‹ Histoire du règne de Ferdinand et d'IsabelleChapitre 15 sur 73 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

LK CiRDinAL XIMENfiS.

Mort da cardinal Mendoza. — Sa rie et son caraotère. — Ia reine, aoB exâcateur testamentaire. — Origine de Ximenès. — Son entrée dans l'ordre des irancisoainB, — Ses mceora ascétiques. — Sa nomination en qualité de confesseor d'Isabelle. — Sa promotion à l'archevédii de Tolède, — Sa TÏe anstère. — Eéfbnnes dans le* monastère». — Inanité faîte à la reine. — Consentement d'Isabelle i la réfonne.

Au commencement de 1-195, les souverains perdirent leur ancien et fidèle ministre, le grand cardinal d'Espagne, d<Hi Pedro Gonzalez de Mendoza. Il était le quatrième fils do célèbre marquis de Santillane et se trouva placé par son mérite à la tète d'une famille, dont tous les membres montrèrent unies h un rare degré les vertus publiques et privées. II avait atteint sa soixante-sixième année, lorsqu'il mconit, le 11 janvier, dans son palais de Guadalaxara, après une longue et pénible maladie.

Dans la déplorable gaerre entre Henri IV et son jenne frère Alphonse , le cardinal s'était constamment rangé dn

LE CARDINAL XINENËS. 91

cAté du roi ; maïs, à la mort de cela i-ci , il avait embrassé , avec sa paissante famille, le parti d'Isabelle, soit qa'it fat coavaiDcn de la justice de cette cause, soit qu'il reconnût les grandes capacités de cette princesse. C'était une acquisition des pins importantes ponr celle-ci, et Hendoza, doué d'un remarquable talent pour tes affaires, joint aux manières les pins aimables, gagna toute la confiance des royaux époux, fotignés, depuis longtemps, des emportements et de l'arrogance de leur vieux ministre, Carillo.

A la mort de ce prélat turbulent, Mendoza fut promu an si^ archiépiscopal de Tolède. Sa nouTelle position le mit naturellement en relations plus intimes avec les souverains, qui recouraient constamment à son expérience, le consultant sur tout sujet important, de nature publique ou privée. En un mot, ÎI acquit sur eux an tel ascendant , pendant un long ministère de plus de vingt ans, qu'on l'appelait plaisamment à la cour ■ te troisième roi d'Espagne. >

Le ministre n'abusa pas de la confiance qu'on lui témoignait; il appela l'attention d'Isabelle sur les objets qui en étaient le plus dignes. Il avait des vues laides et élevées ; s'il se laissa quelquefois dominer par le fanatisme du temps , il se manqua jamais de soutenir vigoureusement Isabelle dans ses généreuses tentatives pour civiliser son peuple. Élevé au rang de primat d'Espagne, il put déployer la pompe et la magnificence qu'il avait toujours aimées; il remplit son palais de pages , rejetons des plus nobles familles du royaume, qu'il éleva avec soin; il s'entoura d'une garde nombreuse et bien armée, qui ne lui servait pas seulement d'escorte, mais était mise utilement, toutes les fois qu'il était nécessaire, à la disposition du gouvernement. Mendoza dépensait les immenses revenus de son archevêché avec

« RÈGNE PB PEHftlNiliO fî» ISABELLE.

cette munificeece qsi anii « eoaveat distingué les prélats 1 wpai^ols; il eocourpge^M l«s geos de lettres et datait des inslituUoos publiques ; il loada le collège de SanU-Cruz k | Valladolid et l'hospice des eofanis trouvés de Tolède, qui portait le même oom; chacune de ces coDsiructioos, dont il couvrait seul tous les frais, prit plus de dix années.

Le cardinal, dans sa jeunesse, avait succombé quelquefois Jl ces séductions , auxquelles le clergé espagnol s'abaadoD- Dait saus réserve, à l'exemple peut-être des musulmans voi- ÙDs ; il avait eu de ses liaisons avec deux dames de hant rang plusieurs eafaols, d'où desceudent quelques-unes des familles les plus distinguées de l'Espagne. On rapporte à ce sujet une anecdote caractéristique. Ua prêtre, prononçaot un jour un sermon en présence de Meadoza, saisit cette occasion de s'élever contre la corruption du siècle, dans des termes généraux , il est vrai , mais se rapportant trop clairement au cardinal, pour que l'allusion passât inaperçue. Les partisans du prélat, indignés de l'audace du prédicateur, résolurent de châtier l'insolent , mais ils voulaient d'abord savoir l'effet que ces paroles avaient produit sur le cardinal. Celui-ci , loin de montrer aucun ressentiment, ne se sonvint de l'offenseur que pour lui envoyer un plat de gibier fin, qui avait été servi sur sa table en ce jour, ob il donnait un banquet à ses amis; il assaisonna ce plat en y ajoutant bon □ombre de doUm d'or, trait de charité qui ne fut guère du goût de ses serviteurs. Ce présent ouvrit tes yeux au digne prêtre qui, reconnaissant ses torts, monta peu de temps après en chaire pour revenir sur ce qu'il avait dit et détruire l'impression qu'avait laissée son premier sermon , ce qui satisGt son auditoire, s'il ne l'édifia pas. < De nos jours, » dit le biographe qui npp«rle le fait et qui était parent du car-

LE CARDINAL XIMENÉS. 99

Çf&t àiok], c le prédicateur ii'eo eât pas été qaiite i si bon mar- U'i4 ^, et fort heareuaemeQt ; car il faut prêcher l'Ëvangile ■Cm, dîtcrèleaieDt, cum grano lalis, c'e»t à dire avec le respect 'e, ^ et la déférence dus i la m^esté ro;aIe et anx grands persoo- ,(1h Dages. >

