CHAPITRE IV
Lt FAIILLE ftOTALB DE CISTILLE.
La fomille ropls de Castille. — Alliances areo la femille de Fortngal et la mÙBOU d'Ântriche. — Mariage da prince Jean arec Harguerite d'Autriche. — Mort da prince. — Bialgiiatioo de la reine. — Ind6pendanoe des cortèa d'Aiagon. — Mort de l'in&nte Isabelle. — Keconnaissanoe de aon fila, nouTeaa-né, don Miguel, comme héritier de U cDoromic.
Le crédit, l'autorité qae les souverains espagnols durent au succès de leurs armes, furent coasidérablement augmentés par les alliances qu'ils recherchèrent pour leurs enfants; ces alliances eurent trop d'importance dans leur politique poar pouvoir être passées sous silence. La famille royale se composait d'un prince et de quatre princesses, qui furent élevés avec soin, d'une manière digne de leur rang, et qui reconnurent la sollicitude de leurs parents par une obéissance filiale exemplaire et par la manifesiatioo précoce de vertus, rares même dans la vie privée '. Tous paraissaient avoir
' La princesHc Iwhelle, l'atn^, naqoit à Duenae, le 1" octobre 1470 ; le aecood enfont et le fils unique dea sonTeraiofi, Jean, prince des Asturies, ne vînt au monde que huit ans pins tard, le 30 juin 1178 , à SériUe. Jeanne, que la reine Isabelle appelait en plaisantant sa • belle-mèie, ■
U FAMILLE ROTALE DE CASTtLLE. 1S
hérita, en grande partie, des qualités qui distinguaient leur illaslre mère : one extrême modestie et une grande dignité de manières, jointes ^ une vive sensibilité et à une piété sincère, malheureusement ayec une forte teinte de bigoterie, an moins chez l'aînée et la préférée, Isabelle; ils n'avaient pas la vaste intelligence et le talent des affaires qui apparlenaient à leur mère, quoiqu'il cet égard ils fussent bien doués, mais ce que la nature avait pu lenr refuser, une excellente éducation le leur avait donné '.
Nous avons déjit parlé dn mariage de la princesse Isabelle avec AloDso, héritier présomptif du trftne de Portugal. Cet événement avait été vivement désiré par les parents de rinfknte, non seulement parce qu'il leur laissait entrevoir la possibilité de la réunion des différents États de la péninsule sous on seul sceptre,- objet qu'ils n'avaient jamais perdu enliëreroenl de vue, mais parce qu'ils cherchaient k se concilier QD voisin redoutable, qui, ayant bien des moyens de les inquiéter, s'était toujours montré prêt à en faire nsage. Le roi régnant, Jean II , prince hardi et ru^, n'avait pas oublié ses anciens différends avec les souverains espagnols, lorsqa'il. soutenait leur rivale, Jeanne Beltraneja ou la Nonne, comme on l'appela généralement en Espagne, après ■ qu'elle eut pris le voile. En fiagrant mépris du traité d'AI-
taegra, à csose de u lestemblance arec la mère de Terdiiumd, vit le jont àTolide, le 6 novembre 1179. Uarie niqnit i Coidone en 1188, et Catherine, le àoquième et demiei enfant, à Aloala de Henarès, le S dfoembm 1186. Les piînoesHi récnient tontes poor devenir reiaes, maia lenn brillantee destinèeg forent tenues par dea infortonea domestiques, aozqnelles 1b ocnuonne ne pouTÙt les soustraire.
* Id aenle exception est celle de l'inlante Jeanne, dont les trâtes tstraTagances, qui sogmentèreat avec l'âge, doivent ttie attribuées à ans infimiti pbjnqne.
H RËCNB DE FERDINAND ET d'isabeLLB.
eauUra et même de tontes les règles moDasUqoes, il D*mit pts sealement retiré Jeaaoe du couvent de Santi Clan, mais il lai arait permis d'étaler une pompe royale et de sigaer « Noas, la reioe. ■ Ne se bornant pu à cette taiite ÎBSulte, il s'était efforcé de gagoer des puissances étrangères à la «ause de sa parente, afin qu'assurée de l'appui d'un twaa plus fort que le sien , elle pût TecoffioeDcer avec pins de cbaoceE de succès U lutte contre Ferdinand et Isabelle '. Ces démarches hostiles lui avaient attiré des remontraaees de la part du saint-siége, et, comme ob peat le penser, de kl cour de Caslille, qui fit souvent, mais iontilfflneiit, des plaintes à ce sujet '.
