VI
y apportaient du zèle et de la bonne volonté, comme elle en avait la ferme assurance
Cette apparente concession était si peu sincère que, dans le même temps, on cherchait à détacher de la cause de Gand les villes et les châtellenies du quartier. Ainsi , le conseiller Van Schore, envoyé à cet effet dans le pays de Waes, manda à la régente (28 avril) que l'assemblée de ce canton « se soumettroit a ses désirs, n'étoit la crainte des Gantois , qui semoient par le pays paroles mal sonnantes 2. » Les raisons de Marie de Hongrie contre la proposition des Gantois, la considération qu'ils fourniraient seulement des piétons alors qu'on avait besoin de cavaliers et d'artilleurs, n'étaient pas sérieuses. Le véritable motif se révéla dans son refus des levées opérées a Gand : « On ne voulloit permettre qu'ils feissent nulles assemblées, qui estoit le désir de plusieurs meschans de la ville de Gand. Il n'y avoit guère à faire à les rassembler ; mais y avoit bien difficulté à les faire séparer. Si une fois ils fussent esté rassemblés et qu'ils fussent sortis avec le grand estendarf de la ville, avec eulx se fussent joincts plusieurs autres leurs semblables d'autres villes et pays, et se fussent trouvez incontinent en grand nombre et grosse puissance, de telle sorte que jamais ilz ne se feussenl séparés ni disjoinctz les ungs des autres, tant et sy longuement que on eust fait tout ce que ceulx de ladicte ville de Gand eussent voullu 3. » Les Gantois, sous leur grand éten dard, devenaient, en effet, un danger pour un gouvernement impopulaire. Il serait absurde de leur supposer les intentions
• Appendice précité, 559-5G1.
» Lettre du couseller Louis Van Scbore à la régente, du 28 avril «537. 7o«i.. m.
' Hclation des troubles de Gand, 4-5.
de pillage et de brigandage dénoncées par les hommes du pouvoir Ces accusations banales répétées de tous temps contre les champions de la liberté, n'ont pas plus de valeur que l'opinion attribuant ce mouvement aux luthériens. Ceux-ci traversaient alors encore la phase myslique de leur révolution et étaient loin de constituer un élément politique dans les Pays-Bas 2. Mais, les armes à la main, les Gantois auraient pu exiger le rétablissement de leurs anciens privilèges, déchirer le traité de Cadsant, réveiller la vieille liberté flamande.
Pour ne pas s'exposer à ce danger, Marie de Hongrie prit d'abord la voie des tergiversations : elle demanda à la commune gantoise des explications sur le mode qu'elle comptait employer pour la levée de ses gens de guerre. On lui répondit (29 avril 1537) que, conformément à la résolution de la collace, cette levée aurait lieu « par le grand estendart et par gens du pays, comme autrefois avoit esté fait 3. > Le 30 avril, la collace fut assemblée, et les échevins annoncèrent que la reine demandait 1 ,377 soldats pour la part de la ville dans un contingent de 10,000 hommes àr fournir par le comté. Ils proposèrent en même temps de se procurer de l'argent en constituant des rentes ou en créant de nouveaux impôts. Cette proposition alarma la bourgeoisie. « La commune, dirent les députés de ce membre, auroit cherché à se procurer des deniers le plus avantageusement possible, si elle avoit accordé l'aide ; mais il n'y a pas a s'en préoccuper, puisqu'elle
• Voir Relation des troubles de Gand et D'Hollasdkh.
■ Le président de Flandre, Pierre Tayspil, annonçant à Marie de Hongrie la découverte de « quelque nombre de luthériens et anabaptistes qui seroient résidens et demourans à une et deux lieues de Gand, » lui dit : • ils y sont » sans assemblée dangereuse, ni péril autre que de la secte. ■> Lettre du 44 juin «538. Appendice précité, 216.
» Idem., 578. — M. Keryy.n de Letteniiovb, I. c, p. 90.
l'a rejetée. Dans quel but dès lors nous consulte-t-on sur un projet d'aggravation des charges publiques '? »
Cette défiance allait être justifiée. Marie de Hongrie, se conformant aux instructions de son frère, qui lui prescrivaient de « dissimuler et de s'informer des principaulx, pour après y avoir tel regard qu'il conviendrait2, » n'insista pas, et les choses furent tenues en suspens jusqu'après la prise de Saint -Pol. La régente, encouragée alors par les succès de ses généraux, jeta le masque. Le 16 juin, la collace reçut communication de lettres de cette princesse exigeant le payement immédiat de 28,200 florins, moitié de la part de la ville dans l'aide des 400,000 florins3 : « Gand, les villes et les châlellenies de son ressort, portait ce mandement, sont tenues de contribuer a l'aide votée par les autres membres formant la majeure partie de la Flandre 4.» Des lettres patentes, au nom de l'empereur, prescrivaient, en outre, de trouver l'argent nécessaire au moyen de ventes de rentes La contestation entrait dans une phase nouvelle : pour la première lois, le gouvernement invoquait le vote des trois autres membres, pour soumettre les Gantois à la décision de la majorité.
Ces lettres causèrent une grande émotion dans l'assemblée, et, sans discuter l'argument de la reine, elle rejeta simplement la demande. « Nous n'avons aucun moyen de
1 Cort Yerhael van de principaelste geschiedenissen ghebeurt binnen de stadt VOn Ghendt, in 7 jaer (530 ende 1540, éd. par M. Gacharo. Relation des tronble.s de Gand Ce récit est en général d'une grande exactitude, comme le prouve sa corrélation avec les actes officiels qui nous ont été conservés sur ce> événements.