Lorsque la maladie de Heodoza prit on caractère alaruehé nani, la cour se transporta dans le voisinage de la ville de ada- Gnadalaxara, où se trouvait le miaistre. Le roi et la reioe, i w sortont celle-ci , avec cette tendre sollicitude qu'elle témoibit: gna à plus d'un de ses fidèles serviteurs, Tenaient voir le -, ià malade, le consolant an milieu de ses souffrances et s'éclai- 3 a raat des lumières du sage conseiller qui les avait si long- ;af temps guidés. Isabelle donna au cardinal une preuve pins ^at éclatante de son estime pour lui, en daignant être son exécu- Je leur testamentaire, fonctions dont elle s'acquitta scrupuleu-

t- sèment ; elle veilla à ce que les dernières volontés du défunt a ' fussent respectées et ordonna, en particulier, l'érection du magoifique hospice de Santa-Cruz , dont la première pierre I ne fut posée qu'après la mort du fondateur ',

Dans une de ses entrevues avec le mourant , la reine lui demanda conseil relativemeul au choix de son futur successeur. Mendoza lui recommanda vivement de ne pas élever an grand seigneur à celle dignité peut-être trop haute pour . tout autre individu, mais certainement trop considérable

I * Vn hospice de» en&nta trouvés n'était pu, pan>!t-U, inutile en

EipagiLe, oà, d'après Salaiar, des parents dén&turés détroiaaient &éqQBmiDent leurs enfuits , en les jetwi^ dans iw puîU ou en lea exposant dant âcaUcui déserts pour 7 Toonrir de &ini; • 1m plm evmfati^taiiti, • dit cet j éoinis, • tes apossieut à U porte des églises, oili ils u'étsiaat que trop

I waveat dérorés par des chiens el d'autres anùnanx. ■ Le nereu da grand

Gwdînal, qui Couda tme institution aeinblsble, fbunût, dit-on, dans le cours de sa vie, nn uile à an numu (t«iu miUe de Ms innooentes TifdJmee I

M RÈGNE DE FERDINAND BT d'ISABELLE.

ponrnn factieux qui, sontenti par uoe ramille puissante, ponrrait défier l'autoriré royale elle-même, comme l'avait fait l'archevêque Carillo. Pressé de désipier l'homme qu'il croyait le plus digne de lai succéder, le cardinal indiqua, dit-on, frère François Ximenès de Gisneros, moine franci»* cain, confesseur d'Isabelle. Comme ce personnage extraordinaire exerça une influence plus décisive que tout autre sur les destinées de l'Espagne, dans la suite de ce règne, il convient de donner ici quelques détails sur sa vie antérieure '.

Ximenez de Cisneros ou Ximenès, comme on l'appâte ' ordinairement, ét^t né, en 1436, dans la petite ville de Tordelaguna, d'une famille ancienne mais déchue. Destiné de bonne heure à l'Église par ses parents, il étudia la grammaire à Alcala et, à l'âge de quatorze ans, fut envoyé à l'université de Salamaoque; il y passa par tous les degrés, se vouant assidûment à l'étude du droit civil et canon, et, au bout de six années, fut reçu bachelier dans chacune de ces branches, fait rare à cette époque.

Trois ans après sa sortie de l'université, le jeune bachelier, sur le conseil de ses parents, partit pour R^me, où il devait lui être pins facile qu'en Espagne de s'élever dans les ordres. Il se fl(, paralt-il, remarquer dans cette ville par le zèle avec lequel il poursuivait ses éludes et remplissait ses devoirs; mais les brillantes espérances de sa famille ne s'étaient guère encore réalisées, lorsque Ximenès tut tout k

t Le cardinal , entre antrea recommandations faites à son Ut de mort , (lemanda, dit-on, à Isabelle de réparer le mal qu'elle avait fait à Jeanne Beltianeja, en la mariant an jeune piinee des ÂBturîes; ce amseil fnt ai peu goûté de la reine qu'elle rompit l'entretien, en disant qne • le bonhomme dÎTaguait et débitait des niaiseries ! '

LE CUlItINAL XIKBRËS. SS

coup appelé dans sod pays natal par U mort de son père, qài laissa ses affaires dans nn si maovais élat qae la présence immédiate du fils fut jugée indispensable.

Avanl son retour, Ximenès obtint une bulle papale on expectative , le nommant an premier bénéfice d'une importance déterminée, qui deviendrait vacant dans le diocèse de Tolède; plusieurs années après seulement, en 1473, l'arcbiprétre d'Uzeda mourut, et Ximenès lai succéda en verta de la concession apostolique.

Depuis longtemps, les Espagnols contestaient à la cour de Rome le droit qu'elle s'arrogeait de disposer, selon son bon plaisir, des bénéfices de l'Église; c'était 1^, i leurs yeux, nn abus flagrant, et l'archeTéque de Tolède, Carillo, que la cfaose concernait, n'était pas disposé à le tolérer; il avait d'ailleurs promis cette place à nn de ses partisans. Il invila donc Ximenès à se désister de ses prétentions en faveur de celui-ci, et, ayant inutilement épuisé tous les moyens de per- SDasioD , recourut à des mesures de rigueur, le lit arrêter et enfermer dans la forteresse d'Uzeda , d'oii le nouvel arcfaîprélre fut transféré plus tard dans la forte tour de Santorcaz, transformée alors en prison pour les prêtres réfractaires. Carillo connaissait peu ce caractère inflexible que nulle persécution ne pouvait briser; il apprit avec le temps & l'apprécier et finit par rendre sa victime à la liberté, après une détention de plus de six années.

