Suisse, ils se répandirent dans la Westphalie, dans les Pays-Bas, et l'on craignit dans ces provinces que les mécontents ne fissent cause commune avec

• Instructions données a Corneille de Scheppere, 1. c.

• Quasitissimis pœnis affecit (Néron) quos, per flagilia invisas, vulgus rhristianosappellabat. Auctor nominis ejus Curistus, Tiberio imperitante. per procuratorem Pontium Pilatumr supplicia affectas erat. Repressaque in prisons exitiabilis superstitio rursus erumpebat, non modo per Judaram, originem ejus mali, sed per urbem eliam, quo cuncla undique atrocia sut pudenda confluunt célébra nlurque. Igitur primo correpti qui falebantur, deinde indicio multitudo ingens, haud perinde in crimine incendii, quam odio humani gvneris convicli sunt. Tacite. Annales, i. xv. ch. xliv.

les sectaires. Tous les supplices furent dès lurs rais en œuvre pour éloigner le danger ; la Hollande surtout devint le théâtre d'incroyables horreurs ; mais le sang des martyrs lit éclore des vengeurs, et la prise de Munster terrifia les bourreaux.

L'alarme fut d'autant plus grande dans les conseils de Marie de Hongrie, que la plupart des chefs de ce mouvement appartenaient aux Pays-Bas, et qu'on vit le duc de Gueldre et les villes de l'Overyssel fournir aux Frères du baptême, de I artillerie et des munitions '. Malheureusement les tempêtes qui éclatent dans la société soulèvent toutes les passions, les plus basses comme les plus nobles. 11 est donc impossible de ne pas rattacher à l'insurrection anabaptiste l'apparition des Knfanls d'Israël. Ces misérables, qui prétendaient ne reconnaître d'autre chef que Dieu, désolèrent, eu 1533, les environs de Maestrichl et le Limbourg. S'il faut en croire des récits, peu impartiaux peut-être, après avoir pillé les églises et les couvents, égorgé les moines, outragé les religieuses, ils s'abattirent sur les châteaux et sur les fermes. Pour arrêter leurs brigandages, il fallut envoyer contre eux un corps de troupes, qui n'eut d'ailleurs qu'à paraître pour les dissiper2.

Ce n'était point dans le peuple seulement que se manifestaient des mécontentements. Le clergé, atteint par les aides, irrité des restrictions apportées à ses immunités, avait vu avec douieur une bulle du M septembre 1532 accorder à Charles- Quint l'autorisation de lever en subsides ecclésiastiques, dans les Pays-lias, la moitié de la valeur de tous les bénéfices, tant réguliers que séculiers, d'un revenu annuel de 24 ducats; et Jes deux dixièmes de cette valeur, pour les dignités et béné-

• Wagrmaar.

» CllAPEAl VILLE, I. C, III, 3i6

72 * RÉGNE DE CHARLES-Ql'IKT EN BELGIQUE.

lices du revenu de 12 à 23 ducats V Ses rapports avec le gouvernement étaient donc pleins d'aigreur, et Marie de Hongrie reproduisait contre lui, surtout contre les prélats du Brabant, les plaintes et les accusations de Marguerite d'Autriche *. D'un autre côté, les dernières ordonnances sur les monnaies avaient occasionné de graves désordres; des émeutes avaient ensanglanté Marville et d'autres localités3. Une foule de campagnards et d'artisans ruinés, les uns par le fisc ou par la guerre, les autres par la eherté des denrées et par le chômage des industries, avaient été poussés au brigandage, et les édits et les supplices restaient impuissants 4.

Enfin, les démêlés avec le Danemark et Lubeck étaient a peine apaisés que le duc de Gueldre jeta le masque : il repassa au service du roi de France (octobre 1534) \ congédia aus-

1 Comptes rendus par Jean François, receveur d'Arlon, et par Conrad de Keyzer, receveur du quartier de Louvaiu (n°* 15755 et 15906], aux Archives du royaume — Instructions du 28 août 4533, pour la levée du subside ecclésiastique. Archives de Lille. M. Ciacharo, Rapi>ort précité, 490.

