‹ Histoire du règne de Charlesquint en BelgiqueChapitre 35 sur 44 · VI · texte numérisé non relu

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ville de Gand et aussy audit pays de Flandres, conséquentment sur lous les autres pays de par deehà. Par ce moyen, le temps, négociation et gaignage seront meilleurs audit pays ; marchandise aura aussy beaucoup mieulx son cours. Par ainsy le peuple vivra plus a son ayse et en beaucoup plus grande liberté. » — « Ce que ledit peuple de la ville de Gand oyoit voullontiers, désirant toujours liberté '. »

Ces excitations étaient favorisées par mille sourdes rumeurs : tantôt on annonçait la mort de Charles-Quint ; tantôt on le disait porté à donner raison à sa bonne ville de Gand. en condamnant la conduite de la régente et de ses ministres. Les plus ardents, rappelant « les temps glorieux qui avaient précédé le honteux traité de 1455, portaient surtout les esprits à des rêves de grandeur et de prospérité que le passé ne devait point léguer à l'avenir, et voulaient recommencer une lutte qui avait été si fatale à leurs pères 2. * Les magistrats éperdus suivaient passivement le torrent. On vil « le premier éehevin, Adrien Beths, se jeter, a diverses fois, a deux genoux devant le peuple, criant à haute voix : « Messieurs, couppezmoi la teste. » Le grand bailli ayant voulu, du consentement des métiers, expulser d'une assemblée de la bourgeoisie lous « ceux qui n'avoieni maison ni héritage, b un individu s écria : « L'affaire me touche et à mes semblables comme aux autres; je demeurerai, considéré que je contribue et fais guet comme autres. » A ces mots, Van der Gracht tira son épée et, saisissant l'interlocuteur au collet, il allait le trainer en prison, quand les échevins recoururent, « crians que par ce moyen il les meltoit en danger de la vie. Et tirent tant qu'il dut lâcher prise *. »

' Helatton dt& troubles — ' M. riruv> m Lkttemiove. M. 106. ' Rapport du seigneur do I everen et eu président de Malines. du ?6 septembre 4 539. Ii HoLLA.NDfcR. ISli.

Jugeant que l;i présence de eet officier préviendrait « de plus grands inconvéniens, » Marie de Hongrie lui avait enjoint de rester à Gand, à moins qu'il ne se trouvât en péril de sa personne; certaine qu'il n'agirait « que par bonne discrétion et pour le mieux, » elle le déchargea , par avance, de la responsabilité de toutes les mesures qui lui seraient imposées par la commune. Elle avait eu l'intention de lui adjoindre « quelque bon et notable personnage pour, comme de soi-même, y mettre le bien ; » mais , « par suite du grand changement advenu en ladite ville, elle ne trouva aucun personnage à ce qualifié qui s'y voulût hasarder '. » Alors, tout en avisant à arrêter la propagande révolutionnaire, et en ordonnant au prévôt des maréchaux, ainsi qu'aux officiers de la Flandre et du Brabant, d'arrêter et d'emprisonner en lieu sûr les émissaires des Gantois, elle essaya, sinon de calmer les esprits, du moins d'arrêter les vengeances populaires. A cet effet elle écrivit aux collèges des deux bancs « une lettre gracieuse, disant qu'informée de leur intention de lui envoyer des députés pour renouveler la loy , elle étoit disposée à les ouïr, en sauvegardant les droits de l'empereur et leurs privilèges; » mais elle exigeait que la commune rendit l'exercice de la justice aux échevins, et n'attentât point a la vie des prisonniers 2.

Cette lettre ayant été adressée au grand bailli, celui-ci, de l'avis de « quelques-uns de ses bien veullans et aymans de la chose publique, » représenta quelle serait inopportune et dangereuse. « Moyennant sa sollicitude et avec un stratagème, » il avait obtenu, par accord des trois membres, surséance de procéder contre les inculpés, et si la collace était

' Lettre du \9 septembre IS39. D'Uollander. 139. ■ Ibid. 140. 141.

appelée à statuer sur les propositions de la reine, il craignait qu'il n'en résultat o plus grand inconvénient. » Pour ramener le calme il fallait d'autres mesures, et Van der Graeht adjura la princesse de consentir au renouvellement du collège de la keure, en ayant soin d'en charger des commissaires» bien voulus de la commune, » tels que les seigneurs de Bevereu, de Sempy, de Gaesbeek, de La la in g, ou le châtelain de Courtrai, François Van der Gracht, seigneur de Maelstede. I) l'assura qu'il n'y avait nul danger pour ces seigneurs, et qu'ils gagneraient même * plusieurs cryards, moyennant langage et bon accueil, dont ils étoienl fort savans. » D'après cet officier, il suffisait de permettre aux nouveaux échevins de ne point mentionner dans leur serment la paix de Cadzanl. L'important était de se décider sans retard : « car, dit-il, sur ma conscience et honneur, il est force de le besoigner en toute diligence et de renouveler la loi, ou il n'en viendra point de bien. Une heure me fait un jour '. »

Ainsi que la reine en avait été prévenue, les collèges des deux bancs lui envoyèrent, le 19 septembre, des députes2 chargés de lui donner les renseignements demandés au sujet de leur précédente requête, et de lui remettre une copie de la formule de l'ancien serment, extraite du greffe du conseil provincial \ Ils devaient aussi lui communiquer les résolutions de la collace, réclamant le renouvellement intégral du collège des échevins de la keure et la réorganisation du corps des sergents du grand bailli, avec prière d'acquiescer le plus

' Lettre du 21 septembre 1539. D'Hollande*, 141.

