CHAPITRE II
tendance à devenir populace, et un pays dont le conseil exécutif suprême est une populace est dans une situation périlleuse.
Heureusement on a découvert un moyen par lequel la Chambre des Communes peut exercer sur le pouvoir exécutif une influence souveraine, sans se charger elle-même de fonctions dont ne peut convenablement s'acquitter un corps si nombreux et si diversement composé. Il est une institution qui n'existait pas au temps des Plantagenets, des Tudors ni des Stuarts, une institution inconnue dans la loi, une institution dont ne parle aucun statut, une institution dont ne s'occupent point de publicistes, tels que Delorme et Blackstone, et qui prit naissance peu après la Révolution, qui grandit rapidement en importance, s'implanta avec force dans notre sol et qui forme aujourd'hui un rouage aussi essentiel de notre mécanisme politique que le Parlement lui-même. Cette institution, c'est le Ministère.
Le Ministère, on le sait, est un comité des principaux membres des deux Chambres. Il est nommé parla Couronne, mais il se compose exclusivement des hommes d'Etat dont les opinions sur les questions intéressantes du jour s'accordent en général avec les opinions de la majorité de la Chambre des Communes. Les membres de ce comité se répartissent entre eux les principales branches de l'administration. Chaque ministre dirige les affaires ordinaires de son département sans en référer à ses collègues. Mais les affaires les plus importantes de chaque département, et spécialement celles qui paraissent devoir faire l'objet d'une discussion dans le Parlement, sont soumises à l'examen du Ministère tout entier. Dans le Parlement, les ministres sont tenus d'agir comme un seul homme sur toutes les questions qui se rattachent à l'exercice du pouvoir exécutif. Si l'un d'eux est en dissentiment avec le reste de ses collègues sur une question trop importante pour admettre un compromis, son devoir est de se retirer. Tant que les ministres conservent la confiance de la majorité parlementaire, cette majorité les soutient contre les attaques de l'opposition et repousse toute motion tendant à censurer leurs actes ou à les embarrasser dans leur marche. S'ils trahissent cette confiance, si la majorité parlementaire est mécontente de la manière dont le
patronage est distribué, de la manière dont on use du droit de grâce, de la conduite des affaires étrangères, de la conduite d'une guerre, le remède est simple, il n'est point nécessaire que les Communes prennent sur elles le fardeau de l'administration, qu'elles proposent à la Couronne de faire tel individu évêque et tel autre juge, de pardonner à tel criminel et d'en faire exécuter tel autre, de négocier un traité sur telle ou telle base, d'envoyer une expédition à telle ou tel endroit. Elles n'ont qu'à déclarer qu'elles ont cessé d'avoir confiance dans le Ministère et qu'à demander un Ministère dans lequel elles puissent avoir confiance.
C'est au moyen de ministères constitués et changés de cette manière que le gouvernement anglais se conduit depuis si longtemps, dans un espoir de conformité générale avec la volonté réfléchie de la Chambre des Communes, et se maintient si merveilleusement libre des vices qui caractérisent les gouvernements dirigés par des assemblées considérables, tumultueuses et divisées. Un petit nombre de personnages distingués dont les opinions générales s'accordent sous les conseillers à la fois du souverain et des Etats du royaume dont ils possèdent la confiance. Dans le cabinet, ils parlent avec l'autorité d'hommes haut placés dans l'estime des Représentants du peuple; dans le Parlement, ils parlent avec l'autorité d'hommes versés dans les grandes affaires et en possession de tous les secrets de l'Etat. De cette façon, le cabinet a quelque chose du caractère populaire d'une assemblée représentative, et cette assemblée représentative a quelque chose de la gravité d'un cabinet.
Quelquefois l'état des partis est tel qu'aucune association de personnages politiques ne possède la pleine confiance et n'obtient le ferme appui d'une majorité de la Chambre des Communes. Lorsque ce cas se présente, on n'a qu'un ministère faible, et l'on voit des ministères faibles se succéder rapidement. Dans ces moments-là, la Chambre des Communes tombe inévitablement dans un état que les amis du gouvernement représentatif ne peuvent contempler sans tristesse, dans un état qui nous permet de nous faire une faible idée de celui de cette Chambre pendant les premières années du règne de Guillaume. Nous disons une faible idée, car le ministère le moins fort a cependant un grand pouvoir comme