‹ Histoire du règne de Ferdinand et d'IsabelleChapitre 7 sur 73 · EXPULSION DES FRANÇAIS DE IIAPLES · texte numérisé non relu

EXPULSION DES FRANÇAIS DE IIAPLES

nombreni, avaient eacore vu dimianer lenr nombre. Quant aux Calabrais, ils ne lui inspiraient pas la moindre confiance. Dans tous les cas, il jugeait prudent, avant d'en venir aux mains avec l'ennemi, de se procurer des renseigne* ments plus complets sur la force de celui-ci.

Hais l'impatience de Ferdinand et de ses compagnons d'armes l'emporta sur ta prudence ; les principaux oOïciers, espagnols et italiens, parmi lesquels plusieurs se firent par la suite une brillante répatation dans ces guerres, pressèrent vivement le général de sortir de sod hésitation j ils lui représentant qu'il serait impolitique de montrer de la défiance au sujet de ses forces, dans ce moment critique, et de refroidir l'ardeur des soldats, dont le sang était échauffé. Gonsalve, sans être convainco, céda k ces instances, et le roi de Naples s'avança sans relard, avec sa petite armée, à ia rencontre de l'ennemi.

Après avoir traversé une cbatne de montagnes qui s'étend i l'est de Seminara, Jt trois milles environ de cette place, Ferdinand arriva devant une petite rivière, au delà de laquelle il aperçut les Français marchant rapidement. Il prit la résolution de les attendre et s'établit sur le penchant des collines, ayant sa cavalerie Ji droite et son infanterie à gauche.

D'Aubigny et Précy, «e mettant à la tête de lenr cavalerie formant leur aile gauche, composée d'environ quatre cents hommes armés pesamment et de huit cents armés à la légère, se jetèrent sans hésitation dans l'ean. Lear droite était formée par les piquiers suisses, réunis en phalange compacte-, derrière étaient les milices du pays. Les ginètes réussirent S mettre quelque désordre parmi les gens d'armes firançais, avant que ceux-ci eussent pu reformer leurs rangs,

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après avoir franchi la rÎTière; ce premier momenl passé, incapables de soutenir le choc de ces adversaires, ils tonrnèrent bride et battirent brusquement en retraite, avec rintentioD de revenir presque aossitAt à la cbai^, d'aprèa la tactique des Mores. Les Calabrais, ne comiH«nant pat celle manœuvre, l'interprétèrent comme une fuite; ils crurent la bataille perdue; saisis d'une panique soudaine, ils se dispersèrent et s'enfnirent jusqu'au dernier, avant qoe les Suisses eussent m^e baissé leurs lances ponr les attaquer.

Ferdinand tenta vainement de rallier les fuyards, bientôt atteints par la cavalerie française qui eu fit un terrible carnage. Le jeune roi , signalé k l'ennemi par sa magnifique armure et les plumes qui ornaient son casque, courut de grands dangers; au moment où il venait de briser sa lance dans le corps d'un des cavaliers qui le serraient de plus près, son cheval s'abattit sous lui, et, les pieds engagés dans les étriers, Ferdinand eût infailliblement péri dans la mêlée, sans l'aide d'un jeune noble, nommé Juan de Altavilla, qui lui donna son propre cheval et attendit avec calme l'approche des ennemis, qui l'eurent bientôt tué. Il n'est pas rare de voir dans ces guerres de pareils exemples de fidélité et de dévouement, qui adoucissent la sombre et rude physionomie de cette époque.

On vit longtemps après la fuite du roi, Gonsalve, au fort du combat, chai^eant avec fureur tes Français, à la tête d'une poignée d'Espagnols, non dans l'espoir de changer ta fortune de la jouniée, mais de proléger les Napolitains en déroute; à la fin, entraîné par le flot des fuyards, il réussit k ramener la plus grande partie de sa cavalerie saitie et sauve, à Seminara. Si les vainqueurs avaient poursuivi leur succès,

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presque toute l'armée royale, avec FerdiDaud et Gousaln probablemeot, serait tombée dans leurs mains , et ainsi le sort, Don seulement de cette campagne, mais de Naples même, eût été fixé par cette bataille, mais les Français savaient mieux vaincre que profiler de lenrs avantages, et ib nelratèreat pas de poursuivre les vaincus. On attribae cette inaction à la maladie de lenr général d'Àubigoy, due à Fexcessive insalubrité dn climat; il était trop faiUe pour pouvoir reeler longtemps k cheval, et se fit porter dans nœ litière, aussitôt qne le résultat put être prévu. Quoi qu'il en soit, les fruits de la victoire échappèrent aux vainqueurs. Ferdinand s'embarqua, le némejour, sarnn vaisseau qui le ramena to Sicile, et, le lendemain matin, avant le lever dn jour, Gonsalve, avec quatre cents lances espagnoles, se retira à travers les moolagnes jusqu'à Reggio. Telle fut la première bataille importante dans laquelle ce général exerça nn commandement supérienr; nul ne lui reprocha de l'avoir perdae, parce qu'elle avait été livrée malgré Ini; au contraire, sa conduite dans cette journée contribaa beauconp à établir sa réputation, en le montrant aussi sage dans le conseil qn'intrépide dans l'action.