* Cetle deputation était composée de six membres : sire Nicolas Tri<*st. seigneur d'Auwegheiîi . et Louis Ueths, de la poorterye; Lieviu Beerick et Jean De Somere. des métiers . Jean Sanders et Mathieu Van Deynse, du métier des tisserands; et deux électeurs de Tannée précédente: Louis De Waelcet Jean De Vos. Cort Verhael — 1 Voir cette formule. D'Hollander. 142.

tôt possible à ces demandes, afin d'apaiser la commune '. Lorsque ces députés se présentèrent à Marie de Hongrie, elle avait eu le loisir de conférer avec ses ministres sur l'objet principal de celte mission, et ceux-ci « avoient avisé que c'estoit chose de très-mauvaise conséquence de destituer ainsi une loy établie par autorité du souverain, sans alléguer caus£ ou raison suffisante. » — « Si l'on y consent, disaient-ils, les Gantois voudront avoir gens a leur appétit, pour, sous cette ombre, collorer leurs manières de faire et les pallier par justice. La chose leur sera d'autant plus facile, que les gens de bien , affectionnés à l'intérêt public et au service de l'empereur, n'oseront pas, dans la situation actuelle, accepter des fonctions échevinales. D'un autre côté, il n'y a pas apparence qu'après avoir obtenu cette concession, les Gantois s'amendent, cessent leurs mutineries et déposent les armes. » En conséquence, il avait été résolu d'envoyer à Gand « quelques bons personnages pour tâcher, par tous moyens et persuasions, d'obtenir le désistement de la commune. » La reine, en informant les députés de cette décision, leur ordonna « de se tenir à Malines tant que ses commissaires seroient de retour; ce dont lesdits députés ne se contentèrent point trop bien 2. »

Marie de Hongrie chargea de cette mission délicate le seigneur de Beveren, Adolphe de Bourgogne, et le président du conseil de Malines, Lambert de Bryaerde. Les seigneurs de Poucques et de Maelstede devaient se rendre a Gand pour les seconder; mais ce dernier représenta « qu'il avoit bien assez affaire a Courtrai, affin de pourvoir que inconvénient n'advint en ce quartier3. » Les instructions données aux

' V. les instructions donnée* à res députés. D Hoi.laxder — ' Ibul., 141. 145. 1 Lettre «le Marie Me Hongrie, du 25 septembre 1539. Ibtrt , 155.

commissaires de la reine (23 septembre) leur prescrivaient de s'enquérir d'abord de l'état de la ville, et de se concerter avec les personnes dévouées au service de l'empereur, pour y rétablir l'ordre. Dans le cas où on leur conseillerait de se mettre en rapport avec les membres de la commune, ils étaient autorisés à ne pas se montrer difficiles sur l'adoption de la nouvelle formule de serment. Quant à la destitution de i'échevin Renier Van der Velde, ils constateraient que les lettres de rémission lui avaient été délivrées pour un homicide commis en cas de légitime défense, et que le privilège invoqué ne lui était pas applicable, parce qu'un homme de bien peut devenir meurtrier à son corps défendant; néanmoins, si les Gantois persistaient dans leur exigence, la reine promettait d'engager ce magistrat a se démettre de ses fonctions. Quoiqu'elle considérât le renouvellement du collège de la keure comme une atteinte aux privilèges, elle était disposée aussi a révoquer les échevins illégalement nommés. De plus, pour éviter toute cause de retard, elle s'engageait à les foire comparaître devant elle ou devant son conseil, à destituer les non comparants et a prononcer d'une manière sommaire sur le sort des autres. En échange de ces concessions, elle se bornait à demander que la commune laissât un libre cours à la justice ordinaire, cessât d'ordonner de nouvelles arrestations et d'assister à la torture des accusés; que les métiers se retirassent dans leurs lieux de réunion respectifs, et n'entravassent pas la liberté des élections. Du reste, les commissaires avaient la faculté d'agir suivant les circonstances, soit pour gagner du temps, soit pour écarter les prétentions principales

1 Lettre» do Marie de Hongrie au seigneur de f.ourriere. du ?2 septembre 1539. Appendice, 245. - Cort Verhaei. - Voir ces instructions dans les Mémoires de D'Hoi LAMDER. H 5- 151.

Les commissaires n'étaient pas encore partis, qu'on reçut de Gand un rapport des plus alarmants : les métiers, « ayant été six semaines en leur chambre, se vouloient, en vertu d un ancien privilège, descendre sur le marché '. •> Il importait de ne pas perdre un instant, et les envoyés de la reine se mirent en route sur-le-champ. Mais, à leur arrivée à Gand (24 seplembre), ils trouvèrent le peuple dans une vive agitation, <»t le grand bailli les engagea a ne communiquer a personne l'objet de leur mission, dans la crainte « que la commune ne se troublât davantage et qu'il n'en vînt encore plus d'inconvéniens. » — « Il n'y a, dit-il, autre remède de préserver la ville de totale destruction que de renouveler la loi et de déléguer a cet effet des commissaires sachant le langage flamand 2. » Marie de Hongrie n'en persista pas moins dans sa résolution. Elle répondit à ses envoyés (23 septembre) : « Les Gantois m'ont demandé d'abord le remplacement des échevins absens; ils demandent aujourd'hui le renouvellement de toute la keure; si j'y consens, ayant pris pied en chose si déraisonnable, ils ne s'arrêteront plus en leurs mauvaises opinions. Ainsi, ils astreindront sans doute les nouveaux échevins a prêter le serment dont ils m'ont soumis la formule; puis, se réputant réintégrés dans les privilèges abolis par la paix de Cadzant , ils prétendront être en droit de déployer leur grand étendard, de lever des chaperons blancs, d'entrer dans d'autres voies indues. En outre, les nouveaux magistrats seront forcés d'obéir à toutes leurs volontés; il en sortira tout mal, ruine ou dépopulation du comté de Flandres, et ce sera occasion aux autres villes de réclamer de même leurs anciens privilèges. Pour dissoudre

