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barricades ou d'autres travaux '. Afin de se procurer l'argent nécessaire à ses armements, elle haussa la valeur des monnaies, au mépris des ordonnances, et engagea les autres villes à suivre son exemple 2. En même temps, on continuait les poursuites contre les magistrats soupçonnés d'avoir voté l'aide, soit a Gand, soit dans les chàtellenies 3. Les prisonniers avaient déjà subi plusieurs interrogatoires, lorsque, dans la nuit du 28 octobre, quelques métiers, exaspérés par les nouvelles venues de Courtrai, où, disait-on, des commissaires de la reine travaillaient à détacher cette ville de la cause des Gantois; de Thielt, de Deynze, de Moerbeke, du pays de Waes où avaient eu lieu de nouvelles poursuites fiscales, se réunirent dans la maison des tisserands, et décidèrent de s'établir en permanence à l'hôtel de ville, pour obtenir punition des coupables. On ne prévint les suites de cette résolution , qu'en leur promettant une entière satisfaction ; et, en effet, le lendemaiu, Lievin Donaes et Laurent Everden reçurent la question ordinaire et extraordinaire, en présence des cinquante-trois doyens, des jurés des tisserands et des notables de la bourgeoisie. Everden persista dans ses dénégations; mais la torture arracha h Donaes l'aveu que l'aide avait été consentie par les échevins des deux bancs 4.
La sédition gagnait toutes les localités voisines, et l'on était a la veille d'une explosion générale. Marie de Hongrie avait résolu de visiter les principales villes de la Flandre pour maintenir dans l'obéissance celles qui étaient restées étran-
• D'HOLLANDER. 2U.
» Lettre de Marie de Hongrie, du 23 octobre, défendant aux magistrats d'Audenaerde de prêter l'oreille à ces suggestions. Appendice précité, 703. 1 /&«/., 210, 701-706.
* tort Verhael.
gères à la résistance de Gand, pour imposer à celles qui avaient manifesté des sentiments hostiles au gouvernement; mais elle s'aperçut alors des fautes commises. Ses armements avaient éveillé partout les défiances et ramené l'agitation là où de sages mesures l'avaient calmée. A Grammont, les métiers « faisoient des assemblées indues, réclamoient des nouvelletés, et parloient mal aux gens de la loy *. » A Roulers, éclatait « une violente émeute 2. » A Menin, la commune, « de sa propre autorité , destituoit des échevins et des officiers 3. » Le magistrat d'Audenaerde , prévenu que la reine comptait venir en cette ville, « accompagnée d'aucuns gentilshommes, pour la sûreté de sa personne, » la pria de retarder ce voyage, dans la crainte qu'il n'excitât de nouveau les troubles apaisés par « l'instante sollicitude et l'extrême diligence du seigneur d'Escornaix 4. » Ces appréhensions furent partagées par Philippe de Lalaing, et il fit d'égales instances pour détourner la princesse de ce projet b. Le bailli d'Ypres, André d'Ongnies, seigneur de Wadelincourt, n'osa publier l'avis annonçant le passage de la gendarmerie commandée pour servir d'escorte, « attendu que le peuple ne vouloit nullement ouïr parler ni endurer gendarmerie en ceste ville, craindant garnison. » Il ••ngagea même le capitaine d'Aire, messire Louis d'Yves 6 , qui allait se rendre au-devant de la régente avec cinquante
* Plac. du 25 novembre 4539. Inventaire d'ordonnances, I. c.
* Plac. du 26 octobre. Ibid.
1 Plac. du I* décembre. Ibid.
* Lettre du magistrat d'Audenaerde à Marie de Hongrie, du 44 octobre 1539 Appendice précité, 268.
* Lettre de Philippe de Lalaing a Marie de Hongrie, du H octobre 1539. Ibid , 269.
* « A Louis d'Yves, écuyer, lieutenant de cinquante hommes d'armes des ordonnances de l'empereur sous la charge du seigneur de Beveren, et capitaine des archers de madite dame. » Compte de la recette générale, de 1539.
lances de la bande d'ordonnances du seigneur de Beveren, à prendre un autre chemin « que par cesle ville ; car ou ne les y lesroyt point entrer ny passer, et seroyt por mettre la totalle commune en armes, comme déjà avoit esté une fois, à moindre occasion '. » Il en fut de même à Termonde, dont le bailli, messire Jacques de la Troliére, seigneur de Beaumanoir, exposa qu'y envoyer des troupes serait « mettre le peuple de la ville et pays en crainte et en doubte, là où il n'estoit point de nécessité 2. » Ces déliances étaient trop unanimes pour n'en pas tenir compte, et Marie de Hongrie renonça à sou voyage. Elle ordonna d'arrêter la marche des troupes destinées à l'accompagner, mais recommanda aux capitaines des villes et des châteaux de la Flandre de faire bonne garde \ et de la tenir sans cesse au courant des événements *.
