‹ Histoire du règne de Ferdinand et d'IsabelleChapitre 23 sur 73 · P0L1T10DE COLONIALE DE L'BSPAGNE · texte numérisé non relu

P0L1T10DE COLONIALE DE L'BSPAGNE

A ces sages dispositions s'en mêlèrent d'aatres qai se ressentaient de l'esprit intolérant du siècle; c'est ainsi qu'il fut défenda aux juife et aux Mores d'habiter ou même de visiter le nouveau monde, que l'on considérait comme ayant été découvert au profit des Castillans seuls. Le gouvememeat ne soufijrait pas qu'on touchai k ce qui lui appartenait; il revendiquait pour lui-même tous les minéraux, les bois de teinture, les pieires précieuses, et, si des particuliers pouvaient rechercher l'or, c'était à condition de lui payer un droit exorbitant des deux tiers, réduit plus tard k un cinquième '.

La mesure qui, à cette époque, contribua te plus efficacement aux progrès des découvertes et de la colonisation , fut Tautorisation accordée, en 1495, sous de certaines conditions, pour des voyages faits par des particuliers. On ne vit laire usage de cette permission que quelques années plus tard, en 1499. L'esprit d'entreprise languissait; les Espagnols avaient éprouvé un profond découragement en comparant les résultats médiocres de leurs découvertes avec les succès brillants des Portugais, qui s'étaient enfoncés tout d'un coup au cœur des régions fortunées de l'est. Cependant le récit fait par l'amiral, après son troisième voyage, et les perles magnifiques qu'il avait envoyées de ta côte de Paria, comme spécimens, ranimèrent la cupidité de la nation. Des aventuriers se proposèrent alors de profiter de l'autorisaiion d^à donnée et de faire des découvertes pour leur propre compte. Le gouvernement , doqt les ressources étaient épuisées par les frais énormes qu'il avait supportés, voyait avec jalousie l'ardenr qui commençait à se manifester dans

* L'exclnsiou de tous les étnngeis, sauf • les cathoUqnes ohiétiens, * fat psrticiiHêrement recommandée pu Colomb, dana sa première commalùeation angoaTernement.

180 nÈGNE DE PBNHMAIID ET d'iSÀKELLK.

d'autres parties de l'Europe * ; il approuva doDC des projets qui, tout en ouvrant nn vaste champ kl'actiTité desessajeta, lai donnaieat une part dans les bénéfices de ces entreprises, dont il ne courait pas les risques.

La couronne s'était réservé un dixième dn tonnage dM vaisseaux, les deux tiers de l'or rapporté et dix pour cent sur les autres produits. Pour encourager ces expéditions, oa accorda une prime à tous les b&timents d'an moins six cents tonneaux qui en feraient partie.

Alors les plus riches marchands de Séville, de Cadii, ds Palos, d'où Colomb était parti pour la première fois, équipèrent et envoyèrent des escadrilles de trois ou quatre vaisseaux, dont ils confièrent le commandement aux marias expérimentés qni avaient accompagné l'amiral dans sos premier voyage ou avaient marché sur ses traces. Ceux-ci suivirent, en général , la rente que le grand navigalear avait prise dans sa dernière expédition, et explorèrent les cAtes do grand continent méridional. Quelques-uns de ces avesturiers revinrent avec de riches cargaisons d'or, de peries et d'autres objets précieux, qni compensaient les fotignes et les dangers de l'entreprise; mais la plupart durent se contenter de l'honneur plus durable, mais stérile d'avoir découvert de nouveaux pays *.

> Fami les ftrenturiera étrangera îi j eut les deux Cabot , qui nmfr goèreat au service du roi Henri YII d'Angletene, en 1197, et o6toj&reDt tontel'AmériqQB du Nord, depiiia Tene-NeaTe jusqu'à qnelqnea degrés de la Floride, empiétant ainû sm le otuunp de déconveites oocnipé par tel