Ximenès , rentré paisiblement en possession de son bénéfice, mais désirant se soustraire à la juridiction de son vindicatif ennemi, l'échangea peu de temps après, en 1480, contre la chapellenie de Siguença. Dans cette position nouvelle, il reprit avec ardeur ses éludes théologiques et apprit l'hébreu et le cbaldéen, dont la connaissance lui fut très

M RËGNB BB FERDINAND ET D ISABBUE.

Utile plus tard, pour la préparation de sa fameuse Bible polyglotte.

Mendoza était, à celte époque, évéque de Signença; il était impossible qii'uu prélat d'un esprit aussi pénétrant vint en contact avec un homme tel que Xlmenès, sans discerner ses qoalités extraordinaires. Aussi lenomma-t-it bientôt son vicaire, eu le chargeant de l'administration de son diocèse, fonctions dans lesquelles son protégé fit preuve de si graDdes capacités, que le comte de Ciruentès, fait prisonnier par les Mores dans la déroule de l'Axarquia, lui confia eiclusivement la gérance de ses vastes domaines, durant sa captivité.

Mais ces occupations mondaines déplaisaienl de plus en plus k Ximenès, dont l'esprit austère et contemplatif s'était exalté, probablement sons l'influence de sesmalheurs passés. Le nouveau vicaire résolut donc de rompre brusquement tous les liens qui le rattachaient au monde et de chercher un asile dans quelque maison religieuse, où il put se consacrer eotièremeat an service de Dieu. It choisit à cet effet les observautins, le pins rigide de tous les ordres monastiques, renonça k ses emplois, à ses bénéfices, ainsi qu'à ses revenus annuels de deux mille ducats, et, malgré les prières de ses amis, commença sou noviciat dans le couvent de San Juan de los Reyes, à Tolède, magnifique édifice que les souverains espagnols faisaient construire, en accomplissement d'un vœu fait pendant la guerre de Grenade ^

* Cet tdîBce, dit Saluar de Mendoift, était le p1a> Homptaenx et le ploa célèbre de ce temps, sons le rapport de u Kactistie, da son ohceoi, da tes cloîtres, de sa bibliothèque, etc. H avait été primitiTement destiné pu les SDQTeraitis catlioUqaes à être du liea de sépulture, konnear réaervi pins tard à Grenade, lors de la prise de cette rille sur les infidèles. La

LE URDINAL XINBNËS. tl

Le Qovice se fit remarquer par le zèle avec lequel i) s'infligeait toutes ces ingénieuses mortifications que le fanatisme a imaginées, pour grossir le oombre déj!i trop grand des misères humaines. Il dormait Ji terre ou sur le plancher nu de sa cellule, la tête sur un billot de bois; il portait nu cilice; il jeûnait, veillait et se flagellait avec une ardeur ji peine surpassée par celle du fondateur de l'ordre. A la fin de Fannée, il fit profession et prit pour la première fois le nom de François, en rbonneur de son saint patron; il avait été baptisé sous celui de Gonsalve.

Presque aussitôt sa réputation de sainteté répandue an loin, grâce au bruit qu'il avait f^it auparavant dans le monde, attira une foule de pénitents de tout âge et de touts condition h son confessionnal , et il se vit de nouveau enlraioé dans le tourbillon des aflaires et des passions bumaines, auquel il s'était efforcé d'échapper. Cependant, sur 8^ sollicitations, on lui permit de se retirer dans le cotn vent de Notre-Dame de Castanar, ainsi nommé à cause de l'épaisse forêt de cb&taigniers dont il était entouré. Au milieu de ces sombres et moulagneuses solitudes, le reclus se bâtit de ses propres mains un petit hermitage, une cabane i peine assez grande pour lui; il y restait jour et nuil, priant ou méditant sur l'Évangile, se nourrissant d'herbes et buvant de l'eau , comme les anciens anachorètes. On ne s'étonnera pas que, vivant de cette manière, affaibli par l'abstinence et Tesprit exalté par la contemplation spirituelle, il eût des extases et des visions, de sorte qu'il finit par se croire en. relation avec des iutelligences célestes; ce qui est plus étonnant , c'est que sa raison ne fut pas à jamais ébranlée par

grande ofaapeUe fut garnie dea oliaîna Ironrées dans les cachots do Halagtt, dua Icsqpela les Morea enfermaient lenis priaonniers chrétiens.

ces rêves d'une imaginatioD ea délire. Il paraît qu'il se rappela toujours avec plaisir cette époque de sa vie, car longtunps après, comme nous l'assure son biographe, on l'eatendit, renfermé dans des palais somptueux et entouré de tontes les créations du luie, regretter amèrement les jours oJi il vivait si paisiblement dans son hermitage de Castanar.

Heureusement les supérieurs de Ximenès, voulant selon l'usage le faire changer de couvent, le transférèrent, au boot de trois ans, dans celui de Saizeda. Là il conserva ses habitudes ascétiques , mais il n'y était pas de longtemps que sa haute réputation le fit élever aux fonctions de père gardien. Il dut dès lors diriger l'administratioD et employer au profit d'autrni des talents restés inactifs au milieu de vaines rêveries. Un événement qui survint quelques années plus tard, en 1^492, lui ouvrit encore an plus vaste champ d'action.

Par l'élévation de Talavera au siège archiépiscopal de Grenade, la place de confesseur de la reine était devenue vacante. Le cardinal Hendoza, consulté sur le choix d'nn successeur à donner au prélat, comprenait combien il était important de prendre un prêtre capable et intègre, car la reine dévote demandait conseil à son confesseur, non seulement relativement à sa vie privée, mais à toutes les grandes mesures d'iniérét public qu'elle projetait. Il pensa tout de suite à Ximenès, qu'il n'avait pas oublié depuis le temps où il l'avait connu à Signença; il avait été loin d'approuver celui-ci, lorsqu'il avait embrassé la vie monastique, et on l'avait entendu dire < qu'il ne fallait pas laisser des talents aussi extraordinaires sommeiller longtemps an fond d'un cloitre. > Il avait aussi, rapporte-l-oo, prédit que Ximenès lui succéderait un jour au siège de Tolède, prédiction qu'il contribua plus que tout autre à réaliser.

