CHAPITRE I
vinrent des places d'armes '. Au boni de quelques semaines, les routes étaient aussi sûres qu'à l'ordinaire. Les exécutions furent nombreuses; car, jusqu'à ce que le mal eût été complètement arrêté, le roi refusa d'accueillir aucune demande en grâce2. Au nombre de ceux qui subirent la peine de leurs crimes était Jacques Whilney, le plus célèbre chef de brigands de tout le royaume. Après avoir été, pendant quelques mois, la terreur de tous ceux qui voyageaient au nord ou à l'ouest de Londres, il finit par être capturé, non sans peine, à la suite d'un engagement fort vif, dans lequel il y eut un soldat de tué et plusieurs de blessés 3. La Gazette de Londres, en annonçant que le fameux voleur de grands chemins avait été arrêté, invita toutes les personnes qui avaient été volées par lui à se présenter à Newgate, pour voir si elles pourraient reconnaître son identité. Ce devait être une chose assez facile ; car il avait une cicatrice au visage, et il avait perdu un pouce 4. Mais, dans l'espoir d'embarrasser les témoins à charge, Whitney dépensa cent livres sterling afin de se procurer, pour le jour où il devait passer en jugement, un riche habillement couvert de broderies. Ses gardiens eurent le mauvais goût de ne pas se prêter à cette ingénieuse combinaison : forcé de comparaître devant ses juges dans son costume ordinaire, il fut déclaré coupable, et condamné à mort 5. Il avait auparavant essayé de se racheter en offrant de lever une belle compagnie de cavalerie, entièrement composée de voleurs de grands chemins, pour servir en Flandre; mais cette offre avait été repoussée °. Il lui restait une dernière ressource. Il déclara qu'il avait connaissance d'un complot de trahison. Quelques lords jacobites lui avaient, disait-il, promis d'immenses récompenses s'il voulait assassiner le roi pendant une chasse au cerf dans la forêt de Windsor. Cette déclaration n'avait, en elle-même, rien d'invraisemblable. Un
' Hop au greffier des Etats Généraux, 23 décembre (2 janvier) 1692-3 ; Historical Records of the qiieen's bays, publié avec autorisation ; Naroissus Luttrell, Biary, 15 novembre.
' Narcissus Luttrell, Diary, 22 décembre.
* Narcissus Luttrell, Diory, décembre 1692; Hop, 3 (13) janvier. Hop appelle Withney « den befoamsten roveer in Engelandt. »
* London Gazette, 2 janvier 1692-3.
* Narcissus Luttrell, Diary, 1er janvier 1092-3. ' Narcissus Luttrell, Diary, décembre 1692.
projet qui ressemblait beaucoup à celui qu'il attribuait aux mécontents fut même, trois ans plus tard, réellement conçu par quelques-uns d'eux, et il s'en fallut de fort peu qu'il ne fût mis à exécution. Mais il valait beaucoup mieux que quelques méchants demeurassent impunis, que de laisser planer sur tous les honnêtes gens la crainte d'être faussement accusés par des criminels condamnés à la potence. Le Chef- Justice Holt conseilla au roi de laisser la loi suivre son cours. Guillaume, toujours peu disposé à ajouter foi aux histoires de conspirations, donna son consentement. Le Capitaine, comme on l'appelait, fut pendu à Smithfield, et mourut d'une manière très-édiliante '.
Le Parlement se réunit.
Cependant, au milieu du mécontentement, de la misère et du désordre, s'était ouverte une session singulièrement féconde en événements, une session qui marque une nouvelle ère dans l'histoire financière de l'Angleterre, une session dans laquelle furent pour la première fois débattues quelques graves questions constitutionnelles, qui ne sont pas encore entièrement réglées.
Etat des partis.
Il est vivement à regretter que tout compte rendu de cette session qu'on peut essayer de rédiger à l'aide des matériaux rares et dispersés qui sont venus jusqu'à nous, doive nécessairement laisser beaucoup de points dans l'obscurité. Les rapports des factions parlementaires furent, pendant cette année, dans un état extrêmement compliqué. Chacune des deux Chambres était divisée et subdivisée par plusieurs lignes de démarcation. Pour ne pas parler des nuances subalternes, il y avait la grande ligne qui séparait le parti whig du parti tory; il y avait aussi la grande ligne qui séparait les fonctionnaires, leurs amis et dépendants, qu'on appelait quelquefois le parti delà cour, de ceux que tantôt on surnommait les grogneun, et que tantôt on honorait du titre de parti du
' Narcissus Lutlrell, Diary, janvier et février ; Hop, 31 janvier (10 février) et 3 (13) février 1003; Lcltcr to scerctanj Ireruhard, 1094; A>«7 Court contrivances or more Sham l'iots Still, 1093.