Le jenne roi, loin de se laisser décourager par ce revers, devint pins confiant parce qa'il connaissait les bonnes dispositions des Calabrais envers Ini. Espérant que la capitale ne se montrerait pas moins fidèle, il résolut de frapper nn coup hardi pour la reprendre avant uoéme qu'à la suite de sa défaite ses partisans fussent tombés dans l'abattement. Il s'embarqua donc à Messine, avec une poignée de soldats, ï b4H^ de l'escadre commandée par l'amiral Reqnesens ; celle-ci se composait en tout de quatre-vingts vaisseaux, la plupart de petite dimeosion. Avant la fin do mois de juin,

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FerdioaDd parat devant te paît de Naples avec celte floue qaï, malgré un extériear Torniidable, portait pea de troapes de terre.

Le duc de Montpensier occupait Naples, avec six mille hommes; ii l'apparition de la flotte espagnole, il sortit poor empêcher on débarquement, ne laissant dans la capitale qu'un petit nombre de soldats pour tenir la population en respect ; mais il s'était & peine éloigné que celle-ci , qui atteadait avec impatience une occasion de secouer le joug, sonna Je tocsin et, se levant partout en armes, massacra sa faible garnison et fenna les portes au vice-roi ; pendant ce temps, le jeune prince, ayant réossi à attirer son adversaire dans nne fausse direction, arriva et fut reçu avec des transports de joie par nn peuple enthousiaste.

Cependant tes Français, chassés de la ville, avaient fait nn détour et étaient entrés dans les forts qui ta dominaient. De là Hontpensier fit, nuit et jour, à la tête de sa gendar* merie, des sorties dans lesquelles les habitants souflraient beaucoup, jusqu'à ce qu'ils se fussent enfin mis à couvert derrière des barricades, consmiites en toute hâte avec des chariots, des sacs de pieire, de sable, et tout ce qui lenr tomba sons la main. Eo môme temps, les fenêtres, les balcons, les toits des maisons r^oi^eaient de combattants, qui firent pleuvoir sur la (été des ennemis une grêle meurtrière de traits et les forcèrent de se retirer. Le vice-roi se vit alors étroitement assise; à la fin, réduit par la famine, il dut capituler; avant le terme fixé pour sa reddition, il s'enliiit nuitamment par mer à Saleme, avec deux mille cinq cents hommes. Le reste de la garnison, occupant les forts, se rendit, an commencement de l'année suivante. C'est ainsi que, par un de ces bmsques revirements auxquels se plaît la

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fortune de la gnerre, le roi proscrit, dont le sort, qaelqaes Mmaiiies asparavant, paraissait tontà fait désespéré, était remonté snr le trône de ses ancêtres,

HoDtpensier ne resta pas longtemps dans ses noa^eaux quartiers; il vit la nécessité d'agir immédiatement ponr arrêter les progrès alarmants de rennemi. Il quitta Saleme, ayant la fin de l'hiver, ayant renforcé son armée de toutes les troupes qu'il put rappeler des provinces, et se diiigea vers la Ponille, où Ferdinand s'était déjà établi; il voulait provoquer celui-ci à un combat décisif, mais le jeune prince, dont les forces étaient bien inférieures à celles du duc, resta sur la défensive, attendant un renfort considérable promis par Venise. Celui-ci arrivé, les deux armées se trouvèrent égales, et aucun des deux adversaires ne voulut jouer la partie en un seul coup; la saison s'écoula an milieu d'opérations languissantes, qui n'eurent aueuu résultat important.

Pendant ce temps, Goosalve de Gordoue s'avançait lentement à travers la Calabre méridionale. Dans ce pays de montagnes abruptes, comme les ÂIpujarras, garni partout de places fortes, il put recourir aux manœuvres qu'il avait apprises dans la guerre de Grenade; il n'employait guère les soldats pesamment armés; il avait plus de conSaoce daos ses ginètes et plus encore dans son infanterie, mais évitait prudemment toute rencontre avec les redoutables bataillons suisses. Il suppléait à sa faiblesse numérique et au manque de force réelle par la rapidité de ses mouvements et par la tactique rusée des Mores; il fondait sur l'ennemi au moment oà on l'attendait le moins, le surprenait dans ses positions an milien de la nuit, l'attirait dans des embuscades et désolait les campagnes par ces terribles incursions dont il avait

été si souvent témoin dans les belles vegai de Grenade. H adopta la politique saiyie par Ferdinand le Catholique, dam la guerre contre les mosalmaDS ; doux pour celui qui se sonmeltait, il tirait une terrible veageance de ceux qui lui résistaient.

Les Français étaient déconcertés par ces opérations irvégolières. si différentes de celles auxquelles ils étaieit babilnés; la maladie de d'Anbigny et le mécontentement croissant des Calabrais, partisans de l'Espagne, surtout dans les parties da pays voisines de la Sicile, augmentèrent lenr découragement.