LE CARDINAL XIMBNËS. 9B

Moidoza recommaada si cbaleureu$eineat Ximeoès à la rùne, qu'elle fui curieuse de voir celui-ci et de s'eatrelenir avec loi. Le cardioal l'inviia donc à se rendre à Valladolid, où se trouvait la cour, sans lui faire connaître le but de ce voyage ; le moine obéit à cet ordre et , après une courte entrevue avec sou ancien protecteur, il fut conduit auprès de la reine, comme si rien n'eût été concerté d'avance. Eu se trouvant tout it coup devant Isabelle, Ximeoès ne montra ni ce trouble ni cet embarras qui eussent été naturels chez ou reclus sorti de son couvent;- la dignité de ses manières, ta piété fervente qui respirait dans ses réponses aux différentes questions d'Isabelle, confirmèrent celle-ci dans l'opinion favorable qu'elle avait conçue de lui, d'après ce qu'avait dit. le cardinal.

Peu de jours après, en 1493,Xlmenès fut invité à prendre aoin de la conscience de la reine. Loin de paraître enorgueilli de cette faveur qui lui ouvrait une perspective brillante, il parutcraindre qu'elle ne dérange&t le cours paisible de ses occupations monastiques, et il ne l'accepta qu'en exprimant le désir de pouvoir se conformer , comme par le passé, Il toutes les règles de son ordre et rester dans son couvent, lorsque ses fonctions ne l'appelleraient pas i la cour.

Martyr, dans plus d'une de ses lettres de ce temps, parle de l'impression faite sur les courtisans par le nouveau confesseur, dont le corps amaigri et la pâle figure rappelaient les anciens anachorètes des déserta de la Syrie ou de rËgypte. L'austérité , l'irréprochable pureté des mœurs de Ximeuès lui avaient acquis dans toute l'Espagne ime réputation de sainteté, et Martyr regrettait qn'une vertu qui avait résisté à unt d'épreuves, fût exposée à la plus redoutable de

WD RËGNB DE FEUDINaHD ET d'iS&BELLB.

toutes, aax sédnisantes flatteries d'nne cour. Mais XimeBès était trop endurci par une discipline sérèK, poflr être M»' sible anx attraits du plaisir, s'il Tétait à ceux de rambilion.

Deux ans après, le couressenr de la reine futéln proTur-' cial de son ordre en Casiille, et placé ainsi !t la tête dev nombreuses maisons religieuses possédées par celui-ci. Dans ses fréquentes tournées d'inspection, il vo^geait à pietf, demandant Taumâne sur sa ronte, conformément aux lèfUt» de son monastère. A son retour, il St h la reine an rapport très défavorable snr la situation de ces établissements, dont il dépeignit tes habitants comme s'étaat singulièrement relâchés de leur discipline et de leur vertu. Des récits coiFtemporains confirment l'exactitude de ce rapport et accnsenf les communautés religieuses de toute FEspagne, à cette époque, d'avoir vécu non seulement dans nne honteuse paresse, mais encore dans le luxe et la débauche. Les frai»' ciscaina,eQ particulier, respectaient si peu leur vœu de parof vreté, qu'ils possédaient de grandes propriétés dans les villes et dans les campagnes, habitaient de somptneni édi' fiées et vivaient plus luxueusement que les autres moines; ceux qui s'adonnaient à ces excès étaient appelés eonventuels, tandis que ceux, en nombre comparativement petit, qni observaient strictement les règles de leur fondateur, se nommaient observantins ou frères de l'observance; dobs avons TU que Ximenës était un de ces derniers.

Les sonverains espagnols, témoins depuis longtemps, el avec nn profond regret, des scandaleux abus qui s'étaient glissés dans ces antiqoes institutions, avaient, mais isntîtement, cha^é des coniinissaires de les découvrir et d'y reisé* dier. Isabelle accepta donc avec plaisir Pakle que lai oBhit

IS UKDRai XHEKÈS. m

«n Hftrf^ëtir, pour Hbéliorer cet eut de choses. Danscetie m«dM! fttt&ée, U9*, ^b olitifit d'Alesandre VI anë bulle qid tai doDMit des pleiets-poavoîrs & eel effet. Ximenès fut tkhT^ d'accotnptir l'tetvrd àt r^nne, et il fattait toute rÀwiilte d6 ce gnad faoïnme, floaiena par l'autorité royale, pMHT venir à bout d^[me pareiUe etatreprise, car, outre la dtOciiltié de pÊfsiader i des geds d'^hanger les biens de cd iMH^e coDtre vue vie de pénitence et de mortifications, il y atnit d'anrres Abstaiele« h sumânter; eneSèt, les conven" ttek avaient va leur large interprétation des règles de leur ordre aftprouvée par plasienrs de lears supérieurs et même pordes papes, tts étaient, en outre, soutenus dans leur oppo* aibon par an grand nombre de puissants seigneurs, qni craigBaieat qae \eA riches cbapdtcs et les messes, fondées par en ut leurs ancêtres dans les différents monastères, ne fassent n^igées par les (^iservanlins , qni, obligés de res* pecier scropuleiFseinent leur vœu de pauvreté, auraient mav^d de ce stimulant qtti, dans l'ïlglise comme dans l'État, ponsse le pltns énergiqoement l'homme il remplir ses derohï.

