‹ Histoire du règne de Ferdinand et d'IsabelleChapitre 47 sur 73 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

WBT D'ISUEUB.

Dédin de b tanU de la nine. -^ JUatmes de la nation. — Testament «t oodidUe cllub^e. — 8a léaignation et sa mort. — Transfert de MU corps à Grenade. — Portrait dls^telle. — See mauiires. — Soa OMBctère. — Parallèle avec la reine Elisabeth.

La c(»)qaête d'aa rojraame important an cœnr de TEarope, la dâiouverte an delà des mers d'nn nouveau monde, qai promettait de l'enrichir dea fabuleux trésors des Tndes, éle- TBÏent rapidement Iflspagne aa premier rang des puissances européennes; mais, dans ce moment même, elle devait recevoir an coap fotal par la mort de l'illnslre sonveraine, qui avait à longtemps et si glorieusement présidé à ses destinées. Nous avons déjà eu plnsienrs fois l'occasion de signaler le déclin de la santé d'Isabelle, pendant ces d^nières années. Des fatigues eicessives, jointes à une trop forte contentioB d'esprit, avaient miné Ja constitution de la reine, qui avait été ovellement éprouvée, en outre, par sue série de ci^ Mités domestiffoes, qui t'avaient fïs^pée presque co«p sw

e RteNB DE FERDINAND ET d'isàBELLE.

coup, depuis la mort de sa m^e, en 1496. L'aaDée saivaaie, elle accompagnait au lieu de repos les restes de sou Qls QDÏqiie, héritier et espoir du pays, mort à la (leur de l'âge, et, eD 1498, elle pleurait sur la tombe de sa fille bienaimée, la reine de Portugal.

Ce dernier coup, si douloureux, la plongea dans un abattement, d'où elle ue sortit plus jamais complé(em«it. Elle avait TU s'éloigner d'elle ses autres enfants, partant pour des pays étrangers, & l'exception de Jeanne qui était revenue auprès d'elle et dont la présence augmentait encore l'affliction de la malbeureuse mère, car cette princesse manifestait des signes de démence , qui faisaient présager pour ses futurs sujets un funeste avenir.

Loin cependant de se livrer à de vaines et lâches lamentations, Isabelle chercha des consolations où elle devait le mieux les trouver, dans des exercices de piété et dans l'accomplissement des devoirs de sa haute position. Aussi la voyons-nous attentive aux moindres intérêts de son peuple, soutenant son ministre Ximenès dans ses plans de réforme, favorisant les voyages de découvertes h l'ouest, et, à la fin de 1505, s'efforçant, à la nouvelle de l'invasion française, de stimuler l'esprit de résistance à l'étranger. Ces efforts ne firent toutefois que l'affoiblir davantage, et elle dépérit de jour en jour, sons l'inBuence de cette maladie morale, qui résiste à tous les remèdes et admet li peine des consolations.

An commencement de cette même année, son état s'était aggravé au point que les certes de Castille, en proie à de vives alarmes, prièrent leur souveraine de pourvoir au gon* vernement du royaume après sa mort, en cas d'absence ou d'incapacité de Jeanne. Depuis elle se rétablit un peu, à ce qu'il, paraît, mais ce ne fut que pour éprouver une rechute

MORT d'iSABBLLE, T

plas^grave, car elle avait acqnis la conviction de la démence de sa fille.

An printemps de 1504, cette infortunée princesse s'embarqua pour retourner dans les Flandres, où, peu de temps après son arrivée , l'incoDstance de Philippe et sa propre jalousie occasionnèrenl les scènes les plus scandaleuses. L'archiduc s'éprit ouvertement d'une des dames de la suite de Jeanne, et celle-ci, dans un accès de fureur, se jeta sur sa belle rivale dans le palais et fit couper la magnifique chevelure qui avait captivé tes yeux de son volage époux. Celte insnlte aiïècta Philippe an point qu'il exhala son indignation contre Jeanne dans les termes les plus grossiers, et finit par refuser d'avoir aucune espèce de relations avec e]le.

La nouvelle de ce scandale fut reçue en Caslilie, au mois de juin, et causa le plus profond chagrin aux malheureux parents de la princesse. Ferdinand, peu de temps après, tomba malade de la fièvre, et la reine fut atteinte de la même maladie, accompagnée des symptômes les plus alarmants; ses souffrances furent aggravées par ses inquiétudes pour son époux, et elle refusa d'ajouter foi aux assertions rassurantes des médecins, avant qu'il fût en état de se rendre auprès d'elle. Le roi, grâce à sa constitution vigoureuse, surmonta le mal, tandis que la reine y succombait peu à peu; elle s'affligeait pins vivement que lui de la situation de leur malheureuse fille et du sort funeste réservé probablement à cette Castille qu'elle aimait tant.