Selon tonte probabiëlé , rnoiofl de la princesse des Asturies avec le jeune prince de Portugal, stipulée par le traité d'Akantara, devait unir les intérêts des desu. pays, de manière à écarter toute cause d'inquiétude. L'inrante reçut «D Portugal un accueil qui Aûsait prévoir les rdations les plus amicales mtte les deoK nations, et ce mariage, pi^ de promesses, lut célébré à Usbooite, Je 22 novembre ii90, avec la fastueuse magniSceoce qui distinguait cette eonr an dessDS de toutes celles de la chrétienté, à cette époque où les Portugais poursnivaioit avec le plus de snoeès la carrière des entreprises maritimes.
La mort d'Alonso , sarveuue peu de mois après, dissipa feqxtir ^& l'on s'^était formé de voir l'ancienne inimitié des
* Hwif pMtâ -àiBfctriU faart ympuriit à Jeuute (lnnm.t a vfe; mb knu B'âvMOiliisnt en Pur, et ■ l*«zcdltmta dune, * ocmne fappehieBt d'ordinsira In Portugais, monmt oonom elle mvvt v£n, nn «Teir été Mnée,4riga sTiMédesoimite-hnituu.
* Des in^biiotionB ralilÎTeB à ee cajet, et éaâiea 4e la main mAne de la reine, exùtent encore dons les arctures de Sinumcas.
LA FAMILLB ROTALB DB GAETILLB. 1B
deox peuples Taire place à des sentiatents de bienveillaDce. L'iDrortnDée veuTe , ne pouvant supporter la vue des lieax témoins d'an bonheur silAl détruit, se retira bientôt en Cas* tille pour y cbercber des consolations an sein de sa Tamille. li, s'abandonnant à la mélancolie, à laquelle la disposait naturellement son caract^ sérienz et méditatif, elle s'oc* CDpa d'œuTres de piété et de cbarilé, résolue de ne plufe «'engager dans des lieDS, dont la brusque rupture avait cou* vert d'un sombre nuage t'aorore de sa vie.
A la mort du roi Jean II, eu 1495, la coorODoe de Portugal passa ^ Emmanuel, monarque éclairé, qui eut, au commencement même de son r^e, la gloire de résoudre le problème, si longtemps agité, de l'existence d'un passage i l'est. La jeune et belle princesse, pendant son court séjour à Lisbonne, avait inspiré une vive passion k Emmanuel, qui, peu après sou avènement au trône , envoya une ambassade à (a cour de Castille, pour inviter Isabelle à partager avec lai l'autorité suprême. L'infante, attachée au souvenir de ses premières amours, refusa ces offres, contrairement aux désirs de ses parents, qui ne voulurent toutefois pas faire violence aux inclinations de leur fille sur nu point aussi délicat, espérant peut-être que le temps et la persévérance de sou royal amant la feraient revenir sur cette détennination.
Pendant ce temps, les souverains catholiques négociaient le mariage de lenrs autres enfants. Les projets ambitieux de Charles YIII avaient créé entre les grandes puissances européennes une communauté d'intérêts qui n'avait pas encore existé OD, du moins, n'avait pas été comprise jusque-là ; des rapports nouveaux et intimes conduisirent natnrellemeùt k un rapprochement entre des États qui auparavant sem-
TA RËGNK DE PERDINAltD ET d'iSABEEXB.
blaient aussi é(raag«s l'an à l'autre que s'ils eussent été séparés par toute l'étendue de l'Océau. Les rois espagnols, en particulier, étaient rarement sortis des limites de la péninsule pour leurs alliances de Tamille: La confédération dans laquelle l'Espagne entra, à cette époque, leur permit de porter leurs Yues plus loin et de nouer des relations, destinées k exercer nue influence durable sur la politique future de l'Europe. C'est pendant que Charles VIII perdait son temps il Naples. que les maisons royales d'Espagne et d'Autriche convinrent de ces alliances, qui jetèrent dans un seul plateau le poids de ces deux grands empires et troublèrent l'équilibre de l'Europe , pendant la plus grande partie du ùècle saivant.
Le traité réglait le mariage du prince Jeau, héritier présomptif des deux couronnes d'Aragon et de Castille, alors igé de dix-huit ans, avec Marguerite, fille de l'empereur Maximilien, et de l'archiduc Philippe, fils et futur successeur de celui-ci, en même temps que souverain des Pays-Bas qu'il avait hérités de sa mère, avec Jeanne , la deuxième fille de Ferdinand et d'Isabelle. Aucune des deux princesses n'apportait de dot.