Gonsalve, profitant de ces heureuses circonstances, powsnivit ses succès et, emportant coup sur coup les forteresses, se trouva, k la fin de Vannée, maitre de toute la basse Calabre. Ses progrès auraient été plus rapides encore sans les graves difficultés que lui fit subir le manque de vivres. Il avait reçu quelques renforts de Sicile, mais très peu' d'Espagne; les Galiciens, qu'on lui avait promis et vantés, s'étaient réduits de quinze cents hommes à trois cents ii peine, qui arrivèrent dans l'état le plus misérable, sansvét»> ments et sans aucune espèce de munitions. 11 dut affaiblir encore davantage son armée, en jetant des garnisons dans les villes conquises, dont il dut laisser ta plupart sans ■ défense. En outre, il manquait d'ai^ent pour payer ses troupes et fut retenu près de deux mois à Nicaslro, jnsqn'fc ce que la somme nécessaire lai eût été envoyée d'Espagne, en février i496; il reprit alors 'les opérations avec nue telle viguenr qu'à la fin du printemps il avait réduit tonte la haute Calabre, k l'exception d'un petit coin du pays oà d'Aubigny se maintenait encore. Dans ce moment il fut rappelé du thé&tre de ses exploits an secours du roi de Naples,

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qui campait devant Atella, pbc« forte aa milieu des Apen- Dins, aar les coofina occideotaax de la Basilicate.

La campagne de Vbiver précédent s'était passée sans résultats décisifs, Uonlpensier et Ferdinand étant restés en présence sans en Tenir aux mains. Cette longue inaction avait été Talale aux Français : les paysans des environs avaient intercepté les vivres; les mercenaires suisses et allemands, n'étant pas payés, s'étaient mutinés et avaient déserté; les Napolitains, servant sous leurs drapeaux, étaient partis par bandes, fatigués des manières insolentes et hautaines de leurs alliés. Et, pendant ce temps, Chartes VIII consumait ses jours et sa santé dans des débauches; depuis qu'il avait repassé les Alpes, il paraissait avoir oublié enti^ement lltalie. II se montrai! également insensible aux supplications du petit nombre d'Italiens qui se trouvaient à. sa cour et ani représentations de ses nobles, dont plusieurs, quoique opposés à ta première expédition, en auraient volontiers entrepris une seconde, pour secourir leurs braves compagnons d'armes, que le jeune roi abandonnait maintenant avec insouciance à leur sort.

A la fin, Montpensier, n'espérant plus recevoir de renfort et manquant de provisions, résolut de se retirer des environs de Bénévent, oit campaient les deux armées, et de gagner la fertile province de la Pouille, dont les principales villes étaient encore occupées par ses compatriotes. Il leva secrètement le camp, à lafaveur de la nuit, et il avait l'avance d'un jour de marche sur l'ennemi, lorsque celui-ci commença de le poursuivre avec une telle vigueur qu'il rejoignit tes Français ï Atella et leur barra le passage. Cette petite ville située, comme nous l'avons déjà dit, sur les confias occidentaux de ta Basilicate, repose an fond d'une lai^e vallée, enfermée

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eotre de hautes moDtafpies en amphithéâtre et traversée par une petite rivière, affluent de l'Of^to, qol baïgae ta ville et sor laquelle se trouvaient plnùears moalins qui fourni»saient celle-ci de fariae. A quelques milles de distance s'élevait la forte place de Ripa Candida, où les Français tenaient garnison et dont leur général comptait se servir pour conserver des communications avec les régions fertiles de l'intérieur.

Ferdinand, désireux d'amener la guerre ï une un en faisant tonte l'année ennemie prisonnière, résolut de la bloquer étroitement; il lit occuper tontes les avenues de la ville de manière à couper les vivres aux assiégés. Mais il reconnut bientôt que ses troupes, quoique beaucoup plus nombreuses que celles de son adversaire, ne pourraient sans aide suffire à cette tâche; il appela donc auprès de lui Gonsalve de Cordone, dont la renommée se répandait en ce moment dans tout le royaume.

Le général espagnol campait k Castrovallari, au nord de la haute Calabre, lorsqu'il reçut cette invitation. Il se vit» s'il s'y rendait, en danger de perdre tons les fruits d'une longue suite de Tictoires, car son actif ennemi ne manquerait pas de profiter de son absence, pour réparer ses pertes ; mais, eu refusant d'y obéir, il laissait peut-être échapper la meilleure occasion qui se fût oSierte de finir la guerre d'na seul coup. Il se décida donc immédiatement à quitter le théâtre de ses triomphes et à marcher au secours de Ferdinand; mais il résolut d'ioQiger à son adversaire, avant son dépari, nue défaite qui le rendit incapable de rien eotaeprendre en son absence.

Gonsalve avait appris qn'un nombre considérable de seigneurs angevins, la plupart de la puissante famille de Saa

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