* Dépêche du 31 mai 1537. Correspondez. II. 675 » Cort Yerhael.
* Exposition des trois états.
1 Cort Yerhael.
nous procurer une pareille somme, dirent les députes de la commune, car le peuple se plaint déjà beaucoup des lourdes charges qui l'accablent '. » Marie de Hongrie ne tint nul compte de ce refus; tandis que le receveur de l'aide, Jean Van Rooden , menaçait d'exécutions les habitants des châtellenies, elle y envoya des personnes de la cour, pour les « induire, par menaces et d'autres manières, » non-seulement a payer leur contribution, mais encore à se soustraire à l'ancienne prééminence de Gand. Puis, ces menées ayant échoué, elle ne garda plus de ménagements : elle ordonna de poursuivre avec rigueur les récalcitrants 2 , fit arrêter les bourgeois de Gand se trouvant a Bruxelles, à Anvers, à Malines, dans d'autres villes, et déclara qu'ils ne seraient relâchés qu'après la soumission de la ville au vote de la majorité 3.
Loin de les faire fléchir, ces violences aigrirent les Gantois; ils protestèrent avec énergie contre les mesures d'exécution : « Nos privilèges, disaient-ils, nous imposent l'obligation de protéger nos bourgeois forains contre toute oppression étrangère; nous sommes les premiers des quatre membres de Flandres, et nous semble proprement que notre comte ne peut rien lever audit pays sans notre consentement \ » Le ton de cette protestation donna de l'appréhension au gouvernement. Au lieu d'y répondre, Marie de Hongrie chargea le seigneur de Herbais et Corneille de Scheppere de se rendre
■ Maer was expresselyck by do dry leden deser stede onlsej t, want sy seyden dal sy geenen middel en wisten, omme sulcke eene somme te vindenc; want het landtsvolck klaegde seere van de grootesettingben die sy daghelycx badden. Cort Verhael. — Requête des Gantois, du 8 août 4537. — D'Hollander, 24.
* Appendice précité, 567.
1 PtoMTOl Heiteris, lier. Austr., 512. — M. Steir, 1. c.
* I) Hoi.landkr, 287-289. —Relation des troubles de Gand. 2. — M. Stbir.I. c.
à Gand, pour traiter avec la commune. « L'empereur, portaient les instructions données à ces commissaires, a été fort surpris du refus de la commune de Gand. Il est convaincu qu elle n'a pas bien apprécié la situation, et que, sans ce malentendu, elle se seroit jointe aux autres membres, en voyant le pays assailli par son plus puissant ennemi. Dans cette persuasion, et inspiré par sa bonne opinion de ses sujets de Gand, il a chargé le seigneur de Herbais, envoyé aux Pays- Bas pour grosses affaires que ne seroit expédient ni sûr d'escripre, de les requérir de vouloir, en son absence, assister à la deffense du pays et à la résistance contre l'ennemi, complaire et obéir à la reine dans les choses nécessaires à cet effet. Tout en étant persuadée qu'à l'arrivée de ce seigneur le différend seroit déjà apaisé, Sa Majesté a prescrit, dans le cas contraire, d'insister près de la commune pour obtenir sa (juote-part dans l'aide votée par les autres membres. Comme celte mesure exige la réunion de la collace, la reine, vu la très-grande et urgente nécessité , a invité ce seigneur à se rendre à Gand avec le conseiller de Scheppere, pour remplir les intentions de l'empereur et démontrer la nécessité d'avoir une armée capable de résister aux entreprises des François. Si le roi de France s'est retiré par feinte, ou par besoin de donner du repos à ses troupes, il renouvellera bientôt son attaque. Ses forces couvrent la frontière : ses lansquenets sont à Dourlens, ses gendarmes à Péronne, à Corbie, etc., et l'on sait, tant par personnages exprès que par prisonniers, qu'il lève de nouveaux soldats. »
Il était recommandé aux commissaires d'exalter les succès obtenus par l'armée des Pays-Bas qui , à diverses reprises , « avoit défait, pris et tué plusieurs seigneurs, nobles et gens île guerre de France, » la conquête de Saint-Pol, que Fran-
cois I" avait jugée imprenable et dont la possession était des plus importantes pour assurer le transport des grains, celle de Montreuil et le siège de Thérouanne, ville si funeste a la Flandre. Mais cette armée coûtait 300,000 carolus par mois, et si la reine avait pourvu à cette dépense avec les aides des autres provinces et dune partie de la Flandre, jointes à 340,000 carolus envoyés par l'empereur, il serait impossible de la continuer sans le concours de tous. Alors que, malgré les frais énormes de ses préparatifs contre les Turcs, l'empereur n'avait pas hésité a consacrer de fortes sommes a la défense de ses Pays-Bas, n'était-il pas en droit a son tour d'en attendre une bonne assistance? Sans cette assistance, comment satisferait-on au payement des troupes? Or, ne plus les payer, c'était perdre les fruits de leurs succès; c'était les pousser a se débander pour vivre de pillage et exposer ainsi le pays à être ravagé par ses amis et par ses ennemis. Le seul désir de la reine était de le défendre et de le préserver de ces calamités ; pour le réaliser, « elle prioit et requéroit » les Gantois de suivre l'exemple des autres membres du pays de Flandre. Toutefois, connaissant l'état précaire de leur ville, et eu égard aux bons services qu'ils avaient naguère rendus à l'empereur, elle consentait à leur accorder remise de la moitié de la contribution. Attendu l'urgence, les commissaires avaient ordre de faire convoquer la collace, pour le lendemain ou le surlendemain au plus tard, avec injonction de ne s'y occuper d'aucune autre affaire, « et de aussi vouloir tenir la main à ce que le tout peult venir à l'intention '. * Dans ces instructions, on le voit encore, l'opposition des Gantois n'est pas du tout considérée comme chose illégale ;
' Appendice précité. 185.
l'empereur, qu'on faisait parler, loin de leur ordonner de se soumettre à la décision contestée, les requiert, les prie de vouloir bien prêter assistance à la reine. Si le vote de la majorité les avait liés, eût-on usé de ce langage?