Le fidèle serviteur d'Isabelle, Pierre Martyr, était, en ce moment, avec la cour, ^ Médina del Campo. Dans une lettre au comte de Tenditta, en date du 7 octobre, il rapporte que les médecins ont les plus sérieuses inquiétudes au sujet de

n,g 7cc,yG00glc

t RÈGNE DB reunuro KT D'ISABELLE.

l'élat de leur BoaTeraise. « Elle est, > dîl4I, < catmantt enlièrement par la fièyre; elle repousse avec dégottt tou tes altraeDts et est toumeatée d'nne soif inextingaiUe. Sefen toutes les appareDcee , elle est menacée d'twe bjAoh pisie. 1

Isabelle avait néanmoins conservé toute sa solltcitade pour le bonheu de son peuple et les grands ialéréts de sou Houvernemeat. Couchée nne grande partie de la jowoéesu son lit, elle écoutait on se faisait lire les nonvrilefi les (du importantes venues du pays ou d'ailleurs. Elle donnait sudienee à des étrangers de distinction, particalièrement anx Italiens qni pouvaient lui Tonrair des détails sar la dernière guerre et surtout sur Gonsalve de Cordoue. dont elle avait TU grandir la fortune avec une vive satisfaction ^ Elle recevait aussi avec plaisir les voyageurs iustruits que sa réputation attirait k la cour de Castille; elle leur Elisait mille questions et ils partaient, dit un écrivain du temps, pénétrés de la plus profonde admiration ponr Ténei^ie wile avec laquelle elle sontenait le fardean d'nne maladie Ino^ telle *.

Le ma) faisait des progrès rapides. Nous avons bm attie lettre de Martyr, en date du 15 octobre, écrite sur le méias

■ Feu de tempe arant sa mort elle reçut la visite de Prosper Colonna: oelni-ci, lots de sa présentation an roi Ferdinand, Inl dit • qu'il tiâi vtim m Castille pour voir ta femme qui, de son fit de mort, gonvatuàt Is monde. *

* Parmi les étrai^eis prisent^ k la reine en ce temps, il y eut on cjlèbs voyageur italien, du nom de Vianelli, qoi lui ofiHt nne croix d'or pnm de pierres précienaee, entre autres d'une esoarbouole d^me valeur inatimable. Le ginéreox Italien s'attira iine semonce aases încirUe de la psrt de Ximenèa, qui lui dit, au sortir de l'audience, • qu'il aimerùt mini avoir l'argent que cotltaient ses diamants , pour l'cmplojer an serrûe de l'Église, que tontes les perles des Inde». ■

DOIT D'ISABBLLK. •

Isa que la précédeate : « Vous me demandez des iraarelles «te la santé de la reine. Nous restons tristement dans le palais, toale la journée , attecdafil en tremblant l'heure «à !• religion et la verta quitteront la terre aiec elle. Ptiona qt'il nous soit un jour permis.de la suivre où elle ira bientdL Elle dépasse tant la perfeclioa huroatoe qu'il n'y a , peur ainsi dire, rien de mortd en elle; aussi la mort ne sera-t-elle pour elle que le passage i nae vie plus pare, et aons devons platât euvier sou sort que nous en affliger. Le monde qu'elle quitta est plein de sa gloire, et elle va jouir, «après de IHeo, dans le ciel, de réleruité bienheureuse. Je TOUS écris, > dit Martyr eu fioissaat, ■ ballotté entre la ctainte et l'espérance, tandis qu'elle retire encore. >

Une sombre constematioa régnait partout; même la loRgae maladie d'Isabelle n'avait pu préparer ses âdèka sujets à la calaslrophe finale. Ils se rappelaient plusieurs etreottstaoces de funeste augure, qui avaient auparavant échappé il leur attention. Le prinlemp& préeédeni, un tremblement de terre, accomp^né d'an des' plus terribles ooragans dont on eût gardé le souvenir, avait plongé dans la désolation l'Andalousie et surtout Carmona, ville apparte- ■anl k la reine. Les Espagnols superstitieux virent dans ces Bialbeurs les signes précurseurs d'une calamité prochaine ; des prières furent dites dans tontes les églises, des processions, des pèlerinages fureut iaits dans tout le royaume, mais îautîlemeul, pour la guérison de l'auguste malade.

Isabelle ne se faisait pas illusion sur son état ; elle se sentait trop bien mourir et elle rést^ut de mettre ii profit le moment où elle jouissait encore pleinement de ses facultés, pour prendre ses derniers arrangements.

Le 13 octolHre, la reine prépara ee testament célèbre, où

se reflètent si Tivemenl les qualités de son esprit et de sob cœur. Elle commence par donner des ordres pour son enterrement ; elle veut que sa dépouille mortelle soit transportée à Grenade, dans le couvent des franciscains de Saiole- Isabelle, dans l'Alhambra, et. déposée dans uu modeste el humble tombeau, avec une simple inscription dessus; s mais, > ajou(e-t-elle, ■ si le roi, mon époux, préfère être inbumé dans un autre lieu, je venx reposer k ses côtés, afin qu'anis dans celte vie, comme, avec la grâce de Dieu, doqs espérons l'être dans le ciel , nons le soyons aussi dans U terre. > Puis, désirant, dans ce dernier acte de sa vie, donner un exemple d'humilité aux Castillans, habitaés ï entourer leurs obsèques d'une pompe extravagante, elle ordonne qa'on célèbre les siennes avec la plus grande simplicité et qu'on distribue en aomdnes Taisent économisé de cette manière.

Isabelle prescrit ensuite plusieurs œuvres charitables; elle fixe une somme considérable pour doter des jeunes filles pauvres et pour racheter des chrétiens captifs sur les côles barbaresques. Elle exige que l'on paie exactement tontes ses dettes personnelles dans l'année, supprime des sinécures dans ta maison royale et révoque tontes les donations, sous forme de terres ou de rentes, qu'elle croit avoir été faites illégalement; elle représente à ses successeurs combien il est important pour eux de maintenir l'iniégrîté du domaine royal et surtout de ne jamais céder leurs droits sur l'importante forteresse de Gibraltar.

