PARTAGE DU ROYAUME D8 NAPLES
avaient en des résnltats si désafitreai. Od pouvait croire Clément que l'Italie, déchirée et saignant par tous les pores, aurait reconnu combien elle avait tort d'appeler l'intervenUon de l'étranger dans ses dissensions intérieures et d'ouvrir les portes à un torrent qui devait balayer indistinclemuit amis et eunemis. Hais l'expérience n'avait pas mallieurâusement donné la sagesse et, comme toujours, les passions étouffèrent la voix de la raison.
Louis XII , en moulant sur le trôoe , prit les titres de duc de Milan et de roi de Naples, aunonçaot ainsi baalement son intention de revendiquer ces deux États, en vertu des droits qu'il tenait, pour l'uu, de la famille Visconti, et, pour l'autre, de la maison d'Aujou. L'ambition de ce prince avait été exei' téBfptfUôt que satisfaite , par la réputation militaire qu'il avait acquise dans les guerres d'Italie, et il était stimulé, en outre, par une foule de chevaliers qui, mécontents d'une vie d'iuaclîon, aspiraient an jour où ils pourraient, sur un vaste théâtre, cueillir de nouveaux lauriers et recommencer une jojense vie d'aventures^
Halheureusement la cour de France trouva dans les perfides politiques de l'Italie des auxiliaires tout prêts à s'entendre avec elle. Le pape Alexandre VI, dont la criminelle ambition était moins honteuse que tes vices iofômes dans lesquds il était plongé, se prêta surtout volontiers à servir les projets d'un roi qui pouvait lui être si utile pour l'élévation de sa propre famille. La république de Venise, se dépars tant de sa sagesse ordinaire et cédant ^ sa haine contre Ludovic SfoTza , ainsi qu'à l'envie d'agrandir son territoire, eonsenlit à s'unir avec Louis XII , à condition d'avoir nue part, BOD la part du lioo, daos les dépouilles de la victoire. Floreoce et d'autres puissances d'un rang secondaire, soit
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crainte oo biblesse, soit espoir d'être assistées danslem misérables dilTéreads, se rkofèrent du c4té de h Frasce oa promirent de rester neutres.
Sûr désormais de n'être pas inqiidté dans la pâninaale, Louis XII entra en Dégociali(»is btcc les princes européens dont l'ÎDlerrention était le pins prob&Ue. L'emperenr Mai)milien qui, en relalioos avec le duc de Milan, devait natarellement s'interposer en sa faveur, était fort occupé d'nne guerre contre les Suisses. L'Espagne s'en^gea ii obserrerla oeulralité par le traité de Hareonssi, S août 1498, qui ré^i tous les difierends existant entre les deux royaunes. Un traité avec la Savoie, eoneln l'année snivante, garantit i l'armée française un passage libre à travers les montagnes de ce pays.
Ces arrangements twmînés, Louis XII, sans perdre de temps, i^unit des troupes, qui , descendant comme ua (ffl^ reat dans les belles plaines- de la Lombardie, ^ectnèreat, en un peu ploade qninie jours, la conquête de (ootleduebé, et si le roi se vit enlever pour un moment sa proie, la vaPevr des Français et la perfidie des Suisses la lui rendirent bientAt. Le misérable Sforza, victime des artifices qu'il avait s longtemps pratiqués, fut transféré en France où il langnit, le restant de ses jours, dans une do»lo«rense captivité; c'était lui qui le premier avait appelé les bartarei en Italie et, par une juste punition, il fut le premier à son^r de celte faute.
Par la prise de Milan , la France avait pris place parmi lei États de la péuinsule; ce poids énorme jeté dans la balante rompit l'équilibre, qui eût été entièrement détruit par 11 conquête de Naples. Cas conséquences, qui semMaienl H toucher aucunement les puissances italiennes, avaient été
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prémes depuis longtemps par Ferdinand le Catholique, qni Boireillait avec une profonde anxiété les mouveraentâ de soa redoutable voisin. Ce prince s'était efforcé, avant la conquête da Milanais, de faire comprendre aux différents gouvernements de riulie les dangers qu'ils couraient et de les décider à se coaliser contre l'ennemi commun ' ; la reine et lui voyaient avec inquiétude la corruption croissante de la cour de Rome, ei cette honteuse cupidité, cette criminelle ambition qui faisaient du pape an jouet aux mains do roi de France.