1 Rapport de F. Van .1er Gracht. DHolla>der. 151-15»

les assemblées tumultueuses, je suis disposée à concéder plus même que je ne le dois; mais il m'est impossible de fléchir sur ce point; car ils y verraient aussitôt matière de réclamer l'exécution des autres résolutions de la dernière collace. Or, je ne trouve convenable de consentir si cruement et si genlillement ce qu'ils requièrent. Il ne faut pourtant négliger aucun moyen de conciliation : entendez-vous avec les grands doyens; visitez chaque métier séparément; représentez- leur que le renouvellement de la loi serait contraire à leurs privilèges, qu'il m'est interdit d'enfreindre sans l'autorisation de l'empereur ; que la nouvelle formule de serment touche à la hauteur, à l'autorité de l'impériale majesté, et que je ne puis y porter atteinte. Je prouve mon désir de leur complaire en permettant de remplacer les échevins absens; en revanche, il faut qu'ils cessent leurs assemblées illicites et qu'ils laissent aux échevins la libre administration de la justice. Je vous envoie les pouvoirs nécessaires à cet effet; je vous autorise à ajouter qu'ils me trouveront toujours prête à leur octroyer choses raisonnables et convenables pour le bien, futilité et le repos de la ville. Si , sourds à vos remontrances et à vos exhortations, ils repoussent ces offres, vous leur déclarerez que vos instructions ne comportent pas un renouvellement intégral du collège de la keure, mais que vous appuierez leur demande, pourvu que vous ayez l'assurance de les voir rentrer dans l'ordre après avoir obtenu cette concession. Vous pénétrerez ainsi leurs projets ultérieurs, et vous reviendrez ensuite à Malines, où j'ai convoqué d'autres seigneurs, pour délibérer sur la conduite a tenir en ces circonstances » Cette dépêche arriva à Gand le 26, vers six heures do

Lettre du i'6 septembre 1530. D'Houakinm. t*i2.

TROUBLES DE LA FLANDRE. - LACÉRATION DU CALFVEL 3i9

matin, au moment où les métiers, restés en permanence toute la nuit, et encouragés par la découverte d'approvisionnements de salpêtre et de poudre, venaient de notifier à leur grand doyen la résolution de « descendre sur le marché. ■ Pour empêcher cette prise d'armes, signal de la guerre, le grand bailli promit que les envoyés de la reine ne quitteraient pas la ville avant d'avoir renouvelé le collège de la keure '. Il était dès lors impossible de se conformer aux instructions fie Marie de Hongrie; soumettre ses propositions a la commune c'était « faire tourner la chose a pis encore; car il étoit bruit par la ville que, à Ja première collace, les agitateurs voudraient avoir hors de prison maître Gilles Van de Keke, homme fort enclin a sédition. » Ruse et corruption étaient choses usées; il n'y avait plus moyen « d'entretenir les Gaulois de bourdes, » comme l'avait fait jusqu'alors le grand bailli; et chercher à gagner leurs chefs, ainsi que Marie de Hongrie l'avait prescrit a ses commissaires, « eut été peine perdue. » Le grand doyen, par exemple, qu'elle leur avait désigné, entre autres, « n'avoit non plus de crédit devers le peuple, qu'un enfant. » Dans cette occurrence les envoyés de la reine, d'accord avec le seigneur de Poucques, qui venait de les rejoindre, et le grand bailli, lui mandèrent que « les choses étoient venues si avant, qu'il n'étoit plus heure de pouvoir pratiquer aucun bien, si ce n'est qu'elle donnât commission pour le renouvellement complet de la loi. » « Et ne doit Votre Majesté s'esbahir si ceux de Gand la forcent à ce, lui dirent-ils; car ils l'ont bien fait à votre bisaïeul, monsieur le duc Charles, lui estant icy en propre personne, de signer les privilèges qu'ils vouloient 2. »

• Lettre «les rommi-sHires <le In reine, -lu 2t> septembre 1839. D'HoLLASDtit,

m. - • ibid.

:toi» ItÉGNE DE CHAH LES-QUINT EN BELGIQUE

Le grand bailli et le président du conseil de Flandre supplièrent aussi la reine de prévenir les désastreuses conséquences d'une plus longue opposition h la volonté populaire. h En voyant Votre Majesté supposer que, non contens d'avoir obtenu le renouvellement de la loi, les Gantois voudraient ensuite rentrer en possession d'aucuns privilèges cassez, de leurs blancs chaperons et d'autres choses inusitées, lui écrivit François Van der Gracht , j'ai été bien perplex et par trop esmerveillé que l'on trouvât gens si déviés et dénaturés de toute raison, qu'ils fassent a Votre Majesté accroire telles fictions, dont oncques, Dieu me soit en témoin, ne fut ici mention. Ceux qui vous parlent de la sorte , réconfortent les bruits de vol des privilèges répandus par les malveillans. (Test une peur mal fondée, et mieulx vaudroit-elle être tue que dite. Si Votre Majesté condescend a accorder le renouvellement de la loi, comme il y a nécessité, si l'on ne veut perdre la ville avec ses adhérences circonvoisines, nous éviterons, je l'espère, de grands et indicibles inconvéniens. * Il termina <m rappelant qu'à mainte reprise, la reine l'avait assuré de son intention « de ne modérer ce trouble que en toute douceur, » et en représentant que « sa hauteur seroit fort diminuée par la desconfiture de tant de gens de bien, la démolition d'une si notable ville, la destruction de tous les pays, » résultats certains de son refus

Les instances du président de Flandre n'étaient pas moins pressantes. Il exposa les causes d'impopularité des magistrats dont la commune réclamait la destitution, et l'incapacité notoire de ceux qui n'avaient pas émigré, « simples gens n'ayant jamais été en loi, n'assistant le grand bailli en fait ni

' Lettre ilu 26 septembre <339. D'Hollander. 158.