Le 1 1 juillet, de Herbais et de Scheppere partirent d'Ypres, où s'était rendue Marie de Hongrie, et arrivèrent, le lendemain matin, à Gand. Descendus à l'auberge de la Pomme \ ils y mandèrent sur-le-champ le pensionnaire Lievin Blomme, le président du conseil de Flandre Pierre Taispyl, le receveur des aides, et leur exhibèrent des lettres de la reine et un acte sur parchemin promettant aux Gantois remise du restant de l'aide, dès qu'ils auraient payé la première moitié. Puis, après s'être enquis de l'état des choses et des formalités à observer dans leur négociation, ils se rendirent à l'hôtel de ville, où les attendaient les échevins des deux bancs, prévenus dès la veille, par Lievin Blomme, de leur prochaine arrivée De Scheppere exposa l'objet de sa mission et ensuite de Herbais prit la parole, en se guidant sur un billet qu'il avait reçu de la régente2.
Il se prétendit chargé par l'empereur d'informer les magistrats de Gnnd « de la bonne disposition de sa personne et des provisions mises en ses royaumes pour résister à l'entreprise du Turck. » De cet exorde il passa a l'objet principal de son rôle. « Et Sa Majesté m'a commandé, dit-il, requérir à vous, Messieurs, et aultres ses bons et loyaulx sujets de par deçà, de vouloir, durant son absence et en attendant l'envoi de plus grand secours, tous ensemble aider la reine, madame sa sœur, à défendre le pays, ce qui scroit aultrement impos-
1 C.ori Verltael.
1 « Mémorial rédigé par les sieurs Sceppcrus el de Herbais, de leur mission a Gand. » Appendice précité, 188.
sible de faire. Il m'est spécialement prescrit de vous adresser cette requeste, Messieurs de Gand, à cause de l'entière confiance que l'empereur met en vous, j»arce qu'il n'est point seulement votre seigneur et prince naturel en général, comme de ses autres pays, mais qu'il est né et natif de cette ville, ce qui communément et de nature engendre quelque affection et amour particulier de l'ung à l'aultre : ce que aussi vous lui avez tousjours monstre en vous portant envers lui bons et loyaulx. Si, dans ces derniers temps, il est survenu quelque mal entendu, Sa Majesté ne sçauroit avoir de vous aultre ymagination, sinon que cela provient par faulte de vous être bien compris et entendus l'un l'aultre. C'est pourquoi elle vous requiert très- instamment de persévérer en votre loyauté accoutumée, et d'accorder ce que la reine vous demande en son nom, uniquement pour vous défendre et éviter inconvénient, par faulte de payement, tant d'amis que d'ennemis : vous ferez ainsi chose fort agréable à vostre prince1. »
Les collèges des deux bancs répondirent par des assurances du désir d'obtempérer aux ordres de l'empereur et de la reine , et de se conduire en bons sujets. A leur demande, les commissaires leur remirent copie de la proposition qu'ils étaient chargés de présenter a la commune; mais ils se refusèrent à donner aucun éclaircissement en dehors de leurs instructions. En vain, dans deux autres réunions tenues le même jour, ces magistrats les pressèrent-ils de dissiper les doutes soulevés par l'examen de la proposition; en vain le président de Flandre et le receveur des aides furent ils appelés comme médiateurs, « quelque chose que leur fust
• « Proposition faite par le sieur de Herbais à ceux de la ville de Gand. » Appendice précité, 191.
remonslrée, iceulx commissaires persévérèrent en ce qu'ils ne voulurent aucunement disputer, mais nuement déclairer leur charge, contenant que la reine les requéroit tenir le lendemain collace, et fournir à la quote-part de la somme, telle que avoit esté accordée par le pays de Flandres en commun. » Ils se firent restituer l'acte de remise de la moitié de la contribution ; a et finalement, non obstant toutes persuasions au contraire, ilz persistèrent ès motz estroictz de leurdite instruction l. » Il devenait impossible de s'entendre, et les collèges décidèrent de ne point informer la commune de cette proposition, dans la crainte de susciter de nouveaux inconvénients. Ils annoncèrent aux commissaires qu'un des pensionnaires de la ville les accompagnerait, pour communiquer à la reine leurs objections2.
