‹ Histoire du règne de Charlesquint en BelgiqueChapitre 19 sur 44 · VI · texte numérisé non relu

VI

78 RÉGiNE DE CHAKLES-QU1NT EN BELGIQUE.

solennelle se tint le \% en présence de la régente, et l'audiencier donna lecture d'un exposé de la situation du pays, tant à l'iniérieur que par rapport aux puissances étrangères. 11 informa les états des mesures prises, depuis le départ de l'empereur, pour le maintien de la paix et des relations commerciales. Il s'étendit sur les différends de la Hollande avec Lubeck, et parla ensuite des événements survenus dans le Danemark et le pays de Munster. Ce dernier paragraphe du discours d'ouverture souleva de vifs débats. Les Hollandais, voyant leur ruine dans la réussite des projets formés par Lubeck sur le Danemark, pressèrent le gouvernement de ne point s'y prêter; celui-ci, au contraire, sans exposer ses vues, persistait dans le dessein de favoriser cette entreprise '. Quant au second point, la régente, effrayée des progrès de l'anabaptisme dans le* Pays-Bas, s'était empressée d'envoyer à l'évêque de Munster de l'argent et des munitions, malgré l'opposition formelle des états de Hollande 2. En informant l'assemblée de cette intervention, la princesse recommanda la nécessité de redoubler de rigueur contre les hérétiques, et cette recommandation souleva de graves objections. « Ce n'est point, dirent les députés hollandais, par des statuts généraux, mais par de sages mesures qu'on extirpera les nouvelles doctrines. Du reste, l'accusation d'hérésie est devenue aujourd'hui l'arme banale des mauvaises passions et surtout de l'envie; il suffit, nous en avons eu des exemples à Delft, à Amsterdam, a Gouda, que des prédicateurs aient de la vogue, au détriment de quelques églises, pour qu'on les traite d'hérétiques 3. »

Abordant l'objet principal de la réunion : « Quand la reine, dit l'audiencier, s'est décidée à convoquer les états, de toutes

' Heg. Aert Yander Goes. — 1 Wagenaar. 1 Reg. Aert Yander Goes.

parla lui venoient de mauvaises nouvelles; le pays sembloit menacé d'une attaque simultanée des François, des Anglois, des Lubeekois, d'autres encore. Mais, Dieu soit loué! les dangers sont dissipés ; l'esprit de paix a repris le dessus. Le landgrave de Hesse, qui sembloit hostile, désarme; d'autres limitent, et les princes de la Germanie, en parfait accord avec l'empereur, sont décidés à le soutenir. Néanmoins, la concentration de troupes en Champagne et en Picardie exige des mesures de précaution. 11 importe de mettre les villes frontières en état de défense, et d'être constamment prêt à recevoir l'ennemi, car la paix dépend non de soi mais de ses voisins. Il faut surtout que vous vous teniez unis, et qu'au besoin vous vous prêtiez un mutuel appui; l'étendue de nos frontières rend le pays vulnérable sur plusieurs points; c'est en unissant vos forces que vous saurez partout arrêter l'invasion. Sa Majesté est fort rassurée à cet égard : elle a la certitude qu'en cas de danger vous n'épargnerez rien pour le combattre. De son côté, l'empereur est décidé h exposer pour votre défense sa personne, toutes ses forces, tous ses biens, et la reine a ordre d'y consacrer les revenus ordinaires et extraordinaires du domaine. Il lui est toutefois impossible de suffire seul aux dépenses et aux levées des troupes qu'exige roit la guerre, et il croit pouvoir compter sur votre concours. » Enfin , après avoir informé les états de l'intention de l'empereur de maintenir la valeur actuelle des monnaies, et de son désir de voir substituer les laines d'Espagne aux laines anglaises, l'orateur du gouvernement insista encore sur la nécessité de « l'union et mutuelle intelligence, amitié et subvention des Pays-Bas1, » les exhortant a s'unir, à se

• Compte d A. de Berghes, précite [n- 15ÎH).

secourir mutuellement, « comme léaulx subgectz et voisins fang de l'aultre, estons sous l'obéissance d'un seul prince, dévoient et estoient tenus de faire, et meismement eu regard aux franchises , libertez et prérogatives, dont ils jouissoient en plusieurs et diverses manières, trop plus grandes que en nulz royaulmes, seigneuries, ni pays voisins, esquelles franchises et libertez, Sa Majesté Impériale les vouloit et entendoit entretenir \ » Cet appel à l'union n'était point une précaution oratoire; c'était bien sérieusement que Marie de Hongrie préparait les voies à une unité belgique. Si ce plan que la maison de Bourgogne avait conçu dès son avènement dans nos provinces, échoua, c'est qu'il fut combiné dans des vues plus intéressées que nationales. Chaque députalion reçut une copie de la pétition d'aides ; puis, les états furent prorogés au 1 6 septembre suivant 2.

