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iîi RÉGNE DE CHARLES-QUINT EN BELGIQUE.
frontières; pour les pourvoir de munitions et d'artillerie; pour parer à d'autres nécessités. Le mécompte fut grand; la régente reconnut bientôt l'inopportunité de cette pétition et le danger des mesures rigoureuses. Ces mesures faillirent provoquer la révolte; la pétition, mai accueillie dans la plupart des provinces, aggrava l'agitation de la Flandre. Les Gantois déclinèrent la demande d'aide; les députés de Bruges et d'Ypres subordonnèrent leur consentement à celui de leurs collègues de Gand. Le Franc s'en rapporta à la décision des autres membres. « Ce que voyant, la reine laissa d'abord couler la chose sans demander réponse '. »
Informé de ces difficultés, Charles-Quint dépêcha des lettres patentes ordonnant d'agir contre les récalcitrants. Il envoya en même temps a sa sœur trois missives, dont il lui laissait la faculté d'user suivant les circonstances. La première, adressée au comte de Rœulx et au président de Flandre, Pierre Taispyl, les chargeait d'employer tous les moyens en leur pouvoir pour triompher de l'opposition; ils devaient à cet effet se rendre auprès de chacun des quatre membres de la Flandre, les informer du mécontentement de l'empereur et leur représenter que l'aide était réclamée dans l'intérêt exclusif du pays, qu'il importait de mettre h l'abri de toute surprise. La seconde prescrivait à de Rœulx de se régler d'après les instructions de la régente; dans la troisième, adressée aux magistrats de Bruges, l'empereur exposait « les inextricables maux et inconvéniens pouvant résulter de leur refus, qu'il avait trouvé fort étrange, » et les invitait a donner créance à ses deux commissaires 2. Marie de Hongrie, « considérant
' Lettre de Marie de Hongrie, du 8 octobre <S38. Appendice à la Relation des (roubles de Gand, 223.
' Ces lettres sont datées de Barcelone et du 28 juillet 4538. Ibid., 218.
que, si on laissoit ceux de la Flandre sans payer, les autres provinces s'en montreroient d'autant plus difficiles, ce qui rendroit l'accord de l'aide impossible, » était portée à faire usage de ces lettres. Mais les avis demandés aux autorités communales lui démontrèrent qu'il résulterait de cette mesure « nouvelle réunion d'états, nouveau rapport des députés, nouvelle collace et autres assemblées ; que, quand on auroit tout fait, il y auroit encore beaucoup plus d'apparence de refus que d'accord, vu le refus précédent, qui avoit été fait durant la guerre. » En cas même de consentement, « espoir fqrt petit, » la somme pétitionnée serait certainement au moins réduite de moitié, et il serait impossible de la lever avant l'échéance des aides ordinaires, dont le vote en serait rendu fort difficile. Enfin les Gantois, n'accorderaient rien, si l'on n'arrêtait pas les exécutions ordonnées au sujet de leur précédent refus; de plus il fallait s'attendre à les voir exiger l'exemption qu'ils prétendaient. Or il y aurait là tout à la fois, perte pécuniaire et échec moral pour l'autorité de l'empereur. D'après ces considérations, les conseils collatéraux engagèrent la reine à retirer sa demande, et il fut résolu de ne pas donner suite aux lettres impériales '.
Temporiser était le parti le plus sage, car ce n'était point dans la Flandre seulement que grondait la tempête. En 1559, Maestricht fut le théâtre d'une lutte sanglante, qui alarma d'autant plus la régente, que les relations de celte ville avec l'Allemagne étaient propres à provoquer l'union si redoutée des mécontents des deux pays. Le 22 septembre, le maïeur de Goér, officier de l'empereur, ayant fait arrêter un bourgeois nommé Pierre Frambach, placé sous le coup d'une
• Lettre du 8 octobre 153S, précitée.