Dans le cours de l'aDoée suivante, des arrangements forent également pris pour l'union de la dernière fille des souverains catholiques avec on prince de la famille royale d'Angleterre, fait qui ne s'était plus td depuis plus d'un «ècle '. Ferdinand avait recherché l'amitié de Henri YII ,
' Nous ne ciojoiu paa qn'il j lit d'ftutie exemple d'une pareille rUûuico que l'onion de Jean de Gaont, duo de Lancutre, eveo dona Conrtoiiza, fille de Fierre le Cruel, en 1971, nnioa d'oii k reine Iiabelle deaoendùt du côté paternel. Le titre de prince dtâ Aêturiet, réservf 1 l'héritier pré< ■omplif da trdne de Castille, fiit d'abord cr^ pour l'infant don Henri,
LA FAMIUE ROTALB DE OSTILLE. 17
dans Tespoir de s'en faire un allié coDlre le rot de Fraoce, et il y avait réussi jusqu'à bd certaia point, bien que le prudent monarque fût entré dans la confédéralioa plutôt comme DB spectateur de la lutte, pour ainsi dire, qu'avec l'iDtentioQ de prendre à celle-ci une part publique ou active ^ Les relations amicales eolre les deux pays furent resserrées par le traité de mariage, déGnitivement arrêté le 1" octobre 1496, et ratifié l'année suivante, traité en vertu duquel Arthur, prince de Galles, devait épouser l'infanle dooa Catatioa, célèbre dans l'histoire d'Angleterre, sous le nom de Catherine d'Aragon, par ses malheurs et ses vertas *. Les Français voyaient avec jalousie le progrès de ces différentes négociatîoDS, qu'ils s'efforcèrent d'entraver par toute espèce d'artifices diplomatiques; mais Ferdinand fut assez adroit pour se créer, k la cour de Maximilien et de Henri, des partisans qui, l'iustmisant des intrigues de la cour de France, l'aidèrent efficacement k les déjouer.
Le mariage anglais fut différé de quelques années, à cause
plu tard Henri HI, à l'ocoauon de son moriaige &vec la fille de Jean de Gaont, en 13S8. C'était manifestement nne imitaliou da titre anglais de prince de Galles, et l'on avait cboisi tes Astaries, comme la partie de Paudenne moDanàie gotbique qui ne plia jamais sous le joug des Saira-
* Fetdinand s'entremit ponr rétablir la paix entre Heoti YII et le roi f£coMe, et telle était l'estime dans laquelle ces deux monarqDes le tenaient, qnlb consentirent à le prendre ponr arbitre de leurs différends.
' Ce projet de mariage avait déjà été arrangé entre les conrs d'Espagne et d'Angleterre, an mois de mars 1189 , loisqae le ploa ègé des denx fiutcfs n'arait pas encore atteint ta dnqnième année; il fat confirmé par un autre traité, plus explicite, l'année suivante, 1190. Il était stipulé àica edni-d que la dot de Catherine serait de 200,000 couronnes d'or, pajablea la moitié à son mariage et le reste eo deux fois, les deox années nivantcs. Le prince de Qalles devait céder à sa femme le tiers des revenus de bt priniâpaïUé de Galles, du duché de Comonailles et du comté de Cheatar.
1s KÈ&HÈ DE FBRDIHANfi ET D'ISABGLLE.
de rextréme jeunesse des futurs époax , dont ancnn n'avait onze ans. Il n'y avait pas un c^taele pareil aux mariages allemands, et des mesures fureot immédiaiemenl prises ponr MnspArler Tinrante Jeanne dans les Flandres, Ji bord d'une escadre qui prendrait dans ce pays la princesse Marguerite. A la lin de l'été de 14'96, cent trente vaisseani , grands et petits, portant nn nombreux équipage et munis de tons les moyens de défense contre les ovisenrs français, se uroavaieot réunis dans les ports dn Cuipuscoa et de la Biscaïe, prêts h partir. Le commandement général avait été donné i don Fadrique Enriquez, amiral de Castitle, qui amena avec lui nue brillante ironpe de chevaliers , principalement levés dans les provinces septentrionales dn royaume ; jamais encore flotte aussi belle et aussi forte n'avait quitté l'Es* pagne. Jeanne, accompagnée d'une suite nombreuse, s'en* barqua, vers la fin d'aoftt, à Laredo, sur les cdtes orientales des Asturies ; elle fit, dans cette ville, ses adieux à sa mère, qui avait retardé autant que possible l'heure de la séparation, en conduisant sa fille jusque-là.