Les propositions du gouvernement furent très-mal accueillies dans les provinces. Malgré les promesses d'un concours eflicace de la part de l'empereur, c'était la nation qui était appelée à payer les frais des premiers armements. En effet , Granvelle avait exposé qu'il était inutile, sans urgente nécessité, de se jeter dans de grandes dépenses, et il avait été résolu de laisser à chaque pays la charge de ses préparatifs de défense \ Mais les instances, les intrigues, les tentatives de corruption, tout échoua. Les cahiers des états de Hollande fournissent un exemple de l'impression produite par la pétition. Répondant aux recommandations d'union, ils rappelèrent l'isolement où on les avait laissés, lors de leurs démêlés

1 Reg. Aerl Van der Goes. — M. Altmeyer, Ilist. des reiat comm.. 29%3U. — M. Gachard. Des anciennes Assemblées nationales • Iieg. Aert Van der Goes, I. c.

i Lettre de Granvelle, du 8 décembre 4534, précitée.

avec le Danemark et Lubeck, et soulevèrent une question toujours redoutable au gouvernement, a Si Ton veut l'union, dirent-ils, il faut que l'ennemi d'une province devienne aussitôt l'ennemi de toutes; qu'elles repoussent ses marchands et ses marchandises, qu'elles ne profitent pas d'avantages particulière au détriment de l'une ou de l'autre ; que le gouvernement et les seigneurs particuliers renoncent à accorder des licences au commerce de l'ennemi. Quant aux aides pétitionnées en cas de guerre, notre contribution servira à la défense des autres provinces, et nous resterons abandonnés à nous-mêmes. Mieux vaut nous confédérer avec le Brabant, la Frise, rOveryssel, et, au lieu d'argent, fournir noifc-mêmes des soldats »

Celte opposition était fondée sur des motifs si légitimes, que Charles-Quint lui-même reconnut l'impossibilité d'établir de nouveaux impôts. Il écrivit à sa sœur de remettre à des temps meilleurs la nouvelle réunion des états, el, en attendant, il l'autorisa à disposer de 100,000 écus d'or afin de pourvoir aux plus urgentes mesures de défense. Si les Pays-Bas étaient assaillis, l'empereur voulait qu'on frappât vite et ferme; il ne cessait de répéter que le moyen le plus sûr de terminer promptement la guerre, était d'agir avec rapidité et vigueur. De son côté, il ferait en faveur de ces provinces de puissantes diversions, et tournerait contre l'agresseur les armements préparés contre Barberousse 2. En même temps, Marie de Hongrie travaillait à neutraliser les intelligences des Français en Allemagne, en Danemark, avec les villes de la Hanse, et surtout avec les princes voisins des Pays-Bas 3. Ses promesses,

• Heg. Aert Van derGoes.

• Lettre deCharles-Quinî, du 12 novembre 1534, précitée.

■ Instructions secrètes données à Nassau et à de Scheppere. I. c. — « A Jehan

comme ses menaces, restèrent sans effet; tous se tenaient dans l'attente des événements ; et, à l'exemple du duc de Clèves, dont elle avait réclamé l'appui, sans refuser dune manière catégorique, aucun ne se montra pressé de répondre a ses avances

A défaut d'un concours actif, il fallait conserver de bonnes relations avec les états limitrophes et éviter tout prétexte d'hostilité 2. Ce fut cette raison politique qui fit terminer a l'amiable les différends existants avec le duc de Lorraine, au sujet du fief des villes de Stenai, Manille et Arrancy3. Un autre différend, d'une nature plus sérieuse, fut également alors, sition aplani, du moins apaisé.

En vertu de conventions conclues, l'une avec Charles le Téméraire, l'autre avec Maximilien 4, les cités de Trêves et de Verdun payaient annuellement au souverain des Pays-Bas, en sa qualité de duc de Luxembourg, un droit de gardiennete, s'élevant : pour la première à 400, pour la seconde à 500 florins du Rhin d'or. De la part de Verdun, le payement de ce droit ne donna lieu à aucune difficulté; il n'en fut pas de même avec Trêves. En 1518, lorsque Charles sollicitait les suffrages des électeurs, l'archevêque de Trêves, Richard d»* Greiffenclau, avait cherché a soustraire sa ville à cette espèce

Bolen, raessagier à cheval, pour avoir pourte à diligence letlres a la ro>n»d'Hongerie, régente et gouvernante des pays de l'empereur par deçà. Invertissant que le lantgraef de Hessen avec ung joesne duc d'Allemagne et le comte de Furstemberg s'estoyent trouvé en la ville de Gemûnden et de là en terre de Bar où le roy de France devoit estre. » Compte de N. le Gouverneur, de 1533- 1534, f»xv.