action criminelle , les jurés de la commune s'opposèrent h l'incarcération du prisonnier. Cette opposition était fondée sur leurs privilèges, ne permettant de saisir la personne d'un bourgeois que dans les cas de crimes passibles de la peine capitale. Les bourgeois sonnèrent le tocsin, coururent aux armes, et attaquèrent les gens du maïeur, qui fut tué dans le combat, ainsi que le bourgmestre Prent, accouru pour le soutenir. Ils restèrent ensuite sous les armes, et il fallut de grands efforts de la part des magistrats pour ramener l'ordre. II était à peine rétabli, que des mandais d'amener furent lancés contre les jurés, moteurs du conflit. Cette mesure souleva derechef la bourgeoisie, et, si l'on parvint à l'apaiser, cette nouvelle prise d'armes permit du moins à un grand nombre d'inculpés d'échapper aux vengeances du gouvernement.
A la nouvelle de ces événements, Marie de Hongrie ordonna à René de Nassau de diriger sur Maestricht les troupes qu'il avait été chargé de réunir contre les Gantois, et lui conféra des pouvoirs extraordinaires pour se conduire suivant les circonstances1; le duc d'Aerschot devait, au besoin, le soutenir avec les gens de guerre levés dans le Hninaut l. L'évêque de Liège, de son côté, se rendit a Maestricht, et une commission mixte informa de ces troubles, dont les fauteurs furent traqués dans toutes les provinces des Pays-Bas 3. La répression fut terrible 4 : les commissaires
1 An.-L. PtiEM>, Essais historiques et critiques sur le département de fa Meuse inférieure. ln-8°. Maestricht, an xi.
* lettre du 25 septembre 4539. Appendice précité, 607.
J Compte d'A. de Berghcs ( n* 15214}, f° xv. — Compte de J. Gobelet, précité (n° 15392), f° v. — Compte rendu par l'écoutète André de Palant, des confiscations opérées dans cette circonstance (n° 18257, aux Archiva du royaume . f» ij »°. — André de Palanl ou Van Palant fut nommé haut écoutèle de Maestricht le 1" mars 4540. Archives de l'Audience, liasse 9H.
* (Juarum ca?dium causà multi plebei supplicio afficiuntur. CnxrEArviux.
de l'empereur et de l'évêque condamnèrent, par contumace, Hené Craegs à être écartelé, Gilles Van Doenrade, Jacques Lapoltz, Jean Swalen, à être décapités. Sept autres : Pierre Habaerts, Gérard Dersmeeden, Pierre Frambach, Gaspard de Moelenare, Pierre Van Maeseyck, Henri Wernets et Henri Dollaert furent exécutés et leurs cadavres exposés sur des roues; un nommé Guillaume Van Meerenhroeck fut banni pour dix ans '. Gérard Dersmeeden s'était sauvé dans l'église de Notre-Dame ; mais le nouvel écoutète la cerna et obtint de l'official de l'évêché l'autorisation de l'y arrêter 2. Henri Dollaert avait également cherché un refuge au pied des autels, et l'église de Saint-Servais ne lui avait pas mieux servi de lieu d'asile3. Le corps d'un des suppliciés, Pierre Habaerts, ayant été enlevé de la roue pendant la nuit et déposé en terre sainte, l'écoutète le fit déterrer et replacer sur la roue4. On confisqua les biens des condamnés; mais, comme ils ne rapportèrent que 382 livres 17 sols \ le gouvernement dut mettre cent livres à la disposition de ses commissaires, « pour
1 Compte d'André de Paîant, précité.
■ Ibid.