Ces objections se retrouvent en partie dans la réponse de Marie de Hongrie au pensionnaire Lievin Blomme. Il lui parut étrange que les collèges des deux bancs trouvassent des diiFicultés a soumettre à la commune une proposition émanant de l'empereur. « Cette proposition, dit-elle, ne déroge ni à leurs droits, ni à leurs privilèges, que l'empereur entend maintenir sans aucune altération. Je m'engage, du reste, pour rassurer la commune, à délivrer, chaque fois qu'elle l'exigera, des lettres de non-préjudice; de la sorte son acte de consentement ne sera jamais pris pour antécédent. En revanche, je requiers de nouveau les collèges échevinaux, et leur ordonne, au nom de l'impériale majesté, de se conformer aux déclarations qu'ils ont reçues de nos commissaires, et dont quelques mots ont été rectifiés. Il n'existe
' Mémorial précité. — « Autre mémorial plus sommaire. - Appendice précite » Cort Verhael.
pas de raison valable pour retarder la réunion de la collace. Elle peut tenir la semaine prochaine deux séances, l'une pour s'occuper des affaires de l'empereur; l'autre pour traiter de celles de la ville. Je désire donc qu'il en soit ainsi. Seulement, si l'on voit de l'inconvénient à ces deux réunions, qu'il n'y en ait qu'une; mais que l'on s'y occupe des affaires de l'empereur préalablement à toute autre \ »
Les magistrats de Gand se montrèrent d'autant moins pressés d'obtempérer à cet ordre, que l'agitation devenait des plus menaçantes. La collace, assemblée, le 7 juillet, pour affermer les accises suivant la coutume et de la manière usitée, avait exigé, avant toute résolution, l'impression des privilèges et des mesures propres à préserver les habitants des chàtellenies du payement des impôts non consentis par la métropole. Le 14, deux jours après l'arrivée des commissaires de la reine, dont la mission avait sans doute transpiré dans le public, l'effervescence fut si vive, que les échevins se virent obligés d'autoriser la lecture de divers privilèges en présence de la commune. Cette concession resta sans effet. Le projet d'affermage des accises ayant été représenté à la collace, elle maintint son refus; elle exigea, en outre, une information judiciaire au sujet de bruits accusant les échevins d'avoir chargé le pays sans son assentiment, et de la disparition de plusieurs privilèges. Cette dernière demande avait été provoquée par la dénonciation d'un nommé Pierre De Vooght, prétendant que, l'année précédente, par ordre de maitre Philippe de la Kethulle, ancien échevin de la keure, on avait brisé une serrure du Secret du beffroi. Pour apaiser les esprits, on tira du Secret de nouveaux privilèges, qui furent
' Appendice précité, 192.
lus publiquement (28 juillet), et les échevins publièrent une ordonnance défendant, sous peine de confiscation de corps et de biens, d'établir ou de percevoir dans les chàtellenies aucun impôt sans le consentement des trois membres de la ville de Gand Ces symptômes présageaient de graves événements; mais Marie de Hongrie ne s'en émut guère. Si, à la suite du refus des autres quartiers de la Flandre de payer encore des aides refusées par Gand, elle avait tenu en suspens la pétition présentée après la conclusion de la trêve de Bomy, elle était décidée à assurer a tout prix le triomphe de l'autorité souveraine. « Céder, disait-elle, seroit y porter une dangereuse atteinte et rendre les autres membres plus difficiles a accorder des subsides 2. b Aux mouvements de la commune gantoise elle répondit par de nouveaux ordres d'exécution. Cette mesure aigrit les affaires.
Des habitants des chàtellenies de Courtrai et d'Audenaerde ayant été emprisonnés pour refus de l'aide Oes magistrats de Gand adressèrent sur-le-champ a la régente une requête rappelant les termes de leur acte de consentement et de son acte d'acceptation, et représentant que « les chàtellenies du quartier de Gand ne pouvoient être chargées sans leur accord, attendu que, par exprès privilège octroyé au pays de Flandre, le vote de la majorité n'engageoit point la minorité. « — « Néantmoins, disaient-ils, est venu à notre connaissance que Votre Majesté a fait sommer auculnes villes, chàtellenies et villages du quartier de Gand, de payer leur portion en
' Cort Yerhael.
■ Lettre de Marie de Hongrie à Charles-Uuint, du 8 octobre 1538. Appeudice précité, 223.
1 Lettre de Marie de Hongrie, sans date. Ibid., 494. — Lettre de cette princesse, du H septembre 1537. Correspondent, II. 684. — Cort Verhael.
l aide des 400,000 carolus, et fait exécuter aucuns particuliers; or, cet ordre est, parlant en toute révérence, noloirement contraire à la raison, à nos droits privilégiés, anciennes coutumes et libertés. On est si peu fondé à considérer la réponse de la commune de Gand comme un vote l'obligeant, elle et les châtellenies, à payer l'aide, que Votre Majesté lui a de nouveau soumis la proposition, el que cette proposition a été de nouveau rejelée par la conclusion de la collace du 16 juin dernier. Eût-on réitéré cette demande si elle avoit été déjà admise directement ou indirectement? Tout ce considéré ; — vu l'absence de l'impériale majesté , leur seigneur naturel et prince natif ; — désirant, de tout leur pouvoir, maintenir la ville et ses châtellenies en leurs anciens et immémoriaux droits, privilèges, prééminences, franchises, libertés; — considérant aussi les grandes aides précédentes, dont il reste encore a payer 400,000 carolus ; — eu égard à la grande povreté procédant en partie des excessives charges consenties depuis l'avènement de l'impériale majesté en sa comté de Flandres; — faisant droit aux clameurs et plaintes du povre peuple, ruiné par le déclin du commerce et incapable de supporter si grosses aydes l'une sur l'autre, ne soit que Dieu autrement y pourvoie; — lesdils remontrant, tant pour être justifiés dans l'avenir que pour conserver leurs droits, prééminences et coutumes, pour s'acquitter de leurs sermens, et pour prévenir les inconvéniens pouvant résulter de la grande commotion et murmuration du commun peuple, ont avisé d'adresser cette remontrance a Votre Majesté, en la priant de faire élargir les prisonniers arrêtés par ses ordres et de surseoir à toute ultérieure exéeution \ »
' D Moli a.nder 23-25.