■ Inst. secrète donnée à Nassau.

' Lettre de Charles-Quint à Nassau, du 5 janvier 1535 Papiers d'état de Cranvelte, II, 260.

' Comple de la recette générale (n° 2342! . * Voir le Reg n° 2634 aux Archives du roiiaume.

de tribut, et des débats assez vifs s'élevèrent entre le prélat et le gouvernement des Pays-Bas '. L'élection de Charles-Quint y mit un terme; mais l'archevêque, qui l'avait combattue, craignit que son opposition ne lui attirât une vengeance 2, et s'empressa de payer le droit de gardienneté. Ce payement s'effectua avec régularité 3 jusqu'en 1330, que le dissentiment se réveilla par suite de mesures prises par le receveur et justicier de Thionville, Michel le Gouverneur, au sujet de l'importation des denrées. La ville de Trêves, jugeant ces mesures attentatoires à ses lettres de garde 4, refusa de payer le droit de gardienneté avant d'avoir obtenu justice. Les fonds furent consignés entre les mains des arbitres appelés à juger la querelle 5 ; mais il leur fut impossible d'accorder les parties, et bientôt le débat s'envenima à tel point qu'en 1534, l'archevêque Jean III de Metzenhausen interdit à ses sujets toute communication avec le Luxemliourg 6. Par représailles, Antoine de Berghes, successeur du prince de Chimay dans le gouvernement de ce duché \ ordonna la saisie des marchandises et des rentes des bourgeois de Trêves 8. Les populations des deux pays se trouvèrent également lésées, et leurs clameurs portèrent l'archevêque et le conseil de Luxembourg a renoncer aux représailles. La

' Compte de J. de Laitre (n» 2636). f° xij •*.

■ Rapport du 13 mars 1524. Correspondes. I. 99

* Voir les comptes de J. de Laitre et de S. le Gouverneur.

* Compte de N. le Gouverneur, de 4530-1531, f°xvij Voir la pièce jointe à ce compte.

6 Ibid. de 4534-1535, f« xvij »«\

" Antoine, fils de Jean de Rergbes, avait été nommé a ce gouvernement par lettres patentes du 1" août 1533. Ibid., de 1533-1534, f°xj. — Il venait d'être créé comte de Walbain (lettres datées de Gènes, avril 1 533i et marquis de Berghes (lettres datées de fiarcelonne, mai 1533).

* Compte de N. le Gouverneur, de 1534-1535. P» xvj »•.

lionne intelligence ne se rétablit pas cependant complètement. Ainsi, l'archevêque frappa de droits élevés l'exportation des bestiaux, et Antoine de Berghes établit aussitôt des droits équivalents sur l'importation des vins et des denrées de Trêves '. Il défendit, en outre, d'exporter des grains par la Moselle*. Cette situation, exploitée par les agents de la France, eût amené sans doute de plus graves difficultés, si le gouvernement des Pays-Bas n'avait eu la sagesse de les prévenir. Le différend fut déféré à de nouveaux arbitres, et, en attendant leur décision, on abrogea toutes les mesures prohibitives que la colère avait provoquées 3. Les mêmes causes portèrent Marie de Hongrie a user de grands ménagements envers la ville de Maestricht où la résistance à la bulle impériale de 1530 avait pris un caractère prononcé de révolte. Il en coûta sans doute h l'irascible princesse, de recourir à la voie des concessions; mais elle comprit que ce n'était pas le moment d'user de violence dans les querelles intérieures.

Poursuivant ses efforts pour détacher l'Angleterre de la France, Marie de Hongrie avait saisi le prétexte d'affaires commerciales, pour ouvrir des négociations avec Henri VIII *. Ce n'était point que Charles-Quint désirât une réconciliation avec ce prince : en le voyant bien accueillir les ouvertures de sa sœur, il espéra seulement l'empêcher de seconder les vues de la France, et déjouer ses intrigues en Allemagne, en Danemark, à Lubeck \ Quant à François I", déconcerté déjà par la mort de Clément VII, il voyait toute l'Europe chrétienne

' Compte de N le Gouverneur, de 4535-1536, f° xvj »». ' Ibid., f» xvij 1 Ibid.

