MORT D ISABELLE. VI
adoncir les horreurs. Cest elle qni Fonda, dit-on, les premières ambalances, et nous avons vn plus d'oae fois avec quelle sollicitude elle cherchait Ji prévenir refTusioo do sang, mânoe de ses ennemis. Mais il est inutile de multiplier les exemples à cet égard.
C'est dans ces vertus aimables de son sexe qu'Isabelle se montre manirestement supérieure à son illustre homonyme, Elisabeth d'Angleterre ', dont l'histoire offre une certaine aoalt^e avec la sieone. Toutes deux lurent élevées à l'école de Tadversilé, mère de la sagesse; toutes deux furent honteusement maltraitées par leur plus proche parent, qui eût dA les aimer et les protéger; toutes deux ne montèrent sur le tr6ne qu'après mille vicissitudes. Chacune éleva son royaume, après un long et brillant règne, à on degré de gloire auquel il n'avait jamais atteint. Toutes deux vécurent pour voir le néant des grandeurs humaines, pour succomber k une incurable tristesse, et laissèrent un nom illustre, dont aucun autre n'éclipsa plus tard l'éclat daas leur pays.
Mais la ressemblance s'arrête à ces quelques détails de leur histoire; elle existe à peine entre leurs caractères. Elisabeth, qui avait hérité, en grande partie, du caractère mde et fier du roi Henri, était hautaine, arrogante, emportée, irascible, défauts trop visibles auxquels elle joignait une profonde dissimulation et une étrange irrésolution. Isabelle, d'on autre cèté, tempérait la froide dignité do suprême rang par les manières les plus aimables et les plus séduisantes; sa résolatlon une fois prise, elle n'y renonçait pas ; dans la vie publique on privée, elle se montrait pleine de sincérité et
1 Isabelle, nom i» 1a rnne oathoUqite , u rend exMtement eu angUii par Elisabeth. .
« RftGHB DE FinUlUIlD R D'iSABEI.LB.
d'honnêteté. TiHites deux, on peut le dire, avaient la ffsùf deor d'&aie nécessaire pour accomplir de grandes entreprises, malgré des olMiacles ronnidables; mais Étisabelk ^atit profoudément égoïste; incapable de pardonner, noa seulement une injure réelle, mais le moindre affront ^t k »a vanité, elle était impitoyable dans ses vengeances; Isa* belle, au contraire, ne vivait que pour les antres, était prête eo toHt temps k sacrifier ses intérêts k ceux da pays, et, loia d'éprouver des resseoliments personnels, témoignait une extrême douceur envers ceux qui l'avaient le plus offensée; toujours bonne, elle cherchait tous les moyens d'adoucir les rigueurs de la loi, même ponr tes coupables *.
Toutes deux possédaient an rare courage. Isabelle, dans sa position, dut en donner de fréquentes et de pins éclatantes preuves que sa rivale; mais celle-ci ne manquait certainement pas de courage. Elisabeth était plus instruite, plos savante qu'Isabelle; mais celle-ci en savait assez pour soutenir dignement son rang et elle encouragea les lettres, en les couvrant d'une généreuse protection. Les qualités, les passions viriles de la fille de Henri VHI paraissaient avoir supprimé chez elle, en grande partie, les venus particnlières à son sexe, du moins celtes qui en font le principal charme; mais elle avait, en bon nombre, tes défauts de la femme : une coquetterie, un aoMMir des louanges, que l'Ige De put détruire; une légèreté, coupable sinon criminelle;
' C'eat ùnii qn'elle obtint une cotunatxtioii de poine pour le mûAi qui avait atteaté à la vie de son époux et que le* soldes furieux voultînt tua*, sans oonression ni absolution , aSn que • son &me périt avec Ht corps I • — (Vojes sa lettre i Talavera.) Elle t^noigna la infiiie pitié, b rare dans ce siècle grossier, en supprimait lei prilimiaaina hssbuai que la loi prescrivait qnelqnefob avant les ezécntions oapitaleii
KORT D ISABELLE.