1 Lieve beminde, verstaen hebbende dat Henrych Dollart, die den principalen oorspronck ende zake geweest es van de beroerte ende inconvenientcn bynnen onser stadt Maestricht geresen, aldaer geeommen ende gevloden es in Siote-Scrvaes kerk, pretenderende te gebruurkene der vryheyt der selvcre, soo ordonneren ende bevelen wy u zeer scerpelyk dat ghy den voornoemden Dollart uyt der vocrschreve kercke haelt ende trekt hem doende wel ende sekerlyck bewaren ter tyt toe hy in zyne exceplien gehoort zynde oft h y de immunitie vandiet kerke behoort te genyelen, anders dacr inné geordonneert «al worden, wy hebben des halven doen adverteren onsen neveden biscop von Ludich, op dat hy zyne offlcieren van gelycken ontbiede, twelck wy nyet en twy ffelen hy doen sal, soe zyt in des voerschreven es in gheven gebreke. Lieve beminde god zy met u. Gescreven te Brussel, den ix"1 octobris x f xl. Cium.rs [Original). Compte d'A. de Pallant, précité, annexe au f° vij »<>
* Ibid. - s Ibid.
les employer à la correction et punition des séditieux !. » Enfin, après avoir sévèrement blâmé les magistrats de n'avoir pas arrêté sur-le-champ les coupables, René de Nassau et Érard de la Marck, par un arrêt du 12 décembre 1539, condamnèrent la ville à payer une forte amende à ses souverains. En outre, elle eut à expier par une amende honorable et par ?une solennité perpétuelle , le meurtre du maïeur de Goër et du bourgmestre Prent. L'année suivante, Charles- Quint réduisit l'amende à 2,000 florins ; mais il maintint la mesure expiatoire consistant à allumer tous les ans , le soir avant le jour de la Saint-Martin, des feux dans les rues et dans les places publiques 2.
Sans avoir de corrélation directe avec les troubles de la Flandre, qui avaient pris une extrême gravité, ceux de Maes- Iricht « firent craindre aussi semblables inconvéniens d'aultres (postez, et rendirent Marie de Hongrie fort perplexe. 3» Ainsi, un nommé Thierry de Lamys fut condamné à un pèlerinage a Saint-Nicolas de Warengeville, « pour avoir dit qu'il amèneroit les François à Nivelles4. » Ainsi encore, deux bourgeois de Bouvignes, Pierre Langle et Henri Noël, eurent la langue percée et la joue marquée d'un fer chaud ; puis on les bannit à perpétuité, pour avoir dit publiquement, en parlant des officiers de l'empereur : « Il faut faire comme ceux de Maestricht et en bouter jus sept ou huit des plus gros *. » De
' « A Winanl Van Reterebat, la somme de cent livres, pour icelle convertir H employer à la correction et pugnition d'aucuns séditieux et coulpables de la sédition à Maestricht. • Compte de la recelte générale, de 4510.
* PÈLF.niM, 1. c. — * Lettre du 25 septembre, précitée. 4 Compte des maïeurs de Nivelles.
* « Que le xij« de jan\ ier xv * xl, icelluy maïeur fist appréhender ung nomme Pierre Langle, bourgeois de Bouvignes, pour cause que tost après la division de Trecht ledit Pierre publicquement et présens plusieurs bourgeois, avoit dit, par-
toutes parts éclataient les murmures, et, dans une circonstance tristement solennelle, on vit les Belges trouver l'occasion de témoigner leur froideur pour le prince qu'ils avaient naguère acclamé avec tant d'enthousiasme.
