‹ Histoire du règne de Charlesquint en BelgiqueChapitre 36 sur 44 · VI. m · texte numérisé non relu

VI. m

m RÈGNE DE CHARLES-QUINT EN RELGIQUE.

prjsc ef mporté. Le tumulte s'étendit, et bientôt éclata un la dirf'menl °iu' obligea ces seigneurs à se renfermer dans ga^l Ueau, où les assiégea une multitude furieuse \ Jrar. celte nouvelle2, Marie de Hongrie convoqua sur-le-champ

conseillers et les gentilshommes de sa maison. « Il faut, r tout prix, leur dit-elle, sauver ces seigneurs qui se sont exposés pour le service de l'empereur; les abandonner, seroil perdre réputation et mettre tout le pays en hasard. Je vous requiers donc de me vouloir assister et ayder, comme par votre fidélité êtes tenus de le faire. Le comte de Lalaing est chevalier de la Toison d'or, et ses confrères sont obligés de le secourir en mettant le tout pour le tout. J'espère donc que, chacun remplissant son devoir, on aura facilement le dessus, vu que c'est une commune sans chef. » Elle offrit « de donner sa vaisselle pour fournir au plus hâtif, » et tous les assistants promirent de la seconder. Le prince d'Orange s'engagea à réunir, en trois ou quatre jours, 500 chevaux; le seigneur de Molembais, récemment revenu d'Audenaerde, se chargea d'y joindre 150 à 200 gentilshommes de la maison de la reine , et l'on se proposait de renforcer cette cavalerie de 500 piétons levés par le duc d'Aerschot ■ depuis les commotions de Gand. »

Une nouvelle réunion devait avoir lieu le lendemain malin

1 Lettre de Marie de Hongrie, du H octobre 1539. Appendice précité, 263. — «Comme aux derrenières émotions de Flandres, monsieur de Cournere estoit adverti que par le peuple d'Audenaerde le cbasteau d'Audenaerde estoit assiégé tellement que le sieur d'Escornaix et le sieur de Lalaing estant audit chasteau ne povoient wider, ledit seigneur de Courriére envoya en poste a Malines , le vij* d'octobre xxxix, le lieutenant de ce bailly pour advenir la royne aflin de faire proMsion et assistance ausdils seigneurs. » Compte de G du Bosch, précité. f° ex.

' Elle lui fut apportée, le 1 octobre, vers neuf heures du soir, par un laquais du seigneur de Courriére.

à six heures, pour arrêter définitivement ces mesures militaires. Mais, « avant ceste heure, arriva un laquais de Philippe de Lalaing chargé d'avertir la reine, que ce seigneur et son frère étoienten danger d'être perdus, si tôt n'étoient secourus : le château n'éloit tenable contre artillerie, et les assiégeans avoient une grosse pièce de canon, dont pourtant ils n'avoient pas encore tiré » Aussitôt la régente ordonna au prince d'Orange et à de Molembais de rassembler le plus de chevaux possible, et de se mettre en communication avec le bailli d'Alost, Jean de Montmorency, afin d'être informés, d'heure en heure, de la situation des choses. Elle écrivit a d'Aerschot de diriger sans retard ses piétons sur Ath, et d'envoyer 300 chevaux à Bruxelles, pour les joindre aux troupes réunies par ces seigneurs. Le lieutenant du prince, Lubert Turck, se rendit a Bois-le-Duc avec mission de lever 1,000 à 1,200 piétons, et des lettres pressantes furent adressées aux comtes d'Hoogstraeten et de Buren, pour obtenir leur concours. A tous la reine enjoignit expressément de pourvoir « h ce que les gens de guerre fussent logés et payassent, afin que les paysans ne se élevassent, dont plus grand inconvénient fût advenu et l'entreprise empêchée2. » Puis, elle dépêcha le secrétaire du conseil privé George d'Esplechin, à Audenaerde, « à J effet de regarder si, par l'entremise des gens de bien, il pourrait trouver moyen d'apaiser ceux de la commune \ »

La gravité des circonstances justifiait les armements ordonnés par la reine; mais ils étaient de nature aussi à allumer la guerre civile, peut-être même une guerre sociale. Par bon-

D HoLLANDER, 477, 178.

» Lettres de Marie de Hongrie, des 9 et H octobre 4539. Appendice précité, 643 et 263. - D'Hollande». 477-479.

1 D'Hollande», 478.

heur la voie de la conciliation s'ouvrit à temps. Le seigneur d'Escornaix jouissait à Audenaerde d'une grande considération, et sa conduite prouva qu'il en était digne. Il se mit en rapport avec les métiers, et la violence fit place a des négociations pour l'examen de leurs griefs. Dans un mémoire daté du 7 octobre, ils réclamèrent la remise entre leurs mains de l'artillerie et des munitions de la ville, afin de s'en servir, au besoiu, pour sa défense; l'évacuation de la tour de Bourgogne, menaçante pour leur sûreté; l'introduction dans le château du nombre de bourgeois nécessaire à sa garde; la destruction du bureau de la cueillette; l'affermage des accises sur l'ancien pied; l'abolition des présents en vins donnés aux frais de la ville; l'abaissement à l'ancien taux des traitements des employés et fonctionnaires communaux ; la prompte exécution de la justice; la suppression de l'hérédité dans les fonctions et dans les offices rendus désormais amovibles; la lecture publique de tous les privilèges et keures de la commune, dont une copie authentique serait remise ensuite à chaque corporation ; copie et communication des privilèges et franchises de la ville de Gand pouvant être profitables à la commune; amnistie entière et sans révocation ultérieure pour toute inculpation de propos ou d'actes séditieux; défense d'introduire garnison, soit dans la ville, soit dans le château; enfin, un règlement conférant aux échevins et aux métiers le droit de présenter annuellement vingt-quatre candidats, parmi lesquels seraient choisis les treize membres de la loi

