‹ Histoire du règne de Ferdinand et d'IsabelleChapitre 26 sur 73 · PARTAGE DU HOTAUIIB DE NAPLES. SOS · texte numérisé non relu

PARTAGE DU HOTAUIIB DE NAPLES. SOS

L*Vnr et les Abrnzaes, sera donnée ao roi de France, avec le titre de roi de Naples et de Jérusalem, et que )a partie méridionale, comprenaDt la Ponille et tes Calabres, appartiendra an roi d'Espagne, avec le titre de duc de ces pro- Tinces. La dogana, taxe considérable sur les troupeaux de la Capitanate, sera recueillie par des agents dn gouvernement espagnol, et la moitié du produit reviendra au gouvernement français. Enfin, si l'une des parties possède un territoire plus étendu que l'autre, des arrangements seront pris pour qu'elles jouissent des mêmes revenus. Cette coDveatioD devait être teone secrète jusqu'au jour oii les puissances alliées auraient terminé leurs préparalirs pour occuper simultanément le royaume de Naples.

Telles étaient les stipulatious de ce fameux traité, par lequel deux, rois européens démembrèrent et se partagèrent de sang-froid les Étals d'un troisième, qui ne leur avait donné ancun sujet de mécontentement et était en paix avec eux. On a vu, dans ces derniers temps, des exemples d'un pareil brigandage politique , pour appeler la cbose par son vrai nom , mais jamais les vols ne furent commis sous de plus faibles prétextes on ne se couvrirent plus odieusement do voile de l'hypocrisie. On a surtout jeté le blâme sur le roi d'Espagne, parent dn malheureux Frédéric; ce monarque pouvait cependant invoquer certaines circonstances atténuantes que n'avait pas Louis.

Les Aragonais avaient toujours considéré le testament fait par l'oncle de Ferdinand, Alphonse V, en faveur de son fiLs naturel, comme ill^l et nul; le royaume de Naples avait été conquis, an prix de leur sang, et^ par conséquent, était la légitime propriété de leurs princes. Des dissensions intestines avaient empêché Jean II, it la mort de sou frère, de

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réclamer son bien, les armes à la main; de semblables motifs avaieot jusqu'alors déterminé son fils, Ferdinand le Catholique, k tolérer l'usurpation commise par la branche bâtarde de sa famille. A l'aTénement de Frédéric, il aTait paru disposé à revendiquer ses droits, mais les nonvelleB qu'il avait reçues de ce pays l'avaient engagé à attendre un moment plus favorable * ; il n'avait fait toutefois qu'ajourner ses projets, sans y renoncer. Il avait soigneusement érilé de prendre des arrangements qui l'eussent forcé de siûvre une politique différente; c'est ainsi que, pour ne pas unir ses intérêts k ceux de Frédéric, il avait refusé, malgré les vives sollicitations de celui-ci, de donner sa troisième fille, l'infante Marie, au duc de Calabre, héritier présomptif de la couronne de Naples. Ces dispositions de Ferdinand, loin d'être dissimulées, étaient bien comprises à Naples, comme nous l'apprennent des historiens de ce royaume.

Od pourrait croire que le couronnement successif de quatre princes, solennellement reconnus par te peuple, avait racheté l'insuffisance de leurs titres, si évidente qu'elle &U; mais OD remarquera, et c'est une excuse pour les deux rois de France et d'Elspagne, que les règles en matière de succession au trône étaient imparfaitement établies îi cette époque; que le serment de fidélité était prêté trop facilement par les Napolitains, pour qu'il cAt chez ce peuple autant d'impor tance que chez d'autres, et qu'enfin le droit dérivé de la possession était fort affaibli par ce fait que la branche bitarde de la maison d'Aragon avait régné tout au plus quarante ans, laps de temps beaucoup moins long que celui après lequel la maison d'York avait, peu d'années auparavant,

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contesté avec succès les droits de celle de Lancastre. Od poorrait ajouter que les sentimeots de Ferdioand à cet égard étaient ceux de la naiiou tout entière, et nous n'avons rencontré dans aucun écrivain contemporain le moindre doute sur les titres de ce monarque, que plusieurs soutiennent avec chaleur. Il convient cependant de dire que les étrangers, Juges plus impartiaux, blâmèrent la conduite des deux monarques; ceux-ci d'ailleurs semblaient craindre de pareils reproches, comme on le voit au soiu avec lequel ils cherchent à échapper à la réprobation publique, en couvrant hypocritement leurs projets ambitieux du manteau de la religion.