Par lenr ordre, l'ambassadeur espagnol , Garcilasso de la V^, lut en présence du pontife une lettre de ses souverains , dans laquelle on reprochait à Alexandre VI sa scandaleuse immoralité, ses empiétements sur les droits ecclésiastiques appartenant à la couronne d'Espagne , ses plans d'agrandissement personnel et surtout son projet avoué de faire passer son fils. César Borgia, d'une dignité religieuse à une position séculière, dessein qu'il ne pouvait réaliser qu'en devenant l'auxiliaire de Louis XII *.
' Mutjr, dans one lettre écrite pea de temps apr^ la rentrée de Sforza daua sa capitale, dit qoe les aonveraina eipagnols ■ ne paient dùsùnnler ienr joie à la nocrelle de cet événement, tant ils étaient jalonx de la Pnnce. • Ce sagace écrivain qui, virant loin de l'Italie, devait être exempt de» passions politiques et des préventions qni aveuglaient ses compatriotes, Yc^aitsvecun profond regret ceox-ci se coaliser avec la France; ilprédi- ■ait tes suites fauestea de cette alliance dans nne lettre à un Vénitien de ■es amis, ancien ambassadenr à la cour d'Espagne : • Le roi de France, ■ dÏMit-il, • après avoir dtné da duo de Milan, soupeia de vous. ■
* Louis XII, en récompense des bons offices du pi^ dans l'aSùre de son divorce d'avec l'infortiuiée Jeanne de France, promit a César Borgia le duché de Valence en Baupluné, avec nn revenn de 80,000 livres, et des Ibroes conaidérables pour le soutenir dans ses ctîminelles entreprises contre les princes de ta Konutgne.
nt RfiCKE DB FEUHRAIIB ET d'fsAMLLB.
Ces rqirocbes sévères, qui probabiemeDl ne furenl pas adonôs par le ton de Feavoyé, irritèreot tellement le pape qn'il voulut s'emparer de la lettre, pour la mettre ea pièces, et il proféra eu même temps de grossières invectives contre - les royani époux et leur miaistre. Garcilasso attendit avec calme que l'orage fût passé , puis il déclara inlrépidement « qu'il avait parlé comme il convenait à un fidèle sujet de la reine de Caslille ; qu'il ne craindrait jamais de dire liiiremeut ce qt|e ses souverains lui ordonneraient de dire ou œ qu'il croirait commandé par le bien de la chrélientéj que, si sa sainteté était mécontente de ce langage, elle pouvait le renvoyer de sa cour, ob d'ailleurs, selon sa cooviclîoa, sa présence était désormais inutile *. >
Ferdinand n'eut pas plus de succès à Venise, oh il se servit de Loreozo Suarez de la V^, adroit diplomate, frère de Garcilasso. Les négociations furent reprises après l'occupation du Milanais par les Français; l'ambassadeur profita de la jalousie des Vénitiens pour les engager à s'opposer résolument aux projets de Louis XII sur Naples ; mais la république, en guerre avec les Turcs, que Sforza avait appelés dans l'espoir d'opérer une diversion en sa faveur, ne pouvait porter son attention, en ce moment, sar nn antre point. Ferdinand ne réussit pas mieux auprès de l'empereur Maximilien, dont les préientions excessives contrastaient ridicB'
1 Garcilasso de la "Vegn u'antt guère, paratt-il, lea manières adroita ei polies du diplomate. Dans une andienoe que le pape loi donna nltérieniement, ainsi qu'à Doe ambassade spéciale de la coût de Castille, sou langage brutal exaspéra le souTerain pontife an point qu'il fut peut-être tenté de le faire jeter dans le Tibie. Cependant la hardiesse da Castillan Si, ■emble-t-il , de l'efibt , car noos vojons le pape réroqaer , peu de tcaips après, une disposition ^ressire qu'il avait piûe en Espagne et saisir cette occasion de &ire en plein oonsistoiie l'âoge des soBverains cathtdiqa».