Cette requête fut présentée le 8 août par le pensionnaire Lievin Blomme. « Comme il se retiroit de la chambre, il se retourna demandant à ajouter encore un mot, et dit, en tremblant, avoir charge de ses maîtres, de déclarer que, si la royne ne vouloit en accomplir le contenu, ils estoienl délibérés d'envoyer leurs députés vers l'empereur, requérant que on ne le prit de malle part. » Marie de Hongrie trouva ces remontrances « bien desraisonnables et inciviles ; » elle s'étonna d'entendre les Gantois se prévaloir de « certain privilège, par lequel l'un des membres de Flandres ne pouvoit charger l'autre sans son consentement. » Elle répondit que ce privilège n'existait pas ou était sans valeur, l'empereur et ses prédécesseurs étant en possession et jouissance de droits contraires à cette prétention, comme on l'avait vu en 1525 Toutefois, par apostille du 9 août, elle autorisa les réclamants à se pourvoir en justice, devant le conseil privé ou devant le conseil de Malines, a pour faire déclarer les exécutions et prises de corps ordonnées nulles et de nulle valeur 2. » Quant à l'intention de se plaindre à l'empereur, elle ajouta « qu'ils le pouvoient faire et qu'elle leur feroit même volontiers donner adresse '. » Elle était fort rassurée sur les dispositions de Charles-Quint, qui lui écrivait : o Au regard de ceulx de Gand, je loue vostre avis de temporiser avec eulx, jusqu'à ce que meilleure conjuncture s'adonne pour réduyre et chastier ceulx qui sont cause qu'ilz se démonstrent tant rétifz, selon l'information que vous en aurez; si l'on en peult attendre davantaige secrètement, tant mieulx 4. » Néanmoins elle
' Lettre du U septembre 4537, précitée.
• D'Hollander, 25-26.
J Lettre du U septembre, précitée. — D'Hollander, 26.
* Lettre du 40 septembre 4537. Appendice précité. 496.
voulut l'affermir davantage dans ces sentiments, et insista sur la nécessité de « tenir l'accord pour universel et général comme ayant été voté par la plus saine partie des membres dudit pays de Flandre. » — « D'ailleurs, disait-elle, on a le plus grand besoin de deniers pour soutenir le fait de la guerre ; il a fallu prendre argent à frais, sous espoir de le payer de cette aide. Le privilège sur lequel les Gantois se fondent, est celui qu'ils avoient extorqué à Marie de Bourgogne en H77, et qui a été révoqué par le roi des Romains en 1485. En conséquence, dans le cas où ils escriproient ou enverraient devers Votre Majesté , je la prie d'avoir bon regard à tout et de leur faire une bonne correction sur leurs fautes, » car s'ils « obtenoient leur intention dudit privilège mal fondé, vous pouvez être assuré que vous et vos successeurs demeurerez bridés de n'avoir peu ou guères d'aides par ci-après ,. »
Le 24 août, arrivèrent à Gand 500 à 400 députés des chàtellenies, et, le lendemain matin, ils se présentèrent devant les échevins se plaignant des vexations des agents du lise et demandant protection *. Ces magistrats les engagèrent à patienter, et les apaisèrent par la promesse d'en écrire à la reine 3 ; mais ils étaient si convaincus de l'inutilité de leurs réclamations, qu'il fut résolu de donner suite au projet d'envoyer une ambassade à l'empereur, ou, en cas d'obstacle, de s'enquérir de « quelque bon personnage , non suspect à sa majesté, qui, par amitié pour la ville, porteroit à ce prince les doléances de sa bonne cité de Gand \ » Cette démarche
' Lettre sans date, précitée.
' Lettre du H septembre, précitée. — Cori Yerhael. Cette dernière version «lit plus de 200 députés de la ehatellenie d'Audenaerde. 1 Cort Verhael.
* Appendice précité. 567.
pourtant offrait tant de difficultés et de lenteurs, que la commune y renonça. Elle s'adressa alors aux trois autres membres de la Flandre « pour avoir leur adjonction en ceste affaire, et démontrer que ladite exécution leur étoit aussi préjudiciable que auxdits de Gand ; car , le cas advenant que ceux de Gand, Ypres et du Franc consentiroient, on voudrait exécuter lesdits de Bruges, et ainsy les autres, nonobstant le privilège de dame Marie donné Tan 1477 '. » Cette résolution alarma la régente, et elle ne négligea rien pour la c destourber de bonne façon 2. »
Elle manda des députés de ces trois membres, et leur communiqua la dernière réclamation de la commune gantoise, ainsi que sa réponse. « Chacun, ajoula-t-elle, doit se contenter de la justice, et le prince, qui confère les privilèges, est juge compétent pour conuoitre de leur interprétation. » Puis, attaquant ces députés par leurs intérêts, elle leur dit que si la commune gantoise obtenait gain de cause, « ils se trouveroient avoir payé leur part tandis quelle en seroit exemple, ce qui donneroit occasion à chacun de non consentir et finalement causeroit la perdition du pays. » Elle chargea ensuite l'archevêque de Palerme, les seigneurs de Praet, de Wyngene et le chancelier de l'Ordre, Philippe Nigri, « de communiquer avec ces députés, pour leur déclairer que le privilège de dame Marie, sur lequel ceux de Gand se fondoient, étoit révoqué et cassé par autre privilège subséquent de 1485, et que partant ils ne dévoient adhérer a leur opposition. » On voulait de la sorte isoler les Gantois, et l'on obtint plein succès. « Après avoir longuement communiqué ensemble, lesdits députés des trois membres répondirent aux Gantois que l'adjonction par