Partout le peuple était convaincu que ses privilèges étaient violés ou faussés dans leur application. En attendant la décision delà régente, les métiers donnèrent leur assentiment

' Appendice precile, 700.

aux mesures de police proposées par le magistrat , pour assurer la tranquillité de la ville. Le lendemain (8 octobre), parut une ordonnance enjoignant aux habitants de déclarer par écrit au seigneur d'Escornaix , les étrangers logés chez eux, sous peine d'une amende de 20 escalins parisis. Le service des gardes bourgeoises fut rendu personnel ; nul , ii l'exception des veufs et des prêtres, des malades et des vieillards, ne fut plus admis à se faire remplacer. Il fut défendu de sortir le soir sans « lanterne allumée, » et de se trouver dans les rues, sans nécessité, après la cloche de retraite et lorsque les veilleurs seraient placés en vigie. En cas de tumulte, les femmes et les enfants devaient rester au logis; les hommes qu'on aurait omis de convoquer, étaient tenus de se rendre devant la boucherie, où on leur assignerait une compagnie. Une amende de 3 livres parisis fut établie contre tout capitaine en défaut de se trouver à son poste '.

L'approbation donnée à cette ordonnance témoignait du désir des métiers d'entrer en accommodement. Le i 0, Charles de Lalaing écrivit à Marie de Hongrie que son frère avait « si bien communiqué avec eux, qu'ils luy avoient accordé d'estre leur chief, vingt-quatre hallebardiers à leurs dépens, et monsieur de Beveren pour lieutenant. Ils luy avoient jà baillé les clefs de la ville en ses mains, de sorle que le tout alloit en bon accord, parce qu'il avoit gaignié les bonnes grâces du peuple. » Dans cette occurrence, il importait de ne point les alarmer par de menaçantes dispositions, propres à « reculer le tout ; car si avoient une fois le bruit qu'on rassembloit piétons, seroient tous les gens de bien en hasard d'estre tuez, attendu que eulx et les de Lalaing avoient

' Appendice pi-toile, 701.

asseuré sur leur honneur qu'il n'y viendrait personne ' . » Les dispositions de la commune étaient, en effet, si bonnes, que les échevins de Gand ayant offert de l'assister, au besoin, contre les soldats de la reine 2 , le magistrat les remercia de œtte assistance, dont il espérait, dit-il, n'avoir pas besoin. Seulement il s'engagea a faire saisir et châtier les fugitifs qui se retireraient a Audenaerde \

Ce n'était point le quartier de Gand seul qu'avait gagné l'agitation; elle s'était étendue dans toute la Flandre. A Bruges, il y avait eu des tentatives de soulèvement 4, et le magistrat, tout en protestant de la fidélité des habitants, pressa la reine d'y venir le plus tôt possible, afin de les maintenir dans leurs bonnes dispositions 5. A Ypres, le peuple annonçait hautement l'intention de se ranger du parti des Gantois, et « journellement mettoit nouvelléités en avant » A Lille, « les povres gens et aultres de petit estât murmuraient contre les loix et aultres ayans estât et gouvernement de la chose publique, cherchant occasion de eulx pouvoir eslever contre leurs supérieurs 7. » Aussi les troubles y semblaient-ils imminents, et les magistrats, tenus sans cesse en éveil, exerçaient une rigoureuse surveillance. On emprisonna, entre autres, un ancien cordelier, nommé Jean Vilicy,

• Lettre du comte Charles de Lalaing à la reine, du 10 octobre 1539. Appendice précité, 262.

■ Lettre du 11 octobre 1539. îbid., 701. 1 Lettre du 12 octobre 1339. Ibid., 702.

* « Audit maistre Guillaume Vanderhaghc, pour avoir mis a torlure ung (iilles de Coc, lequel l'on vouloit inculper d'avoir dict aulcunes parolles par lesquelles il eult peult mectre le peuple en dissention et noyse, xxiij sols. » Compte du seigneur de Praet, précité (n° 13715). de 1539-1540. f° xij.

Lettre du 1 1 octobre 1539. Appendice précité, 26*. ' Rapport du bailli dTpres, du 22 octobre 1539. Ibid., 277. ' Lettre de Marie de Hongrie, du M octobre 1539. Ibid., 265.

accusé de propos séditieux; mais on ne put mettre la main sur les principaux agitateurs, « gens inconnus, qui avoient également proféré parolles fort maulvaises '. * Il en fut de même à Armentières, où l'on arrêta deux clercs tonsurés, .lean de Bende et Grégoire Vinehant, qui furent transférés à Lille et traduits ensuite (1540) devant la cour spirituelle de Tournai 2.

Ces événements rendirent Marie de Hongrie « perplexe \ » mais elle ne faillit pas devant le danger. Redoutant plus la connivence ou l'intervention de la France que la révoile, elle prescrivit aux officiers des frontières de faire bonne garde, afin d'intercepter toute communication des Gantois avec ce royaume. Deux cordeliers arrêtés à Haspres, s'étant coupés dans leur interrogatoire, elle ordonna d'y procéder avec la plus grande sévérité, de bien s'assurer s'ils n'avaient pas de papiers et s'il n'y avait rien de noté dans leurs bréviaires. Puis, peu satisfaite du résultat de cet examen, elle les fit diriger sur Malines pour les interroger elle-même \ En même temps qu'elle prescrivait « des processions générales et solennelles, tant pour la saison de semer qui avoit esté et estoit fort diverse, que pour la prospérité de l'empereur, le bien, le repos et la tranquillité de ses pays, seigneuries et sujets5, » elle enjoignit a tous les officiers et magistrats de la Flandre d'interdire les « réunions illicites, de réprimer les propos séditieux, de faire extrême et rigoureuse justice des fauteurs

1 Lettre des maïeur et échevins de Lille à la reine, du t6 octobre 1531». Appendice précité. 274-272.

' Lettre de l'empereur, du 48 novembre 4540. Ibid., 441 .