PARTA6B DC ROTAinE BK NAPLES. tW
lemeot arec une autorité limitée et de« ressources si peu éteadoei, que les Ititiens l'avaieut suroommé par mépria prince di podii denari, ou ■ sans aident. * Maximilien avait été 1res irrité de la conqoéte du Milanais, à la fois ii cause de ses droits impériaux et de ses relations avec Sforza, mais, avec la légèreté et la cupidité qui formaient le fond de soa caractère, il se laissa, malgré les représentations de la cour de Rome, séduire par Louis XII, avec lequel il conclut une trêve que celui-ci mit k profil pour tenter son entreprise sur Naples.
Débarrassé des adversaires qu'il redoutait le plus, le monarque français fit rapidement ses préparatifs, dont il D'affecta pas de cacher le but. Le malheureux roi de Naples, Frédéric, se vit avec terreur menacé de perdre une couronne qu'il venait à peine de placer sur sa .tête ; abandonné de tous, il ne savait où se réfugier pour échapper à l'orage qui grondait. Le trésor était à sec; la dernière guerre avait épuisé les ressources du pays; ses sujets, quoiqu'ils lui lussent attachés, étaient trop familiarisés avec les révolutions pour se soucier de risquer leur vie et leur fortune. Ses compatriotes, les Italiens, favorisaient ses ennemis, et son plus proche voisin , le pape, lui avait voué, pour des motifs personnels, une haine implacable ' . Il avait peu de confiance dans Ferdinand, son allié naturel et son parent, qui avait toujours, il le savait, conâdéré le trône de Naples comme son bien légitime. Dans cette situation, Frédéric résolut de s'adresser directement à Louis XII, qu'il essaya de désarmer
< AkxBudre TI arût demanda U main de CulotU, fille da roi Frédéito, ponr lOB fîk, Céur Boigia, mais c'était là un sacrifice contre lequel Ptngneil et l'aSectioD paternelle m révoltaient Également ; cette ofiènse ne ponvnt étra paidonnte par leê implacalilea Borgia.
SOO RËGNE DE FERDINAND ET D ISABELLE.
au prix des concessioDs les plus humiliaotes ; il offrit de Ini payer aanuellemeiit uq Iribat et de lui livrer quelques-unes des principales fortereases da royaume. Ces avances ayant été froidement reçues, il n'écouta plus que son désespoir et appela à son secours le sultan Bajazet, la terreur de la chrétienté, auquel il demanda des forces suffisantes pour résister k ses ennemis ; mais cette démarche n'eut d'autre résultai que de fournir k ceux-ci, qui ne manquèrent pas d'en tirer un bon parti, un sujet d'accusation contre lui.
Pendant ce temps, le gouvernement espagnol faisait faire, par son ministre résident ou par des agents accrédités à cet effet, tes plus vives remontrances contre les projets déclarés de Louis XII ; il alla jusqu'à garantir le paiement du tribut offert par Frédéric; mais l'ambitieux monarque, sourd à la voix d^ la prudence et même du simple bon sens, refusa de jouir des fruits d'une victoire remportée sans coup férir.
Ferdinand se trouvait donc dans l'alternative, ou de laisser le cbamp libre au roi de France, ou de prendre contre celui-ci la défense de son parent; dans le premier, cas, il laissait un rival puissant et ambitieux s'installer aux portes de la Sicile, ce qu'il ne pouvait permettre; dans le second , il soutenait de nouveau une cause opposée à la sienne, ce qui ne lui plaisait pas beaucoup. Un troisième expédient se présentait, le partage du royaume, dont il 8'était agi dans les négociations avec Charles VIII; de cette manière, si Ferdinand n'arrachait pas à Louis XII la proie convoitée par celui-ci, il la partageait du moins avec lui *.