Le temps, peu après le départ de rinfaule, devint orageux, et l'on resta si longtemps sans recevoir des nouvelles de la flotte , que la reine fut obsédée par les plus sinistres appréhensions; elle fit appeler auprès d'elle les plus vieux marins, cenx qui connaissaient le mieux par expérience ces rudes mers du nord, les interrogeant jour et nuit, dit Mar* tyr, sur les causes probables de ce retard, sur le cours ordinaire des vents dans celte saison, sur les difficultés et les dangers du voyage ; elle regrettait amèrement que le démêlé avec la France ne laiss&t d'antre voie de communication avec Je* Pays-Bas , que l'élément perfide auquel Jeanne avait dû se confier. Ses chagrins furent encore augmentés , dans ce
U Fft1fn,LB ROTAtS VE ÙSIOXM. »
ttoment, par la mort de sa mère, la reine-douairière Isabelle, qDJ, affligée, depnis quelques années, d'une maladie mentale, avait toujoars été soignée avec la plus grande tendresse par sa itie; celle-ci lui administrait de sa propre main les remèdes et avait veillé snr sa ^eillesse arec la plus touchante Bollicitade.
A la fin, on reçut llieareuse nouvelle, si longtemps attendue, de l'arrivée de la flotte à sa destination. Elle avait toutefois été si endommagée par la tempête qu'elle avait dû se réfugier en An^eterre; plusieurs vaisseaux s'étaient perdus et on grand nombre d'hommes avaient péri pr suite de Hnclémence du temps oa de. fatigues excessives. L'inbute arriva, saine et sauve, dans les Flandres, et, bientôt aprte , son mariage avec l'archiduc Philippe fut solennelle' ment et pompeusement célébré k Lille.
L'escadre attendit jusqu'il l'hiver suivant pour transporter en Espagne l'épouse destinée au jeune prince des Asturies. Cette princesse, qui avait été fiance dès le berceau k Charles VIII , avait été élevée à la cour de France ; lorsque son âancé projeta de s'anir avec l'héritière des ducs de Bretagne , elle avait été ignominieusement renvoyée dans son pays natal, afiront que la maison d'Autriche ne put jamais oublier. Elle était alors dans sa dix -septième année et avait déjà donné des preuves de ces talents extraordi* naires, qui la firent remarquer plus tard et se manifestèrent amplement dans différents écrits.
Pendant la traversée, au cœur de l'hiver, la flotte lut assaillie par des tempêtes furieuses; une partie des vaisseaux firent naufrage et celui qui portait Mai^uerite faillit sombrer. La princesse, au milieu des dangers de sa situatitm, conserva assez de présence d'esprit pour composer son
SO RËCNE de' FERDINAND ET d'iSABEL1£.
épitaphe, sous forme «fao plaisant distique, qui a inspiré k- Fonteoelle un dialogue piquaat, où il affecte de considérer le courage déployé par cette jeune femme, dans ce moment critique, comme surpassant celui du philosophe Adrien, à sa mort, et l'héroïsme vanté de Gaton d'Utique. Heureusement l'épitaphe fut inutile, et Mai^uerile atteignit, saine et sauve, le port de Saotaoder dans les Asturies, au commencement de mars 1497.
Le jeune prince des Asturies, accompagné du roi, son père, s'avança en hâte vers le nord pour recevoir sa fiancée, que tons deux escortèrent jusqu'il Burgos , où elle fut accueillie, avec toute espèce de marques de joie, par la reine et la cour. On commença immédiatement des préparatifs pour célébrer ce mariage, & l'expiration du carême, avec une magnificence dont on n'avait pas encore été témoin sous ce règne. La cérémonie eut lieu, le 5 avril, et la bénédiction nuptiale fut donnée par l'archevêque de Tolède , en présence des grands et de la haute noblesse de Castille, des ambassadeurs étrangers et des délégués de l' Aragon ; parmi ces derniers se trouvaient les magistrats des principales villes, reconnaissables k leurs insignes municipaux et à leurs robes rouges; ces représentants de communes démocratiques jouaient, parait-il, dans de pareilles occasions, un rôle aussi important que les membres de l'aristocratie du royaume. On vit ensuite se succéder rapidement des fêtes, des tournois, des joutes de roseaux et d'autres spectacles guerriers; les fiers chevaliers espagnols descendirent dans la lice, luttant de magnificence et de bravoure sous les yeux de leur future souveraine '. Les chroniques du temps font
* La preuTe qoe oa n'ftùent point li des jeux înoffénaifB, o'eat la tritte
lA FANILLE ROTALE DE CASTILLE.
ressortir le cootrasle que les maujères enjouées et familières de Marguerite et des seigneurs flamands présentaient avec le faste et le pompeux cérémonial que les Castillans recherchaient et auxquels ta princesse autrichienne, élevée à Paris dans une autre atmosphère, ne put jamais s'habilaer entièrement.