en paroles non plus que de simples enfans, chose pitoyable à voir et à ouïr. » — « Il est à craindre, ajoutait-il, qu'en ms de refus, les Gantois ne passent outre et ne procèdent de leur propre autorité a de nouvelles élections, sans parler du danger de les voir assommer lesdils échevins devenus l'objet de l'animadversion publique par les propos inconsidérés des émigrés. Du reste, accueillir leur demande, ce n'est pas déroger a l'autorité de l'empereur : il a le droit de changer les magistrats commis par lui, surtout dans une cause aussi grande, juste et urgente comme le repos et tranquillité d'une pareille ville. Quant à la nouvelle formule de serment, on peut d'autant mieux l'admettre provisoirement, qu'aucun article de la paix de Cadzant n'oblige les échevins à en jurer l'observation; l'usage de la comprendre dans le serment ' date de la promulgation du Calfvel. Il importe aussi de renvoyer les députés que Votre Majesté a gardés en otages, car leur absence fait fort murmurer la commune. Enfin, pour l'acquit de mon devoir, je dois insister sur la nécessité d'éloigner de votre résidence les fugitifs et les émigrés. J'ai déjà prévenu Votre Majesté, par l'entremise du chancelier de l'ordre, du mauvais effet produit par leur présence à Malines, et je ne puis laisser d'encore en écrire a Votre Majesté. Sans juger personne, il est fort a craindre que leurs vies, faits et conversations ne soient finalement trouvés si sains et si justes, pour leur mériter si grande compassion d'eux, et moins encore pour ajouter foi aux opinions dont ils peuvent sans cesse emboucher Votre Majesté, afin d'embellir leur cas, et l'offusquer par des rapports malveillants contre les Gantois V »

• lettre .lu 26 septembre J539. D Holl.^der, 159.

Des troubles avaient éclaté dans plusieurs quartiers de la Flandre1; une violente sédition ensanglantait Maestricht, et l'on avait a craindre « semblables inconvéniens daultres eostez » Marie de Hongrie ne put néanmoins encore se résigner- à céder, a Derechef y ayant pensé et délibéré en bon conseil, écrivait-elle à de Beveren, ne m'en trouvé-je moins empêchée, craignant et comme présupposant les fôcheuses eonséquenees d'une telle concession. Je vous requiers donc encore de tâcher, par tous bons moyens, de contenter le populaire et de lui faire accepter l'accommodement contenu dans vos in-tructions. Toutefois, si vos efforts n'aboutissent pas, je vous autorise à leur promettre de vous employer en faveur de leurs demandes, h condition qu'ils s'engagent à se séparer et à ne plus se mêler de l'administration de la justice 3. » A cette dépêche était joint un nouvel exposé des motifs de son refus : « c'était sanctionner la lacération du Calfvel et abolir de fait la paix de Cadzant, en déclarant, d'une manière tacite, ces actes mauvais, iniques, arrêtés contre droit, raison et justice ; c'était conférer aux Gantois la connaissance et la judicature des causes criminelles et civiles, dans les villes eloses de leur quartier et dans tout le plat pays de la Flandre jusque Cassel; c'était rétablir les chaperons blancs; c'était conférer a la commune le pouvoir d'arrêter tous et quelconques personnes, vassaux, officiers et autres sujets de l'empereur et de les mener a Gand pour en faire telle justice, punition et correction qu'il plairait au bailli et à la loi ; c'était enfin lui permettre d'exiger l'exécution de toutes les décisions

' Circulaire de la reine adressée aux officiers de justice de la Flandre, du 26 septembre 1530. Appendice précité, 247. • Dépêche du 25 septembre 1539. Ibid., 607. 1 Lettre du 26 septembre 1 539. D'flou a>der, 162-16'*.

de la collace et soumet Ire à son consentement les demandes d'aides adressées au pays de Flandres. On verrait alors les Gantois, empiétant sur l'autorité de l'empereur, s'intituler Princes et user de commandements, et restreindre en tous points ses droits de souveraineté. En eflet , déjà dans leurs requêtes, propositions et écrits, ils ne l'intitulaient plus que seigneur naturel comme comte île Flandres, délaissant le titre de souverain seigneur dont usaient les trois autres membres. »

Cette opiniâtreté allait être vaincue. Le même jour, vers huit heures de relevée , arrivèrent de nouvelles lettres des envoyés de la reine, annonçant « qu'il étoit besoing d'envoyer la commission pour renouveler la loi en dedans le lendemain malin, autrement n'y avoil d'apparence de plus contenir ladile commune. » Adolphe de Bourgogne ajoutait, dans une lettre particulière, « que si l'on n'envoyoit ladite commission, le président et luy seraient en danger et grand hasard ; » et « le semblable écrivit ledit président au chancelier de l'Ordre. » Marie de Hongrie convoqua à l'instant même (9 heures du soir) le conseil d'état. « L'affaire est de telle importance et si préjudiciable à l'autorité de l'empereur, lui dirent les membres de ce conseil, que, en gardant nossermens, nous ne pouvons engager Votre Majesté à délivrer celte commission ; toutefois, pour ne pas mettre vos envoyés en danger et pour éviter de plus grands inconvéniens, il y a lieu de se soumettre à la nécessité. » La régente alors déclara que, « si n'étoit la crainte de voir tomber en danger des seigneurs qui avoient pris cette charge à Sa requête, elle ne se résoudrait jamais a une telle concession; mais, ne voulant pas qu'ils fussent victimes de leur zèle pour son service, elle étoit disposée à consentir le renouvellement de la loi, en protestent

expressément que e'étoit par force et par contrainte » Les secrétaires du conseil dressèrent sur-le-champ la commission donnée au seigneur de Beveren, au président du conseil de Malines, au seigneur de Poucques et à Philippe de Liedekerke, seigneur d'Everbeek, pour procéder à la destitution et au remplacement des échevins de la keure; mais la reice, qui persistait à les réputer « gens de bien, soufiisans et ydoines pour rudminisirntion de la justice 2, » écrivit au bas de cet acte : « Par force et pour éviter plus grand mal, ay consenti ceste commission. Marie. » Cette phrase fut couverte par le scel des patentes, de manière à redevenir visible en enlevant la cire 3Î En même temps, il fut enjoint aux officiers de justice de la Flandre de ne pas s'éloigner de leurs départements, « tant pour s'acquitter de leurs devoirs que pour tenir soigneux regard sur la conduite du peuple; de s'informer en secret des gens qui y viendroient et, s'ils poussoient à quelque émotion ou sédition, d'en faire prompte et bonne justice \ »

Les commissaires de la reine reçurent leurs pouvoirs le 27. Ils eu informèrent aussitôt les collèges des deux bancs, en subordonnant la mesure à deux conditions : l'une, qu'elle ne porterait aucun préjudice à l'autorité de l'empereur et que, >'il n'y donnait pas son assentiment, la commune en assumerait toute la responsabilité; l'autre, que les assemblées illicites cesseraient à l'instant et qu'un libre cours serait rendu à la justice. Les trois membres de la commune reçurent

* DHolla.mier, 162-465.