' Voir Correupondenz.

1 Compte de N. le Gouverneur (n° 2636). f° xxiiij »°.

* « A vingt compaignons qui ont accompaigné et assisté les bourgmestre et eschevins dudit Eecloo, pour suyr et appréhender Pieter Balissart, Adrien d'Herloghe et Arnoul Van Oudtveld, tous averq aultres aguetlans et destroussans de chemin, lesquels xx compaignons, tant de pied que de cheval, se partirent illecq dudit Eecloo, poursuyvant lesdits destrousseurs, et furent accompaignez de encoires cent personnes ou plus à leur assislement, tellement et si avant que iceulx malfaiteurs furent prius en ung bois estant du bailliaige du Viesljourg de Gand, auquel conflit et prinse ilz se deffendoient de sorte que ledit Arnoul y fut navré à la mort. * Compte de R Sallart, précité (n° 43921 ). f° xj. — Voir le compte de Laurent Cleissonne, dit Bierman, bailli de Rupelmonde, f°vj,etc. (n° 14344), aux Archives du royaume. — Lettres de Marie de Hongrie, du 8 novembre 4534, ordonnant de faire bonne garde contre les malfaiteurs (Compte d'A. de Berghes, f° xxvij), et tous les comptes des officiers de justice en général. — V. aussi M. Wai'TCRS, I. c, III, 473, 677, etc.

1 Lettre de Charles-Quint à J. Hannaert, du 26 février 4535. Papiers d'état de Granvelte, II. 299-307.

DÉMÊLÉS AVEC LA FRANCE ET L AiNGLETERRE. 73

sitôt la bande d'ordonnances dont il avait le commandement \ et, au mépris du traité de Gorcum, institua le duc de Lorraine son héritier 2. Charles -Quint attribua cette défection aux intrigues de la France 3, et il chargea son ambassadeur à Paris d'adresser de sévères représentations a François l*r. « Le roi, dit-il, ne peut reprendre messire de Gueldre a son service, sans enfreindre le traité de Madrid, expressément confirmé par celui de Cambrai. Il s'est engagé, dans le cas où il n'obtiendroit pas la soumission du duc, a ne l'aider en aucune manière, sous couleur de pension, de retenue ou conduite d'hommes d'armes, et encore moins à le prendre à sa solde. Je ne puis donc, quoique le fait m'ait été confirmé par le grand maître de France, croire à une telle infraction des traités. Le roi sait, en effet, que j'ai contre messire d'Egmont de graves sujets de mécontentement, et comme la France ne l'a jamais soutenu que dans des vues nuisibles aux Pays-lias, leur nouvelle alliance ne trompera personne. Dès qu'on saura que le roi a repris le duc a son service, chacun lui attribuera de mauvaises intentions a mon égard \ » François objecta que la prudente sagesse lui commandait do pourvoir a sa défense en présence des immenses- préparatifs de l'empereur : « Mais, répliqua Charles-Quint, il sait bien que ces préparatifs sont dirigés contre Barberousse, puisqu'il ne tient qu'à lui de s'y associer. Or, il vaudroit mieux pour son honneur qu'il employât ses forces contre les infidèles, que de se servir de ceux-ci contre les chrétiens \ » François Ier, sourd a ces

* Lettre de Marie de Hongrie, des 27 et 38 mai 1535. Corretpondenz, II. 180 ' Antoine, fils de Philippine d'Egmont et de René de Lorraine.

» Lettre du 7 mars 1535. Papier* d'état de Granvelle, U, 312-316.

* Lettre du 24 janvier 1535. Ibid., 286.

* Lettre du 26 février, précitée.

représentations fondées en droit et en équité, insensible à ces reproches justement mérités, méprisant tout appel a sa bonne foi \ refusa d annuler la convention conclue avec le duc de Gueldre.