Pour ces différents motirs, la réforme marcha lentement; mais Ximenès, animé d'une infatigable ardeur, réussit à l'introduire soccessiTement dans un grand nombre d'établissements; lorsque les mo;feDS de persuasion étaient impuis* sants, i! recourait qnelque^is à la force. Les moines d'un des couvents de Tolède, expulsés de leur demeure à cause de lent- opiailktre résistance^ sortirent en procession, le cmcifix en tdte, chantant le psanme In ecàtu Israël, en signé de la persécAtion dontils étaient victimes. Isabelle agit avec ptns de dosoeur; «Ile visita plusieurs monastères de femmes, emportant avec ^ son aigaitte oti sa quetiooille et rihet^

m RÈGNE DE FERDINAND ET d'iSABELLE.

chant, par sa conversation, par son exemple, k détoarner les uonnes des grossiers et frivoles plaisirs qu'elles aimaient.

Sur ces entrefaites , te si^e archiépiscopal de Tolède devint, en i495, vacant par la mort du grand cardinal. La reine comprenait 'parfaitement combien il était important de choisir le pins digne entre tous ceux qui pouvaient prétende» h cette dignité, la première non seulement en Espagne, mais probablement dans la chrétienté , après la papauté; l'archevêque, en outre, occupait dans l'État, comme grand cbaacelier de Castille, une haute position *. Le droit de nomination aux bénéfices appartenait k la reine, en vertu de la convention faite avec son époux, à leur mariage; Isabelle s'était constamment acquittée de cette tâche avec la plus consciencieuse impartialité , ne choisissant qae des prêtres pieax et instruits. Dans cette occasion, Ferdinand la sollicita vivement en faveur de son fits naturel, Alphonse, archevëqae de Saragosse; mais celui-ci, quoiqu'il ne manquât pas de talent, n'avait ni l'âge, ni l'expérience, ni moins encore la pureté de mœurs, nécessaires chez le futur pri-lat, et la reine résista doucement, mais fermement, à toutes les prières de son époux *.

' Ferdinand et Isabelle annexèrent i perpétnité la dignité de gnadctiancelier à celie d'aroberique de Tolède ; il parait tontefoÎB qae oe ii'6tait, an moins dans les demiera tempa, qa'nn titre purement honorifîqoe. Les revenus de l'archeTéoliË, an oommenoement du xvr ùècle, s'élenùeitt i 80,000 dncata.

* Ce prËlat n'avait, à cette époque, qne ringt-quatre ana ; il n'en mit que ail Ion de sa nomination ta siège da San^one. Ce grossier «tns d'élever des Dn&nts aux plaa hantea dignités de l'ÉgUse parait av<nr &6 fréquent en Castille, comme en Aragon, eu on poovait voir, du tempa de Saluai , dans l'église de Ifadre de Dios à Tolède, les tombeaux de einq archidiacres, qui n'avaient tons ensemble que trente ans.

LE aRDlNAL XIMENËS. lOS

La posilioD vacante avait toujours été occupée par des geos de haute naissance. La reine , ne voulant pas déroger \ l'usage établi, malgré les recommaDdatioDS du cardinal mourant, toorna ses regards sur plusieurs candidats avant de se décider en Taveur de son couresseur, dont les talents et les vertus rachetaient suffisamment l'humble origine.

Aussitôt qu'elle eut reçu la butle papale approuvant le choix qu'elle avait fait, Isabelle fit appeler Ximeoès et, lai remettant la dépêche , l'iovilà à l'ouvrir en sa préseoce. Le confesseur, qui ne soupçonnait rien, prit la lettre et la pressa dévotement contre ses lèvres, mais, daos ce moment, ses yeux étant tombés sur la suscription qu'elle portait : « A notre vénérable frère François Ximenez de Gisneros, archevêque élu de Tolède, > il changea de couleur, hissa involontairement échapper le paquet de ses mains, et s'écriant : « Il doit y avoir quelque méprise, ceci ne peut m'élre adressé, > il sortit brusquement de la salle.

La reine, loin de s'ofienser de cette impolitesse, attendit quelques instants pour donner à son confesseur le temps de revenir de sa surprise et de calmer son agitation; mais, ne le voyant pas revenir, elle chargea deux grands d'Espagne qni lui paraissaient avoir le plus d'influence sur lui, d'aller le trouver poor l'engager à accepter sa nomination. Ceux-d se rendirent aussitôt au couvent des ohservantins de Madrid, où résidait la conr, mais Ximeoès avait disparu. S'ëtant informés de la route qu'il avait prise, ils montèrent i cheval et, se mettant à sa poursuite, rejoignirent le fugitif i trois Keues de la ville; il était à pied et, par la chaleur brûlante du milieu de la-journée, se dirigeait k grands pas vers Ocana, oà se trouvait un couvent de franciscains.

tM HËCNB DG FERfllKANI) ET D ISABELLE.

Après avoir échangé qoelquâs motsivec Xinreoès an sujet <de son brusque départ, les deux seigneurs hii persuadèrent de retourner i Madrid, mais, & son arrivée, ni les ttpi- «enls et les prises de ses amis, ni les désirs OtttertemeM déclarés de sa souveraine^ m purent vaincre les scmpuleft ■An confesseur et le décider à âecepter ud bonoenr dont il se jugeait indigne. < Il avait, » disait-il, c espéré qu'il loi sCMÏt permis de vivre en paix, le reste de ses jours, remptissaot ises devoirs monastiques -, il était trop tard pour rappeler k la vie publique «t lui imposer ntie charge si lourde, p«iir 'laquelle il n'avait ni godrt tn force suffisante. > Il persifKè obstinément daqs cette résolution pendant plos de six mois; jusqu'à ce qu'enfin on obtint du fiape une seconde bolle, qnf iai enjoignait de se pas refuser ptas longtemps ane mnrifiation sanctionnée par l'Église. La résistance l'était plus possible et le confesseur d'Isabelle se laissa élever à la premiirè dignité du royaume.