* Colomb parait avoir regardé les pemùs de voyage aeoordés i des par ticBHersoommeimeiiifraatioiiàieBfaDpreedrmte; il est ceptudant difficile de eompreadre «i qaoi oenz-d ttaint enfrâots. Il n'y a rien dans ta pie> mièie oonveution avec le gonvemement qui se rappoito ik m mjet, tmSt

puirami caioinALB bb l bspichk. im

L'ardenr et ht natHu pétait réreillée et, les relitioos eoiniMreiales de l'Espagoe me ses nouvelles colonies ayant pris plos d'exleosioD, il deTÎal nécessaire d'oi^niser plaa poorfeitement le département des Iodes, dont nous avons précédemnieDt retracé l'origine '. Par ooe ordoonanee datée f Alcala , 30 janTÏH- 1303,. db conseil fnt iostllué, composé de trois membres, un trésorier, on fiictenr et nn cootrôloir. Us devaient siéger dans TaDcien alcazar de Séviile el ^j réunir chaq«e jonr ponr traiter les aflaires. Le conseO deraJt s'informer soignensement de tont ce qui coneemait les colonies el donner au gouvernement tons les renseigne» ments dont il avait besoin, pour veiller anx intérêts et ï >a prospérité de celle»-ci. Il pouvait accorder des licences sous cerlanKS conditions, poorroir h l'équipement des flottes, légier lenr destination et fournir des instrnctioas aox oarigMfiors. ToBtes les marcftandises k eiporter deraient être d^sdcs dans l'akaar, ainsi que les cargaisons rapportées, dont la vente devait se fîiire là. Le conseil avait la même «Blorité sur le eommercs avec l'Afrique el avec tes lies Caaft-

9», dama Im lettres patentes qui lui futent délirrées «vant son detoiènre vqjlg*. !• dioit d'âOMBdtr «a yenmi o-t expesifiaeiit riMTvb à la ochironiiB et aa. somteiiduit fooseoa, sinsi qn'à l'aminl. Tout oe que oelui-d ponfait léolamer l^alement dam lea eipêditionB qu'il ne conduisait pas Im-rnSnie, c'était le huitième do tonnage, et il j fut régulièrenieat ponryu dMi ]m Srxaaa gintnia. l^a Marenini, à la nàt» de n> mprdsentatioiu, ptbliteaut, le S jnin 1107, una oidonnance, dana laquells, apitï aroii pnteatâ de leur respect pour tous les droits et privilèges de l'amiral, ils dédanient que tout ce qui serùt trouTâ daju leur licetjce antérieure vmtiain i eeox-à scnit bo) et nan aveniL ; la fome hypothétique tous •i^iMUe cette dédacatîaa était &ite moatnqae laarojauKéfOux, afecm loDablB décii' de tenir leara eogagementa eoven Colomb, ne voyaient pw trts ehiremcnt commeiit fli j avaient manqDé. *VerMt«n«U,p.M3.

ttt R&GMB DE FBKDnUND ET D'i&ABELLS.

irtes; il ex^çait une pareille snireillance sur toos les naTira partant de Cadix ou de Séville. A ces poavoirs s'en joignaient d'antres d'un caractère parement judiciaire ; c'est ainsi qu'il décidait toutes les questions relatives aux voyages privés et au commerce colonial, en général; dans ce cas, fl ëlait assisté de deux juristes salariés par le gouvernement.

Tels étaiebt les pouvoirs étendus confiés, lors de son organisation, à la fameuse Cota de Contrataeion ou chambre de commerce, qui, bien que son autorité fAt plus tard restreinte par la juridiction du conseil des Indes, ne resta pas moins le puissant intermédiaire au moyen duquel les (raosactions commerciales avec les colonies furent conduites et surveillées.

Tout en concentrant le commerce colonial, pour te diriger exclusivement et sans peine, le gouvernement espagnol, avec une admirable prévoyance, diercha à s'en rendre absolument maître an point de vue spirituel, où ses droits poovaient être contestés. Une bulle d'Alexandre VI, en date du 16 novembre 1501, l'autorisa à percevoir toutes le^ dîmes dans les colonies; une autre bulle de Jules II, datée dn 28 juillet 1S08, lui accorda le droit de nommer à tons les bénéfices ecclésiastiques , dans l'ancien monde, k condition de se faire approuver par le saint-siége. Par ces deux concessions, les souverains se trouvaient placés !i la tête de l'Église dans leurs domaines b^nsatlantiques , avec ponvw de disposer absolument des bénéfices et des émoluments ds clergé.

