CHAPITRE IV
et que toutes les églises de Londres seraient désertées. Il assista donc au service divin dans sa chapelle de Wliilehall, et entendit un sermon de Burnet sur la paix, discours un peu trop élogieux '. ASaiut-Paul, les magistrats de la Cité parurent en grande pompe. Compton monta pour la première fois dans une chaire ornée de sculptures dues au ciseau de Gibbon, et de là exhorta une nombreuse et brillante assemblée. Son discours n'a pas été conservé, mais on peut sans peine en deviner le sens, car il prêcha sur le beau Psaume : « Je me suis réjoui quand on m'a dit : Nous irons dans la maison du Seigneur. » Sans doute il rappela à ses auditeurs qu'indépendamment de la dette qui leur était commune avec tous les Anglais, ils avaient, comme habitants de Londres, une dette particulière de reconnaissance à acquitter envers la Providence qui leur avait permis d'effacer les dernières traces des ravages du grand incendie, et de se réunir de nouveau pour prier et louer Dieu, après tant d'années, dans ce lieu consacré par les dévotions de trente générations. Dans tout Londres, comme dans toutes les parties du royaume, même dans les paroisses les plus reculées du Cumberland et du Cornouailles, les églises furent remplies dans la matinée du 2 décembre, et la soirée fut une soirée d'allégresse 2.
La nation avait sujet, en effet, de se réjouir et de remercier Dieu. L'Angleterre avait traversé de rudes épreuves, mais elle en était sortie retrempée, pleine de santé et de vigueur. Dix ans auparavant, sa liberté et son indépendance semblaient perdues. La liberté, elle l'avait reconquise par une révolution aussi juste que nécessaire. Son indépendauce, elle l'avait ressaisie par une guerre non moins juste et non moins nécessaire. Elle avait défendu avec succès l'ordre de choses établi par le Bill des Droits contre la puissante monarchie française, contre la population indigène de l'Irlande, contre l'hostilité avouée des Non-Jureurs," contre l'hostilité non moins dangereuse de traîtres disposés à prêter toute espèce de serments et à les violer tous. Ses enne-
' Journal d'Evelyn, ? décembre 1097. Le sermon cxisîe encore, et je dois dire que la critique d'Evelyn est fondée.
' Gazette île Londres, ô décembre IG97; Le Postillon, 4 décembre; Van Cleverskirke, 2 (I?) décembre; L'Hermiliige, 19 (39) novembre.
Ml. Ai
mis déclarés avaient été victorieux sur nombre de champs de bataille. Ses ennemis secrets avaient commandé ses flottes et ses armées, avaient eu la direction de ses arsenaux, avaient officié à ses autels, avaient enseigné dans ses universités, avaient encombré les emplois publics, avaient siégé au Parlement, avaient prodigué les saluts et les flatteries dans les appartements du roi. Plus d'une fois il avait semblé impossible d'éviter une Restauration qui aurait été infailliblement suivie, d'abord, de proscriptions et de confiscations, de la violation des lois fondamentales, de la persécution de la religion Etablie, puis d'un troisième soulèvement de la nation contre la maison qu'une double chute et qu'un double bannissement n'avaient fait qu'obstiner dans le mal. Aux dangers de la guerre et à ceux de la trahison étaient venus récemment s'ajouter les dangers d'une crise financière et commerciale terrible. Mais tous ces dangers étaient passés. La paix était faite au dehors comme au dedans. Le royaume, après de longues années d'un vasselage ignominieux, avait repris son ancienne place au premier rang des puissances européennes. Des signes nombreux justifiaient l'espérance que la Révolution de 1G88 serait notre dernière révolution. Notre antique constitution s'adaptait d'elle-même, par un développement naturel, graduel et pacifique, aux besoins d'une société moderne. Déjà la liberté de conscience et la liberté de discussion existaient à un degré inconnu dans les siècles précédents. La circulation monétaire était rétablie, le crédit public raffermi. Le commerce s'était ranimé. L'Echiquier débordait. Partout on se sentait comme soulage, depuis la Roursc Royale jusqu'aux hameaux les plus isolés, parmi les montagnes du pays de Galles et les marais du Lincolnshire. Les laboureurs, les bergers, les mineurs des houillères du Northumberlaïul, les artisans qui arrosaient de leurs sueurs les métiers de Norwich et les enclumes de Birmingham, ressentaient ce changement sans s'en rendre compte, et le mouvement joyeux qui animait tous nos ports et tous nos marchés indiquait d'une manière visible le commencement d'un siècle plus heureux.