Il n'y a pas de motifs, pârait-il, d'acctfser Ximenès d'hypocrisie dans une circonstance t)ù il donna une si ùngalière preuve d'humilité. Le nolo epitcopari est, il est vrai, passé et proverbe, mais Ximenès refnsa trop longtemps et trop opt^ niâtréi^ent ses nouvelles fonctions, pour qa'on puisse te soupçonner de n'avoir .pas été sincère. Il était d'ailleurs, ï cette époque, dans sa soixantiètae anoée^ l'âge où ramintioDt si elle n*est pas éteinte, n'est pins qu'uD feu languissaM dans le cœur de l'homme; depais de longues annéee, tt vivait dans on cloître, hahicué ï dn régime ascétiqoe, àèi*ché, pour arinsi dire, de la terre et ne pensant plus qu'as tombeau. Quelque flattsise que pâl être pour lui la rare marque d'honneur qui ki était accordée, il devait naturellement hésiter à échai^er le paisible et cbscar genre de vfè

LE GAIDINAI XIHBNËS. 109

qn'il avilit voloatairement embrassé, conlre l'agitation et les Mocis àa monde.

Hais, BÎ Ximeaès ne convoita pas le pouvoir, il l'exerça avec une véritable jalousie. Un éta [ueiniers actes D>éDie» de son administration est trop caractéristique sous ce rap< port, pour t)ae noua le passions sons silence. Le gouvernemeiit de Cazorla, la position la plus importante dont dïspos&l l'archevêque de Tolède, avait été donné par le grand cardinal il son frère cadet, don Pedro Hnrtado de Mendoaa. Les amis de ce seigneur prièrent Ximeoès de confirmer cette HomiiiatioD, en lui rappelant les obligations qn'il avait hiiméme au cardinal et en Ini montrant leur demande appuyée par la reioe. Ce n'était pas le moj^en de gagner le oouveaa prélat, qui voulait agir en dehors de toute influence et cran gnail surtout Tabus trop fréquent des faveurs royales, tt résolut d'abord de couper court à toutes les sollications de oe genre et déclara que c les souverains pouvaient le renvoyer à son couvent, mais qu'il ne céderait jamais ii des considérations personnelles, en conférant les dignités de l'Ëglisa. » Les postulants, offensés de cette réponse, s'adressèrent i la reine, se plaignant amèrement de l'am^ance et de l'ingratU tnde de son ancien confesseur; Isabelle ne désapprouva pas toetefois la conduite de son ministre, assez satisfaite peulétre de l'indépendance qu'il montrait; do moins elle na s'oconpa plus de l'affaire.

A quelque temps de là, l'arcbevêque rencontra Mendoza dans une des avenues du palais, et, comme celui>ci rebroussait chemio pour ne pas le reoeestrer, il I« salua en lui donnant le titre û'adetantado de Cazorla. Ce seigneur s'arrêta toqt surpris, et le prélat, répélaq^ ces mois, ajouta que t qtaintenant qu'il était par&iteaent libre d'agir, sans étr»

106 BËGHE DE FERDtNAEID ET D*1SABELLE.

soupçonoé d'obéir h une iaflueoce mauvaise, il était heureux de pouvoir lui rendre une position qu'il s'était montré si capable d'occuper. > Il est à peine nécessaire de dire que Ximenès ne Tut plus dès lors importuné par les solliciteurs; il déclarail que toute sollicitation d'un postulant était od moti[ sufiGsaut pour refuser ce qu'il demandait, car elle prouvait € qu'il manquait ou de mérite ou d'humilité. »

Après son élévaUoD il la primatie d'Espagne, Ximenès ne changea rien à ses habitudes simples et austères; il consacrait ses immenses revenus à des actes de charité publique et privée, et réglait les dépenses de sa maison avec la plus stricte économie. Il s'attira ainsi des observations de la part de la cour de Rome, qui lui recommanda d'adopter un genre de vie plus conforme à la dignité de son rang, s'il ne voulait se déprécier aui yeui du vulgaire. L'archevêque obéissant se mit ^ étaler extérieurement toute la magnificence habituelle k ses prédécesseurs; il se fit remarquer par le luxe dont il s'entoura, par son équipage, par sa suite nombreuse et richement vêtue, mais il continua à se mortifier comme auparavant; il observait la même abstinence devant une table couverte de mets recherchés. Sous ses robes de soie et ses précieuses fourrures, il portait son froc grossier de franciscain, qu'il raccommodait lui-même ; il ne portait pas de liage et n'avait pas de draps dans son lit ; il dormait dans un mauvais lit, semblable à ceux dont se servaient les observantins et caché sous la superbe couche où il paraissait reposer '.

* H doriDut habituellement dans son &oc de fr&ncucain ; sa toilette ne loi prenait naturellement pas beaucoup de temps. Un jour, comme il voyageait et qu'il était, selon son habitude, Itvi longtemps avant l'anbe, Q près» son muletier de s'habîllei promptement, et celui-ci s'ëciia irrévéïendenaernent : ■ CWrfu A Diot.' Yotie sainteté peose-t-elle que je n'ai qn'i

LE CARDINAL XIMEKËS. tOT

A peioe installé, l'archevêque travailla de toutes ses forces ï exécuter les projets de réfoniie que la reine el lui avaient tant Ji cœur; il porta particulièrement son attention sur le clergé de son diocèse, lequel était loin d'observer la règle de saint Augnstiu, qui lui était imposée. Les mesures qu'il prit mécontentèrent tellemeot ces respectables ecclésiastiques, qu'ils décidèrent d'envoyer un d'entre eux à Rome, pour porter leurs plaintes devant le pape.