Plus d'un historien a admiré le courage avec lequel Fetdinand et Isabelle, malgré leur respect pour l'Église catholique, prirent une attitude aussi indépendante vis-à-vis du chef de celle-ci ; mais quiconque a étudié l'histoire du règoe

POLmQCB COLOKLOB DE LBSPACNB. ISS

de ces prioces recoanaltra qu'ils forent, en cette circonstance, fidèles il leur politique ordinaire; jamais, en effet, ils ne souffrirent que leur dévotion on une obéissance aveugle aux ministres de la religion compromit l'iodépendance de la couronne. Il est bien pins étonnant qu'il se soit trouvé des pontifes disposés à leur abandonner ces importantes prérogatives ; ces papes se montrèrent bien étrangers h l'esprit opiniâtre et subtil de leurs prédécesseurs, et leurs concessions, dont les conséquences se révélèrent plus compléteûient par la suite, furent souvent regrettées par leurs SDccesseurs.

Telles furent, en résumé, les principales mesures prises par les souverains pour l'administration des colonies; ce qu'elles offrent de particulier et de défectueux est, en grande partie, dû aux circonstances au milieu desquelles se fit la découverte du nouveau monde. Tandis que les colonies éta- Uies sur les c6tes comparativement stériles de l'Amérique du Nord reçurent des lois appropriées à leurs besoins et se fortifièrent par l'exercice habituel des fonctions politiques, celles de l'Espagne furent dès le premier moment soumises ï la législation de la mère-patrie. On s'était engagé dans les entreprises de découvertes, avec l'espoir d'en retirer d'im- Bienses profits; l'hypothèse de Colomb au sujet de l'existence de terres inconnues à l'ouest s'élaat vérifiée, on avait soppoté avec le grand navigateur que c'étaient là les Indes dont on avait tant parlé. L'or et les autres produits précienx qu'il avait rapportés, avaient nourri cette illusion. Le goovemement espagnol voulut dès lors profiler seul de ces expéditions; c'est ainsi qn'il réclama pour lui-même les bois de teinture et les métanx, la source la pins importante de richesses.

IM RfiGNB DE FBBDINAND IT d'iSUBLLI.

Ces diapositiODS impolitiqnes forent, en partie, compensées par d'antres plus conformes aux inléri^ts durables de la colonie; telles furent les faveors accordées & cens qni Tiendraient occuper et cultiver le pays, l'érectiou de muoicip»- Utés, la liberté du commerce colonial, la franchise de droits pour l'importation et l'exporta tion. Ces lois et d'autres semblables montrent que le gouvernement, loin de regarder les colonies comme une acquisition étrangère, qu'il fallait sacrifier à la prospérité de la mère-patrie, était disposé à leur donner, comme à une partie intégrante du royaume , nne législation plus libérale.

Quelques-Qoes de ces mesures, conçues même thns an esprit plus étroit, peuvent être excusées à raison des enrconstances; c'est ainsi, par exemple, qu'aocune ()isposîti«B se Alt trouvée plus vicieuse que celle qui reafermait tout te commerce des colonies dans le seul part de Séville, an lien de le laisser profiter librement des mille dëboucbés que lai offrait, de tous côtés, le royaunK, pour ne rien dire des exactions et des monopoles désastreux que favorisa, «wme «n le reconnut plus tard, la eoncentration d'un aussi vaste trafic sur un seul point. Hais ce commerce fit trop pen étendu, sous Ferdinand et Isabelle, pour que ces funestes eoaséqueuces se fissent sentir dès lors; il se bisait principalement dans quelques grands pofts de l'Andalousie, d'oè étaient partis les premiers aventuriers; il n'y avait donc pas d'inconvéaients k ce qu'il n'y eût, pour la rentrée des vaî»seaax, qu'un seul port, aossi accesûble et awsi central q« Sévitle, qui, de cette manière, devenait hd Hen de rcnde»- TOus pour les marchands et facilitait les transactions de ce pays avec le reste de l'Eure]^. Plus tard seutemeot, hwnqne ces lois, bonnes à l'origine, durent être appliquées k une

POUnaUB CDLONIAU M L'ESPACHE. t«S

époqae où le commerce développé emlnrassait toat l'empire* OD reconnut leurs vices grossiers.