1 Lettre du 25 septembre 4 «39. Ibid., 607.

» Lettres des 24 septembre et 7 octobre 4539. Ibid . 606 et 610.

* Lettresdu 47 octobre 4539. Compte du duc dAerschot. précité (n« 44662 , f° xxxvij

37i RÈGNE DE CHARLES-QUINT EN BELGIQUE.

de trouble. » Elle exigea de nouveaux serments des corps armés de la bourgeoisie \ et mit dans les châteaux des capitaines éprouvés. Si, à la demande du comte de Lalaing, elle licencia les piétons levés contre la commune d'Audenaerde, « ce qui s'étoit fait sans bruit, ni grande dépense 2, » elle conserva les gendarmes, sous prétexte de les prendre pour escorte, lors de son prochain voyage en Flandre 3. Partout où elle le put, elle plaça des soldats. Ainsi, le 13 octobre, « considérant les troubles estans en aucuns quartiers de Flandres et pour autres respects, elle ordonna à Antoine Hauweel, lieutenant de Josse de Steelant, capitaine et bailli de Biervliet, d'entretenir en cette ville le nombre de vingt hommes de guerre4. » Termonde 5 et Rupelmonde furent armées, et Ton transféra dans d'autres villes les prisonniers détenus dans le château de Rupelmonde6; car là aussi le peuple était enclin à prendre le parti des Gantois7. En outre, le magistrat de Malincs fut invité a tenir, de jour et de nuit, des guetteurs sur la tour de Saint-Rombaut, avec ordre

' Lettre du H octobre, précitée.

' f) HoL! AISDF.R.

J Lettres de Marie de Hongrie, du 9 octobre 1539, au duc d'Aerscnol. et du 1 1 , au comte de Lalaing. Appendice précité, 263, 613.

* Archives de l'Audience, liasse 4 1 4.%.

* Compte de la recette générale, octobre 1539.

* Ordres du 11 octobre 1539, donnés à George Dubois. Appendice précité.

■ « A ce bailly, pour avoir, à la requeste de George Dubois, capitaine ordonne, de par la ro\ne régente, à Ruplemonde, en la commotion de ceulx de Gand, prins ung prisonnier nommé Pauwels, lequel a esté condempné par les esche- \insdudit Ruplemonde, d'aller leste nue et a pieds escaulx, à la procession, pour avoir dit que si ceulx de Gand eussent venuz devant le ebasteau dudit Ruplemonde, il les eusse fait avoir par quelque maulvais moyen ouverture audit chasteau. Compte de Laurent Claissone. précité (n* 14344), de 1539. f ij

d'y allumer autant de falots qu'ils en verraient briller au château de Rupelmonde, le capitaine de cette place, George Dubois, devant, en cas d'attaque, allumer deux falots dès qu'aurait lieu l'assiette de l'artillerie, et trois s'il y avait baU terie, assaut, manque de vivres ou autre danger

Ces précautions militaires causèrent a Gand une extrême irritation, et l'on prêta sur-le-champ a la reine l'intention de recourir à la force. Le 7 octobre, on apprit que de nouveaux renforts étaient arrivés à la garnison du château de Gavre, et ce fait, aggravé par les récits exagérés des fuyards du plat pays, provoqua une violente explosion5. Dès le lendemain, la commune décida d'envoyer h la régente une députation pour s'enquérir de ses projets 3, et, dans l'assemblée des bourgeois, il fut proposé d'approvisionner la ville de blés, et de saisir les revenus du domaine jusqu'il ce que la reine eût livré les fugitifs réfugiés dans sa résidence \ L'envoi de soldats au château de Gavre semblait une menace si directe , qu'aux yeux des partisans du gouvernement eux-mêmes, c'était une mesure des plus dangereuses. Le grand bailli écrivit a la reine (10 octobre), « qu i! estoit esmerveillé qu'elle eût mis garnison a Gavre, vu que ceux de Gand n avoient fait aucune entreprise ou course, et que grand inconvénient adviendroit si Sa Majesté ne faisoit incontinent retirer ladite garnison b. » De leur coté les échevins la « requirent (18 octobre) de vouloir oster les hommes d'armes qui étoient sur le chasteau

1 Lettre de la reine au magistrat de Malmes. du M octobre 1539 Appendice précité, 274.

' Cort Yerhael.

' Und.

i Appendice précité, 61 2-613.

4 1)'HoLi.AMnrR, 180.

de Gavre, et de ne laisser garder ledit chasteau comme il auroit été en temps de guerre »

Marie de Hongrie ne tint nul compte de ces remontrances. Elle répondit qu'ayant levé des troupes pour dégager le château d'Audenaerde, elle avait craint de voir « aucuns mauvais garçons se mettre dans la maison de Gavre. En conséquence, elle y avoit envoyé quelques serviteurs domestiques de l'empereur pour la garder, sans faire force ou violence à personne. » — « Toutefois, ajoutait-elle, les affaires d'Audenaerde étant changées, j'ai incontinent donné congé a ces gens de guerre, pour démontrer que je n'entends pas procéder par la force, et que je désire pacifier les troubles en toute douceur, autant qu'il dépendra de moi et que l'on ne me contraindra pas au contraire ; auquel cas, j'y pourvoirai de manière que l'autorité de l'empereur soit bien gardée et défendue. Je vous invite donc a en avertir les manans de Gand. Exhortez-les aussi h déposer les armes et à se montrer bons et loyaux sujets; ils trouveront alors leur prince raisonnable en tout ce qu'ils demanderont pour le bien de leur ville. » Cette lettre était rédigée en termes permettant d'inférer que la garnison de Gavre serait comprise dans le licenciement ordonné, et Marie de Hongrie chargea le grand bailli de lui mander « comnient le contenu de sa réponse auroit esté pris et entendu. » Pitoyables moyens pour apaiser une telle tourmente !

