‹ Histoire du règne de Guillaume III (volume 2)Chapitre 14 sur 246 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

hommes de troupes aient été embarqués et envoyés en mer avant qu'on eût examiné ce qu'ils devaient faire ou s'ils pourraient faire quelque chose. L'armement revint donc à Saint- Helens, au grand étonnement et au grand mécontentement de toute la nation1. Les ministresblâmèrent les commandants: les commandants rejetèrent la faute sur les ministres. Nottingham et Russell échangèrent des récriminations vives et bruyantes. Nottingham, probe, laborieux, versé dans les affaires civiles et éloquentdans les débats parlementaires, manquait des qualités indispensables à un ministre de la guerre sans se douter nullement de ce qui lui manquait sous ce rapport. Entre lui et tout le corps des marins de profession, il existait une vieille querelle. Nottingham avait été, quelque temps avant la Révolution, un des lords de l'amirauté, et il croyait avoir acquis une profonde connaissance des affaires maritimes : mais il était à peu près seul de cette opinion. Des hommes qui avaient passé la moitié de leur vie sur les flots, qui avaient vu des batailles, des tempêtes et des naufrages, ne supportaient qu'avec impatience ses leçons et ses réprimandes un peu pompeuses, et déclaraient qu'il n'était qu'un pédant, qui, avec tout son savoir emprunté aux livres, ignorait ce que savait le moindre mousse. Russell avait toujours été d'humeur chagrine, arrogant et insubordonné : la prospérité et la gloire n'avaient fait que développer ces défauts. Il prenait avec le gouvernement qu'il avait sauvé toutes les libertés d'un serviteur insolent qui se croit nécessaire, traitait avec une légèreté méprisante les ordres de ses supérieurs, ressentait comme des outrages les observations les plus mesurées, et, ne présentant lui-même aucun plan, se montrait bien résolu à n'exécuter aucun plan conçu par d'autres. Il éprouvait pour Nottingham une forte et bien naturelle antipathie. Ils formaient, à vrai dire, un couple mal assorti. Nottingham était un Tory; Russel, un Whig. Nottingham était un théoricien en marine, plein de confiance dans ses idées; Russell était un marin pratique, fier de ses exploits. La force de Nottingham était dans la parole ; celle de Russell dans l'action. Les manières de Nottingham étaient d'une convenance poussée quelquefois jusqu'à l'affectation ; celles de Russell,

' Jhnthly Mercury, auût et septembre l(j'J2.

brusques et grossières. Enfin Nottingham était un honnête homme, et Russell ne l'était pas. Ils devinrent ennemis mortels. L'amiral se moquait de l'ignorance du secrétaire dans les affaires maritimes : le secrétaire accusait l'amiral de sacrifier les intérêts publics aux caprices de son humeur; et tous deux avaient raison l.

Tandis qu'ils se querellaient, il n'y avait qu'un cri, chez les négociants et armateurs de tous les ports du royaume, contre l'administration de la marine. La victoire dont la nation était si lière, était considérée, dans la Cité, comme un véritable désastre. Pendant les quelques mois qui avaient précédé la bataille, toutes les forces navales de l'ennemi avaient été réunies en deux grandes masses, l'une dans la Méditerranée, l'autre dans l'Atlantique. Aussi y avait-il eu peu de course, et la traversée de la Nouvelle-Angleterre ou de la Jamaïque avait été presque aussi sûre qu'en temps de paix. Depuis la bataille, les restes de la force naguère assemblée sous les ordres de Tourville, étaient dispersés sur l'Océan. La traversée môme d'Angleterre en Irlande n'était pas sûre. Il ne se passait pas de semaine qu'on n'annonçât que vingt, trente, cinquante bâtiments, appartenant aux ports de Londres ou de Bristol, avaient été capturés parles Français. Plus de cent prises entrèrent, pendant cet automne seulement, à Saint-Malo. Il aurait beaucoup mieux valu, dans l'opinion des armateurs et des assureurs, que le Soleil Royal eût été encore à Ilot avec son équipage de mille combattants, que de le voir réduit en un monceau de cendres sur la grève de Cherbourg, tandis que son épuipage, réparti entre une vingtaine de brigantins, rôdait en quéle de butin sur la mer qui s'étend entre le cap Finistère et le cap Clear 2.

Les corsaires de Dunkerque étaient depuis longtemps célèbres : Jean Bail, entre autres, d'humble naissance et sachant à peine signer son nom, mais éminemment brave et actif, s'était fait une réputation incontestée. Dans la patrie

' Evelyn, Diat -y, Tj juillet 1692; Burnet, 11,94, 95, el note de lord Darthmouth. Cest dans les journaux du Parlement et dans les débats de la session de 1695-3 que l'on apprendra mieux L'histoire de la querelle de Kussell et de Nottinghara.

' Co\ 19 novembre itio-2 ; Burnet, II, 95, Grey, Debales,

SI Qovemb vxelie de Paris d'août et de septembre; Narcissus

Lultrell, Diary, septembre,

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