Cet indice de guerre prochaine ne fut pas un fait isolé. De la part des Anglais, l'agression n'était pas moins imminente. Informé des projets de divorce de Henri VIII, Charles-Quint avait demandé une consultation à l'université de Louvain 2, qui, seule avec l'université luthérienne de Wittemberg, condamna ce divorce approuvé par sept autres universités \ L'empereur engagea alors le pape à. « procéder, avec justice sévère, contre la scandaleuse conduite » du monarque anglais \ et , le 25 janvier 1552, on publia dans les Pays-Bas un bref exhortant Henri VIII « à reprendre Catherine d'Aragon pour sa femme. » Puis un second bref lui enjoignit de renvoyer Anne de Boleyn , sous peine d'excommunication. Enfin, dans l'entrevue de Bologne, Charles-Quint décida Clément VII à repousser toute transaction, et, le 19 novembre 1533, -parut une bulle fulminant la sentence pontificale rendue par défaut ( 8 août), contre l'époux adultère, en faveur de la femme légitime \ Ces démêlés de famille n'avaient pourtant pas encore brouillé les Pays-Bas et l'Angleterre. En 1532 même, des conférences eurent lieu a Bourbourg,

■ Lettre du 26 février, précitée.

1 » Assavoir cent livres es mains du président du grant conseil de l'empereur, pour (ficelles faire paiement a Lovain à plusieurs docteurs de facilitez de théologie et de droit canon, pour leurs salaires d'auculnes consultations faictes en aucune matière concernant l'houneur de I empereur. » Compte de J. de Marnix (n" 1804), f" ij r j »°.

1 Uém. de Luther. Additions et Éclaircissements, II, 166.

1 Lettre de Charles-<)uint, du 16 novembre 1534. Correêpondenz, IL 2t.

1 Les procès-verbaux de la publication de ces actes à Bruges et a Dunkerqur sont aux Archives de Lille. M. Le Glav, Anal, htst., 497-198.

pour arrêter un nouveau traité de commerce entre les deux pays1, et le 3 mai 1533, Charles-Quint recommanda à Marie de Hongrie de ne point altérer ses rapports avec Henri VIII. « C'est à la cour de Rome, lui écrivit-il, de poursuivre la question du mariage de ce prince avec Anne de Boleyn , et cette question ne doit nullement interrompre les relations commerciales entre mes peuples et les Anglois 2. » Mais Henri VIII, blessé dans son orgueil, ne garda plus de ménagements. Pour venger l'échec que la diplomatie impériale lui avait fait éprouver à Rome , il ferma l'entrepôt de Calais au commerce des Pays-Ras \ entra ouvertement dans les projets de Lubeck sur le Danemark 4, et se montra favorable à toutes les instigations hostiles de la France.

L'acte du parlement qui détacha l'Angleterre de l'église romaine, rendit la rupture complète. Le roi, craignant de voir l'empereur devenir l'instrument des rancunes pontificales, se prépara à la guerre. Ses armements menaçaient les Pays-Bas d'une invasion; mais Charles- Quint résolut de le prévenir pnr une descente en Angleterre. Dans ce dessein , il négocia avec le roi d'Écosse et excita les Irlandais a la révolte \ Un de leurs chefs, Corneille O'Rrien, issu des anciens souverains du pays et se prétendant d'origine espagnole, se soumit au protectorat de l'empire avec sa famille et ses adhérents. Ce chef, dont la juridiction s'étendait sur plus de 100 châteaux,

• M Le Glay, I. c, 197.

• Instructions données au comtede Cifuentes et a Rodrigue d'Avalos. Papiers d'état de Granvelle, II, 43.

' Wagevaak.

* Instruction secrète donnée au comte de Nassau. Papiers d'état de Granvelle. II. <57.

* Instructions données a Cornedle de S< heppere. Staatspapirre , 1 79-181 . — Rapis Thoviias.

