‹ Histoire du règne de Guillaume III (volume 2)Chapitre 113 sur 246 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Guillaume, qui était alors dans les Pays-Bas, mit fin, pour le moment, à toute négociation à ce sujet. Le roi s'exprima avec une sensibilité généreuse sur le compte de Talmash. « Le sort de ce malheureux officier, écrivait-il, m'a profondément affecté. Je ne crois pas, il est vrai, qu'il ait bien dirigé l'expédition, mais c'est son vif désir de se distinguer qui l'a poussé à tenter des impossibilités1. »

L'armement qui était revenu à Portsmouth remit bientôt à la voile pour la côte de France, mais ses exploits y furent sans gloire et pire encore. Les Anglais essayèrent de faire sauter la jetée de Dunkerque. Quelques villes, habitées par une population paisible de commerçants et de pêcheurs furent bombardées. A Dieppe, il resta à peine une maison debout; un tiers du Havre fut réduit en cendres, et des bombes lancées dans Calais y détruisirent trente maisons particulières. Les Français et les Jacobites protestèrent bruyamment contre la lâcheté et la barbarie d'une guerre ainsi faite à une population inoffensive. Le gouvernement anglais se justifia en rappelant au monde les souffrances du Palatinat, ravagé trois fois. En ce qui concerne Louis et ses flatteurs, la justification était complète. Maison peut douter qu'il fût conforme à l'humanité et à une saine politique de venger les crimes qu'un monarque absolu et une soldatesque féroce avaient commis dans le Palatinat sur des boutiquiers et des ouvriers, sur des femmes et des enfants, qui ne savaient point que le Palatinat existât.

Sur ces entrefaites, la flotte de Russell rendait à la cause commune des services efficaces. Les vents contraires avaient retardé si longtemps son passage dans le détroit, qu'il n'atteignit Carthagène que vers le milieu de juillet. A ce moment les progrès des armes françaises avaient répandu la terreur jusqu'à l'Escurial; Noailles avait, sur les bords du Tar, mis en déroute une armée commandée par le vice-roi de Catalogne, et le jour même où il avait remporté cette victoire l'escadre de Brest avait effectué sa jonction, dans la baie de Rosas, avec celle de Toulon. Palamos, attaqué à la fois par terre et par mer, fut pris d'assaut. Girone capitula après un

' Shrewsbury à Guillaume, 15 (25) juin 1694; Guillaume à Shrewsbury, l«T juillet; Shrewsbury à Guillaume, 22 juin (2 juillet).

m. 'il

semblant de résistance. Ostalric se rendit à la première sommation. Barcelone aurait, selon toute probabilité, succombé, si les amiraux français n'avaient été informés de l'approche du vainqueur de La Hogue. Ils quittèrent aussitôt la côte de Catalogne et ne se crurent en sûreté que quand ils se furent réfugiés sous les batteries de Toulon.

Le gouvernement espagnol exprima sa vive gratitude pour cette assistance qui lui venait si' à propos, et présenta à l'amiral anglais un joyau que l'imagination populaire estima à près de vingt mille livres sterling. Il n'était pas difficile de trouver un pareil bijou parmi les trésors remplis de pierres précieuses que Charles-Quint et Philippe II avaient laissés à une race dégénérée. Mais dans tout ce qui constitue la vraie richesse des Etats, l'Espagne était bien pauvre. Son trésor était vide, ses arsenaux dépourvus de tout. Ses vaisseaux étaient tellement pourris qu'ils semblaient devoir voler en éclats sous la décharge de leurs propres canons. On voyait les soldats déguenillés et mourants de faim se mêler à la foule des mendiants qui assiégeaient les portes des couvents, et s'y battre pour avoir une assiette de soupe et une croûte de pain. Russell eut à subir ces épreuves auxquelles n'a échappé aucun des commandants anglais qui ont eu le malheur d'avoir à agir de concert avec les Espagnols. Le vice-roi de Catalogne promettait beaucoup, ne faisait rien et attendait tout. Il déclara que trois cent cinquante mille rations étaient prêtes à être distribuées à la Hotte, à Carthagène. Mais il se trouva qu'il n'y avait pas dans les magasins et le port de provisions suflisantes pour nourrir une seule frégate, même pendant une semaine. Malgré cela, Son Excellence se crut fondée à se plaindre, parce que l'Angleterre n'avait pas envoyé une armée aussi bien qu'une Hotte, et parce que l'amiral hérétique ne voulait pas exposer sa Hotte à une entière destruction en attaquant l'escadre française sous les batteries de Toulon. Russell supplia les autorités espagnoles de s'occuper de l'approvisionnement de leurs arsenaux, et d'essayer d'avoir, au printemps suivant, une petite escadre capable au moins de prendre la mer, mais il ne put les décider à mettre un seul bâtiment sur le chantier. Ce n'est qu'avec peine qu'il obtint, et encore à de dures conditions, lapermission d'envoyer à terre un petit nombre de ses malades dans

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