Après cela, elle règle la succession au trône, qu'elle laisse à l'infante Jeanne, < comme reine propriétaire, > et k l'archiduc Philippe , son époux. Elle leur donne de bons conseils pour leur administration future, leur recommandant,

MORT D ISABELLE. It

s'ils veulent se faire aimer et obéir de lenrs sujets, de se conformer eo tout point aux lois et aux usages du royaume, de ne nommer aucnn étranger k un emploi , faute dans laqaelie elle prévoyait que Philippe tomberait, et de ne faire, pendant leur absence du royaume, ni lois, ni ordonnaoces, « exigeant nécessairement le consentemeal des cortès. * Elle les prie de vivre en bon accord, comme elle-même l'avait toujours fait avec son époux, de témoigner i celui-ci la déféreDce, l'affection filiale * qu'il mérite plus que tout autre parent par ses vertus éminentes, > enûn de veiller avec la plus tendre sollicitude sur les libertés et le bien-être de leurs sujets.

Venant à la grande question posée par les cortès de 1503, relativement au gouvernement du royaume, en cas d'absence 00 d'incapacité de Jeanne, Isabelle déclare qu'après mûre délibération et de l'avis d'un grand nombre de prélats et de Dobles du royaume , elle désigne, dans cette éventualité, le roi Ferdinand comme seul régent de Castille, jusqu'à la majo* rite de son petit-fils, Cbarles ; étant déterminée, ajoute-t-elle, ■ par la considération de la magnanimité et des qualités illustres du roi, mon époux, ainsi que de sa vaste expérience et du grand bien que fera à l'État son administration sage et bienfaisante. > Elle exprime sa sincère conviction que la conduite passée de Ferdinand est une garantie suffisante pour l'avenir, mais, afin de se conformer à l'usage établi, elle exige qu'avant d'entrer en fonctions il prête le serment prescrit.

Elle fait ensuite des legs à son époux, « moins considérables qa'elle le voudrait et surtout qu'il le mérite, en ^ard aux services éminents rendus par lui à l'Ëtat ;. > elle lui donne ta moillé des revenus nets des contrées nouvellement

It RËGNB SE FEBDINATID ET D'iSABELLE.

décoDvertes à Vouest, arec une pensioD anauelle de dix nutlions de maravédis, à prélever sur les akaealaa des gnoéestnailrises des ordres militaires.

Après quelques dispositions additiooneKes, rétives k la succession au trône, an cas où Jeanoe mourrait sans héritier direct, elle recommaade à ses successeurs, delà manièfe U plus chaleorense et la plus pressante, ses diffiéreots serviteurs et ses amis personaels, parmi lesquels oa voit cit^ le marquis et la marquise de Moya (Béatrice de BobadHIa, compagne de sa jeunesse), et Garcilasso de la V^, l'habite ambassadeur d'Espagne à la cour du pape.

EnfîD, reprenant te ton de tendresse conjugale qu'Ole avait eu au commencement, elle s'exprime ainsi : « Je prie le roi, mon époux, d'accepter tous mes joyaux ou ceux qu'U voudra choisir, afin qu'en les voyant il se rappelle que je i'AÎ toujours beaucoup aimé en ce mcmde et que je l'attends dans une autre vie, ce qui l'engagera h vivre d'autant plus justement et plus saintement dans celle-ci. >

Six exécuteurs testamentaires étaient désignés; les deux principaux étaient le roi et Ximeuès, qui avaient pleins pouvoirs pour agir, d'accord avec un des autres.

Nous nous sommes arrêté longtemps sur ce testamrat, parce qu'il nous montre la reine, jusqu'à sa dernière heure, fidèle aux principes qui l'avaient guidée toute sa vie, à sa politique large et sage, prévoyant les malheurs qui devaient suivre sa mort et qu'elle ne pouvait malheureusement pat empêcher, scrupuleusement attentive k remplir tous ta devoirs et vouant à ses amis une affection que la mort seak pouvait éteindre.

Ces arrangements pris, Isabelle s'affaiblit de jour en jour, mais OD eût dit que les forces de son iatelligesce augmoi-

■OR D IMBBLLB. H

tueat y h mesare que celles de son corps âimiaBaient. EFIe continuait >i s'occuper des affaires du gonvenienieDt, et plusieurs mesures publiques, que des soins plus urgents ou la maladie l'avaient jusqu'alors empêchée de prendre, tourmentaient tellement son esprit, qu'elle eu fit l'objet d'on codi* cille, ajouté à sou testament, le 25 novembre 1304, trois jours seulement avant sa mort.

Ce codicille renfermait trois dispositions trop remarqoab!es pour être passées sous silence. La première conceroait la codification des lois; Isabelle nommait à cet effet une commission , chaînée de former un nouveau recueil des statuts et des pragmatiques , dont la teneur contradictoire était encore une source fréquente de difficultés, ta reine avait toujours eu ce projet k cœur, mais il n'avait été qu'incomplètement exécuté, dans la première partie de son règne, par l'excellent mais insnflîsant ouvrage de Montalvo, et, malgré ses recommandations, il ne devait pas l'être réellement avant le règne de Philippe II.

La deusième clause avait rapport aux naturels du nouveav monde. De grands abus étaient de nouveau commis dans ce» régions, depuis la résurrection partielle du système dea repartimientos. < Bien que, > dit Las Casas, ■ on prit grami soin de cacher la vérité à la reine, » celle-ci, paralt-il, t» soupçonnait vaguement; aussi recommande-t-elle il ses sMcesseurs, avec la plus grande chaleur, de travailler ït l'œuvni saiole de conversion et de civilisation des panvres Indîeas, qtt'rile les prie de traiter avec la plus grande doucear, réprimant tout attentat dirigé contre leur personne ou leurs biens.