Avant ta fin des conférences relatives au traité, la flotte espagnole, après avoir été retenue deux mois eu Sicile, ob elle fut renforcée par deux mille recrues, qui avaient servi comme mercenaires en Italie, partit pour la Morée, Te 31 septembre 1500. L'escadre turque, ancrée devant Napoli de Roroaaie, sans attendre l'ennemi , leva le siège et se retira précipitamment vers Constantinople. Gonsalve, unissant alors ses forces à celles des Vénitiens, qui stationnaient à CorfoQ, se dirigea aussitôt vei^ l'île de Céphalonie, dans' rintention d'assiéger Saint-George, place forte enlevée récemment à la république par les musulmans *.

Celte ville, située sur an rocher, dans une position imprenable, était défendue par quatre cents Turcs, tous vieux

' GoDJUlTe fiit retenu fort mopinÉment à Messine, où il était arriva le 19 juillet, par diflSrenta embarras mentioimés daiis sa correspondance areo lee «oiiTeraîiu, et dont du dea plua gnnds fut la difficulté d'approviùonner ses troupes ; la popnlation de l'Ue ne lui témoignait aucoue bienvaill&noe. Les obstuiles se moltiplièreat aa point qu'on 1» eût dit suscités par le diable lui-même ; Qonaalre indique entre antres la &oidenr du vicenâ. Une partie de ces lettres sont, oonune d'oidinaire, et ohiffiM.

fM KfiGimDBnBMIUIlDETD'tSABEUf.

floldatg, pr£ls à moorir ptatât qae de ae rendre. Nous ne pouvons entrer ici dans les détails de ce siège, qui doDoa occasion aux assi^eanls et aux assiégés de déplojro' do héroïsme, un talent extraordinaires, et qoi dura près de deux mois, malgré des privations de toot genre pour ces fcraves soldats et les rigueurs d'un hiver froid et orageex.

A la fin, impatientés de ce funeste retard, Gonsalve et l'amiral vénitien, Pesaro, résolurent d'attaquer simultanémral b ville, de deux cAlés différents. Les remparts avaient déjà été minés par Pedro Navarro, qai, dans les guerres d'iulie, se fit one si grande réputation dans l'art, peu connu encore, de pratiquer des mines. Les canons des Vénitiens, plus grands et mieux servis que ceux des Espagnols, avaient ouvo't daos les mors une brèche, que les assiégés avaient momenlanément réparée comme ils l'avaient pu. Le signal donné ï l'heure convenue , les deux armées, protégées par un fen roulant d'artillerie, s'élancèrent intrépidement à l'assaut Les Turcs soutinrent cette attaque avec une inébranlable résolution, comblaot la brèche avec les corps de leurs camarades morts ou mourabtg, et faisant pleuvoir sur la téta des assaillants des balles, des flèches, de l'huile bouillante, di soufre enflammé et toute espèce de projectiles. Mais ils ne purent résister.à l'énei^ie désespérée d'adversaires trop nombreux. Quelqnes-nns des assiégeants passèrent par la brèche, d'autres escaladèrent les remparts, et, après une courte tà sanglante lutte,- la garnison, dont les quatre cinquièmei avaient péri avec son intrépide commandant, fut écrasée. Les bannières victorieuses de Saint-Jacques et de Saint- Marc flottèrent triomphalement cdte i cdte sur les tonrs de la ville.

