TROUBLES DE GRENADE
d'Doe sainte ardeur le martyr et allume les feux de ta persé- CQlion qui lai fera gagner sa glorieuse couronne. C'est la direction imprimée, direction variant d'individu ii individu, SODS l'empire de circonstances différentes, qui fera de lui le fléau on te bienfaiteur de son espèce.
Ces réflexions nous ont éié suggérées à ta vue du personnage extraordinaire dont il a été question dans le chapitre précédent, et qui apparaîtra dans cetui-ci soosnn jour noa- TCau et moins avantageux. Une inflexible résoludon formait peut-être le trait le ptus saillant du caractère de Ximenès; on ne peut dire ce que, dans d'autres circonstances, cet homme remarquable eût été. On peut, sans de grands efforts d'imagination, supposer que ce moine h ta volonté de fer, qui, dans sa jeunesse, préféra subir une longue captivité, plntdt que de se soumettre à un acte d'oppression, eût po, sous une pareille influence, aller jusqu'à ébranler, comme Luther, les vieux piliers du catholicisme, an lieu de s'employer de toutes ses forces à tes raffermir. Cependant ce dernier rôle convenait probablement mieux à ce prêtre, dont l'esprit sombre devait se plaire au vague, au mystérieux de la foi romaine, comme son caractère inflexible s'accordait avec des dogmes tyranniques; c'est, du moins, celte cause qu'il défendit avec tout son talent, toute son énergie.
Mous avons va avec quelle ardeur Ximenès, dès son élévation à la primatie, entreprit de réformer la discipline religieuse, et avec quelle obstination il poursuivit cette œuvre, an mépris de ses intérêts et de sa popularité; nousalliHis le voir travailler avec le même zèle à extii^r rhérésie,saDs crainte pour lui-même et sans égard aux principes les pins évidents de bonne foi et d'honneur national.
I» RËGHE DE mtlMtMtlb Vt B^MABELLE.
Pris è6 hait bnoées s'émiMit ééOQlées <A0^!s ta MuqueM 4e Grenade, M le peuple eotibilti avait, peMhnt tout «ft l»nps, téca paisiblement dans une faiirae abrité, se fianl »i traité qui Ini avait permit dft comgrv» ae» l«ts et «ft religion. Cette longue tranquillité, difficile & mafntebir M iniliea d^e population composée, comme celle de la capilale, d^^émenls discordants, de Mores, <de renégats, d6 chrétiens, tonjonrs prêts à en venir asx mains, était priâ<ci<ftalementdne à la conduite sage et modérée des deaxfaomueft î <[Di Iti reine avait confié le gouvernement «vil et eccJéstas^ tique, Mendoza, comte de Tendilla, et Talavera, ar«hevè<fM ^e Grenade.
Le premier dé ces dent personnages, le pins brillaat ornement de son illustre femille, est déjà cOnnti du lecieW. En récompense des services importants qu'il avait rendns i «on pays, Vhms la carrière des armes et dans celle de )& diplomaUe, il fut nommé, immédiatement après la conquête -de Grenade, alcade et capitaine-général dn royaume, posl*tiun à laquelle il convenait, sons tous les rapports, par sa pmdence, sa Tenneié, ses vues éclairées et sa longue expërrence.