Enfin, Isabelle manifeste ses doutes au sujet de la légafiié ém priflcipal revenu de la cooroone^ edoi qu'cHe tvaitdes

U lt£CNE DE FERDINAND ET D'ISABELLE.

aicavaUu; elle institue une commissioD chargée d'examiné si celui-ci était originelleoieDl destiné à être perpétuel, etsH avait reçu le libre assentiment du peuple; elle prescrivaitii ses béritiers, en ce cas, de lever cet impdt de la manière la moins vexatoire pour ses sujets. Mais, s'il n'en était pas ainsi, elle ordonnait que la législature fût convoquée à l'effet de prendre les mesures oécessaices pour faire face aux besoim du gouvernement, c mesures dépendant pour leur validité du boD plaisir des habitants du royaume. > ' Telles furent les dernières volontés de cette femme admirable, qui manifesta pendant toute sa vie le même respect pour tes droits et les libertés de la nation , et s'efforça de couvrir d'une généreuse protection les contrées les plus lointaines qu'elle gouvernait. Ces deux documents étaient un legs précieux fait au peuple, pour le guider lorsqu'il u'aarail plus sous les yeux l'exemple de sa souveraine.

La signature d'Isabelle sur le codicille, conservé parmi les manuscrits de la bibliothèque royale de Madrid, est è peine lisible, et les caractères tracés irrégulièrement montrenl l'état de faiblesse où elle était réduite. La mourante avait mis ordre II ses affaires temporelles ; elle consacra le peu de temps qui lui restai! encore, à remplir d'autres devoirs d'une nature plus élevée; ce n'était que le dernier acte de toute une vie de préparation à la mort. Elle eut le malheur, commun aux personnes de son rang, d'être séparée de ceux dont la tendresse filiale aurait pu adoucir l'amertume de ses derniers moments ; mais elle eut le bonheur plus rare de recevoir les consolations de l'amitié; car elle voyait réunis auloar d'elle ses anciens amis, formés et éprouvés à l'heure de l'adversité.

. Comme tous fondaient en larmes, elle leur dit avec calme:

MORT D ISABEUB. 15

« Ne pleurez pas et oe perdez pas 'votre lemps eo prières iDutiles pour ma gnérison, priez plotôtpoar le salut de moa &me. > Lorsqu'elle reçut rextrËme-ouction , elle refusa de laisser découvrir ses pieds, selon l'usage, refus qui, ayant été fait dans un moment où l'on ne pouvait soupçonner chez elle de l'afTectatioD , est soavent rappelé par les écrivain» espagnols comme une preuve de ce sentiment de pudeur qui la distingua tonte sa vie. Enfin , ayant communié et accompli Ions les devoirs d'une chrétienne, pieuse et sincère, die expira doucement, on peu avant midi, le mercredi, 26 novembre 1S04, dans sa cinquante'qnatrième année et la trentième de son règne.

■ Ma main , » dit Pierre Martyr , dans une lettre écrite le même jour & l'archevêque de Grenade, ■ ma main n'a plus la force de tracer une ligne. Le monde a perdu son plus bel ornement, perle déplorable non seulement pour l'Espagne, que la reine a si longtemps guidée dans une voie glorieuse, mais pour la chrétienté tout entière, car la défunte était le modèle de toutes les vertus , le protecteur de l'innocence et la terreur des méchants. Je ne connais ancune femme, dans les temps anciens ou modernes, qui, à mon avis, soit digne sons ancun rapport d'être citée auprès de cette femme înconiparable. *

On se prépara sans perdre de temps à transporter le corps non embaumé de la reine i Grenade, conformément ^ ses ordres. Une troupe nombreuse de cavaliers et de prêtres, parmi lesquels on remarquait le fidèle Martyr, formait l'escorte. Le funèbreeortégese mît en marche, le lendemain de la mort d'Isabelle ; il devait passer par Arevalo, Tolède et Jaën. il avait h peine quitté Hedina del Campo, qu'éclata une iuieoae tempête, qui dora presque sans interruption toute

U KàGVE DE FERDINAND ET D'iSABELLE.

b jouraée. Le& roules deviarent ^ peu près impraticaUes; let ponts fureni emportés, les petites rÎTÎëres grossirent et s'élevèrent au niveau du Tage, les plaines furent complétem^it sabmergées. On ne voyait pins ni soleil , ni étoiles ; Isa iBHles, les chevaux Tureot entraînés par les torrents, et pinsieurs Fois ceux qui les monlaient périrent avec eni. « Jamais, ■ s'écrie Martyr, < je ne courus d'aussi grands dangers dans mon périlleux voyage en Egypte. ■

A la lin, le 18 décembre, le corlége arriva, après bien An fatigues, au lieu de destination , et, tandis que lesélémenli déchaînés se livraient encore la guerre, les restes ghc^ d'Isabelle Turent déposés, avec de simples solennilés, dam le couvent des franciscains de l'Alhambra, à l'ombre des tours antiques des musulmans et au cœar de la belle cili qu'elle avait rendue h son pays par sa persévérance; ib continuèrent d'y reposer jusqu'après la mort de Ferdinand, époque à laquelle ils furent transférés auprès de la dépouille Htortelle de ce monarque, dans le fastueux mausolée de L'église cathédrale de Grenade.