* Lettres de non-préjudice, délivrées a ces magistrats le 25 novembre 1539. Appendice précité, 291.

1 D Huli.a>der, 165-168.

* Circulaire «lu 26 septembre, précitée.

la même communication du grand bailli; « à quoi ne fui respondu autre chose, sinon qu'ils désiraient que, au lieu de Renier Van der Velde, autre lut commis en son lieu. » Les commissaires alléguèrent d'abord le silence de leurs instructions à cet égard ; mais, dans la crainte de soulever de nouvelles tempêtes, ils finirent par consentir au remplacement de ce magistrat. L'élection eut lieu le lendemain ', et, à l'instigation de Guillaume De Mey, les nouveaux écltevins, ainsi que les écbevins des parchons élus au mois d'août, furent obligés de prêter serment suivant l'ancienne formule, qui ne mentionnait ni la paix de Cadzant, ni l'acte de 1515; elle se bornait à stipuler rengagement de maintenir les droits et les hauteurs du souverain, de garder les privilèges et les libertés de la commune 2 : c'était remet Ire de fait les Gantois en possession des privilèges et prérogatives supprimés par Philippe le Bon et Maximilien; leur rendre « l'usage des chaperons blancs, la suprématie sur la Flandre, le pouvoir de jugar en dernier ressort, celui de bannir, de battre monnaie, d'appeler la force armée, de fortifier la ville, d'occuper les forts de la Flandre; enfin tout ce qui constitue l'essence d'un pouvoir indépendant et souverain 3. »

• Purent élus : messire Jossede Joigny, seigneur de Pamele, qui fut ensuite remplac e comme premier écbevjn par messire Antoine Deleu . Mathieu Van Dewise, Rogier Van Sonuemaere. Antoine Deleu, qui fut remplace par Gilles De Wilde, Adrien Van Damme. Martin Volekaert, Jean Van Dixmude. Lievin Van der Haghen, Josse Van der Zoffele. Lievin Van Huckelghem . Jean de Keysere. qui fut remplacé ensuite par Lievin Sleehaut, François Van Honte, et Jacob De Wulf. Corl Veilwel - - D Hollanuer — M.Steir.

• Kent dat deu pe\s van ( assaut te meuten is. zeyt dat hy den eet van schepenen veranderen wilde, om reden dat hy wilde <ial men den eet deden zoude fielyk den kevser deed onder den clock-reep. Enquêtes criminelles. Interrogatoire de Guillaume De Mey, du ("mars tMo cil. de M steir.&4.

• M Stf.i r.

Le 29, les commissaires notifièrent aux membres du magistrat et de la commune la fin de leur mission. Ils les exhortèrent à reconnaître la bienveillance de la reine, en se conduisant comme bons et loyaux sujets, et les assurèrent de la ferme intention de cette princesse de poursuivre la répression des abus , sans faveur ni dissimulation, et de se prêter a toutes les mesures tendantes au bien de la ville. Cette allocution fut accueillie avec faveur; seulement la commune demanda le prompt retour de ses députés. Cette réclamation ayant été communiquée à Marie de Hongrie, elle répondit qu'elle les eût déjà renvoyés « ne fust esté le point de la destitution des sergens du grand bailli, sur lequel elle ne pouvoit convenablement statuer, sans d'abord avoir communiqué avec eux; <> mais elle prévint secrètement ses commissaires que comme les Gantois étaient capables de les retenir « afin d'obtenir eboses plus déraisonnables, tel que le renvoi des fugitifs, dont on avoit ouï quelque vent, » elle garderait ces otages pour sûreté de leurs personnes.

Les métiers, assemblés, le 30 septembre, à l'effet de procéder au renouvellement de leurs doyens, s'y montraient bien disposés, quand des difficultés s'élevèrent au sujet du mode d'élection. La plupart prétendirent ne plus se conformer à l'usage suivi, depuis la paix de Gavre, de présenter leurs candidats au magistrat ; tous s'accordèrent à exiger des nouveaux doyens un serment conforme à celui que venaient de prêter les échevins, et l'élection fut de nouveau différée. Adolphe de Bourgogne se bâta d'informer la reine de cet incident et. l'attribuant a l'absence des députés retenus a Malines, il la pria de consentir le plus tôt possible a leur retour '. Marie de

' DHOIAANDER 171, 172

Hongrie « ne condescendit pas volontiers à lâcher ses otages. » Il lui fallut pourtant se rendre à l'évidence, et elle promit de les renvoyer le 4 octobre. Quant aux prétentions des métiers, elle déclara s'en tenir au traité de Cadzant, « et, pour ce que lesdits de Gand journellement mectoient nouvelleitez en avant, » elle ordonna à ses commissaires de revenir sur-lechamp \ Au jour fixé, elle congédia les députés gantois, en leur recommandant d'engager leurs concitoyens a se conduire, maintenant « que les choses setoient passées à leur appétit, » de manière a contenter l'empereur et a ne pas a encourir son indignation, dont cy après, les manans d'icelle ville se pourroient ressentir 2. » Par ses ordres on leur remit des lettres expédiées au nom de ce prince et datées du 13 septembre, « déclarant qu'ils eussent a cesser toutes nouvelletez et à obéira la reine jusques a sa venue, qui seroit de brief \ » Le même jour (4 octobre), Adolphe de Bourgogne et ses collègues quittèrent Gand sans opposition 4.

