Histoire du règne de Guillaume III
Tandis que l'Angleterre était agitée, d'abord par la crainte d'une invasion, puis par la joie de sa délivrance due à la valeur de ses marins, des événements importants se passaient sur le continent. Le roi, arrivé le 6 mars à La Haye, avait immédiatement commencé ses dispositions pour la campagne prochaine l.
L'horizon était sombre. La coalition dont Guillaume était le promoteur et le chef avait été, depuis quelques mois, en danger imminent de se dissoudre. On ne saura jamais qu'imparfaitement par quels efforts énergiques, par quels expédients ingénieux, par quelles caresses, par quels moyens de corruption, il parvint à empêcher ses alliés de se jeter l'un après l'autre aux pieds de la France. C'est dans sa correspon-
1 London Gazette, li mars 1692.
dance avec Heinsius qu'un trouvera l'exposé le plus complet et le plus authentique des travaux et des sacrifices à l'aide desquels il put maintenir ensemble, pendant huit ans, tant de princes pusillanimes et perfides, jaloux les uns des autres et peu soucieux de l'intérêt commun. Dans cette correspondance Guillaume se révèle tout entier. Dans le cours de sa vie pleine d'événements, il eut à jouer quelques grands rôles auxquels la nature ne l'avait pas particulièrement destiné; aussi, dans ces rôles, son succès ne fut-il pas complet. Comme souverain d'Angleterre, il déploya des talents et des vertus qui lui donnent droit à une mention glorieuse dans l'histoire : mais il laissa beaucoup à désirer. Il fut jusqu'au bout un étranger parmi nous, froid, réservé, vivant dans une sorte de contrainte. Son royaume était un lieu d'exil; ses plus beaux palais étaient des prisons. Il ne cessait de compter les jours qui devaient s'écouler avant qu'il pût revoir son pays natal, les arbres taillés, les ailes des innombrables moulins, les nids des cigognes au faîte des hauts pignons, et les longues lignes de villas proprement peintes se mirant dans l'eau tranquille des canaux. Il ne prit pas la peine de cacher sa prédilection pour cette Hollande regrettée et pour les amis de sa jeunesse : aussi, quoiqu'il ait rendu de grands services à notre pays, ne régna-t-il jamais sur nos cœurs. Comme général, il fit preuve de beaucoup de courage et de capacité; mais, n'importe pour qu'elle cause, il fut, comme tacticien, inférieur à quelques-uns de ses contemporains, qui lui étaient eux-mêmes fort inférieurs sous tant d'autres rapports. La partie du gouvernementà laquelle il était éminemment propre était la diplomatie dans le sens le plus élevé du mot. Il est douteux qu'il ait jamais eu de supérieur dans l'art de conduire ces grandes négociations d'où dépend le bien-être de la république des nations. Ses talents politiques ne furent jamais mis à une plus rude épreuve et ne brillèrent jamais d'un plus vif éclat qu'à la lin de 1G91 et au commencement de 1692.
Les Puissances du Nord.
Un de ses principaux embarras avait pour cause l'attitude sombre et menaçante «les puissances du Nord. Le Danemark et la Suède avaient paru, à une certaine époque, disposés à