Nous différerons l'examen de l'administralioB de eetle reine, jusqu'au ^moment oà nous pourrons passer en revu celle du roi. son éponx. jNous nous bornerons ici à [wéseater quelques remarques suggérées par les actes de sa vie nf>pwtés plus haut.

Isabelle, comme noos l'avons déjSt dit, était de taille moyenne et bien proportionnée; eUe avait le teint clair M. frais, des yeux bleus avec des cheveux bruns, genre de beauté très rare en Espagne. Elle avait les traits réguUan et, de l'aveu géoàral, était eitraordinaireraent belle. U prestige du rang, surioDt joint à des manières aimables, pounait nous faire soupçonner quelque exagération dans

KORT D ISABELLE. IT

les éloges adressés k la reine, mais ceDX-ci paraisseot, ea grande partie, justifiés par les portraits qui nous restent d'elle et qui nous montrent nue irréprochable symétrie de traits, et nne physionomie qui respire une douceur, une intelligence singulières.

Les manières d'Isabelle étaient gracieuses, séduisantes, empreintes d'une dignité naturelle et d'une réserve modeste, tempérées par une affabilité qui venait du cœur. C'était la deroièie femme dont on eût osé s'approcher avec une familiarité déplacée , mais le respect qu'elle inspirait était mélangé d'amour et de dévouement. Elle s'accommodait avec QQ tact exquis à la position et au caractère de ceux qui l'entouraient. Elle apparat, revêtue d'une armure, à la tète de ses troupes et prit sa part de toutes les fatigues de la guerre. Lors des réformes introduites dans les maisons religieuses, elle visita en personne les convents de femmes, passant la journée dans la société de celles-ci et s'occnpant à des Irtr vaux d'aiguille. Pendant son voyage en Galice, elle prit le costume national , empruntant à cet effet les joyaux et les ornements de deux dames galiciennes, qu'elle combla de cadeaux en récompense. Gr&oe il celte condescendance habite et à ces hantes qualités, elle acquit sur ses tarbulents sujets an ascendant que n'eut jamais aucun roi d'Espagne.

Isabelle parlait le castillan avec beaucoup d'élégance et de pureté; elle avait la parole facile et, dans sa conversation, d'un tour ordinairement sérieux , elle avait quelquefois des mots plaisants, dont quelques-uns ont passé en proverbes. D'une tempérance, poussée même trop loin, elle buvait rarement da vin, et sa nourriture était si frugale, que ses dépenses pour elle et sa fomilte ne dépassaient pas joamelle*

ifi RËCNE DE FERDINAND Et D ISABELLE.

ment ia modeste somme de quaraote dacats. Elle s'habillah simplement et à peu de frais; dans toutes les occasïoDS o& elle devait paraître ea public, elle déployait, il est vrai, une magDiflceoce royale, mais elle n'aimait pas le luxe et faisait volontiers cadeau ^ ses amies de ses robes et de ses joyani. Douée d'un esprit sérieux, quoique enjoué, elle se plaisait peu à ces amusements frivoles qui remplissent la vie des cours, et, si elle attira dans le palais des chanteurs et des musiciens, ce fut pour détourner les jeunes nobles des plaisirs plus grossiers et moins raffinés auxquels ils s'adonnaient.

Entre toutes ses qualités morales, la pins remarquable pent-étre était sa magnanimité; dans ses pensées, dans ses actes, ou ne voit aucune trace de vanité sans but ou d'égoïsme étroit ; ses desseins étaient vastes, et elle les exécutait aussi noblement qu'elle les avait conçus. Elle ne recourut jamais i, des agents secrets, à des moyens détournés; elle prit toujours la voie la plus directe, la plus découverte. Elle refusait avec mépris de profiter des avantages que lui offrait la perfidie i]'autrui; elle soutenait sincèrement, énergiqnement ceux à qui elle avait une fois donné sa confiance, et tenait scrupuleusemeot les promesses faites i ceux qui la servaient, malgré leur impopularité même. Elle assista Ximenès dans son œuvre salutaire de réforme, qui rencontrait la plus vive opposition ; elle aida Colomb ï poursuivre sa difficile entreprise et le défendit contre les calomnies de ses ennemis ; elle protégea de même son favori, Çonsalve de Cordoue, et tous deux ressentirent vivement sa perte, voyant leur carrière finir en ce jour. Ellle abhorrait l'artifice et la duplicité; aussi, quand nous voyons la diplomatie espagnole employer ces moyens, ne devons-nous pas

HOrt D l&iœiXB. 19

en accuser la reine. Elle était incapable de nourrir une défiance mesquine ou une secrète matigoité, et, bien qu'elle fît exécuter sévèrement les lois, elle était pleine de miséri' corde et quelquefois cherchait la première h se réconcilier avec ceux qui l'avaient personnellement offensée.

Hais ce qui constituait, pour ainsi dire, le fond du caractère d'Isabelle, c'était cette piété, qui, du fond même de son âme, rayonnait sur sa physionomie. Henreusemeot, elle avait été élevée à l'école de l'adversité, sous l'œil d'une mère qui implanta dans cet esprit sérieux des germes de dévolioD que rien plus tard ne put détruire. Pins tard, jeune et belle, elle fut introduite à la cour de son frère, mais les séductions de cette cour, si puissantes sur l'imagiaation, n'eurent aucun effet sur la sienne, car elle était entourée d'une atmosphère morale de pureté, ■ qui repoussait an loin les miasmes du péché et da crime. » Quoique environnée de faux amis et d'oonemis déclarés , elle vivait avec nne telle réserve, que jamais aucun de ces courtisans corrompus et dissolus n'essaja de ternir sa réputation.

