CHAPITRE II
Préparatifs en France et institution de l'ordre de Saint-Louis.
Tandis que la Déclaration faisait le sujet de la conversation générale en Angleterre, les opérations militaires recommençaient sur le continent. Les préparatifs de la France*furent tels qu'ils frappèrent d'étonnement ceux-là mêmes qui prisaient le plus haut ses ressources et les capacités de ses gouvernants. Son agriculture et son commerce souffraient. Les vignobles de la Bourgogne, les champs immenses de la Beauce n'avaient point donné de récolte ; les métiers de Lyon étaient silencieux et les vaisseaux marchands pourrissaient dans le port de Marseille. Et cependant la monarchie présentait à ses ennemis un front plus hautain et plus menaçant que jamais. Louis était résolu à ne pas faire un pas vers le nouveau gouvernement d'Angleterre avant d'avoir déployé encore une fois, dans un nouvel effort, toutes les forces de son royaume. C'était là, en effet, un puissant effort, mais trop épuisant pour être répété. Il fit un immense déploiement de troupes sur les Alpes et sur les Pyrénées, sur le Rhin et sur la Meuse, dans l'Atlantique et dans la Méditerranée. Alin que rien ne manquât de ce qui pouvait exciter l'ardeur martiale d'une nation éminemment belliqueuse, il institua, peu de jours avant de quitter son palais pour se rendre au camp, un nouvel ordre militaire de chevalerie , et le plaça sous le patronage de celui de ses aïeux que l'Eglise avait canonisé et dont il portait le nom. La nouvelle croix de Saint-Louis brilla sur la poitrine des gentilshommes qui s'étaient distingués dans les tranchées devant Mons et Namur, ainsi que dans les
lents. » Or Jacques ne déclara jamais qu'il indemniserait personne, mais simplement qu'il délibérerait avec son Parlement à ce sujet. 11 promit de délibérer avec son Parlement pour indemniser, non pas ceux qui pourraient souffrir de la mesure en question, mais ceux qui l'avaient suivi dans toutes ses épreuves. Finalement, il ne dit pas un mot au sujet des équivalents. A vrai dire, l'idée de donner des équivalents à tous ceux qui souffraient de l'acte de Seulement, en d'autres termes, de donner des équivalents pour la propriété simple de la moitié du sol en Irlande, celte idée était absurde. La lettre de Middleton se trouve dans la Collection de Macpherson. Voici un échantillon du langage tenu à cette occasion par les Whigs. « Les Catholiques d'Irlande, dit un de leurs écrivains, ont des intérêts et des opinions différentes des nôtres, mais il faut leur rendre justice, s'iis nous ont fait du mal, ils ont du moins bien mérité de l'ex-roi et de la part de celui-ci ; les abandonner et les exclure est une marque d'ingratitude si odieuse que les Prolestants n'ont aucune raison de rester fidèles à un prince qui déserte son propre parti et les gens qui ont été dévoués jusqu'au bout à sa personne et à ses intérêts. » Brève et véridique Relation des intrigu s I69i,
plaines de Fleurus et de Steinkerque, et la vue de cet insigne excita une généreuse émulation dans le cœur de ceux qui avaient encore à conquérir un nom glorieux dans la profession des armes *.
Middleton à Versailles.
Dans la semaine où fut institué cet ordre célèbre, Middleton fit une visite à Versailles. Une lettre dans laquelle il rend compte à ses amis d'Angleterre de cette visite, est parvenue jusqu'à nous2. Il fut présenté à Louis qui l'accueillit avec bienveillance et il ne put maîtriser l'expression de sa gratitude et de son admiration. — « De toutes les merveilles de la cour, disait Middleton dans cette lettre, la plus étonnante c'était celui qui y régnait en maître. L'éclat du mérite personnel du grand roi jetait dans l'ombre l'éclat même de sa fortune. Le langage que tint Sa Majesté très-chrétienne au sujet des affaires politiques de l'Angleterre était, en somme, hautement satisfaisant. Toutefois il était un point sur lequel ce prince si accompli et ses ministres si habiles et si expérimentés se méprenaient étrangement. Ils étaient tous possédés de celte idée absurde que le prince d'Orange était un grand homme. » Middleton n'avait rien épargné pour les détromper, mais ils étaient sous le coup d'une illusion incurable. Ils voyaient Guillaume par un verre grossissant d'une telle puissance que la sangsue leur paraissait un léviathan. Il aurait dû venir à l'esprit de Middleton que c'était peut-être dans ses yeux et non dans les leurs qu'était l'illusion. Louis et les conseillers qui l'entouraient étaient loin, il est vrai, d'aimer Guillaume, mais ils ne ressentaient point pour lui cette haine aveugle qui dévorait le cœur de ses ennemis d'Angleterre. Middleton était l'un des Jacobites les plus sensés et les plus modérés. Pourtant son jugement était tellement obscurci par l'esprit de parti que, sur ce sujet, il débitait des absurdités indignes de sa capacité. Comme le reste de son parti, il ne pouvait rien voir dans l'usurpateur qui ne fût odieux et méprisable. Guillaume, à leurs yeux, avait le cœur d'un misérable ; ses manières étaient grossières, son intelligence bornée. Qu'attendre d'un rustre hollandais qui se renfermait presque
1 L'édit de Création fut enregistré par le Parlement de Taris, le 10 avril 1G93.
1 Celte lettre est datée du 19 avril 1693. Elle se trouve parmi les Manuscrits de Afairne, el fut imprimée par Macphcrson.