Cette mission délicate fut confiée à an habile et rusé chanoioe, dn nom d'AIbornoz. Le secret ne put toutefois être si bien gardé que Ximenès n'apprit quelque chose de l'affaire; aussitôt il envoya un officier avec ordre d'arrêter l'émissaire, qui s'était mis en route; si celui-ci était déjè en mer, l'envoyé était autorisé à prendre un vaisseau prêt à partir, de manière à le devancer, s'il était possible, en Italie. L'officier était égatement porteur de lettres des souverains poorFambassadeur espagnol, Garcilasso de la Vega, auquel il devait les remettre, aussitôt débarqué.

Tout se passa comme le ministre l'avait prévu. A son arrivée au port, l'officier fut informé que l'émissaire était parti; il le poursuivit sans perdre de temps et réussit heureusement à atteindre Oslie, plusieurs jours avant lui. Il remit sur-le-champ ses dépêches à l'ambassadeur, qui, obéissant à ses instructions, fit arrêter Albornoz au moment oit il descendait i terre, et le renvoya comme prisonnier d'État en Espagne. Une rigoureuse détention de vingt-deux mois apprit an digne chanoine qu'il était dangereux de contrarier les plans de Ximenès.

ne aeconer comme un £pagaenl monill^ et à sener un peu ma cotde ! > QDÎntaniUa, JrrJUtjipo, nbi siqm.

m BËCNEPBrnOlKAllimïIfiAULLE.

C'«at chez le« moiooe 4e «w ordre que l^rcliev^Qe rw- «0Pti9 1» pliu forie çppwiiiQB. Lk r«fome «ttei^^il svrtoqt 1«3 franci^ainat à qoi Utm rètiies îDierdisaient absoliunept de posséder des Iweiu. raU oanme ipdÏTidus, soit atome COrporolioD ; d^Qs Iqs KBtres çoiQintuiavtés religieuses, 9u çQotraire, les membres <{U( se dépouillaieut de lear fortuûç «ugnteAtaient la prospérité de la œaisoD à laquelle ils appartenaient. Il n'y eut donc aqcuQ ordre qui fit une réstst9449 plus obstinée aux projets de l'ancien Tranciscain, que celai même dont il faisait partie. Plus de mille moines, rapporte-t-«n, émigrèrent sur la côte barbaresque, aimant mieux; vivre parmi les infidèles que de se conformer stricte^ meut à la lettre des règles de saint François.

Les difficultés inhérentes à la réforme furent peut-éirç augmentées par U manière dont elle fut conduite, Isabelle, il est vrai, usait des moyens de douceur et de persuasion, mais Ximenès fai&ajt exécuter ses mesures avec une impitoyable rigueur. Il avait naturellement le caractère sévère et tyrannique, et le rude geure de vie auquel il s'était soumis l'avait rendu moins tolérant pour les fautes des autres, surtout de ceux qui, comme lui, avaient contracté voloniairement les obligations de la vie monastique. Ses intentions étaient droites, et, commï! il identifiait ses propres ioiérèis avec ceux de l'Église, il considérait toute opposition qui lui était faite comme une offense k la religion, justifiant l'intervention active du pouvoir.

Le? clameurs soulevées par ces procédés vloteois devinrent à la fin si alarmantes, que le général de& franciscains, lequel résidait à Rome, résolut de devancer l'époque fixée de sa tournée d'inspection en Castille. Conventuel lui-même, il était naturellement un ennemi décidé de la réformo;

LE CiUU)[NAl IIMENËS. lOB

«HHÎ arrlva-t*îl «d 1496, avec nntentioo lûea arrêtée dâ Iwcer Ximenèt ï ae désister de ses projets, ou à mùur, »'il était possible, to crédit et TioQuetice du plaiatre h la cour; mais il n'ftTait ni le ta)eDt ni l'habileté nécessaires pour venir à bout d'une entreprise aussi difiBcile.

Le général D'élait pas depuis longtemps en Caslille qu'il reconnnt que toute sou autorité, comme chef de l'ordre, ne saStrait pas pour protéger celui-ci contre les tentatives bardles du ministre, souleou par les souverains; il demanda donc une audience i la reine, à laquelle il parla avec peu de relenoe. 11 se montra surpris qu'elle eût choisi, pour lui conférer la plus haute dignité de l'Église, un homme qui en était iodigue presque sous tous les rapports, même sous celui de la naissance; qui couvrait son ambition du manteau de la sainteté; qui, par son caractère morose et mélancolique, était l'ennemî-oé, non seulement des agréments, mais des usages polis de la vie; quF enfin ne rachetait par rien, pas même par son inslructioo douteuse, la grossièreté de ses manières. Le rraociscain déplora la grandeur du mal que d'imprudentes mesures avaient causé dans l'Ëglise, mais qu'il n'était peut-être pas encore trop tard pour réparer. 11 conclut en déclarant à la reine que, si elle avait le moindre sonei de sa réputation ou des iatéréta de son &me, elle forcenût cet bomme de la veille à descendre d'une position qn'il s'était montré incapable d'occuper, et le ferait rentrer dans >0D obscurité première I

Isabelle écoutait celte véhénieale philipplque avec indignation, et plus d'une fois elle avait été tentée de faire sortir l« fongueux orateur; elle se conijut pourtant et attendit paiiemmeoi qu'il eAt fîQi, Elle lui demanda alors av«q calme * s'il éuit dans son bon sens el savait ii qui il par-

110 RËGHB DE FERDINAND ET D'iSABELLE.

lait? > ■ Oui, > répondit rëDei^mène, ■ je suis dans mon boD sens et sais à qui je parle, — & la reine de Castille, qui n'est comme moi qu'une poignée de poussière ! » En disant ces mots, il sortit de la salle, fermant avec fracas la porte derrière lui.