Le 1 1 octobre, le jour même où la reine expédiait cette lettre ambiguë, la collace se réunit a l'effet de statuer sur les dernières propositions de la bourgeoisie, et ses résolutions se ressentirent des colères du moment. Après avoir demandé

■ Inventaire pièces produites par le procureur pénéral contre les Gantois. § P.

la prompte exécution de toutes les mesures précédemment arrêtées, elle décide de surseoir au payement des revenus de la régente, jusqu'à ce qu'elle ait livré les fugitifs résidant à Malines et à Bruxelles; d'autoriser les métiers à procéder directement à l'élection de leurs doyens; d'exiger de ceux-ci, du grand bailli et du sous-bailli, le même serment qu'avaient prêté les échevins de la keure. On chassera du plat pays les malveillants, les vagabonds et les gens de guerre. A l'approche de soldats, les paysans sonneront le tocsin dans toutes les paroisses, et les prisonniers seront conduits à Gand, pour être châtiés suivant la nature du délit. Tous les châteaux seront mis en état de défense et ravitaillés. « Ceux d'Oostdonk, Gavre, Rupelmonde, Saflingen et autres, h la garde et sûreté de l'impériale majesté et du pays de Flandre, » recevront des garnisons. Des matériaux seront préparés pour le barrage du Cruipgat. Il sera interdit d'exporter des blés, « à peine de fourfaire la vie. » On écrira aux communes de Bruges, Ypres, Audenaerde, Courtrai, Alost, « les avertissant que la commune de Gand ne désire que paix et concorde, requérant qu'elles ne veulent ajouter foi aux mauvais rapports, pour recevoir garnison. » Ces villes seront invitées, en outre, à se joindre aux Gantois et à résister aux gens de guerre qui seraient envoyés au plat pays. Enfin, la collace demande que l'on s'interdise toutes renies à rachat, que le taux des monnaies d'or et d'argent soit haussé, contrairement aux efforts constants du gouvernement pour empêcher l'augmentation de leur valeur, et que nul ne soit admis aux assemblées de la bourgeoisie, « sinon les adhéritez, tenans maison en la ville, mariés et excédans vingt ans '. » Cette dernière mesure,

1 D'HoLUXDtii, 180-482.

proposée par les métiers, était un acte habile destiné ii calmer les susceptibilités de la bourgeoisie mécontente d'avoir vu ses assemblées envahies par les prolétaires, et déjà trop disposée à abandonner une cause dont la première elle avait levé l'étendard. La mesure était aussi opportune qu'adroite, car les quelques hommes d'armes envoyés au château de Gavre, les levées ordonnées par le gouvernement avaient éveillé toutes les craintes et fait éclater tous les ressentiments.

L'assemblée venait de se séparer quand arriva la lettre de Marie de Hongrie. Cette lettre, interprétée comme la princesse l'espérait, produisit une bonne impressiou ' ; mais elle fut de courte durée. Le même jour se présentait devant le château de Gavre, l'écuyer Jean de Waudripont, chargé « de s'enquérir près des paysans de la cause de leur assemblée; » il devait « leur remontrer qu'ils faisoient mal, car les gens estant là dedans, ne leur avoient en rien méfait, et y estoient seulement pour leur sûreté et afin d'empêcher inconvénient d'advenir au pays ; puis les engager à se retirer, en les assurant que ceux qui étoient en ladite maison, ne leur causeraient aucun dommage, qu'ils estoient seulement 12 ou lô personnes incapables de tout effort, et que l'on n'en enverrait pas davantage. » Enfin, « si, par bonnes paroles. » il ne parvenait pas à faire lever le blocus, il avait ordre de les sommer de se retirer, sous peine d'encourir l'indignation de l'empereur, et de leur exhiber un placard décerné à cet effet. Arrivé aux avant-postes, de Waudripont fut arrêté et conduit devant Yvain Van Waernewyck, qui se lit donner ses lettres de commission, le mit sous bonne garde et courut à Gand, « pour avoir conseil et avis. » La commission de cet

• Rapport du prand bailli, du 12 octobre «339. D'Holla.nder. 185.

envoyé parut en opposition directe avec la lettre de Marie de Hongrie, et jeta les magistrats de Gand dans un profond étonnement. Après en avoir délibéré, « confiant que Sa Majesté feroit retirer tous gens de guerre estrangers estant audit château par son ordre, ils invitèrent Jean de Waudripont, « pour éviter plus grand grief et inconvénient, » à surseoir à d'autres démarches, jusqu'à ce qu'il eût été statué sur la réclamation qu'ils allaient adresser à sa maîtresse.

« Très -haute et très-puissante dame, disaient -ils dans cette réclamation, nous avons aujourd'hui reçu vos lettres écrites le 11 de ce présent mois d'octobre, et, par icelles, entendu les raisons et occasions qui avoient mû Votre Majesté de mettre garnison au château de Gavre et de lever d'autres gens de guerre. Mais elles portent aussi que Votre Majesté ayant entendu fesdites occasions n'être point telles qu'elle le eroyoit, avoit licencié tous et quelconques lesdits gens de guerre. Or, ce nonobstant, il est venu à notre connoissance que l'on auroit mandé, de votre part, aux paysans étant autour du château de Gavre, de se déloger de là, sous peine d'encourir l'indignation de l'empereur notre naturel seigneur et prince natif. Sous correction, cela ne nous semble pas s'accorder avec ce que Votre Majesté nous a écrit. En conséquence, nous vous supplions, pour le repos et tranquillité tant des habitans de cette ville que des paysans, de rappeler, :i toute diligence et sans délai, les gens de guerre se trouvant au château de Gavre et ailleurs dans ce pays de Flandre, et de permettre, pour le bien de ce pays et la hauteur de la majesté impériale, que ce château soit gardé par gens de cette ville de Gand, ou, du moins, par les paysans du voisinage, au choix et à la di>crélion des trois membres de cette ville. Nous vous pl ions aussi d'ordonner que le semblable ait lieu