Déjà mère d'un fils (Philippe) et de deux filles (Marie, qui épousa l'archiduc Maximilien, et Jeanne, qui épousa l'infant de Portugal), l'impératrice Isabelle avait encore donné le jour, en 1537, h « un beau fils1 » nommé don Juan. Cet événement avait été accueilli avec de vifs transports de joie dans les Pays-Bas , qui virent dans cet enfant le souverain appelé un jour à les gouverner 2. Cet espoir, déçu par la mort du jeune prince (avril 1538), avait été réveillé par une nouvelle grossesse de l'impératrice; mais il fut de courte durée. L'enfantement de don Juan avait été si laborieux, que pour procurer cette fois a l'impératrice une heureuse délivrance, on recourut aux pratiques de la plus aveugle superstition. « En Espagne, trente hommes se fouettèrent jusqu'au sang, au point que deux en moururent. Et cependant la mère ni le fœtus ne purent être sauvés s! » Isabelle mourut à
lant des officiers, qu'il falloit faire comme ceux de Trecht, et qu'il en falloit bouler jus sept ou huit des plus gros; pourquoy fut condempné d'avoir la langue persié de chault fer, flastry en la joue du fer siegnable, et banny à lousiours hors ville et franchise, ce qui fut fait. » Compte de J. Gobelet, 4533-4542, f° v. — « Oue le iij*de mars audit an, ledit maïeur fist appréhender prisonnier ung nommé Henin Noël, pour avoir dit et proféré semblables paroles, pour quoy cuit semblables coodempnation et exécution. •» Ibid , f» v
1 43 novembre 4537. Ordre de faire des prières publiques pour l'impératrice, « laquelle estoil accoucliié d'un beau fils. » Compte d'A. de Berghes, f Ixvij. - • Li Petit, VII, 4 48.
' Lettre de Luther, du 44 août 4539. Il ajoute : « Qu'a-t-on fait de plus chez les payens ! »> Mém., Add. et éclaire., II, 474. — Lors de la première grossesse de l'impératrice, Marguerite lui avait envoyé « ung reliquaire bien singulier, qu'elle estimoit beaucoup pour le lieu d'où il venoil et la vertu qu'il avoit. qu'es toit la propre saincture de madame sainte Élysabeth, partyedes rois de
Tolède le 1er mai 1539, onze jours après son accouchement !. Ses obsèques furent célébrées avec la pompe usitée en ces circonstances, dans l'église de Sainte-Gudule, à Bruxelles, les 29 et 30 mai 2 , et dans toutes les autres villes de la Belgique, dans le courant du mois suivant3. Mais lorsque Marie de Hongrie engagea les états à envoyer des députés en Espagne, pour présenter leurs compliments de condoléance à l'empereur, fort affecté de cette perte 4, cette proposition fut accueillie avec une défaveur marquée. Le Hainaut et l'Artois seuls l'adoptèrent 5. Les députés brabançons se rallièrent ensuite a ces deux provinces, en stipulant qu'on saisirait cetle occasion pour prier l'empereur « de maintenir les libertés de son pays de Brabant ; » mais ils virent leur vote annulé par un veto des nations de Bruxelles , et la résolution fut définitivement rejetée, sous prétexte des grandes dépenses qu'elle entraînerait6. Quant aux autres provinces, à la Flandre surtout, elles déclinèrent sur-le-champ la demande7. Il était bien question de proposer aux Flamands une démonstration de ce genre, alors que tout semblait annoncer le retour des luttes soutenues contre Philippe le Bon et Maximilien !
Hongrie et archiduez d'Autriche, fort duisant pour allégera la délivrance de toutes dames ensainctes, et qui avoit été recouvrée par le feu empereur Frédéric son grand-père en Hongrie, et depuis par lui donnée à l'empereur Maximilien son fils, qui l'expérimenta à la délivrance de madame sa bonne rompaigne quand elle esloit ensainte, et depuis l'a donnée à madite dame qui l'avoit gardée jusqu'alors. » Instructions données à messire Pierre de Rosimboz, le 1f> avril 1527. Reg. int. Correspondance, f° 65.
' l oir les lettres que Charles-Quint écrivit, à ce sujet, à Marie de Hongrie les 21 avril et 2 mai 4539. M. Gâchais, Anal, hist., 1. c, IX, 131.
• Compte de Henri Stercke (n* 1890), chap. Dépenses.
1 Azevedo. — * Voir sa lettre du 2 mai, précitée.
1 Heg. Aert Van der Goes. - 6 Hist. de Itntxelles. — I Reg. Van der Goes.