hdc passion du luxe et de la toilette, ridicule dans sa jeunesse, méprisable plus tard. Isabelle, au coniraire, se ût remarquer toute sa vie par sa déceaee et par uoe chasteté qai fureot toujoors !) l'abri de la calomnie; elle se contentait de l'affection légitime qu'elle inspiraildans le cercle de sa famille. Loin de rechercher des oi'uemenls frivoles, elle s'habillail avec une exirèrae simplicité et paraissait n'attacher de prix ^ ses joyanx, que lorsqu'ils pouraient servir aux besoins de l'État *; sinon elle tes donnait, comme now l'avons vu, à ses amies.
Toutes deux dioisirent lears ministres avec une grande habileté; elles se trompèrent pourtant quelquefois, l'une par amour, l'autre par dévotion. Ce fut ce sentimeot qui, joint à son excessive humilité, fit commettre i. Isabelle les faates les plus graves de son règne. Sa rivale, n'étant ni humble ni dévote, ne tomba pas dans ces erreurs; elle ne prenait certainement pas des principes religieux pour règle de sa conduite, et, quoiqu'elle ait été le boulevard du protestantisme, il est difficile de dire si, au fond du cœur, elle était plus protestante que catholique. Elle considérait la religion par rapport à l'Ëtat ou plul6t à elle-même, et, pour assurer le triomphe de ses idées, elle recourait à des mesures, tout aussi tyranniques et i peine moins sanguînaires que celles de sa rivale, obéissant à la voix de sa conscience '.
* Ob k nppellen qu'elle en tin nn gnmd puiî djus la guêtre contse lei Uorea.
* Lft Tebe Êlisabelh, s'adressuit à «m people, s'exprime ainsi : • Nous ne sacliioDs pas et n'enteoduos nullement permettre qu'aucun de nos Kijeta soit inquiété , pur un examen on «ae inquisition en satiAra 4ie £>i, aaen long;temps qu'il sera chrétien. >
30 RÈGNE DE FERDINAND ET d'iSABELLE.
Celte bigoterie qui a jeté une ombre sur la belle pbjsionomie de la reine de Castille, pourrait faire supposer qae, sous le rapport de l'iotelligeace, elle était inrérieure i sa rivale; pour résoudre cette question, i! faut comparer les résultats des deux règnes. Elisabeth avait à sa dispositioo tous les éléments de prospérité et elle les utilisa très habilenieat pour fouder la grandeur de TAngleterre. Isabelle dut tout créer; elle trouva son peuple plongé dans une léthar^ mortelle et l'anima d'un souffle de vie, pour l'entratoer dans ces grandes et héroïques entreprises qui eurent des suites si glorieuses. Si l'ou considère l'état de faiblesse où était l'Espagne, dans la jeunesse d'Isabelle, les progrès faits sons ce règne paraissent presque prodigieux. Le mâle génie d'Elisabeth nous frappe d'autant plus, qu'il nous apparaît dégagé des vertus plus douces de son sese ; celui d'Isabelle, comme un édilice vaste et symétrique, est moins grand en apparence à cause de la parfaite harmonie de ses propoT' lions.
Les circonstances de leur mort, lesquelles offrent une cettaine analogie, font ressortir vivement la différence de leurs caractères. Tuâtes deux languirent au milieu de la pompe royale , victimes d'un désespoir incurable plutôt que d'un mal physique bien réel. Chez l'une, ce découragement provenait de la vanité blessée, de la triste conviction qu'elle avait survécu à l'admiration dont son orgueil s'était si longtemps rassasié, qu'elle avait perdu même les consolations de l'amitié et rattachement de ses sujets ; à son heure dernière, elle ue voulut pas être consolée par la foi. Isabelle, au contraire, fut trop sensible aux souffrances des autresel succomba k la douleur qu'elles lui faisaient éprouver, mais, tandis que les ténèbres s'épaississaieut autour d'elle, ses