CHAPITRE II
ment pas eu d'objection personnelle à cette combinaison, mais nous tenons pour certain qu'il n'aurait jamais consenti à en faire une condition de paix avec la France. Il n'appartenait qu'à l'Angleterre de décider qui régnerait en Angleterre1.
On pouvait supposer qu'une négociation conduite de cette manière n'avait d'autre but que de diviser les confédérés. Guillaume comprit toute l'importance de la conjoncture. Il n'avait pas peut-être l'œil d'un grand capitaine pour suivre toutes les phases d'une bataille, mais, en revanche, il avait l'œil d'un grand politique pour suivre toutes les phases d'une guerre. Si la France s'était enfin décidée à lui faire des ouvertures, c'était une preuve suffisante qu'elle se sentait affaiblie et épuisée. Mais comme ces ouvertures étaient faites avec une hésitation et avec une répugnance extrêmes, il en concluait qu'elle n'était pas encore réduite à une situation qui permît de faire la paix avec elle à des conditions convenables. Guillaume vit que l'ennemi commençait à céder du terrain et que c'était le moment pour les alliés de prendre l'offensive, de pousser en avant et de mettre en ligne toutes leurs réserves. Mais ce n'était pas à lui qu'il appartenait de décider s'il fallait saisir ou laisser perdre cette occasion. Le roi de France pouvait lever des troupes et frapper des taxes sans autres limites que celles que les lois de la nature imposent au despotisme. Mais le roi d'Angleterre ne pouvait rien faire sans l'appui de la Chambre des Communes, et, bien que la Chambre des Communes lui eût jusqu'alors accordé patriotiquement et généreusement cet appui, ce n'était pas un corps sur lequel il pût compter. La Chambre des Communes, en effet, en était venue à un état qui embarrassait et alarmait les plus sagaces politiques du temps. Il y avait quelque chose d'effrayant dans ce pouvoir qui élait sans bornes comme ses caprices. Le sort de tout le monde civilisé dépendait des votes des représentants du peuple anglais, et il n'y avait point alors de politique assez hardi pour dire avec confiance ce que ces représentants ne seraient pas amenés à voter dans l'es-
' Correspondance de Guillaume et d'Heinsius; Note danoise du 11 (21) décembre 1693. La note remise à cette époque par D'A vaux au gouvernement danois se trouve dans la Collection de Lamberty et dans les Mémoires et Négociations de la paix de Ryswick.
pace de vingt-quatre heures â. Guillaume sentait avec amertume qu'il n'était pas possible à un prince dépendant d'une assemblée tantôt si violente, tantôt si froide, d'accomplir de grandes choses. Il faut dire que si jamais souverain ne fit autant que Guillaume pour affermir et étendre le pouvoir de la Chambre des Communes, jamais souverain n'aima moins la Chambre des Communes. Et il n'y a rien là qui doive étonner, car Guillaume vit cette Chambre à son plus mauvais moment, alors qu'elle venait de conquérir le pouvoir, mais où elle n'avait pas su encore se donner la gravité d'un sénat. Dans ses lettres à Heinsius, il se plaint perpétuellement du bavardage sans lin, des disputes fâcheuses, de l'inconstance, des lenteurs d'un corps que sa position l'obligeait à traiter avec déférence. Ses plaintes n'étaient point sans fondement. Il signalait le mal, mais il n'en avait découvert ni la cause ni le remède.
Nécessité d'un ministère dans un gouvernement parlementaire.
Le changement apporté par la Révolution dans la situation de la Chambre des Communes en avait rendu un autre nécessaire, et cet autre n'avait pas encore eu lieu. Il y avait un gouvernement parlementaire, mais il n'y avait pas de ministère, et sans ministère, un gouvernement parlementaire, tel qu'il existe chez nous, ne peut jamais fonctionner d'une manière ferme et sûre.
Il est essentiel pour nos libertés que la Chambre des Communes exerce un contrôle sur toutes les branches du pouvoir exécutif. Et, cependant il est évident qu'une assemblée composée de cinq ou six cents individus, lors même que patleur intelligence ils dépasseraient de beaucoup la moyenne d'intelligence des membres du meilleur Parlement, lors même que chacun d'eux serait un Burleigb ou un Sully, serait impropre aux fonctions du pouvoir exécutif. On a dit avec raison que toute collection d'hommes un peu nombreuse, si excellente d'ailleurs que fût leur éducation, avait une forte
1 « Sir John Lowlher dit : Personne ne peut savoir un jour ce que la Chambre des Communes fera le lendemain, lui ceci, nous sommes tous d'accord avec lui. » Ces paroles remarquables sont écrites, par Caermarthen, sur la marge d'un document rédigé par Itoehestt-r en août 1692. — Dalrymple, Appendice à la partie 11, eu. 7.