Ce serait mettre inexactement en lumière les pnijet» caressés par les souverains au sujet des entreprises de découvertes, que d'omettre celai auquel la reine du moins tenait le plus, la propagation du christianisme parmi les Indiens. Comme QOQB l'avons déjii va, dès les premiers temps, elle ent aortout ï cœur, dans ses communications officielles, de convertir et de civiliser les sauvages '. Elle ne négligea rien pour accomplir cette bonne <euvre, à' laquelle se consacrèrent exclusivement des missionnaires qui devaient résider parmi les naturels da pays et les amener k recevoir le baptême par leurs instructions et l'exemple édifiant de leur vie> Cesl dans le but d'améliorer le sort des Indiens qu'elle permit, en 1301, d'introduire dans les colonies les esclaves nègres, nés en Espagne; elle le fit par le motif que la constitution physique de l'Arricain était plus propre que celte de l'Indien k subir des fatigues excessives sous un climat tropical. C'est à ce Taux principe d'bumanité que le nouveau monde doit cette honteuse tacbe de l'esclavage , devenue plus grande et plus hideuse avec les auaées.

Isabelle devait cependant voir ses intentions bienveillantes au sujet des Indiens déjouées par ses propres sujets. La doctrine populaire, d'après laquelle les chrétiens avaient des droits absolus sur les païens, semblait autoriser les Espagnols à faire travailler ces infortunés, autant que, d'un cdté, la cupidité pouvait le désirer et que, de l'autre, les forcée de l'homme pouvaient le supporter; le système des teparti-

> tiH Cuu, tout en flitritumi impitoyablement les conptblet, rend Jtutice i Ift reine, dont les nobles et généieox dbrts furent, hèUs ! impni»-

BAUts.

iSË RÉGNE DE FERDINAND ET d'iSAREIXE.

tnietttos oi^anisa et compléta l'oppression. La reine l'abolit, il est vrai, sous l'administration d'Ovando et déclara les uatnrels du pays t aussi libres que ses propres sujets ; * mais le gouverneur lui ayaot représenté que les Indiens, soustraits à l'obligation du travail, rompaient toutes relations avec les chrétiens, et que par là on perdait l'espoir de les convertir, Isabelle finit par consentir à ce qu'on les Ht travailler modérémeDl, moyennant une compensation coaveoable. Les Espagnols abusèrent comme toujours de la permission; ils ressuscitèrent bientôt le système iesrepartimimtos, l'appliquant sur une si vaste échelle que, d'après une lettre de Colomb écrite peu de temps après la mort de la reine, plus des six septièmes de la population d'Hispaniota périrent victimes des mauvais traitements qu'on leur fit subir '. Isabelle, k la distance où elle était, ne pouvait surveiller l'exécution de ses ordres et ne sut probablement jamais avec quelle audace on les enfreignait, car il n'y avait pas dans ce temps un intrépide Las Casas pour révéler au monde les souffrances et les tortures des Indiens*. La bonne reine paraissait toutefois soupçonner qu'on maltraitait ces malheureux sauvages, car, dans un codicille ajouté k son testament, quelquesjoursseulement avant sa mort, elle coo-

' Le vânérable évêqne confirme pleinement l'exactitude de cet effrajubkt tableau de désoktion, dons soa dîffâreuts mémoires préparés pour le conMÏl des Indes.

* Las Casas fit, il est vrai, son premier vojage aux Lides en. 14SS, on au plus tard en 160!, mais rien n'indique qu'il se soit occupé activement de dénoncer les eioès des Espagnols, avant l'année ISIQ où il miit ses efforts àceui des misaionnaires dominicains, arrÎTés récemment àSaiat- Domiugae pour prendre part à cette bonne œuvre. Ce ne fat que quelqua années plus tard, en ISIS , qu'il retourna en Espagne et prit devant le trône la défense des Lidiens opprimés.

POUnODE COLONULB DB L BSPAGNB. 187

jure son snecessenr de les prendre sous sa protection, avec nne ctialeor qai prouve bien qu'elle fat préoccupée de leur sort, jusqu'à sa dernière heure.

La grandeur morale des découvertes maritimes faites sons ee règne ne doit pas nous éblouir au point de nous donner Qoe trop bante idée de leurs résultats immédiats, au point de me économique. La plupart des articles qui depuis ont alimenté le commerce avec l'Amérique do Sud, tels que le cacao, l'indigo, la cochenille, le tabac, etc., n'étaieut pas connus sous Isabelle on n'étaient pas cultivés pour l'exportation. Du coton, en petite quanlilé, avait été introduit en Espagne, mais on doutait que le profit compensât les frais de culture. La canne h sucre avait été transportée à Hispaniola et croissait abondamment sur ce sol propice, mais il fellait du temps avant qu'elle donnât lieu à un commerce -considérable, d'autant plus que les cotons, négligents et cupides, ne pensaient qu'à s'enrichir par l'extraction de l'or. Le seul produit végétal qui fût recherché pour l'exportation était le bois de Brésil , que le gouvernement réclama dès l'origine comme sa propriété exclusive, & cause de sa belle couleur et de sou firéquent emploi pour l'ornementation .