de tous autres châteaux de ce pays de Flandres, et principalement dans notre quartier, car les Gantois ne demandent que paix, union, bonne amitié avec leurs voisins; il leur semble dès lors inutile de mettre des gens de guerre et des munitions dans les châteaux et les forts. Nous supplions aussi Votre Majesté, attendu que la commune est fort émue à l'occasion de certains fugitifs, ayans grandement forfait envers elle et son quartier, et retirés sous votre protection, de les faire livrer au lieu de leur bourgeoisie, pour qu'il en soit fait justice par droit et raison, ou de les chasser de votre présence. Pour avoir commis si grands et énormes délits, ils ne doivent jouir, dans les états de l'empereur, d'aucune franchise, port, ni faveur quelconque. En accueillant cette demande, Votre Majesté fera grand bien à la ville de Gand, aux voisins d'icelle et au pays de Flandres en général, selon que le connoit Dieu, qui veuille vous donner, très-haute et très-puissante dame, l'entier de vos très-nobles et bons désirs. Les échevins des deux bancs et deux doyens de la ville de Gand, entièrement vôtres 1 . »

Cette requête, écrite sous l'inspiration des récentes discussions de la collace, fut jugée « bien arrogante, desraisonnable et du tout dérogeante aux hauteurs, prééminences et souveraineté de l'empereur 2. » Elle portait cette simple suscription : « A la royne, » et par sa forme, plus encore que par le fond, elle excita le courroux de Marie de Hongrie. Ce n'étaient plus des sujets s'adressant au représentant de leur prince, c'étaient les chefs d'une commune libre traitant de puissance à puissance. La reine s'empressa de transmettre

' D'Hoi.LA.M)F.n, 483-187. — Inventaire des pièces produites par le procureur gênerai contre les Gantois, § A.

' I) Hoi.LAM)EB. «86.

copie de celte pièce à Charles-Quint (13 octobre), et de l'informer des derniers événements. « Il est temps, ajouta-t-elle, d'y pourvoir, et de hâter votre venue par deçà, autrement le pays ira en totale désolation » En attendant, obligée de comprimer son ressentiment (car, comme le disait François Van der Gracht, les Gantois « sont gens bien traitables, en y procédant par douceur; mais en usant de rigueur, ce sont gens furieux et sans raison 2, »), elle se servit de nouveaux leurres. Jean de Waudripont, qui avait été rendu à la liberté, reçut l'ordre de rester devant Gavre et de négocier avec les paysans. Il leur réitéra l'assurance que la garnison du château ne leur causerait aucun dommage, et offrit d'y laisser entrer un ou deux de leurs délégués, devant qui le capitaine prêterait serment de ne pas fouler le pays, si on lui fournissait des vivres. Yvain Van Waernewyck repoussa ces propositions; il demanda à introduire dans la place autant d'hommes que la reine y avait envoyé de soldats, et les négociations furent rompues, « tellement que ledit Waudripont retourna sans rien faire. Seulement il trouva moyen de parler de loin à ceux qui éioientau château, et ils lui dirent « qu'ils étoient délibérés de garder la place jusques au bout; ils ne craignoient que faute de vivres, car ils n'en avoient pas pour dix jours, ce dont ils le prioient d'avertir la reine \ »

Aux menées astucieuses du gouvernement, la commune gantoise opposa franchement des actes énergiques. En conformité des résolutions de la collace, les échevins invitèrent les villes de Bruges, Ypres, Audennerde, Courtrai, Alost et Termonde, à concourir à la défense du pays. « N'ayant

• D'Hollamder. <87.

• Leltre du ii octobre 1531». Ibid.m.

' Ibid

d'autre intention, disaient-ils, que de garder et d'entretenir paix, amour et accord entre nous et avec toutes les communautés, à l'honneur de Dieu tout -puissant, de l'impériale majesté et de la commune prospérité de ce pays de Flandres, nous vous demandons si nous pouvons nous fyer en vous, comme vous en nous. Dans ce cas, nous vous prions, si Ton veull envoyer ou mener aulcuns gens de guerre en votre ville, de le vouloir empêcher » La même demande fut adressée aux villages du plat pays 2, et, « le désir de la communauté étant de faire garder, au nom de l'impériale majesté, les forteresses et chasteaux du quartier de Gand par gens loyaux des trois membres de cette ville, » l'ex-échevin Adrien Betlis, avec 12 hommes, un barbier nommé Griffon Van den Bogaerde, avec 7 ou 8 hommes, reçurent mission d'occuper, l'un le château de Termonde, l'autre le château d'Oostdonk, dans la châlellenie de Vieux-Bourg 3. Malgré les recommandations faites au drossard du comte de Hornes, tuteur des jeunes de Montmorency, cette dernière place fut surprise, et Van den Bogaerde en prit possession sans coup férir. Mais George Dubois était sur ses gardes, et le délégué des Gantois « ayant requis que ouverture du château de Termonde fut faite â lui et â ses gens, ledit capitaine répondit que, s'il vouloit entrer avec un serviteur ou deux, il le recevroit volontiers; non autrement. Sur quoi, Adrien Beths partit, laissant ses gens, dont l'un, Rogier Willeman, dit que, s'ils eussent prévu ce refus, ils seroient venus de jour

• Lettres des échevins de Gand, du 13 octobre 1539. D'Hollaxder, 488.

• Autres lettres de la même date. lbid.