1 D'HOLLA>DER, 26.
1 Lettre du 14 septembre, précitée.
eux requise éloit de grande importance, sur laquelle ne pouvoient donner absolute réponse, sans plus grande délibération avec leur commune; néanmoins ils étoient contons de se joindre a eux, à l'effet de requérir la relaxation des. prisonniers et surséance d'ultérieure exécution pour ung temps, durant lequel lesdits de Gand feroient voir leur affaire en justice ou par l'empereur \ » Cette réponse, concertée sans doute avec les ministres de Marie de Hongrie 2, mettait les Gantois, dit cette princesse, dans l'obligation de prendre « le train de justice, n'estoit qu'ils voulussent maligner et aller par désobéissance, à quoy sembloit qu'ils eussent été assez tost esmeuz, s'ils avoient eu quelque chef ou appui \ »
En même temps, le gouvernement cherchait des chicanes : non -seulement il confondait la charte générale invoquée par les Gantois avec le privilège spécial révoqué par Maximilien, mais il prétendait que leur offre de gens de guerre ne s'étendait point aux villes de leur ressort ; que la résolution de la collace du 14 avril 1537 avait été mal exposée ; que dès lors il était en droit de lever laide dans les chàtellenies qui l'avaient consentie Il s'appuyait a cet égard sur le rapport présenté à la reine par Corneille Roose, dans l'audience donnée, le 23 avril, aux députés des chàtellenies. Les Gantois rétorquèrent ces arguments, dans un mémoire établissant qu'aucun point des instructions remises a leurs députés, ne permettait d'inférer que la ville de Gand et son quartier eussent consenti à être imposés pour
1 L) Hoi.l.ANDER, 26-28.
' « Les députés desdits trois membres demandèrent s'il n'y avoit e>poir de surseoira l'exécution de ladite ayde pendant que on administroit la justice, et interrogés s ils avoient charge de ce requérir, moyennant que on y mist temps limité, déclairèrent que non, mais qu'ils communiqueroient ensemble. »
1 Lettre du 44 septembre, précitée.
l'aide de 400,000 carolus. « Il suffit, en effet, disaient-ils, de revoir et d'examiner le texte des opinions des membres de la commune, notamment celles des métiers et des tisserands, pour s'assurer de leur conformité avec les instructions données; si elles diffèrent par la forme, elles sont identiques au fond. L'aide a été expressément refusée, comme l'expriment les mots : « Et non aultrement, considéré la povreté du temps, pe! ite négociation, et les charges précédentes et d'aultres encore courantes. » Quant a la levée de gens de guerre proposée, elle n'a pas constitué un engagement sans limite ni restriction : d'une part, elle n'a été consentie « que sy avant que l'empereur en auroit affaire et besoing pour la tuicion et deffence du pays ; » d'autre part , il était stipulé qu'elle aurait lieu « selon l'anchien transport et costume anchiennement observée. » Il est impossible de donner à cette réserve d'autre interprétation que de faire comprendre dans son contingent toutes les dépendances militaires se trouvant sous et avec la ville de Gand, de les obliger a ranger leurs soldats sous son étendard, selon la vieille coutume ; cette interprétation a été clairement définie dans la résolution des tisserands. Si les instructions données aux députés n'ont pas mentionné le grand étendard, c'est que la chose était inutile, du moment où il était spécifié que les gens de guerre seraient fournis « selon le vieux transport et la vieille coutume. » Toutes discussions à cet égard sont oiseuses ; la reine a seulement à s'enquérir d'une chose, de savoir de quelle manière, a quelles clauses et conditions se pratiquaient le transport et la coutume d'ancienne date établis. On parait insinuer, ajoutaient-ils, que les députés de la commune n'ont pas exactement rapporté la résolution prise le 14 avril; mais il n'est ni cause, ni moyen d'exciper de leur conduite la moindre tromperie, fraude ou
malice. Enfin, il est incontestable que la reine ne peut considérer notre réponse comme un consentement de l'aide ; elle est même convaincue du contraire. Elle ignore si peu le sens de nos résolutions, elle sait si bien qu'il lui a été accordé des hommes et non de l'argent, que, dans sa dépêche du 16 juillet, ordonnant la convocation d'une autre collace, elle dit que Sa Majesté impériale est grandement étonnée du refus de l'aide de 400,000 carolus, et qu'elle a demandé a plusieurs reprises à la commune de voter cette aide. S'il lui a plu i\ elle ou a quelque autre de sortir du contenu des instructions données aux députés , ces altérations ne sont ni admissibles ni justifiées D'autres mémoires établirent que, contrairement aux allégations de la reine, le refus de la commune avait élé formel et ne pouvait, en dépit de toutes les arguties, être révoqué en doute, car les actes du gouvernement lui-même en faisaient foi 2.
Cependant, à la suite de la réponse des autres membres du comté, les Gantois s'entendirent avec ceux-ci pour présenter k la reine (24 septembre) une requête tendante à obtenir» surséance aux exécutions et relaxation des prisonniers, jusqu'à ce que l'empereur en eût autrement ordonné \ » Marie de Hongrie n'accueillit que la première demande, et, par lettres du "27 du même mois, elle accorda la surséance, pour un terme de trois mois, afin de permettre à la commune de Gand et au procureur général « de procéder, sommairement, et sans figure de procès, sur ce différend, par devant le conseil privé, le grand conseil de Malines ou devant l'empereur lui-même. » Dans ce dernier cas, le terme était prolongé d'un mois \
• Appendice précilé, 562-366. - * Ibid., 367, 578. 1 D'Hollande*, 28-29.
