‹ Histoire du règne de Guillaume III (volume 2)Chapitre 56 sur 246 · CHAPITRE II. U · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. U

celle-ci ne donnerait jamais son assentiment à une Restauration qui ne lui offrirait pas des garanties contre le papisme et le pouvoir arbitraire. Il comprit donc que, tant que son maître exilé se refuserait obstinément à accorder ces garanties, il serait plus qu'inutile de conspirer contre le gouvernement existant.

Tel était l'homme que Jacques, par suite des énergiques représentations de la cour de Versailles, invita à venir le rejoindre en France. La masse des Composants apprit avec joie qu'ils allaient être enfin représentés à la cour de Saint-Germain par un de leurs chefs favoris. Certains seigneurs et gentilshommes qui, bien que n'ayant pas approuvé la déposition de Jacques, avaient été tellement dégoûtés de la perversité et de l'absurdité de sa conduite, qu'ils avaient cessé depuis longtemps toute relation avec lui, commencèrent alors à espérer qu'il avait senti son erreur. Ils avaient refusé d'avoir affaire en rien à Melfort, mais ils entrèrent librement en communication avec Middlelon. Le nouveau ministre eut aussi des conférences avec les quatre traîtres dont la position sociale, les talents et les grands services publics ont fait ressortir l'infamie avec le plus d'éclat. Ces quatre personnages étaient Godolphin dont la principale étude pendant toute sa vie fut de se maintenir en faveur à la fois auprès des deux rois rivaux et de garder, à travers toutes les révolutions et les contre-révolutions sa tête, ses biens et une place à la trésorerie ; Shrewsbury, qui autrefois s'était, dans un fatal moment, embarrassé dans des engagements criminels et déshonorants et qui n'avait pas eu le courage de les briser; Marlborough qui continuait à professer le plus profond repentir pour le passé et les meilleures intentions pour l'avenir; enfin Russell qui déclarait être resté tel qu'il était avant la journée de La Hogue et qui renouvelait sa promesse de faire ce qu'avait fait le général Monk, à condition qu'il serait accordé une amnistie générale pour tous les délits politiques et que le pouvoir royal serait soumis à de fortes restrictions constitutionnelles.

Avant de quitter l'Angleterre, Middleton avait recueilli les opinions de tous les principaux Composants. Ils étaient d'avis qu'il n'y avait qu'un expédient qui pût réconcilier les partis en lutte à l'intérieur et conduire à la prompte pacification de

l'Europe. Ces expédients, c'était que Jacques abdiquât en faveur du prince de Galles et que le prince de Galles fût élevé dans la religion prolestante. Si, comme ce n'était que trop probable, Sa Majesté refusait de prêter l'oreille à cette suggestion, il fallait au moins qu'elle consentît à publier une déclaration qui détruisit la fâcheuse impression causée par la Déclaration du printemps précédent. Une déclaration telle qu'on désirait que le roi en fit paraître une fut rédigée avec soin et approuvée, après une longue discussion.

Au commencement de 1693, Middleton mis en pleine possession des vues des principaux Jacobites anglais, traversa la Manche et lit son apparition à la cour de Saint-Germain. Une manquait pas à cette cour de calomniateurs et de médisants dont la malignité était d'autant plus dangereuse qu'elle portait le masque de la douceur et de la dévotion. A son arrivée, Middleton trouva déjà en circulation de nombreux mensonges fabriqués contre lui par les prêtres qui le craignaient et le haïssaient. Quelques Non-Composants avaient aussi écrit de Londres qu'il était au fond du cœur Presbytérien et Républicain. Toutefois, il fut reçu très-gracieusement par Jacques et nommé conjointement avec Melfort secrétaire d'Etat K

Nouvelle déclaration publiée par Jacques.

On ne tarda pas à s'apercevoir que Jacques était fermement résolu à ne jamais abdiquer la couronne ou à souffrir que le prince de Galles fût élevé dans les doctrines de l'hérésie, et longtemps on douta que les arguments et les prières pussent le décider à signer la déclaration que ses amis d'Angleterre avaient préparée. C'était là, il est vrai, un document bien différent de ceux qui jusqu'alors avaient paru revêtus de son grand sceau. Un lui faisait promettre d'accorder une amnistie pleine et entière à tous ceux de ses sujets qui ne lui feraient point d'opposition après qu'il aurait mis le pied en Angleterre, qu'aussitôt rétabli sur son trône, il convoquerait un Parlement, qu'il confirmerait toutes les lois passées du-

1 Sur ce changement de ministère à Saint -l'u-i main, VOÎr la tri'- -curieuse, mais très-conruae relation dans la Vieie Jacques, [1,491*615. Burnet, 11, 219; ItéiMittt de Saint-Simon: t te française M désimOte, ni

praticable, 1 693, et les lettres tirées des Manutcrits'd* tiuirne, et imprimées par Macpbcrsoa.

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