7fl RÈGNE DE CHARLES-QUINT EN BELGIQUE.

promit de fournir 1,660 chevaux, 2,440 piétons bien équipés, et 1 3,000 hommes d'autres troupes « armés d'acabouses, arcs, flèches et glaives '. » L'insurrection devait être appuyée par le comte de Nassau du côté des Pays-Bas, et par une armée espagnole, qui se réunissait sur les côtes de la Biscaye, pour débarquer dans le Cornouailles 2.

L'union de la France et de l'Angleterre constituait néanmoins un grave danger pour les Pays-Bas, et toute la diplomatie de Charles-Quint tendit à l'empêcher \ En ce moment, il lui importait d'écarter la guerre de ses états. Soliman menaçait de nouveau l'Allemagne, et il était indispensable de réprimer les courses des Barbaresques, qui désolaient les côtes d'Espagne, de Naples, de Sicile et nécessitaient l'emploi de Hottes considérables. Pour s'épargner cette charge ruineuse, Charles-Quint avait résolu de frapper un grand coup, qui, en assurant sa domination dans la Méditerranée, rendrait la sécurité à ses états et ajouterait au prestige de son nom. Or, la paix avec les puissances occidentales était indispensable à la réalisation de ce projet ; mais, tandis qu'il pressait les préparatifs de son expédition, chaque jour amenait de nouvelles difficultés; le nord était en feu; au midi, tout annonçait une prochaine explosion ; a l'est et à l'ouest, les nuages s'amoncelaient avec une effrayante rapidité. L'empereur, toutefois, ne désespéra pas de conjurer l'orage; il n'eut d'appréhensions que pour les Pays-Bas, où l'attitude de ses ennemis était moins redoutée que le mécontentement du peuple. La correspondance de Marie de Hongrie la montre, en effet, beaucoup plus

' Lettre d'O Brien, du 21 juillet 4534. Correxpondens. Il, 99. * Instructions précilées. — L'empereur réservait 200.000 ducats pour l'exjiedition du comte de Nassau Ibid.

1 Voir les Papiers d'état de Granvelle, H.

préoccupée des agitations intérieures que d'une guerre avec la France et l'Angleterre. Il n'était pas permis cependant de rester inactif en présence des dispositions agressives de ces puissances; et, au moment où Nassau poursuivait le projet de descente en Angleterre, Charles-Quint voulait que les Pays-Bas se missent en mesure de prévenir l'attaque des Français. Mais, pour armer il fallait de l'argent, et la pénurie financière était telle, qu'on ne parvenait plus a suffire aux charges de l'état , que par des ventes du domaine. Le commerce avait éprouvé des pertes énormes; la situation politique et le manque de confiance rendaient les emprunts impossibles. Sans se dissimuler les difficultés de l'entreprise, sans méconnaître l'état de misère du peuple, Charles- Quint ordonna à sa sœur de réclamer le concours des états , et invita les personnages les plus influents , tels que les comtes de Nassau et de Buren , à prêter leur concours à la régente, pour obtenir a les plus grosses aides possibles. » Ils devaient employer le zèle de leurs amis et de leurs clients; recourir aux instances, aux promesses, à la corruption même; représenter qu'en cas de guerre, agir avec vigueur est le moyen le plus sûr d'obtenir promptement la paix. « Se trouver sans cesse sous la menace d'une agression , disait-il ; être placé dans un funeste milieu qui n'est ni la paix, ni la guerre; être obligé de se tenir ronstamment sur un pied de défensive armée : c'est s'épuiser infructueusement, c'est marcher à une ruine certaine '. »

Le 8 juillet 1534 2, les états généraux se réunirent à Mali nés, où Marie de Hongrie s'était rendue, pour assister à la fête des arquebusiers, dont elle fut la reine 3. L'assemblée

' f nst. secrète donnée à Nassau, I. c

» Compte d'Ant. de Bcrghes (n° 4 524 4 ), f° xxxj.

■ I i i mit vas Veer, Die Chronycke van Uollandt. La Haye, 4391.

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