‹ Histoire du règne de Guillaume III (volume 2)Chapitre 80 sur 246 · III. II · texte numérisé non relu

III. II

aux regards du public, et n'était sorti que tout récemment de l'obscurité dans laquelle on pensait qu'il passerait le reste d'une vie ignomineuse non moins fatale à lui-même qu'à son pays. Pendant la période de terreur et de confusion générale qui suivit la fuite de Jacques, Sunderland avait disparu. Il était temps, car de tous les agents du gouvernement décbu, il était, à l'exception de Jeffreys, le plus odieux à la nation. Peu de personnes savaient que la voix de Sunderland s'était élevée en secret contre la spoliation du Collège de la Madeleine et contre le procès des Evêques ; mais nul n'ignorait qu'il avait signé un grand nombre d'actes dispensant de l'observation des statuts, qu'il avait siégé dans la Haute-Commission, qu'il s'était converti ou avait fait semblant de se convertir au papisme, et que, peu de jours après son apostasie, il avait déposé à Westminster-Hall contre les Pères opprimés de l'Eglise. Il avait, il est vrai, effacé tous ces crimes par un crime plus infâme encore. Dès qu'il vit s'approcher le jour de la délivrance et du châtiment, il avait, au moyen d'une trahison des plus adroites et des plus opportunes, obtenu son pardon. Pendant les trois mois qui précédèrent l'arrivée de la flotte hollandaise à Torbay, il avait rendu à la cause de la liberté et de la religion protestante des services dont il est difficile d'exagérer, soit la perversité, soit l'utilité. Si, au moment le plus critique de notre histoire, une armée française ne menaçait pas la frontière batave, si une flotte française ne croisait pas sur les côtes d'Angleterre, c'était en grande partie à lui qu'on le devait. Guillaume, ne pouvait, sans ternir son propre honneur, refuser de protéger un homme qu'il ne s'était point fait scrupule d'employer. Et cependant ce ne fut pas chose facile, même à Guillaume, de sauver cette tête coupable de la première explosion de la fureur populaire ; car les ultras des deux partis, divisés d'ailleurs sur tous les points, s'unissaient pour appeler sur le renégat la vengeance du pays. Les Whigs le haïssaient comme le plus vil des esclaves qui avaient eervi l'ancien gouvernement, et les Jacobites comme le plus vil des traîtres qui l'avaient renversé. S'il était resté en Angleterre, il est probable qu'il aurait péri de la main du bourreau, si même le bourreau n'avait pas été prévenu par la populace. Mais en Hollande, un réfugié politique, protégé par le Stathouder, pouvait espérer de vivre sans

Page 1