< Tojex pins haut, p. 67- Ferdinand noumwait, pantt-it, le projet de Tisiter en perBoune l'Italie ; cela lésnlte d'une lettre on plotot d'nn mémoire travùllé , dana lequel Qatàluso de h V^ expose diffàreatca considérations poni détoumei son maître de ce dessein. Dans ce doon-
' PABTAGE DU ROTAIIMB DB NAPLBS. SOt
L'ambassadeur d'Espagoe à Pms, Gralla, reçut l'ordre de sonder te gouvernement français sur ce point, mais noa officiellemenl; Ferdioand prit soin, en même temps, de se faire des partisans parmi les conseillers du monarque français '. La nouTclie qu'une flotte considérable était équipée dans le port de Halaga, donna plus d'autorité aux paroles de Gralla; celle flotte était destinée en apparence!) défeadre les possessions véniliennes dans le Levant, mais elle devait, en réalité, protéger la Sicile et porter rapidement les troupes espagnoles sur tous les points où leur présence pourrait être réclamée; elle se composait d'environ soixante vaisseaux, petits et grands, et était montée par six cents hommes de cavalerie et quatre mille d'infanterie, soldats d'élite recrulés, en grande partie, parmi ces populations guerrières du nord qui avaient le moins participé aux guerres contre les Hores.
Le commandement de cette petite armée avait été confié au Grand Capitaine, Goosalve de Cordoue, qui, depuis son retour en Elspagne, avait dignement soutenu ta grande réputation qu'il s'était acquise à l'étranger par ses brillants succès militaires. Une foule de volontaires, ; compris les jeunes
mrat, il &it connaître la polîtîqne et la force relaUve des ËtntB italiens, dont il tegwde la moitié au moins comme étaut da parti de la France ; il conseille en même temps an roî de porter la guerre , loin de ses propres frontières, sur le territoire franc ùs et de paralyser ainsi les opérations de Louis Xn en Italie, en le forçant de retirer de ce pays une partie de 8<m armée. La lettre est pleine de recommandations qui révèlent un rusé diplomate, mus elle montre qne l'aateiir connaissait bien mieux la politique italienne que ce qni se passait en ce moment dans les cabinets de Paris et de Madrid.
* lysprèa Zurita, Ferdinand gagna Goillaume de Poitiers, seigneur da Clérienx et gouTerneni de Paris, en lui promettant la ville de Cotron, qui «nût éié engagée à l'Espagne en Italie.
SOS RÈGNE DE FBRl»flA5D ET D ISABBLLE.
dieraliers de la plus haute noblesse, s'étaient rangés avec ardeur sous la bannière de ce cherémioent et popslaire; nous mentionnerons partienlièrement panni enx Diego it Mendoza. 61» du grand cardinal, Pedro de la Paz *, Geosalve Pizarre, père da fameui conquérant dn Péron, et Diego de Paredes, dont les exploits et les traits d'extravagante audace ont fourni plus d'un récit iurraisemblable à la chronique et au roman. Le général quitta le port de Malaga, en mai 1500, avec l'intention de se rendre en Sicile avant de commencer ses opérations contre les Turcs.
Sur ces entrefaites, les n^ociations ouvertes au sujet de Naples entre la France et l'Espagne avaient abouti k m traité qui fut raliflé à Grenade, le U novembre 1SO0, et réglait le partage égal de ce royaume entre les deux puissances. Les signataires de ce traité extraordinaire, après avoir rappelé les innombrables maux résultant de la gueire et l'obligation imposée i tont chrétien de maintenir inviolablement la sainte paix qni leur a été léguée par le Sauveur, déclarent que nul autre roi que ceux de France et d'Aragon, n'a des droits sur la couronne de Naples; quant à Frédéric, comme it a compromis la sûreté de toute la chrétienté en appelant les plus implacables ennemis qu'elle possède, les Turcs, les deux monarques, afin de la préserrer d'nn danger imminent et de la guerre, se sont entendus pour prendre possession du royaume et le partager entre enx. Il est donc convenu que la partie septentrionale, y compris la terre de
' Ce CBTalier, nn des ploa nilknti «[atiiiius de l'annJe, itait ai pdil âe tulle, qa'à cheva} il âiiporusuit presque deiri^ la selle haotedonen vogue, ce qui, d'après BruLtâme, St dire à un plaisut, auquel ob dcnu- 4ait s'il avait vu paner don Fedro de Fax , « qu^ avait ni un dtanl et une selle, maÎB pas de caTalier. •