‹ Histoire du règne de Ferdinand et d'IsabelleChapitre 8 sur 73 · EXPULSION DES FRANÇAIS DE NAPLES. S · texte numérisé non relu

EXPULSION DES FRANÇAIS DE NAPLES. S

Sererino, s'étaient réunis, avec lears vassaux et un corps de tronpes françaises, dans ta petite ville de Laine, sur les confins et an nord-ouest de la baute Calabre, oii ils attendaient d'Aabigay qui devait les rejoindre. Il projeta de sorprendre cette ville et de s'emparer du riche butin qu'elle renfermait. H devait traverser un pays sauvage et montagneux, dont les défilés étaient occupés par des paysans, partisans de la maison d'Anjou. Le général espagnol n'eut lODtefois pas de peine h s'ouvrir un passage à travers ces mnemis indisciplinés ; il entoura et tailla en pièces un Tort détachement qui s'était mis en embuscade dans la vallée de Hnrano.'Laino, que baigne le Lao, était dérendn par une forte citadelle, b&tie sur le bord opposé de la rivière et reliée i la ville par un pont. Cette forteresse commandait les approches de la place, du c6té de la grande ronie ; aossi Gonsalve fit-il un détour par les montagnes. Il marcha toute la nuit, et, passant à gué le Lao, à deux milles environ en amont de la ville, il entra dans celle-ci, avec sa petite armée, avant le lever du jour, après avoir envoyé un petit détachement poar prendre possession dn pont. Les habitants, réveillés en sursant par l'apparition inattendae des Espagnols au milieu d'eux, coururent aux armes et volèrent vers la citadelle, sur le bord opposé de la rivière, mais le pont était déjà occupé, et les Napolitains , les Français, assaillis de toutes parts, firent une résistance désespérée, qui finit par la mort ^e lear chef, Americo San Severino, et la prisé de tons ceux de ses compagnons qui ne périrent pas dans la mêlée. Un riche butin tomba dans les mains des vaioqnenrs, avec vingt barons angevins, qui furent envoyés comme prisonniers à Naples. Ce rude coup, dont la nouvelle ht portée avec la rapidité de l'éclair dans tout le royaume,

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se BËGKE DE FERDINAND ET d'iSABELLB.

décida du sort de la Calabre; il répandit la terreur parmi les Français et les accabla au point que Gonsalve cessa de craindre qu'ils fissent nu inonvement bostite, pendant son absence.

Le général espagnol, sans perdre de temps, se mil en marche vers Atella ; avant de sortir de la Calabre. il avait reçu d'Espagne un renfort de cinq cents soldats; son armée entière, d'après Paul Jove, s'élevait il cent hommes d'armes, cinq cents cbevau-légers , et deux mille hommes d'infanterie, soldats d'élite, familiarisés avec les dangers et les fatigues de la guerre. II traversa un pajs ennemi en grande partie, sans rencontrer beaucoup d'opposition, car, dit l'historien que nous venons de citer, la terreur de sou nom l'avait précédé. Il arriva devant Atella, au commencement de juin ; à son approche, le roi de Naples sortit du camp pour le recevoir, avec le marquis de Mantoue, commandaDt des Vénitiens, et le légat du pape, César Borgia; tous s'empressaient de rendre hommage au général qui avait accompli de si brillants exploits et, en moins d'une année, s'était rendu maître de la plus grande partie du royaume de Naples, malgré les plus faibles ressources, malgré les soldats les plus braves et les plus disciplinés de l'Europe. C'est alors, d'après les écrivains espagnols, que Gonsalve fut, d'un commun accord, salué du nom de Grand Capitaine, nom sous lequel il est bien pins connu que sous le sien, en Espagne et, peut-on ajouter, dans la plupart des histoires du temps.