Isabelle donnait une grande partie de son temps Ji la prière et aux exercices publics de la religion ; elle consacrait des sommes considérables à des actes louables de charité, fondant des hôpitaux, des églises, et dotant des couvents d'une utilité plus douteuse. Sa piété se manifestait pariicalièremeut dans cette sincère humilité, si rare quoiqu'elle soit essentielle au chrisliaDisme, surtout chez ceux qui, par leurs grands talents ou leur haute position, semblent s'élever au dessus des antres hommes. Cette humilité se montre d'une manière remarquable dans la correspondance de la reine avec Talavera, où la douceur et la docilité de la pénit^te contrastent si singulièronent avec rintolérance toute

M RfiCNB DE FBUIKAHB BT o'iSABBLLE.

parilaine du eoofesaeur ', Talavera avail cepeadaot, c BOusl'avoDs vu, une dévotiou douce. JHalbeureusemeut, U eonscience royale fut quelquefois cotisée ^ d'autres directeurs, et la respeaueuse déféraice que la reine témoignait ji ses guides spirituels, lui fil commettre, sous l'iDspiratioD d« fanatique Torquemada , Its deux grandes et ineffaçables foutes de »oa règne , rétablissement de l'inquiàition et le bannissement des juifs.

Hais, si ces fautes ternissent l'éclat de son règne, elles n'entachent pas le caractère de la reine ; il serait difficile, en effet, de la condamner sans condamner toute son époqoe» car ses contemporains n'excusèrent pas seulement ces actes» ils les approuvèrent chaleureusement, les (téclarant les titres les plus solides d'Isabelle à une gloire éternelle et à la recoaoaissance de son peuple *. La cour de Rome professaU ouvertement cette maxime que le zèle pour la pureté de la foi légitime tous les crimes; cette maxime immorale, proelamée par le chef de l'Église, était répétée sous mille

' Ijea lettres de l'arctieTeqae ne sont gaère que des sennons sor let plaiura de U d&nse, de la table, du laie et péchés semblables, sermons faroii de dtationa des Éontuns et faits sat un ton chagrin, qai elLt oonTena on plne austère puritain de In oonr d'Olivier Cromvell, Id reine, loin de s'offenser, repousse les graves accnsations giortées contre elle, avec tue TÏvaciti et une ûmplioité qui feront sourire le lectear. < Je sais, * éctitaitdle, >qne l'usage ne peut mkdre bonne nne action mauiBiBesneHe-mtoMi maie je voua demande si, daue votre opinion, ces actions doivent Être oomndéréts oomme mauvaises, dans tontes les circonstances, afta qu'elles ne ae renouvellent plus à l'avenir, s'il en est ainsi. ■

* De pareils éloges deviennent eneore plne Femsrqnables ohei des écdvaina à vues saines et la^es, comme Zurita et Blancaa, qui, bien qoe vivant dans un siècle plus éclairé, n'hésitent pas i proclamer l'inquisiticui • la meilleore preuve de la sagesse et de la piéÙ d'Isabelle, car non senleioent l'Espagne, mais la chrétienté tout entilre reconnaît l'alilîté eitraudinaire de celte institution ! •

HDKT DtSAULLB. Il

Cormes différentes par les membres do clergé et reçue avec docilité par des po[HiIations superstitieuses. On oe devait pas •'attendre k voir une femme seule , qui avait uoe dâlaooe uatvreile de sa raisw eo ces matières, résister à des conseilleis véoérés qu'elle s'était habituée dès le berceau k considérer comme les guides et les gardiens de sa cooscience.

Quelque déplorable qu'ait été pour l'Espagne l'influeflce de l'iaquisilion, l'établissemeut de ce tribunal ne Tut pas, eu principe, une mesure pire que bien d'autres, qui ont été bien moins censurées, quoique datant d'une époqne plus rapprochée de Dous et plus civilisée '. Dans quel pays, en effet, au iTi* et dans la plus grande partie du xvii* siècle, vit-on le parti dominant, catholique on protestant, rejeter l'arme de la persécution? Dans quel pays vit-on le principe de la tolérance proclamé par d'autres que par les plus faibles? Il est vrai , pour nous servir des expressions mêmes d'Isabelle, dans sa lettre k Talavera, que l'adoption générale d'une mauvaise coutume oe la légitime pas; mais nous condamnerons moins sévèrement la reine en pensant qu'à cette époque imparfailemeut éclairée, elle ne tomba pas dans Boe plus grande faute , que les hommes les plus éminents d'un siècle plus rapproché et plus civilisé *.

* Nooa ne faisona, pour ùnsî dire, que rsproduire le* paroles de HtJkuB, qui dit sa «ojet des lois portées contre les ofttholique» boqs Éliaabetb : • Wx» enfantèrent des perséoutioiu qui ne différèrent pas beaacoap en priadpe de cetlei qai rendirent l'inquintion ai odieuie. • Lord Borleigh hù-mÊme, ^'occupant da mode d'eiamen adapté en oertoins cas pu la bnte-eoor, nliéste pai i dire que les qnestioua étaient à lubilement posées et entraient dans tant de détails, qa'il ne croyait pas que les inqoititcarB d'Espagne en Sment autant ponr embarrasser et drcouTenir lenrs TÏctiiiiee.