, Ces accès impuissants de foreur ne pouvaieut ébrauler la résolution de la reine. Cependant le général, !i son retonren Italie, eut assez d'adresse pour obtenir du pape l'autorisation d'envoyer en Castille une commission composée de conventuels, qni devaient diriger avec Ximeoès l'œuvre de la réforme. Ces moines s'aperçurent bientôt qu'ils n'avaient aucune espèce d'autorité et, furieux du dédain avec lequel les traitait l'arcbevéque, ils se plaignirent si vivement & la cour pontificale, qu'Alexandre VI, de l'avis du sacré-collége, lança, le 9 novembre iiOG, un bref interdisant péremptoirement aux souverains de poursuivre l'afilaire, avant qu'elle n'eût été régulièrement soumise à l'examen du chef de l'Ëglisie.

A la réception de cette dépêche, Isabelle fil immédiatement appeler Xîmenès. La résolution de celui-ci grandissait en proportion des obstacles qu'il devait surmonter; il ne cbercba qu'à ranimer l'énei^ie de sa souveraine, en la conjarant de ne pas faiblir dans l'accomplissement de la glorieuse t&che qu'elle s'était imposée ; déjà ses efforts avaient eu des résultats salutaires qui ne pouvaient manquer de lui assurer la protection divine. La reine, qui, dans tons les actes de son administration, eut toujours en vue les intérêts de la religion, ne devait pas être disposée à abandonner une entreprise, dont ceux-ci étaient le but direct et unique. Elle déclara à son ministre qu'elle le seconderait de tontes ses forces et, sans perdre de temps, fit présenter l'affaire,

,gt™-T:G00glc

LB UBDINÀL XlHENfiS. 1 11

par ses agents k Rome, sods dd joar tel qae la cour pontificale revint de sa première opiaion; ce ne Tut toutefois qa'après bien des relards et des difficultés. Enfin Ximenès reçut, avec le nonce apostolique, en i497, de si grands pouvoirs qu'il put eiécuter ses projets, en dépit des efforts de tous ses ennemis.

La réforme ainsi établie s'étendit à toutes les institutions religieuses, sans exception ; elle consistait dans une espèce d'enquête sur la conduite morale des moines, comme sur les différents points de discipline ecclésiastique. Sous ce dernier rapport, on peut donter qu'il y eût utilité à faire observer strictement des règles, fondées sur ce déplorable principe que la somme des jouissances promises dans la vie future est proportionnée à celle des souffrances qoe l'on se sera ToloDtairement infligées ici-bas; mais, on ne doit pas l'oablier, si sujette i critique que soit une règle, dès qu'on se l'impose librement comme une loi morale, elle ne peut être foulée aux pieds, sans ouvrir la porte ï une licence effrénée, et, dans ces circonstances, il faut nécessairement la rétablir avant de prétendre réformer les mœurs.

L'heureux changement opéré dans la conduite du clergé, amélioration dont Isabelle se préoccupait bien pins que des formes extérieures de la discipline, est signalé avec enthousiasme par les écrivains contemporains. Les prêtres espagnols, nous l'avons déjà dit, se faisaient depuis longtemps remarquer par une vie déréglée, qui paraissait être approuvée, jusqu'à un certain point, par la loi même; le mal s'était surtout propagé de la manière la plus déplorable sons le règne précédent, oh tous les ordres du clei^é relier ou séculier, séduits probablement par l'exempte d'une cour corrompue, s'adonnaient à tons les excès qu'engendrent la

\\% BÊGNE DR FBIUUIJtNSt ET d'iSABBLLB.

p«K«te et 1% débattre; tel esi le tabteaa, axigéré, es|iéi roos-le, qne l'on oous fait de cette époque. Uae ansai scaa-, datouae protmatioa des saoctuaires mêmes de la religîoa w poavail mauquâr d'être siacèranent déplorée par ona prÎBcefise aussi pieuse et aussi vertueuse qu'Isabelle. Le natt était trop profondément enraciné pour qu'il fAt facile de le détruire. La reiae, par son exemple, par te soin scrupuleux avec lequel elle n'élevait aux positions de l'Église que des bomnes d'une irréprochable piété, contribua beaucoup à améliorer les mœurs du clergé séculier; mats les moines vivant au fond des cloîtres étaient moins accessibles à ces ioOueaces, et l'on ne put introduire, la réforme panni eux qu'en les forçant de respecter leurs propres institutions et en laissant agir l'opinion publique.

Malgré l'ardent désir d'Isabelle, on peut douter qu'elle fût venue jamais ^ bout de l'entreprise, sans la coopération d'un bomme tel que Ximenès, qui réunissait toutes les qualités exigées chea un réformateur. Heureusement la reine fut témoin, avant sa mort, d'une révolution, ùnon complète, au moins commencée, dans lesmœurs de tous les ordres religieux, et cette amélioration ne fut pas momentanée. Un écrivain castillan du siècle suivant la signale longtemps après avec un véritable enthousiasme, et, tout en rappelant avec douleur tes anciens dérèglements des prêtres de son pays, il déclare hardiment que ceusHji peuvent être eompa-! rés a^ns désavantage avec ceuf du reste de la chrétienté, pour leur tempéraoce, leur charité et l'irréprochable pureté de leur vie et de leurs paroles ^

' La piincipale autorité , pour tont M qui M Apporte à k rie de Ximeaïi, eit Alrùo Q«DU» de Cutro.

Page 1