Le mariage de l'héritier présomptif do IrAne ne pouvait être célébré soos de plus heureux auspices. On négociait eu ce moment une paix générale, et la nation se berçait de l'espoir de goûter enfin les douceurs da repos, après tant d'années de guerre; chacnn seatait son cœur déborder de joie en contemplant les heureuses destinées, promises an pa]« sous le sceptre bienfaisant d'un prince, qui devait opérer pour la première fois la réunion des différents États de ta péninsule. Hélas ! au moment où Ferdinand et Isabelle, entourés de l'affection de leur peuple et des trophées d'un règne glorieux , semblaient avoir atteint an faite de la félicité humaine, ils étaient condamnés k recevoir dd de ces tristes avertissements qui nous apprennent que toutes tes prospérités de ce monde ne sont que néant.
Peu de temps après le mariage du prince jfean, les souverains eurent la satisfaction d'assister à celai de leur fille Isabelle, qui, malgré sa répugnance à contracter de nouveaux liens, avait Soi par céder aux supplications de ses parents et par accepter la main d'Emmanuel. Elle y avait toutefois mis pour condition qu'il bannirait les juifs de son royaume, oii ils avaient obtenu, i prix d'ai^ent, un asile après leur expulsion d'Espagne, cause à laquelle celte prin-
]itortd'AlaD8odeCardei]M,filadiioommaiideiirdeIi£on, qnlpjiit duu nntonnioi.
SS HfCNB DE FERDUIAHD ET d'iSABBLU.
cesse $operslitieuse attribaùt les malheurs qui avaient récemmoit fondD sur la famiSe royale de Portugal. ËmmaDuel, dont l'écrit générenx se révoltait contre cette mesure inju^ et impolitique, eut la faiblesse de sacrifier ses prioeipes à n passion , et proscrÏTit en masse tons les Israâiles habitant ses Ëtats. C'est peut-être la seule fois où l'amour a été ïaa. ies mille motife qui ont fait persécuter sans trêve cette race infortnaée.
Cette union, formée dans des circoostaoces néfastes, fat célébrée saos pompe , dans la ville-frontière de Valencia de Akaotara, en présence de Ferdinand et d'Isabelle. CeoX'Ci reçurent en ce lieu, par an courrier envoyé de Salamaaqne, b nouvelle que leur fils, le prince des Asturies, était tombé dangerensement malade; il avait été pris de la fièvre, a» Biilien des réjouissances publiques auxquelles avait donné lieu son arrivée en cette ville , avec sa jeune éponse. Dessymptômes alarmants s'étaient bientôt déclarés. La constitution du prince, natorellem^t foible, bien qu'il l'eût fortifiée par ses habitudes de tempérance, ne résista pas à une atlaqoe violente, et lorsque son père, qui avait usé de toute la diligence possible, arriva à Salamanque, il n'y avait plus d'espoir de guérison.
Ferdinand chercha toutefois à bercer son fils d'illusions qae lui-même ne pouvait partager, mais celat^i lui dit qa'it était trop tard pooi l'avengler sur son sort, qu'il était prêt à quitter un monde qu'il avait trouvé, dans ses meilleurs jours, plein de vanités et de soucis ; il ne formait qu'un seul désir, c'est que ses parents se montrassent aussi résignée que lui k la volonté divine. Le roi puisa du courage dans l'exemple que lui donnait ce jeune et héroïque prince, dont les prédictions ne se vérifièrent malheureusement que trop
U FAMILLE KOUX^ DE U5TILL«. «t
tàt. Jean moarut le 4 octobre 1497, dans sa Tingtième anaée, gardant jusqu'au deruier momeDl la force d'âmo cbrétieDDe qu'il avait dé{4o}ée dans loat le cours de sa uar bdie.