Gonsalve vit les assiégés souffrant beaucoup du blocus, qui ne laissait entrer qne peu de provisions dans ta ville; cependant, avec son œil perçant, il l'econnut aussitôt que^ pour rendre celui-ci complet, il fallait détruire les moulina

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des environs, qui foaraissaieat Âtella de farine. Il tenta lui-même l'enlreprise, avec son armée, dès le jour de son arrivée. Hontpensier, comprenant l'importance de ces moulÏDs, avait confié lenr dérense à une (fj^le garde, composée d'archers gascons et de piquiers saJsses. Bien que les Espa< gnols n'eussent jamais été aux prises avec de grandes masses de cette formidable infanterie, cependant elle ne lear inspirait plus guère de terreur, car ils en avaient battu quelquefois de petits détachements et ses manœuvres leur étaient devenues familières. Leur général avait même profilé de Texemple des Suisses, pour mêler de longues piques aux épées courtes et aux boucliers de ses fantassins.

Gonsalve divisa sa cavalerie eu deux corps; l'un, composé des soldats pesamment armés, avec quelques chevaolégers, devait s'opposer aux sorties des assiégés; l'autre devait aider l'infanterie dans t'attaque. Ces dispositions prises , il s'avança , plein de confiance , vers l'ennemi. A son approche, les archers, saisis d'une panique soudaine, s'enfuirent honteusement, après avoir lancé une seule volée de flèches. Restaient les Suisses; exténués par les souffrances du si^e et tout découragés par une longue suite de revers, voyant aussi devant eux un ennemi nouveau et victorieux, ils ne montrèrent pas lenr intrépidité habituelle, mais, après une faible résistance, abandonnèrent leur position et se retirèrent vers la ville. Gonsalve, ayant obtenu ce qu'il voulait, ne se soucia pas de les poursuivre et s'occupa immédiatement de détruire les moulins, dont, au bout de peu d'heures, il ne resta plus de vesUge. Trois jours après, il aida les Napolitains dans un assaut donné k Ripa Candida, et emporta ce poste important, au moyeu duquel Atella conservait des communications avec l'intérieur du pays.

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Sans ressources désormais et sans espoir de recevoir des secours de leur pays, les Français, après avoir souffert les plus cruelles privalioDS et avoir été réduits k se nourrir des aliments les plus répugnants, demandèrent à capituler. Les conditions furent bientôt réglées avec le roi de Naples, qai ne désirait rien tant que de voir son pays débarrassé des envahisseurs. Il Tut convenu que, si Hontpensier n'était pas secoaru dans les trente jours, il évacuerait Àtella et ordonnerait la remise à Ferdinand de toutes les villes soumises Ik son autorité dans le royaume, avec leur artillerie; i ces conditions, on lui fournirait des vaisseaux pour ramenor ses soldats en France; les mercenaires étrangers pourraient rentrer dans leur pays, et une amnistie générale serait proclamée en faveur des Napolitains qui Teraieut leur soumission dans les quinze jours.

Tels étaient les articles de celte capitulation, qui fut signée le 21 juillet 1496, et que Comines, qui en reçut la nouvelle k la cour de France, n'hésite pas i dénoncer comme c un traité des plus honteux et sans exemple, sauf celui qui fut conclu par les consuls romains aus fourches caudines; ■ ce traité, disait-il, était trop déshonorant pour que ses compatriotes pussent le ratifier. C'était là certainement un reproche immérité et fait avec mauvaise grâce par une cour qui consumait dans des débauches les ressources indispensables aux vaillants et fidèles sujets, qui s'efforçaient de défendre l'honneur de leur pays sur une terre étrangère.