La prise de celte place, quoiqu'elle eût coûté cher au

PARTACB DU ROTUm DB RAPUS. «T

aniégeants qui araieat été tenns longtemps en échec par une poignée de braves soldats, fut très nlile aux Vénitieos; c'était te prnnier rerers snbi par Bajazet, qui arait coaqnis Tane après l'autre les forteresses de la république, menacée de perdre tontes ses colonies dans le Lerant. La promptitude ' et la vigueur avec lesquelles il avait pris la défense d'u% Étal chrétien contre les Tares, valurent à Ferdinand, dans toute l'Europe, une grande réputation, et précisément celle d'être le zélé défenseur de la foi, gloire qu'il recherchait ; sa conduite contrastait avec la lâcheté dont les autres princes de la chrétienté avaient &it preuve.

Venise était rentrée en possession de l'Ile de Céphalonie, et le Grand Capitaine, ayant accompli sa mission, repartit pour la Sicile, au commencement de l'année suivante, ISOl. Peu de temps après sou retour, il reçut une ambassade qui venait le remercier an nom des Vénitiens ; ceux-ci, pour lui témoigner leur reconnaissance, avaient inscrit son nom sur le livre d'or de leur république, et lui envoyaient une vaisselle magnifique, de précieuses étoffes de soie et de velours, et plusieurs chevaux turcs. Gonsalve accepta gracieusement les honneurs, mais distribua les riches objets qu'on lui ofb^il, il l'exception de quelques pièces d'argenterie, entre ses amis et ses soldats.

Sur ces enlreËiites, Louis XII, ayant terminé ses préparatifs pour envahir le royaume de Naples, passa les Alpes, le i" juin 1501, à la tâle d'une armée composée de mille lances et de dix mille fantassins suisses et gascons. En même tanps, une flotte considérable, portant six mille cinq cents hommes de troupes, sortait du port de Gènes, sous le commandement de Philippe de Ravenstein , et se dirigeait fers Naples. Les forces de terre étaient sous les ordres du sire

■08 r6giie de pbrdikand et d'isabelle.

d'Aubigny, officier brave et expérimenté qui arait liilU contre GoosaWe, dans la campagne de Calabre.

Dès l'entrée de d'Aubigny sur le territoire pontifical, les ambassadeurs de France et d'Espagne notifièrenl ï Alexandre VI et au sacré^Millége le traité réglant le parla^ ^u royaume de Naples entre les souverains, leurs maîtres; ils prièrent sa sainteté de le confirmer et d'accorder à ceux-ci l'investiture de leurs nouveaux domaines. Le pape, qai savait bien son rôle, accéda à cette demande très raisonnable, déclarant n'avoir d'autres motifs pour s'y rendre que tes intentions pieuses exprimées par les deux monarques et la déloyauté de Frédéric qui, en trahissant la cause chré- Uenne, avait perdu tout droit, si même il en avait jamais ea, sur la couroune de Naples.

Depuis l'heure oii les Français étaient descendus dans les plaines de la Lombardie, toute l'Italie avait les yeux fixés avec inquiétude sur Gonsalve et l'armée de Sicile. Les irré- ' paralifs faits ouvertement par Louis XII avaient révélé partout ses projets, taudis que ceux de Ferdinand étaient couverts d'un secret impénétrable. On ne doutait guère que le roi d'Elspagne ne s'empressât de défendre son cousin contre une invasion qui menaçait peut-être ses propres possessions italiennes, et l'on s'attendait k ce que les troupes espagnoles se joignissent immédiatement à celles de Frédéric pour écraser l'ennemi, sans lui donner le temps de prendre pied sur le territoire napolitain. Aus^ l'étonnemeot fut-il extrême, lorsque, l'illusion se dissipant, on vit l'Espagne agir d'accord avec la France pour accabler leur commune victime; on ne pouvait croire, dit Gaicbardîo, que Louis XII eût été assez aveugle pour préférer an nssel^e offert par Frédéric et à une souveraineté réelle,

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