* Hilton loi-même, daiu son essai sur la liberté de la presse, le pins magni&qne pludojer qui eût peut-être été prononcé jusque- là en &Teu d«

M RËCNE DE FERDINAND ET d'iSABELLE.

Isabelle a^ssait coDstamment d'après des priacipea ; si quelquefois elle se trompa, du moins elle cbercba avec ooe véritable anxiété, daos (ontes les circonslaoces, à reconoattre et à remplir son devoir. Fidèle dispensatrice de la justice, die n'accorda jamais l'impunilé à un coupable, quoi qu'il lui offrit '. Aucune influence, celle même de l'aSîecUoD conjugale, ne put jamais la délenniuer à nommer aux Tonctions publiques des hommes qui lui eo paraissaient indignes*. Malgré son profond respect pour les ministres de la religioD, elle ne Terma jamais les yeux sur leur inconduite ', et, avec toute sa déférence pour le chef de TËglise, die ne souffrit pas qu'il empiél&t sur les droits de sa couronne. Elle paraissait se croire spécialement obligée de conserver dans toute leur intégrité les droits et les privilèges particuliers de la Castille, réunie pourtant à l'Aragon. < Et bien que, sa volonté étant la loi, > dit Martyr, c elle gouvernât de manière à faire supposer que Ferdinand et elle ne faisaient qu'un, » cependant elle prenait toujours grand soin de n'abandonner à celui-ci

la liberté de penser, voulait exclue du btenfiût de 1a tol&snoe le papma, oomme une leligitm dont le bien pnbUc eiigeail l'entiin destraotion, dau

tous les cas. C'est linsi qnc les droita de U conscience Ét&ient méconniu, dsna 1& dernière moiliâ da xtii' siècle , par up de ces esprits priïil^ïéi qui, s'élevant à une graiide hauteur, peuvent recevoir et réfléchir U lomière, longtemps avant qu'elle descende sur le reste de l'humanité.

' Cest ce que l'on vit peut-être le mieux dans l'affaire du riche cheralier gfdicien, Yanez de Lugo, qui voulut acheter son pardon de la reine an prix énonce de 40,000 4oil«f d'or; l'offre fat rejetéc par Isabelle, quoiqu'elle fut appujée par quelqnea-tms des consûlkis rojauz. Le fait est bien authentique.

* On en eut one preuve éclatante lors de la nomination de Ximenèa i la prima tie.

* Rappelons, entre aatres exemples, le châtiment eiemplaire des piéttn deihuiàb.

MORT D ISUELIE. «

aacuoe des prérogalÎTCS qu'elle possédait eomme reioe propriétaire du royaume.

Les mesures d'Isabelle fureot caractérisées par ce bon sens pratique, sans lequel les qualités les plus brillaates sont souvent moins utiles que funestes à rhumanité. Quoique occupée toute sa vie de projets de réforme, elle n'avait aucun des défauts si communs chez les réformateurs : ses plans étaient vastes, mais non ceux d'un visiounaire; la meilleure preuve en est que U plupart furent réalisés de son vivant.

Elle discernait promptement ce qui avait une utilité réelle. E^Ie comprit l'imporlaDce de la découverte nouvelle de l'imprimerie et eDCOuragea généreusement cet art dès le premier moment. Elle n'avait point les préjugés nalionaax et exclusifs de ses compatriotes ; elle attirail à sa cour, des provinces les plus reculées de ses États, les bommes de talent, qu'elle récompensa magnifiquement. Elle fit venir de l'étranger des artisans pour ses maoufaclures, des ingénieurs et des officiers pour l'instruction de son armée, des savants pour inspirer ii ses beltiqueui sujets des goûts plus cultivés. Dans tons ses règlements de moindre importance, elle consnltait surtout l'utilité, par exemple, dans ses lois somptuaires, dirigées contre le luxe extravagant déployé dans les habillements et la ruineuse ostentation avec laquelle les Castillans célébraient les mariages et les obsèques. Enfin, elle se montra aussi prudente dans le choix de ses agents, sachant bien que les meilleures mesures deviennent mauvaises entre des maius malhabiles.

^ais, si la reine dut évidemment son succès an soin avec lequel elle choisit ses auxiliaires, elle le dut plus encore, à sa vigilance et à son infatigable activité. Dans les premières

U RÉGNE OB FERBIEtARB ET I^SABELLE.

anoées de son règoe, si orageoses, si remplies d'évéoemeots, cette activité fui réellemeat prodigieuse ;'presque toBjoars ï dieval, car elle ne voyageait qae de cette manière, elle traver- Mit le pays avec ane telle rapidité, qa'oo la voyait partout oè n présence était nécessaire; jamais te temps, ai Fétat de sa lanté, ne la retenait, et, sans doute, ces imprudences contribuèrent beaucoup à affaiblir son excellente constitution.

Elle ne se livrait pas avec moins d'ardenr aux travaux da gonverDcmeut. Souvent, après nne journée bien remplie, elle passait toute la nuit k dicter des dépêches à ses secrétaires. Néanmoins elle trouvait encore du temps pour réparer les défauts de sa première éducation, en apprenant le latin de manière à pouvoir le comprendre facilement, qu'on Ini parlât on qu'on lui écrivit dans cette langue, dont elle eonoaissait même parfaitement les règles, au rapport d'an juge compétent. Gomme elle avait pen de goût pour les amusements frivoles , elle chercha k se distraire de ses occupations sérieuses par nn travail utile, approprié à son sexe, et die a laissé de nombreuses preuves de son habileté dans ee genre, puisqu'elle décora les églises de riches tenlnres, brodées de ses mains. Elle prit soin d'initier ses filles anx humbles devoirs de la vie domestique, car, k ses yeux, tout ee qui avait de l'utilité méritait d'être appris.