La commune gantoise, ayant appris que des commissaires de la régente allaient se rendre à Courtrai, pour prendre connaissance de l'arrestation des hoogpointers , y envoya, sur-le-champ (27 octobre) des députés, sous prétexte de s'enquérir des faits imputés aux prisonniers et d'entendre les plaintes des habitants. Le but réel était de s'opposer à l'immixtion du gouvernement dan* cette affaire et d'établir devant ses commissaires le droit de juridiction de la commune. Les instructions de ces députés portaient : « S'il est interdit aux habitants d'empêcher les magistrats de remplir leur
' Lettre du H octobre 1839 Appendice précité, 277.
1 Lettre du 25 octobre i 539. Ibid., 278. — J Lettre du 26 octobre, précitée.
' Rapport du bailli de Termonde. Appendice précité, 278. — « Item, au temps des émotions, ce bailly, par charge dudit seigneur de Courriére, envoya secrètement ung homme à Gand pour s'enquerre des actes et emprises de ceulx de Gand, affin, s'ils eussent malvolu, de garder sa ville d'Alost d'inconvénient, lequel homme, par trois fois, a vacqué audit Gand, chacune fois, deux jours » Compte de Gérard du Bosch, précité ( r,« 13569), f» ex »».
office selon les us et coutumes , ceux-ci à leur tour doivent s'abstenir d'injustice et de violence. Or, le peuple se plaint d'abus et d'excès, et il appartient aux échevins de la keure, ses juges ordinaires, de connaître de la contestation. Ils sont tenus de rendre la justice à tous, notamment aux habitants du quartier de Gand. Nul n'est en droit de s'y opposer ; les hauts échevins de Courtrai ont eux-mêmes reconnu la compétence de ce tribunal, en envoyant a Gand des avocats chargés de les disculper. On objectera peut-être qu'il est facultatif aux habitants de cette ville de déférer le différend a la reine; vous répondrez qu'ils ressortissent à la juridiction et a l'administration du collège de la keure et qu'il leur est interdit de recourir a d'autres juges , hors le cas de déni de justice. Puisqu'ils ont, suivant la voie légale, intenté leur action devant ce collège, que justice ne leur est pas refusée, il n'est ni nécessaire, ni admissible de s'adresser à un autre juge. Si, au mépris de nos droits incontestables, les commissaires de la reine apportaient quelque empêchement au cours régulier de cette affaire, vous leur résisteriez par tous les moyens en votre pouvoir. » Il fut défendu aux députés de communiquer leurs instructions; à toute demande à cet égard ils devaient répondre que leur démarche avait lieu par forme d'avertissement, sans qu'il fût question d'entrer en procès ; que, du reste, il était libre aux agents de la régente d'aller en réclamer communication à Gand, où l'affaire était intentée. Enfin , les députés reçurent mission d'interroger le pensionnaire Corneille Roose, ainsi que les députés chargés, en 1537, de porter à Marie de Hongrie la décision de la châtellenie sur la pétition de l'aide '.
' Appendice précilé, 62< .
Les envoyés gantois ne trouvèrent à Courtrai que quelques agents subalternes, qui venaient, disaient-ils, pour s'enquérir de la résolution de la chàtellenie. Il leur fut enjoint de s'en tenir dès lors au dernier objet de leur mission; seulement, si l'oceasion s'en présentait, il convenait d'informer ces agents de la ferme intention de la commune de ne se dessaisir d'aucun de ses droits1. Dans leur interrogatoire, Corneille Roose, Gilbert Van Welseners, ancien prévôt, et Oscar Beert, ancien éehevin, disculpèrent le pensionnaire de Gand, Jean Baert, d'avoir fait à la régente une déclaration contraire aux instructions de ses mnndataires 2. Mais les Gantois y ajoutèrent peu de foi, et, a leur instigation sans doute, Corneille Koose fut destitué 3.