1 Lettres des échevins adressées au capitaine de Termonde. 43 octobre 4339 lbid., 189. — Inventaire des pièces produites par le procureur général, § S. — t.ort Verhacl.

et auroient trouvé façon d'entrer. Sur ce que le portier demanda : Donc eussiez esté les plus forts? ledit Willeman repartit : Lors comme alors! Et ledit Adrien Beths vint à Bruxelles faire ses excuses de sa conduite, et les autres compagnons retournèrent à Gand. »

Marie de Hongrie feignit d'ignorer ces événements ; sans en toucher un mot, sans répondre aux réclamations de la commune, elle écrivit, le 15 octobre, aux échevins de la keure qu'elle « s'émerveilloit que, malgré ses explications, le château de Gavre restât bloqué. » Sa lettre, qui dissimulait mal son ressentiment, se terminait par l'offre de s'entendre avec eux pour la garde des châteaux du quartier de Gand '. Dédaignant de rétorquer ses arguments, usant à son tour de menaces, se hornnnt a s'intituler ses « très humbles serviteurs , » ils lui répondirent le même jour : « Le peuple et en particulier les habitons du plat pays sont de plus en plus émus; qui pis est, les paysans commencent à se réfugier en grande multitude dans les villes, parce que les gens de guerre par vous envoyés au château de Gavre, ne veulent en sortir sans votre ordre. Cet état de choses est intolérable, et la grande nécessité nous contraint de prier Votre Majesté, pour la conservation de ce pays, de rappeler ces soldats à toute diligence. Par faute de ce, vous mettrez tout le pays en hasard ; ainsi que, par deux fois, nous vous l'avons écrit, vous serez occasion de la destruction et dégât de ce pays, spécialement de cette ville de Gand, laquelle pourtant ne désire autre chose que demeurer bonne et loyale à l'empereur, notre naturel seigneur et prince natif, jusques à la mort 2. »

' D'Holi.ander, 189-194.

• Lettres du 15 octobre 1339. tbid., 191. - Inventaire des pièces produites par le procureur général.

:m RÉGNE DE CHARLES-QUINT EN BELGIQUE.

Ce jour-là, les métiers avaient enfin procédé à l'élection de leurs doyens, de la manière arrêtée par la oollace. Ils n'avaient pas encore quitté leurs maisons d'assemblée, qu'on apprit que le grand doyen, Lievin D'Herde, avait prêté serment d'après la formule comprenant la paix de Cadzant. Il s'ensuivit un violent tumulte, et il ne cessa que le lendemain, après que D'Herde eut juré en se conformant à la nouvelle formule. Le 17, les doyens élus s'assemblèrent, et ils se montrèrent sur-le-champ à la hauteur de leur mission. Ils demandèrent aux collèges des deux bancs de donner acte à Y va in Van Waernewyck que le blocus du château de Gavre avait été entrepris au nom de la ville de Gand, et réclamèrent lecture d'une lettre de* la régente adressée au capitaine de ce château et interceptée par les paysans. Les échevins, effrayés de ces exigences de nature à rendre tout accommodement impossible, les combattirent avec fermeté et parvinrent à les écarter; mais, par compensation sans doute, Us envoyèrent des renforts à la petite garnison du château d'Oosldonk

Tout poussait évidemment à une révolution ; elle semblait si prochaine, que le grand bailli lui-même désespéra de l'arrêter davantage. La reine lui avait défendu de prêter un nouveau serment, « en façon quelconque, comme étant chose par trop préjudiciable a l'autorité souveraine, » et lui avait prescrit de s'en excuser, en alléguant la nécessité d'avoir à cet effet « une expresse ordonnance de l'impériale majesté 2. » Effrayé des dangers d'un refus, et convaincu de son impuissance, il s'enfuit sous le déguisement d'un de ses serviteurs (17 octobre).. En informant les échevins de son départ, il prétexta l'impossibilité de prêter un nouveau serment, et les pria de

' Cori Verhael.

• DHoilander. 179, 180.

protéger sa femme, en considération des services qu'il avait rendus a la ville '. Cet événement accrut l'effervescence et, le lendemain, elle devint de la fureur, quand on apprit que Jean Van Waesberghe venait de mourir en prison. « Lui ainsy mort, fut le corps porté en sa maison afin de l'ensevelir et le mectre eu terre; mais dès que lesdits meutins le sceurent, ilz le feirent rapporter en prison, et à toute fin voulloient que on coupast publiquement la teste de ce corps mort comme l'ayant bien desservi 2. »

La collace s'assembla le 19, et l'on y débattit la question de savoir s'il fallatt donner cette affreuse satisfaction à la vindicte publique. La motion fut heureusement repoussée, et les échevins, laissés juges d'en décider, permirent d'inhumer le cadavre en l'église de Saint-Nicolas 3. L'assemblée, passant ensuite à l'examen de la situation, arrêta des mesures témoignant que la modération dont elle venait de faire preuve ne provenait pas de la timidité. Après le début ordinaire réclamant l'exécution de ses précédentes résolutions, elle demanda que les anciennes fortifications démolies fussent rétablies aux frais des personnes qui en avaient provoqué ou ordonné la démolition, sans même en excepter les receveurs communaux. Elle mentionna spécialement le bastion de la Drussche Waelpoorte , supprimé, disait-on, à l'instigation de Jean de Gruuthere, seigneur d'Exaerde, qui avait donné par la plus de valeur à sa propriété de Waernewyck, et les barbettes entre la Passelte-Poorte et la Heuvel-Poorte, détruites par ordre du receveur George Van Crombrugghe. * Il faut, ajouta-t-elle,

• Relation des troubles. - M. Steir, 100-40». - Cort Verhnel. Cette relation donne la date du 48.