Cependant, au moment où s'opérait cet échange d'otages, survenaient d'autres complications, d'autant plus grandes, que désormais le gouvernement de la ville appartenait sans réserve a la démocratie. Les échevins de la keure étaient tous affiliés à ce parti, et ils justifiaient déjà le titre de magistrats des Creesers. Peu de jours après leur élection (30 septembre), ils avaient envoyé, dans les campagnes et dans les petites villes, des hommes armés afficher, aux portes des églises, des mandats intimant l'ordre de livrer a la commune les émigrés et les fugitifs accusés de la calomnier près du

' D'Hollande*, I. c. — Lettre du t" octobre 4539. Appendice précité, 255. ' Lettre du 4 octobre 1539. D*Holi..\m>eh. 173. 1 Ibid , 174.

* Corl Verhael.

gouvernement. Celle imputation, confirmée par le grand bailli et par le président de Flandre eux-mêmes, acquérait une nouvelle force par la présence à Malines et à Bruxelles d'un grand nombre de proscrits. On prétendait, en outre, que plusieurs d'entre eux avaient reçu mission de soulever les châtellenies contre la cité gantoise ', C'était un tison qui allait rallumer l'incendie mal éteint par les dernières concessions de la reine.

Le jour même du départ des commissaires du gouvernement, les méliers furent convoqués. « Il convient maintenant, leur dirent les échevins de la keure, d'élire vos dovens. Les résolutions de la collace ont été exécutées; les intérêts de la ville sont sauvegardés, et il importe de prouver à l'empereur que vous n'avez pas voulu porter atteinte a son honneur, que. bons et loyaux sujets, vous n'avez pas l'intention de le mécontenter. De cette manière, vous le disposerez à adopter des mesures favorables à la commune; vous confondrez les malveillantes assertions de vos ennemis 2. » L'assemblée, sans se prononcer, demauda une prorogation, et elle fut accordée jusqu'au lendemain ; mais, dans cette nouvelle réunion, marquée par des débats fort vifs, on ne conclut rien, et lorsque, le 6, les métiers furent rappelés une troisième fois, ce fut d'un tout autre objet que de l'élection qu'ils s'occupèrent. Un des émigrés, Jean De Backere, échevin de 1536, accusait ses anciens collègues des parchons et le collège de la keure d'avoir consenti l'aide de 400,000 florins. Cette accusation était appuyée t par les paroles d'un nommé Nicolas Damunens, proférées pour descharger un Jacques De Grave, aussi eschevin de ladite année 1 536, » et, sans beaucoup délibérer,

• I) Hollander. 169, <7i, iOi. — M. Stbir. ' Appendice précilé. 699. — DHolla.nder, 174.

TROUBLES DE LA FLANDRE. - LACERATION DU CALFVEL 3o!)

l'assemblée exigea qu'on fit prompte justice des coupables. On procéda sur-le-champ à l'arrestation de Renier Van der Velde, Corneille Van der Zwalmen, Guillaume De Smet, Laurent Everden ; Philippe Rym, « à cause de son indisposition et grand âge, » fut gardé à vue, et l'on opéra des perquisitions dans les maisons de Gilles Van Iluffel, Pierre Van Dickele. Antoine De Baenst, Lievin De Grave, Simon De Buck, Antoine Stalins, qui avaient émigré depuis le commencement des troubles

Dans une seconde séance tenue le même jour, à quatre heures de l'après-dinée, les métiers conférèrent l'inventaire des privilèges tenu par la ville avec un inventaire trouvé chez l'huissier du conseil de Flandre Denis Vlaminck. Cette conférence n'ayant pas signalé de lacune, ils' furent engagés à procéder enfin aux élections; mais ils répondirent : « Nous n'élirons autres doyens, si tous les points de la collace ne sont d'abord accomplis avec tels autres que nous y ajouterons; car nous préteudons être réintégrés en tous nos anciens privilèges et obtenir i'impétration des chartes qu'on ne retrouvera pas. Nous ne voulons plus de rentes au denier seize, et il faut défalquer du capital la somme des intérêts que la ville a payés à ce taux. La commune doit exiger l'extradition des émigrés et des fugitifs, et envoyer des députés à l'empereur pour obtenir aucuns points de la collace. Puis, quand le moment sera venu d'élire nos doyens, nous entendons le faire directement, sans nous occuper de la paix de Cadzant, dont nous faisons petite estime. »

Le 7 , il y eut une cinquième réunion et, persistant dans leur refus, ils « commencèrent a murmurer pour tenir nou-

■ tort VerhaeL - DHollasder, 174. 173.

vello collace. » Les collèges échevinaux, a la vérité, opposaient peu de résistance à cette opiniâtreté, et envers la cour ils tenaient même un langage empreint des prétentions à l'indépendance ouvertement affichées par les agitateurs. Ainsi, une lettre adressée à Marie de Hongrie, pour lui demander « que son bon plaisir fut de commander à Josse de Joigny, seigneur de Pamele, commis premier échevin, lequel on ne savoit trouver , de desservir son état , » portait en suscriplion : « Esclievins de la Keure de Gaud, au plaisir de Votre Majesté toujours appareillez, p La régente répondit que, « si l'on ne savoit trouver ce magistrat, il seroil difficile de lui envoyer cet ordre. » Toutefois, « pour faire ce que en elle estoit, » elle leur transmit des lettres lui enjoignant de se rendre a son poste '. Le seigneur de Pamele n'ayant pas comparu, ils exigèrent sa destitution, quelques jours après, et il fut remplacé par messire Antoine de Leu.