Nous possédons des renseignements trop vagues ponr pouvoir estimer la valeur des métaux précieux fournis par les notiveaux territoires, dans les années qui précédèrent la mission d'Ovando. Elle fut certainement peu élevée avant la décoaverte des mines de Hayna ; celles-ci étaient très riches, k en juger par les dimensions de quelques lingots qu'on y trouva ; les écrivains contemporains nous parlent d'un bloc d'or qui pesait trois mille deux cents eatteUanos et qui était si grand que les Espagnols placèrent dessus tout un porc rdli, disant que nul potentat en Europe n'eât pu avoir sur

188 RfeoB H numua n d'isamua

sa lable un |ritt «raû cher. L'estimalioa de Taminl imuAme, d'après kqael ks mincm extrayaieot par jour de six à ceot el même deux cent ciiH|iiBiiie ta»tilhuiot d'or, tA trop large poar qne ooas pûssiom anÎTer k une cooduàoa préciM. Une preuve pins eeosible de U richesse de l'île ett fournie par ce fait que denz cent mille ctuUUaaoi d'or forent engloutis dans la mer avec les vaiiseanx qui ramenaient Bobaililla et les rebelles en Espagne; mais c'était li. il ae faut pas l'oublier, le résultat d'efforts gigantesques continués pendant plus de deux ans, sous un régime d'oppression sads exemple. Nous pouvons ajouter que, d'après l'htstorien bien informé de S^vilie, Tondant ses sapposidouB sur plusieurs ordonnances royales, les métaux précieux avai^it été importés dans la péniosule, avant la fin du xv" siècle, en assci grande quantité pour influer sur le taux de la monnaie ti. le prix des objets de première nécessité '. Il est cependant difficile de comprendre dans ce cas le mécontentement du people, déçu dans son atieule au retour des vaisseaux revenant du nouveau monde, et ce que rapporte Bernaldez qui, écrivant presque en même temps que Zuniga, dit que ■ l'on avait rapporté si peu d'or que l'on croyait généralement qu'il n'y ea avait guère dans l'ile. > Nous voyons de même tes écrivains contemporains se plaindre fréquemment que les dépenses foiles pour la colonie excédassent les bénéfices retirés, et

* Ce cliangeineat se prodoisit du» U mouDÙe d'or, dont k râleur continua à augmenter jiuqu'en 1497, où elle diminnEt graduellement, par ■uile de l'exploitation des minea d'HispanloIa. Clemencin noiîa a donna la valeur relative de ce métal, comparatiTement i l'argent, pour plueieta ftiméet diffireatM , et la date qu'il aisîgna pour le oommenoenient de H dépréciation est précisément la même qui avait été fixée par Zuniga. La valeur de l'argent ne fut pas aennblement afléotée avant la décoUTste des grandes minta de Poton et de Zaoateeu.

POUTWIE COLOnU.! M L ESP&OiS, tS9

nom comprenoaB uosi que les Espagnols, toujours aUeatift il lesrs intérâts, aient pooniiivi si mollement leurs eutropiises de décoavertet, lorsque kure rivaux, les Portugais, équipaient des floltMet des araiées migniâques, ae reculant fn devant des fraie dans lesquels les trésors des Indes devaient les faire rentrer *. '

Tandis qne le commerce des colonies ne produisait pas ûunédialemenl les brillants résultats qu'on avait rêvés, on croyait généralement qu'il avait introduit eu Europe nue maladie, qui, selon l'expression d'un éfflinent écrivain, t fit trop chèrement payer les avantages de la découverte du nouveau monde. > Nous voulons parler de ce mal Jiideux, dont Dieu a fait la plus cruelle expiation de la débauche et qui, peu de temps après la découverte de l'Amérique, parcourut presque toute l'Europe avec la violence d'une épidémie. La coïncidence de ces deux faits donna lieu k supposer, sans aucun autre moUf, qu'il y avait un rapport entre eux. Peu