■ Relation des troubles. - Cort Verhacl. ' Ibid. - D'Hollande*, m.

sans plus de délai, mettre l'artillerie en bon état; armer les portes, les tours, les murailles; se pourvoir de munitions; engager des maîtres canonniers et des bombardiers ; établir des ponts-levis aux portes ; réunir les matériaux nécessaires au barrage des cours d'eau ; acheter 2,000 bois de piques, pour résister aux ennemis, si besoin étoit; hausser la valeur des monnaies ; interdire la vente de rentes â rachat ; envoyer des renforts à Yvain Van Waernewyck et lui délivrer acte de non préjudice. » Ces motions révolutionnaires furent suivies de quelques mesures d'ordre établissant des châtiments contre quiconque troublerait ces délibérations par des cris, ou parlerait avec inconvenance des échevins; enjoignant au sous-bailli, Arent Slurne, de remplir les fonctions de grand bailli, et lui accordant à cet effet une garde de douze hallebardiers '.

La séance était levée et l'assemblée se séparait assez tranquillement, quand un nouvel incident vint raviver les craintes et attiser les passions. Marie de Hongrie, informée (13 octobre) de la détresse de la garnison de Gavre, à qui il ne restait plus que quatre rasières de blé et quelques pains, avait chargé Jean de Waudripont d'aviser aux moyens d'y faire passer des vivres. Mais, bien que les paysans se fussent relâchés dans leur surveillance, il « ne put rien besoigner 2. » La reine alors écrivit au prince d'Orange, qui se trouvait à Maestricht, de revenir en toute hâte avec les troupes em-

1 Cort Verhael. — Les Mémoires de D'Hollander donnent à ces résolutions la date du 20 octobre; mais elle ne concorde guère avec le fait du ravitaillement du château de Gavre, établi authentiquement par les lettres d'abolition délivrées à la ville de Ninove.

• D Hollande h, 185, 487. - «A Jehan de Waudripont, escuyer. la somme de vingt livres, pour, à l'ordonnance de ladite reine, avoir fait deux voyages, tant do nuict que de jour, au château de Gavre, du temps que les paysans estoient devant. » Compte de la recette générale, octobre 4539.

plo\ ées à la soumission de cette ville. Mais de nouveaux rapports de plus en plus pressants ne permettant pas d'attendre son arrivée, elle ordonna au seigneur de Glajon de prendre 200 chevaux de la bande d'ordonnances du seigneur de Heveren \ 30 à 40 eoulevriniers, quelques « avant coureurs, gens de fait et entendus à la guerre, » et de conduire à Gavre deux ou trois chariots de vivres 2. Il lui fut bien recommandé de veiller à ce que personne, même les paysans bloquant le château, ne reçussent de ces troupes insulte ni dommage; toutefois, en cas de résistance, il était autorisé à agir « comme le droit de la guerre le requéroit. » Pour que cette expédition ne portât point ombrage aux communes de Garni et d'Audenaerde , la reine leur en donna avis, en ayant soin pourtant que ses lettres ne leur parvinssent qu'après le ravitaillement de la place.

De Glajon arriva dans la nuit du 18 octobre devant Ninove. Les habitants de cette petite ville, avertis de son approche, avaient fermé et cloué les portes, et pour passer la Dendre, il fut obligé de faire un long détour qui le mena à une petite lieue de Gand, « tellement que, s'il eût esté jour, il eût été a la main des Gantois. » Il arriva devant Gavre le lendemain, à huit heures du matin, et remplit sa mission, qui ne rencontra pas le moindre obstacle. Au retour, passant près du château de Waernewyck, il en enleva des grains et de l'artillerie, et revint à Bruxelles sans avoir dû tirer lepée. Les magistrats de Ninove, effrayés de leur audace, en-

1 « A Arnould Lutins, parcydevant homme d'armes de la compagnie de feu Monsieur de Beveren, la somme de quarante livres, pour et en faveur d'aucuns bons services par luy faits, mesme au ravictuaillement du château de Gavre. •» Compte précité, décembre 1311.

■ D'Hoi i \ m m i; 193, 196.

voyèrent, dès le 19, des députés à la reine, pour excuser leur conduite. « Nous étions absents, dirent-ils, et les habitants n'ont osé douner passage à cette gendarmerie, dans la crainte de voir la ville brûlée par les Gantois. » Marie de Hongrie se borna a répondre qu'on examinerait cette affaire lors de l'arrivée de l'empereur

La nouvelle de celte expédition fut portée à Gand par une foule de campagnards accourant s'y réfugier, y transportant leurs meubles en chariots, en bateaux, à cheval, à dos d'homme , aussi épouvantés qu'ils l'eussent été par l'invasion d'une armée ennemie. Puis vinrent des paysans de la troupe de Van Waernewyck criant « que on les entretenoit de bourdes, que les gens de guerre les vouloient manger et piller. » Des rassemblements se formèrent et le tumulte fut au comble. Van Waernewyck, venu à Gand pour obtenir l'approbation officielle de la commune, fut accusé de trahison, et dut se soustraire par la fuite à la rage du peuple. Les métiers prirent les armes, et déjà de nombreuses bandes allaient courir a Gavre, quand on apprit la retraite du seigneur de Glajon 2. Les échevins adressèrent sur-le-champ une nouvelle requête à la reine. Après avoir rappelé les causes qui motivaient le blocus de Gavre, ils déclarèrent qu'ils « tenoient ce fait pour agréable et que les paysans ne se retireroient si ce n'est que Sa Majesté fit premièrement retirer les compaignons estans sur ledit chasteau. » Ils demandèrent qu'il fût remis a la garde « d'aulcuus loyaux et adhéritez de ceste ville de Gand et des habitans autour dudit lieu, qui jureroient de le garder

• DïIoixander, 195. - Lettres d'abolition accordées à la ville de Ninove. juin 4540. Appendice précité, 407. - Cort Verhael. - Réclamation des Gantois et réponse de Marie de Hongrie , citées plus loin.