1 Ibid., 29-30.
Cette décision ne satisfit point les Gantois; elle infirma davantage encore a leurs yeux les prétentions du gouvernement. « Si la reine, dirent-ils, avait en effet considéré le consentement de la Flandre 'comme complet, elle n'aurait eu aucune raison de suspendre les exécutions et de se départir de son droit » Quant au recours en justice, ils répliquèrent : « Nous voulons qu'on reconnaisse nos privilèges et non qu'on les discute, attendu qu'ils ont été convenablement confirmés2. » En effet, les discuter celait supposer qu'ils étaient sujets a contestation , qu'il était loisible de les interpréter et même de ne pas s'y conformer 3. Lors de la présentation de la requête , la reine ayant demandé aux députés des quatre membres a quel titre les Gantois se posaient en protecteurs et défenseurs des habitants des chàtellenies : « Nous y sommes tenus par nos anciens droits, prééminences, coutumes et usages, lui répondirent les députés de Gand, en vertu desquels ni nous, ni les chàtellenies de notre quartier ne pouvons être imposés sans notre consentement. En outre, les habitants de Gand sont les principaux propriétaires de ce quartier et y ont le plus d'intérêts 4. » C'était toutefois pour eux une question de principe plutôt qu'une question d'argent ; ils déclaraient ouvertement qu'ils préféraient de payer plutôt 100,000 carolus pour les troupes offertes par la commune, que les 50,000 réclamés pour leur quote-part dans l'aide \
Sans se prononcer sur la décision de la régente, les échevins de la keure lui députèrent, le 3 octobre, le pensionnaire
1 D H(>LLAM)ER.
■ Ibid.
' M. Kervy.v i>e Lettemiove, I. c, VI, 92.
* Appendice précité. 567.
J Relation des troubles de Gand.
Jean Baert pour demander une réponse à la seconde partie de leur requête, relative à la mise en liberté des prisonniers. Elle répondit qu'elle statuerait à cet égard, quand la commune aurait opté pour l'une ou l'autre voie de justice; et le pensionnaire ayant répliqué que « c'estoit chose de grande importance requérant mûre délibération de conseil et communication avec les autres membres du pays, et que en ce ses maîtres avoient commencé à besogner, mais que ce prendroit
trop long temps pour les prisonniers, » elle déclara péremptoirement qu'elle se référait à son apostille1. A. une nouvelle députation venant, dans les premiers jours de novembre, réitérer cette demande, elle dit : « J'ai accompli mon debvoir et ne puis plus différer l'exécution encommenehié, actendu l'absolut commandement de l'impérialle* Majesté2. »
Au retour de la députation, les magistrats de Gand, « assez perplex, » ne sachant comment se conduire envers les chàtellenies, dont les plaintes devenaient de plus en plus vives3, appelèrent dans leur assemblée vingt notables, vingt commerçants et vingt membres du métier des tisserands 4. Dans cette réunion, il fut décidé « d'encoires communiquer avec ceulx de Bruges, Ypres et le Francq, pour, avec leur assistance, demander à la royne l'eslargissement des prisonniers 5. * Ces membres consentirent à envoyer des députés a Gand, et, après d'assez longues discussions6, on convint de présenter, au nom
' D Hoi.LANDER, 30.
1 Lettre du grand bailli de Gand, a Marie de Hongrie, du ii novembre 4537. Appendice précité, 197.
1 fbtd. — Lettre d'un agent secret nommé Charles au trésorior cënér.d des finances, du 16 novembre 4537. tbid., 198.
* Ibkl — Corl Verhael.
1 lettre précitée, de Charles MV - D'Hollandeh. 30. f Lettre de Charles — .
des quatre membres, une nouvelle requête à la régente, pour la supplier de faire immédiatement surseoir aux exécutions et relâcher les prisonniers
Cette requête fut présentée le 2 décembre. La régente répondit, par une apostille du même jour, que les Gantois n'ayant pas tenu compte de sa décision et ayant manqué à leur devoir, par le refus d'accepter la voie de justice, « sur la présente requête ils n'estoient fondés. » Après qu'on leur eut donné lecture de cette apostille, elle dit aux députés : « J'ai lu votre requête et l'ai apostillée comme j'ai pu et dû le faire, puisque ceux de Gand n'ont admis aucun des aecommodemens proposés. Vous êtes, je le sais, harcelés par les habitans des châtellenies ; prévenez -les qu'ils n'ont point à attendre d'autre résolution de ma part, et ôtez-leur tout espoir d'ultérieure assistance, afin qu'on ne vous impute point les conséquences de leur opposition. » Les députés de Bruges, d'Ypres et du Franc n'insistèrent pas davantage; mais le magistrat de Gand exposa, dans une requête du 8 décembre, qu'il « avoit supposé que l'élargissement des prisonniers, précéderoit toute autre mesure et l'avoit attendu pour choisir une des voies de justice offertes par la reine. En conséquence il la prioit de l'excuser et, si c'étoit possible, d'ordonner l'élargissement des détenus, promettant, de son côté, de faire diligence et bon et loyal devoir pour aviser, par collace et autrement, ce que pour le mieux seroit en cette matière. » La pauvreté de l'argument accusait des défaillances, et Marie de Hongrie n'en fut que plus décidée à rester sur le nouveau terrain qu'elle s'était choisi. Elle maintint ses précédentes déclarations, disant que « les supplians ne pouvoient