* lies eaUnuitioiiB qu'on TÎent de Toir ne Be reportent qu'à la période antérieure à l'admiaistration d'Ovando, en ISOS. Les opùtaliona sous celui-d furent conduites d'une manière bien plus étendue et efficace; le Sjstâme des reparimiattot ajont tH rétabli, loua lea bras que reufermait Ille, oidÊs des meilleares maohinea, forent employés à arracbei au sol sea ricLesses cachées. Le Buccèa fut tel qu'en 1506 , deux ans après la mort d'Isabelle, les qoalre fonderies établies dans l'ile donnaient annuellement, d'^)ria Herrera, 160,000 onoes d'or; il faut cependant remurquer qu'ua ciiiqaiËine seulement de l'énomie produit des mines était, à cette époqne, payé i la couroime. Ce qui prouve que ce produit dépassait l'attente qu'on s'en faisait on temps de la nomination d'Orando, c'est que l'individn envoyé alon pour marquer l'or derait receroir, comme une rétribution GOOTenoblc, un pour oent de tout l'or esaaj^; mois on trouva ce salure si œuessif , que cet individn fut rappelé et qa'on fit on autre arrangement aveo son iooceuear. Lorque Navagiero TÎsitA Sévïlle, en ISïO, le cinquième perfu par la oeuronne sur tout l'or qui entrait dans les tiStels dM F«m""*" Ini rapportait amiuflllement eaviron 100,000 duoata.

IW KfiGNS DE FERDIHAND ET d'iSABELLE.

de temps aprè$, l'expéditioa de Charies VIII à Naples mit les Esp^nols en contact avec plasieors nations earopéenoes, et te mal se propagea rapidement. Cette opinion au snjet de l'origine et de la transmission du Tiras, s'accrédita avec le temps, devenant pius difficile à réfuter, et a été reprodnile sans esameb par tous les historiens, jnsqn'^ nos jonrs.

Le peu de temps qui s'écoula entre le retour de Colomb et l'apparition du fléau sur les points les plus éloignés de l'Europe, a depuis longtemps fait douter avec raison de l'exactitnde de cette hypothèse, et tout Américain, naturellement soucieux de la réputation de son pays, apprendra avec satisfaction que la critique plus savante et plus judicieuse de notre siècle a démontré pleinement qne la maladie, loin d'être originaire du nonveau monde, n'y fut connue qu'après y avoir été importée par les Européens.

Quelle que soii la somme de bien ou de mal qui résulta immédiatement pour l'Espagne de ses nouvelles découvertes, celles>ci eurent, an point de vue moral, des conséquences inestimables; l'horizon de la pensée et de l'activité humaine fut élargi; le voile qui avait recouvert pendant tant de siècles les mystères de l'abime, avait été levé; un autre hémisphère offrait à la science un champ sans bornes et une variété infinie de sujets. Les succès des Espagnols excitèrent l'émulation des Portugais, qui, peu de temps après, découvrirent le passage si longtemps cherché vers l'océan Indien et complétèrent ainsi le grand cercle des découvertes maritimes '. On eût dit que la Providence avait voulu ajourner ce mémorable événement jusqu'au jour où l'Amérique, avec

' Cet JTénement arrÎTa BU 1497 ; V&Boo de Gama doubla le cap de BoiuU' Jiiapérance, le 20 uoTembre de cette annia, et atteignit Caliout au moit ds mai aiÙTaat, 1498. — La Clède, Hiil. A Portugal, t. H, p. 104-109.

POUnOUK COLONIALE DB L ESPAGICB. IM

ses raines de méUax précieux, p&t alimenter an commerça assez étendu avec l'Orient, ponr relier ensemble tes parties les pins éloignées du globe. L'impression faite par ces décoDvertes sur les esprits éclairés du temps, est visible an ton d'entbonsJasme xsec lequel les écrivains contemporains se félicitent d'avoir été témoins de ces glorieux évéDements f|iie leurs frères avaient si longtemps espéré, mais en vain, de voir s'accomplir. ^