l^ second, frère Fernando deTalavera, fforigine phtt Immble, était un moine hiéronymite , qui , après avoir ét^, pendant vingt ans, prieur du couvent de Santa-Maria dd Prado, près de Valladolid, devint confesseur de h reine Isabelle et, plus tard, du roi Ferdinand. Dans celte position, il exerça naturellement une influence considérable sur les aflïires puUiques, et, si la direction de la conscience des BOuveralns pouvait être confiée sans 'crainte h qoelqu^nn, c'était bien certainement à cet estimaMe prélat, égalemetft distingué par son instruction , son amabilité et son irrépro-
TROUBLES DB SReiADB. It7
diabls piété. L'uiciflD hi^«iiynnila avait une dévotion un peu ofltrée, maisT par «a dooeew, ^r la bieareillance naturelte de son canclève, il esQtrastait (Tuoe manièFe hettreme avet les prêtres &Datiqoeset éoiiii>ateur»de son temps ^
Après la conqaéte, Talavera échangea VévèeM d'Avila contre l'aTcbevèché de Grenade. Malf ré les désirs des royaox époux, il refusa d'accepter nue augmeotalion de traitement dans rette position uouT«lle et ftes élevée. Ses reven», qni s'élevaient & deux mlHioDs de mararédis annneliement , étaient QD peu inférieurs à ceax dont il jouissait aaparanot. Il coDsacra généreusement la pins grande partie de cette somme à des améliorations pabliqnes et à des actes ie eharicé, objets qui, il taut le dire à l'honneur des prélats espagnols, ontsûaveot attiré lear attention et provoqué leor monificence.
Ce qui préoccupait le plus viv«nent le bon archevêque , tétait la conversion des Mores, dont il considérait l'aveogle* ment ^irituel avec des sentmeots de tendresse et de charité, bien différents de ceux.<pie Doarrtssaient la plupart de ■es frères. II se proposa d'accomplir cette ceavre de la manière la plus rationnelle possible. Malgré son ftge avancé, il se mît à apprendre l'arabe, afin de pouvoir communiquer avec les vaincus dans leur propre idiome, et enjoignit an clei^é de son diocèse de snivre son «cemple; il fit rédiger une grammaire, an diclioDDaîre et un catéchisme en arabe,
* la cnirespondance de TaUrera arec la reine n'est pas &ite pour aidet àlftiépotatkai de oepi^lalj KB tetttes ne Mut gain que des e«rmoiUBnr Vtjaaar de la aodéM, la danse et aotKS pâoliës dunnablea. £Ues portent plutôt l'empreinte àa puritanisme anstâre que de l'Église catholique loniaine ; mais la bigoterie eitr un temu'D neutre snr lequel les sectes les pins opposées peaTsntsoiaiHnibei.
tl8 RËGNE DE FERDINAND ET D ISABELLE.
et fit traduire daos la même langue la lilui^e, y compris des extraits de l'ËvaDgile ; il avait le projet de f^ire traduire plus tard toates les Ëcritares. Dévoilant ainsi les oracles sacrés qui jusque-là avaient ëté soustraits k la vue des infidèles, il leur ouvrit les véritables, les seules sources de l'enseignement chrétien, et, en cherchant à convaincre leur esprit, au lieu de séduire leur imagination par un vain étalage de pompeuses cérémonies , il prit le seul moyen d'opérer parmi eux des conversions sincères et durables.
Ces mesures sages et bienveillantes du bon prélat, jointes à son exemplaire pureté de vie, lui acquirent bientôt one grande autorité parmi les Mores, qui, jugeant de la doctrine par ses rruils, étaient bien disposés à l'examiner; tous les jours, il en entrait un grand nombre dauti l'Église.
Les progrès du prosélytisme devaient cependant élre lenis et diCGciles parmi des hommes habitués dès l'eafance, non pas à repousser, mais à délester le christianisme ; qui étaient séparés des Espagnols par leur langue, leurs mcenrs, leurs institutions, et qu'unissait alors, comme un lien indissoluble, le sentiment commun d'une infortune nationale. Vu grand nombre de prêtres et de laïques animés par le iàoatisme, jugeant cette barrière infranchissable, désiraient la voir violemment renversée par le pouvoir; ils disaient aox souverains que c'était une espèce d'ingratitude envers la Providence, dont la sagesse avait livré les infidèles dans leurs mains, que de permettre à ceux-ci d'usurper plus longtemps le bel héritage des chrétiens ; ils soutenaient que l'on. pouvait avec justice mettre ces fils maudits de Mahomet dans l'alternative ou de recevoir immédiatement le baptême, oa de vendre leurs biens et de se retirer en Afrique. On ne pouvait, k leur avis, considérer une pareille mesure comme