CHAPITRE TII
per, ou ne pouvant consentir à llétrir un homme dont le irénie et le talent étaient l'orgueil de la nation, sortirent avant que les portes ne fussent fermées. xV l'étonnement général, on ne compta que cent trente-trois Oui contre cent quatre-vingt-neuf Non. Le lendemain, la cité de Londres prouva par des signes non équivoques qu'elle ne considérait pas Somers comme le destructeur du commerce, et ses ennemis comme ses protecteurs. Aussitôt que la nouvelle de son triomphe arriva à la Bourse, une hausse se déclara sur les fonds pubhcs.
Quelques semaines s'écoulèrent avant que les Tories osassent s'aventurer de nouveau à l'attaquer. En attendant, ils s'amusèrent à persécuter un autre personnage qu'ils haïssaient encore plus que Somers. Quand, dans le débat sur les finances, fut mentionnée incidemment la maison du duc de Gloucester, un ou deux membres saisirent l'occasion de lancer quelques critiques contre Burnet. Son nom seul suffit pour faire éclater un orage d'hilarité et de colère parmi les partisans de la haute Église. Le président rappela en vain aux orateurs qu'ils s'écartaient de la question. La majorité, qui était déterminée à rire un peu aux dépens du trèsrévérend docteur whig, les encouragea à continuer. Il ne paraît pas que rien fut dit de l'autre côté de la Chambre. Les chefs de l'opposition supposaient, d'après la joyeuse humeur des ennemis de l'évêque. et d'après le silence de ses amis, qu'il ne serait pas difficile de chasser honteusement de la cour le prélat qu'ils détestaient le plus entre tous les prélats, comme la personnification épiscopale de l'esprit latitudinaire, un Jack Presbyter en manches de linon. Après quelques
heures de discussion, ils proposèrent tout à coup une adresse au roi pour le prier de retirer à l'évcque de Salisbury la place de précepteur de l' héritier présomptif de la couronne. Mais on vit bientôt que plusieurs de ceux qui ne pouvaient s'empêcher de rire des faiblesses de Burnet rendaient justice à ses talents et à sa vertu. On n'oublia pas la maladroite Lettre Pastorale. La discussion fut chaude. On demanda si un homme qui avait proclamé que l'Angleterre était un pays conquis, si un homme dont les écrits serviles avaient été brûlés par le bourreau d'après les ordres des Communes anglaises, pouvait être un précepteur convenable pour un prince anglais. Les uns reprochèrent ironiquement à l'évéque d'être un Socinien, ce qu'il n'était pas, et un Ecossais, ce qu'il était. Les défenseurs de Burnet le défendirent bravement. « Supposez, dirent-ils, qu'on puisse trouver parmi une masse d'écrits éloquents et érudits, publiés pour la défense de la religion protestante et de la constitution de l'Angleterre, un paragraphe qui, quoique dicté par de bonnes intentions, ne soit pas tout à fait orthodoxe, est-ce que l'erreur d'un moment suffit pour contre-balancer vingt années de services? Si une Clunnbre des connnunes censura à une faible majorité une brochure dont le prélat est l'auteur, faut-il oublier qu'une autre Chambre des communes lui a voté à l'unanimité des remcrciments jiour un grand ouvrage d'une bien autre importance, l'Histoire de la Réforme. Quant au pays de sa naissance, n'existe-t-il pas assez de mauvaise humeur en Ecosse ? Est-ce que l'insuccès de celle malheureuse expédition de Darien n'a pas suscité assez, de sentiments amers