Dans le même temps, Guillaume De Mey s'était rendu à Audenaerde, où venait d'éclater une émeute, occasionnée « par certain octroi que le peuple disoit avoir été obtenu de la cour au préjudice de la commune. » On avait dû lui donner lecture des privilèges, lecture qui avait duré plusieurs jours, « depuis neuf jusque onze heures du matin, depuis deux jusque quatre heures de l'après-dinée 4. • A peine arrivé, le député gantois harangua la foule attroupée. « Le gouvernement, dit-il, a violé nos privilèges, ordonné des arrestations et des poursuites illégales; il nous ruine par d'incessantes demandes de subsides; il nous affame par une infinité d'impôts, et il laisse les frontières dégarnies, les gens de guerre sans solde, pour livrer la fortune publique aux concussions des ministres5. » Il prêta aux proscrits les projets les plus
• Appendice précite, 625. - • Ibid., 626, 628. - 1 Ibid., 322. « Letlre de Philippe de Lilaing a Marie de Hongrie, du 16 octobre 1531». Ibid., 270.
1 I) Hou \m)er, 36, 37 - II. Steir. 93. 94.
TROUBLES DE LA FLANDRE - LACÉRATION DU CALFVEL. :m
criminels et, après avoir exposé les dangers qui menaçaient la Flandre, si toutes les villes ne s'unissaient pas pour la défense de leurs droits : « A ces projets, à ce système, s'écria le fougueux tribun, il faut s'opposer par la force! On n'agirait pas de la sorte si l'empereur était instruit de ces circonstances; c'est à son insu que la cour et les ministres exploitent le pays. Qu'avons-nous besoin d'être gouvernés par une femme? Plaçons-la dans un cloître, et nos maux seront Unis. Vous n'avez plus d'ordres à recevoir d'elle , car le gouvernement de la Flandre lui a été retiré, et la commune et moi nous en avons investi monsieur le haut bailli '. Quant à nous, Gantois, quel que soit le parti que vous preniez, celui de nos oppresseurs ou le nôtre , nous avons résolu de reconquérir nos droits, dussions-nous dans cette entreprise succomber les armes à la main 2! » Ce discours enflamme la multitude; elle exige l'arrestation des émissaires de la régente, et, les supposant cachés dans le château, elle somme la garnison de lui en ouvrir les portes. La place n'était pas en état de défense, et une attaque eût amené d'affreux malheurs, si la sagesse des de Lalaing n'avait calmé l'effervescence \ Mais il fallait une satisfaction aux esprits irrités, et, malgré les instantes prières du magistrat, les échevins de 1537 4,
' « Wat hebben \vy metter koningmne te tioenc, dat men se in een kloosler steke. Zo zoude wel al d'onze verleeren, en ook men behoorde haer brieven geen gelove te gevene, mlts dat zo niet meer 't régiment van Vlaeuderen en heeft, want ik en andere inzetenen van Ghendt, hebben t régiment gegeven mynheere den hoog balliu. » Enquêtes criminelles. Interrogatoire de G. DeMey, du 5 mars 1544. cil. de M. Stkia, 95.
* Ibiil. — 1 Rapport de rhilippe de Lalaing, cité dans une lettre de Marie de Hongr ie, du 29 octobre 1539. Appendice précité, 282.
* C'étaient Jacques Van Dewarent, Jean VanSiclyn, Adrien Vanderstraeten. Jacques Van den Bossche, Jacques Van Quickelberghe, George De Corte, Pierre Gastel. Philippe Elias, seigneur d'Huddeghem, et le pensionnaire Annain.
:m RÈGNE DE CHAULES QUINT EN BELGIQUE.
accusés d'avoir chargé la châlellenie sans le consentement des Gantois, furent jetés en prison '.
Ainsi, les chicanes, les intrigues, les violences avaient porté leurs fruits; d'une opposition constitutionnelle on en était arrivé à une résistance extrême; on touchait à une révolulion. Les colères débordaient partout. Partout éclataient les liassions : nobles, chez les uns qui rattachaient la grandeur de la patrie a ses libertés; brutales, chez les autres qui aspiraient à la vengeance; viles, chez quelques-uns qui rêvaient pillage et spoliation. Malheureusement ces dernières, écume et fange du torrent révolutionnaire, en tirent dévier le cours, et aussitôt la digue s'éleva.
' M. Stkir. 96, ol noli* 1. — Appendice précité, 270, 701-706.