Le roi. (^aigoant l'effet que U nouvelle de ce malheur, Ivasqaemeat annoncée, pouvait produire sur Isabelle , lui fit envoyer coup sur coup des lettres qui L'instruisaient des progrès faits constamment par le mal, de manière ii lui laissée prévoir une catastrophe inévitable. Cependant la reine, qui, dans une longue et heureuse carrière, se préparait toujonrs, on peut le dire, à l'heure de l'adversité, reçut le coup fatal avec une douce et humble résiguation, en répétant les belles pSJroles des Ëcrilnres : < Le Seigneur me t'avait donné, il nel'arefHris; que sa volonté soit bénie I *
■ C'est ainsi, > s'écrie Martyr, qui eut la triste satisfaction de donner les derniers soins à son royal élève, « c'est ainsi que furent anéanties toutes les espérances de l'Espagne. ■ c Jamais mort, > dit un autre chroniqueur, ■ ne provoqua partout des lamentations aussi bruyantes et aussi générales. > Tous les inutiles honneurs que l'affection peut imaginer fiirent rendus k la mémoire du jeune prince ; ses obsèques lurent célébrées avec une pompe lugubre, et ses restes inanimés, déposés dans le magnifique couvent des dominicains de Saint-Thomas à Avila , qui avait été érigé par ses parents. La cour revêtit des vêtements de deuil , inusités jusque-lk, comme pour témoigner d'une douleur inaccoutnmée'. Tout travail fut suspendu durant quarante jours; ou hissa des drapeaux uoirs sur les murs et aux portes des
* Le dimp ncàr remplaça la «ei^e blftoehe , avec loqoeUe on «TAÎt ùàt jusque-là les Tttemeata de deuil.
U RÈGKE DB FERDINAND ET D'iSABELLE.
Tillesp Ces démonstrations extraordinaires (Taffliction prouvent que l'héritier présomptif du irdoe avait des qualités qat le faisaient aimer indépendamment de son rang élevé; c'est ce qae prouve aussi, et peut-être d'uue manière moins douteuse, ce qu'ont dit de lui ses contemporains, non seulement dans des ouvrages destinés à la publicité, mais dans leur oorrespondance privée. Le savant Martyr, en particulier» qui , en sa qualité de précepteur du prince Jean , pouvait mieux le juger que tout autre, ne tarit pas en éloges sur sod royal élève, dont les vertus et les talents précoces promettaient au pays de glorieuses destinées '.
Le prince étant mort sans héritier , la couronne revenait à la reine de Portugal, sa sœur atnée *; mais on apprit bientôt que l'archiduc Philippe, avec l'inquiète ambition qui le distingua plus tard, avait revendiqué pour lui-même et pour Jeanne, sa femme, le titre de < princes de Gastrlle. > Ferdinand et Isabelle, mécontents de cette conduite, invitèrent le roi et la reine de Portugal & se rendre eu Castille,
' Une bonne preuve, il Uat l'avouer, de U sagesse piicoce da prinoe T«an, c'est qu'il ne se laissa pas enivrer par l'encens flatteur que son digne prioepteor lui prodiguait de temps en temps.
* On avait espéré la naissance d'un jeune prince, an temps de U mort de Jean, qui avait laissé sa femme enceinte ; mais celle-ci accoucha, quelques mois apr^, d'un enfant mort-né. Mai^erite ne resta pas longtemps en Espagne. Mie fut affcctnensement traitée par le roi et la reine, qoi lui assignèrent nn revenu considérable ; mais les Flamands de sa suite ne purent s'habituer à la réserve et à l'ennujeuz cérémonial de la cour castillane, si difiérents de la rie libre et joyeuse qu'ils menaient dons leur patrie, et ils la diddirent à retourner dans leur pajs, en 1409. £tle épooM plus tard le duc de Savoie, qui mourut sans postérité, moins de trois ans après. Marguerite passa le reste de sa vie dans le veuvage, bjant 4té nommée par son père, l'empereur, au gouvernement des Paya-Bas, t&cbe dont elle s'acquitta a veo habileté . Elle monrat en 15 30 .
u FAinLLB ncnrALE ne oastillb. sb
afia é^j hin recAttoaftre leurs droifs par la légialatnre nalionale. Les jeaoes épooi quittèrenl donc Lisbonoe, an commenceiBeat dn pnolenips de 1498; ils Tarent reçus avec une somptoense hospitaltté dans (es châteaux des grands seigneurs eastillaos, et, vers la fin d'avril , ils fircrot leur entrée dans l'aotiqne cité de Tolède, oà les corlès se frOBvaient réunies ponr les recevoir.
Après que les difEërents ordres de la l^slature eurent prêté aux princes portngais le sèment ordinaire de fidélité, la eenr se trasaporta k Saragosse, où tes certes aragonaises avaient été convoquées dans le même but.
