‹ Histoire du règne de Guillaume III (volume 2)Chapitre 18 sur 246 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

pays. Ces deux grandes lignes s'entre-coupaient : la moitié environ des fonctionnaires et de leurs adhérents étaient Whigs, et l'autre moitié Tories. Il ne faut pas oublier non plus qu'indépendamment de la querelle entre Whigset Tories, indépendamment aussi de la querelle entre ceux qui étaient en place et ceux qui étaient hors de place, il existait une querelle entre les Lords, comme Lords, et les Communes, comme Communes. L'antagonisme delà Chambre héréditaire et delà Chambre élective avait été surexcité dans la session précédente par la dispute au sujet de la Cour du Lord Grand- Sénéchal; et elles se retrouvèrent en présence dans des dispositions assez hostiles.

Discours du roi.

Le discours que prononça le roi à l'ouverture de la session était habilement rédigé dans le but de se concilier les Chambres. Il venait, leur dit-il, demander leur avis et leur assistance. Il les félicita de la victoire de la Hogue. Il était fâché de reconnaître que les opérations des alliés avaient été moins heureuses sur terre que sur mer; mais il déclara avec chaleur que, sur terre comme sur mer, la valeur des soldats anglais avait été éminemment remarquable. La détresse de ses sujets, ajouta-t-il, était la sienne : ses intérêts étaient inséparables des leurs; il lui était pénible de leur demander des sacrifices; mais aucun bon Anglais et aucun bon Protestant ne reculerait devant des sacrifices nécessaires au salut du peuple anglais et de la religion protestante *.

Question de privilège soulevée par les Lords.

Les Communes remercièrent le roi de son gracieux discours dans des termes bien sentis2. Mais les Lords étaient de mauvaise humeur. Deux d'entre eux, Marlborough et Huntingdon, avaient été envoyés à la Tour, à l'époque où l'on s'attendait chaque jour à une invasion et à une insurrection, et ils étaient encore sous le coup d'une obligation de bonne conduite. Qu'un gentilhomme campagnard eût été, dans une pareille crise, arrêté, même sur des motifs moins

' Lords' Journals et Gommons' Journals, 4 novembre, janvier 1692. ' Commons' Journuls, 10 novembre 1602.

sérieux, et forcé de fournir caution, les Lords ne seraient certainement pas intervenus. Mais tout ce qui pouvait avoir l'air d'une insulte faite à leur ordre excitait facilement leur courroux. Non-seulement ils firent subir un contre-interrogatoire très-sévère à Aaron Smith, l'agent du Trésor, dont le caractère, à vrai dire, méritait peu d'indulgence; mais ils adoptèrent, à une majorité de trente-cinq voix contre vingthuit, une résolution impliquant un blâme contre les juges du Banc du roi, hommes qui n'étaient assurément pas inférieurs en probité, et qui étaient infiniment supérieurs en savoir légal, à aucun pair du royaume. Le roi jugea prudent d'apaiser l'orgueil blessé de la noblesse, en ordonnant que les obligations fussent annulées; et la Chambre se montra satisfaite de cette concession, au grand regret des Jacobites, qui avaient espéré que la querelle aboutirait à quelque éclat, et qui, se voyant désappointés, exhalèrent leur bile en sarcasmes sur la servilité des barons dégénérés d'Angleterre ».

Débats sur l'état de la nation.

Les deux Chambres eurent de longues et sérieuses délibérations sur l'état de la nation. Le roi, en demandant leur avis, n'avait peut-être pas prévu que ses paroles seraient interprétées comme une invitation à porter leur examen sur toutes les branches de l'administration et à offrir des suggestions sur des matières que les parlements ont en général cru devoir laisser entièrement à la couronne. Quelques-uns des pairs mécontents proposèrent qu'une commission, choisie en partie par les Lords, en partie par les Communes, fût autorisée à procéder à une enquête sur l'ensemble de l'administration des affaires publiques. Mais on craignit généralement qu'une pareille Commission ne devînt un second Conseil-Privé, plus puissant que le premier, indépendant de la couronne, et inconnu à la Constitution. La motion fut donc repoussée par quarante-huit voix contre trente-six. Dans cette occasion les ministres votèrent, presque sans exception, avec la majorité. Une protestation lut signée par

1 Voir Lords' Journal* du 7 au 1S novembre IG'JS; Burnet, If, 102.

Timlil a tiré son m it d s transactions do lettres adressées par Wasse,

sous-secrétaire d'Etat, à Coït, envoyéen Hanovre. Letter to Mr seirttary Trenchard, 1694.

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