Il fallut de graves circonstances pour obliger Marie de Hongrie, blessée d'un langage irrespectueux, à céder encore sur ce point. La situation, en elVet, était devenue des plus critiques; le mouvement s'était propagé dans toute la Flandre et l'insurrection semblait imminente. Après avoir recommandé, à diverses reprises, à la douairière d'Egmont de mettre son château de Gavre à l'abri d'un coup de main, Marie de Hongrie résolut de pourvoir elle-même a la garde de cette place, importante pour intercepter les communications de Gand avec Audenaerde. Elle y envoya Guillaume Coflby, archer de corps de l'empereur, avec seize soldats, et ordonna à l'officier de la comtesse, Florent de Pottelles, de remettre son commandement. A cette nouvelle, environ 2,000 paysans des

■ D Hoi.landeh, 174-175.

villages voisins, « armez et embastonnez, » accoururent sons la conduite d'Yvain Van Waernew yck, gentilhomme des environs, et « abattirent les ponts du château, tellement que nul ne pouvoit y entrer ni en sortir. » En vain Guillaume Coffoy les assura-t-il qu'il avait les ordres les plus précis de ne les molester en aucun.' manière, ils virent dans cette occupation des projets hostiles, et tandis que les plus exaltes le bloquaient étroitement, les timides se réfugiaient à Gand avec leurs biens et leurs bestiaux '. En même temps, des émeutes éclatèrent à Roulers, où le peuple, dirigé par l'huissier Jean Werrebrouek, le brasseur Gilles Vandcrstraten, Pierre Veranneman et Josse Werrebrouek, resta assemblé plusieurs jours « pour demander nouvelleitez 2 ; » et a Grammont, où la foule obligea le magistrat de relâcher les prisonniers arrêtés a la suite d'une première commotion \ Son attitude devint même si menaçante, que la reine prescrivit de surseoir à toutes poursuites contre les coupables *, et d'accueillir les réclamations des métiers, « pour, en ce trouble temps, entretenir les manans en bonne paix et obéissance envers l'empereur \ »

A Courtrai et à Audcnaerde les troubles prirent des proportions plus grandes. La première de ces villes était en

' Letlretlu grand Iwiilli à Marie do Hongrie, du 10 octobre 1539. D'Hollande*. 180. — Lettre de Marie de Hongrie, du 1 2 octobre 1339. Appendice précité. 702.

* Lettre de Marie de Hongrie, du 26 octobre 1539. Appendice précité, 279.

1 « 0 ung nommé Piette Angûyn, vacabond, lequel, au temps des dernières émotions de Flandres, fui prins et mené és prisons de (irantmont, pour certaines grandes rudesses dont on lui eult peu bannir pour l ans sur sa teste; mais après qu'il avoit tenu prison par xxx jours, le peuple le vouloit avoir mis a délivre, tellement que, pour éviter inconvénient , ledit prisonnier, par advin deceulx de la loy, fut eslargi sans quelque correction, par qtioy icy néant. » Compte de G. Du Bosrh, précité in» 13569). de 1539-1342, t" xxvj »• et xc.

* Lettre de cette princesse à Maximilien de Hornes, du 30 septembre 1339 Appendice précité, 254.

» Lettre de la reine au magistrat, du M octobre 1539. Ibid., 265

m REGNE DE CHARLES-QUINT EN BELGIQUE.

effervescence par suite de rétablissement de marchés daus les terres de quelques vassaux du voisinage. Cette mesure, ruineuse pour son marché et préjudiciable aux recettes communales, avait provoqué de vives réclamations, dont le gouvernement n'avait pas tenu compte. Le magistrat, trouvant dans la situation l'occasion de les renouveler avec plus de force, convoqua la commune; mais à peine fut-elle « assemblée collégialement en sections sous ses hooftmans et ses bereckers \ » qu'elle formula d'autres réclamations : suppression de l'accise levée sur les toiles et le linge; faculté pour tous de s'approvisionner au marché de Courtrai, en payant seulement le mi lie yhelt, comme à Iseghem; — abolition de l'impôt sur les filets et de la taxe sur la petite cervoise, qui avait été supprimée à Gand et a Bruges; nouveau règlement pour le marché au blé; — enfln, lecture et copie de tous les privilèges de la ville, qui seraient placés à l'avenir sous la garde de commissaires choisis par le peuple.

Le 5 septembre, les hooftmans et les bereckers présentèrent ces demandes au magistrat, et le pressèrent d'y faire droit, pour apaiser les murmures de la multitude. Celui-ci, effrayé de la nouvelle tournure des choses, et voyant l'agitation gagner les campagnes voisines, qui étaient parcourues par les émissaires des Gantois 2, en référa à la régente. Il n'avait pas

1 a Sont telz instituez de tout temps, pour avoir la conduite et maniancedes jeux de rhétorique et cérémonies qui se font en l'honneur de Dieu nostre créateur, le jour du Saint-Sacrement, l'Octave, et ès entrées et réceptions des princes du pays et pour conduire semblables actes, sans que lesdits Hooftmans ayent puissance, auctorité , voix ou opinion ès affaires de nostredite ville, qui est représentée par nostredit bailly, prévost, eschevins et conseil. • Défense des magistrats de Courtrai. Appendice précité, 443.

• « Item, payé les officiers avec leurs assistens, les exploictz d'avoir pnns en I eschevinaigedc Courtray, Ruebm Vlenischardt, et ung nommé Ruesekin, démolirons en Isenghien, lesquelz, avec leurs complysses, comme desputez des

reçu de réponse quand arriva l'époque du renouvellement de l'affermage des accises, et il résolut d'y procéder, malgré l'avis des hooftmans qui, mieux instruits de la disposition des esprits, présageaient à cetle mesure une malheureuse issue. En effet, au lieu de délibérer sur la proposition qui lui était soumise, la commune s'emporta contre le retard mis à redresser ses griefs, et se répandit en récriminations contre le magistrat. On l'accusa, entre autres, d'avoir prélevé un impôt sur la cervoise dans un intérêt privé, et le tumulte de l'assemblée ayant gagné la foule accourue sur la place publique, les cris de : Tuez! Tuez! se mêlèrent aux clameurs exigeant la lecture des privilèges.

