‹ Histoire du règne de Guillaume III (volume 2)Chapitre 57 sur 246 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

rant l'usurpation que les Chambres lui présenteraient pour être confirmées, qu'il renoncerait à la taxe sur les cheminées, qu'il protégerait et maintiendrait l'Eglise Etablie dans la libre jouissance de ses biens et de ses privilèges, qu'il ne violerait plus l'acte du Test, qu'il laisserait à la législature à définir l'étendue du Droit royal et qu'il maintiendrait en Irlande l'acte décolonisation (act of seulement.)

Jacques lutta longtemps et énergiquement. Il invoqua sa conscience. Un fils de la sainte Eglise catholique, apostolique et romaine, pouvait-il s'engager à protéger et à défendre l'hérésie, et à appliquer une loi qui excluait des emplois les vrais croyants? Quelques-uns des ecclésiastiques qui pullulaient dans son palais lui disaient qu'il ne pouvait sans péché faire les promesses qu'exigeaient de lui des sujets rebelles. Sur ce point, l'opinion de Middleton, qui était protestant, ne pouvait avoir aucun poids. Mais Middleton trouva un allié dans un homme qu'il regardait comme un rival et comme un ennemi. Melfort, épouvanté par la haine universelle dont il se savait l'objet, et craignant qu'on ne le rendît responsable en Angleterre comme en France du fol entêtement de son maître, soumit le cas à plusieurs éminents docteurs de la Sorbonne. Ces savants casuistes décidèrent que la Déclaration était irréprochable au point de vue religieux. Le grand Bossuet, évêque de Meaux, dont l'Eglise gallicane respectait l'autorité presque à l'égal de celle de Cyprien ou d'Augustin, démontra par des arguments puissants empruntés à la fois à la théologie et à la politique que le scrupule qui tourmentait Jacques était précisément de ceux contre lesquels un roi beaucoup plus sage avait prémuni le monde dans ces paroles : « Ne soyez point juste à l'excès '. » L'autorité des théologiens français fut appuyée par celle de leur gouvernement.

Le langage du cabinet de Versailles fut si fort que Jacques

1 Vie de Jacques, II, 509. On trouvera l'opinion de Bossuet dans l'Appendice a l'Histoire de M. Mazure. L'évêque résume ainsi ses arguments : « Je dirai donc volontiers aux Catholiques, s'il y en a qui n'approuvent point la Déclaration dont il s'agit : A'oft esse justus muliùm; neque plus sapias quam necrssc est, ne obtupescas. » Dans la Vie de Jacques, on prétend que les docteurs français changèrent d'opinion, et que Bossuet, tout en persistant plus longtemps que les autres, linit par Voir qu'il avait été dans l'erreur, mais qu'il ne voulut point se rétracter d'une manière formelle. J'ai une trop haute idée de l'intelligence de Bossuet pour ajouter foi à ceci.

commença à concevoir des «alarmes. Que deviendrait-il, si Louis se fâchait d'une manière sérieuse, s'il croyait son hospitalité récompensée par l'ingratitude, s'il concluait une paix avec les usurpateurs et ordonnait à ses hôtes infortunés de chercher un autre asile? Il fallut se soumettre. Le 17 avril 1693 la Déclaration fut signée et revêtue du sceau royal. La dernière phrase était une prière. « Nous venons revendiquer les droits qui nous appartiennent et établir les libertés de notre peuple, et puisse Dieu nous donner le succès dans la poursuite des uns, car nous souhaitons sincèrement la confirmation des autres ' ! » Cette prière fut entendue. Le succès de Jacques répondit à sa sincérité. Nous savons d'après les meilleures témoignages ce qu'il faut penser de sa sincérité. A peine avait-il pris le ciel à témoin de la loyauté, de ses protestations qu'il donnait ordre à Melfort d'envoyer à Rome une copie de la Déclaration avec des explications de nature à satisfaire le Pape. La lettre de Melfort se terminait ainsi : « Enfin » celle-cy — j'entends la Déclaration — n'est que pour ren- » trer ; et l'on peut beaucoup mieux disputer des affaires des » catholiques à YYhytlihall qu'à Saint-Germain 2. »

Sur ces entrefaites, le document sur lequel on fondait de si grandes espérances avait été envoyé à Londres. Il y fut imprimé clandestinement dans la maison d'un Quaker, car il y avait parmi les Quakers un parti, peu nombreux, à la vérité, mais plein de zèle et d'activité qui s'était imbu des idées politiques de William Penn 3. Mettre en circulation une pièce de cette nature présentait quelque danger; mais on trouva des agents. Plusieurs personnes furent arrêtées distribuant des exemplaires dans les rues de la Cité. Une centaine de paquets destinés à la flotte furent saisis en un seul jour à la poste. Mais, peu de temps après, le gouvernement comprit qu'il serait plus sage à lui de ne pas chercher à supprimer ce qui no pouvait pas être supprimé et publia lui-même la Déclaration tout au long en raccompagnant d'un sévère commentaire 4.

' Vie de Jacques, 11, 505.

■ Mazure. Appendice. Nous avons intercalé la citation dans le texte. (\. T.)

' Baden aux Etals-Généraux, juin 2 (12), 1693. On trouva dans celte maison quatre mille exemplaires encore tout frais.

' Lettres de Baden aux Etats-Généraux, mai et juin 1693. Réponse à la Déclaration de l'cx-roi Jacques, publiée à Saint-Germain, 1693.

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