On n'était pas sans inquiétude au sujet des dispositions de celte assemblée, car la succession des femmes au trône n'était pas légitimée par les anciens osages du pajs, et les Aragonais, comme Martyr le fait remarquer dans une de ses lettres, ■ étaient bien connus potir l'opini&treté avec laquelle ils tenaient k leurs prérogatives constitutionnelles. >
Ces apprébensions étaient bien fondées ; à peine l'objet de cette eonvecatioa eut-il été exposé aux cortès dans le diseoars de la couronne, par lequel s'ouvrait toute session, qu'on vit une opposition décidée se muilester contre un . Acte, déclaré sans précédent. Le droit de succéder an trône avait, soutenait-on, été restreint k plusieurs reprises par lesrois d'Aragon, dans leurs testaments, à leurs -héritiers mâles; l'usage, le sentiment public étaient si bien d'accord sur ce point, que la tentative faite par Pierre IV pour enfreindre tette règle en faveur de ses filles, avait provoqué «ne gaerre civile. On allégunt encore que le précédent roi,- Jean II, avait ordonné dans son testament que la couronne' passerait au^t enfants m&les de Ferdmand, et, à leur défont, aux fils des filles de celui-ci, ^ l'exclusion des femmes. ïf^Mt
mMum KT nutLu, t. m. t
88 RÈGNE DE FERDINAND ET d'iSABELiLE.
tous les cas, i) valait mieax ajoonier la question josqn'après la délivrauce de la reioe de Porlagal , alors dans no état de grossesse fort avaucée; car, si celle-ci doaiiait le jour ir on eofaut mâle, il n'y aurait plus lieu ii aacuoe discussion.
On répondait qu'il n'existait pas en Axagon de loi expresse, excluant les femmes de la succession; qu'on avait vu, an xu' siècle, une reine hériter l^itimement du sceptre; que si les femmes pouvaient, comme nui ne le contestait, transmettre un droit à leurs enfants , cela prouvait clairement qu'elles possédaient elles-mémesce droit. Le prince régnant, ajoutait-on, avait, sans doute, autant d'autorité que ses prédécesseurs pour régler l'ordre de succession au tr6ne, et pouvait, avec l'appui des cortès, changer ce qui avait été établi par ceux-ci ; cette intervention était justifiée par la nécessité de maintenir à jamais l'anion de la Castille et de l'Aragon, union sans laquelle ces deux royaumes, séparés d'intérêts, perdraient leur force et leur importance *.
Ces raisons, si puissantes qu'elles fussent, ne parurent pas convaincantes; les débats durèrent si longtemps qu'Isabelle, indignée de l'opposition faite à une demande qui avait été accueillie sans difficulté par la législature castillane, s'écria inconsidérément c qu'il valait mieux réduire immédiatement le pays par les armes, que de supporter l'insolence des cortès. > A quoi Antonio de Fonseca, le même seigneur qui
> B est singulier qoe les Ângon&îa aient si facilement reooima aux femmes le droit de transmettre une coiuonne qu'elles ne pouvaient porter ellea-mâmes. ïlâonard III fonda pTéciBément tes prétentions an trône de France lur ce principe, trop oppoaé aux lois ordinaires au la snccesHon, pour recevoir aucun appui. On ne peut dire qne l'exclusion des franmes dans l'Aragon fut ordonnée pu une loi expresse, comme en France; maù l'usage, sauf un eeul exemple remontant à trois siècles, était tout aniû constant.
U FAIILLE ROYALE DE CASTILLE. gt
avait tenu ud laogage si fiera Charles VIII, lors de l'expéditioo de Naples, eut la bardiesse de répondre : < Les Aragonais ne foQt qu'agir ea bons et loyaax sujets, qui, habitués & tenir leurs sermeats, réfléchisseat mûrement avant de les prêter, et assurément il faut les excuser s'ils diffèrent prudemment de prendre une décision qu'ils trouvent si difficile de justifier par un précédent de leur histoire '. > Cette franche déclaration , qui fait également honneur à la reine qni l'éconu patiemment et an sujet qui osa la faire , ouvrit probablement les yeux à Isabelle, car il ne parait pas qu'il eût encore été question de recourir à des mesures de rigueur.
Avant que rien n'eût été décidé , la discussion fut close tout à coup par un événement imprévu et douloureux, la monde la reine de Portugal. Cette princesse avait toujours ai une faible constitution, avec de grandes dispositions à la pbthisie; elle pressentait depnis longtemps qu'elle ne survivrait pas à la naissance de son enfant; cette idée l'obséda davantage, à mesure qu'approchait l'époque de sa délivrance. Le ^ août 1498, elle donnait le jour à qd enfant et, moins d'oae heure après, elle expirait dans les bras de ses parents désolés.