Malgré ses grandes qualités, Isabelle n'eAt pas été capaMe d'accomplir ses vastes projets, si elle n'avait possédé tme espèce de courage, rare chez l'un et faulre seie; non ce coarage qui se résume dans le mépris du danger, quoiqu'elle en eût plus que n'en ont la plupart des hommes '; aicelni qt&

> Ftuit-îl en oiter d'ftntrea preafra qno m <xindnhe dam U EuneoM éohMlbiinifdeSésnfeF

■on DiaUBLLB. H

rend ioBensible aux swrfTrances physiques le% ptas crudies, qooiqo'elle SBpporl&t sans faire entendre une sente platale les douleurs les plvs aiguës réservées ii la Temme, mkis ce ceurage moral qai soutient l'esprit k l'heore sombre de l'adversité et qnï, répandant uie vive lumière au milieu des ténèbres, nmime pvtont la confiance. Elle montra ce eoarage d'une manière remarquable dans les temps de troubles qui saivirent son avènement au trtae et pendant toute la dorée de la gnerre de Greaide. Sans dte, on eût abandonné Albama ; sur ses représentations, le roi et les nobles reprirent les hostilités auxquelles ils avaient renoncé, après ■ne campagne sans résultat. A mesure que les dangers et les difficultés se multipliaient, elle redoublait d'activilé pour les écarter ; au moment oà ses Boldals suecombaient aux maux d*an long siège, elle parut au milieu d'eux, mouttSe sur son coursier de guerre et refétne de l'armure des cbevaliers; elle parcourut leurs rangs et ranima leur ardeur par sa Rère attitude. C'est à ses eflbrls et à ses conseils que Tut principalement dû le auceès de cette glorieuse guerre, et la nation le savait, comme l'écrivait, queltpies anniées plus tard, l'ambassadeur vénitien Navagiero, qui ne peut être suspecté d'adulation : i La reine Isabelle, par son génie étonnant, par sa virile énergie et par d'antres vertus, anssi rares dans notre sexe que dans le sien, non seulement aida beaucoup k ta conquête de Grenade, B»ts en fut la principale cause. EHe était certainement une princesse extraordinaire et vertueuse; aussi les Espagnols parlent-ils plus souvent d'elle qse du roi, bira que eelui-ci soil un monarque d'une habileté peu comiuDue. *

Heureusement ces m&les qualités n'étouffèrent pas chez la reine les Terios plus douces <|ui font le charme de la Temme.

m RÈGNE DB FERDINAND ET d'iSABELLB.

Isabelle portait une profonde affeclion Ji sa ramille et à ses amis; elle veilla snr sa vieille mère et la soigna daos sa maladie avec une tendresse toute filiale '. Nons avons n combien elle aima son ëpotix jusqu'au dernier moment *, bieD que cet amour n'eût pas toujours été fidèlement récompensé. Elle aima ses enrants plus qu'elle-même et ils Turent cause de sa mort, car ce fut la douleur de les avoir perdus qui l'entraîna prématurément dans la tombe. Elle ne se crut pas snr le trône an dessus de l'amitié *; avec ses amis elle oubliait les distinctions ordinaires de rang, partageant leurs joies, les consolant dans leurs chagrins, les visitant lorsqu'ils étaient malades et daignant pins d'noe fois être, après leur mort, leur exécuteur testamentaire *. Elle était bonne poar tous et, au mileu même de la guerre, elle cherchait i en

* Noos TOjou qa'niL àea premien artiolea da cautnt de maiùgo pn>crit à Terdioand d'aimer, de respecter la mère d'babelle et de poninnr

Ucgement à sea besoins.

* Entre antres faibles gRges de leur afièction mntaelle, on peut dtet ce fiùt que non seolement la monnaie, mail leurs meubles, leurs livra et Botrea objets étaient marqués à leurs initiales, T. I., on ornés de Inna defises, un joug pour ïenlinand, une poignée de flèches pour Isabelle, n était d'usage entre époui, dit Oviedo, de prendre oliacon poor dense un objet dont te nom commentât par la lettre initiale du nom de l'ontie époDZ, comme cela se voit dans les maitjtgû cAJUeiat,

* De toutes ses amies celle qu'elle aima le plus fut. la marquise de Ifoja, qoi, rarement séparée d'elle pendant sa vie, eut la triste salb^lion de hi fermer les jeux. Oriedo, qui les vit soaTent ensemble, dit que la reïiH, en adressant la parole à cette dame, même dans la maturité de l'âge, u l'appelait jamais que Aûa xarjutia, • marquise, ma fille. •

' Elle fut l'exécuteur testamenture dn commandeur Gardcnas et dn grand cardinal Mendoza , auxquels elle témoigna la plus tooehante mllicttade, pendant leur dernière maladie; tandis qu'elle obéissait ainaî à la Toix de ces affisctions , elle était attentive à donner toutes les manpM cxtétienrea du respect à la mémoire de oeox qui, par leor rang ou Iran Mrrlces, aviuent droit à la conûdération.

Page 1