Les découvn'tes de Colomb furent heurensemeiit faites aa moment même où la nation espagnole était délivrée de la latte sanglante dans laquelle elle avait été si longtemps engagée contre les Mores. Formée k l'école de ces guerres, elle était prête ii paraître sur un nouveau théâtre d'action, oà l'anendaient des aventures émouvantes et romantiques qui séduisaient des imaginations chevaleresques. Aussi TÎt-OD, dans les deux dernières années de ce siècle, de simples aventuriers, profitant de l'autorisation donnée ii tons, prendre part avec ardeur à des expéditions lointaines. Leurs efforts, joints à ceux de Colomb, reculèrent du vingtquatrième degré de latitude nord à plus du quinzième sud probablement, y compris quelques-uns des territoires les plus importants de l'ouest, les limites des pays révélés aux Européens. Avant la fin de 1500, le groupe principal des Iles indiennes de l'ouest avait éié visité, ainsi que les cdtes de tout le continent méridional, depuis la baie de Honduras jusqu'au cap Saint-Angustin. Même un aventureux marin, dn nom de Lepe, s'était avancé jusqu'à plusieurs degrés au sud de ce point, et il fallut dix ou douze ans avant qu'un autre navigateur all&t si loin. Une grande partie de l'empire do Brésil était embrauée dans ce rayon, et deux Castillans débarquèrent successivement snr les cfttes de ce pays , dont

iM n&BSi n rEKOnuHi» et b'isabbuë.

ils prireot formellemeot possesBioa an nom de l'Espagne, anat sa prétendue découverte par le Portugais Cabrai '; mais le gouTernement espagnol fit plas tard cession de ses droits sar le Brésil, confontiénient ii la femeuse ligne de dëmarcalioa établie par le traité de Tordesillas *.

Tandis que l'empire colonial de l'Espagne s'agrandissait ainsi, chaque jour, l'homme k qui l'on devrait ces nonveaux domaines n'en put jamais connaître ni l'étendue ni la valeur. D monmt convainca, comme il l'avait été tonte sa Tie, que les régionsqu'ilavaitdécouTertes étaient ces Indes tantdierchées. Hais c'était un pays bien plus riche que les Indes et si , en quittant Cuba, il eût pris la direction de l'ouest, au lieu de

* Les prétentions de Calsal à la découverte du Brésil ne parassent ftfoir été mises en doate qne récemment j elles sont sancdonnées à la Sus pu ftoberteoD et pu* BatosI. *

* lia ooni de Fortugel ne se formait probablemeiit pas une idée tris exacte de la position géogr^hique du. 3résil ; le roi iEmmanuel, dans use lettre écrite aux souverains espagnols pour tes informer de l'expédition de Cabrai, parie des régioui nouvellement déoouTertes, comme n'étant pu seulement utiles , mais nieenaàvt pour les TOjsgce Mix Indes. Los plnS anciennes cartes de oe psjs, par ignorance on à dessein, le placent i vingtdeux degrés est de sa propre loagitnde, de sorte que toat le vaste terriloiie compris sous le nom de Brésil, se trouverait as côté portugais de la ligne de démarcation convenne par les denc gonvememanta, ligne qni, on s'en •ODviendra, fut portée à 370 lieoea à l'ouest des lies du cap Vert- La cam d'Espagne fit d'abord semblant de vouloir s'opposer aux prétentions des Portugais, eu se préparant à fonder une colonie à l'extrémité septentrionale du Brésil; on ne oomprend pas trop oomment ella finit par admettra ces prétentions. Un meauiage exact avec la Ueae oastillane n'avait pas que le bord du promontoire nord-est du Brésil; en adoptant îa lieue portngaiae, qui est de dix-sept an degré, on eût embras£é presque tout le territoire qui flgate sot les meillenrea cartes saoieoaes, Ros* le nom de Brésil, l'étendant depois Fftca an nord josqtt'i la grande rivière de Sau Pedro ta Bod. MariauB par^t vouloir aider les Portugus, en faisant paaser la ligne de démarcation à cent lienes plna loin i l'onest qu'ils ne le prétendaient

PDLmaDE COLOmALE DE LBSPAGHB. 193

celle du sud, il eût atteiot ces contrées mêmes qu'il avait si longtemps et si Tainemenl prédites. Il ne fît, pour emprunter ses propres expressioDS, ■ qu'onvrir la porte * à d'autres plus beoreui que loi, et avant qu'il n'eât quitté Hispaniola pour la dernière fois, il y vit arriver le jeune aventurier qui devait, par la conquête du Mexique, réaliser ces brillantes TÏsions dont on s'était moqué comme de chimères, do vivant de Christophe Colomb.

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