CHAPITRE IV
no suffit pas pour l'expression d'une joie si universelle. Le quatre novembre, jour anniversaire de la naissance du roi, et le cinq, jour anniversaire de son débarquement à Torbay, les carillons, les salves d'artillerie, les illuminations recommencèrent à Londreset dans tout le royaume '. Le jour où il revint dans sa capitale, l'ouvrage chôma et toutes les boutiques restèrent fermées dans les deux mille rues de cette immense capitale. Ce jour-là les principales rues, sur une étendue de plusieurs milles, avaient été couvertes de gravier. Toutes les compagnies avaient fait emplette de nouvelles bannières, tous les magistrats de robes neuves. Douze mille livres furent consacrées à préparer des feux d'artifice. Une foule immense était venue de tous les comtés voisins pour jouir du spectacle. Jamais la Cité n'avait fait éclater un enthousiasme monarchique plus sincère, des dispositions plus joyeuses. Les mauvais jours étaient passés. La guinée était tombée à vingt-un shellings et six pence. La bank note s'était élevée au pair. Les nouvelles couronnes et demi-couronnes larges, lourdes, brillantes, sonnaient sur tous les comptoirs. Après quelques jours d'attente fiévreuse, on apprit, le quatorze novembre, que Sa Majesté était débarquéeà Margale. Le quinze, au soir, il arriva à Greenwich et passa la nuit dans ce magnifique bâtiment qui, sous ses auspices, se convertissait de palais en hôpital. Le lendemain matin, par une matinée brillante et douce, quatre-vingts carrosses, remplis de nobles, de prélats, de membres du Conseil-Privé, déjuges vinrent grossir son cortège. A Soulhwark, il fut reçu par le Lord-Maire et les Aldermen en pompeux appareil. La milice de Surrey faisait la haie le long de la route qui conduit du bourg au pont, et trois régiments de la milice de la Cité bordaient celle qui va du pont à Walbrook. Sur tout le parcours de Clieapside, à droite et à gauche, les notables du corps municipal étaient rangés soirs les bannières des différentes professions auxquelles ils appartenaient. A l'est de Saint-Paul se tenaient les élèves de l'Ecole d'Edouard Six, portant, comme ils le portent encore, le costume du seizième siècle. Autour de la cathédrale, au bas de Ludgate
1 Gazelles de Londres; Le Courrier, 18 novembre IG97; L'Hcrmitnge, 6 (15>) novembre.
Hill et le long de Fleet-Street stationnaient trois autres régiments de la Cité de Londres. Du Temple Bar à la porte de Whitehall, les corps de milice de Middlesex et des gardes à pied étaient sous les armes. Toutes les fenêtres, sur le chemin que devait parcourir le cortège, étaient décorées de tentures, de rubans et de drapeaux. Mais ce qu'il y avait de plus beau dans ce spectacle, c'était la foule innombrable des spectateurs, tous dans leurs habits des dimanches, tels que les hautes classes seulement des autres pays avaient le moyen d'en porter. « Je n'ai jamais vu, écrivait le soir même Guillaume à Hcinsius, une telle multitude de gens si bien habillés. » Le roi ne fut pas moins frappé des démonstrations de joie et d'affection qui le saluèrent depuis le commencement jusqu'à la lin de sa marche triomphale. Depuis le moment où il monta dans son carrosse, à Greenwieh, jusqu'au moment où il en descendit dans la cour de Whitehall, ce ne fut dans tout le trajet qu'un long hourrah. A peine était-il arrivé dans son palais que toutes les grandes corporations de son royaume lui présentèrent des adresses de félicitations. On remarqua que de ces corporations la plus ardente dans l'expression de ses vœux fut l'Université d'Oxford. L'éloquent morceau dans lequel ce corps savant exalta la sagesse, le courage et la vertu de Sa Majesté, remplit les Non-Jureurs d'amertume et de ressentiment, et les W'higs d'enthousiasme '.
Jour d'Aclions de grâces.
Toutefois les réjouissances n'étaient pas encore finies. Quelques heures après l'entrée solennelle du roi dans sa capitale, le conseil se réunit et lixa au 2 décembre les actions de grâces à rendre à Dieu pour le remercier de la paix. Le Chapitre de Saint-Paul décida que ce jour-là cette superbe cathédrale, qui s'é4ait élevée si lentement sur une suite de temples païens et chrétiens, serait ouverte au culte public. Guillaume annonça son intention de s'y rendre. .Mais oa lui représenta que s'il persistait dans cette résolution, trois cent mille personnes s'assembleraient pour le voir passer
1 Gazette de Londres, 18, M novembre 1697 ; Van Clewerskirke, lu 19 (".'•» novembre; L'Hermitage, i" (?6) novembre; /.' Courrier et le l'oslillon, is novembre; Guillaume à lli-iusius, lli (Î6 novembre.