* Elle lui avait député Henri Ifenhove. M. Le Glav, Anal, hist , 198 » Lettre de l'empereur à J. Hannaert, du 26 février 4535. Papiers délai de Granvelle, II. 307.

applaudir à l'expédition projetée par l'empereur contre Tunis. Il se tenait donc coi, mais il eût fallu peu de clairvoyance pour compter sur la durée de la paix. D'éclatants succès on Afrique pouvaient « retirer encore le monarque François de sa mauvaise volonté et le porter à moyen d'accommodement plus raisonnable 1 ; » mais : « réclamer le Milanois , en son nom ou en celui de ses enfans, disait Charles-Quint, c'est violer des traités confirmés, ratifiés et jurés à diverses reprises; c'est vouloir troubler la paix de l'Europe, à laquelle je sacrifie mes droits légitimes sur la Bourgogne 2. » Or, l'empereur était convaincu que ces raisons étaient sans force sur un prince aussi peu soucieux de la foi des traités que des misères des peuples; il savait que le roi continuait à lui susciter partout des ennemis, entretenait d'activés intelligences dans les Pays- Ras1; et, sans cesser de négocier, il se tint prêt à la guerre.

En cas d'attaque, Charles-Quint voulait que, dans les Payslias, on se bornât d'abord à la défensive. Les travaux de fortification des places frontières furent hâtés par ses ordres; on prépara les esprits à de prochaines demandes de subsides 4 ; et, dans le plus grand secret possible, on renforça l'armée. Les officiers des villes et du plat pays reçurent l'ordre « de choisir et d'enrôler tel nombre de piétons estons audit pays depuis l'âge de 21 à 50 ans6- » On augmenta les garnisons

■ Lettre de Charles-Ouint, du 9 décembre 1534. Pap. délai, 11, 253.

• ■ L'escript baillé à l'empereur de la part du roy de France •» et « la response de l'empereur faicte sur ledit escript. » Ibid., 355, 356.

' Au mois de janvier 4535, on exécuta à Tournai et dans l'Artois plusieurs traîtres convaincus de vouloir livrer des villes aux Français. Lettre de Charles- <Juint, du 26 février 1535, précitée, et autre lettre de ce prince, du 48 avril 1535. Ibid., Il, 329.

* Lettre du 9 décembre 1534, précitée.

* Janvier 1535. Compte d'A. de Berghes, fu xxviij - Février 1535. Compte «Je J. de Hemptinnes, précité fn» 15550). f8 xv »•>. « Par letlres closes du dm

des places les plus menacées, et l'on y envoya a serpentines, hacquebutes, poudre et plomb1. » Dans tous les arsenaux on remontait les canons 2, et le comte de Rœulx organisa « deux nouvelles bandes d'artillerie de camp, avec munitions, équipage4* et chariots 3. » Les bandes d'ordonnances 4, les oiïiciers des milices, les fieffés, les vassaux n'attendaient qu'un signal pour courir aux armes 5. En même temps on interdit rigoureusement l'exportation des chevaux 6 ; défense fut faite aux gens de guerre de se mettre ou de rester au service de princes étrangers 7 , et il fut enjoint d'arrêter les soldats et capitaines allemands traversant le pays 8. Enfin , le roi des Romains fut chargé de lever en Allemagne de nombreuses troupes qui, à la première apparence de danger, accourraient dans les Pays-Bas 9, pendant que deux armée»

d'Aerschot, du vingt-cinquième de juing xxxiiij, contenant ordonnance a ce bailly de faire les monstres et revues mention, au texte. — Au bailly dudit Flobecq et Lessines, pour avoir, suivant lettres de commandement de monsieur le duc d'Aerschot, gouverneur et grand bailly de Hainaut, esté, es mois de juin xv f xxxij et xxxiiij, es villes et villaiges soubs la juridiction dudit bailliaige. passer monstres et revues, et enroller par noms tous les manans tant de pied que de cheval, depuis l'eaige de vingt-cincq ans jusquesà chinequante, pour rause tant du continuel bruyt de la descente du Turcq audit an xxxij comme en l'an xxxiiij, savoir quelz gens sa magesté trouveroit pour soy servir en ses guerres sy besoing estoit. » Compte de Charles de Labaye, dit de Sepmerte*;. bailli de Flobecq et Lessines, de 1535-1536. f« îiij (n* 15078), aux Archive* du royaume.