' Cort Verhael. - D'Hollander. 105.

à la conservation de la hauteur de Sa Majesté Impériale et de la prospérité du pays. » — « Alors, ajoutaient-ils, nous enverrons des députés en tel lieu qu'il plaira à Votre Majesté, pour conférer de toutes affaires1. » Marie de Hongrie, blessée du ton de cette réclamation , répondit par un refus formel ; elle invoqua des lettres de l'empereur lui enjoignant de faire occuper les châteaux de la Flandre , et répéta que , du reste , cette mesure tendait à empêcher « aucuns mauvais garnemens de les surprendre 2. » A la sollicitation des échevins, le conseil de Flandre la supplia en vain de revenir sur cette résolution compromettante pour le repos public * ; elle fut inébranlable. Seulement elle engagea la commune à lui envoyer des députés pour conférer de cette affaire4.

Sur ces entrefaites se produisit une autre cause d'aigreur. Guillaume De Mey, envoyé dans les chàtellenies pour neutraliser les menées des agents du gouvernement, accusa de trahison les hauts échevins et les hoogpointers de Courtrai. Cette accusation trouva de l'écho chez le peuple et chez les paysans des environs, exaspérés par les poursuites ordonnées au sujet de l'aide, et il leur promit de faire bonne et prompte justice de ces clabakkers. En effet, les deux hoogpointers Josse Van den Berghe et Simon Caluwart, qui avaient assis la levée de l'aide, furent arrêtés pendant la nuit, traînés a Gand et jetés en prison 5. Aux plaintes et aux reproches de la reine, les échevins de Gand répondirent en la priant « de ne donner ni laisser donner aucun empêchement ou trouble à l'exécution

• Lettres du 19 octobre «539. DHollander, 192.

• Lettres du 21 octobre 1539. Ibid ,193. 1 Lettres du 24 octobre 1539. Ibid., t97. « Lettre du 25 octobre 1539. Ibid., 199.

4 Ibid., 200. - Ordonnance de mise en liberté de ces deux prisonniers, 10 février 1510. M Stejr, Pièces justificatives.

de privilèges leur octroyant le droit de prendre connoissance, juridiction et judicature, non-seulement sur leurs manans, niais aussi sur tous ceux qui étoient demeurant au plat pays ou en ville close de leur quartier; car, au cas où l'on y mettrait empêchement ou force, ils seraient dans la nécessite d'y résister, de chercher le dernier moyen de sauvegarder les privilèges, libertés et juridictions de la commune. • Ils s'élevèrent avec énergie contre les démarches des agents de la princesse, « qui alloient demandant aux habitans de leur quartier s'ils vouloient demeurer avec l'empereur ou avec les Gantois, comme si ceux-ci étoient de tout aliénés et séparés de l'impériale majesté. » — « De telles demandes, dirent-ils, n'ont autre intention que d'engendrer discorde et débats, et de gâter tous ces pays. D'un autre côté, tandis que Votre .Majesté nous assure sans cesse que les gens de guerre ne causeront dommage ni foule à personne, déjà à deux ou trois reprises ils ont fait force, violenee et pillerie en la maison et sur les biens d'Yvain Van Waernewvck, notre bourgeois et manant. Or, comme il n'a agi que par nos ordres, nous devons voir dans l'occupation du château de Gavre et des autres forts l'intention de nous faire piller et outrager nous et les nôtres. Il est un seul moyen d'apaiser la commune, c'est de faire droit à ses demandes réitérées et de lui livrer les fugitifs résidant à Bruxelles et à Malines '. »

A ces prétentions, la régente opposa le traité de Cadzant. qui avait enlevé aux Gantois toute juridiction, en matière criminelle, sur les officiers et justiciers du plat pays. « Vous avancer de prendre connaissance en jtidicature sur les magistrats de la chatellenie de Courtrai, dit-elle, ce serait violer ce

' D'Hollamier. 200-203.

traité et porter une grave atteinte à l'autorité de l'empereur. Il vous a donné recours devant le grand conseil de Malines ; si donc vous ou ceux de Courtrai avez des sujets de plainte, poursuivez votre droit en justice, sans vous mesler autrement de celte affaire ou chercher, comme l'écrivez, les extrêmes; de ce n%en ne sauroit advenir que votre entière destruction. Quant ii ce que nous aurions fait enquérir près des sujets de Flandres s'ils voûtaient demeurer avec l'impériale majesté ou avec vous, nous n'avons pas connoissance d'une telle inquisition faite de notre part ; mais nous avons vu diverses lettres envoyées par vous a cette fin aux villes et aux villages de Flandres. » Elle prétendit ignorer les violences commises au château de Waernewyck, d'où le duc d'Aerschot venait encore de faire enlever quelques pièces d'artillerie, sous prétexte qu'elles lui appartenaient. Au sujet des fugitifs, elle déclara que leur extradition n'était pas en son pouvoir, mais qu'elle était disposée à leur administrer à cet égard droit et justice s'ils avaient des griefs fondés. Enfin, elle ajouta qu'elle renverrait le grand bailli a Gand, dès que la justice y aurait repris son cours et qu'il pourrait librement desservir son emploi, chose impossible tant que les métiers restaient en permanence '.

La commune, irritée de la réponse, ne garda plus de ménagements. Parlant en souveraine, le 27 octobre, elle expédia des placards qui ordonnaient d'appréhender et de conduire à Gand quiconque exercerait des violences, dans le plat pays, pour le recouvrement de l'aide, et enjoignaient a tous baillis, maïeurs, écoutètcs, sous peine d'une amende de GO livres parisis et de correction, d'appeler le'peuple aux armes, de l'organiser par dizaines, de fermer les passages par des barrières, par des

Lettre du 26 octobre 4539. DHomardm, 203

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