1 D'HoLIANDER, 31 .
prétendre ignorance de l'intention de l'impériale majesté qui y étoit suffisamment déclarée \ »
Toute nouvelle réclamation devenait sans objet, et les magistrats de Gand, s'ils avaient failli un instant, relevèrent bientôt la tête. Ils firent rédiger, par-devant notaire et témoins (31 décembre), un acte d'appel à l'empereur. Après avoir reproduit la décision de la collace du 1 4 avril et l'acte d'acceptation de la reine, ils signalèrent les démarches ultérieures de cette princesse pour engager Gand et ses chàtellenies à consentir à la levée de l'aide,démarches qui eussent été inutiles, si ce consentement avait été donné. Ils rappelèrent leurs vains efforts pour arrêter les exécutions et les arrestations dans les chàtellenies , qu'ils étaient tenus de protéger, et exposèrent que, n'ayant pu obtenir le redressement de leurs griefs, ils se voyaient obligés de prendre leur recours vers l'impériale majesté. Puis, comme ils n'avaient plus de ménagements a garder envers les ministres de Marie de Hongrie, ils articulèrent, en graves accusations, les raisons de leur conduite. « Sans parler, dirent-ils, des aides considérables votées pour la sûreté et la défense du pays, depuis la réception de l'impériale majesté dans son comté de Flandres, nous avons accordé, lors de la levée du siège de Péronne, une aide de 650,000 florins, bien qu'avant son départ l'empereur eût promis de ne plus réclamer d'aide, pour quelque cause que ce fût, avant l'échéance des termes fixés pour le payement des 1,200,000 florins alloués en 1531. Or, nous eussions bien voulu voir employer cette aide a la deffense du pays, selon qu'elle avoit été consentie. Non contente de ce, la reine ou son conseil, parlant en tout honneur, humilité el
' D Hollaxder. 31-34.
révérence, a mis en avant, en l'absence de l'impériale majesté, dans le même temps et par-dessus lesdits accords, divers nouveaux projets d'impôts et autres moyens inconnus dans ces pays, pour recouvrer, à la charge des habitans, de grandes sommes de deniers, mesure capable de causer la séparation et disjonction des membres, villes et châtellenies dudit pays, contre la volonté de l'impériale majesté, déclarée à son dernier départ. Dans cette occurrence, eu égard au déclin du commerce et de tous les métiers, aux murmures du peuple; pour d'autres raisons encore, notamment parce que les états d'Artois et leurs voisins des villes frontières nous avoient requis d'être secourus de gens de ce pays de Flandres, de poudre, d'artillerie et de munitions de guerre, dont ils étoient complètement dépourvus ; parce qu'on restoit redevable aux garnisons ordinaires de onze à douze mois de gages, que longtemps après l'armée n'avoit pas été payée de son service devant Péronne, nous avons résolu, pour plus grande seureté, d'assister l'empereur avec gens du pays. Il n'y a donc pas lieu de nous molester a ce sujet, et pour obvier à tous incouvéuiens, pour maintenir le pays en paix et en union, il importe de se désister des exécutions et de relâcher les prisonniers; car il y a d'autant moins lieu de payer l'aide de 400,000 carolus que, n'ayant pas été dûment assise, selon l'ancienne coutume, elle est sujette à contestation.
» Nous sommes disposés à remplir, par tous bons et loyaux moyens, en l'absence de l'impériale majesté, notre extrême devoir ; il n'est pas nécessaire, a cet égard, de venir en procès, où nous pourrions tomber par la diversité des réponses et apostilles apposées sur nos requêtes. En effet, une de ces apostilles prescrit de produire nos privilèges, afin sans doute de les mettre en litige, sous prétexte d'en prendre connois-
sance. Ces privilèges ne sont point en question, et, parlant en toute révérence, il n'appartient pas plus à sa réginale majesté de les décréter que d'en octroyer de nouveaux. En outre, nous n'oserions ni ne voudrions, en l'absence de l'impériale majesté, les rendre litigieux, dans la crainte des inconvéniens qui en pourroient résulter, alors même, chose impossible, que décrétement y suivroit : ils sont suffisamment décrétés, et l'empereur, comme comte de Flandre, les a confirmés par serment.
» Vu ces faits et, comme il n'a plu à la reine de superséder, nous nous sommes vus réduits, pour la conservation de nos droits, à prendre notre refuge vers la personne de l'impériale majesté, comme comte de Flandre, notre naturel seigneur et prince; à lui exposer nos griefs; a protester contre toutes voies extraordinaires de justice faites et à faire. Sachant que le remède d'appel sursoit et suspend, sans allencontre de ce attenter ou innover, nous appelons de toutes exécutions, levées ou autres procédures quelconques faites ou à faire en cette cause, en quelque manière qu'elles aient été ou qu'elles soient mites, par la reine ou par son conseil, contre les habitons des ehatellenies ou leurs biens. Nous nous engageons à relever cet appel et a remonstrer plus avant, en temps et en lieu, à la personne de sadite impériale majesté, quand nous aurons devant elle franc et sûr accès. Nous protestons, en outre, considéré son absence, que le temps de relever cet appel ne pourra courir à notre préjudice, quelque retardé qu'il soit, et pour qu'ils n'en prétextent point ignorance, cet acte sera signifié a la reine, à son conseil, a tous ceux à qui il compète ou compétera, espérant, par ce, selon notre confiance en sa réginale majesté, qu'elle ne voudra, en aucune manière, traiter ni permettre