‹ Histoire du règne de Guillaume III (volume 2)Chapitre 15 sur 246 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

d'Anson et de Hawke, de Howe et de Rodney, de Duncan', de Saint-Vincent et de Nelson, le nom du plus hardi et du plus habile corsaire aurait peu de chance de passer à la postérité. Mais la France, qui, parmi tant de titres de gloire, en doit très-peu à la guerre maritime, compte encore Jean Bart au rang de ses grands hommes '. Dans l'automne de 1692, cet entreprenant marin était la terreur de tous les négociants anglais et hollandais qui trafiquaient avec la Baltique. Il prenait et détruisait des vaisseaux jusque sur la côte orientale de notre île. Il osa même faire une descente dans le Northumberland et brûla un grand nombre de maisons avant qu'on eût pu réunir les milices pour le repousser. Les prises qu'il emmena dans son port natal furent estimées à environ cent mille livres sterling 2. Vers le même temps, on confiait à un autre aventurier, Duguay Trouin, destiné à égaler ou à surpasser Jean Bart, le commandement d'un petit bâtiment armé. Cet intrépide adolescent, — car il n'avait pas encore vingt ans, — pénétra dans l'estuaire du Shannon, saccagea un château du comté de Clare et ne se rembarqua qu'a l'approche d'un détachement de la garnison de Limerick3.

Tremblement de terre à Port-Royal.

Tandis que notre commerce était ainsi interrompu et nos côtes menacées, des calamités qu'aucune prudence humaine ne pouvait éviter augmentèrent la mauvaise humeur du public. Un tremblement de terre d'une violence extrême ravagea en moins de trois minutes la florissante colonie de la Jamaïque. Des plantations entières changèrent de place. Des villages entiers furent engloutis. Port-Royal, la plus belle et la plus riche cité que les Anglais eussent encore construite dans le Nouveau -Monde, renommée pour ses quais, ses magasins, ses nobles rues, qui rivalisaient, dit-on, avec Cheapside, fut transformée en un monceau de ruines. Quinze cents de ses habitants furent ensevelis sous leurs propres maisons. L'effet de ce désastre fut vivement ressenti par beaucoup de grandes maisons de Londres et de Bristol 4.

' M. Macaulay réduit peut-être ici un peu trop le nombre de nos Ihtos maritimes {N. T.).

' Voir les Lettres de noblesse de Jean-Bart et la Gazelle de Paris pendant l'automne de 1092.

1 Mémoires de Duguay-Trouin.

4 London Gazelle, H août 1692; Evelyn, Diary, 10 août; Honthly

Détresse en Angleterre.

Un fléau plus calamiteux encore fut l'insuffisance de la récolte. L'été avait été humide dans toute l'Europe occidentale. Les grandes pluies qui avaient entravé les travaux des pionniers français dans les tranchées de Namur, avaient été fatales aux moissons. Les vieillards ne se rappelaient pas avoir vu une pareille année depuis 1648. Aucun fruit ne mûrit. Le prix du blé doubla. Le mal fut aggravé par l'état de la monnaie d'argent, qui avait été tellement rognée que les mots livre sterling et shilling cessèrent d'avoir un sens fixe. Si on la comparait avec la France, l'Angleterre, il est vrai, pouvait être considérée comme prospère. Ici, les charges publiques étaient lourdes; là, elles étaient écrasantes. Ici, le laboureur était forcé de ménager son grossier pain d'orge; mais là, il n'était pas rare de trouver le malheureux paysan étendu mort sur la terre, avec de l'herbe à moitié mâchée dans sa bouche. Nos ancêtres trouvaient quelque consulation à penser qu'ils usaient peu à peu la force de leur formidable ennemi, et qu'il était probable que ses ressources seraient épuisées avant les leurs. Cependant il y avait beaucoup de souffrances et beaucoup de plaintes. Dans quelques comtés, la populace attaqua les greniers. La nécessité de faire des économies se fit sentir dans toutes les familles. Un homme de plaisir, bel esprit, qui ne se doutait guère que ses bouffonneries seraient jamais citées comme illustration de l'histoire de son temps, se plaignait de ce que, cette année-là, le vin avait disparu de beaucoup de tables hospitalières où il avait été accoutumé à le voir, et remplacé par du punch '.

Accroissement des crimes.

Un symptôme de la misère publique, beaucoup plus alarmant que la substitution de l'eau-de-vie et des citrons au \in de Bordeaux, fut la progression du crime. Pendant l'automne de 1G92 et l'hiver suivant, la capitale fut tenue en état

Mercury de septembre; A full Account ofthe laie dreadful Eartquakc at l'orl Royal ni Jamaica, licensed 9 septembre 1698.

' Evelyn, Diary, 55 juin, 1" octobre IG92; Narcissus Luttrell, Diary, juin I6M, mai 1693; Monlhly Mercury, avril, mai el juin l093;Toni Brown, Description "/ a counlry tife, 1692.

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