‹ Histoire du règne de Guillaume III (volume 2)Chapitre 114 sur 246 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

les hôpitaux de la marine. Toutefois, en dépit de tout l'ennui que lui causèrent la faiblesse et l'ingratitude d'un gouvernement qui, en général, a toujours donné plus d'embarras à ses alliés qu'à ses ennemis, Russell se tira heureusement d'affaire. Une justice à lui rendre , c'est qu'à partir du moment où il devint Premier lord de l'Amirauté, on remarqua un progrès sensible dans l'administration navale. Bien qu'attaché, pendant de longs mois, avec sa flotte, à un rivage inhospitalier et à une grande distance de l'Angleterre, il n'y eut pas une seule plainte au sujet de la quantité et de la qualité des vivres. Les équipages avaient une nourriture et une boisson supérieures à ce qu'ils avaient eu auparavant. Les choses que l'Espagne ne fournissait pas, on les envoya d'Angleterre sans que le prix en fût plus élevé que du temps de Torrington, où l'on empoisonnait les matelots avec du biscuit moisi et de la bière nauséabonde.

Comme presque toutes les forces maritimes de la France étaient dans la Méditerranée, et comme il semblait probable qu'un coup serait tenté l'année suivante sur Barcelone, Russell reçut l'ordre d'hiverner à Cadix. En octobre, il fit voile pour ce port, et là il s'occupa à réparer ses vaisseaux avec une activité que ne pouvaient comprendre les fonctionnaires espagnols qui laissaient froidement pourrir sous leurs yeux les restes misérables d'une flotte autrefois la plus belle du monde »,

Guerre sur le continent.

Cette année-là , la guerre sembla languir sur la frontière de l'Est de la France. Dans le Piémont et sur le Rhin, les événements les plus importants de la campagne se réduisirent à de petites escarmouches et à des courses de pillards. Louis resta à Versailles et envoya le Dauphin, son fils, le représenter dans les Pays-Bas; mais le Dauphin fut placé sous la tutelle de Luxembourg, et se montra le plus soumis des pupilles. Les armées ennemies passèrent plusieurs mois à s'observer mutuellement. Les alliés firent une pointe hardie dans le but de porter la guerre sur le territoire français , mais

' C'est surtout à Burchetl que j'ai emprunté ce récit de l'expédition de Russell dans la Méditerranée.

Luxembourg, par une marche forcée qui excita l'admiration des personnes versées dans l'art militaire, déjoua leur projet. De son côté, Guillaume réussit à prendre Huy, qui était alors une forteresse de troisième ordre. Il ne fut pas livré de bataille, aucun siège important n'eut lieu, mais les alliés n'en furent pas moins satisfaits de leur campagne. Chacune des quatre années précédentes avait été signalée par quelque grand désastre. En 1690, Waldeck avait été battu à Fleurus; en 1691, Mons avait succombé; en 1692, Namur avait été pris sous les yeux de l'armée alliée, et le malheur avait été promptement suivi de la défaite de Steinkerque; en 1693, on avait perdu la bataille de Landen, et Charleroy avait fait sa soumission au vainqueur; enfin, en 1694, la fortune avait commencé à tourner. Les armes françaises n'avaient fait aucun progrès. Ce que les alliés avaient gagné n'était pas considérable, il est vrai, mais le plus petit avantage était salué avec joie par des gens qu'une longue suite de revers avait découragés.

En Angleterre, l'opinion générale était que, malgré la défaite de la baie de Camaret, la guerre marchait en somme d'une manière satisfaisante sur terre comme sur mer. Mais dans le cours de l'automne , quelques parties de l'administration intérieure excitèrent un vif mécontentement.

Plaintes contre l'adminislration de Trenchard.

Depuis que Trenchard avait été nommé secrétaire d'Etat, les agitateurs jacobites avaient trouvé leur situation beaucoup plus désagréable qu'auparavant. Sidney s'était montré trop indulgent et trop ami du plaisir pour les inquiéter beaucoup. Nottingham était un ministre honnête et actif, mais il était aussi attaché au Torysmc que pouvait l'être un fidèle sujet de Guillaume et de Marie. Il aimait et estimait un grand nombre de Non- J tueurs , et bien qu'il sût prendre sur lui d'être sévère, quand la sévérité seule pouvait sauver l'Etal, il ne mettait pas de zèle exagéré à signaler les transgressions de ses anciens amis , et il n'encourageait pas les espions à venir à Whitehall raconter les conspirations qu'ils avaient découvertes. Mais Trenchard était à la fois un actif serviteur de l'Etat et un Wbig ardent. Lors même que personnellemei t il eût été enclin à la douceur, il eût été poussé à la Bévérité

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