• Compte de N. le Gouverneur, f" xviij »«. - Lettres de Cbaries-<Juint. du !♦ décembre 1534 et du 5 janvier 1535, précitées.

• Instruction secrète donnée à Nassau.

' Lettre du M novembre, précitée.

1 Instruction secrète, précitée.

4 Compte de N. le Gouverneur, f° xvj »•.

a Ibid., f° xij »°.

' Ibid., f° xvj »°, et compte d'A. de Berghes, f° xxxj.

• Compte de N. le Gouverneur, f° xv *°.

» Lettre de Granvelle, du 8 décembre, précitée.

descendraient des Pyrénées et des Alpes, et que la Hotte impériale menacerait la Provence

Marie de Hongrie rattacha à ses mesures de défense l'idée énoncée dans ses dernières pétitions, et envoya à chaque députation provinciale un projet de confédération, comportant l'entretien d'une armée permanente, à payer au moyen d'une aide de 120,000 florins, par mois, qu'on pourrait augmenter au besoin 2. Puis elle convoqua les états généraux , à Malines, pour le 15 juillet 1535. Le projet de la reine rencontra peu de sympathie; le pays, alarmé par les tendances despotiques du souverain, était rempli de défiances, et ne voyait que pièges tendus à ses libertés. Cependant, les députés du Brabant se montrèrent favorables à une confédération, qui rentrait dans leurs vues. Les députés de la Flandre, au contraire, persistèrent dans leur ancienne opposition. En vain les renvoya-t-on soumettre a leurs commettants de nouvelles considérations en faveur du projet; à leur retour (1er août), ils notifièrent à l'archevêque de Palerme que leur commission n'avait pas été changée; ils l'engagèrent même à prier la reine de ne pas insister, dans la crainte de recevoir réponse pire encore 3. Sans rejeter absolument le projet, les députés des autres provinces refusèrent le subside demandé : « Si nous accueillons cette proposition, disaient-ils, nous ne serons sans doute plus réunis, et l'on fera à la mode de France \ «

1 Instruction donnée a de Scheppere, l. c.

1 Cort ttrhael van de principaelsle geschiedenissen yhcbeurt binnen de sladl ra/i Gendt, in 7 jaer 1539 ende <540, édit. par M. Gacuahd [Relation de* troubles de Gand) — Des anciennes Assemblées nationales de la Uelgique. — itey. Aerl Van der Goes.

' Begecrende dat de coninginnc dacr mede te vreden syn wildc. opdat zy geen argerantwoirde en gecrege, als my in 't sccreet by M. Lenaert eezeyt «*s. Iletj. Aert l'an der Goes.

* Registres des ttut* de Uainaut. cit. de M. Gaciiard. I. c.

Marie de Hongrie, ne voulant point engager la discussion sur ce terrain dangereux, manda séparément en sa présence, chaque députation, le 2 août « avant six heures du matin. • Après s'être fait rendre compte de leurs résolutions , elle les réunit toutes, l'après-dinée , dans la chapelle du palais, où l'archevêque de Palerme leur déclara, au nom de la régente, que l'opinion générale était considérée comme favorable à la proposition du gouvernement. « La reine, ajouta-t-il, vous en remercie, et elle fera rapport de votre bonne volonté à l'empereur qui, dans toutes ses lettres, la charge de vous recommander de rester unis. » On ne toucha plus à la question des troupes permanentes, et les conseillers de la régente assurèrent officieusement aux députés que son intention n'avait jamais été de donner une suite immédiate à cette partie du projet : c'était, prétendaient - ils , une simple mesure de précaution qu'on n'aurait exécutée qu'en cas de nécessité, après avoir entendu les états '.

Charles- Quint, tranquillisé par les dispositions prises pour la défense de ses états et par les rapports plus rassurants de ses agents 2, était parti pour l'Afrique. On la blâmé d'avoir voulu, « capitaine nouveau, » comme il le disait lui-même 3, diriger cette expédition alors que tant de grands intérêts réclamaient sa présence en Europe. On l'accusa même d'avoir pris cette résolution pour ne pas être obligé de combattre Soliman en Hongrie. « Jamais, disait-on, on n'avait vu un prince fuir l'ennemi avec tant d'appareil. » De telles imputations ne se réfutent pas. S'il céda à quelques considérations particulières, ce fut a un désir de gloire; ce fut au

1 fîeg. Aerl Van der Goes.

* \ oir Papiers d'état de Granvelle, 11.

1 Leltre des 22 et 26 juillet 1535. Correspondenz, II, 193.

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