Cétait no coup trop fort pour l'infortunée IsabeUe.'encore BODs l'impression de la mort récente de son fils unique; elle resta calme, il est vrai, en apparence et montra la parfaite résignation du croyant, qui a appris à placer toutes se« espérances de bonheur dans un monde fblur. Elle domina assez sa doulear pour continuer & remplir ses devoirs et k veiller,
' 'One prenve de la hante estime qu'Isabelle éproarait pour oet homme d'État indépendant, o'nt qu'elle le mentioima dans son testament, aveo nue demi-douzaine d'autres qu'elle recommanda spéciatement à ses sncoei- «enn, à cause de leora bons et lo;aia servioes.
«s RfoiHE DE f ERDIKAND ET D ISABELLE.
avec la même sollicitutle qa'aaparavaat, sur les destinées âa pays; mais sa santé déclina peu i pen, sons l'inflaence de tant de calamités réunies, qai assombrissaient la an de sa vie.
L'enfant dont la naissance avait co&té si cher à sa mère, était un fits et reçut le nom de Miguel, en l'honnenr du saint télé en ce jour. Poor dissiper jusqu'à un certain point l'air de tristesse répandu partout, on décida de présenter le jeune prince à ses futurs sujets ; il fnt donc porté à travers les rues de la ville, dans nne magnifique litière, escortée par nne troupe de cavaliers du plus haut rang, et sa nourrice le mostra à la foule. On prit des mesures pour faire reconnaStre immédiatement cet ^fant à peine oé comme l'héritier di trône ; si l'on avait pu avoir des doutes sur la validité des titres de la mère , il n'en pouvait être de même pour le Gh, car ceux qui contestaient aux femmes le droit d'hériter elle^mèmes de la couronne, admettaient qu'elles pouvaient donner ce droit à leurs fils. Préalablement à la reconnaissance publique du jeune prince, il bllait lui nommer un tuteur y. avec pouvoir de contracter des engagements et d'agir em son nom. Après un mûr examen , le Jastizia d'Aragon , ea vertu de sa prérogative, confia à Ferdinand et k Isabelle la tutelle de leur petit-fils , qui devait , aux termes de la loi , atteindre sa majorité h quatorze ans.
Le samedi, 22 septembre, la reine étant saffisammcRt guérie d'une maladie grave, causée par ses chagrins récent^ les quatre ordres des cortès d'Aragon se réunirent dans rh6tel de la députalion, à Saragosse. Les souverains catholiqnes prêtèrent serment devant I& grand-juge, ccnnme tuteurs de l'héritier présomptif du trône; ils prirent l'enga.gement de n'exercer aucune juridiction , an nom du jevoc
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prince, durant sa minorité, et promirent, en outre, que pour autant qu'il serait en leur pouvoir, cËlui-cî, arrivé à sa majorité, jurerait, k son avénemeol, de refipecter les lois et les libertés du royaume. Les certes prêtèrent enBuite serment de fidélité au prince Miguel, comme successeur légitime à ta couroDne d'Aragon. Le peuple aragonaîs cherchait à garantir soa indépendance, en s'altachant scrupuleusement ii ces formes coastitutiounelles, qui continuèrent à être observées, lorsque cette indépendance n'existait plus depuis longtemps*. Au mois de janvier 4499, les droits du jeune prince' furent solennellement reconnus par les certes de Castille, et, en mars suivant, par celles de Portugal. C'est ainsi que les trois couronnes de Castille, d'Aragon et de Portugal furent pour la première (ois réunies sur uue seule tête. Les Portugais, conservant le aouveuir d'une ancienne rivalité, n'étaient pas satisfaits, craignant, avec quelque raison, que leur petit pays ne fidt absorbé dans un pins grand, tel que rE^pagne. Hais la mort prématurée de Miguel, qui n'avait pas encore atteint sa deuxième année, écarta toutes les causes de jalousie et empêcha la fusion de trois peuples, qui, par leur origine commune, par leur position géographique et surtout par la ressemblance de leurs mœurs, de leurs sentiments et de leur langue, paraissaient primitivoment destinés à n'en former qu'un senl.
' Le rapact des Angonua poui leon instîtutioiu m manifratait jutqo» dans leur attachemeiLt aox cérémonîes lea plna ûuîgDÎSAnteB ; il j en eut BU exemple remarquable enl4Sl,i Saragoase, lorsque la reine, ajant éti nmmie Ueatenaot-gâitiral da loyanme et d&mait «atomte à tenir d» Gortia en l'absence da roi, aon iponz, qui, d'apiïs le» aneiennes loii du psja, devait lea pr&îder en peisoime, il pamt njceauire d'obtenir on acte Ibnad de la légiàlatuv, poor loi ooTrir la porte de cette assemblée.