II fallut céder et, le lendemain, sur une estrade dressée au milieu du marché, on procéda a cette lecture, qui dura plusieurs jours. Puis, le « commun peuple » établit des postes armés, pour veiller sur ses privilèges et occuper l'hôtel de ville. On adjoignit au magistrat quatre hooftmans révocables par la commune, à laquelle ils prêtèrent serment. Toute décision

mestiers et inhabitanz de la chaslellenye de Courtray, a\ecq certains députez de Gandt, notaire et tesmoings, allèrent, de villaige en villaige, demander les inhabitanz en ladicte chastellenie de personne en personne, silz avoient et tenoient pour agréable les procédures et escriptz exibez et servis devant iceulx de Gandt, contre les hoœhpoorters et francs escbevins de ladicte chastellenie «Je Courtray, et comme telz consentoient d'èstre mis en la procuration ensuivant rappoincteraentdesdicts de Gandt ; ceulx qui ne vouloient condescendre a leur voulunté les menassoient avecq lesdictz de Gandt, pour la prinse desquelz et de leurs complysses quy furent, ledict jour, prius par monsieur Desfossez au villaige de Wenelghien, Joos Vandcr Berghehoors, poinctere, et Simon Caluwart, francq esche vin de ladicte chastellenie, lors prisonniers a Gandt eschappe. en tant que la matière fust tardée si longement, que on parla de la venue de l empereur; laquelle prinse fut faictc au temps de ladicte émotion, longuement devant la venue de l'empereur. • Compte de Ferdinand de la Uarre, seigneur de Mouscron, bailli de Courtrai, de 4539-4541 , f° xvj »».(n* 43822), aux Anh du royaume. — * Item, l'exploict d'avoir prins», en la paroisse de Courtray. Joos Lunten, compaignon dudict Vlenischadt. • Ibid.

301 RÈGNE DE CHAULES Ql INT EN BELGIQUE.

prise en leur absence fut déclarée nulle; a eux seuls ressorti! la direction des finances et des travaux publics, ainsi que la garde du chartrier communal \ Ces concessions ramenèrent la tranquillité, et les commissaires chargés par Marie de Hongrie d'examiner les demandes de la commune, trouvèrent l'ordre rétabli. Mais d'imprudentes menaces le troublèrent de nouveau. Au bruit de la prochaine arrivée de troupes, les défiances s'éveillèrent, et l'attitude du peuple redevint si menaçante que le magistrat supplia la reine de renoncer a un projet qui aurait les plus fatales conséquences2. En effet, il suffi! de l'assertion d'un bourgeois (Heyne Loosvelt), prétendant avoir vu des gens d'armes sur la route de lalle, pour irriter la colère de la foule. Elle reprit les armes ; les magistrats, les riches bourgeois, accusés de trahison, faillirent être mis en pièces \ et le sous-bailli fut emprisonné \

A Audenaerde, le mouvement devint une véritable insurrection. D'après le désir de la reine, le comte de Lalaing s'était rendu dans cette ville, accompagné du seigneur de Molembais, de Morant de Haussy, seigneur de Rémericourt, de Godefroid de Corchin et d'autres gentilshommes, « afin d'assister son frère a empêcher le tout de tomber en plus grand inconvénient5. » En même temps, Marie de Hongrie avait dépéché, au nom de l'empereur, des lettres patentes qui engageaient la commune à persévérer dans ses sentiments de fidélité et à repousser les pernicieux conseils, la poussant à imiter la

* Lettres d'abolition et pardon pour la ville de Courtray, il juillet l'Un Appendice précité, 409.

» Ibid

1 Compte de F. de la Barre, précité.

* Lettre de Marie de Hongrie à François Van der Gracht. du II octobre 1539. Appendice précité, 263.

* Compte de la rerette générale, juin 4342, art. Dépenses.

rébellion des Gantois '. Ces lettres furent bien accuei'es milile calme semblait régner dans les esprits, quand uiPhiJippe incident fit éclater l'incendie couvant sous la cendre. et son Le 4 octobre, « ung povre yvrongne, de peu d'intelligeirus : eahorté d'auleuns, la plupart estrangiers, pour ce qu'il estons de hardi parlier, » se présenta chez le bourgmestre, et déclarât à la belle-fille de ce magistrat qu'il était chargé par le peuple ^ de réclamer la destruction du bureau des maltôtes et la suppression de cet impôt. Arrêté par les domestiques, il fut conduit sans opposition à l'hôtel de ville. Mais, le lendemain, « jour de ducasse, en l'un des faulbourgs, que lors lesyvrongnes s'avanchent le plus, y eut murmures en plusieurs lieux, et apparence que aulcuns se trouveroient ensemble sur le soir pour avoir le prisonnier dehors. » Les magistrats, avertis de ces rumeurs, demandèrent conseil au seigneur d'Escornaix et à son frère. Ceux-ci ne se méprirent point sur la portée de ce commencement d'agitation ; ils craignirent qu'en cas d'émeute, on ne « courrùt sus a la loy, a cause que le borghemaistre estoit fort hay. Or, si la chose commenchoit une fois, elle seroit plus dangereuse que dans les petites villes voisines, car il y avoit grand peuple et beaucoup de mauvais, s'ils estoient esmeus davantage, et en outre beaucoup de riches, par quoy les povres, si l'on en venoit à sédition, y trouveroient bien à péchier. » En conséquence, il fut résolu « de démener l'affaire par bon moyen » et d'élargir le prisonnier, en exigeant de lui la promesse de se représenter à la première sommation 2. Cette concession fut impuissante; comme l'avaient jugé les deux de Lalaing, l'esprit de révolte

■ Lettre du 15 septembre 1539. Appendice précité, 699. * Lettre de Charles et de Philippe de Lalaing à Marie de Hongrie, du G octobre 1539. lbid.,%51.

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