Malheureusement Montpensier ne pat exécuter pleinement la convention; un grand nombre d'officiers refusèrent de remettre les places qui leur avaient été confiées, soos prétexte que leur autorité leur venait, non du vice-roi, mais da roi lui-même. Pendant que l'on discutait ce point, les Fran-

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çais fareDt- conduits i Baia, à Pouzzoles et dans les villes Toisioes sar la côte. L'insalubrité de ces lieux, jointe à c^Ie de l'aotomne et k des excès de rin ei de Traits, amenèrent bienlôt parmi les soldats ane épidémie qui les emporta en fttDie. Le brave Montpensier fut Taoe des premières victimes ; il résista anx affecluenses sollicilations de son beaa-frère, le marquis de Mantoae, qni le pressait d'abandonner ses malbeoreDX compagnons et de se retirer en quelque lieu sûr, i rintérienr du pays. Le rivage était littéralement encombré de morts et demoaranls. Des cinq mille Français qui étaient sortis d'Atella, cinq cents sealement revirent la France. Les Snisses et les autres mercenaires ne furent guère plus heureux; < ils traversèreDt comme ils porent la péninsule, > dit an écrivain contemporain, < dans le plus déplorable état de dénuement et de souffrances, fardés avec intérêt de tous, comme un triste exemple des caprices de la fortune. > Telle fut la misérable destinée de cette brillante et formidable armée, qui, deux ans auparavant à peine, débordait dans les belles plaines de l'Italie, avec toute l'iDsoIence de futurs vainqueurs. Il serait heureux que les noms de tous ces conquérants, dont les succès, achetés par les malheurs de l'humanité, éblouissent l'imagination, rappelassent une leçon aussi utile pour l'instruciioD de Irars semblables que celui de Cbaries VUI.

Le jeune rAi de Naples ne vécut pas assez pour jouir pleinement de son triomphe; à son retour d'Atella, il contracta une union malheureuse avec sa tante , princesse qui avait presque le même &ge que lui et qu'il aimait depuis longtemps. Une vie de plaisirs assez immodérés, succédant à la vie de fatigues qu'il avait menée dans ces derniers temps, amena un crachement de sang, qui l'emporta dans la vingt-huitième

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année de son âge et la seconde de son rè^e,-le 7 septembre 1496. C'était le cinquième roi qui, dans le court espace de trois ans, s'était assis sur le trône de Naples.

Ferdinand possédait beaucoup de qualités appropriées au temps de troubles où il vécnt. Il était énei^qne, prompt, et avait nn esprit élevé et généreux; cependant il laissa percer, même à sa dernière heure, nne rigidité, pour ne pas dire une férocité, qui avait été remarquée chez plusieurs de ses prédécesseurs, et qui fit naitre de sinistres appréhensions sur sa politique future '. Il eut pour successeur son oncle Frédéric, prince doux et populaire à Naples à cause de sa bonté bien connue et de son respect pour la justice, respect dont il avait donné plusd'un exemple aumilieu des singulières vicissitndes de sa vie. Ses vertus cependant auraient mieux convenu k un antre temps, car, ainsi que l'événement le prouva, elles le rendirent la dupe des politiques subtils et sans scrupules de cette époque.

Frédéric commença par proclamer une amnistie générale en faveur des Napolitains mécontents, et ceux-ci, tant était grande la confiance qu'il leur inspirait, rentrèrent presque tous dans le devoir. Il pria ensuite Gonsalve de l'aider à repousser les Français qui , en l'absence de ce général, avaient repris nne attitude hostile dans la Calabre. Au nom du Grand Capitaine, les Italiens accoururent en foule de tous côtés, pour servir sans paie sous une bannière qui devait les conduire à la victoire. A mesure que le général avançait, il vit se soumettre l'une après l'autre toutes les

1 Couché sar son lit de mort, Ferdinand, d'après Bembo, ie fit apporter la tète de t'^véque de Teano, sa rictime, pour a'assarer par ses piopiee eux de l'exécution de ses ordres lelativenient à celui-ci.

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Tilles ; d'Aobigny fut bientôl réduit à la aécessîté de chercher & obtenir dn vainqueur les meiUeares cooditioas et d'évacaer la province. La soumission de la Calabre fat, eu peu de temps, suivie de celle du petit nombre de villes où les Français tenaient encore garnison, dans le reste du pays; il n'y avait plus, dans tout le royaume de Naples, un seul pouce de terrain qui appartint encore à Charles VIII.

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